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Full text of "Traité des maladies des reins et des altérations de la sécrétion urinaire [electronic resource] : etudiées en elles-mêmes et dans leurs rapports avec les maladies des uretères, de la vessie, de la prostate, de l'urèthre, etc. : avec un atlas in-folio"

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TRAITE 

DES 

MALADIES  DES  REINS 

ET 

DES  ALTÉRATIONS  DE  LA  SÉCRÉTION  URINAIRE , 

ÉTUDIÉES  EN  ELLES-MEMES 

ET    DANS   LEURS   RAPPORTS   AVEC  LES 

MALADIES   DES    URETÈRES  ,    DE   LA    VESSIE  ,   DE    LA   PROSTATE  , 
DE  L'URÈTHRE,  etc. 

PAR  P.  RAYER, 

MÉDECIN  DE  L'HOPITAL  DE  LA  CHARITÉ, 

Médecio  consultant  du  Boi ,  membre  des  Acndémiei  royales  de  Médecine  de  Paris  el  du  Madrid  < 
de  la  Société  médicale  de  Londres  ,  des  Sociétés  de  médecine  de  Stockholm, 
de  Caeo,  de  Ljfon,  etc. 

TOME  TROISIÈME. 


A  PARIS, 
CHEZ  J.-B.  BAILLIÈRE, 

LIBRAIRE  DE  L'ACADÉMIE   ROYALE  DE  MÉDECINE 
RDE  DE  l'école-de-médecine  ,  N.  ny, 

A  LONDRES,  CHEZ  H.  BAILLIÈUtE ,  219,  BEOENT-STHBET. 

1841. 


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TRAITÉ  * 


DES 


MALADIES  DES  REINS 

ET  DES  ALTÉRATIONS 

DE  LA  SÉCRÉTION  URITSAIRE. 


PYELITE. 


§  634.  La  pyélite  (de  twîXoî,  pekns),  ou  inflammation  du 
bassinet  et  des  cilices  ,  est  une  maladie  distincte  de  la 
néphrite  proprement  dite ,  non-seulement  par  son  siège  et  ses 
caractères  anatomiques,  mais  encore  par  ses  symptômes  et  par 
les  accidens  qu'elle  détermine. 

La  pyélite  se  montre  quelquefois  à  l'état  aigu  et  plus  souvent 
à  l'état  chronique.  On  peut  en  établir  plusieurs  espèces,  bien 
distinctes,  d'après  le  caractère  de  l'inflammation  et  d'après  la 
nature  des  causes  qui  la- produisent  (pyélite  simple,  pyélite 
nalculeuse,  pyélite  A/e/morrAaf/tgrfte,  pyélite  gangréncuse,  etc.)- 
La  pyélite  peut  attaquer  un  seul  bassinet  ou  tous  les  deux, 
.  en  occuper  toute  1  étendue,  ou  se  borner  à  une  portion  de  leur 
surface,  ou  même  à  un  ou  plusieurs  calices. 

§635.  Caractères  généraux. — Dans  la  pyélite  rt  ///j/ë,  on  observe 
les  altérations  suivantes  : 

La  membrane  muqueuse  du  bassinet  et  des  calices  est  plus 
ou  moins  injectée.  Parfois  (Atlas,  Pl.  xr,  fig.  i  ;  Pl.  xir,  fig.  i) 
celte  membrane  offre  une  teinte  rouge  générale ,  due  à  un  ré- 
seau vasculaire  très  serré,  formé  par  l'entrecroisement  d'un 
grand  nombre  de  vaisseaux  qui  ne  sont  pas  apparens  dans  l'é- 

III.  T 


4  PYÉLiTF.  {carnet.,  généraux). 

Dans  les  pyélites  chroniques,  avec  distension  du  bassinet 
et  des  calices  par  du  pus  ou  de  l'urine  purulente,  le  bassinet 
et  les  espèces  de  loges  formées  par  les  calices  dilatés,  ont  inté- 
rieurement un  aspect  d'un  blanc  mat,  bien  dilTérent  de  la 
teinte  blanche,  légèrement  bleuâtre,  demi  transparente,  natu- 
relle à  ces  parties.  La  membrane  muqueuse,  sensiblement 
épaissie, ne  laisse  entrevoir  à  sa  surface  ou  derrière  elle  aucune 
trace  de  vaisseaux  (Atlas  ,P1.  xir,  fig.  8  ;  Pl.  xiii,  fig.  a;  Pl.  xv, 

fig-  4)- 

L'épaississement  de  la  membrane  muqueuse  est  quelquefois 
si  considérable  que  les  ouvertures  des  calices  dans  le  bassinet 
sontextrêmementrélrécies  ;  quelquefois  même  ces  conduits  sont 
transformés  en  des  cordons  fibreux  (Atlas,  Pl.  xii,  fig.  8). 

J'ai  quelquefois  observé  dans  la  pyélite  chronique  et  plus 
rarement  dans  la  pyélile  aiguë,  à  la  surface  de  la  membrane 
muqueuse  enflammée,  une  éruption  de  vésicules  transparentes, 
du  volume  d'une  tète  d'épingle,  contenant  un  liquide  aqueux, 
semblables  à  des  sudamina  (Atlas,  Pl.  xi,  fig.  a);  on  en  ren- 
contre aussi  dans  d'autres  circonstances. 

J'ai  fait  représenter  (Atlas  ,  Pl.  x,  fig.  i)  un  cas  de  néphrite 
albumineuse,  dans  lequel  le  bassinet  offrait  plusieurs  petites 
ulcérations,  et  contenait  des  graviers  d'acide  urique.  J'ai  éga- 
lement observé  un  assez  grand  nombre  d'ulcérations  dans  le 
bassinet  et  les  calices  d'un  rein  dont  les  mamelons  eux-mêmes 
étaient  le  siège  d'une  altération  très  remarquable  (Atl \s,  PI.  xi, 
fig.  6).  Plusieurs  de,  ces  mamelons  avaient  éprouvé  une  dégéné- 
rescence analogue  à  celle  qu'on  désigne  sous  le  nom  de  colloïde. 
En  effet ,  ils  étaient  transformés  en  une  matière  jaunâtre  , 
opaque,  mélangée  d'une  autre  substance  d'apparence  vési- 
culeuse  et  semi-transparente.  Le  dépôt  de  ces  matières  acci- 
dentelles se  prolongeait  dans  la  direction  des  fibres  de  la 
substance  tubuleuse,  et  les  stries  voisines  de  l'altération  of- 
fraient une  teinte  rouge,  morbide,  très  prononcée;  le  sommet 
de  plusieurs  mamelons  était  complètement  détruit  et  ulcéré. 
Je  n'ai  rencontré  qu'une  seule  fois  cette  altération  chez  l'hom- 
me, mais  je  l'ai  plusieurs  fois  observée  dans  les  reins  de  bœuf 
(Atlas,  pl.  xxxv,  fig.  6  et  7). 


PYELiTE  (caract.  généraux).  5 

A  la  suité  des  ulcérations  du  bassinet  et  des  calices,  les  parois 
de  ces  conduits  peuvent  être  détruites  dans  toute  leur  épaisseur, 
en  un  ou  plusieurs  points,  comme  lorsqu'ils  sont  frappés  de 
gangrène.  Il  s'établit  alors  une  ou  plusieurs  fistules  rénales  qui 
communiquent,  soit  dans  le  tissu  cellulaire  ambiant  sous- 
péritonéal,  soit  dans  la  cavité  du  péritoine,  soit  dans  le  duodé- 
num ou  le  gros  intestin,  etc.  L'urine  en  s'épanchant  provoque, 
soit  une  périnéphrite ,  soit  une  péritonite,  soit  des  vomisse- 
mens  urineux,  soit  enlin  des  selles  mélangées  de  pus  et  d'urine. 

Ces  accidens  peuvent  avoir  lieu  sans  que  les  calices  et  le 
bassinet  aient  éprouvé  une  dilatation  véritable,  et  sans  que  le 
rein  ait  acquis  des  dimensions  plus  considérables  que  dans 
l'état  sain  (Atlas,  Pl.  xx,  fig.  i).  Toutefois ,  c'est  presque  tou- 
jours à  la  suite  de  l'atrophie  des  substances  rénales  et  de  la 
transformation  du  bassinet  et  des  calices  en  une  pocho  multi- 
loculaire,  remplie  de  pus  ou  d'urine  purulente,  que  les  perfora- 
tions rénales  s'opèrent  et  que  les  fistules  rénales  s'établissent 
(Voyez:  Fistules  rénales). 

Les  ulcérations  des  calices  et  du  bassinet  sont  susceptibles 
de  se  cicatriser.  Quelques  cicatrices  apparaissent  comme  de 
simples  dépressions  à  surface  grenue  et  irrégulière  ,  d'une 
teinte  grisâtre,  et  qu'on  pourrait  couvrir  avec  la  tête  d'une 
épingle;  d'autres  cicatrices,  d'une  plus  grande  dimension, 
sont  d'un  blanc  mat  ou  nacré ,  et  présentent  des  dépressions  et 
des  lignes  saillantes  ,  convergentes  ou  disposées  en  étoile 
(Atlas,  Pl.  xlii,  fig.  9). 

Dans  la  pyélite  chronique,  avec  obstacle  au  cours  de  l'urine, 
les  calices  et  le  bassinet  se  dilatent,  et  les  substances  rénales 
s'atrophient.  Le  bassinet  et  les  calices,  distendus  de  plus  en 
plus,  finissent  par  être  transformés  en  une  poche  multilocu- 
laire  dont  les  loges  ne  communiquent  entre  elles  que  par  l'in- 
termédiaire du  bassinet  quelquefois  énormément  dilaté.  Les 
rapports  de  cette  poche  avec  les  parties  environnantes  varient 
suivant  les  dimensions  qu'elle  a  pu  acquérir.  Le  rein  droit,  di- 
laté, peut  refouler  le  foie  vers  la  poitrine,  et  contracter  des 
adhérences  avec  cet  organe;  le  pus  ou  Purine  purulente  con- 
tenue dans  la  poche  rénale  peut  a'épauchcr  par  une  ou  plu- 


^  pyélitî;  {caract.  généraux). 

sieurs  ouvertures  au-dessous  du  foie,  et  ce  dépôt  peut  com- 
muniquer avec  des  abcès  situés  dans  l'intérieur  de  cet  organe 
(Atlas,  Pl.  xx,  fig.  i  et  2)  et  ipême  dans  l'intérieur  des  bronches. 
En  dedans,  la  tumeur  rénale,  contiguë  au  duodénum,  peut  s'ou- 
vrir également  dans  celle  portion  de  l'intestin  grêle.  En  bas, 
elle  peut  s'étendre  de  manière  à  soulever  au  devant  d'elle  le 
cœcum (Atlas,  PJ.  xiii,  fig.  n),  et  se  faire  sentir  vers  l'arcade 
crurale.  Dans  quelques  cas,  les  dimensions  de  ces  poches  ré- 
nales peuvent  être  asse?  exactement  appréciées  à  l'aide  du  pal- 
per et  de  la  percussion. 

Lorsque  l'inflammation  attaque  le  bassinet  elles  calices  du 
rein  gauche  ,  il  peut  se  dilater  supérieurement ,  contracter  des 
adhérej^pe?  avec  la  iVce  inférieure  du  diaphragme,  en  même 
temps  que  la  face  supérieure  de  ce  muscle  s'unit  avec  la  base 
du  poumon.  A  la  suite  d'un  semblable  travail ,  on  a  vu  de  l'u- 
rine purulente  et  du  pus^  provenant  du  rein  gauche ,  rendus 
par  expectoration  (Atlas  ,  Pl.  pi). 

Les  matières  contenues  dans  le  Jjassinet  se  fraient  ordinai- 
rement d'autres  issues  :  souvent  la  poche  rénale  se  perfpre  à  sa 
partie  postérieure  ;  le  pus  et  l'urine  purulente  s'épanchent 
daps  le  tissu  cellplairpextprpéritquégl  (voyez  :PÉnrNÉPHRiTE)j 
d?ns  quelques  cas ,  ils  ftjsenl  vers  l'arcade  crurale ,  et  plus  fré- 
quemment ils  forment  un  abcès  urineux  dans  la  région  lom- 
baire. Lqrsqu'on  n'ouvre  point  ces  collections  urineuses  et 
purulentes,  s'il  np  survient  pas  d'inflammatiqn  du  péritoine 
ou  d'autres  parties  voisines  qui  hâtent  la  mort,  il  s'établit  une 
ou  plusieurs  fistules  aux  lombes,  à  moins  que  le  pus  ne  se  fasse 
jour  dans  le  colon,  mode  de  terminaison  qui  n'est  pa?  très 
r^re  (Atl^s,  Pl.  xix)  (Voyez:  Fistules  rénales). 

Les  matières  qu'on  peut  rencontrer  dans  le  bassinet  et  les 
calices  entlammés  sont  : 

1°  De  l'urine  trouble ,  plus  ou  moins  chargée  de  mucus. 
Abandonnée  à  elle-même,  elle  donne  un  sédiment  formé,  en 
grande  partie,  d'une  matière  qui,  au  microscope,  offre  un 
grand,  nombre  de  globules  muqueux  ou  purulens ,  lors  même 
qu'elle  a  l'apparence  d'une  gelée  demi  transparente. 

a"  Du  pus  mélangé  en  plus  ou  moins  grande  quantité  avec 


PYÉLiTE  {caract.  générçiusç).  ^ 

l'urine  el  quelquefois  avec  une  certaine  quantité  de  sang,  pres- 
que sans  trace  d'urine.  Il  est  plus  ou  moins  filant  ou  glaireux, 
lorsqu'il  est  devenu  très  alcalin  parla  putréfaction  ou  le  déve- 
loppement de  l'ammoniaque.  Dans  d'autres  circonstances,  le 
pus,  par  un  séjour  long-temps  prolongé  dans  le  bassine|  et  les 
calices ,  se  transforme  en  une  matière  d'un  blanc  laiteux  pu 
jaunâtre,  ayant  la  consistance  des  fromages  nious.  3i,  après 
avoir  délayé  cette  matière  dans  l'eau,  on  l'examine  au  micros- 
cope, on  distingue  dans  cette  hinneur  des  globules  purulens  , 
en  petit  nombre  ,  et  une  bien  plus  grande  quantité  de  granula- 
tions provenant  probablement  d'une  sorte  de  détritus  des  glo- 
bules de  pus  (i). 

3°  Du  sang  ou  plusieurs  de  sesélémensen  proportion  varia- 
ble. Dans  quelques  cas  on  reconnaît,  par  l'inspection  micros- 
copique, l'existence  des  globules  sanguins,  lorsque  la  présence 
du  sang  ne  peut  être  soupçonnée  à  l'œil  nu. 

4°  Des  calculs  dont  la  forme  se  moule  sur  celle  des  cavités 

(i)  Dans  un  cas  de  pyélite  calcnleuse,  j'ai  trouvé  le  rein  gauche  énor- 
mément distendu,  pesant  5oo  grammes  environ.  Sa  surface  était  rouge, 
surmontée  de  gros  mamelons  du  volume  d'une  noisette.  La  capsule  fi- 
breuse était  extrêmement  adhérente  an  tissn  du  rein  et  paraissait  comme 
confondue  avec  Ini.  Les  mamelons  présentaient  une  sorte  de  fluctuation 
au  toucher.  Le  bassinet  et  les  calices  contenaient  une  matière  d'un  jaune 
»ale,  semblable  à  une  bouillie  très  épaisse,  ^ui  recouvrait  un  calcul  de  forme 
jrf égulière ,  do.nt  \^  surface  était  noire,  ^es  calices ,  'énorjnément  dilatés , 
communiquaient  avec  le  bassinet  au  moyen  d'une  ouverture  large  dans 
qnelques-uns,  et  ayant  seulement  les  dimensions  d'une  grosse  plume  à  écrire 
dans  quelques  antres.  Les  memliranes  des  calices,  denses,  résistantes,  épaisses 
et  comme  cartilagineuses  daus  quelques  points,  étaient  contfguës  les  uns  aux 
autres,  et  les  substances  rénales  complètement  atrophiées.  Le  bassinet,  très 
distendu  et  rempli  de  pus  solide,  pouvait  loger  un  œuf.  Sa  membrane  interne 
était  blanchâtre,  épaissie,  résistante,  comme  un  fibro-cartilage.  Un  calcul  noir, 
irrégulicr,  du  volume  d'une  noix,  était  engagé  dans  l'orifice  dç  l'uretère,  qui, 
au-dessous,  était  oblitéré,  dans  l'espace  de  six  lignes  environ.  Plus  bas,  les 
parois  de  ce  conduit  étaient  épaissies,  et  son  calibre  rétréci.  Do  petits  calculs 
noirs,  s'écrasaut  pour  la  plupart  asscjs  facilement,  variant  pour  le  volume 
entre  celui  d'un  grain  do  millet  et  celui  d'un  gros  pois,  se  trouvaient  ap 
î^îl'f"  b-issinet  et  dans  les  calices.' 


8  PT^LITE  (caract.  généraux). 

qu'ils  remplissent;  ils  présentent  des  branches  plus  ou  moins 
considérables ,  et  sont  presque  tous  terminés  par  un  renfle- 
ment (Atlas,  Pl.xiv).  La  partie  la  plus  volumineuse  de  ces 
calculs  est  presque  toujours  située  dans  la  cavité  du  bassinet, 

5"  La  cavité  du  bassinet  peut  aussi  contenir  des  sables  ou 
des  graviers ,  le  plus  souvent  libres ,  et  en  suspension  dans  le 
pus  ou  dans  l'urine  purulente;  ces  sables  forment  quelquefois , 
à  la  face  interne  de  la  poche  rénale,  de  véritables  dépôts  ou  des 
espèces  d'incrustations  de  diverse  nature ,  mais  le  plus  sou- 
vent phosphatiques  (Atlas,  Pl.  xvii;  Pl.  xviii,fig.  5,  et 
Pl.  xix).  Ces  matières  salines  forment  aussi  quelquefois , 
avec  du  pus,  du  mucus  ou  du  sang  altéré,  une  espèce  de 
bouillie  noirâtre,  étendue  sur  les  calculs  ou  sur  les  parois  de 
la  poche  (Atlas,  Pl.  xii,  fig.  a). 

6°  Dans  d'autres  circonstances,  la  cavité  du  bassinet  et  de» 
calices  dilatés  renferme  une  espèce  de  bouillie  blanchâtre  qui 
est  formée  principalement  par  une  matière  saline  amorphe 
(  phosphate  de  chaux  ) ,  mélangée  avec  quelques  matières  ani- 
males; dans  uu  cas  particulier,  Brande  a  reconnu  que  cette 
bouillie  blanchâtre  était  du  carbonate  de  chaux  presque  pur. 
Lorsqu'on  brûle  cette  matière  blanche ,  elle  noircit  d'abord ,  et 
le  résidu,  lorsqu'il  est  incinéré  au  contact  de  l'air,  offre  une 
couleur  blanchâtre. 

7°  D'autres  corps  étrangers,  des  acéphalocysles ,  des  slron- 
gles,  etc.,  existent  quelquefois,  mais  bien  plus  rarement  que 
des  calculs,  dans  la  cavité  du  bassinet  dilaté  et  enflammé. 

Dans  la  pyélite  chronique ,  les  substances  corticale  et  tubu- 
leuse  sont  quelquefois  enflammées  (Voyez  :  PxÉLO-NÉrHRiTJj). 

Par  suite  de  l'accumulation  du  pus  ou  de  l'urine  purulente 
dans  la  cavité  du  bassinet  et  des  calices ,  les  substances  rénales 
éprouvent  une  atrophie  qui  peut  être  bornée  à  une  d'elles  ou 
les  atteindre  toutes  les  deux,  de  manière  que  le  rein  semble 
transformé  en  une  poche  membraneuse  sur  laquelle  on  dislin- 
gue parfois  encore  quelques  débris  de  substance  corticale.  Ce 
sont  ces  cas  qui  ont  été  considérés  comme  des  fontes  puru- 
lentes des  reins  par  suite  d'ulcérations  de  ces  organes. 

Enfin  ,  la  pyélite  chronique  peut  déterminer  une  autre  es- 


PYÉLiTE  {carnet,  généraux).  9 

pèce  d'atrophie  rénale  :  le  rein  d'un  adulte,  tout  en  conservant  sa 
forme  naturelle ,  se  trouve  réduit  à  des  dimensions  moindres 
que  celles  d'un  rein  de  nouveau-né ,  tandis  que  le  bassinet  di- 
laté présente  les  caractères  de  la  pyélite  chronique  et  notam- 
ment un  épaisissement  considérable  de  ses  membranes  (Atlas, 
Pl.  XXVI,  fig.  a). 

La  pyélite  peut  èlre  produite  par  une  affection  cancéreuse  du 
rein,  ou  coïncider  avec  elle  (Atlas,  Pl.  xin  ,  fig.  lo).  Elle  ac- 
compagne quelquefois  la  dégénérescence  tuberculeuse  (Atlas  , 
Pl.  xLiv,  fig.  i).  Dans  de  semblables  cas ,  après  qu'on  a  enlevé, 
par  le  lavage,  la  matière  purulente,  mélangée  ou  non  de  dé- 
tritus de  tubercules ,  déposés  dans  la  cavité  du  bassinet  ou  de» 
calices ,  il  reste  une  certaine  quantité  de  matière  tuberculeuse, 
adhérente  à  la  membrane  muqueuse  de  ces  conduits,  qui  le  plus 
souvent  est  ulcérée  en  plusieurs  points. 

§  637.  11  est  rare  que  les  individus  qui  meurent  avec  une 
pyélite  aiguë  ou  chronique,  ne  présentent  pas  d'autres  altéra- 
tions des  voies  urinaires.  Dans  les  pyéliles  consécutives  aux  lé- 
sions de  la  vessie ,  de  l'urèlhre ,  ou  de  la  prostate,  les  deui  bas- 
sinets sont  presque  toujours  affectés  ;  mais,  ordinairement,  il 
y  a  une  différence  remarquable  dans  l'altération  des  deux  con- 
duits excréteurs.  L'altération  est  toujours  plus  ancienne  ou 
plus  considérable  dans  l'un  d'eux ,  sans  qu'il  soit  possible  , 
dans  un  grand  nombre  de  cas,  d'assigner  la  cause  de  celle  dif- 
férence. Dans  les  cas  de  pyélite  calculeuse,  l'un  des  reins  est 
souvent  profondément  altéré  ,  tandis  que  celui  du  côté  opposié, 
et  son  conduit  excréteur,  sont  sains,  mais  hypertrophiés. 

Quant  aux  lésions  des  autres  parties  du  corps,  la  péritonite 
(qu'il  y  ait  ou  non  perforation  des  calices  ou  du  bassinet)  est  de 
toutes  les  lésions  consécutives ,  la  plus  commune.  Les  inflam- 
mations du  gros  intestin  sont  aussi  très  fréquentes  dans  la  der- 
nière période  de  la  maladie. 

De  même  encore,  on  voit  survenir  des  pleurésies,  des  bron- 
chites ultimes  et  des  hépatites. 

On  observe  rarement  des  altérations  notables  du  cerveau  ou 
de  ses  membranes,  quoiqu'il  survienne  quelquefois,  dans  la 
dernière  période  de  la  maladie  ,  des  symptômes  cérébraux.  Le 


10    PYÉLiTE  CA.LCULEUSE  {curac^.  généraux). 

fleyeloppemcnt  de  ces  symptômes  paraît  lié  à  une  altération  du 
sang  ,  consécutiyp  au  déi-angeraenl  de  la  sécrétjon  urinaire. 

§  638,  Caractères  spéciaux.  —  Les  symptômes  de  la  pyélite 
et  les  accidens  plus  ou  moins  variés  qu'elle  peut  présenter 
dans  son  cours,  soit  à  l'état  aigu,  soit  à  l'état  chronique,  ont  un 
rapport  si  direct  et  si  intime  avec  la  nature  de  la  cause  de  l'in- 
flammation du  bassinet  et  des  calices,  que,  au  point  de  vue  de 
la  pratique,  c'est  une  nécessité  de  rattacher  la  description  des 
diverses  espèces  de  cette  inflammation  à  une  condition  étiologi- 
que.  Or,  les  pyélites  peuvent  être  rangées  en  deux  séries,  bien 
distinctes.  La  première  comprend  les  cas  d'inflammation  du 
basi^jnet  et  des  calices  produite  par  des  corps  étrangers  :  par 
un  qu  plusieurs  calculs,  par  des  vers,  par  des  acéphalocystes, 
pu  par  la  rétention  de  l'urine.  Dans  la  seconde,  je  range  tous 
les  cas  d'inflammation  du  bassinet  et  des  calices,  indépen- 
dq^s  de  lapré^ence  d^un  corps  étranger  appréciable  à  nos  sens; 
telles  sont  les  pyélites  consécutives  aux  inflammations  spéci- 
fiques de  l'urèflif^  et  dç  la  vessie;  telles  sont  certaines  inflam- 
mations du  bassinet  produites  par  l'absorption  des  cantha- 
l'id^s,  et  celles,  beaucQup  plus  graves  et  dont  la  terminaison 
egf  soiiyent  gaijgféneuse,  qui  surviennent  quelquefois  dafls  les 
|naladies  charbonuçiises^  ou  dans  les  cas  de  résprplion  purU- 
lenfe  chez  les  nouvelles  accouchées.  Sans  doute  les  pyélites 
comprises  dans  ce  dernjer  groupe  sont  bien  diflTérentes  les 
pijes  des  autres  par  leur  nature  et  par  leur  inégale  gravité  :  en 
les  réunissant  dans  un  seul  groupe ,  je  n'ai  eu  d'autre  but  qug 
de  les  séparer  ^es  pyélites  produites  par  des  corps  étrangers. 

Pyélites  produites  par  des  corps  étrangers. 

%  639.  De  toutes  ces  espèce?  de  pyélite,  celle  qui  offre  sans 
contredit  le  plus  d'intérêt  est  la  pyélite  calctilciisc  {iicphritis 
cç^lçî/losa,  des  auteurs). 

PyéJi^te  calculeuse. 


§  «4?.  Du  ^abl^  >  des  grayiei  s  ou  dj;  véritable^  calcul?^  df 


pTÇLiTi:  CALCULEUSE  {cavact,  anatomiques).  \  i 

diverse  nature,  contenus  dans  les  calices  ou  le  bassinet^ 
sont  les  causes  de  cette  inflammation. 

A  l'ouverture  du  corps  d'individus  qui ,  dans  le  cours  d'une 
maladie  étrangère  aux  voies  urinaires  à  laquelle  ils  avaient 
succombé,  avaient  offert,  indépendamment  des  symptômes 
de  l'affection  principale,  les  symptômes  de  la  pyélite  aiguë 
(douleur  dans  la  région  d'un  des  reins  ou  des  deux  reins ,  avep 
excrétion  d'une  urine  chargée  de  mucus,  sans  lésion  de  la  ves- 
sie pu  de  l'urèthre),  j'ai  plusieurs  fois  trouvé,  dans  les  calices 
et  dans  le  bassinet  notablement  élargis  et  dpnt  les  parois 
étaient  rouges  et  vasculaires,  un  sahle  fin ,  le  plus  souvent  d'un 
jaune  rougeâtre. 

Ordinairement ,  quand  du  sable  est  ainsi  déposé  dans  ces 
conduits,  un  ou  plusieurs  petits  calculs  existent,  soit  dans 
un  calice ,  soit  daps  le  tiassinet  pu  dans  l'uretère,  dont  ils  ré- 
trécissent ou  oblitèrent  la  cayifé. 

P'avitres  fois  (surtout  dans  des  cgs  où,  pendant  la  vie,  on  a  ob- 
servé des  symptômes  de  pyélite  chronique),  aulievi  de  sable  uri- 
que,  on  trouve,  dans  le  bassinet ,  un  dépôt  blanc ,  amorphe, 
semblable  à  de  1^  craie  délayée  dans  de  l'oau,  et  qui,  le  plus  sou- 
vent ^  est  fprrpé  de  phosphate  de  chaux.  Celte  matière  est  quel- 
quefois en  quantité  assez  CQnsidérable  pour  remplir,  avec  une 
pptite  quantité  de  pus,  le  basginet  distendu.  En  ce  cas  ,  pres- 
que toujours  un  calcul  oblitère  ou  rétrécit  nptablement,  dans 
un  point ,  le  conduit  excréteur  de  l'urine ,  et  ce  calcul  est  pres- 
que toujours  formé  d'un  mélange  de  phos|)hate  amnioniaco- 
^agnésien  et  de  phosphate  de  chaux. 

5  De  petites  agglomérations  plus  ou  moins  denses  de 
cristaux  ou  de  matières  amorphes,  ipsolubles  {graviers),  Arre- 
tées  dans  les  calice^  ^  le  bassinet  ou  l'uretère,  sont  une  des 
causes  fréquentes  de  la  pyélite.  Le  plus  souvent ,  ces  graviers 
sopt  irrégulièrement  arrondis,  de  manière  à  offrir  deux  faces 
sur  lesquelles  ils  se  reposent  plus  facilement  quand  on  les  met 
sur  un  plan  légèrerpent  incliné.  Souvent  aussi  ces  graviers  pa- 
raissent composés  de  plusieurs  noyaux  agglomérés  (AtIiAS^  Pl. 
XIV,  fjg.  i5,  iG  et  20).  Tantôt  ils  sont  lisses  et  comme  vernis; 
d'^utrpa  ^(jis,  ib  apnj  irréguliprs  çj,  lî^éri^séa  d'une  fou}e  de 


12  PYÉLiTE  CALCULEUSE  {caract.  anatomiques). 

petites  aspérités  cristallines ,  sensibles  au  doigt  et  visibles  à 
l'œil  nu  ou  à  la  loupe.  Quand  on  regarde  leur  circonférence  au 
microscope  et  à  un  faible  grossissement,  on  voit  que  ces  aspé- 
rités sont  dues  à  de  très  petits  cristaux.  Ces  graviers  sont  pres- 
que toujours  composés  d'acide  urique  lorsqu'ils  sont  jaunes, 
et  de  phosphate  ammoniaco-magnésien,  lorsqu'ils  sont  blancs> 
grisâtres  et  brillans.  Les  gros  graviers  très  rudes  au  toucher 
sont  presque  toujours  formés  de  phosphate  ammoniaco-ma- 
gnésieu  ou  d'oxalate  de  chaux,  ou  de  graviers  uriques  en- 
croûtés de  ces  sels. 

Les  graviers  de  cystine  sont  jaunes  et  légèrement  transpa- 
rens. 

Dans  la  pyélile  chronique,  les  graviers,  ou  au  moins  leurs 
couches  extérieures ,  sont  souvent  composés  de  phosphate  de 
chaux  ou  de  phosphate  ammoniaco-magnésien,  ou  de  ces  deux 
sels  réunis,  lorsque  l'urine  est  alcaline. 

Les  graviers  bruns,  ou  d'un  brun  grisâtre,  sont  souvent 
composés  d'oxalate  de  chaux  coloré  par  du  sang  ou  des  ma- 
tières animales. 

Les  autres  qualités  physiques  des  graviers  sont  très  variées , 
même  dans  une  même  espèce.  Ainsi,  les  graviers  d'acide  urique 
sont  quelquefois  formés  de  cristaux  si  faiblement  agglomérés, 
qu'une  pression  un  peu  forte  peut  les  briser;  le  centre  de  ces 
graviers  est  creux  ou  moins  compacte  que  leur  circonférence. 
D'autres  fois ,  ces  mêmes  graviers  sont  extrêmement  durs  et 
solides,  et  sur  une  coupe  faite  avec  soin  on  distingue  un 
certain  nombre  de  couches  concentriques  composées  souvent 
d'une  même  matière  plus  ou  moins  pure ,  ayant  des  teintes 
plus  ou  moins  foncées.  Quand  les  diverses  couches  ont  une 
composition  différente  ,  presque  toujours  le  noyau  est  formé 
par  un  très  petit  gravier  d'acide  urique,  et  les  autres  couches, 
par  des  phosphates  amorphes  ou  cristallisés.  On  peut  souvent 
reconnaître  ,  dans  ces  graviers  ,  des  couches  alternatives  d'a- 
cide urique  et  de  phosphates.  On  voit  aussi ,  mais  rarement, 
ces  graviers  avoir,  pour  noyau,  un  petit  caillot  de  sang  altéré, 
uu  de  l'oxalate  de  chaux. 

§  642.  Les  calculs  rénaux,  comme  les  graviers,  peuvent  oc- 


PYÉLiTE  CA.LCDLETISF.  [cctract.  anatomîques).  i3 

cuperles  calices,  le  bassinet  ou  le  goulot  de  l'uretère.  Ces  cal- 
culs offrent  une  grande  variété  dans  leur  volume  ,  dans  leur 
forme  et  dans  leur  couleur. 

Les  petits  calculs  qu'on  trouve  dans  les  calices  sont  le  plus 
souvent  arrondis  ouovalaires.  Souvent,  une  de  leurs  extrémités 
est  plus  volumineuse  que  l'autre.  Le  plus  souvent  lisses  et  polis 
à  leur  surface,  les  calculs  rénaux  peuvent  présenter  des  iné- 
galités plus  ou  moins  prononcées  et  des  prolongemens  sem- 
blables à  des  apophyses  (Atlas,  Pl.  xiv,  fig.  aa,  29  et  ii). 

A  mesure  que  les  calculs  rénaux  augmentent  de  volume,  et 
que  les  calices  se  dilatent ,  la  substance  tubuleuse  contiguë 
s'aplatit  contre  le  calcul,  qui  prend  une  forme  tellement  ca- 
ractéristique ,  qu'on  peut  affirmer  que  telle  ou  telle  portion 
s'est  développée  dans  un  calice.  L'extrémité  du  calcul  appliquée 
contre  le  mamelon  est  aplatie  et  présente  parfois  plusieurs  fa- 
cettes, qui  forment,  les  unes  avec  les  autres,  des  angles  obtus.  Ces 
facettes  sont  souvent  entourées  par  une  sorte  de  rebord,  ou,  au 
moins,  elles  offrent  une  circonférence  nettement  dessinée, 
supportée  par  un  rétrécissement  ou  col ,  qui  correspond  à 
r^xlrémité  du  calice.  Ces  facettes,  le  plus  souvent  légèrement 
convexes,  sont  quelquefois  irrégulièrement  concaves,  lors- 
qu'elles se  sont  adaptées  de  bonne  heure  à  la  convexité  de  la 
substance  mamelonnée,  non  encore  affaissée  (Atlas,  Pl.  xiv, 
fig-  7)- 

Une  fois  qu'un  calcul  a  pris  cet  accroissement  dans  un  ca- 
lice, il  est  à-peu-près  impossible  qu'il  passe  dans  le  bassinet, 
et  il  continue  de  s'accroître.  Quand  plusieurs  mamelons  sont 
embrassés  par  un  même  calice,  presque  toujours  le  calcul, 
augmentant  de  volume  et  s'opposant  au  libre  cours  de  l'urine, 
comprime  ces  mamelons,  et  présente  des  renflemens  qui  corres- 
pondent à  chaque  cône  de  la  substance  tubuleuse,  déprimée. 
Ces  mamelons  des  calculs  rénaux  sont  supportés  par  un  rétré- 
cissement ou  col;  celui-ci  se  termine  par  une  espèce  de  queue 
qui  fait  une  petite  saillie  dans  le  bassinet  (ArLAS,  Pl.  xiv,  fig. 
1 1  et  16}. 

A  mesure  qu'un  calice  se  distend,  en  se  remplissant  d'urine 
ou  de  matière  calculeusc  ,  d'autres  calices,  sous  rinduciicc 


l4  i^TÈLiTE  cALCULiEu'sÉ  [càtact.  àhiitomïqûès). 

<Sè  là  mêmb  cause  ,  s'affectent  quelquefois  à  leur  toiir.  La  com- 
pression exercée  sur  un  calice  par  un  calcul  situé  dans  un  ca- 
lice voisin  ,  contribue  parfois  à  la  formation  d'un  riouveaù  cal- 
bul;  ce  nouveau  calcul  étant  formé  dans  un  second  calice,  les 
petits  prolongeinens  ou  queues  que  ces  calculs  envoient  dans 
le  bassiiiet ,  finissent  par  se  toucher  et  par  se  réunir.  Le  plus 
souvent,  ce  sont  deiax  calculs  qui  se  réunissent  aiiiâi;  d'autres 
fois,  un  plus  grand  nombre  dé  concrétions  calciileuses  des  ca- 
lices s'agglomèrent  ainsi  en  une  seule  masse  dans  le  bassinet. 
Ces  calculs  ont  le  plus  souvent  une  espèce  de  pédicule  arrondi, 
d'autres  fois  aplati ,  sur  lequel  se  réunissent,  à  angle  droit  ou 
plus  ou  moins  aigu,  deux  ou  trois  lèles,  qui  offrent  quelquefois 
Une  analogie  frappante  avec  les  extrémités  de  certains  os  d'ani- 
maux (A.TLAS,  Pl.  XIV,  fig.  8,  9,  :o,  1 1  et  ta).  On  voit  aussi  par- 
fois les  calculs  de  deux  calices ,  placés  l'un  vis-à-vis  de  l'autre, 
àé réirnir ensemble  d'une  ihanière  différente:  les  prolongeinens 
qu'ils  enVoieiit  dans  le  bassinet  se  rencontrent,  et  les  calculs 
se  confondent  sans  offrir  de  queue  dans  la  cavité  du  bassinet 
(Atlas,  Pl.  xiv,  fig.  i4).  Ces  calculs  ne  peuvent  jamais  être  ren- 
dus spontanérhent  pendant  la  vie  ;  c'est  même  avec  là  plus 
grande  difllcullé  qu'on  peut  les  extraire  après  la  mort,  en  cou- 
pant le  tissii  rénal  atrophié  et  induré;  ils  se  rompent,  surtout 
dails  leurs  cols  embrassés  étroitement  par  les  calices  épaissis  : 
circonstance  que  j'aurai  l'occasion  de  rappeler  lorsque  je 
traiterai  de  la  rié^hrotornie. 

Enfin,  il  arrive  quelquefois  que  le  bassinet  est  lui-même 
templi  par  un  calcul  qui ,  en  s'agglomérant  avec  d'àUtres  cal- 
culs des  taUces,  fbrriie  un  tout  très  irrégulier,  ayant  diverses 
apparences,  selon  là  position  respective  des  calices  affectés. 
Tantôt  c'est  un  prolongement  conique  terminé  en  pointe  infé- 
rieurement ,  et  sur  lequel  on  voit  s'enter,  à  angle  droit,  une  sbrte 
d'appendice  aussi  volumineux  que  l'autre  branche  du  calcul. 
Sùr  l'extrérhité  de  «et  appendice  ,  on  aperçoit  des  facettes  plus 
ou  moins  nombreuses ,  en  tout  semblables  à  celles  que  j'ai  dé- 
crites comme  s'étant  formées  dans  les  goulots  des  calices 
(Atlas,  Pl.  xiv,  fig.  2,  3,  4  et  5). 

D'autres  fois,  au  lieu  d'offrir  un  seul  prolongement,  les  cal- 


PY^LitE  cALCULÈUsis  [caràct.  ànatorhiqùèî).  î5 

Ctals  du  bassinet  s'étendent  dans  lin  où  plusieurs  calices  ;  U 
prennent  alors  les  apparences  les  plus  extraordinaireâ  ;  appa- 
rences qui  les  ont  fait  comparer  àxix  branches  de  coràil ,  au 
bois  des  cerfs ,  etc.  Dans  tous  ces  cas  ,  une  ][iortion  du  calcul, 
dont  les  dimensions  soiit  ordinairement  plus  considérablfes 
que  celles  d' aucune  autre  portion  dii  calcul  prise  sépàrërtieriti 
est  disposée  plus  ou  moins  verticalement.  Cette  portion,  qiil 
occupe  la  cavité  du  bassinet  et  le  commencement  de  l'iiretère; 
présente  souvent  une  sorte  de  rigole  ou  de  canal  creiisé  dans 
son  épaisseur.  On  a  même  vu  cette  portion  du  calcul  eiiigàgée 
dans  le  goulot  de  l'uretère  être  perforée  ,  comme  pour  laisser 
plus  facilement  couler  l'urine  et  le  pus  qui  se  sécr-ète  dAtià  le 
bassinet  enflammé. 

Cette  portion  du  calcul  est  quelquefois  assez  régulièrement 
cylindrique  et  ne  présente  pas.d'étrànglemeht  notable  ;  d'aùtrës 
fois,  elle  en  offre  un  bien  marqué  qui  correspond  à  l'endroit 
oii  le  bassinet ,  d'abord  plus  ou  moins  horizontalement  placé  ; 
se  contourne  pour  se  continuer  avec  le  commencement  de  l'u- 
retère. Presque  tdujours,  dans  cet  endroit,  l'uretère  est  très 
ample  et  dilaté ,  au  point  que  ses  dimensions  sont  pliïs  cbh- 
sidérables  que  celles  du  bassinet  lùi-mêmë  (Ati>às,  Pl.  kiv, 
fig.6). 

Quelquefois  les  extrémités  correspondantes  des  calculs  du 
bassinet  et  des  calculs  des  calices,  bien  que  contiguës  ,  ne  for- 
ment pas  corps  ensemble  ,  et  sont  comme  articulées  ;  l'une 
d'elles  offre  une  cavité  dans  laquelle  se  trouve  logée  l'extrémité 
convexe  de  l'autre  (Atlas  ,  Pl.  xiv,  fig.  i3). 

Enfin  lorsque  les  calculs  rénaux  ont  acquis  des  diinerisions 
énormes  et  pèsent  plusieurs  onces ,  ils  offrent  moins  distincte- 
ment (Atlas,  Pl.  xiv,  fig.  i  el  34),  que  daiis  les  cas  dii  ils  sont 
moins  volumineux,  la  forme  branchue,  qui  rend  ces  calculs 
facilement  reconnaissables.  La  substance  rénale  s'atropliiant 
de  plus  en  plus,  sans  se  dilater ,  le  rein  prend  la  forme  d'une 
poche  irrégulière  que  remplit  complètement  le  calcul. 

Les  calculs  renfermés  dans  l'uretère  sont  ordinairement  pe- 
tits ,  allongés  et  irrégulièrement  cylindriques.  Souvent  ils  obs- 
truent plus  complètement  le  passage  de  l'urine  qu'un  calcul 


i6    PYÉLiTE  CALcnLf.usTî  (caracl.  anatomiq.) 

plus  volumino.ux  situé  dans  le  bassinet  et  les  calices.  La  couche 
extérieure  de  ces  calculs  est  souvent  noire. 

La  structure  et  la  composition  cliimique  des  calculs  rénaux 
sont  très  variées  {Voyez  :  Calculs).  A  la  coupe,  ils  offrent  pres- 
que toujours  des  couches  irrégulièrement  concentriques.  Quel- 
quefois une  portion  d'un  calcul  a  une  composition  tout-à-fait 
différente  d'une  autre  portion  du  même  calcul  (Atlas  ,  Pl.  xiv, 
iîg.  5].  La  couche  la  plus  interne,  ou  noyau,  est  souvent  compo- 
sée d'acide  urique  ;  des  phosphates  occupent  très  commu- 
nément les  couches  extérieures  des  calculs  un  peu  volumi- 
neux. 

Les  calculs  phosphatiques  sont  souvent  friables  et  offrent 
quelquefois  des  creux  ou  des  interstices  dans  leur  intérieur. 

^  643.  J'exposerai  avec  détails,  dans  une  autre  partie  de  cet 
ouvrage,  les  causes  àcs  calculs  rénaux;  pour  le  moment,  je 
me  bornerai  à  faire  remarquer,  d'une  part,  que  la  diathèse 
urique  ou  goutteuse,  et  d'autre  part,  les  inflammations  des  di- 
verses parties  des  voies  urinaircs ,  de  l'urèthre,  de  la  prostate , 
de  la  vessie  qui  se  propagent  si  facilement  aux  reins ,  sont  les 
causes  les  plus  fréquentes  de  la  pyélite  calculeuse. 

La  pyélite  calculeuse  a  été  observée  à  tous  les  âges,  chez  le 
foetus  (i),  chez  les  enfans  (1),  les  adultes  et  les  vieillards,-  mais 

(i)  Pierre  Frank  dit  qu'un  médecin  boiIaDd.iis  a  tronvédes  calculs  rcnaut 
dans  des  fœtus  de  cinq  à  six  mois  {Epilome,  trad.  frauç.,  t.  y,  p.  4^3,  Ré- 
tentions hétérogènes)  ;  et  il  ajoute  qu'un  de  ses  prédécesseurs,  dans  l'Aca- 
démie de  Gocltingue,  rapporte  l'bistoire  de  deux  cufans  ,  l'un  Âgé  de  deux 
jours,  l'autre  de  huit,  qui  moururent  au  milieu  des  convulsions  excitées  par 
la  sortie  de  petits  calculs.  Waltlier  {Journ.de  Grœfe.t.  i,  p.  407)  a  trouvé  de 
petits  calculs  dans  les  reins  d'un  fœtus  de  Luit  mois. 

(a)  Liiseke  {Obs,  anat,  cliir.  med.  nov,  et  rarior.,  p.  ôo)  a  trouvé  un  calcul 
rénal  chez  un  enfant  nouveau-né.  Riedlin  {Liueœ  medica;,  1G94)  ons.  xxx, 
p.  3i2)  a  trouvé  au»si  un  calcul  chez  un  enfant  d'uu  an  cntiron.  Le  docteur 
Prael  de  Braunsch^Teig  a  rencontré  plusieurs  calculs  dans  les  deux  reins 
d'une  fille  de  six  mois  {Bulletin  de  Fcrussac,  t.  x,  p.  328).  Hardcr  (cité  par 
Lieutaud,  Hist.med.,  t.  t,  c.  371)  fait  mention  d'un  enfant  de  trois  mois 
qui  éprouvait  des  symptômes  de  néphrite  :  cet  eufant  mourut  à  l'âge  de  deux 
ans ,  on  trouva  beaucoup  de  sable  dans  lo  rein  gauche  et  un  calcul  à  l'entrée 


PYÉLITE  CALCULETISE  (caUSes).  I7 

plus  souvent  dans  un  âge  avancé  qu'à  toute  autre  époque  de  la 
vie.  On  a  dit  que  le  rein  gauche  était  plus  souvent  affecté  que 
le  rein  droit,  ce  qui,  pour  moi ,  n'est  pas  démontré  (i). 

Le  dépôt  et  l'agrégation  des  sels  dans  les  calices  et  le  bassinet 
sont  rendus  plus  faciles,  non-seulement  par  certaines  consti- 
tutions de  l'urine,  mais  encore  parla  présence  accidentelle, 
dans  cette  humeur,  de  matières  animales  étrangères,  telles  que 
du  sang,  du  mucus ,  du  pus,  etc.  Aussi  £-t-on  vu  des  pyélites 
calculeuses  survenir  après  les  blessures  du  bassinet,  des  coups 
sur  la  région  rénale  ou  après  de  fortes  contractions  des  mus- 
cles de  la  région  lombaire  ,  etc. 

Les  calculs  (et  sous  ce  nom  je  comprends  aussi  les  graviers) 
peuvent  occuper  un  ou  plusieurs  calices  sans  être  réunis  et 
sans  apporter  obstacle  au  passage  de  l'urine  dans  l'uretère  ; 
dans  ce  cas,  l'inflammation  est  ordinairement  bornée  aux  par- 
ties contiguës  aux  calculs.  Tantôt,  au  contraire,  le  calcul  pourvu 


de  l'uretère.  M.  Wackearoder  {ISeue  Jahrbuecher  der  Chemie  und  Pharmacie, 
B.  vm,  S.  407  ;  B.  IX,  S.  7  et  67),  a  fait  l'analyse  d'un  calcul  trouvé  dans  le 
rein  d'un  enfant  de  sept  semaines.  On  lit  dans  les  Ephémérides  des  curieux 
de  la  nature  (t.  iv,  p.  544)  que  des  calculs  rénaux  furent  trouvés  chez  «n 
enfant  de  trente  semaines. 

(i)  Boerliaave  {Prœlectiones  ad  instit.,  §  SSa)  a  pensé  que ,  lorsqu'un  seul 
rein  était  affecté,  c'était  le  plus  ordinairement  celui  du  côté  gauche.  Charles 
Lepois  (  Ohs,  de  morbis  a  seras,  colluvie,  t.  iv,  c.  2,  obs.  c  )  dit  que,  sur  cent 
sujets  atteints  de  néphrite  calculeuse,  quatre-vingts  et  plus  souffrent  du  rein 
gauche;  proportion  qui  paraît  très  esagérée.  Hoffmann  (F.),  (Med.  ration., 
■  t.  IV,  p.  i,sect.  3,  cap.  8,  §  7,  de  fehre  nephritica),  Morgagni  (Z>e  sed.  et 
causis  morb.,  Epist.  xl,  .art.  1 3),  P.  Frank  {Traité  de  médecine  pratique, 
Irad.  franc,  de  Goudareau,  tom.  v,  p.  474),  Kiesewetter  {De  lithiasi  sinistro 
qiiamdextro  rem  magis  in/estd.  Halle,  1776),  Earle  (Med.  chir.  Trans.,  t.  XI, 
p.  at6,  217  et  227),  Richter  {Spéciale  Thérapie,  t.  iv,  p.  483),  Haller 
{Elemcnta  Phjrsiologiai ,  t.  vir,  p.  368),  Voigtel  {Palhol.  Anat,  B.  m,  S.  188 
et  207),  ont  aussi  pensé  que  le  rein  gauche  était  plus  souvent  affecté  que  le 
droit.  Coiter  avait  prétendu  au  contraire  {Extern,  et  intern. princip.,etc.,  oh- 
servationesçfue  a,ariœ.  Ous.  xxni,  §  3)  que  le  rein  droit  était  plus  souvent 
affecté  que  le  gauche.  Je  répète  que  je  m'abstiens  d'émettre  une  opinion  n 
cet  fgard,  le  chiffre  des  cas  que  je  pourrais  soumettre  au  calcul  n'étant 
pas  assez  élevé  pour  donner  une  solution. 

m.  2 


i8        pyi^LiTE  cALCDLrusE  {symptômes). 

<lc  plusieurs  brandies  occupe  les  calices  et  le  bassinet ,  et  gêne 
ou  intercepte  le  cours  de  l'urine. 

Lorsqu'un  calcul  rénal,  situé  clans  le  voisinage  du  commen- 
cement de  l'uretère,  présente  une  rigole,  l'urine  et  les  ma- 
tières sécrétées  par  la  membrane  muqueuse  enflammée  pou- 
vant, avec  plus  ou  moins  de  facilité,  passer  par  l'uretère  dans 
la  vessie,  le  rein  conserve  son  volume  naturel  ou  au  moins 
n'acquiert  point  de  dimensions  considérables.  Si  le  calcul,  situé 
dans  le  goulot  même  du  bassinet  ou  dans  l'uretère  k  une  dis- 
tance plus  ou  moins  considérable  de  son  embouchure,  l'obstrue 
complètement,  la  pyélite  est  le  plus  souvent  générale  ;  toute  la 
partie  de  l'uretère  située  au-dessus  du  calcul  et  de  l'obstruc- 
tion ,  est  elle-même  plus  ou  moins  enflammée  et  distendue 
par  l'urine  mélangée  de  mucus,  de  pus  ou  de  sang.  Alors,  il  y 
a  le  plus  souvent  une  augmentation  très  considérable  du  volume 
du  rein,  lorsque  la  maladie  existe  depuis  plusieurs  mois. 

Suivant  que  telle  ou  telle  de  ces  dispositions  des  graviers  ou 
des  calculs  existe,  la  pyélite  offi-e  des  symptômes  particuliers. 

§  644-  Symptômes,  Lorsque  des  graviers  ou  de  très  petits 
calculs  passent  des  calices  dans  le  bassinet ,  et  sans  trop  d'ef- 
forts dubassinet  dans  les  uretères,  et  plus  tard  dans  la  vessie,  les 
malades  éprouvent  ordinairement  des  douleurs  plus  ou  moins 
vives  et  quelquefois  des  douleurs  très  aiguës,  bien  avant 
qu'aucun  travail  inflammatoire  ait  pu  se  développer  (voyez: 
Ghavelle).  Mais,  si  un  calcul  est  trop  volumineux  pour  s'enga- 
ger dans  l'uretère  on  pour  passer  rapidement  de  ce  conduit 
dans  la  vessie,  il  occasionne  des  désordres  qui,  suivant  leur 
acuité  ou  leur  ancienneté,  présentent  quatre  formes  principales  : 

Premier  èialifioliques  néphrétiques  et  suppression  de  l'urine). 
—  Douleur  vive,  aiguë  ou  pongitive  dans  la  région  du  rein 
affecté,  descendant  de  cette  région  à  la  vessie,  et  quelquefois 
accompagnée  d'un  frisson  plus  ou  moins  intense.  Urine  rare 
et  rendue  goutte  à  goutte,  avec  un  sentiment  d'ardeur,  par- 
fois avec  de  petits  graviers  et  une  petite  quantité  de  sang. 

Le  pouls,  d'abord  petit,  déprimé,  devient  ensuite  fréquent  et 
plus  développé,  le  plus  souvent  après  un  ou  plusieurs  vomisse- 
mens  et  un  sentiment  de  défaillance.  Si  le  gravier  n'est  point  ex- 


PYI2LITR  CjVlctileuse  {symptômes).  19 

puisé  lo  lendemain  elles  jours  suivans,  la  plupai'l  de  ces  symp- 
tômes continuent  ;  et  si  le  calcul  n'apporte  pas  enlièi'emenl  ob- 
stacle au  cours  de  l'urine,  elle  contient  toujours  une  certaine 
quantité  de  sang  et  de  mucus.  Par  le  refroidissement,  le  mucus 
apparaît  dans  l'urine  sous  la  forme  de  petits  grumeaux  ou  de  flo- 
cons, comme  cotonneux,  qui  se  déposent  plus  tard  au  fond  du 
vase.  Les  globules  sanguins,  facilement  recounaissables  au  rai- 
croscope,  ftu-ment  une  légère  coucbe  à  la  surface  du  sédiment. 

Ces  premiers  accidens  peuvent  cesser  tout-à-coup  lorsque  le 
calcul  a  passé  de  l'uretère  dans  la  vessie  ;  l'urine,  qui  a  été 
momentanément  chargée  de  sang  ou  de  mucus ,  redevient  na- 
turelle, si  elle  ne  se  charge  pas  de  mucus  ou  de  pus  en  traver- 
sant la  vessie  oul'urèthre. 

Deuxième  état  {urine  mnqtieiise).  —  Si,  au  contraire  ,  un  ou 
plusieurs  calculs  ,  même  très  peu  volumineux,  séjournent  dans 
le  bassinet  ou  les  calices,  l'inflammation ,  combattue  ou  non 
par  l'art,  passe  presque  inévitablement  à  l'état  chronique. 
Dans  cet  état,  la  douleur  n'est  plus  aussi  vive  qu'à  son  début; 
les  malades  se  plaignent  seulement  d'un  sentiment  de  pesan- 
teur dans  la  région  du  rein  aflecté.  Plus  tard,  la  douleur, 
quelquefois  nulle,  le  plus  souvent  obtuse  ,  peut  devenir  tout- 
à-coup  très  vive,  à  la  suite  d'un  efl'ort  ou  d'un  mouvement 
du  tronc.  Elle  augmente  quelquefois  après  le  repas;  elle  aug- 
juente  surtout  par  les  secousses  qu'occasionnent  l'équitation 
et  les  courses  en  voiture;  une  pression,  même  légèr-e,  suflit 
souvent  pour  la  provoquer  ou  la  rendre  plus  vive.  Elle  dimi- 
.nue  parfois  ,  ou  devient  même  tout-à-fait  nulle  ,  lorsque  le  ma- 
lade se  couche  sur  le  dos  ou  sur  le  flanc  ;  elle  se  propage  quel- 
quefois dans  la  direction  de  l'uretère  et  jusque  dans  le  testi- 
cule et  le  membre  abdominal  correspondant,  qui  est  parfois 
comme  engourdi. 

Ces  douleurs  sourdes,  habituelles,  souvent  indépendantes 
de  tout  mouvement  fébrile,  sont  quelquefois  remplacées  par 
des  douleurs  vives ,  accompagnées  d'autres  phénomènes  pro- 
pres aux  exacerbulions  des  affections  chroniques.  Ces  douleurs, 
quelquefois  analogues  à  celles  de  la  colique  néphrétique,  s'é- 
tendent souvent  alors  dans  la  direction  de  l'uretère,  avec 

2. 


ao        PYjÎLiTE  CA.LCDLEUSE  {symptômcs). 

rétraction  du  testicule  et  engourdissement  de  la  cuisse  du 
même  côté.  Dans  ces  exacerbations ,  l'urine  se  charge  souvent 
de  sang,  devient  rougeâtre  et  coagiilable  par  la  chaleur. 

L'urine,  moins  rouge  que  dans  le  premier  état,  contient 
presque  toujours,  au  moins  dans  certaines  émissions,  une 
quantité  notable  de  mucus  ^  qui  se  dépose  par  le  repos  et  le 
refroidissement. 

Parfois  l'urine  est  sanguinolente ,  d'autres  fois  parfaitement 
transparente,  surtout  après  des  boissons  aqueuses  prises  en 
abondance.  Ces  difTérens  aspects  de  l'urine  peuvent  quelque- 
fois être  observés ,  chez  la  même  personne ,  dans  l'espace  de 
vingt-quatre  heures,  si  l'on  recueille  séparément  l'urine  des 
diverses  émissions.  Par  le  refroidissement,  diverses  matières, 
de  l'acide  urique  ou  des  sels ,  se  déposent  avec  le  sang  et  le 
mucus  j  le  sang  et  le  mucus  sont  le  plus  souvent  à  la  surface  du 
sédiment. 

Le  décubitus  sur  le  ventre  ou  sur  le  côté  opposé  au  siège 
du  mal,  lorsqu'un  seul  rein  est  affecté,  la  station,  les  efforts 
pour  aller  à  la  selle ,  la  toux ,  l'éternuement ,  une  grande  inspi- 
ration, etc.,  et  quelquefois  la  chaleur  du  lit,  augmentent  la 
douleur  rénale.  Toutefois ,  cette  douleur  peut  être  très  légère, 
lors  même  qu'il  existe  un  ou  plusieurs  calculs  dans  le  bassinet 
ou  les  calices. 

Lorsque  les  graviers  qui  déterminent  ces  accidens  sont  com- 
posés d'acide  urique  (et  c'est  le  cas  le  plus  ordinaire) ,  l'urine 
est  acide ,  et  le  sédiment  offre  des  cristaux  rhomboïdaux  d'un 
jaune  rougeâtre.  Filtrée  ,  elle  devient  légèrement  louche  lors- 
qu'on la  traite  par  l'acide  nitrique,  qui  précipite  une  certaine 
quantité  d'acide  urique  ou  d'albumine  ,  mélangée  ou  non  de 
globules  sanguins. 

Lorsque  les  graviers  sont  phospha tiques,  l'urine,  alcaline  et 
louche,  au  moment  de  l'émission,  s'éclaircit  d'abord  par  l'ad- 
dition de  l'acide  nitrique,  et  elle  se  trouble  quelquefois  ensuite 
par  l'addition  d'une  plus  grande  quantité  de  cet  acide,  si  elle 
contient  de  l'albumine ,  du  sang  ou  du  pus. 

Troisième  état  {sécrétion  purulente  sans  tumeur  rénale).  — 
Aux  deux  premiers  états  que  je  viens  d'indiquer,  succède 


PYÉLITE  CALCULEUSE    {sflUptÔmes).  1\ 

un  troisième  plus  grave,  lorsqu'un  ou  plusieurs  calculs  se  trou- 
vent retenus  dans  le  bassinet  ou  les  calices.  Il  se  déclare  des 
frissons  irréguliers,  qui  augmentent  vers  le  soir,  et  se  renou- 
vellent fréquemment,  surtout  après  les  repas.  Les  malades 
éprouvent ,  dans  la  région  des  reins ,  diverses  sensations  mor- 
bides, un  sentiment  de  pulsation,  d'engourdissement  et  de 
tension,  quelquefois  même  de  froid,  qui  se  prolonge  souvent 
dans  le  membre  correspondant. 

L'urine ,  quelquefois  sanguinolente ,  plus  souvent  blanchâ- 
tre et  troiible ,  laisse  déposer,  par  le  repos,  un  sédiment  puru- 
lent, d'un  blaac  de  lait  ou  d'un  blanc  légèrement  verdâlre, 
principalement  composé  de  pus  et  de  sels  précipités  de  l'u- 
rine (i). 

Un  pissement  de  sang  est  quelquefois  le  premier  symptôme 
frappant  de  la  maladie,  surtout  lorsque  les  bassinets  des  deux 
reins  contiennent  des  calculs  ;  plus  tard,  les  urines  deviennent 
troubles  et  purulentes,  et  elles  sont  rendues  fréquemment  et  en 
petite  quantité  dans  chaque  émission  ;  parfois  les  malades  sem- 
blent se  rétablir,  mais  les  urines  restent  purulentes ,  avec  ou 
sans  mélange  de  graviers.  Enfin,  à  des  époques  plus  ou  moins 
éloignées,  les  malades  éprouvent  des  exacerhations ,  princi- 
palement caractérisées  par  une  augmentation  des  douleurs  ré- 
nales, parla  diminution  ou  la  suppression  de  l'excrétion  de  l'u- 
rine, par  des  envies  de  vomir,  des  vomisseraens,  delà  fièvre,  avec 
sécheresse  de  la  langue,  etc.  Lorsque  la  maladie  doit  se  termi- 
ner par  la  mort,  les  vomissemens  continuent,  le  pouls  s'aflfaiblit 
déplus  en  plus  ,  les  membres  se  refroidissent.  La  cessation  des 
vomissemens  et  la  diminution  des  douleurs  rénales,  coïncidant 
avec  une  moindre  prostalion  et  le  rétablissement  de  l'excrétion 
de  l'urine ,  annoncent,  au  contraire,  qu'une  sorte  de  convales- 

(t)  Pcmberlon  {^A piactical  treatise  on  'various  diseuses  of  the  abdominal 
wcera.  Lond.,  i8i4)  dit  que,  lorsque  l'urine  dépose  un  sédiment  purulent 
d'une  mauvaise  odeur  et  mêlé  avec  du  sang,  on  peut  toujours  être  certain 
qne  le  pus  vient  des  reins.  Cette  assertion  est  inexacte  ou  au  moins  beau- 
coup trop  générale;  on  observe  de  semblables  sédimens  dans  d'autres 
conditions,  notamment  dans  des  cas  de  cancer  de  la  vessie. 


22  PYlîLTTE  CA-LCULEBSE  {sjmpiômcs). 

cence  tuccédera  à  l'allaque;  mais  les  accidens  se  renouvelleront 
inévitablement  plus  tard  et  finiront  par  amener  la  morti 

§  64'>.  Un  quatrième  état  {urine pia-ulente  et  tvtneur  rénale) 
est  caractérisé  par  l'existence  ^  dans  une  des  régions  lombaires 
(lorsqu'un  seul  rein  est  affecté),  d'une  tumeur  ordinairement 
bosselée ,  fluctuante ,  produite  par  l'accumulation  du  pus  dans 
la  cavité  du  bassinet  et  des  calices  distendus.  La  tumeur,  située 
dans  un  des  flancs,  correspond  (lorsqu'elle  s'est  développée  au 
côté  droit},  par  sa  partie  supérieure  à  la  face  inférieure  du  foie, 
sous  lequel  elle  s'enfonce.  Lorsque  cette  tumeur  a  acquis  un 
volume  considérable,  sa  partie  inférieure  peut  toucher  à  la 
crête  de  l'os  des  îles,  s'étendre  à  la  fosse  iliaque  et  même  dans 
riiypogastre.  On  a  vu  de  ces  tumeurs,  formées  par  le  bassinet 
(Et  les  calices  dilatés  et  remplis  de  matières  purulentes,  peser 
depuis  dix  jusqu'à  cinquante  livres. 

Par  suite  du  développement  de  ces  tumeurs,  la  région  lom- 
baire est  déformée  et  plus  ou  moins  élargie  du  côté  affecté.  Cet 
élargissement,  sensible  au  premier  coup-d'œil,  dans  le  plus 
grand  nombre  des  cas ,  peut  être  facilement  apprécié  dans  tous, 
én  comparant  la  largeur  du  flanc  (indiquée  de  chaque  côté  par 
une  ligne  qui,  de  la  colonne  vertébrale,  s'étend  à  la  limite  ex- 
terne du  tronc),  avec  celle  du  côté  opposé. 

A  la  percussion,  la  tumeuiTcnd  un  son  mat  en  arrière,  et, 
presque  toujours,  en  avant,  à  moins  que  le  colon,  situé  au  de- 
vant et  en  dedans  de  la  poche  du  côté  droit,  et  en  dehors  du 
côté  gauctie,  ne  soit  distendu  par  des  gaz.  Lorsque  le  colon 
transverse  sépare,  au  Inoins  dans  une  certaine  étendue,  l'ex- 
trémité supérieure  de  la  tumeur  du  bord  libre  du  foie  (ou 
lorsqu'elle  n'est  pas  encore  très  volumineuse),  le  toucher  et  la 
percussion  permettent  d'en  reconnaître  les  limites  et  de  consta- 
ter qu'elle  est  indépendante  du  foie  ;  mais,  lorsque,  par  suite  d'un 
plus  grand  développement  de  la  tumeur^  le  colon  transverse  a  été 
refoulé  et  abaissé,  lorsque  la  tumeur  a  contracté  des  adhérences 
avec  la  face  inférieure  et  le  bord  libre  du  foie,  alors  elle  fait 
corps  avec  cet  organe,  dont  elle  simule,  soit  un  développement 
morbide,  soit  une  augmentation  de  volume  occasionée  par  le 
développement  d'une  tumeur  enkystée  dans  son  épaisseur. 


PYÉLITE  CALCULEUSE  (s/Uiploniesy  23 

Lorsque  la  tumeur  rénale  a  acquis  un  certain  volume,  elle 
paraît  presque  toujours  bosselée,  et  comme  composée  de  plu- 
sieurs lobes.  Dans  cet  état,  la  fluctuation  est  manifeste,  et  il 
est  Sicile  de  reconnaître  que  la  tumeur  est  formée  par  une 
poche  distendue  par  uu  liquide. 

La  douleur  n'est  jamais  vive  dans  ce  quatrième  état,  hors 
le  temps  des  exacerbations  ;  mais  elle  augmente  par  la  pression 
des  vètemens,  et  par  celle  de  la  main,  appliquée  à  la  surface  du 
reia.  La  douleur  est  encore  plus  facilement  réveillée ,  lorsque, 
après  avoir  placé  une  des  mains  sur  la  face  antérieure  de  la 
tumeur,  on  la  pousse  en  avant  avec  l'autre  main  appliquée 
sur  la  région  lombaire.  Parfois  la  pression  diminue  la  douleur 
en  arrière,  tandis  qu'elle  l'augmente  en  avant.  La  douleur  aug- 
mente parla  marche,  surtout  lorsqu'elle  est  rapide,  et  par 
certains  mouveinens  du  tronc.  Quelques  malades  assurent  avoir 
senti  les  pierres  ballotter  dans  de  semblables  tumeurs  formées 
par  le  rein  distendu ,  et  des  médecins  croient  avoir  perçu  un 
choc  particulier ,  ou  une  sorte  de  frémissement  dans  tes  tu- 
meurs ,  quand  on  les  pressait  avec  la  main  (i). 


(i)  F.-J.  Rollet  (^Dîssert.  sur  la  néphrite  calculeusé.  Paris,  1829,  p.  ay) 
cite  le  fait  suivant:  «  Marie  Pétronille  Leclerc  ,  âgée  de  26  ans,  ouvrière  en 
linge,  a  été  reçue  à  la  Charité  le  8  mai  1828  ,  salle  Saint- Vincent,  n.  34 
(M.  Fouquier,  médecin).  Cette  femme  était,  depuis  cinq  ans  ,  à  la  suite  d'un 
rhume,  sujette  à  des  crachcmens  dé  saiig.  Bien  réglée  de  10  à  21  ans,  elle 
le  fut  moins  bien  depuis.  La  suppression  des  règles  a  eu  lieu  pendant  plu- 
sieurs mois]  et  à  plusieurs  reprises  ;  elles  n'avaient  pas  paru  depuis  trois  mois, 
lorsque  la  malade  est  entrée  à  l'hôpital.  Les  crachcmens  de  sang  avaient  lieu  à 
chaque  suppression.  Il  y  a  trois  mois  aiissi  que  cette  fille  ressentit  des  dou- 
leurs dans  les  reins,  surtout  à  gauclie,  où  elle  éprouva,  dit-elle,  une  sensation 
de  barre  et  de  cuisson  ;  pesanteur  dans  les  jambes,  somnolence  ;  elle  s'aperçu 
alors  qu'elle  avilit  une  tumeur,  du  volume  d'une  noisette,  dans  la  région  du 
rein  gauchs.  Elle  cessa  de  cracher  du  sang,  mais  elle  en  rendit  par  les 
urines.  Il  survint  un  gonflement  du  ventre,  une  constipation  opiniâtre,  perte 
d'appétit.  Pendant  trois  jours  l'urine  cesse  d'être  excrétée;  elle  s'écoule 
ensuite  par  regorgement.  Elle  a  souvent  rendu  des  graviers,  dont  les  plus 
gros  avaient  le  voltime  d'une  téte  d'épingle,  et  des  caillots  de  sang.  Cette 
expulsion  était  précédée  de  douléurs  dans  le  trajet  de  l'uretère  gauche; 


24      PYÉLiTE    CALCULEUSE  {sytnptônies). 

Daus  cequatriènie  état,  l'urine  est  sanguinolente  ou  purulente 
dans  toutes  les  émissions,  à  moins  que  le  passage  de  l'urine 

douleurs  pcrsistaules  à  l'aine.  A  son  entrée  ù  l'hôpital,  la  malade  porte,  à  la 
partie  natcrieurc  du  rein  gaucLe,  une  tumeur  du  volume  d'une  pomme  d'a- 
pis, bosselée  et  dure  en  plusieurs  endroits,  moins  résistante  en  d'autres,  icj 
frictions  sur  cette  tumeur  y  font  éprouver  une  espèce  de  Jrémissement  et  de  dé- 
placement de  petits  calculs;  la  malnde  dit  éprouver  ce  frémissement  sans  y 
porter  la  main,  lorsque  la  vessie  est  distendue  par  l'urine;  plusieurs  élèves 
m'ont  dit  avoir  entendu  ce  bruit  :  j'avoue  n'avoir  pas  été  aussi  heureux. 
Lorsque  la  malade  rend  volontairement  ses  urines,  elles  sont  claires,  quoi- 
que un  peu  rouges;  mais,  si  elle  urine  par  regorgement,  ou  y  voit  des  cail- 
lots et  des  graviers.  Les  douleurs  sont  les  mêmes  que  celles  que  nous  avons 
indiquées  plus  liant.  Le  i3  et  14  mai,  on  fait  deux  applications  de  sangsues 
à  l'anus  et  au  périace  (.orge  miellée  ;  lait;  potion  gomm.;  sirop  diacode');  pas 
d'amendement;  la  constipation  persiste.  i5  mai,  la  sensibilité  est  augmentée 
dans  le  rein  ganche;  pouls  plein  et  fréquent;  peau  chaude;  en  faisant  un 
effort  pour  uriner,  elle  a  eu  un  vomissement  de  matières  bilieuses,  verdâtres 
etamcres;  agitation  continuelle,  décubitus  impossible  sur  le  dos,  supportable 
sur  le  c6té  droit,  qui  devient  douloureux  (ijuinze  sangsues  à  faine).  Amélio- 
ration pendant  le  jour;  les  douleurs  reparaissent  pendant  la  nuit.  Le  17,  un 
bain, dans  lequel  la  malade  a  beaucoup  uriné  sans  douleurs,  apporte  une 
grande  amélioration  dans  son  état;  constipation.  Le  22,  deux  lavemens  pur- 
gatifs, deux  cataplasmes  narcotiques  sur  le  ventre,  gomme  deux  pots.  Le 
calme  se  rétablit  peu-à-peu  sous  l'influence  de  ce  traitement;  au  bout  de 
quelques  jours,  les  urines  ne  contiennent  plus  de  sang,  mais  elles  déposent 
toujours  des  graviers.  Le  27,  réapparition  des  symptômes  (quinze  sangsues  à 
la  région  lombaire  gauche;  même  presciiption).  Le  3t,  la  malade  est  bien.  De- 
puis cette  époque  ,  cette  fille  a  eu  continuellement  des  alternatives  de  mieux 
et  de  rechutes.  Mais  une  affection  cérébrale  est  venue  compliquer  sa  mala- 
die. Cette  fille  est  actuellement  au  n.  22  de  la  même  salle,  dans  un  état 
d'imbécillité.  Ses  urines  déposent  toujours  un  peu  ;  la  tumeur  qu'elle  portait 
au  rein,  semble  avoir  disparu.  » 

Le  fait  d'un  frottement  de  calculs,  perceptible  au  toucher  ou  à  l'ouïe, 
est  loin  d'être  établi  par  cette  observation,  dans  laquelle  les  dimensions  de 
la  tumeur  rénale  ne  paraissent  pas  avoir  été  exactement,  prises.  Je  ne  con- 
nais pas  d'ailleurs  d'observation  analogue  plus  concluante.  J'ajoute  que,  chez 
nu  malade,  dont  M.  le  docteur  Willam  Howison  a  rapporté  l'Iiistoire  avec 
beaucoup  de  détails,  on  percevait  aussi,  en  explorant  la  tumeur  rénale,  une 
certaine  crépitation,  et  cependant  à  l'ouverture  du  corps,  ou  ne  trouva  qu  un 


PYÉLtTE  CALCULEUSE  {sjmptÔmes).  2  5 

provenant  du  rein  malade,  ne  vienne  à  être  complètement  ou 
incomplètement  intercepté.  L'urine  est  plus  souvent  purulente 
que  sanguinolente  ;  elle  n'offre  ordinairement  ce  caractère  que 
dans  les  exacerbations  (Voyez  :  Hémoruhagie  rénale). 

Cependant  on  remarque,  dans  l'émission  de  l'urine  et  dans  ses 
qualités  physiques  et  chimiques,  d'assez  grandes  variations. Lors- 
que l'urine  purulente ,  provenant  du  bassinet  enflammé  ,  n'est 
qu'incomplètement  retenue  dans  sa  cavité ,  elle  se  mélange,  en 
proportion  variable,  avec  celle  qui  est  fournie  par  l'autre  rein. 
Ce  liquide  peut,  dans  une  même  journée,  offrir  des  appa- 
rences très  différentes;  de  sorte  que,  si  on  se  bornait  à  exami- 
ner une  ou  deux  émissions  d'urine ,  on  s'exposerait  à  des  er- 
reurs graves.  J'ai  vu  quelquefois,  dans  la  pyélite  calculeuse, 
de  l'urine  très  chargée  de  pus  ou  de  sang  être  rendue  à  certaine 
heure  de  la  journée,  et  plus  tard,  chez  la  même  personne, 
l'urine  avoir  ses  apparences  naturelles  j  ce  qui  ne  peut  guère 
s'expliquer  qu'en  supposant  que  l'urine  versée  dans  la  vessie 
provenait  alternativement  du  rein  malade  et  du  rein  sain. 
Toujours  est-il  qu'il  faut  être  prévenu  de  cette  circonstance ,  afin 
de  ne  pas  porter  un  jugement  erroné  sur  l'état  des  voies  uri- 
naires,  d'après  un  seul  examen  de  l'urine  dans  les  vingt-quatre 
heures. 

J'ai  déjà  noté  que  l'urine  était  coagulable  par  la  chaleur  et 
l'acide  nitrique  j  lorsqu'elle  contenait  une  certaine  quantité  de 
pus;  mais  la  proportion  du  coagulum  alburaineux  n'est  pas 
toujours  en  j  apport  avec  celle  de  la  quantité  de  pus  mélangé 
avec  l'urine.  Dans  certaines  pyéliles  calculeuses,  on  voit  quel- 
quefois l'urine  contenir  une  quantité  très  notable  d'albumine, 
bien  que  la  proportion  des  globules  du  pus  soit  comparative- 
ment très  minime  ;  tandis  que ,  d'un  autre  côté ,  des  urines 
très  chargées  de  pus  sont  très  peu  coagulables  et  prennent  seu- 


seul  calcul,  en  forme  de  clou,  qui  s'adaptait  exactement  au  goulot  du  bas- 
sinet (EdM.  med.  and  surgic.  Journal,  octob.  1822,  vol.  xvirr,  p.  557).  Enfin, 
nne  sorte  de  crépitation  peut  être  produite  par  le  frottement  de  la  paroi 
antenenre  du  bas-ventre  à  la  surface  de  la  tumeur  recouverte  ou  non  de 
fausbes  membranes. 


20  PY^LIT£  CALCULEUSE  (sjmptomes). 

lement  une  légère  teinte  louche  laiteuse  ,  lorsqu'on  les  traite 
par  la  chaleur  et  l'acide  nitrique,  après  les  avoir  filtrées. 

Lorsque  tout  passage  entre  le  bassinet  distendu  par  le  pus  et 
l'urine,  est  entièrement  fermé,  l'urine  rendue  par  le  malade 
peut  être  naturelle  ou  au  moins  exempte  de  mélange  du  pus, 
pendant  quelques  jours,  en  même  temps  que  la  tumeur  rénale 
augmente  de  volume.  Alors,  la  douleur  rénale  est  plus  vive; 
la  fièvre  s'allume;  il  survient  des  envies  de  vomir  et  parfois  des 
vomissemens.  Si  l'urine  et  le  pus  se  font  jour  à  ti-avers  l'u- 
retère, les  malades  rendent  en  quelques  heui-es  une  grande 
quantité  d'urine  purulente,  et  en  même  temps  on  remarque 
un  afiaisseraent  plus  ou  moins  considérable  de  la  tumeui-. 
Si,  au  contraire,  la  rétention  complète  du  pus  et  de  l'urine  se 
prolonge,  le  rein  se  perfore  à  sa  partie  postérieure  ou  dans  le 
péritoine,  ou  dans  l'intestin,  etc.  (Voyez  :  Périnèphrite,  fis- 
tules IlÉNAIiES  ). 

Dans  d'autres  cas  plus  graves  encore,  l'émission  de  l'urine 
peut  être  complètement  suspendue  pendant  plusieurs  jours. 
Lorsque  celle  rétention  complète  de  l'urine  se  prolonge,  les 
malades  ne  tardent  pas  à  succomber ,  soit  à  une  double  pyélo- 
néphrite,  soit  à  des  perforations  rénales,  soit  à  desaccidens  céré- 
braux. Cette  anurie  a  été  observée  dans  des  pyélites  calculeuses 
doubles,  et  dans  des  cas  oii  les  deux  uretères  étaient  obstrués 
par  un  ou  plusieurs  calculs. 

§  646.  Cinquième eiai  {atrophie  du  rein,  sans  sécrèlion puru- 
lente). —  Enfin  dans  la  pyélite  calculeuse,  il  peut  arriver  que  la 
membrane  muqueuse  du  bassinet  et  des  calices,  en  contact  avec 
un  calcul  volumineux,  finisse  par  s'épaissir  et  tellement  s'en- 
durcir, qu'elle  ne  sécrète  plus  ou  presque  plus  de  matière  pu- 
rulente. Dans  ce  cas  (Atlas,  Pl.  xir,  fig.  5),  le  bassinet  et  les 
calices  dilatés  forment,  avec  les  substances  rénales  atrophiées , 
une  sorte  de  coque  qui  s'applique  plus  ou  moins  exactement  sur 
le  calcul.  Si  le  rein  du  côté  opposé  est  en  bon  état,  une  telle 
altération,  quelque  profonde  qu'elle  soit,  ne  peut  être  le  plus 
ordinairement  soupçonnée  pendant  la  vie.  Les  malades  n'é- 
prouvent que  peu  ou  point  de  douleur,  et  les  urines  ne  sont  pas 
chargées  de  pus.  Mais  ces  malades  peuvent  succomber  en  quel- 


PYÉLiTE  CA.LCULEUSE  {sy?Jiptomes):  27 

ques  jours,  si  un  calcul  vient  à  obstruer  l'uretère  du  côté  op- 
posé, et  donner  lieu  à  une  anurie  ou  plutôt  à  une  rétention 
complète  de  l'urine  dans  les  reins  (i). 


(i)  Dans  un  cas  observé  par  M.  Gaultier-de-Claubry ,  la  suppression 
d'urine  fut  subite  et  complète,  elle  succéda  à  beaucoup  d'erreurs  de 
régime,  d'excès  de  tous  genres,  de  cliagrius,  d'imprudences,  et  à  plu- 
sieurs attaques  de  coliques  néphrétiques,  avec  exiialsion  de  petits  cal- 
culs et  quelquefois  rétention  d'urine.  Elle  a  duré  deux  cent  vingt-quatre 
heures,  n'a  été  accompagnée  ni  de  fièvre,  ni  de)  douleurs  vives  à  l'in- 
térienr,  ni  d'envies  d'uriner,  ni  (au  moins  d'une  manière  prononcée)  de 
ces  phénomènes  graves  qui,  dans  les  rétentions  d'urine ,  signalent  le  trans- 
port de  ce  fluide  dans  tontes  les  parties  de  l'économie  :  point  de  fièvre  uri- 
neuse,  de  symptômes  putrides,  de  lésion  des  facultés  intellectuelles,  d'épan- 
chement  séreux  considérable.  Au  lieu  de  tout  cela,  peu  ou  point  de  som- 
meil, du  malaise,  de  l'inappétence;  un  froid  aux  jambes  avec  douleurs 
intolérables  aux  genoux  et  aux  mollets  surtout,  qui  alternent  quelquefois, 
avec  des  douleurs  momentanées  de  l'abdomen,  des  flatuosités,  une  bouffis- 
sure du  ventre,  enfin  une  faiblesse  qui,  extrême  dès  le  début,  s'est  accrue 
chaque  jour,  et  à  laquelle  s'est  jointe,  de  l'oppression  pendant  les  vingt-quatre 
dernières  heures  de  la  vie  du  malade. 

A  l'ouverture  du  cadavre,  l'épiploon ,  mollasse  et  fluant  sous  les  doigts, 
a  paru  dans  un  état  de  décomposition;  l'abdomen  contenait  une  chppine  de 
Sérosité,  mais  aucune  trace  d'infiltration  ne  se  retnarquait  aux  environs  des 
rems  :  cenx-ci,  ensevelis  dans  uiie  graisse  comme  squirrheuse  par  sa  dureté, 
avaient  leurs  veines  extrêmement  dilatées  par  un  sang  noir  et  épais,  très 
foncé  en  couleur  et  d'une  consistance  qui  les  faisait  crier  sous  le  bistouri,  à  la 
manière  des  cartilages  (phénoniènes moins  marqués  à  l'égard  du  rein  droit): 
'ils  n'ont  pas  fourni  à  la  pression  une  seule  goutte  d'urine.  Tous  deux 
avaient  leurs  calices  exactement  remplis  par  des  calculs  qui  variaient  de  telle 
sorte ,  que  le  seul  qui  existât  à  droite ,  était  formé  d'acide  urique  et  de 
sous-phosphate  de  ehanx  intimement  mêlés,  tandis  que  chacun  des  quatre 
trouvés  du  côté  gauche  offrait  un  noyau  d'oxalate  de  chaux,  enveloppé  d'une 
couche  d'acide  urique.  Les  uretères  ,  aussi  bien  que  la  vessie,  étaient  fort 
resserres  sur  eux-mêmes  et  parfaitement  vides  d'urine  ;  un  demi-dé  seulement 
de  ce  fluide,  se  voyait  entre  les  calculs  du  rein  gauche  et  à  la  surface  des 
mamelons  :  ceux-ci ,  dans  hs  dcUx  reins,  étaient  hérissés  de  quelques  grains 
«^alculeux  [Obs.  d'une  suppression  totale  de  la  sécrétion  de  l'urine  dans  les 
reins.  Bibl.  médic,  t.  xi.viii,  p.  388). 
Consultez  des  faits  analogues,  publiés  par  Frcd.  Browu  {Case  of  Ischuria 


28       PYÉLiTK  CALCULEUSE  (diagnostic). 

J'ajoute  que  la  mort  survient,  dans  d'autres  cas,  sans  tfu'il  y 
ait  réellement  rétention  d'urine,  et  probablement  par  suite  d'ua 
dérangement  profond  de  la  sécrétion  urinaire,  ou  de  la  suspen- 
sion de  cette  fonction  [Ischurie  rénale).  Il  paraît  même  que  la 
suppression  complète  de  la  sécrétion  urinaire  peut  avoir  lieu 
dans  des  cas  oii  un  seul  des  uretères  est  obstrué  par  un  cal- 
cul (i). 

Dans  plusieurs  cas  même  oii  les  substances  corticale  et  tu- 
buleuse  d'un  des  reins  étaient  presque  entièrement  détruites , 
on  a  vu  la  sécrétion  urinaire  être  presque  aussi  abondante  que 
dans  l'état  naturel ,  par  suite  de  l'hypertrophie  ou  de  l'augmen- 
tation d'activité  de  l'autre  rein  (a). 

§  647.  Je  ne  dirai  qu'un  mot  de  quelques  variétés  rares  de  la 
pyélile  calculeuse.  Seulement  il  est  bon  d'être  prévenu  que,  par 
suite  de  vices  de  situation  des  reins,  le  siège  de  la  douleur, 
dans  la  pyélite  calculeuse,  peut  se  trouver  dans  la  réyion  ombi- 
licale (3)  ou  dans  l'excavation  du  bassin  {/^). 

renaUs.  ^  Edinb.  mcd.  and  snrg.  Jouru.,  vol.  xix,  p.  253).  —  Abercrom- 
bit-  [Obs,  on  Ischuria  renulis.  —  Edinb.  med.  and  surg.  Journ.,  vol.  xvii, 
p.  ai 5),  etc. 

(1)  Brodie.  Obs.  on  calculons  diseuses  (Lond.  med.  Gaz.,  vol.  viir,  p.  70). 

(2)  J'ai  TU  plusieurs  exemples  semblables,  et  Haller  en  cite  quelqucs-uus 
{Elementa  phjsio!.,  lom.  vu,  p.  25 1). —  Littrc,  ayant  ouvert  un  bomme  de  60 
ans,  mort  subitement  d'apoplexie,  observa  que  le  rein  gauche  était  presque 
entièrement  consumé  par  un  abcès,  et  que  le  droit,  qui  était  sain, était 
beaucoup  plus  gros  qu'à  l'ordinaire  (/Tfj^ojre  de  l'Académie  rojrale  des  Sciences, 
1702,  p.  16). 

Horst  {Hufelands  Journal,  B.  xxxv),  cite  un  cas  fort  extraordinaire  dans 
lequel  les  deux  reins  étaient  transformés  en  sacs  remplis  de  pus;  les  uretères 
n'élaieut  plus  en  communication  avec  ces  poches,  et  cependant  la  sécrétion 
et  l'excrétion  de  l'urine  avaient  continué.  Horst  pense  que  la  sécrétion  de 
l'urine  a  pu  se  faire  à  la  surface  interne  de  la  vessie. 

(3)  M.  Guéneau  de  Mussy  m'a  montré  un  cas  de  fusion  des  reins,  dans  lequel 
les  bassinets  enflammés  contenaient  plusieurs  calculs.  Ces  reins  étaient  placés 
en  fera  cheval  au  devant  de  la  colonne  vertébrale  (§  386). 

(4)  M.  Cruvcilhier,  dans  son  Anatomie  descriptive,  cite  le  cas  d'un  rein  en 
suppuration,  contenant  plusieurs  calculs,  «t  qui  était  situé  dans  le  petit 
bassin  (§  5S7). 


PTiÉLiTE  CALCULEUSE  {diagnGStic).  29 

Ênfin,  quelques  auteurs  assurent  avoir  vu  les  accidens  de  la 
pyèlite  calculeuse  se  reproduire  d'une  manière  périodique  (i). 

§  648.  La  pyélite  calculeuse  existe  rarement  seule;  elle  est 
presque  toujours  associée,  soit  à  d'autres  lésions  de  l'appareil 
urinaire,  soit  à  des  états  morbides  d'autres  appareils.  J'indique- 
rai plus  loin  les  plus  importantes  et  les  plus  fréquentes  de  ces 
complications. 

§  C/jg.  Diagnostic.  La  pyélite  calculeuse,  vu  la  variété  de  ses 
formes,  peut  être  confondue  avec  un  grand  nombre  d'autres 
maladies.  Plusieurs  symptômes  de  l'inflammation  du  bassinet 
se  voient ,  en  effet,  dans  d'autres  affections  :  ainsi ,  une  sécré- 
tion muqueuse  ou  purulente  s'opère  dans  l'inflammation  des 
ui'elèrcs,  de  la  vessie  et  de  l'urèlhre  ;  la  douleur  lombaire  existe 
dans  l'afieclion  rhumatismale  des  lombes,  dans  la  néphral- 
gie,  etc.  ;  enfin ,  si  une  tumeur  dans  la  région  des  lombes  est 
un  des  signes  de  l'accumulation  du  pus  dans  le  bassinet  et  les 
calices  dilatés ,  d'autres  tumeurs  lombaires  n'ont  ni  la  même 
origine,  ni  le  même  siège. 

1'  La  douleur  lombaire  se  rencontre  dans  diverses  espèces 
de  néphrites  aiguës ,  dans  les  hydatides  du  rein  et  de  l'uretère, 
dans  les  coliques  néphrétiques,  dans  la  rétention  d'urine  sans 
inflammation,  duns  le  rhumatisme  lombaire  {lumbago),  dans 
certaines  maladies  de  la  colonne  vertébrale  ,  dans  le  psoïtis, 
dans  des  anévrysmes  de  l'aorte  descendante,  dans  la  grossesse, 
dans  quelques  maladies  de  l'utérus  et  de  ses  annexes,  dans  cer- 
taines péritonites  partielles  et  dans  des  inflammations  du  tissu 
cellulaire  exlra-péritonéal  de  cette  région. 

(i)  Une  d,ime,âgéc  de  5o  ans,  d'un  tempérament  cbnud  et  sec,  était  sujette 
aux  douleurs  ncpbrétitjues  causées  par  des  sables  et  des  pierres  dans  les 
uriDcs.  Elle  a  été  dans  ces  souffrances  environ  l'espace  de  trois  ans;  mais  ce 
qu'il  y  a  de  surprenant,  c'est  que  ces  douleurs  l'attaquaient  tous  les  mois  au 
même  jour,  même  à  la  même  beurc  ;  de  sorte  que,  quand  elle  n'était  point 
tourmentée,  elle  prédisait  toujours  le  jour  et  l'bcure  où  les  douleurs  re- 
tiendraient; ce  qui  ne  manquait  pas  d'arriver;  et  avant  que  les  petites 
pierres  fussent  sorties  avec  l'urine,  les  douleurs  étaient  si  vives,  qu'elle 
tombait  dans  des  monvemens  convulsifs  {Ejihem.  cur,  nat.  Dec.  m,  an  vu  et 
Tiii,  oba.  cxc,  p.  3o8). 


3o         PYiÎLiTE  CALCULEUSE  {cliagnoslic). 

a''Dana  la  néphrite,  la  douleur  est  souvent  si  analogue  à  colle 
qui  a  lieu  dans  la  pyélile  calculeuse,  qu'il  faut  avoir  recours  à 
d'autres  caractères  pour  distinguer  ces  deux  affections;  toute- 
fois, dans  la  pyélite  calculeuse,  les  douleurs  sont  généralement 
plus  vives.  Dans  les  cas  douteux,  il  faut  avoir  égard  à  la  pré- 
sence ou  à  l'absence  de  matières  muqueuses  ou  purulentes  dans 
l'urine,  et  à  la  présence  ou  l'absence  d'une  tumeur  dans  la  ré- 
gion lombaire-  Cependant,  lorsque  ces  deux  signes  manquent, 
on  peut  croire  encore  à  l'existence  d'une  pyélite  calculeuse, 
quand  une  douleur  lombaire,  avec  fièvre,  offre  des  exacerba- 
tions,  des  accès  et  des  accidens  semblables  à  ceux  qu'on  ob- 
serve habituellement  dans  les  coliques  néphrétiques. 

3*  Les  hydatidcs  des  reins ,  lorsque  leur  kyste  commu- 
nique dans  le  bassinet,  sont  souvent  accompagnées  de  dou- 
leurs rénales  qui,  comme  dans  les  coliques  calculeuses ,  s'é- 
tendent le  long  de  l'uretère  jusque  dans  la  vessie.  II  y  a  sou- 
vent rétention  passagère  de  l'urine  avec  efforts  violens  pour  la 
rendre,  efl'orts  quelquefois  suivis  de  l'issue  de  pellicules  hyda- 
(iques  par  l'urèlhre.  S'il  existe  en  même  temps  des  hydatides 
dans  la  cavité  du  bassinet  et  une  inflammation  de  ce  conduit 
excréteur,  il  y  a  à-la-fois  excrétion  d'hydalides,  douleurs  ré- 
nales et  urines  purulentes.  Toutefois,  l'excrétion  d'hydatides  et 
d'une  urine  purulente  peut  avoir  lieu  dans  les  cas  oii  les  hyda- 
tides proviennent  de  kystes  accolés  à  la  vessie  enflammée.  J'ai 
vu  des  kystes  acéplialocystiques ,  indépendans  du  rein,  s'ou- 
vrir simultanément  dans  les  voies  urinaires  et  dans  le  canal 
intestinal,  et  les  hydatides  être  excrétées  en  même  temps  par 
l'anus  et  par  l'urèthre. 

4°  l'a  pyélite  calculeuse  avec  colique  néphrétique  se  distingue 
de  la  nèphralgic ,  en  ce  que,  dans  la  première,  la  douleur  est, 
le  plus  souvent,  beaucoup  plus  aiguë  et  plus  insupportable 
et  qu'elle  cesse  instantanément  après  l'émission  d'un  gravier 
ou  lorsqu'il  tombe  dans  la  vessie  après  avoir  parcouru  le  trajet 
de  l'uretère. 

5°  Dans  les  cas  de  rèlenlion  ù! urine,  soit  complète^  soit  incom- 
plète ,  il  n'est  pas  très  rare  de  voir  les  malades  se  plaindre 
d'une  douleur  dans  une  ou  dans  los  deux  régions  lombaires; 


PYÉLTTE  cA-LCiiLEtisE  (cUagnostic).  3f 

douleurs  assez  aiguës  pour  faire  croire  quelquefois  à  l'exislence 
d'une  néphrite  o\\  d'une  pyélite  calculeuse;  et  pourtant,  après 
la  mort,  on  n'observe  pas  le  moindre  signe  d'inflammation;  les 
reins,  plutôt  pâles  que  rouges,  paraissent  sains  ,  à  l'exception 
d'un  alFaissement  plus  ou  moins  marqué  des  mamelons.  Dans 
ce  cas,  la  mort  arrive  quelquefois  assez  promptement  après 
des  accidens  cérébraux. 

6°  Dans  le  lumbago,  la  douleur  affecte  ordinairement  les  deux 
côtés  à-la-fois  et  à-peu-près  avec  la  même  intensité  ;  elle  est 
toujours  exaspérée  par  les  mouvemens  du  tronc;  le  plus  sou- 
vent, elle  est  apyrétique,  et  quelquefois  précédée  d'autres  dou- 
leurs musculaires  ou  articulaires  ;  dans  la  pyélite ,  la  douleur 
se  fait  sentir  presque  toujours  d'un  seul  côté  (les  pyélites 
calculeuses  doubles  sont  rares),  ou  au  moins  avec  une  inégale 
intensité  à  droite  et  à  gauche;  elle  augmente  bien  par  la  con- 
traction des  muscles  des  lombes  ,  mais  cette  augmentation 
n'est  pas  comparable  à  la  douleur  vive  occasionée  par  la  con- 
traction des  muscles  rhumatisés.  Cependant  il  n'est  pas  tou- 
jours facile  de  distinguer  une  douleur  rhumatismale  lombaire 
d'une  douleur  rénale.  Le  jugement  porté  par  Boerliaave  sur 
la  nature  d'une  douleur  qu'il  éprouva  dans  la  région  des  reins, 
me  paraît  même  contestable  (i). 


(i)  Dum  Boerhaavius  de  rlieumatismo  loquebatur  corain  auditoribus  suis, 
dixit,  qiiod  circa  nicdium  mcnsis  Augusti,  dum  hora  quarta  matutina  obser- 
Viitionibus  in  borto  botanico  facicndis  occupabatur,senserit  dolorem  quasi 
tiopliriticum,  quem  mirabatur  ;  dolor,  a  renis  sinistri  regione  incipiens,  se- 
ruiidum  diîcursnm  uretcris  ad  os  pubis  usquo  tanta  cuai  vobemcntia  perge- 
liat,  ut  crederct,  calculum  de  rené  per  ureterem  ia  vesicam  descendere  : 
iiinul  adcrat  xjropensio  in  TOmitum.  Utebatur  copia  mollissiini  decoctl ,  es 
farina  scminum  lini  parati;  oriebatur  ingens  tenesmus,  ita  ut  calculus  prae- 
scns  esse  videretur  quem  sperabat  exiturum;  unde  pergcbat  animose  in 
codcm  remcdio,  ut  laxaret  et  lubriciiret  viam  :  sumpsit  eodem  lempore  ali- 
qiiot  guttulas  AropU  Paracelsi,  extractum  nempe  croci  ope  alcobolis  puris  - 
!>imi  paratuin,  quod  tauti  fecerunt  cbemicoruni  principes,  ut  aroma  pbiloso- 
pliorum  appcllaverint,  perque  primas  iitleras  vocabulorum  ^ro/j/i.  Paulo 
po5t  aberatoranis  dolor;  scd  sequenti  die  immanis  aderat  in  luinbis,  qui 
durant  pcr  très  mcnses,  cadera  vcbcmentia;  postquam  parum  remittcrc  in- 


32  PYÉLITE  CALCLLEDSE  {diagnostic). 

8°  On  peut  difficilement  confondre  la  pyélite  avecles  névral- 
gies lombaires ,  dans  lesquelles  la  douleur  suit  le  trajet  des 
nerfs  des  parois  abdominales  ou  longe  les  derniers  côtes.  Il  faut 
aussi  distinguer  les  douleurs  rénales  qu'on  observe  dans  la 
pyélite  calculeuse,  des  douleurs  dorsales  ou  lombaires  qui  s'é- 
tendent autour  du  tronc,  en  ceignant  la  base  de  la  poitrine  ou 
de  l'abdomen,  et  qui  sont  quelquefois  accompagnées  de  la  pa- 
ralysie du  sphincter  de  l'anus,  de  la  vessie  et  des  membres  in- 
férieurs. 

9°  Dans  la  cffl/nedM'rcrie'ArM  lombaires,  la  douleur  est  sourde  et 
en  général  bien  moins  intense  que  dans  la  pyélite  calculeuse.  Cette 
carie  se  distingue,  en  outre,  par  la  déformation  de  la  colonne 
lombaire  et  souvent  par  des  abcès  par  congestion  ,  soit  vers  le 
pli  de  l'aine,  soit  vers  la  fesse  ;  enfin  par  une  paraplégie  com- 
plète ou  incomplète,  quelquefois  avec  absence  de  mucus  ou  de 
muco-pus  dans  l'urine.  Cependant  la  paraplégie  finit  souvent 
par  entraîner  à  sa  suite  une  rétention  d'urine  qui  détermine 
une  inflammation  chronique  de  la  vessie  et  parfois  des  ure- 
tères et  des  bassinets;  complication  dans  laquelle  on  retrouve 
à-la-fois  les  caractères  de  la  carie  des  verlèbi  es  et  de  la  pyélite. 

10°  Dans  \e  psoïtis ,  le  malade  éprouve  d'abord  une  douleur 
sourde  dans  le  côté  affecté  ;  cette  douleur  devient  plus  tard 
assez  aiguë,  s'étend  de  la  colonne  lombaire  vers  le  pubis,  et 
le  corps  est  infléchi  en  avant  et  du  même  côté  que  la  maladie  ; 
les  mouvemens  de  la  cuisse  sont  très  douloureux,  et  il  est  ex- 
trêmement difficile ,  pour  ne  pas  dire  impossible  de  redresser 
le  tronc,  le  corps  étant  debout.  Plus  lard,  les  ganglions  de 
l'aine  s'engorgent;  puis  il  se  produit,  sous  le  péritoine  et  dans 
l'épaisseur  du  muscle,  une  collection  purulente ,  souvent  avec 
œdème  du  membre.  Lorsque  cette  collection  de  pus  est  consi- 
dérable, elle  forme  quelquefois  sur  un  des  côtés  du  bassin 
une  tumeur  reconnaissable  au  toucher  et  à  la  percussion.  On  a 
pu  confondre,  avec  la  pyélite  calculeuse,  de  semblables  dépôts 

'  cipiebat  illud  tormentum,  evolvlt  auctores,  et  vidit  Sydenhamum  notasse  illa, 
qn.-e  passusfuerat  (Gerardi  Van  Snieten,  Commentariain  Uermanni  Boerhaave 
Aphorismos,i,  v,  p.  597.  Apli.  i4go,  rlicumatismus,  in-4.  Parisiis,  1773). 


py:élïte  CALcriLuusF.  (diagnostic).         3  H 

de  pus,  provenant  du  psoab  onllammé,  el  s'ouvrant  dans  la 
vessie  (i). 

Il"  On  a  vu  des  anévri/smes  de  l'aorle  donner  lieu  à  des  dou- 
leurs lombaires  et  simuler  des  douleurs  rénales.  Tantôt,  la 
tumeur  anévrysmale  s'était  développée  du  côté  de  la  cavité  du 
ventre  sans  altérer  la  colonne  vertébrale  (cas  dans  lequel  il  est 
extrêmement  difficile  de  la  reconnaître);  tantôt  elle  avait  usé 
les  vertèbres  lombaires  et  déterminé  la  formation  d'une  tumeur 
pulsatile  dans  cette  région. 

iQ'Rien  n'est  plus  commun  que  d'entendre,  vers  la  fin  de  la 
grossesse  ,  les  femmes  se  plaindre  de  douleurs  de  reins.  Mais 
ces  douleurs ,  qui  ont  lieu  beaucoup  plus  bas  que  la  région 
lombaire,  ne  peuvent  être  confondues  avec  celles  de  la  pyélite 
calculeuse.  J'ai  déjà  noté  {§  420)  que  la  néphrite  et  la  pyé- 
lite calculeuse  coïncident  quelquefois  avec  la  grossesse  et 
qu'elles  étaient  une  cause  d'avorteraent  :  l'examen  de  l'urine 
peut  mettre  sur  la  voie  de  cette  complication. 

i3°  Certaines  maladies  de  Vovaire  et  des peritoniies  partielles 
dans  la  région  lombaire  peuvent  faire  croire  à  une  maladie  du 
rein,  et  en  particulier  à  une  pyélite  calculeuse,  surtout  si  elles 
coexistent  avec  une  cystite  aiguë  ou  chronique  ;  il  est  très 
facile  de  se  tromper  dans  ces  circonstances. 

i4°  La  même  remarque  peut  être  faite,  à  plus  forte  raison,  à 
l'égard  de  Vinflammaiioii  du  tissu  cellulaire  extra-pèritonéal, 
dans  les  environs  du  rein.  Cette  affection  peut  être  confondue 
avec  la  pyélite,  quand  l'urine  n'est  plus  chargée  de  pus,  ou, 
lorsqu'il  y  a  rétention  de  la  matière  sécrétée.  D'un  autre  côté, 
lorsque  la  membrane  interne  de  la  vessie  est  plus  ou  moins 
euilaramée,  l'existence  de  globules  purulens  dans  l'xirine  peut 

(i)  M.  Howship  rapporte  que  chez  un  homme  qui  rendait  des  urines 
purulentes,  et  qu'on  avait  des  fortes  raisons  de  croire  atteint  d'une  suppu- 
ration des  rcius,  il  trouva,  apri»  la  mort,  contre  sou  attente,  les  reins  et  les 
uretères  sains.  Le  pus  provenait  d'un  abcès  formé  dans  le  muscle  psoas, 
qni  avait  contracté  des  adhérences  avec  la  vessie,  dans  l'intérieur  de  la- 
quelle l'abcès  communiquait  par  une  petite  ouverture  (Howship.  A  praccical 
treattse,  etc.,  of  some  of  the  most  important  eomplaints  thaï  affect  the  sé- 
crétion andthe  excrétion  of  the  «n/w,  page  67). 

III.  3 


34        PYÉLiTE  CALCULEUSE  {diagîiostic). 

faire  croire  à  une  inflammation  du  bassinet,  dans  un  cas  de 
périnéplirite  compliqué  de  cystite.  Dans  ce  dernier  cas ,  le 
diagnoslic  n'est  jamais  rigoureux. 

h' inflammation  d'un  point  circonscrit  du  colon  ascendant 
ou  descendant  peut ,  dans  certains  cas,  simuler  une  pyélite 
calculeuse,-  mais  presque  toujours  il  y  a  dérangement  des  fonc- 
tions intestinales  et  notamment  des  alternatives  de  diarrhée  et 
de  constipation  avec  développement  et  excrétion  de  gaz  intes- 
tinaux. D'ailleurs  ,  dans  la  pyélite  calculeuse  ,  l'urine  est  tou- 
jours mélangée  d'une  certaine  quantité  de  pus  ,  lorsque  la 
çprninunication  entre  le  bassinet  et  la  vessie  n'est  pas  complè- 
tement interceptée;  dans  la  colite,  les  matières  fécales  sont  le 
plus  souvent  mélangées  de  sang  ou  de  mucus.  Mais  on  observe 
quelquefois  la  coïncidence  de  ces  deux  afl'ec lions  (Voyez  :  Fis- 

TtlLES  RÉNAI.ES-INTESTINALES). 

iG"  J'ai  vu,  u»  petit  nombre  de  fois,  des  femmes  hystériques 
é[)rouver ,  dans  la  région  des  reins  et  d'un  seul  côté  ,  une  dou- 
leur qui  simulait  la  colique  néphrétique  (i);  mais,  dans  ce  cas, 
l'urine  était  pâle,  très  aqueuse,  et  parfaitement  transparente. 

i7"'EuGn,lesiège  do  la  douleur  peut  quelquefois  induire  en  er- 
reur sur  le  rein  affecté.  On  a  vu  des  malades  dont  la  pierre  était 
dans  le  rein  droit  et  qui  rapportaient  la  douleuraurein  gauche  (a). 

On  cite  aussi  un  certain  nombre  de  cas  dans  lesquels  les 
n^alade^  pe  se  sont  pas  plaints  de  douleurs  dans  la  région  des 
reius  {Pt/éiiies  calculeuses  latentes)  (3). 

(i)  Sjdenkam  a  très  bien  expo;;é  les  caractères  de  cette  affection  (EpUtola 
De  affeclione  hfsterica, Opéra,  t.  ï,  p,  258,  m-4,  Genevte,  1769). 

(a)  «  Calculus  magnitudine  digiti  poUicis  incnrvatus,  et  partim  in  pelyi, 
•>  partim  in  priacipio  ureteris  existeos  in  dextro  rené  inventas  est;  cùm 
«  tamen  dolor,  quod  sanè  mirun:,  et  observa tione  dignum  est,  sinistrum 
«  dantaxat  rcncra  molestarct  (Baglivi.  Opéra,  de  anat.  Cbrarnm.p.  4*0). 

(3)  On  lit  dans  Baglivi  :  «  Sunt  qui  calculum  babcnt  in  renibus ,  nec  ul- 
«  liim  iisdem  dolorcm  parit ,  quod  in  duobus  observari,  Bononia;  scilicet  et 
<t  Patavii,  quorum  cadaveribus  dissectis  ingénies  calcules  in  renibus  vidi- 
»  mus,  nec  uUis  ante  vexati  fuerant  renum  doloribus  »  (Baglivi.  Opéra, 
praxeos  racdic.  lib.  i,  p.  118).  —  Boulier  {Prax.  cap.  de  hydrope)  avait  fait 
une  observation  semblable  :  »  In  dissecto  cadavere  observavi  renem  sinbtrum 


PYÉLiTE  CALCULi-usE  {fliagnostic).  35 

§  65o.  La  sécrétion  et  l'excrétion  du  jms  ou  du  mucus  puru- 
lent par  les  voies  urinaires  peut  avoir  lieu,  non-seulement  dans 


«  absnmptum  et  vomica  plénum,  dextrum  autcm  calculo  obsessum,  et  tamea 
«  aegcr  non  dc^ebat  de  cnlculo.  »  —  Heurn  (In  not.  ad  Joan.  Fernelii 
Univers,  med.  pathoL,  lib.  vr,  cap.  xti,  p.  176)  trouva,  dans  un  des  reins  d'un 
garçon  de  17  ans,  et  qui  n'avait  jamais  éprouvé  des   douleurs  rénales, 
quatre-vingts  petits  calculs  et  soixante-dix  dans  le  rein  du  côté  opposé.  — 
Borelli  {^JfJist.  et  obs.  rar., cent,  ii,  obs.  liXii,  p.  Ï62)  parle  d'un  calcul  gri- 
sâtre, rameux,  du  poids  de  sept  onces,  trouvé  dans  le  rein  droit  d'un  indi- 
vidu qui  n'avait  jamais  eu  ni  douleur  rénale,  ni  aucun  autre  signe  de  l'exis- 
tence de  ce  corps  étranger.  —  Ant.  Pozzi  {Miseel.  nat.  cur.,  dec.  i,  an  iv, 
obs.  xxiy)  parie  d'un  homme  dont  le  rein  droit,  gros  comme  la  têie  d'un 
eiif;int  de  deux  ans  et  pesant  deux  livres  et  demie,  contenait  un  calcul  dont 
la  pointe  avait  transpersé  les  parois  du  rein  et  occasioné  la  gangrène,  et 
«û  abcès  profond.  L'autre  rein  contenait  au  moins  cent  petits  calculs.  «  Sed 
qnod  mirum  est,  dit  Pozzi,  toto  tempore  vita:  nunqnam  conquestus  est  de 
doloribus  nepLreticis,  calculis,  urinis  sabulosis  aut  difficulter  vel  diminute 
fluentibus.  «  Le  même  auteur  cite  un  autre  cas  de  calculs  volumineux  dans 
les  deux  reins,  sans  douleur  ni  sentiment  de  pesanteur  aux  lombes  et  sans  ex- 
pulsion de  graviers.  Les  urines,  semblables  à  de  l'eau,  étaient  très  abondantes, 
et  la  soif  était  inextinguible  (Ibid.  Obs.  xxxii).  Prassins  (G.)  (cité  parBonet, 
Sepiilc.  t.  III,  sect.  XXII,  obs.  xxiv),  a  trouvé,  dans  l'un  des  reins  d'un  vieil- 
lard, DU  calcul  gros  comme  une  noix,  avec  deux  apophyses,  et  dans  l'autre 
rein  deux  autres  calculs;  l'un  d'eux  avait  la  grosseur  d'un  noyau  de  pêche, 
ei  l'antre  celle  d'une  amande.  Le  malade  n'avait  jamais  éprouvé  des  douleuri 
du  côté  des  reins. —  Veirae  {Ferhandeling.  door  het  Genootscli.  de  FUssingen, 
Decl  vir,  p.  i68)  rapporte  que  chez  une  femme,  il  n'existait  pas  de  traces 
<iu  rein  gauche;  le  rein  droit,  plus  gros  qu'à  l'ordinaire,  contenait  trois 
pierres  qui  pesaient  58  grains,  et  qui  n'avaient  jamais  donné  de  signes  de 
leur  existence.  —  Houstet,  dans  son  beau  mémoire  sur  les  pierres  enkystées 
et  adhérentes  a  la  messie  {Mém.  de  l'Acad.  de  chirurg.,  t.  i,  p.  401),  parle 
d'une  femme  morte  d'une  fièvre  maligne,  et  chez  laquelle  le  rein  gauche  était 
très  altère;  le  bassinet  contenait  un  calcul,  cette  femme  ne  s'était  jamais 
plainte  de  douleurs  rénales.  —  Voyez  aussi  Morgagni  {De  scdibus  et  causis 
mnrbor.,  epist.  xi,  §  i5).  —  Hist.  de  l'Académie  des  Sciences  de  Paris, 
^73o,  p.4i._  Dehaeu  {D e  rniraculis ,  cap.  m,  p.  77).—  Van-Swieten  {Corn. 
"»  H.  Docrhaave  aplwrismos,   t.v,  p.  248  et  273.  —  Howship  {loc.  cit. 
p.  io5).  Quelques  faits  analogues  ont  été  rapportés  dans  les  journaux  de 
médecine. 


36         PYÉLiTE  CA.LCULEUSE  {diagnostic). 

la  pyélite,  mais  aussi  dans  d'autres  maladies ,  soit  de  l'appareil 
urinaire,  soit  d'autres  organes.  Du  pus  provenant  de  l'inflam- 
mation du  tissu  cellulaire  extra-péritonéal ,  du  muscle  psoas, 
de  l'ovaire  (i),  etc.,  peut  être  versé  ,  soit  dans  le  bassinet,  soit 
dans  l'uretère,  soit  dans  la  vessie;  l'urine  se  charge  de  pus  dans 
la  cystite  aiguë  ou  chronique,  et  peut  simuler  une  maladie  du 
rein^  de  même  qu'une  maladie  du  rein  peut  simuler  une  ma- 
ladie de  la  vessie  (a). 

On  a  dit  que,  lorsqu'il  n'y  avait  ni  douleur,  ni  tumeur  dans  la 
région  des  reins,  l'examen  des  urines  pouvait  servira  distin- 
guer la  pyélite  de  la  cystite  ;  que,  dans  l'inflammation  du  bas- 
sinet et  des  calices,  il  y  avait  dysurie  avec  dépôt  de  véritable 
pus;  que,  dans  le  catarrhe  de  vessie,  l'urine  était  glaireuse 
et  visqueuse.  Cette  remarque  est  vraie  pour  un  certain  nombre 
de  cas;  mais  j'ai  déjà  fait  observer  que  cette  apparence  glai- 
feusfe  pouvait  être  donnée  au  pus  rénal  par  un  certain  degré 
d'alcalinité  de  l'urine ,  et  que  le  pus  dans  la  cystite  n'était  pas 
toujours  glaireux. 

La  présence  du  mucus  ou  du  pus  dans  l'urine ,  lors  même 
qu'il  n'existe  point  de  douleurs  dans  la  vessie,  ne  suffit  pas 
pour  caractériser  la  pyélite  calculeuse.  Pour  supposer  que  du 
pus  provient  du  bassinet  ou  des  calices ,  occupés  par  un  ou 
plusieurs  Calculs,  il  faut  qu'il  ait  existé  ou  qu'il  existe  encore 
une  douleur  plus  ou  moins  vive  dans  la  région  d'un  des  reins. 
On  a  prétendu  que  Ib  pus  descendant  du  rein  ne  sortait  de 

(i)  M.  le  doctear  Campagnac  m'a  fait  voir  un  cas  semblable  et  je  l'ai 
figuré  (ArtAs,  PI.  lx,  Cg.  4)'  Lassus  mpporte  aussi  l'observation  d'une 
femme  qui,  depuis  fort  long-temps,  éprouvait  dans  la  région  lombaire  droite 
des  douleurs  qu'on  attribuait  h  l'inflammation  du  rein,  parce  que  le  pus 
était  rendu  avec  l'urine.  Après  la  mort,  on  trouva  le  rein  parfaitement 
sain;  mais  il  existait  un  abcès  dans  l'ovaire  droit  qui  adhérait  à  la  vessie  et 
l'cnhmuniquait  avec  cet  organe  au  milieu  d'une  ulcération,  à  travers  laquelle 
le  pus  filtrait  (Lassus.  Patholng.  chiruig.,  tom.  i,  p.  i38). 

(a)  M.  Martin  jeune  a  rapporté  un  cas  remarquable  d'abcès  de  la  fosse 
iliaque  droite  avec  évacuation  d'urine  purulente  {Des  dépôts  des  annexes  de 
la  matrice. —  Journal  clinique  des  hôpitaux  de  Lyon,  in-8,  i83o,  tom.  ir. 


I 


PTÉLiTE  cALCULEUsiî  (diagnostic) ,  3j 

la  vessie  qu'après  l'urine;  mais  il  est  certain  que  le  pus  est 
rendu  mélangé  avec  l'urine ,  et  en  plus  grande  abondance  à  la 
fin  de  son  émission ,  soit  qu'il  provienne  de  la  vessie ,  de  l'u- 
retère ou  du  bassinet. 

Je  ne  dirai  rien ,  relativement  au  diagnostic  des  pyélites  cal- 
culeuses  purulentes  ,  des  excrétions  critiques  et  métastati- 
ques  du  pus  par  les  urines;  je  renvoie  à  ce  que  j'ai  déjà  dit 
à  cet  égard  (§§  25i,  43 1). 

II  est  plus  difficile  (à  cause  de  la  rareté  des  cas)  de  re- 
monter à  la  véritable  source  de  la  suppuration ,  quand  le  pus, 
provenant  d'une  pyélite  ou  d'un  abcès  eXtra-rénal,  se  fait  jour 
sous  le  ligament  de  Poupart,  à  la  fesse  ou  dans  le  voisinage  de 
l'anus.  Quelquefois  des  calculs,  des  graviers  ou  au  moins  des 
urates,  mélangés  avec  la  matière  purulente  qui  sort  par  la  fis- 
tule, font  connaître  la  lésion  du  rein. 

La  sortie  d'un  liquide  purulent,  ayant  une  odeur  urineuse 
ou  contenant  de  l'urée  ou  de  l'acide  urique,  est  un  caractère 
pathognomonique  des  abcès  rénaux  des  lombes. 

On  a  vu  le  pus,  provenant  du  bassinet  enflammé,  être  éva- 
cué avec  les  selles ,  par  suite  d'une  communication  fistuleuse, 
établie  entre  le  bassinet  dilaté  et  le  duodénum  ,  ou  le  colon  as- 
cendant, ou  le  colon  descendant,  ou  même  le  rectum  loi'sque 
le  rein  est  vicieusement  placé  dans  le  petit  baSsin. 

§1  65i,  Après  avoir  indiqué  la  valeur  de  ces  symptômes 
(douleur  dans  la  région  rénale  et  présence  du  mucus,  du  sang 
et  du  pus  dans  l'urine) ,  comme  signes  de  la  pyélite  calcu- 
leûse ,  je  vais  faire  ressortir  les  caractères  distinclifs  des 
tumeurs  rénales  formées  par  l'accumulation  du  pus  dans  le  bas- 
sinet. J'insisterai  sur  le  diagnostic  de  ces  tumeurs  d'une  ma- 
nière toute  particulière,  à  cause  des  opérations  qu'elles  peuvent 
réclamer;  opérations  qui  pourraient  être  nuisibles  ou  promptc- 
raent  mortelles  si  elles  étaient  pratiquées  sur  quelques  autres 
tumeurs  qu'on  observe  quelquefois  dans  les  mêmes  régions. 
Les  tumeurs  qui  peuvent  être  confondues  avec  les  tumeurs 
consficutives  aux  pyélites  calculeuses,  chroniques,  sont  :  pour 
le  côté  gauche,  toutes  celles  qui  résultent  d'un  développement 
morbide  de  la  rate  ;  pour  le  côté  droit,  les  tumeurs  du  foie  et  de 


38        PYÉLiTE  CALCTJLETJSE  (diagnostic). 

la  vésicule  du  fiel  :  pour  les  deux  côtés,  diverses  tumeurs  rénales 
d'une  autre  nature  (hydronéphroses,  hémorrhagies  abondantes 
dans  la  cavité  du  bassinet,  reins  cancéreux,  tuberculeux;  reins 
contenant  des  kystes  acéphalocysliques^  etc.);  des  abcès  extra- 
rénaux,  soit  idiopathiques ,  soit  consécutifs  à  des  perforations 
du  rein  ou  de  l'intestin  colon  et  de  la  fin  du  cœcum  ;  des  abcès 
par  congestion,  suite  de  caries  de  la  colonne  vertébrale  ;  des  tu- 
meurs propres  aux  capsules  surrénales  ;  des  anévrysmes  de 
l'aorte  ;  des  tumeurs  enkystées ,  contenant  différens  liquides 
ou  des  acéplialocystes  ;  enfin,  des  tumeurs  stercorales  produites 
par  l'accumulation  des  matières  fécales  dans  le  colon  et  dans  le 
cœcum. 

i°De  toutes  les  tumeurs  qu'on  peut  confondre  avec  celles  qui 
résultent  d'une  collection  de  pus  dans  la  cavité  du  bassiuet,  les 
hydroiièjthroses  sont,  sans  contredit,  celles  qui  s'en  rapprochent 
le  plus  par  leur  forme,  par  leur  situation  et  par  la  sensation 
de  fluctuation  qu'elles  donnent  dans  toute  leur  étendue.  Dans 
les  deux  cas,  la  tumeur,  formée  par  le  rein  dilaté,  est  ordinai- 
rement bosselée,  fluctuante,  mate  à  la  percussion,  et  accom- 
pagnée d'un  élargissement  de  la  région  lombaire.  Mais  les 
tumeurs  formées  par  l'accumulation  du  pus  dans  la  cavité 
du  bassinet  et  les  calices,  sont  le  siège  de  douleurs  plus  ou 
moins  vives  ,  au  moins  de  temps  à  autre;  elles  sont  souvent 
accompagnées  d'un  mouvement  fébrile  ;  et  si  elles  sont  indo- 
lentes ,  elles  deviennent  facilement  douloureuses  par  une  lé- 
gère pression  ou  dans  certains  mouvemens  du  tronc.  Dans 
l'hydronéphrose  au  contraire ,  la  tumeur  est  indolente  et 
n'apporte  d'autre  incommodité  que  celle  qui  résulte  de  son 
volume.  Enfin,  lorsque  la  communication  entre  la  poche,  for- 
mée par  le  rein  distendu  el  l'uretère,  n'est  pas  complètement 
interrompue,  l'urine,  dans  la  pyélile  avec  tumeur,  est  purulente 
Cl  opaque,  tandis  que,  dans  l'hydronéphrose,  elle  est  ordinai- 
rement transparente  ou  seulement  obscurcie  par  du  mucus. 

40  II  est  plus  difficile  de  disîinguer  la  tumeur  formée  par  une 
collection  purulente  dans  la  cavité  du  bassinet,  des  aicM  situés 
dans  le  tissu  cellulaire  qui  environne  le  rein  {périnèphrite) , 
soit  que  ces  abcès  soient  survenus  à  la  suite  d'une  contusion, 


pYÊLTTE  CAictJLEUSE  (diagnostic).  39 

ou  qu'ils  aient  été  déterminés  par  le  passage  du  pus  ou  de  Tu- 
rinc  à  travers  une  fistule  rénale,  consécutive  à  une  inflamma- 
tion du  bassinet  ou  du  rein.  Au  reste ,  il  est  à  noter  que,  dânS 
le  cas  de  tumeur  formée  par  une  collection  de  pus  dans  la  ca- 
vité du  bassinet,  la  fluctuation  est  plus  profonde^  aux  lombes, 
que  dans  les  cas  d'abcès  autour  du  rein.  En  outre,  ceux-ci 
sont  presque  toujours  suivis  ou  accompagnés  d'un  œdème  du 
tissu  cellulaire  sous-cutané  de  la  région  lombaire;  œdème  que 
je  n'ai  point  observé  dans  les  cas  de  Collection  purulente  dàns 
la  cavité  du  rein,  sans  abcès  extra-rénal.  Presque  toujours 
aussi j  les  abcès  situés  entre  la  face  postérieure  du  rein  et  les 
muscles  de  la  région  lombaire  ,  finissent  par  soulever  la  peau 
dans  un  point  oii  la  fluctuation  est  très  superficielle  ;  et  si  on 
applique  une  des  mains  sur  la  partie  antérieure  de  l'ab- 
domen et  l'autre  sUr  la  région  lombaire,  la  fluctuation  eât 
plus  sensible  que  dans  les  cas  de  collection  purulente  dans  la 
cavité  du  bassinet  et  des  calices.  Le  passage  d'une  certaine 
quantité  de  pus  dans  l'urine  peut  lever  les  doutes;  mais  ce 
signe  manque  lorsqu'il  y  a  obstruction  complète  de  l'uretère 
entre  la  vessie  et  le  bassinet  rempli  d'urine  et  de  pus. 

3°  C'est  avec  plus  de  difficulté  encore  qu'on  parvient  à  distin- 
guer les  cas  complexes  dans  lesquels  il  y  a  à -la-fois  collection 
purulente  dans  la  cavité  du  bassinet  et  des  calices ,  et  abcès 
autour  du  rein.  Cependant,  Si  ,  après  la  formation  d'i^ne 
collection  purulente  dans  la  cavité  du  bassinet,  il  est  sur- 
venu plus  tard  une  douleur  aiguë  à  la  partie  poslirieure 
de  la  tumeur,  et  un  oedèmfe  au-dessous  de  la  peaU,  la  suc- 
cession de  ces  symptômes  fera  présumer  une  fistule  réhale 
borgne  et  un  abcès  autour  du  rein.  Mais  il  est  des  cas  dans 
lesquels  l'ordre  de  succession  des  accidens  n'a  pas  été  observé, 
oïl  l'on  manque  même  de  renseignemens  sur  les  symptômes 
qui  ont  précédé  ou  accompagné  le  développement  de  là  tu- 
meur lombaire;  et,  à  moins  qu'il  ne  soit  établi  que  les  malades 
ont  éprouvé  antérieurement  soit  des  rétentions  d'ttrine,  soit  des 
pissemens  de  sang  ou  des  coliques  néphrétiques  ,  le  diagnostic 
ne  peut  être  sûrement  établi.  En  de  tels  cas,  une  fois  qu'il  a  été 
biên  constaté  que  la  tumeur  lombaire  n'est  pas  formée  par  d« 


4o        PYÉLiTE  CALCULEUSE  {diagnostic). 

sang  épanché ,  le  moyen  le  plus  sûr  d'éclairer  le  diagnostic  et 
en  même  temps  de  prévenir  l'épanchement  du  liquide  dans  la 
cavité  du  ventre,  ou  au  moins  l'extension  de  l'abcès,  est  d'ou- 
vrir la  tumeur.  La  nature  du  liquide  qui  s'écoule  après  l'inci- 
sion ne  lève  cependant  pas  immédiatement  tous  les  doutes. 
Une  odeur  fétide,  analogue  à  celle  des  abcès  stercoraux,  peut 
être  fournie  par  les  collections  purulentes,  développées  autour 
des  reins  et  près  du  colon,  sans  perforation  de  cet  intestin. 
D'un  autre  côté ,  si  une  odeur  stercorale  n'exclut  pas  l'idée  d'un 
abcès  autour  du  rein,  avec  ou  sans  communication  dans  l'inté- 
rieur du  bassinet,  on  doit  se  rappeler  que  les  collections  pu- 
rulentes, formées  dans  l'intérieur  du  rein  et  qui  se  font  jour 
à  l'extérieur,  n'ont  pas  d'odeur  urineuse  sensible  dans  un 
grand  nombre  de  cas.  Les  flocons  que  le  doigt  rencontre  dans 
la  cavité  de  l'abcès  n'autorisent  pas  non  plus  à  le  regarder 
comme  nrinettx.  J'ai  vu,  en  effet ,  des  abcès  tuberculeux  dans 
la  région  lombaire  offrir  de  semblables  filamens  et  une  sorte 
de  détritus  organique.  Mais,  si  le  diagnostic  n'a  pas  toute  la 
certitude  désirable  au  moment  de  l'ouverture  de  l'abcès,  la 
marche  et  la  nature  des  accidens  ultérieurs  lèvent,  plus  tard, 
tous  les  doutes. 

4"  Dans  les  abcès  slcrcoraux,  lombaires,  des  gaz  et  même  des 
matières  fécales  se  font  jour  par  la  fistule;  la  percussion  et  la 
pression  sur  le  colon  favorisent  et  augmentent  le  dégagement 
des  gaz.  Des  vers  ou  des  matières  solides  introduites  avec  les 
alimens,  peuvent  sortir  par  la  plaie,  etc.,  et  du  pus  est  quel- 
quefois rendu  par  les  selles  avec  les  matières  fécales. 

Dans  les  abcès  extra-rénaux,  sans  fistule  stercorale,  il  ne 
s'écoule  ni  matières  fécales,  ni  urine  par  la  plaie.  Dans  les 
collections  purulentes ,  consécutives  à  la  pyélite  calculeuse , 
de  l'urine  et  quelquefois  un  ou  plusieurs  calculs  sortent  par  la 
fistule,  après  l'évacuation  du  pus. 

5°  Les  abcès  autour  du  rein  consécutifs  à  des  ahcès  du  foie, ne 
peuvent  être  distingués  des  pyéliles  et  des  autres  abcès  de  cette 
région  par  les  qualités  du  pus.  La  teinte  lie  de  vin,  que  quel- 
ques auteurs  ont  assignée  au  pus  provenant  des  abcès  du  foie, 
se  rencontre  rarement.  La  source  de  ces  abcès  peut  être  dé- 


PYELITE  CALCULEUSE  [cUagHOStic).  l^t 

celée  par  un  trouble  plus  ou  moins  considérable  des  fonctions 
du  foie. 

6°  Les  alcès  par  congcsLionj  provenant  d'une  carie  de  la  co- 
lonne vertébrale  ou  d'une  affecUon  tuberculeuse  des  vertè- 
bres, peuvent  être  distingués  de  la  distension  du  rein  parle 
pus,  en  ce  qu'ils  sont  presque  toujours  accompagnés  delà 
saillie  des  apophyses  épineuses  des  vertèbres  afifeclées,  et  le 
plus  souvent  d'une  paralysie  plus  ou  moins  complète  des  mem- 
bres inférieurs,  de  la  vessie  et  du  rectum;  en  outre,  ces 
sortes  d'abcès,  presque  toujours  bornés  en  dehors  par  le  colon 
ascendant  ou  descendant,  forment,  dans  le  ventre,  une  tu- 
meur plus  rapprochée  de  la  colonne  vertébrale ,  plus  allon- 
gée et  dirigée  obliquement  de  l'épine  du  dos  vers  l'arcade 
crurale.  J'ai  vu  aussi  la  carie  de  l'os  des  îles  donner  lieu  à  des 
collections  purulentes  qui  s'étaient  élevées  vers  la  région  ré- 
nale; elles  différaient  des  tumeurs  purulentes  des  reins  ,  en  ce 
que  la  surface  de  ces  dernières  est  ordinairement  bosselée. 
Toutefois,  ces  abcès  et  les  abcès  consécutifs  à  la  carie  et  aux 
affections  tuberculeuses  des  dernières  vertèbres  dorsales  et  des 
vertèbres  lombaires,  forment  quelquefois  des  tumeurs  aux 
lombes  qui  par  leur  situation  se  rapprochent  beaucoup  des 
abcès  extra-rénaux,  consécutifs  aux  fistules  rénales  borgnes. 

7°  On  a  vu,  à  la  suite  d'une  contusion  aux  lombes,  le  ia/ii/ être 
versé  progressivement  et  retenu  en  assez  grande  quantité  dans 
la  cavité  du  bassinet  pour  entraîner  une  dilatation  et  une  aug- 
mentation considérable  du  volume  de  ce  conduit  et  du  rein 
lui-même.  Dans  ce  cas,  qui  est  fort  rare,  la  cause  de  la  mala- 
die et  l'écoulement  habituel  d'une  certaine  quantité  de  sang 
sans  mélange  de  pus  par  les  voies  urinaires  ,  conduira  plutôt 
à  admettre  l'existence  d'une  hémorrhagie  que  celle  d'une 
py  élite. 

8°  Les  kystes  séreux  ou  nrinaircs  des  reins  sont  rarement 
assez  nombreux  et  assez  volumineux  pour  imiter  une  collec- 
tion purulente  (Voyez  :  Kystes).  Mais  un  kyste  acéphalocysti- 
que,  considérable,  dans  le  rein,  peut  simuler  une  tumeur  pro- 
duite par  une  collection  purulente  dans  le  bassinet.  Le  fré- 
missement propre  aux  tumeurs  acéphalocystiques  ne  peut  être 


H  PY^LITE  CAtCTTLEUSE  {diagnostic). 

perçu  que  dans  un  petit  nombre  de  cas ,  et  l'évacuation  des 
acéphalocysles  avec  les  urines,  symptôme  qui  lèverait  toute 
l'incertitude  du  diagnostic ,  n'a  lieu  qu'après  la  rupture  de  ces 
kystes  dans  le  bassinet. 

«"Les  retMifî^Acrcw/ewa?  sont  rarement  assez  volumineux  pour 
simuler  une  distension  du  bassinet  et  du  rein  par  du  pus.  La 
résistance  que  le  rein  farci  de  tubercules  offre  sous  le  doigt,  est 
bien  différente  de  celle  des  poches  rénales,  pleines  de  pus.  Le 
ramollissement  des  tubercules  rénaux  peut  être  suivi  d'un 
abcès  fusiforme,  vers  l'arcade  crurale ,  non-seulement  difficile 
à  distinguer  d'une  collection  purulente  dans  le  bassinet  et  le 
voisinage  des  reins,  mais  encore  des  abcès  par  congestion,  pro- 
venant d'une  carie  de  la  colonne  vertébrale. 

10°  Le  rein  atteint  de  cajicer  peut  être  tellement  augmenté  de 
volume,  qu'il  pèse  plusieurs  livres  et  forme  tumeur  aux  lombes. 
Cette  tumeur  peut  présenter  une  fluctuation  obscure  ,  lors- 
qu'une grande  partie  de  la  masse  s'est  ramollie  et  infiltrée  de 
sang  (fongus  bématode);  mais  des  hématuries  fréquentes  et 
les  caractères  extérieurs  de  la  cachexie  cancéreuse  ne  per- 
mettent pas  de  confondre  de  semblables  tumeurs  avec  les  col- 
lections purulentes  dans  le  bassinet. 

Il"  Les  tumeurs  formées  T^ar  les  capsules  surrénales,  disten- 
dues par  du  sang  et  d'autres  humeurs ,  sont  larenieut  assez 
volumineuses  pour  simuler  une  collection  purulente  dans  le 
bassinet  et  les  calices.  Au  reste,  ces  tumeurs  (i)  ne  sont  ni  pré- 
cédées, ni  accompagnées  d'urines  purulentes. 

12°  On  a  vu  des  anèvrysmes  de  l'aorte  abdominale  s'établir 
dans  le  flanc  et  simuler  un  abcès  (a)  ou  une  collection  purulente 
dans  le  bassinet  et  les  calices  dilatés.  L'existence  de  batte- 
mens  isochrones  à  ceux  du  pouls,  la  sensation  d'un  mouvement 
d'expansion  éprouvé  par  la  main ,  appliquée  sur  la  tumeur,  et, 
dans  un  grand  nombre  de  cas ,  un  bruit  de  souffle  perceptible 
à  l'auscultation,  rendent  impossible  toute  méprise. 


(r)  Rayer.  Recherches  anatomico-pathoîogiques  sur  les  capsules  surrénales. 
—  L'expérience,  tom.  i,  i837,  p.  17. 

(2)  Morgagni.  De  sedibus  et  cousis,  etc.  Epist.  XL,  art.  26. 


Ï'Y'ÉLTTÉ  CALCULEUSE  {diagHOStîc).  4^ 

'ï3*Lcs  inhimescences  delà  raie  ne  peuvent  être  prise»  pour  le 
rein  gauche,  distendu  par  du  pus.  La  tumeur  formée  par  la 
rate,  s'élève  plus  haut  dans  la  région  du  bas-fond  de  l'estomac, 
et  se  porte  plus  en  avant  que  les  tumeurs  rénales  ;  en  outre, 
presque  toujours,  les  intumescences  de  la  rate  se  rencontrent 
chez  des  individus  qui  ont  long-temps  souffert  des  fièvres  in- 
termittentes ;  lamatité,  constatée  par  la  percussion,  s'étend  de 
la  partie  supérieure  de  l'hypochondie  gauche,  vers  le  flanc  et 
l'ombilic.  La  rate  a  d'ailleurs  une  consistance  solide  recon- 
naissable  au  toucher,  soit  quand  on  comprime  la  paroi  anté- 
rieure de  l'abdomen  ,  les  cuisses  étant  fléchies  sur  le  bassin , 
soit  quand  on  exerce  une  sorte  de  frottement  avec  la  main  à  la 
surface  de  la  tumeur. 

i4*Un  développement  morbide  du  grand  lobe  du  foie,  ou  son 
abaissement  par  suite  d'un  épancheraent  séreux  ou  séro- 
purulent  dans  la  plèvre  droite  ,  peut  simuler  une  tumeur 
formée  aux  dépens  du  rein  droit  distendu  par  du  pusj  et  cela 
d'autant  plus  facilement  que  les  tumeurs  rénales  finissent  tou- 
jours par  contracter  adhérence  avec  le  foie. 

iS"  Ties  kystes  acèphalocystiqnes  du  foie  peuvent,  jusqu'à  un 
certain  point,  simuler  une  dilatation  du  rein  droit  devenu 
adhérent  au  foie; mais,  outre  que  ces  tumeurs acéphalocystiques 
du  foie  sont  plus  superficielles  et  donnent  souvent  sous  le 
doigt,  appliqué  à  leur  surface  et  percuté ,  la  sensation  d'un 
frémissement  particulier ,  elles  ne  sont  point  accompagnées 
d'urines  sanguinolentes  ou  purulentes.  La  même  remarque 
est  applicable  aux  tumeurs  de  la  vésicule  biliaire  (i)  qui  débor- 
dent le  foie.  Ces  tumeurs  en  s'allongeant  conservent  une  dispo- 
sition pyriforme,  et  ne  soulèvent  en  arrière  les  lombes  que  dans 
les  cas  très  rares  où  elles  acquièrent  un  volume  très  considé- 
rable. 

160  J'ai  vu  des  tumeurs,  dépendantes  d'un  des  ovaires,  s'élever 
jusque  dans  la  région  lombaire;  mais  ces  tumeurs,  plus  mo- 


(0  Petit.  Remarques  sur  les  tumeurs  formées  par  la  bile  {Mém.  de 
l'Académie  royale  de  6'Air«r.,  in-4,  tom.  i,  p.  i55). 


44        PYÉLiTE  CALCULEUSE  (diagnosUc). 

biles  que  les  tumeurs  rénales ,  peuvent  être  généralement  re- 
foulées par  la  pression  dans  l'hjpogaslre, 

iy°Les  kystes  du  tissu  cellulaire  de  l'abdomen  elles  grossesses 
extra-utérines  sont  des  cas  rares  que  le  praticien  doit  avoir 
présens  à  l'esprit  lorsqu'il  établit  son  diagnostic ,  et  qui 
n'ont  que  de  faibles  analogies  avec  les  tumeurs  formées  par  le 
rein  distendu  par  du  pus. 

iS"  Il  n'est  pas  toujours  possible  de  distinguer,  à  un  premier 
examen,  les  tumeurs  stercoralcs  ,  occasionées  par  l'accumula- 
tion des  matières  fécales  dans  le  colon  ascendant  et  dans  le 
colon  descendant,  des  tumeurs  rénales.  Comme  dans  ces  der- 
nières, les  régions  lombaires  sont  mates  à  la  percussion,  au 
moins  sur  leurs  parties  latérales  ;  lorsque  les  matières  sont 
rassemblées  en  masses  plus  ou  moins  considérables,  de  sem- 
blables accumulations  de  matières  fécales  peuvent  être  accom- 
pagnées d'une  sensibilité  morbide  des  portions  de  l'intestin 
correspondantes  au  rein;  et,  lorsqu'elles  se  sont  formées  chez 
des  individus  qui  ont  antérieurement  présenté  des  désordres 
fonctionnels  plus  ou  moins  graves  des  voies  urinaires,  on  com- 
prend qu'il  peut  exister  d'abord  quelque  incertitude  dans  le 
diagnostic.  Toutefois  les  tumeurs  que  forme  le  colon  ascen- 
dant ou  le  colon  descendant  obstrué  par  des  matières  fécales, 
sont  ordinairement  plus  allongées  ,  moins  larges ,  d'une  forme 
cylindrique  plus  marquée  que  les  tumeurs  rénales.  A  droite^  les 
tumeurs  stercorales  se  prolongent  le  plus  souvent  vers  le 
cœcum  ,  qui  est  mat  dans  quelques  points  et  sonore  dans  quel- 
ques autres  oii  il  est  distendu  par  des  gaz.  A  gauche,  la  tumeur 
slercorale  se  dirige  vers  la  fosse  iliaque  et  vers  l'excavation  du 
bassin.  Souvent  on  reconnaît  en  même  temps  que  le  colon 
transverse  contient  des  matières  fécales ,  dures  et  solides.  Au 
reste,  ces  tumeurs  stercorales  sont  plus  communes  du  côté  droit 
que  du  côté  gauche,  et,  lorsqu'elles  sont  douloureuses  au  lou- 
cher ou  à  la  pression,  ce  phénomène  est  ordinairement  plus 
marqué  en  avant  qu'en  arrière;  ce  qui,  dans  la  plupart  des  cas, 
est  le  contraire  de  ce  qu'on  observe  dans  les  dilatations  mor- 
bides du  rein,  lorsqu'il  n'y  a  point  d'inflammation  de  la 
portion  correspondante  du  péritoine  ;  enfin  les  tumeurs 


PYJÉLITE  CALCULEUSE  (pWîlOStic).  45 

stercorales  disparaissent  après  une  ou  plusieurs  purgations. 

§  652,  Après  avoir  reconnu  qu'une  tumeur  lombaire  est 
formée  par  l'accumulation  d'une  certaine  quantité  de  pus  dans 
le  bassinet  et  les  calices^  et  parfois  en  même  temps  dans  le  tissu 
cellulaire  extra-rénal,  il  faut  rechercher  quelle  a  éié  la  cause 
d'une  semblable  collection  ;  car,  avant  de  procéder  au  traite- 
ment, il  s'agit  de  déterminer  si  la  suppuration  et  la  distension 
du  bassinet  ont  été  consécutives  à  une  rétention  d'iirine,  occa- 
sionéft  elle-même  par  un  rétrécissement  de  l'urèlhre  ,  par  une 
tuméfaction  de  la  prostate,  ou  une  paralysie  de  la  vessie;  ou 
bien  si  la  distension  du  rein  est  la  conséquence  d'une  occlusion 
de  l'uretère  occasionée  par  un  champignon  ou  par  un  calcul 
engagé  dans  ce  conduit,  par  une  tumeur  située  dans  son  voi- 
sinage ,  ou  bien  enfin  par  des  calculs  formés  dans  le  bassinet 
ou  dans  les  calices. 

Ce  diagnostic  des  mdt]aà\es  primitives  et  antérieures  à  la  pyé- 
Hte  calculeuse,  exige  qu'on  procède  d'abord  à  l'exploration  de 
l'urèthre,  de  la  prostate  et  de  la  vessie,  et  qu'on  examine  avec 
le  plus  grand  soin  les  diverses  régions  de  l'abdomen.  Ce  n'est  pas 
tout  encore  :  le  diagnostic  serait  incomplet  si  on  ne  procédait  avec 
le  même  soin  à  la  recherche  des  maladies  secondaires  (Voyez  : 
Rapports  de  la  py élite  avec  les  maladies  des  autres  organes). 

De  toutes  les  complications  de  la  pyélite  calculeuse,  la  plus 
fréquente  est  celle  de  la  néphrite.  Dans  la  pyélite  chronique, 
l'atrophie  progressive  delà  substance  du  rein  rend  cette  com- 
plication plus  rare  et  moins  importante.  Viennent  ensuite,  dans 
l'ordre  de  leur  fréquence, les  maladies  de  la  vessie,  puis  toutes 
celles  de  la  prostate  et  de  l'urèlhre  qui  occasionnent  la  réten- 
tion de  l'urine  dans  la  vessie,  et  par  suite  dans  la  cavité  du  bas- 
sinet et  des  calices. 

§  655.  Pronostic.  Quelque  douloureuse  que  soit  la  pyélite 
calculeuse  dans  son  premier  état,  elle  est  généralement  peu 
grave,  si  un  des  reins  seulement  est  affecté.  Le  pronostic  est , 
au  contraire,  toujours  grave  dans  le  deuxième  état  et  surtout 
dans  les  troisième  et  quatrième  états  de  la  pyélite  calculeuse 
chronique,  même  lorsque  les  malades  conservent  les  apparences 
de  la  santé ,  même  lorsque  l'urine  n'est  altérée  que  par  i'augmen- 


46  PYÉLITE  CALCBLEUSE  {pJVnOStic). 

talion  de  la  proportion  du  mucus.  Car,  en  supposant  que  le  bas- 
sinet s'accoutume,  pour  ainsi  dire,  à  la  présence  d'un  calcul  ré- 
nal (et  j'ai  recueilli  plusieurs  exemples  d'un  semblable  résultat), 
ce  corps  étranger,  en  augmentant  progressivement  de  volume,  fi- 
nira par  entraîner  soit  l'atrophie  totale  du  rein,  soit  une  ré- 
tention complète  de  l'urine  et  du  pus  dans  le  bassinet  affecté;  et, 
si,  par  malheur,  le  rein  du  cô  té  opposé  vient  à  s'enflammer,  ou  si 
l'uretère  vient  à  être  obstrué,  même  momentanément,  par  un 
calcul,  une  mort  rapide  pourra  en  être  la  conséquence. 

Dans  la  pyélite  calculeuse  avec  sécrétion  purulente,  le  pro- 
nostic, déjà  grave  lorsqu'un  des  reins  est  affecté,  l'est  beaucoup 
plus  lorsqu'ils  le  sont  tous  les  deux.  Ce  n'est  pas  seulement  de 
l'atrophie  progressive  du  rein,  et  par  conséquent  de  la  dimi- 
nution et  de  la  cessation  même  de  la  sécrétion  urinaire  qu'il 
faut  calculer  les  suites  ;  d'autres  dangers  sont  attachés  à  la  sup- 
puration de  l'intérieur  du  bassinet  et  des  parties  contiguës  du 
rein,  savoir  :  la  possibilité  d'une  perforation  ou  d'une  résorp- 
tion purulente,  le  développement  d'une  péritonite,  celui  de  la 
phtilisie  pulmonaire,  etc.  Toutefois,  j'ai  déjà  remarqué  qu'on 
avait  vu,  dans  des  cas  heureux,  l'autre  rein,  resté  sain,  acquérir 
plus  de  volume  et  suppléer  par  l'activité  de  sa  sécrétion  à  la 
destruction  de  son  congénère. 

Le  pronostic  est  aussi  plus  ou  moins  grave ,  suivant  que  le 
pw8  est  retenu  dans  le  bassinet  ou  qu'il  s'écoule  plus  ou  moins 
librement  par  l'uretère  dans  la  vessie. 

Chez  les  femmes  grosses,  la  pyélite  calculeuse  chronique  est 
une  cause  d'avortement  ou  d'accouchement  prématuré. 

Lorsque  de  semblables  collections  purulentes  dans  le  bas- 
sinet et  les  calices  se  font  jour  dans  le  tissu  cellulaire  extra- 
périlonéal ,  ou  à  l'extérieur,  par  une  ou  plusieurs  fistules  à  la 
région  lombaire ,  cette  terminaison  doit  être  regardée  comme 
lieureusc  (Voyez  :  Fistules  rénales). 

Lorsque  des  voies  de  communication  s'établissent  entre  ces 
dépôts  purulens  et  le  foie,  les  poumons,  ou  l'intestin,  etc., 
cette  terminaison  est  plus  ou  moins  rapidement  mortelle;  elle 
l'est  presque  tout-à-coup  lorsque  le  pus  s'épanche  abondam- 
ment dans  la  cavité  du  péritoine. 


pyÉLiTE  CALCULEUSE  [traitement).  47 

Lorsque,  dans  la  pyélite  calculeuse ,  le  pus  ou  l'urine  puru- 
lente ne  peut  se  rendre  dans  la  vessie  par  suite  de  l'occlu- 
sion complète  de  l'uretère ,  le  pronostic  est  très  grave  si  cet 
état  se  prolonge ,  et  si  on  ne  se  hâte  pas  de  frayer  au  pus  une 
issue  au-dehors. 

Lorsque  de  semblables  collections  de  pus  dans  bassinet  sont 
suivies  de  fistules  borgnes ,  les  accidens  qu'entraînent  les 
vastes  clapiers  qui  se  forment  autour  du  rein ,  sont  beaucoup 
plus  graves  que  ceux  des  simples  dilatations  du  bassinet  et  des 
calices. 

Le  pronostic  de  la  pyélite  calculeuse  peut  être  rendu  beau- 
coup plus  grave  encore  par  d'autres  lésions  concomitantes 
des  voies  urinaires  ou  d'autres  appareils. 

§  654.  Traitement.  Au  début  de  la  pyélite  et  dans  son  •pre- 
mier élat,  on  réussit  quelquefois  à  apaiser  les  douleurs  néphré- 
tiques par  des  bains  tièdes  prolongés  et  les  boissons  mucilagi- 
neuses  ,  par  de  l'eau  de  lin ,  des  émulsions,  de  la  bière  légère 
avec  addition  de  laudanum,  etc.;  par  l'application  des  sangsues 
et  mieux  encore  par  celle  des  ventouses  scarifiées  loco  dolenti. 

Lorsque  la  douleur  est  très  aiguë  et  qu'elle  est  accompagnée 
de  suppression  d'urine ,  d'efforts  violens  et  répétés  pour 
vomir  avec  tendance  à  la  syncope,  les  potions  élhérées,  les 
laveniens  d'assa  fœtida  ou  de  feuilles  de  jusquiame,  des  fric- 
tions de  camphre  et  d'opium  dissous  dans  l'esprit-de-vin , 
ou  bien  encore  les  fumigations  d'élher,  remplissent  une  pre- 
mière indication,  celle  de  calmer  les  spasmes  ou  de  prévenLr 
les  évanouissemens  et  les  syncopes. 

Le  plus  ordinairement  ces  accidens  cessent  au  bout  de  quel- 
ques heures,  soit  après  l'expulsion  au-dehors  du  gravier,  soit 
par  le  fait  de  son  passage  de  l'urelère  dans  la  vessie.  En  de  tels 
cas,  on  a  quelquefois  eu  recours  au  froid  avec  succès  :  les  ma- 
lades s'élant  mis  nus,  les  pieds  sur  le  pavé,  plusieurs  fois  cette 
pratique  a  été  suivie  de  l'expulsion  du  gravier  ou  du  rétablis- 
sement de  la  sécrétion  urinaire  (i).  Cette  expulsion  a  quelque- 

(0  Bourguet.  Obs,  sur  un  cas  remarquable  d'ischurie  rénale,  Bibl.  méd., 
tom.  Lxxni,  p.  89. 


48         PYiîLiTE  CAtcuLEiJSE  {traitement). 

fois  aussi  paru  favorisée  jjar  l'application  des  ventouses  sèches 
sur  le  trajet  de  l'uretère  ou  au  périnée. 

Lorsque  les  pretnrers  accideiis  ont  cédé,  si  le  malade  n'a  pas 
expulsé  au-dehors  des  graviers,  si  l'urine  se  charge  de  mucus 
et  prend  les  caractères  indiqués  dans  les  deuxième  et  troisième 
élatSj  il  faut  explorer  la  vessie  ;  et,  si  on  parvient  à  y  découvrir 
un  petit  calcul,  on  cherchera  à  l'extraire  ou  à  le  briser,  ou  à 
en  provoquer  l'expulsion  en  faisant  boire  à  jeun  une  grande 
quantité  d'eau  de  fontaine  ou  d'eau  minérale  de  Contrexeville. 

Lorsqu'un  gravier  ou  un  calcul  est  engagé  dans  l'uretère  et 
qu'il  l'obstrue  (circonstance  indiquée  par  le  siège  de  la  douleur, 
la  diminution  de  l'excrétion  de  l'urine  ,  etc.),  on  a  conseillé  de 
susciter  le  vomissement,  d'exciter  le  malade  à  tousser  et  à  éter- 
nuer,  et  de  lui  faire  faire  des  mouvemens  brusques,  de  déter- 
miner dans  tout  le  corps  de  violentes  secousses  pour  favoriser 
le  passage  du  gravier  dans  la  vessie.  A  ce  sujet,  je  remarque- 
rai que,  dans  les  coliques  néphrétiques,  j'ai  vu  rarement  l'expul- 
sion des  graviers  suivre  les  vomisseniens  spontanés  ou  provo- 
qués j  et  les  malades  sont  trop  souffrans  pour  chercher  à 
tousser  ou  à  éternuer.  Quant  au  cas  d'obstruction  d'un  des  ure- 
tères par  un  véritable  calcul,  de  semblables  tentatives  seraient 
inutiles  et  dangereuses. 

Lorsque  des  graviers  ou  des  calculs  sont  restés  engagés  dans 
les  calices,  le  goulot  du  bassinet  ou  l'uretère ,  les  accidens  in- 
flammatoires, entretenus  par  la  présence  de  ces  corps  étran- 
gers, seront  combattus  par  les  bains  tièdes ,  par  l'eau  de  lin, 
l'eau  de  Contrexeville  et  par  les  ventouses  scarifiées. 

La  station  et  l'attitude  assise ,  prolongées  pendant  plusieurs 
heures  ,  réveillent  presque  toujours  les  douleurs.  C'est  un  fait 
que  j'ai  mainte  fois  constaté  chez  des  hommes  de  cabinet,  chez 
des  graveurs  et  d'autres  personnes  que  leur  profession  obli- 
geait à  rester  assis ,  et  le  corps  incliné  en  avant,  dans  leur  tra- 
vail. Presque  toujours ,  au  contraire,  les  malades  apaisent  ou 
font  cesser  leurs  douleurs ,  en  se  couchant  horizontalement  sur 
un  des  côtés  du  corps,  et  en  fléchissant  la  cuisse  sur  le  bassin. 

Les  malades  doivent  s'abstenir  de  rapports  sexuels. 

Plusieurs  fois,  lorsque  la  douleur  avait  résisté  aux  ventouses, 


PYÉLiTE  CALCULEUSE  {traitement).  49 

j'ai  appliqué,  avec  succès,  des  vésicatoires  volans  sur  la  région 
d'un  des  reins. 

En  agissant  de  la  sorte ,  on  parvient  à  calmer,  pour  un 
certain  temps,  les  accidens  inflammatoires  produits  par  la 
présence  des  graviers  ou  par  celle  d'un  calcul  dans  le  bassinet 
ou  les  calices;  mais  l'urine  continue  toujours  ou  au  moins 
presque  toujours  d'être  chargée  de  mucus  ou  de  muco-pus. 
Dans  le  but  de  diminuer  celte  sécrétion,  on  a  essayé  l'action 
de  l'huile  essentielle  de  térébenthine ,  à  dose  graduée,  depuis 
douze  gouttes  jusqu'à  un  gros  par  jour,  pour  une  adulte.  J'ai 
également  employé  le  baume  de  copahu,  la  térébenthine  cuite, 
la  tisane  de  bourgeons  de  sapin,  le  poivre  cubèbe,  et  je  dois 
dire  que ,  si  dans  un  certain  nombre  des  cas  la  sécrétion  du 
mucus  ou  du  muco-pus  a  été  évidemment  moins  abondante  , 
presque  toujours  aussi  les  exacerbations  de  la  douleur  rénale 
ont  été  plus  rapprochées.  De  sorte  qu'en  définitive ,  le  lait  d'à  - 
nesae  et  l'eau  de  lin  me  paraissent  les  boissons  auxquelles  les 
malades  doivent  avoir  habituellement  recours,  dans  la  grande 
majorité  des  cas. 

1°  La  deuxième  indication  est  celle  du  traitement  physico- 
chimique de  la  gravelle  ou  des  calculs  rénaux.  Certaines  bois- 
sons qui  peuvent  être  bues  en  grande  abondance  ,  telles  que 
l'eau  de  fontaine,  ou  l'eau  minérale  de  Contrexeville,  agissent 
mécaniquement  en  lavant  les  calculs,  en  entraînant  les  petits 
graviers  à  travers  les  xiretères,  et  en  facilitant,  par  la  fréquence 
des  émissions  de  l'urine,  l'expulsion  de  ces  corps  étrangers. 

L'action  de  ces  boissons  sur  les  calculs  rénaux  proprement 
dits  est  renfermée  dans  des  limites  si  étroites  que,  malgré  tout 
ce  qu'on  a  pu  dire  et  écrire,  il  y  a  peu  de  compte  à  faire  sur  leur 
efficacité.  Il  ne  faut  pas  s'exagérer,  non  plus,  les  avantages  qu'on 
peut  obtenir  de  l'action  chimique  de  certaines  substances  sur  la 
gravelle  elles  calculs  rénaux  de  diverses  natures.  Sans  doute, 
l'expérience  a  démontré  qxie  les  boissons  alcalines  étaient  gé- 
néralement favorables  dans  le  traitement  de  la  gravelle  et  des 
calculs  uriques,  et  dans  les  pyélites  produites  par  ces  concré- 
tions; mais  l'observation  attentive  de  l'action  de  ces  boissons  a 
prouvé  également  que,  dans  la  goutte  (condition  pathologique 
m.  4 


5o         PTÉLiTE  CA.LCULEUST:  {fraitcment). 

dans  laquelle  s'engendrent  le  plus  ordinairement  la  gravelle  et 
les  calculs  uriques),  le  dépôt  d'acide  urique  persistait  après 
plusieurs  cures  d'eaux  minérales  alcalines;  et  que,  d'un  autre 
côté,  l'action  prolongée  de  ces  boissons  avait  quelquefois  de 
graves  inconvén  iens  (Voyez  :  Gravelle). 

Lorsqu'il  résulte  de  l'examen  de  l'urine  que  les  graviers  ou 
les  calculs,  situés  dans  les  calices  ou  le  bassinet,  sont  principa- 
lement composés  de  phosphates  (au  moins  dans  leurs  couches 
extérieures),  la  chimie,  proprement  dite,  offre  peu  de  ressources 
contre  ces  calculs.  Généralement  on  recommande  les  boissons 
chargées  d'acide  carbonique  ;  mais  il  est  certain  que  ces  bois- 
sons rendent  bien  rarement  claires  et  transparentes  les  urines 
troublées  par  la  précipitation  des  phosphates.  D'ailleurs,  l'ob- 
servation d'un  grand  nombre  de  malades  m'a  démontré  que 
la  sécrétion  d'une  urine  alcaline  et  trouble  était,  sinon  toujours, 
au  moins  presque  constamment  le  résultat  d'une  inflammation 
chronique  des  reins.  Ce  n'est  pas  à  l'aide  d'acides  végétaux  ou 
minéraux  qu'on  peut  espérer  de  modifier  la  composition  de  telles 
urines;  lorsqu'on  atteint  ce  but,  c'est  en  ayant  recours  au  trai- 
tement que  nous  avons  conseillé  contre  la  néphrite  chronique 

(Voyez  :  NÉPHRITE  CHRONIQUE  ;  GrAVELLE  ÏHOSPnATIQDE).  Je 

renvoie  également  à  d'autres  paragraphes  (Voyez  :  Gravelle 
OXALIQUE,  CYSTIQUE,  etc.)  l'cxposé  du  traitement  chimique 
des  autres  espèces  de  concrétions  rénales  qui  peuvent  détermi- 
ner l'inflammation  des  calices  et  du  bassinet. 

§  655.  Dans  le  quatrième  étal  de  la  py élite  calculeuse,  lors- 
que l'urine  et  le  pus  sont  accumulés  dans  le  bassinet  et  les 
calices,  de  manière  à  donner  lieu  à  la  formation  d'une  tumeur 
dans  la  région  lombaire,  on  a  conseillé,  pour  favoriser  l'écou- 
lement du  pus  par  l'uretère,  de  chercher  à  déplacer  le  calcul 
par  des  pressions  ou  des  secousses  du  tronc,  par  de  longues 
promenades  à  cheval  ou  en  voiture.  Mais ,  à  supposer  qu'on 
pai'vînt  ainsi  à  déplacer  momentanément  un  calcul,  de  manière 
k  ce  que  le  pus  se  fit  jour  à  travers  l'uretère,  l'inflammation 
n'en  serait  pas  moins  entretenue  par  la  pi-ésence  d'un  corps 
étranger  dont  le  passage  dans  la  vessie  serait  devenu  impos- 
sible. D'un  autre  côté,  des  pressions  sur  la  tumeur  rénale,  lors- 


PYÉLiTE  CA.LCULEUSE  (traîtemenf).  Si 

qu'elle  est  déjà  douloureuse,  pourraient  être  nuisibles.  Par 
cette  manœuvre,  on  allumerait  rinflammalion,  et  on  s'expose- 
rait même  à  opérer  la  rupture  de  la  tumeur  dans  la  cavité  du 
péritoine,  ou  dans  le  tissu  cellulaire  extra-péritonéal. 

Lorsque  le  pus  s'écoule  en  petite  quantité,  chaque  jour,  du 
bassinet  dans  l'uretère  et  dans  la  vessie ,  soit  le  long  d'une 
rigole  que  le  pus  et  l'urine  se  sont  creusée  sur  les  parois 
du  calcul,  soit  par  un  intervalle  entre  le  conduit  et  le  cal- 
cul; si  la  suppuration  du  bassinet  n'est  pas  très  abon- 
dante et  n'entretient  pas  une  fièvre  hectique  ;  si  la  tumeur  ré- 
nale est  peu  douloureuse  ;  si,  après  s'être  remplie  et  distendue, 
elle  se  vide  facilement  par  l'uretère  ;  si  les  parties  environnan' 
les,  le  péritoine,  le  foie,  la  rate,  n'offrent  pas,  de  temps  à  auU'e 
au  moins,  quelques  signes  d'inflammation  ;  si  le  malade  n'a 
point  de  diarrhée  et  ne  s'affaiblit  pas  sensiblement;  il  faut 
se  borner  à  prévenir  le  développement  d'une  inflammation 
aiguë  dans  la  tumeur  et  dans  les  parties  environnantes  ,  par 
le  repos  du  corps,  par  l'usage  habituel  des  bains ,  par  les  topi~ 
ques  émolliens  et  par  un  régime  doux  et  régulier.  Il  faut  se 
hâter  de  réprimer  par  des  émissions  sanguines ,  proportion- 
nées à  l'intensité  du  mal  et  aux  forces  du  malade ,  les  recrudes- 
cences d'inflammation  qu'on  observe,  de  temps  en  temps,  dans 
de  semblables  tumeurs. 

D'autres  circonstances,  telles  que  l'âge  avancé  du  malade, 
des  lésions  graves  de  la  vessie ,  de  l'utérus  ,  etc. ,  peuvent  d'ail- 
leurs réduire  le  traitement  à  cette  cure  purement  palliative. 

§  656.  Mais  il  est  d'autres  conditions  dans  lesquelles  la  né-* 
phrotomie  me  semble  devoir  être  pratiquée ,  ou  au  moins  dans 
lesquelles  l'ouverture  de  la  poche  formée  par  l'accumulalioii 
du  pus  dans  les  calices  et  le  bassinet  et  dans  le  tissu  cellulaire 
extra-réual  ne  peut  être  différée  : 

Ainsi,  lorsqu'une  semblable  tumeur  rénale  existe  chez  un 
individu  d'ailleurs  bien  constitué  ;  si  elle  est  habituellement 
douloureuse,  malgré  l'emploi  de  boissons  huileuses  et  émulsion- 
nees,  des  bains  et  des  émissions  sanguines;  si  la  fièvre  est  conti- 
nue ou  caractérisée  par  des  paroxysmes  nocturnes;  si  l'estomac 
cl  l'intestin  sont  dans  un  état  habituel  de  malaise  et  de  dérau- 

4. 


52         PYÉLiTE  cALCULMisE  {imilemenl). 

geinent;sila  tumeur,  habituellement  douloureuse,  le  devient 
davantage  par  la  plus  légère  fatigue;  si  cette  exacerbation  delà 
douleur  rénale  est  fréquente,  et  si  elle  est  accompagnée  d'une 
suppression  complète  de  l'excrétion  de  l'urine  purulente  ou  de 
symptômes  d'inflammation  des  parties  voisines  ;  l'opération  de 
la  néphrotomie  ,  malgré  ses  difficultés  et  malgré  ses  mauvaises 
chances,  doit  être  pratiquée. 

A  plus  forte  raison ,  si  une  fluctuation  superficielle  s'est  ma- 
nifestée dans  une  étendue  plus  ou  moins  considérable  de  la  ré- 
gion lombaire  ;  s'il  est  évident  qu'une  accumulation  de  pus  s'est 
faite  entre  le  rein  et  le  muscle  carré  des  lombes ,  à  plus  forte 
raison,  dis-je,  une  large  ouverture  doit  être  pratiquée,  sans  hé- 
sitation, à  ces  abcès,  suites  d'une  inflammation  secondaire  du 
tissu  Cellulaire  de  celte  région,  ou,  ce  qui  est  beaucoup  plus 
ordinaire,  d'une  ou  plusieurs  perforations  du  rein  disteudu  par 
du  pus  (i).  La  profondeur  de  ces  abcès,  la  lenteur  avec  la- 
quelle les  parties  mollesse  sont  amincies  et  perforées  dans  les 
cas  oii  de  semblables  collections  purulentes  se  sont  fait  jour 
d'elles-mêmes  à  l'extérieur,  rendent  dangereuse  Vexpectaiion 
que  quelques  praticiens  recommandent  dans  l'espérance  d'une 
ouverture  spontanée  de  ces  collections  purulentes. 

Avant  d'indiquer  les  différentes  manières  d'ouvrir  ces  collec- 
tions purulentes  ,  de  procéder  à  la  recherche  des  calculs  dans 
le  rein,  et  d'entretenir  la  fistule  extérieure  pendant  le  temps 
nécessaire  à  leur  extraction  ou  à  leur  issue  spontanée ,  je  rap- 
pellerai sommairement  les  rapports  de  la  tumeur  avec  les  par- 
ties voisines. 

(i)  LaCitte  ctPoutean  ont  pratiqué  avec  succès,  dans  de  semblables  con-  i 
ditions,  l'ouverture  de  tels  abcès.  Non-seulement  ils  ont  été  assez  Iieureux  ' 
pour  que  la  santé  des  malades  se  soit  sensiblement  améliorée  après  l'évacua- 
tion du  pus,  mais  encore  pour  que  le  calcul  qui  avait  déterminé  l'inflamma-  j 
tion  ,  se  soit  présenté  an  fond  de  la  fistule,  de  manière  à  oc  qu'ils  ont  pu  ' 
en  faire  l'extraction,  laquelle  a  été  suivie  d'une  guérison  complète.Tontefois,  je 
crois  devoir  remarquer  qu'ils  ont  à  tort  donné  le  nom  de  néphrotomie  à  la 
simple  ouverture  des  abcès  exlra-rénaux ,  suites  de  pyélite  calcuieuse. 

A  mon  invitation,  M.  Volpeau  a  fait,  avec  succès,  une  semblable  opéra- 
tion, à  une  malade  dont  la  mort  était  imminente. 


PYÉLiTE  CA.LCULEUSE  (traitement).  53 

Quand  elle  existe  du  côté  droit,  elle  s'étend  de  haut  en  bas , 
depuis  le  bord  inférieur  du  foie,  dont  elle  est  quelquefois 
séparée  par  une  portion  da  colon  transverse  (lorsque  la  tu- 
meur n'est  pas  très  considérable),  jusqu'à  la  crête  iliaque.  Il 
n'est  pas  même  rare  que  la  tumeur  s'étende  dans  la  fosse  ilia- 
que et  même  jusqu'au  niveau  de  l'arcade  crurale.  Dans  ce 
dernier  cas,  le  colon  ascendant  est  déjeté  vers  le  bord  interne 
de  la  tumeur,  près  de  la  colonne  vertébrale.  Le  plus  souvent 
cet  intestin  a  contracté  des  adhérences  intimes  avec  le  rein. 
Lorsque  la  tumeur  est  très  considérable ,  le  cœcura ,  soulevé 
de  la  fosse  iliaque ,  porté  en  dedans  et  en  haut ,  se  trouve  vers 
le  milieu  de  la  tumeur  et  aplati  contre  elle  et  la  paroi  antérieure 
du  ventre  (Atlas,  Pl.  xiii,  fig.  n).  La  tumeur  peut  avoir  con- 
tracté des  adhérences  intimes  avec  la  face  inférieure  du  foie, 
la  vésicule  du  fiel,  la  portion  pylorique  de  l'estomac,  le  colon 
transverse,  les  deux  premières  portions  du  duodénum  et  même 
avec  le, pancréas  et  les  portions  correspondantes  des  parois  de 
l'abdomen.  Le  colon  et  le  cœcum  peuvent  se  perforer  et  se 
metti-e  en  communication  avec  l'intérieur  de  la  tumeur  rénale. 

Lorsque  la  tumeur  est  formée  aux  dépens  du  rein  gauche,  en 
haut  elle  a  des  rapports  intimes  avec  la  rate ,  qu'elle  peut  sou- 
lever de  manière  à  simuler  une  augmentation  du  volume  de 
cet  organe  ;  en  haut  et  en  dedans  avec  la  grande  extrémité  de 
l'estomac,  et  avec  la  tête  du  pancréas.  On  a  vu  la  tumeur  s'é- 
tendre déplus  en  plus  en  haut,  s'appliquer  immédiatement 
sur  le  diaphragme ,  contracter  des  adhérences  avec  sa  face  in- 
férieure, et  une  communication  fistuleuse  s'établir  avec  les 
bronches.  En  bas,  le  rein,  très  dilaté,  peut  avoir  contracté  des 
adhérences  avec  l'S  iliaque  du  colon  et  le  commencement  du 
rectum;  enfin  la  poche  rénale  peut  s'ouvrir  dans  l'intestin,  ou 
bien  encore  le  pus  peut  fuser  le  long  des  parois  du  rectum  et 
déterminer  un  abcès  ou  une  fistule  au  périnée. 

Mais  ce  qu'il  importe  surtout  de  bien  connaître,  ce  sont  les 
rapports  de  la  tumeur  rénale  avec  les  lombes.  Si  la  tumeur 
n  est  pas  encore  considérable,  on  ne  voit  pas  extérieurement  de 
sailhe  proprement  dite,  mais  ou  voit  une  déformation,  une 
sorte  de  plénitude  anomale  du  flanc,  ou  un  défaut  de  cambrure 


54        PYKUTE  CALCLLEUSE  (j/'aîtement). 

de  celte  région.  A  mesure  que  le  volume  de  la  tumeur  aug- 
mente, elle  fait  de  plus  en  plus  saillie  au  dehors,  et  une  véri- 
table tumeur  se  dessine  extérieurement  dans  le  flanc.  Si  la 
mort  survient,  et  qu'on  dissèque  la  region  lombaire,  après  avoir 
détaché  successivement  la  peau,  les  muscles  obliques,  externe 
et  interne,  et  le  muScle  transverse,  on  découvre  la  poche  ré- 
nale, et  on  reconnaît  qù'on  peut  facilement  attaquer  de  sem- 
blables tumcui'S  avec  l'instrument  tranchant,  sans  intéresser  le 
péritoine,  ni  aucune  autre  partie  qu'il  importerait  de  ménager. 
Toujours  eu  arrière,  mais  plus  en  dedans,  la  tumeur  rénale  cor- 
respond au  muscle  carré  des  lombes  et  aux  masses  musculaires 
épaisses  qui  remplissent  les  gouttières  vertébrales  ;  en  dehors , 
cette  poche  est  contiguë  supérieuiemeut  à  la  face  interne  des 
dernières  côtes,  et  à  une  portion  de  la  face  inférieure  du  foie. 
Ces  dispositions  conniies  : 

i"  Premier  procédé  {incision).  —  \J incision  est  de  tous  les 
procédés  opératoires  celui  qui  me  paraît  applicable  au  plus 
giand  nombre  de  cas» 

Je  Suppose  d'abord  le  caâ  le  plus  diflicile  et  le  plus  rare,  celui 
dans  lequel  on  est  déterminé  à  ouvrir  une  poche  rénale ,  sans 
abcès  en  arrière  du  rein.  Le  malade  étant  couché  hoiùzontale- 
nient  sur  le  côté  soin,  le  tronc  étant  légèrement  arqué  de  manière 
à  faire  saillir  la  région  lombaire,  le  chirurgien,  après  s'être  assuré 
}>ar  la  percussion  de  la  dimension  et  des  rapports  de  la  tumeur, 
qu'un  aide  fait  saillir  en  arrière  en  la  comprimant  avec  la  main 
par  sa  face  antérieiu'e,  pratique  de  haut  en  bas  une  incision, 
à  trois  lignes  du  bord  èxlerne  de  la  masse  sacro-lombaire,  et 
parallèlement  à  la  colonne  vertébrale.  Cette  première  incision, 
commencée  près  du  bord  intérieur  de  la  dernière  côte, doit  être 
prolongée  jusqu'au  rebord  do  la  ctête  de  l'os  des  îles  et  n'inté- 
fcseer  que  la  peftit  et  le  tissu  cellulaire  sous-cutané.  A  l'aide 
d'autres  incisions  successives,  on  approche  de  plus  enpliis  do 
la  tumeur  rénale,  et  on  porte,  de  temps  à  antre,  le  doigt  au 
f&nd  de  là  plaie  pour  recônftaîll-e  si  la  {luctualion  n'est  pas 
plus  sensible  dans  un  point  que  dans  un  a«tre.  Ce  point  re- 
connu j  01)  y  plonge  l'instrument  et  on  débride,  à  l'aide  d'un 
blstotin  boulonné ,  avant  que  le  pus  ne  se  soit  écoulé.  Puisj  à 


PYÉLiTE  cALCULEUSE  [iraitement).  55 

l'aide  d'un  slylet  mousse  ou  d'une  sonde  de  femme ,  on  cUerclie 
à  reconnaître  si  on  a  réellement  pénéti'é  dans  les  calices  et  le 
bassinet  dilatés,  ou  si  on  n'est  parvenu  que  dans  un  abcès  situé 
entre  le  rein  et  le  muscle  carré  des  lombes  et  dont  ou  n'aurait 
pas  soupçonné  l'existence.  Dans  cette  exploration^  le  chirurgien 
doit  agir  avec  beaucoup  de  prudence.  J'ai  vu  la  déchirure  d'une 
bride,  ou  plutôt  d'un  vaisseau,  opérée  par  le  doigt  du  cbirur- 
gien,  être  suivie  d'une  hémorrhagie  considérable. 

Si  le  doigt  indicateur  d'une  des  mains,  porté  au  fond  delà 
plaie,  tandis  que  l'autre  main  est  appliquée  sur  la  face  anté- 
rieure de  la  tumeur  ,  sent  de  la  fluctuation  dans  une  véritable 
tumeur  interposée  entre  les  deux  mains,  il  est  évident  qu'on  n'a 
pénétré  que  dans  un  abcès  extra-rénal  et  non  dans  la  cavité  de 
la  pocbe  rénale  elle-même.  Alors,  après  avoir  abstergésoigneuse- 
mentle  fond  de  la  plaie,  il  faut  porter  de  nouvcaulebistouri  sur  la 
tumeur  et  pénétrer  dans  l'intérieur  des  calices  ou  du  bassinet, 
par  une  ouverture  assez  large  pour  pouvoir  procéder  à  la  rei- 
cherehe  du  calcul ,  et  pour  donner  une  libre  issue  au  pus. 

Ce  qui  importe  le  plus  en  de  tels  cas  ,  est  de  fournir  une 
large  issue  au  pus  qui  distend  le  bassinet  et  les  calices.  Ce  ré- 
sultat obtenu,  je  conseille  de  ne  point  fatiguer  les  malades  par 
des  explorations  douloureuses  ,  prolongées  dans  l'espérance  de 
rencontrer  et  de  pouvoir  extraire  un  ou  plusieurs  calculs.  Leur 
situation  dans  l'ui-elère,  dans  le  gowlot  du  bassinet  ou  dans  un 
calice  éloigné  de  l'ouverture  pratiquée  à  la  tumeur  rénale,  peut 
empêcher  de  les  découvrir;  et,  fût-on  d'ailleurs  assez  heureux 
pour  que  l'instrument,  en  divisant  le  rein,  tombât  sur  une  des 
branches  du  calcul  (ils  sont  souvent  rameux) ,  son  extraction 
serait  difficile  ou  même  impossible  après  une  exploration  dou- 
loureuse. Mieux  vaut  retarder  de  plusieurs  jours  les  tentatives 
de  broiement  ou  d'extraction  du  calcul.  Ce  qui  importe,  c'est 
d'entreteair  par  un  pansement  convenable  une  large  fistule , 
qui  permette  plue  tard  la  sortie  ou  l'extraction  des  coi'ps  étran- 
gers contenus  dans  le  rein. 

Lorsque  le  pus  fait  saillie  à  la  région  lombaire,  presque  sou» 
la  peau,  l'opération  offre,  au  premier  abord^moins  de  difficulté». 
Lorsqu'il  y  a  évidemment  un  abcès  extra-rénal,  consécutif  à 


56         PYÉUTE  CALCDLEUSE  {tTailemenl). 

une  pyélite  calculeuse  ou  à  une  fistule  rénale,  l'instrument  peut 
être  plongé,  dès  le  premier  temps,  dans  le  foyer.  On  agrandit 
ensuite  l'ouverture  à  l'aide  d'un  bistouri  boulonné.  Le  plus 
souvent,  après  la  sortie  d'une  grande  quantité  de  pus  très 
fétide,  le  flanc  s'affaisse,  et  le  doigt,  porté  au  fond  de  laplaie ,  ne 
rencontre  pas  de  tumeur  formée  par  le  rein ,  qui  s'est  vidé  par 
une  ouverture  fisluleusc,  ou  qui  n'entre  que  pour  une  faible  part 
dans  le  volume  de  la  tumeur  ;  volume  dû  en  très  grande  partie  à 
l'abcès  extra-rénal.  Dans  ce  cas ,  il  est  inutile  de  procéder  lon- 
guement à  l'exploration  du  rein  ou  à  la  recherche  du  calcul  ;  il 
serait  dangereux  de  plonger  au  hasard  le  bistouri  dans  un  rein 
afl'aissé  ou  applati  ;  mais  pour  cela  toutes  les  chances  de  succès 
et  de  guérison  ne  sont  pas  perdues.  Plus  tard ,  le  rein  peut  se 
gonfler  au  fond  du  foyer;  le  calcul  peut  se  rapprocher  du  fond 
de  l'abcès  extra-rénal,  et  son  extraction  peut  être  opérée  à  tra- 
vers l'ouverture  primitive,  ou  à  l'aide  de  nouvelles  incisions, 
comme  dans  un  cas  rapporté  par  Lafitte. 

Si,  à  la  suite  d'une  pyéiitc  calculeuse  et  d'une  fistule  rénale 
borgne  ,  il  se  forme  une  collection  purulente  très  considérable 
aux  lombes  ,  et  si  le  pus  fuse  derrière  le  péritoine  et  vient  faire 
saillie  au  pli  de  l'aine,  il  faut  se  borner  à  ouvrir  l'abcès  au- 
dessus  de  l'arcade  crurale  par  une  incision  parallèle  au  pli  de 
l'aine  et  en  coupant  successivement,  et  couche  par  couche,  les 
divers  tissus  situés  au-devant  de  l'abcès. 

En  de  tels  cas,  les  malades  succombent  presque  toujours 
aux  progrès  de  la  suppuration  et  de  la  fièvre  hectique. 

Les  tumeurs  formées  par  le  bassinet  et  le  rein  que  du  pus 
distend ,  ne  doivent  jamais  être  attaquées  par  leur  partie  anté- 
rieure ;  ce  serait  s'exposer  à  pénétrer  dans  la  cavité  du  péri- 
toine ou  dans  celle  de  l'intestin. 

Deuxième  procédé  [incision  ttjmnction).  On  a  conseillé  de 
ne  recourir  à  l'incision  que  pour  arriver  aussi  près  que  possi- 
ble du  foyer  de  l'abcès  rénal  ou  extra-rénal  ;  de  né  donner  à 
l'incision  qu'un  pouce  et  demi  de  longueur;  d'enfoncer  un 
trois-quarts  dans  la  plaie,  jusqu'à  ce  qu'on  n'éprouve  plus  de 
résistance  sous  la  pointe  de  l'instrument  ;  de  retirer  ensuite 
le  trois-quart  et  de  laisser  écouler  le  pus  par  la  canule.  On  a 


PYÉLiïE  cALCULEusE  {traitement).  57 

ajouté  que,  si  la  collection  purulente  était  très-voisine  delà 
peau,  on  pourrait,  après  avoir  retiré  la  canule,  élargir  la  plaie 
avec  le  bistouri,  mais  qu'il  était  préférable  de  laisser  la  canule 
ou  de  la  remplacer  par  une  sonde  en  gomme  élastique,  si  l'abcès 
était  profond  et  si  on  n'avait  pas  la  certitude  que  le  rein  eût 
contracté  des  adhérences  avec  les  parties  voisines.  Enfin, 
M.  Howship  a  proposé  de  pourvoir  le  stylet  du  trois-quarts 
d'une  rigole  qui,  donnant  passage  au  pus,  lorsque  l'instru- 
ment aurait  pénétré  dans  le  foyer,  indiquerait  à  l'opérateur  le 
moment  où  il  devrait  le  retirer. 

Ce  procédé,  moins  sûr  que  celui  qui  consiste  en  une  incision 
méthodique  des  parois  de  la  tumeur,  a  l'inconvénient  de  ne 
permettre  qu'une  exploration  difficile  el  incomplète  du  foyer 
et  de  la  poche  rénale. 

Troisième  procédé  (  cautérisation  et  incision).  Ce  procédé  a 
été  appliqué  dans  des  cas  oii  les  malades  s'étaient  refusés  à 
l'emploi  de  l'instrument  tranchant,  et  dans  d'autres  cas  où  les 
abcès  rénaux  et  extra-rénaux  faisaient  saillie  à  l'aine  ou  dans 
la  région  iliaque.  Ce  procédé  a  l'avantage  d'opérer  une  certaine 
perte  de  substance  à  la  peau,  de  déterminer  des  adhérences  au 
pourtour  de  l'incision,  circonstance  utile  dans  les  cas  rares  où 
on  est  obligé  d'inciser  des  parties  voisines  de  l'intestin ,  ou  bien 
lorsqu'on  a  la  crainte  de  pénétrer  dans  la  cayrité  du  péritoine. 
Toutefois  cette  crainte  ne  peut  exister  lorsqu'on  pratique  l'inci- 
sion à  la  partie  postérieure  des  lombes.  En  outre,  la  cautérisa- 
tion, lente  dans  ses  effets,  n'est  pas  applicable  lorsque  la  tu- 
meur est  très  douloureuse  et  très  distendue,  ou  lorsqu'il  est  à 
craindre  qu'elle  ne  s'ouvre  bientôt  spontanément  dans  la  cavité 
du  péritoine  ou  dans  une  portion  de  l'intestin,  etc. 

L'incision  est  bien  préférable  dans  d'autres  cas  encore  où 
l'infiltration  du  pus  et  de  l'urine  dans  le  tissu  cellulaire  extra- 
péritonéal  provoque  de  tels  accidens  qu'il  importe  de  donner 
issue  à  ces  liquides  le  plus  promptement  possible. 

§  657.  Qu'on  ait  eu  recours  soit  à  l'incision,  soit  à  la  cautéri- 
sauou,soit  à  ces  deux  moyens  à-la-fois  pour  pénétrer  dans  l'inté- 
rieur d'un  abcès  extra-rénal  ou  dans  le  bassinet  distendu  par  du 
pus  ;  qu'on  ait  ou  non  ex  trait  ou  détruit  un  calcul  j  il  faut  entre- 


58         PYÉLiTB  CALCULEUSE  {traitement). 

tenir  l'ouverture  exléi  ieure  à  l'aide  d'une  mèche,  afin  de  laisser 
un  libre  écoulement  au  pus. 

Si,  lors  de  l'opération,  on  n'a  pu  découvrir  ni  extraire  de 
calcul  ;  si ,  après  avoii'  renouvelé  les  explorations  pendant  plu- 
sieurs semaines ,  on  n'a  pas  été  plus  heureux  dans  les  nouvelles 
recherches;  il  est  bon  d'entretenir  la  fistule  plus  long-temps  en- 
core au  cas  oîi  l'existence  d'un  corps  étranger  dans  le  rein  est 
probable.  On  a  vu  des  calculs  formés  dans  le  bassinet  et  les 
calices  n'être  rejetés  qu'au  bout  de  plusieurs  années  ;  et,  d'un 
autre  côté ,  la  guérison  momentanée  de  semblables  fistules  ré- 
nales a  quelquefois  été  suivie  d'accidens  graves  et  même  de  la 
mort. 

A  cette  occasion ,  je  crois  devoir  rappeler  une  observation 
remarquable  rapportée  par  Roonhuysen.  Après  avoir  extrait 
d'un  abcès  extra  -  rénal  ou  du  rein  droit  une  pierre  assez 
grosse ,  il  conduisit  le  traitement  de  la  plaie  jusqu'à  guérison. 
Le  malade  vécut  en  bonne  santé  pendant  deux  années  entières  j 
mais  au  bout  de  ce  temps,  il  survint  au  même  endroit  des  lom- 
bes une  nouvelle  inflammation.  Ce  chirurgien,  ne  doutant  pas 
qu'elle  n'eût  pour  cause  un  nouveau  corps  étranger,  prit  le 
parti  d'ouvrir  la  cicatrice  et  trouva  efi'ectivemenl une  deuxième 
pien'e,  plus  petite  que  la  première.  La  plaie  se  réunit,  et  le 
malade  a  toujours  joui  d'une  parfaite  santé. 

§  658.  En  donnant  le  conseil  d'ouvrir  les  tumeurs  formées 
par  dos  collections  purulentes  dans  la  cavité  du  bassinet  et  des 
calices,  ou  par  des  abcès  secondaires  autour  du  rein,  j'ai  été  sur- 
tout déterminé  par  cette  considération  que  de  semblables  abcès, 
abandonnés  à  eux-mêmes,  sont  presque  constamment  mortels 
s'ils  ne  s'ouvrent  point  spontanément  au-dehors  (Voyez  :  Fis- 
tules lombaires,  RJÉNALiis).  L'opération  en  elle-même  n'offre 
point  de  dangers  immédiats  ;  de  gros  vaisseaux  ne  peuvent  être 
intéressés ,  surtout  lorsqu'il  ne  s'agit  que  d'un  abcès  extra- 
rénal ;  point  d'hémon  hagies  abondantes  à  craindi'e,  au  moins 
dans  la  grande  majorité  des  cas  ;  nul  danger  d'intéresser  le  pé- 
ritoine ou  l'intestin.  Il  n'y  a  réellement  contre  l'opération  que 
les  difficultés  inséparables  de  la  recherclie  des  calculs  rénaux , 
de  leur  broiement  ou  de  leur  extraction  ;  difficultés  qui  peu- 


PYÉLiTE  cALCULEUSE  {traitement).  Sg 

vent  être  ajournées,  l'opéra liou  étant  surtout  motivée  par  la 
nécessité  de  donner  une  issue  au  pus  et  de  prévenir  la  perfo- 
ration dans  le  péritoine  de  l'espèce  de  kjste  formé  par  les  ca- 
lices et  le  bassinet  distendus. 

Aujourd'hui  que  la  sti  ucture  de  semblables  tumeurs  est  bien 
connue ,  que  la  chirurgie  possède  des  instrumens  plus  com- 
modes pour  saisir,  détruire  ou  extraire  les  pierres,  on  ne  doit 
pas  s'arrêter  aux  objections  qu'on  a  faites  contre  la  néphro- 
tomie  d'une  manière  générale.  D'ailleurs ,  on  peut  oppo- 
ser aux  fâcheux  résultats  de  la  méthode  expectante  les  succès 
aussi  remarquables  qu'incontestables  obtenus  par  Gaspard 
Bauhin  (i),  Pouteau(a),  Lafitte  (3;,  Labatle  (4)^  Sauré(5), 
Roonhuysen  (6),  Colot(9),  Ledran  (8) ,  et  d'autres  praticiens. 
Sans  doute,  dans  la  plupart  de  ces  cas,  l'opération  pratiquée 
n'a  pas  été  rigoureusement  une  néphrotomie  ;  dans  plusieurs,  le 
calcul,  extrait  au  moment  de  l'opération,  était  situé  dans  un  abcès 
extra-rénal  j  consécutif  à  une  fistule  du  rein  ;  et  dans  d'autres 
€ft»  l'extraction  du  calcul  n'a  pas  été  faite  au  moment  de  l'o- 
pération, le  chirurgien  s'est  borné  à  pénétrer  dans  l'abcès 
extra-rénal ,  et  il  a  attendu  que  le  calcul  y  fût  entré  spon- 
tanément (à  la  suite  d'une  perforation  opéiée  dans  un  point  de 
la  poche  rénale) ,  pour  en  faire  l'extraction. 

SôSg.Maisonne  doitpoint  songer  à  pratiquer  la  néphrotomie: 


(1)  Une  fille, nco  de  parcns  calculcus,  fat  attaquée  d'une  tumeur  à  la  région 
des  lombes,  à  la  suite  d'une  suppression  totale  d'uriiie.  Un  chirurgien  appliqua 
inutilement,  pendant  deux  mois,  des  cataplasmes  nwturatifs  sur  cette  tumonr, 
espérant  qu'elle  s'abcéderait.  Il  distingua  enfin  un  point  fort  dur  dans  la  tu- 
meur, et  pratiqua  une  incision  par  laquelle  il  fit  l'extraction  de  deux  calculs,  et 
cette  opération  eut  tout  le  succès  possible  (Voyez  :  Scbenck.  Obs.  medic, 
lib.  m,  de  renibus,,  Obs.  vm). 

(2)  Pouteau.  Mélanges  de  cltir.  Lyon,  17C0,  in-8,  p.  456. 
(3j  Lafitte.  Mém.  de  l'Acad.  royale  de  chintr.,  t.  ir,  p.  233. 

(4)  Labatte.  Ibid.,  p.  3.37. 

(5)  Sauré.  Ibid.,^.  236. 

(<>)  Roonhuysen.  Obs.  chirurg.  Extraction  de  deux  pierrcs.l 

(î)  Colot.  Ih:  la  taille,  p.  36  et  40. 

(8)  Ledran.  Obs.  de  chirurg.,  xotti,  ii,ol)S.  J.avi.  p.  87. 


6o  pyi^LlTE  VERMINELSE. 

i"  Lorsqu'on  a  acquis  la  certitude,  par  la  marche  et  le  déve- 
loppement de  la  maladie  ,  que  les  deux  reins  sont  affectés  et 
contiennent  probablement  des  calculs,  pourvu  toutefois  qu'il 
n'existe  pas  d'abcès  extra-rénal,  abcès  dont  l'ouverture  ne  doit 
jamais  être  négligée  ,  ni  même  différée  ; 

a"  Lorsque  le  pus  s'écoule  librement  du  bassinet  dans  l'ure- 
tère, lorsqu'il  n'existe  pas  de  tumeiu-  rénale,  ni  de  craintes 
immédiates  de  perforation  du  rein,  et  surtout  lorsqu'un  état 
satisfaisant  de  la  constitution  permet  de  supposer  que  le  rein 
du  côté  opposé  à  celui  qui  est  affecté,  a  pris  un  surcroît  propor- 
tionnel d'activité; 

3°  Lorsqu'il  existe,  en  même  temps,  des  lésions  incurables  de 
la  vessie  ou  de  la  prostate,  ou  des  lésions  très  graves  d'im  ou  de 
plusieurs  viscères  (Voyez  :  Uistorique). 

Pyélite  vermineuse. 

§  660,  On  trouve  quelquefois  des  slrongles  dans  les  reins  des 
chiens  et  des  loups;  il  est  beaucoup  plus  rare  d'en  rencontrer 
dans  les  reins  de  l'homme  (Voyez:  Strongle,  Atlas,  Pl.  xxix, 
fig.  6  et  7).  Ces  vers  déterminent  une  inflammation  chronique  du 
bassinet  et  quelquefois  une  atrophie  presque  complète  des  sub- 
stances rénales.  Ils  peuvent  être  rendus  pendant  la  vie,  avec  les 
urines,  ou  même,  d'après  quelques  observateurs,  par  une  fistule 
rénale,  lombaire,  consécutive  à  la  dilatation  et  à  la  perforation 
du  bassinet.  D'autres  vers,  tels  que  le  spiroptèrc  (Atlas,  Pl. 
XXVJii,  fig.  7),  peuvent  probablement  aussi  occasioner  une  in- 
flammation chronique  du  bassinet;  mais  ces  cas  sont  excessi- 
vement rares  (Voyez  :  Spiroptères). 

Pyélite  acé^Tialocystique. 

§  66  r .  La  pyélite  acéphalocystique  est  très  rare,  même  compa- 
rativement à  la  rareté  des  kystes  acéphalocystiques  des  reins 
de  l'homme. 

Les  malades  qui  rendent  des  acéphalocystes  avec  les  urines , 
éprouvent ,  lors  du  passage  de  ces  vers  à  travers  l'uretère ,  des 


PYÉLITE  P\Il  RETENTION  d'uAINE.  6i 

douleurs  très  vives  dnns  un  des  reins,  avec  des  élancemens  dans 
la  direction  de  son  conduit  excréteur.  Ces  accidens  disparais- 
sent ordinairement  après  l'expulsion  des  hydatidcs  et  sans  qu'il 
s'établisse  de  sécrétion  purulente.  Cependant  on  a  vu  des  ma- 
lades rendre  des  pellicules  hydatiques  dans  une  urine  trouble 
et  purulente  (Voyez  :  Kystes  acéphalocystiqxjes). 

Pyélite  par  rétention  d'urine. 

5  662.  Non-seulement  des  matières  solides  ,  des  calculs,  des 
vers,desacéplialocystes  peuvent,  par  leur  présence,  ou  en  gênant 
ou  obstruant  le  cours  del'urine  dausle  rein,  enflammerle  bas- 
sinet, mais  l'urine  elle-même,  retenue  et  accumulée  dans  ce 
conduit  par  suite  d'un  rétrécissement  ou  d'une  oblitération 
d'une  partie  des  voies  excrétoires  ,  peut  produire  les  mêmes 
effets  et  les  mêmes  désordres.  Il  est  rare  que,  dans  la  pyélite 
par  simple  rétention  d'urine,  la  membrane  muqueuse  du  bas- 
sinet sécrète  autant  de  pus  que  dans  la  pyélite  calculeuse.  Au 
reste,  dans  les  pyéliles  que  produit  une  rétention  d'urine 
déterminée  par  le  rétrécissement  ou  la  compression  des  ure- 
tères, par  une  tumeur  dans  la  vessie  ,  par  un  rétrécissement  de 
l'urèthre,  etc.,  la  tumeur  acquiert  rarement  des  dimensions 
très  considérables.  Et,  à  supposer  qu'on  prît,  pour  une  pyélite 
calculeuse,  une  pyélite  occasionée  par  une  simple  rétention 
d'urine ,  le  traitement  serait  à-peu-près  le  même  ayant  et 
après  l'ouverture  de  la  tumeur  ;  dans  les  deux  cas ,  il  serait 
indiqué  d'entretenir,  pendant  quelque  temps,  une  fistule  qui 
permît  une  libre  issue  au  pus  et  à  l'urine. 

Py élites  par  dépôts  organiques. 

§  663.  Il  faut  rapprocher  des  pyélites  produites  par  dos  corps 
étrangers,  celles  qui  surviennent  à  la  suite  des  dépôts  de  ma- 
tières tuberculeuse  ,  cancéreuse  ,  etc. ,  dans  les  reins. 

Lorsque  la  tlégénérescence  luhcrculciisc  est  arrivée  au  plus 
haut  degré  dans  ces  organes,  il  se  forme  des  tubercules  dans  la 
membrane  muqueuse  du  bassinet  et  des  calices  et  au-dessous 


62  PY^LITE    SANS  CORPS  KTnA.NGERS. 

d'elle.  Ces  tubercules ,  quelquefois  entourés  d'une  légère  rou- 
geur,  se  ramollissent  et  s'ulcèrent  ;  la  surface  du  bassinet  sé- 
crète un  liquide  séro-purulent  dans  lequel  nagent  de  petits  flo- 
cons blanchâtres,  formés  par  des  parcelles  de  matière  tubercu- 
leuse, détachée  (Voyez  :  Ttjbeiicui,es  des  rkins). 

L'affection  cancéreuse  du  bassinet  ou  de  la  substance  des 
reins  peut,  en  amenant  un  obstacle  au  cours  de  l'urine,  dé- 
terminer une  pyélite  générale  ou  partielle.  L'inflammation  du 
bassinet  est  bien  rarement  occasionnée  par  l'infiltration  de  la 
matière  cancéreuse. 

Pyélites  indépendantes  de  corps  étrangers. 

§  664.  La  plujtarl  des  pyélites  dont  il  nie  reste  à  parler,  sont 
indépendantes  de  la  présence  d'un  corps  étranger  dans  le  bassi- 
net et  les  calices.  Il  en  est(pyélites  traumatiques)(\và  peuventré- 
suller  d'une  plaie  ou  d'une  contusion  dans  la  région  rénale; 
d'autres  inflammations  du  bassinet  sont  dues  à  l'action  des 
cantharides  appliquées  à  la  surface  delà  peau  dénudée,  ou  prises 
intérieurement.  Dans  le  cours  de  la  blennorrhagie  et  surtout 
après  sa  brusque  suppression,  il  survient,  et  moins  rarement 
que  ne  le  pensent  la  plupart  des  praticiens ,  une  inflamma- 
tion légère,  mais  rebelle ,  de  la  membrane  muqueuse  de  la  ves- 
sie; inflammation  qui  desuretères  se  propage  jusqu'au  bassinet 
et  s'accompagne  de  douleurs  rénales. 

J'ai  déjà  indiqué  les  symptômes  et  le  traitement  de  la  pyélo- 
néphrite  traumatique(i5)575).Jen'airienàajouteràcequej'aidéjà 
dit  des  inflammations  du  rein,  des  calices  et  dubassinet  produi- 
tes par  les  cantharides  (§  097).  On  reconnaît  la  pyclile  bktinor- 
rhagique  a  sa.  cause  et  à  son  mode  de  développement  (§4  «4, 4 10); 
elle  doit  être  combattue  dans  sa  première  période  par  l'applica- 
tion des  ventouses  sur  la  région  rénale,  par  les  boissons  mucila- 
gineuses  et  huileuses,  parles  émolliens,  etc.  Dans  la  seconde  pé- 
riode, lorsque  la  sécrétion  du  mucus  est  abondante,  on  emploie 
avec  succès  le  baume  de  copahu  à  la  dose  d'un  ou  de  deux  gros 
dans  les  vingt-quatre  heures.  On  administre  ce  remède  mélange 
avec  la  magnésie,  ou  enveloppé  dans  des  capsules;  toutefois,  son 


PTÉLITE  GA.]N"GR:ÉNEUSE.  €3 

action  est  plus  certaine  lorsque  les  malades  peuvent  le  prendre 
dans  un  peu  d'eau  ou  enveloppé  dans  un  pain  à  chanter.  II  ar- 
rive quelquefois  que  le  baume  de  copahu,  loin  de  diminuer 
la  sécrétion  du  mucus  dans  la  cystite  et  la  pyélite  blennor- 
rhagiques,  semble  au  contraire  l'augmenter;  dans  ce  cas,' 
il  faut  suspendre  l'usage  du  baume  de  copahu  ou  des  autres 
balsamiques  qui  auront  été  employés,  et  les  remplacer  par 
l'eau  de  lin  alternée  avec  la  tisane  A'uva  tirsi.  D'autres  circon- 
stances, telles  que  la  coïncidence  d'une  inflammation  du  gros 
intestin,  peuvent  aussi  s'opposer  à  l'emploi  du  baume  de  co- 
pahu. 

Je  n'ajouterai  plus  qu'une  dernière  remarque  à  l'occasion  de 
ces  pyélites  blennorrhagiques  :  c'est  à  leur  développement  qu'il 
faut  quelquefois  attribuer  la  production  de  calculs  rénaux 
chez  des  individus  qui  ont  eu  successivement  plusieurs  blen- 
norrhagies,  sans  rétention  d'urine. 

5  665.  Il  me  reste  à  parler  de  quelques  autres  espèces  de  pyé- 
lites généralement  beaucoup  plus  graves,  savoir  :  des  pyélites 
hèmorrhagiques ,  pseudo-memhrancits es  et  gangreneuses. 

Pyélite  gangreneuse. 

§666.  La  pyélite  simple ,  la  pyélite  calculeuse,  et  surtout  la 
pyélite  qui  sui-vient  quelquefois  dans  les  résorptions  purulentes 
et  les  affections  gangréneuses,  peuvent  se  terminer  par  hémor- 
rhagie  et  par  gangrène.  Le  bassinet  et  les  parties  conliguës  au 
rein  offrent  un  ramollissement  putrilagineux,  des  flocons  et  des 
filamens  brunâtres,  flottans  comme  un  gazon  quand  on  plonge 
le  rein  sous  l'eau.  Les  parties  affectées  et  le  liquide  urineux 
contenu  dans  le  bassinet  et  les  calices  exhalent  une  odeur 
gangrèneicse ,  caractéristique. 

Lorsque  le  bassinet  est  frappé  de  gangrène  dans  la  pyélite 
calculeuse ,  le  tissu  rénal  lui-même  est  presque  toujours  en- 
flammé; parfois,  il  est  réduit  en  une  sorte  de  putrilage  dans 
quelques  points ,  et  offre  une  ou  plusieurs  perforations  dans 
quelques  autres. 

La  gangrène  du  bassinet  est-elle  la  suite  d'une  distension  j  le 


64  PYÉLITE  GAWGRliNEUSE. 

plus  souvent  la  membrane  muqueuse  de  ce  conduit  a  une  cou- 
leur très  foncée,  analogue  à  celle  qui  résulterait  de  l'imbibition 
de  cette  membrane  par  du  sang  en  putréfaction. 

Dans  d'autres  cas,  on  voit  à  la  surface  interne  du  bassinet  de 
fausses  membranes  d'une  couleur  livide;  au-dessous  de  ces 
fausses  membranes,  la  membrane  muqueuse,  déchiquetée  par 
places,  paraît  rude  quand  on  promène  le  doigt  à  sa  surface; 
sous  l'eau,  elle  offre  de  légers  filamens,  flotlans  comme  un 
gazon.  L'urine  contenue  dans  le  bassinet  exhale  une  odeur 
infecte. 

Dans  la  plupart  des  cas  de  gangrène  du  bassinet  et  du  rein, 
occasionée  par  des  calculs ,  il  y  a  un  obstacle  à-peu-près  com- 
plet au  cours  de  l'urine,  et  1rs  caractères  imporlans  qu'elle 
offrirait  ne  pevivent  être  observés.  Dans  les  cas  même  oii  les 
voies  urinaires  ne  sont  pas  entièrement  obstruées,  le  mélauge 
de  l'urine  provenant  du  rein  malade  avec  l'urine  fournie  par  le 
rein  sain,  rend  moins  frappausics  caractères  de  celle  humeur. 
Toutefois,  Podeiir  gangrèneusc  de  l'urine ,  qu'il  ne  faut  pas 
confondre  avec  l'odeur  ammoniacale,  indique  assez  sûrement 
une  affection  gangréneuse  des  reins,  du  bassinet,  des  uretères 
ou  de  la  vessie  ;  mais  il  n'est  pas  toujours  facile  de  reconnaître 
laquelle  de  ces  parties  est  le  siège  du  mal. 

Dans  la  pyélile  essentiellement  gangreneuse ,  et  qui  survient 
dans  certaines  affections  générales  charbonneuses  ou  chez  les 
femmes  en  couches  par  exemple,  non-seulement  le  bassinet 
d'un  des  reins ,  mais  les  deux  bassinets  sont  fx'appés  de  gan- 
grène, et  les  reins  eux-mêmes  sont  transformés  en  une  masse 
mollasse  qui  se  déchire  avec  la  plus  grande  facilité.  Les  bassi- 
nets, tuméfiés  et  infiltrés  d'une  matière  sanieuse,  comme  toutes 
les  parties  des  reins,  exhalent  une  odeur  infecte  ;  on  n'aperçoit 
pas  de  fausses  membranes,  ni,  le  plus  souvent,  de  véritable 
pus,  dans  les  reins  ni  dans  leurs  conduits  excréteur?.. 

Presque  tous  les  cas  de  pyélile  gangréneuse,  rapportés  dans 
les  auteurs,  ont  été  méconnus  pendant  la  vie.  Toutefois,  quel- 
ques symptômes  pourraient  faire  soupçonner  celte  maladie.  Les 
uns,  tels  que  la  dépression  subite  des  forces,  la  petitesse  du 
pouls,  les  sueurs  froides,  sont  communs  à  toutes  les  affections 


PYÉLTTE  PSEUDO-MEMBRA^NF.USl-.  65 

gangreneuses.  D'un  autre  côté,  on  observe  quelquefois  dans  des 
pyélo-néphrilesou  dans  des  néphrites  doubles,  compliquées  ou 
non  de  cystite  ou  de  rétention  d'urine,  cette  même  dépression  des 
forces,  cette  petitesse  du  pouls,  ces  sueurs  froides,  tous  les 
symptômes  enfin  de  la  gangrène  rénale.  D'autres  symptômes, 
tels  que  la  fétidité  de  l'urine  et  sa  couleur  brune,  sem.blable  au 
jus  de  fumier,  sont  communs  aux  affections  gangreneuses  des 
reins  et  de  la  vessie. 

Quand  la  gangrène  n'occupe  qu'une  petite  étendue  du  rein 
ou  du  bassinet,  la  mort  peut  arriver  sans  être  précédée  des 
symptômes  généraux,  propres  aux  affections  gangréneuses. 

La  pyélo-néphrile  gangreneuse  est  constamment  mortelle  ,  si 
on  excepte  peut  être  les  cas  de  gangrène  partielle  de  la  partie  pos- 
térieure du  rein  produite  par  des  calculs.  Dans  ces  cas,  on  se  hâ- 
tera d'ouvrir  l'abcès  qui  se  formera  inévitablement  auxlombes  ; 
on  soutiendra  les  forces  du  malade  par  des  remèdes  toniques 
et  forlifians,  et  par  des  bouillons  de  viande  de  bœuf.  Si  la 
dépression  des  forces  est  très  grande  et  s'il  survient  des  défail- 
lances, on  donnera,  de  temps  en  temps,  quelques  cuillei'ées 
d'un  vin  vieux.  Les  chlorures  de  soude  ou  de  chaux,  admi- 
nistrés à  l'intérieur,  sont  plus  nuisibles  qu'utiles. 

§  667.  Dans  quelques  inflammations  du  bassinet,  des  calices 
et  de  l'uretère  ,  l'intérieur  de  ces  conduits  et  même  la  face 
interne  de  la  vessie,  se  couvrent  de  fausses  membranes  grisâtres 
oy  noirâtres  et  infiltrées  de  sang  (pyélite  p s eudo  •  membra- 
neuse). Celte  forme  de  la  pyélite,  qui  se  déclare  le  plus  ordi- 
nairement après  l'opération  de  la  taille  et  dans  certaines  réten- 
tions d'urine  produites  par  des  fongus  de  la  vessie  et  des  tu- 
meurs de  la  prostate,  est  extrêmement  grave.  Dès  le  début,  elle 
est  accompagnée  de  symptômes  putrides,  bientôt  suivis  de  stu- 
peur. Ell|>se  distingue  de  la  pyélite  gangréneuse  ,  surtout  par 
une  bien  moins  grande  fétidité  de  l'urine. 

§(508.  A  l'ouverture  du  corps  d'individus  morts  de  pyélite,  on 
trouve  quelquefois  dans  le  bassinet  dilaté,  au  lieu  de  pus  ou  de 
mucus,  un  liquide  sanguinolent,  lie  de  vin ,  mais  sans  odeur 
gangréneuse  (pyélite  hémorrhafjique).  La  surface  interne  du 
III.  5 


66  PYÉLITKS 

bassinet  est  parcourue  par  un  grand  nombre  de  vaisseaux  ou 
parsemée  de  larges  ecchymoses  (Atlas,  Pl.  xv,  fig.  i  ).  La  teinte 
brunâtre  du  liquide  contenu  dans  le  bassinet  est  évidemment 
due  à  du  sang  altéré.  Parfois,  il  n'existe  point  de  caillots  dans 
le  bassinet;  d'autres  fois,  le  sang,  déposé  plus  abondamment, 
est  coagulé,  ou  plus  ou  moins  altéré  et  mélangé  de  pns.  Par  le 
repos,  l'urine  donne  un  sédiment  dont  les  globules  sanguins 
forment  constamment  la  couche  supérieure,  et  les  globules  de 
pus  la  couche  inférieure.  C'est  surtout  par  l'odeur  de  l'urine 
qu'on  distingue  ces  pyélites  hémorrhagiques  despyéliJes  gan- 
gréneuses. 

Observations  particulières. 

§  669.  Ces  observations  sont  destinées  à  établir  plusieurs 
points  de  pratique  qui  n'auraient  pu  être  exposés  convenable- 
ment dans  une  description  générale. 

Je  rapporterai  d'abord  trois  cas  de  pyélite  exempts  de 
complication  et  qui  correspondent  à  trois  formes  bien  dis- 
tinctes de  celte  maladie.  Uu  premier  cas  est  principalement 
caractérisé  par  des  coliques  néphrétiques  et  par  l'excrétion 
d'une  urine  chargée  de  mucus  et  de  sang,  et  tenant  eu  suspen- 
sion des  grains  d'acide  urique.  Les  symptômes  de  la  pyélite 
s'exagéraient  dans  des  crises.  La  cure  n'a  été  que  palliative, 
j'ai  pensé  qu'il  existait,  dans  le  bassinet  ou  dans  l'urelère,  un 
corps  étranger  dont  l'expulsion  ne  pouvait  être  opérée. 

La  seconde  observation  est  un  exemple  de  pyélite  calculeuse 
chronique  double,  terminée  rapidement  parla  mort,  dans  un 
paroxysme  très  aigu.  Enfin  ,  le  troisième  cas  est  uu  exemple  de 
pyélite  chronique,  non  calculeuse,  dans  lequel  le  bassinet  et  le 
rein  droits  étaient  transformés  en  une  vaste  poche  remplie  de 
pus.  M.  Hovfship  pratiqua  la  néphrolomie  ;  à  la  suite  de  l'opéra- 
tion une  grande  quantité  de  pus  fut  évacuée,  ce  qui  n'empê- 
cha pas  la  malade  de  succomber  six  semaines  après  l'opé- 
ration. 

Je  ne  reviendrai  pas  sur  ce  que  j'ai  dit  des  inconvéniens  et 
des  avantages  de  l'expeclation,  dans  les  cas  de  pyélite  calca- 


SANS  COMPLICATIONS.  67 

leuse.  Je  remarquerai,  toutefois,  qu'il  est  impossible  de  songer 
à  pratiquer  la  néphrotomie  dans  les  cas  de  pyélite  calculeuse 
double.  Le  traitement  antiphlogistique  est  le  seul  palliatif 
applicable  ;  et  souvent  il  ne  peut  prévenir  une  terminaison 
prompteraent  funeste  (Obs.  11). 

Obs.  I.  Pyélite  chronique  sans  tumeur  ;  coliques  néphrétiques;  variations 

remarquables  dans  la  composition  des  urines)  urines  alternativement  san- 
guinolentes, chargées  de  mucus  ou  parfaitement  claires);  soulagement  par 
le  repos,  l'ean  de  Contrexeville ,  etc. 

Delacour  (Alexandre) ,  âgé  de  16  ans,  sans  profession  ,  bien 
constitué  et  présentant  les  signes  de  la  santé,  fut  amené,  le  21 
septembre  i835,  à  l'hôpital  de  la  Charité.  On  le  disait  aflecté 
d'une  maladie  des  reins,  depuis  huit  à  dix  ans.  Après  beaucoup 
de  questions,  voici  ce  qu'on  apprit  :  depuis  plusieurs  années  , 
quelquefois  l'urine  avait  présenté  une  couleur  rouge  plus  ou 
moins  foncée,  comme  si  elle  eût  contenu  du  sang;  mais  l'émis- 
sion n'en  avait  jamais  été  douloureuse,  ni  difficile.  Une  douleur 
vive,  revenant  par  intervalles,  s'était  fait  sentir  suivant  le  tra- 
jet de  l'uretère  du  côté  gauche  ;  mais  point  de  douleur  dans  la 
région  de  la  vessie ,  ni  dans  la  région  des  reins.  Pendant  les 
accès,  les  antiphlogistiques  avaient  soulagé  le  malade. 

La  vessie  ne  dépassait  pas  le  pubisj  et  l'hypogastre  n'était  pas 
sensible  à  la  pression  ;  l'exploration  de  la  vessie  par  la  sonde 
ne  fit  point  découvrir  de  calcul.  La  région  des  reins  n'était  ni 
saillante,  ni  bombée  ;  en  palpant  le  flanc,  on  ne  sentait  aucune 
tumeur  j  la  pression  du  ventre  dans  la  direction  de  l'urelère 
gauche  déterminait  de  la  douleur,  surtout  vers  le  milieu  de  son 
trajet.  Le  malade  ayant  les  cuisses  fléchies  ,  il  fut  possible  de 
déprimer  fortement  les  parois  abdominales,  et  on  crut  sentir,  du 
côlé  gauche,  au  niveau  du  détroit  supérieur  du  bassin,  dans  un 
point  rapproché  de  la  colonne  vertébrale,  un  petit  corps  cylin- 
drique as.xez  dur,  du  volmne  d'une  noisette.  On  ne  trouvait  rien 
d'analogue  du  côlé  opposé.  On  recommanda  auraalade  de  re- 
cevoir dans  des  bocaux  séparés  les  diverses  émissions  de  l'urine 
de  la  journée  et  de  la  nuit.  Huit  bocaux  contenaient  trois  livres 
et  demie  d  urine  ;  dans  plusieurs  ou  remarqua  du  mucus  et  un 

5. 


68  PYJ^LITES 

grand  nombre  de  graius  d'acido  urique  {Saignée  du  bras;  cata- 
plasme sur  le  ventre). 

Quelques  jours  après,  on  examina  de  nouveau  toutes  les 
urines  rendues  en  vingt-quatre  heures.  Il  y  en  avait  environ 
sept  livres  et  demie  ,  en  huit  bocaux.  Dans  les  deux  premiers  1 
(urine  rendue  le  matin,  vers  dix  et  onze  heures),  on  voyait  un 
nuage  de  mucus,  semé  de  grains  d'acide  urique.  Par  quelques 
gouttes  d'acide  nitrique,  l'urine  se  troublait j  elle  prenait  une 
couleur  rosée  par  la  chaleur,  sans  s'éclaircir.  li'urine  rougissait 
fortement  le  papier  de  tournesol  [Douze  grains  de  hicarhonalc 
de  soude;  une  livre  d'èmulsion;  tisane  de  chiendent;  dcmi-jwrlion 
d'alimens  ;  tous  les  deux  jours,  bai?i  tiède).  Les  urines  chan  gèrent 
peu  d'aspect.  Parmi  les  huit  ou  dix  bocaiix  d'urine  que  Delacour 
rendait  habituellement  en  vingt-quatre  heures,  il  y  en  avait 
dont  l'urine  était  alcaline  (  probablement  par  le  fait  de  l'action 
du  bicarbonate  de  soude),  et  d'autres  dont  l'urine  était  acide.  En 
examinant,  chaque  jour,  toutes  les  émissions  d'ui'ine,  on  remar- 
qua que,  dans  plusieurs  bocaux,  elle  était  chargée  de  mucus  et 
de  sang,  tandis  que  d'autres  contenaient  une  urine  parfaite- 
ment claire  et  transparente. 

Dans  les  premiers  jours  d'octobre,  et  sans  qu'il  y  eut  aug- 
mentation de  douleur,  toutes  les  émissions  d'urine  furent  char- 
gées d'une  certaine  quantité  de  sang  (Saigtiée  du  bras,  sans 
soulagement  appréciable). 

Le  4  octobre,  l'urine  de  toutes  les  émissions  contient  du 
mucus. 

Le  5,  il  y  a,  non-seulement  du  mucus  dans  l'urine  de  tous  ' 
les  bocaux,  mais  dans  trois  elle  est  brunâtre  comme  si  on  y 
avait  mêlé  une  certaine  quantité  de  sang;  elle  a  tout-à-fait  l'as- 
pect qu'elle  présente  dans  l'hydropisie  aiguë,  à  la  suite  de  la 
scarlatine.  Par  l'action  de  la  chaleur  l'urine  s'éclaircit  d'abord,  i 
mais  par  l'ébullition  elle  donne  uncoagulum.  On  pratique  de 
nouveau  le  cathétérisme  sans  découvrir  de  corps  étranger  dans 
la  vessie. 

Les  jours  suivons,  l'urine  présente  toujours  à-peu-près  les 
mêmes  caractères.  Dans  quelques  bocaux  elle  est  claire,  dnns 
d'autres  trouble,  jaunâtre,  rougeâtre  et  quelquefois  noirâtre. 


SANS  COMPLICATIONS.  69 

comme  sil'ou  y  avait  ajouté  du  sang;  elle  offre  de  nombreux 
globules  sanguins  à  l'inspection  microscopique. 

Le  9,  de  sept  bocaux  d'urine ,  trois  contenaient  de  l'urine 
noire.  Le  i3,  un  bocal  contenait  de  l'urine  sanguinolente,  plu- 
sieurs de  l'acide  urique,  qui  avait  cessé  de  paraître  depuis  plu- 
sieurs jours  (le  malade  prenait  seize  2;a5dz7^es  de  Vichy,  ipar 
jour).  Le  aa  oclobre,  un  des  bocaux  conLenait  une  urine  noi- 
râtre. Le  27,  le  malade  accuse  de  la  douleur  dans  le  trajet  de 
l'uretère.  Le  5  novembre,  un  peu  de  sang  dans  l'urine,  sans 
que  la  douleur  ait  augmenté.  Le  12,  deux  bocaux  d'urine 
noire.  Le  22,  pour  la  première  fois,  tous  les  bocaux  contien- 
nent une  urine  saine.  Le  aS,  le  malade  n'a  pas  souffert,  et  ce- 
pendant l'urine  de  tous  les  bocaux  contient  du  mucus  {Eau  de 
Conirexeville).  Le  aS,  le  malade  a  bu  deux  bouteilles  d'eau  de 
Contrexeville,  de  six  à  huit  heures  du  matin.  L'urine  de  la  veille 
est  chargée  de  mucus  et  de  sang;  elle  était  plus  ou  moins  noi- 
râtre; l'urine,  rendue  depuis  sept  heures  du  malin,  est  inco- 
lore, insipide,  inodore  et  en  tout  semblable  à  de  l'eau;  par  le 
refroidissement  elle  ne  dépose  pas  de  mucus.  Le  26,  trois  bou- 
teilles (Seau  de  Contrexeville  ;  l'urine  rendue  le  26 ,  à  neuf 
heures  du  matin,  trois  heures  après  que  l'eau  de  Contrexeville 
avait  été  prise,  est  incolore,  insipide,  sans  odeur  uriu^use.  Le  27, 
trois  bocaux  contiennent  une  urine  jaunâtre  ;  dans  les  autres, 
elle  paraît  tout-à-fait  aqueuse. Le  28  et  le  29,  à-peu-près  même  état. 

Le  3o  {trois  iouleilles  d'eau  de  Contrexeville),  trois  bocaux 
contiennent  l'urine  de  la  veille,  au  soir,  qui  avait  une  couleur 
citrine;  l'urine  du  matin  est  aqueuse,  insipide  et  inodore. 

Eu  résumé,  habituellement  et  presque  tous  les  jours,  le  ma- 
lade rend  alternativement  des  urines,  dont  les  unes  sont  natu- 
relles et  même  aqueuses,  tandis  que  les  autres  sont  chargées 
de  mucus,  parfois  d'albumine  et  de  globules  sanguins. 

Vers  le  i3  décembre,  pendant  deux  jours,  le  mucus  paraît 
être  remplacé  par  du  pus.  L'urine  ,  rendue  entre  dix  heures  et 
deux  heures  dans  la  journée,  est  presque  toujours  celle  qui  est 
le  plus  aliérée,  même  quand  le  malade  a  pris  de  l'eau  do  Con- 
trexeville;. 

M.  Velpeau  et  M.  Sanson,  qui  se  tiouvait  à  l'hôpital  de  la 


70  PYÉLÏTES 

Charité ,  virent  le  malade  lors  de  son  admission ,  et  ne  recon- 
nurent pas  de  calcul  dans  la  vessie,  qui  était  très  sensible. 

Pendant  son  séjour  à  l'hôpital,  le  malade  a  eu  trois  crises. 
Comme  dans  les  précédentes,  une  douleur  lancinante  le  for- 
çait à  fléchir  fortement  la  jambe  en  marchant;  cette  douleur  était 
accompagnée  d'ardeur  dans  l'émission  de  l'urine.  Dans  les 
crises,  il  y  avait  douleur  à  la  région  des  reins,  surtout  lors- 
qu'on pressait  le  flanc  gauche ,  ou  lorsque  le  poids  du  corps 
portait  sur  celte  partie.  Le  mouvement  que  faisait  le  malade, 
pour  se  mettre  sur  son  séant ,  ne  lui  causait  point  de  douleur, 
mais  un  mouvement  de  rotation  du  tronc  en  déterminait;  dans 
la  marche,  une  vive  douleur  se  faisait  sentir  dans  la  région  du 
rein  gauche. 

Pendant  les  crises,  les  urines  sont  toujours  plus  ou  moins 
sanguinolentes  ,  chargées  de  mucus  en  flocons ,  et  déposent 
de  l'acide  urique.  Le  malade  est  sorti,  le  i*'  février  1 836,  éprou- 
vant encore  de  la  douleur  dans  le  rein  gauche  à  la  pression  et 
pendîiiit  les  mouvemens  de  rotation  du  tronc.  La  proportion  de 
mucus  sanguinolent  dans  l'urine  avait  beaucoup  diminué  j  on 
n'y  trouvait  plus  de  cristaux  d'acide  urique.  L'état  général  du 
malade  s'était  singulièrement  amélioré,  et  il  avait  pris  de  l'em- 
bonpoint ;  sou  teint  était  frais  ;  la  santé  générale  était  parfaite , 
bien  que  la  pyélite  persistât.  A  la  percussion  ,  les  régions  voi- 
sines de  la  rate  et  des  reins  donnaient  un  son  normal,  et  il  n'y 
avait  pas  de  distension  du  rein. 

Obs.  II.  —  Double  pyélite  calculeuse  clicz  une  jeune  femme;  hématurie  au 
début;  plus  lard  urines  purulentes;  vomisscniexis  j  mort  (Oanoe.  Arch. 
gènér,  de  méd.,  t.  xxlx,  p.  l49)' 

Une  jeune  lllle,  âgée  de  23  ans,  fut  admise  à  l'Hôtel-Dieu  le 
12.  janvier  i8a4.  Elle  disait  avoir  éprouvé,  il  y  a  deux  ans  et 
demi,  une  longue  maladie  qui  avait  débuté  par  un  pissement 
de  sang  accompagné  de  douleurs  fixes  et  continues  dans  la  ré- 
gion des  reins.  Peu-à-peu,  les  urines  étaient  devenues  trou- 
bles, épaisses ,  enfin  blanchâtres  et  purulentes.  Elle  les  ren- 
dait fréquemment  et  en  petite  quantité.  Au  bout  de  dix-huit 
mois,  et  après  l'application  d'un  grand  nombre  de  sangsues  à 


SANS  COMPLICATIONS.  7! 

la  région  des  reins,  la  malade  parut  se  rétablir  ;  les  douleurs 
rénales  se  convertirent  en  un  sentimeiit  de  pesanteur  habituel, 
mais  supportable;  toutefois,  les  urines  ne  cessèrent  de  fournir 
un  sédiment  puriforme,  sans  mélange  de  graviers  ni  de  cal- 
culs. Enfin,  il  y  a  trois  semaines,  les  règles  ayant  élc  supprimées 
brusquement  par  l'impression  du  froid,  la  malade  est  tombée 
dans  l'état  que  voici  :  face  altérée,  yeux  caves,  douleurs  répan- 
dues dans  toute  la  cavité  du  ventre,  augmentant  parla  pres- 
sion, mais  se  faisant  sentir  principalement  dans  la  région  des 
lombes j  bouche  amère,  soif,  envies  de  vomir;  urines  blanchâ- 
tres, rendues  avec  peine  et  en  petite  quantité  ;  pouls  fréquent 
{trente  sangsues  à  Vanus ;  tisane  de  chiendent  et  de  réglisse; 
èmulsion,  iv  §  ;  diète).  Les  deux  jours  suivans ,  on  renouvelle 
l'application  des  sangsues  au  nombre  de  vingt  chaque  fois;  les 
douleurs  abdominales  se  calment  et  se  concentrent  dans  la  l'c- 
gion  des  deux  reins,  notamment  à  gauche.  Le  quatrième  jour, 
des  vomisseraensverdâ très,  abondans,  surviennent  tout-à-coupj 
le  pouls  devient  petit  et  faible  ;  la  face  s'altère  profondément; 
les  urines  fournissent  un  dépôt  entièrement  purulent  [bain  de 
siège  ;  cataplasmes  sur  le  vc?itre).  Le  cinquième  jour,  les  vo- 
raissemens  continuent,  le  pouls  s'efface,  les  membres  se  refroi- 
dissent ,  et  la  mort  arrive  le  sixième  jour  au  malin.^ 

Ouverture  du  cadavre  au  bout  de  vingt  quatre  heures.  Léger 
amaigrissement ,  faible  rigidité  cadavérique;  organes  céphali- 
ques  et  pectoraux  exempts  de  toute  altération,  ainsi  que  les  vis- 
cères digestifs.  Reins  environnés  d'un  panicule  graisseux  assez 
épais,  d'un  tiers  environ  plus  volumineux  que  dans  l'état  natu- 
rel, bosselés  à  leur  surface  et  d'une  dureté  insolite,  mais  offrant 
çà  et  là  quelques  points  de  fluctuation.  En  incisant  ces  organes 
parleur  centre,  le  bistouri  a  été  arrêté  mainte  et  mainte  fois 
dans  sa  marche  par  de  nombreux  calculs  nichés  dans  sa  sub- 
stance, et  a  donné  lieu  en  même  temps  à  plusieurs  jets  de  pus 
liquide.  Le  rein  gauche  contenait  neuf  calculs,  et  le  droit  en 
contenait  quinze,  tous  baignés  parla  matière  purulente  dont  il 
vient  d'être  question,  et  enchâssés  dans  des  espèces  de  loges 
tapissées  elles-mêmes  par  une  membrane  muqueuse  d'un  rouge 
foncé.  Ces  loges  n'étaient  autre  chose  que  la  cavité  des  bassi~ 


ni  PYÉLITES 

nets,  des  calices  et  de  leurs  tubes,  ou  mamelons  dilatés  outre 
mesure.  Vouloir  décrire  la  forme  de  tous  ces  calculs,  serait 
chose  impossible ,  tant  cette  forme  était  variée ,  même  pour 
chacun  d'eux.  L'un  ressemblait  à  une  racine  de  historié  par  ses 
contours  irréguliers  ;  celui-ci  avait  une  tète  et  une  extrémité 
pointue  analogues  à  celles  d'un  clou;  un  autre  présentait  des 
embraucheraens  rameux  comme  le  bois  d'un  cerf  j  un  dernier 
enfin  était  tuberculeux  à  la  manière  d'un  choufleur.  Tous 
étaient  contigus  dans  le  même  rein  et  se  joignaient  par  des  fa- 
cettes lisses  et  variables  dans  leur  configuration.  La  plus  re- 
marquable de  ces  espèces  d'articulations  consistait  dans  la 
réception  d'une  tête  arrondie  dans  une  cavité ,  véritable  énar- 
throse  qui  permettait  des  mouvemens  en  tous  sens.  Le  rappro- 
chement de  ces  calculs,  par  leurs  facettes  correspondantes, 
donnait  lieu  à  une  figure  bizarre ,  qui  rappelait  celle  qu'affec- 
tent certains  zoophy  tes  agglomérés  ;  la  couleur  en  était  blanche, 
jaunâtre,  gris  cendré;  plusieurs  couches  entraient  dans  leur 
composition  ;  l'acide  urique  et  le  phosphate  ammoniaco-ma- 
gnésien  paraissaient  en  former  la  base,  si  l'on  en  juge  parle 
simple  aspect  extérieur.  Du  reste,  la  substance  propre  des  reins 
était  dilatée,  amincie,  mais  nullement  altérée;  les  uretères  of- 
fraient une  couleur  marbi'ée  noirâtre,  et  un  épaississement 
contre  nature  de  leur  membrane  interne.  La  vessie  était  pe- 
tite et  racornie;  sa  membrane  muqueuse  épaissie  et  d'un  rouge 
brun  uniforme.  Elle  contenait  une  verrée  environ  de  matière 
épaisse,  purulente  ;  point  de  calcul. 

Obs.  III. —  Pyélite  chronique;  incision  et  ponction  du  rein  ;  mort  (Howship. 
A  praclical  treatUe,  etc.,  of  the  most  important  complaints  thaï  afject  the 
sécrétion  and  excrétion  of  the  mine,  p.  4o,  in-8  ,  London  ,  iSaS). 

En  1794,  je  vis,  dit  M.  Hovfship,  une  jeune  dame  mariée 
depuis  un  an.  Elle  sentait  de  l'irritation  au  col  de  la  vessie 
depuis  cinq  mois,  et  elle  éprouvait  un  fréquent  désir  de  rendre 
l'urine,  qui  déposait  uue  grande  quantité  de  mucus  épais.  Elle 
atlribuaii  cette  affection  à  un  refroidissement  pendant  la  men- 
struation ,  laquelle  avait  cesse  tôut-à-coup  et  n'avait  plus 
repaïu.  La  maladie  dura  six  seiriaines,  malgré  l'emploi  des 


SANS  COMPLICATIONS.  78 

opiacés  et  d'autres  moyens  rationnels.  Ces  premiers  accidens 
cessèrent  alors,  et  il  survint  une  douleur  fixe  dans  le  rein  droit. 
Peu  de  jours  après  ,  il  se  nianilesta,  sur  ce  point,  une  tumeur 
qui  s'accrut  en  s'étendant  vers  la  région  du  foie.  La  tumeur 
grossit  graduellement,  pendant  deux  mois. 

Je  fus  appelé  à  celte  époque ,  et  je  trouvai  dans  la  région  du 
foie  une  large  tumeur,  contenant  évidemment  un  liquide.  Ce 
cas  me  parut  semblable  à  plusieurs  autres  que  j'avais  dt'jà  vus, 
et  dans  lesquels  la  maladie  n'existait  pas  dans  la  partie  oii  les 
premiers  symptômes  s'étaient  manifestés.  Je  crus  que  celte 
dame  n'avait  point  de  maladie  à  la  vessie;  mais  bien  une  dou- 
leur vésicale  symptomatique  d'une  affection  primitive  du  rein 
droit ,  devenu  adhérent  avec  le  foie.  Je  pensai,  quoi  qu'il  y  eût 
du  pus  dans  la  tumeur,  que  la  grande  dureté  des  parties  eu- 
virounaules  rendait  l'expeclalion  préférable,  jusqu'à  ce  que  le 
foyer,  encore  très  profond,  fût  plus  près  de  la  surface;  qu'au 
reste,  dans  quelque  viscère  que  le  pus  fût  renfermé,  l'ouver- 
ture de  l'abcès  était  la  seule  chance  de  guérison  ,  bien  qu'elle 
fût  faible. 

Ên  peu  de  semaines,  le  foyer  parut  plus  superficiel.  Le  chi- 
rurgien ordinaire  me  dit  de  l'ouvrir,  si  je  pensais  que  cela 
fût  utile.  J'incisai  soigneusement  entre  deux  des  çôles  infé- 
rieures sur  la  région  du  foie  (i),  et  je  découvris  une  tumeur 
blanche  et  luisante ,  dans  laquelle  je  plongeai  un  trois-quarts  à 
bydrocèle;  je  tirai  cinq  pintes  et  demie  (?)  d'une  inalière  d'une 
odeur  fétide.  La  malade  vécut  six  semaines  après  l'opération. 
Pour  que  la  matière  fût  convenablement  évacuée  sans  salir 
le  lit,  une  canule  fat  mise  dans  la  plaie,  et  la  tumeur  vidée 
deux  ibis  par  jour.  La  quantité  de  liquide  évacuée  chaque  fois, 
était  de  quatre  onces.  La  malade  s'affaiblit  graduellement  et 
succomba. 

Le  foie  était  sain  ,  mais  des  adhérences  l'unissaient  avec  le 

(1)  Ce  u'est  point  dans  c(;  point  qu'on  pratique  ordinairement  l'indiion 
ou  la  poucliou  du  rein.  M.  Howhliip  fut  sans  doute  conduit  à  agir  «lusi  par 
une  dispositiou  iusolite  de  la  tumeur. 

(2)  La  piutc  ant;laisc  correspond  à  environ  une  demi-pinte  IVauçaise. 


74  PyÉLITES  COMPLIQUIÎES 

rein  droit.  La  vessie  était  aussi  parfaitement  saine.  La  maladie 
était  bornée  au  rein  droit,  qui  était  très  voluniineux  et  ren- 
fermait un  vaste  abcès  dans  lequel  on  avait  pénétré.  Cet  abcès 
avait  d'abord  fourni  cinq  pintes  et  demie,  puis  une  demi-pinte 
par  jour,  pendant  les  quarante-deux  jours  que  la  malade  vécutj 
ce  qui  fait  en  tout  vingt-six  pintes  et  demie,  ou  tieize  quarts. 

$  670.  Rapports  de  la  pyélile  avec  les  autres  maladies  des 

reins. 

Les  inflammations  du  bassinet  et  des  calices  sont  si  souvent 
compliquées  de  l'inflammation  des  substances  rénales  que  la 
pyélo-nèphrile  est,  sans  contredit,  beaucoup  plus  commune 
que  la  pyélite  et  la  népbrite  proprement  dites.  J'ai  rapporté 
de  nombreux  exemples  de  celle  coïncidence,  et,  suivant  que 
dans  un  cas  particulier  les  symptômes  et  les  lésions  apparte- 
naient plus  particulièrement  à  l'une  oul'aulre  de  ces  maladies, 
j'ai  cru  pouvoir  l'y  rattacher  sans  inconvénient. 

De  toutes  les  autres  lésions  rénales,  celle  qui  suit  le  plus  con- 
stamment la  pyélite  ,  c'est  l'atrophie  des  substances  tubu- 
leuse  et  corticale  (Voyez  :  Atrophie  des  bxiks).  Enfin,  à  la  suite 
des  pyélites,  et  le  plus  souvent  à  la  suite  de  la  pyélite  calculeuse, 
le  bassinet,  les  calices  et  les  reins  peuvent  se  perforer  (Voyez  : 
Fistules  hénales),  et  à  la  suite  de  ces  perforations  il  se  forme 
quelquefois  des  abcès  autour  du  rein  (Voyez  :  PerinÉphrite). 

Non  -  seulement  l'inflammation  du  bassinet  et  des  calices 
peut  être  l'occasion  de  nombreux  désordres  dans  le  rein  afifecté, 
mais  elle  peut  déterminer  un  trouble  fonctionnel  ou  organique 
dans  le  rein  du  côté  opposé. 

Ç  671.  Les  exemples  de  jjyé Hte  calculeuse  double  ne  sont  pas 
très  rares  (Obs.  h).  Zangerl(i)  rapporte  qu'une  femmcdeSy  ans, 
qui  s'était  toujours  bien  portée,  maigrissait  depuis  deux  années; 
elle  commença  à  se  plaindre  fréquemment  d'éprouver  dans  le 
rein  gauche  des  douleurs  vives ,  qui  augmentaient  à  chaque 

(i)  Medicinùche  Jahrbucher  des  Oesterràchischen  StaaUs,  B.  X.IT,  H.  i 
S.  104. 


AVJiC  d'autres  maladies  des  reins.  75 

inspiration  profonde.  Cette  femme  portait,  à  la  région  de  U 
rate,  une  tumeur  circonscrite,  douloureuse  au  toucher.  Au 
bout  d'un  an,  la  région  lombaire  droite  devint  également  dou- 
loureuse; les  douleurs  diminuaient  lorsque  l'urine  formait 
un  sédiment  plus  abondant,  cas  dans  lequel  la  tumeur  du  côté 
gauche  s'affaissait.  Après  la  mort,  on  trouva  le  rein  gauche 
presque  aussi  gros  que  la  tête  d'un  enfant  et  tellement  re- 
poussé en  avant,  qu'il  avait  pris  la  place  de  la  rate.  Ce  rein 
représentait  un  grand  sac  contenant  trois  livres  de  pus.  Le  rein 
droit,  doublé  de  volume,  contenait  beaucoup  de  pus  et  17  cal- 
culs enclavés  dans  son  tissu  ;  les  uretères  et  la  vessie  étaient 
sains,  ainsi  que  la  rate  qui  était  refoulée  vers  la  poitrine. 

M.  Thaï  (1)  rapporte  aussi  un  cas  qui  prouve  que,  dans  quel- 
ques cas  de  suppuration  des  deux  bassinets,  la  vie  peut  se 
prolonger  assez  long-temps.  Un  homme  s'était  guéri  lui- 
même  d'une  gonorrhée,  à  l'âge  de  3o  ans,  par  l'usage  du  baume 
de  copahu  à  forte  dose,  et  par  des  injections  dans  l'urèthre.  Un 
an  après,  à  la  suite  d'un  refi'oidissement ,  il  s'aperçut  qu'il  ne 
pouvait  plusuiiner  sans  effoJ  ts,  surtout  après  avoir  pris  des. 
boissons  spiritueuses.  Etant  alors  en  voyage,  il  entra  dans  un 
hôpital,  d'oii  il  sorlil  avec  une  fistule  au  périnée,  qui  se  ferma 
bientôt  d'elle-même.  Quelques  années  après  ,  cet  homme  se 
maria  ;  et,  à  l'âge  de  5i  ans,  époque  à  laquelle  il  mourut,  il  était 
père  de  six  enfaus.  Vers  l'âge  de  41  ans  il  éprouva  de  l'is- 
churie,  et  M.  Thaï  fut  appelé  à  le  soigner  :  il  existait  au  périnée 
une  fistule  urinaire.  On  dilata  le  rétrécissement  de  l'urèthre 
par  des  bougies ,  et  on  introduisit  ensuite  une  sonde  qui  évacua 
une  grande  quantité  d'urine  ammoniacale.  Pendant  plusieurs 
mois,  le  malade  fut  sondé  une  ou  deux  fois  par  jour;  l'urine 
fuiil  par  couler  librement,  et  la  fistule  se  ferma.  Pendant  les 
huit  dernières  années,  l'ischurie  revint  tous  les  printemps.  La 
maladie  commençait  par  do  violens  maux  de  reins,  et  se  ter- 
inmait  par  une  émission  abondante  d'urine  chargée  de  mucus 
et  de  grumeaux,  semblables  à  du  tissu  cellulaire  macéré;  gru- 
meaux, qui  interrompaient  quelquefois  le  cours  de  l'urine, 

(i)  GersoD.  Magasin  der  auslœndUchen LUeialur,  1828,  H.  6,  S.  4C0. 


76  PYÉLITES  COMPLIQUÉES 

rarement  chargée  de  sang.  Le  dernier  accès  fut  des  plus 
violens.  Quelques  mois  après,  il  survint,  au  côté  gauche  des 
lombes,  un  abcès  qui  se  referma  après  la  sortie  d'une  pierre 
grosse  comme  un  haricot.  Six  mois  plus  tard,  le  malade  mou- 
rut d'une  fièvre  violente  ,  avec  délire,  et  douleur  vive  au  côté 
droit  des  lombes.  Les  membranes  de  la  vessie  étaient  un  peu 
épaissies;  le  rein  gauche  était  transformé  en  une  masse  stéato- 
mateuse,  creuse  dans  son  milieu;  l'uretère  était  oblitéré  infé- 
rieureiuent.  Le  rein  droit ,  augmenté  de  volume,  d'un  rouge 
foncé  et  très  ramolli ,  contenait  une  grande  quantité  de  pus 
uriiieux  et  sanguinolent ,  et  plusieurs  fragraens  de  pien-e.  La 
partie  inférieure  de  l'uietère  était  en  partie  bouchée  par  un 
calcul. 

Un  autre  malade,  observé  par  le  même  médecin,  avait  été  , 
pendant  sept  années,  tourmenté  de  dysurie  et  de  douleur  dans 
le  côté  gauche  des  lombes.  A  l'ouverture  du  corps,  on  trouva  le 
rein  droit  plus  gros  qu'à  l'ordinaire,  parsemé  de  taches  d'un 
rouge  brun ,  et  plein  de  pus,  de  sang  et  de  graviers.  Le  rein 
gauche,  atrophié,  contenait  du  pus  d'une  couleur  foncée.  Cha- 
cun des  reins  était  muni  de  deux  uretères  du  volume  du  petit 
doigl,  qui  se  réunissaient  à  quelque  distance  de  la  vessie.  Les 
parois  de  ce  viscère  étaient  épaissies  et  indurées;  on  découvrit 
dans  sa  cavité  un  calcul  du  poids  de  trois  gros. 

§  672.  Dans  des  cas  plus  heureux,  à  la  suite  d'une  pyélite 
calculeuse  d'un  des  reins  ,  celui  du  côté  opposé  non-seulement 
reste  sain,  mais  encore  éprouve  une  vérilahle  hypertrophie  (i) 
avec  augmentation  d'activité  de  sa  fonction.  Dans  de  tels  cas, 
les  malades  ont  parfois  toutes  les  apparences  de  la  santé,  sur- 
tout si  le  rein  ailecté  est  atrophié  et  ne  sécrète  plus  de  pus. 

§  670.  Pour  terminer  ces  remarques  sur  l'association  de  la 
pyélite  avec  d'autres  lésions  rénales  ou  avec  des  lésions  fonclion- 

(i)  EustacLi.  Anat.,  obs.  xvi. —  Bonct.  Scpulcret,  1.3,  scc.22;  obs.  vu. — 
Kouloni.  De  obs.  ined,  et  anal. ,  epist.  8,  n.  14.  —  Morgogui.  De  scdib.  et 
caus.  moiliii.,  epist.  40,  art.  12. —  Duvcrney.  Oliuvres  jiosthaines,  t.  II,  p.  2G0. 
—  Philosopli.  Traiisact.,  t.  xi,i,  XLII,  XLiii.  —  Crosse.  A  treatUc  of  the  for- 
mation, etc.,  of  the  uriuury  calculus ,  iu-4,  lond.  i835,  p.  106, 108. 


AVEC  DES  MALADIES  DES  URETÈRES.  77 

nelles  des  reins,  je  rappellerai  plusieurs  cas  de  gravello  et  d'in- 
flammation du  bassinet  coïncidant  avec  le  diabète.  Baillou  (i) 
en  a  cité  deux  cas  :  l'un  est  celui  d'un  homme  de  5o  ans  sujet  à 
la  néphrite  et  à  la  gravelle,  et  qui  mourut  à  la  suite  d'un  flux 
diabétique,  et  dans  le  rein  gauche  duquel  on  trouva  plusieurs 
calculs  anguleux,  dont  un  fixé  au  commencement  de  l'uretère. 
L'autre  cas  est  celui  d'une  veuve  également  morte  du  diabète  et 
dont  le  rein  gauche,  excessivement  gros,  contenait  un  petit  cal- 
cul (2). 

Un  homme  (3)  atteint,  depuis  quelques  années,  de  violentes 
coliques  périodiques,  et  dont  l'urine  était  chargée  de  sucre, 
fut  pris  de  spasme  de  la  vessie  et  de  fortes  douleurs  dans  l'u- 
rèlhrCj  d'oli  on  retira  un  gravier  d'oxalate  de  chaux.  Chez  un 
autre  malade,  mort  de  diabète  sucré  (4),  l'un  des  reins  avait  à- 
peu-près  le  volume  etla  forme  du  cœur,  et  offrait  trois  cavités, 
dont  deux  contenaient  du  pus  et  la  troisième  renfermait  des 
calculs'. 

J'ai  moi-même  été  plusieurs  fois  appelé  auprès  d'un  malade 
soigné  habituellement  par  M.  le  docteur  Olinet,  et  qui,  après 
avoir  éprouvé  des  attaques  de  goutte,  d'asthme  ,  et  de  coliques 
néphrétiques,  avec  sécrétion  muco-sanguinolenle  du  bassinet, 
fut  ensuite  atteint  de  diabète  sucré  auquel  il  a  succombé  (Yoyez  : 
Diabète). 

Rapports  de  la py élite  avec  les  maladies  des  uretères. 

.  §  674.  Tout  état  morbide  de  l'urèthre,  de  la  prostate  ou  de  la 
vessie,  qui  peut  entraîner  le  développement  de  la  pyélite  ,  agit 
inévitablement  d'abord  sur  les  uretères.  Dans  la  pyélite,  par  re- 
ttntion  d'urine  dans  la  vessie,  la  lésion  la  plus  commune  de 
1  uretère  en  est  l'élargissement ,  qui  presque  toujours  est  iné- 
gal, avec  bosselures  et  rétrécissemens  alternatifs,  et  avec  un 
épaississement  souvent  très  notable  des  parois  de  ce  conduit. 

(r)  Ballonîi  OjJera,  Consilium,  1.  a,  n.  3o. 
{■>)  Ibid. 

(3)  Londnn.Mecl.  Caz.,  nov.  i834. 

(4)  Lefèvrc.  Du.  diabète  sucré,  p.  26. 


78  J»YÉLITES  COMPLIQUÉES 

Dans  d'autres  cas,  c'est  au  contraire  du  bassinet  et  des  calices 
que  le  mal  s'étend  aux  uretères.  Dans  certains  cas  de  jyy élite 
calculetise ,  l'urelère  est  rétréci,  quelquefois  même  oblitéré 
dans  un  point.  Cette  oblitération  est  le  plus  souvent  opérée  par 
le  dépôt  d'une  matière  blanche  organique,  fortement  adhérente 
aux  parois  de  l'uretère,  et  qui  paraît  être  du  pus  solide  ou 
de  fausses  membranes  à  demi  organisées.  Cette  matière  blan- 
che enchevêtre  quelquefois  des  sables  ou  des  graviers.  Au-des- 
sous de  ces  oblitérations  ,  l'uretère,  pendant  un  certain  trajet, 
est  souvent  transformé  en  un  cordon  fibreux.  Plus  souvent  on 
trouve,  dans  un  point  du  trajet  de  ce  conduit,  un  calcul  en- 
clavé, garni  d'aspérités  et  quelquefois  recouvert  d'une  ma- 
tière noire  ou  de  sang  altéré.  Lorsque  le  calcul  est  voisin  du 
bassinet,  le  pus  s'accumule  dans  ce  réservoir,  et  le  rein  est 
remplacé  par  une  grosse  poche  purulente  qui  contient  souvent 
plusieurs  livres  de  liquide. 

Les  reins  atteints  de  pyélite  calculeuse,  sans  calcul  dans  l'u- 
retère, sans  obstruction  ou  oblitération  de  ce  conduit ,  n'offrent 
pas  le  plus  souvent  d'augmentation  notable  de  volume.  Quel- 
quefois même,  ils  sont  d'une  petitesse  remarquable  (A.ti-as,  Pi. 
XII,  fig.  5,  4>  5;  Pl.  xiH)  fig.  Parfois  le  calcul  est  engagé  vers  le 
milieu  de  l'urelère  ;  d'autres  fois  il  est  retenu  à  son  embouchure 
dans  la  vessie  (Atlas,  Pl.  lui,  fig.  2).  Lorsque  l'obstruction 
est  complète  ou  presque  complète ,  la  partie  de  l'uretère  située 
au-dessus  de  l'obstacle,  remplie  par  de  l'urine,  du  pus,  du  sang 
ou  des  graviers,  se  dilate  progressivement,  et  cette  distension, 
quelquefois  énorme,  peut  être  portée  au  point  d'entraîner  la 
déchirure  de  l'uretère  ;  le  rein  a  rarement  alors  le  volume  con- 
sidérable qu'il  acquiert  souvent  lorsque  l'obstacle  se  trouve 
près  du  bassinet. 

La  membrane  interne  de  l'uretère ,  parfois  parcourue  par  des 
vaisseaux  sanguins  variqueux  (Atlas  ,  Pl.  xiii,  fig.  9),  est  sou- 
vent rouge;  parfois  elle  est  couverte  défausses  membranes 
blanchâtres,  ou  d'un  gris-jaunâtre.  Elle  peut  ollrir  aussi  des 
ulcérations  et  des  cicatrices  dans  des  points  occupés  antérieu- 
rement ou  actuellement  par  un  calcul. 

Dans  les  pyélites  gangréneuses,  on  trouve  parfois  la  surface 


AVEC  DES  MALADIFS  DE  l'URÈTHRE.  79 
interne  de  l'uretère,  déchiqueléo,  ramollie,  et  offrant  le3  autres 
caractères  de  la  gangrène. 

Dans  les  pyélites  tuberculeuses ,  la  maladie  s'étend  le  plus 
ordinairement  des  calices  et  du  bassinet  à  l'uretère,  qui  s'in- 
filtre de  matière  tuberculeuse  et  s'enflamme  de  haut  en  bas. 
Enfin  l'inûauimation  suit  la  même  marche  dans  la  pyélite 
produite  par  des  vers,  des  acéphalocysles ,  d«s  caillots  fîbri- 
neux,  etc. 

De  sorte  que,  suivant  que  les  premiers  symptômes  de  la  ma- 
ladie se  sont  plus  ou  moins  nettement  montrés  dans  le  rein 
au-dessus  de  l'origine  de  l'uretère,  ou  bien  dans  les  parties  in- 
férieures des  voies  d'excrétion  de  l'urine,  on  peut  jusqu'à  un 
certain  point  entrevoir  la  nature  et  le  caractère  de  l'inQamma- 
tion  (Voyez  :  Maladies  des  uretères  ). 

§  670.  Rapports  de  la  pyélite  avec  les  maladies  de  Vnrèthre 
et  de  la  prostate. 

J'ai  choisi  l'observation  suivante  ,  entre  beaucoup  d'autres , 
pour  montrer  comment  une  lésion  de  l'urèthre  entraîne  une 
inflammation  de  la  vessie  ;  celle-ci,  une  inflammation  des  deux 
uretères;  celte  intlararaalion,  plusieurs  rétrécissemens  de  ces 
conduits;  et  enfin  ces  rétrécissemens,  une  dilatation'et  une  in- 
flammation chronique  des  bassinets,  avec  formation  de  calculs 
rénaux.  Chez  ce  malade,  le  développement  de  Isi pAihisie pul- 
monaire paraît  aussi  avoir  été  favorisé  par  l'affection  des  voies 
urinaires.Qaantà  la  diminution  de  l'intelligence  et  à  la  faiblesse 
des  membres,  je  n'ai  rien  trouvé,  après  la  mort,  dans  le  cer- 
veau ni  dans  la  moidle  épinière  qui  puisse  m'en  donner  l'ex- 
plication. 

Obs.  IY.  —  Blennorrhngîe;  rétrécissement;  infiltration,  abcès  tirinenx  ; 
cinq  îins  après,  douleurs  à  l'Iiypogastre  et  à  ta  région  des  rein3,  envies 
fréquentes  d'uriner;  urines  alcalines  et  purulentes;  engourdissement 
dans  les  membres  inférieurs;  mort.  —  Lésions  do  l'urèthre;  cystite  chro- 
nique; dilatation  des  uretères;  pyélite calculcuse  chronique. 

Balout,  Éliennc,  homme  de  peine,  «Agé  de  3o  ans,  entra  à 
l'hôpital  delà  Charité  le  ao  mars  i838.  Cet  homme,  très  amai- 


8o  PyÉLlTES  COMPLIQUKBS 

gri ,  el  très  faibln,  a  le  teint  d'une  couleur  jaune-paille.  Ses 
traits  altérés  annoncent  qu'il  a  beaucoup  souffert.  Amaigrisse- 
ment des  membres  et  du  tronc  ;  difficulté  des  mouvemens,  qui 
ne  peuvent  être  exécutés  sans  douleur;  affaiblissement  des  fa- 
cultés intellectuelles,  perte  de  la  mémoire,  et  embarras  de  la 
parole. 

Ce  malade  av^il  beaucoup  de  peine  à  s'exprimer,  et  semblait 
avoir  perdu  le  souvenir  de  tous  les  faits  relatifs  à  sa  maladie; 
ce  ne  fut  que  par  des  questions  pressantes  et  réitérées,  que 
nous  pûmes  obtenir  quelques  détails  incomplets  sur  les  accidens 
qu'il  avait  précédemment  éprouvés.  Il  nous  dit  qu'il  avait  eu 
une  hiennorrhagie ,  il  y  a  dix  ans  ;  qu'elle  avait  guéri  dans  l'es- 
pace de  deux  mois ,  et  qu'elle  avait  été  suivie  d'un  rétrécisse- 
ment cinq  mois  après.  Ce  rétrécissement  fut  traité  par  des 
bougies  et  des  sondes  placées  à  demeure  dans  la  vessie.  Quel- 
ques accidens  assez  graves  compliquèrent  ce  traitement;  il  sur- 
vint une  innitration  urineuse  au  périnée  el  des  abcès,  qui  fu- 
rent ouverts  avec  l'instrument  Irancbant.  Une  des  incisions  ne 
s'est  jamais  complètement  cicatrisée;  elle  a  toujours  fourni 
un  petit  sninlement;  l'urine  s'échappe  en  très  petite  quanlilé 
par  un  orifice  fistuleux  très  étroit.  Le  malade  n'a  pas  éprouvé 
de  rétention  d'urine  depuis  qu'il  a  fait  usage  des  sondes  ;  l'urine 
coule  goutte  à  goutte,  et  avec  difficulté,  depuis  quelques  jours. 

A  diverses  époques,  depuis  la  première  affection  des  voies 
urinaires,  le  malade  a  ressenti  des  douleurs  très  vives  à  la  ves- 
sie et  à  la  région  des  reins.  La  quantité  des  urines  a  diminué 
d'une  manière  notable  ,  surtout  depuis  quatre  mois.  En  même 
temps,  la  fréquence  des  envies  d'uriner  a  augmenté  ,  notam- 
ment dans  le  mois  de  décembre  dernier.  Je  le  traitai  alors 
d'une  cystite  chronique,  par  le  repos,  la  diète  rafraîchissante, 
les  boissons  délayantes  et  l'application  d'un  vésicatoire  à  l'hy- 
pogastre.  Il  fut  soulagé  ,  et  sortit  au  bout  d'un  mois. 

Le  20  mars,  lorsqu'il  se  présenta  de  nouveau  à  l'hôpital ,  il 
était  dans  un  état  de  faiblesse  extrême;  la  peau  avait  une 
teinte  jaune  terreuse;  il  ne  pouvait  exécuter  qu'avec  peine 
quelques  mouvemens  dans  son  lit.  Il  éprouvait  surtout  des 
douleurs  à  la  vessie,  el  il  ressentait  à  chaque  iuslant  des  envies 


AVEC  DES  MALA.DIF.S  DE   LCRi^TITItE.  8  f. 

d'uriner  qu'il  ne  pouvait  satisfaire.  La  vessie  n'était  pas  dis- 
tendue; les  parois  abdominales  étaient  rétractées.  Dans  les 
flancs,  il  y  avait  de  la  douleur  ,  surtout  du  côté  droit  ;  douleur 
qui  augmentait  par  la  pression ,  et  se  propageait  dans  le  testi- 
cule.Le  membre  inférieur  correspondant  était  le  siège  d'un  en- 
gourdissement assez  prononcé.  En  outre ,  point  d'appétit  ;  lan- 
gue un  peu  sèche  et  rouge  sur  ses  bords;  envies  fréquentes  de 
vomir;  assoupissement  presque  continuel;  pouls  lent,  mou  et 
facile  à  déprimer;  peau  sèche;  bruits  du  cœur  réguliers  ;  respi- 
ration obscure  à  la  base  des  deux  poumons;  râle  muqueux  à 
grosses  bulles  au  sommet  du  poumon  droit;  malilé  et  souffle 
caverneux  au  sommet  du  poumon  gauche  {Eait  de  lin  émul- 
sio?inée  ;  bouillon,  soupe,  lait,  le  htiitième  de  la  portion  d'a- 
limens). 

Le  22  ,  les  urines  sont  presque  complètement  supprimées  ; 
celles  de  la  veille  sont  très  épaisses  et  offrent  un  dépôt  abon- 
dant de  pus,  reconnaissable  à  sa  couleur,  à  sa  consistance,  et 
surtout  à  l'inspection  microscopique.  La  vessie  est  peu  volu- 
mineuse j  la  sonde,  qu'on  essaie  d'introduire  pour  explorer  l'u- 
rèthre  et  la  vessie,  est  d'abord  arrêtée  à  la  région  membra- 
neuse; elle  franchit  un  premier  obstacle,  mais  elle  éprouve  de 
nouveau  de  la  résistance  à  la  région  prostatique.  Le  malade 
urine  dans  l'après-midi,  mais  en  très  petite  quantité.  Le  soir, 
on  pénètre  dans  la  vessie.  Il  s'écoule  peu  d'mine  par  la  sonde. 

Le  24  ,  douleurs  plus  vives  à  la  vessie  et  dans  les  reins;  peau 
chaude  et  sèche;  pouls  fréquent  et  dur;  langue  noire  et  aride, 
dévoiement;  le  malade  est  presque  toujours  assoupi  (Tcn- 
iouscs  scarifiées  sur  la  région  des  reins  ;  émulsion;  houillon , 
soupe ,  lait  ). 

Le  25  et  le  26  ,  l'urine  coule  sans  le  secours  de  la  sonde;  elle 
rougit  le  papier  bleu  de  tournesol  et  répand  une  odeur  fétide; 
elle  est  toujours  trouble  et  forme  un  dépôt  abondant,  jaunâtre, 
qui  contient  une  assez  grande  quantité  de  pus.  L'adynamie  se 
prononce  de  plus  en  plus:  décubitus  dorsal;  visage  pâle  et  dé- 
composé; langue  tout-à-fait  sèche  et  couverte  d'un  enduit 
fuhgmeux ;  selles  involontaires;  un  peu  de  délire  {Limonade 


vineuse  ;  vèsicaloire  aux  jambes  ;  diète 
III. 


Sa  PY ÉLITES  COMPLIQUÉES 

Cet  état  persiste  encore  pendant  deux  jours.  Mort  le  29,  à 
deux  heures  de  l'après-midi. 

Aiilopsie  du  cadavre.  —  Appareil  urinairc.  Les  deux  reins 
sont  plongés  dans  une  masse  de  tissu  cellulaire  graisseux, 
induré;  leur  membrane  fibreuse  est  épaissie  et  adhérente  à 
l'enveloppe  cellulo-adipeuse.  Cette  membrane  présente  une  in- 
jection et  une  vascularité  qu'on  n'observe  pas  dans  l'état  sain. 
De  petits  filamens  vasculaires  et  celluleux  l'unissent  intimement 
à  la  substance  corticale.  Cette  substance,  bosselée,  inégale, 
présenle  à  sa  surface  un  grand  nombre  de  petits  mamelons, 
mous,  dépressibles, blancs,  dans  quelques  points,  et  parcourus 
par  dès  vaisseaux  très  déliés  dans  quelques  autres.  A  côté  dé 
ces  saillies,  existent  de  petites  dépressions;  ce  qui  donne  à  là 
surface  ordinairement  lisse  el  unie  des  reins  un  aspect  irrégu- 
licr  et  très  inégal.  Ces  mamelons  offrent  les  nuances  les  plus 
variées,  des  teintes  pâles,  blanches, bleuâtres  6u  rosées,  comme 
lorsque  l'inflammation  attaque  successivement  des  points  isolés 
d'un  même  rein. 

Le  rein  droit  a  à-peu-près  son  volume  ordinaire.  Le  bassinet 
est  dilaté  et  épaissi  ;  sa  membrane  interne ,  d'un  blanc  mat 
sur  quelques  points,  est  rosée,  rouge,  ou  d'une  teinte  ardoisée 
sur  quelques  autres. 'Cette  dernière  teinte  est  la  plus  générale. 
Les  orifices  de  communication  des  calices  dans  le  bassinet  sont 
élargis;  la  plupart  des  mamelons  sont  effacés  ,  et  à  leur  place 
on  trouve  de  petites  loges  remplies  de  pus,  d'urine  altérée,  et 
de  petits  calculs  blancs  et  rugueux.  Quelques  mamelons  seule- 
ment sont  restés  intacts.  La  membrane  interne  des  calices  est 
épaissie  et  injectée  comme  celle  du  bassinet  ;  les  loges  produites 
par  les  calices  dilatés  sont  la  plupart  doublées  par  une  fausse 
membrane  jaune,  plus  ou  moins  épaisse.  L'urine  et  le  pus,  en 
comprimant  les  cônes  de  dedans  en  dehors,  ont  aminci  et 
transformé  le  rein  en  une  coque  membraneuse,  bosselée  à  sa 
surface.  En  pressant  sur  les  bosselures  extérieures,  on  fait  re- 
fluer dans  le  bassinet  la  matière  purulente  que  contiennent  les 
loges;  quelques  portions  du  sommet  du  rein  sont  saines.  Des 
vaisseaux,  d'un  assez  gros  calibre,  se  distribuent  dans  les 
parties  saines  et  malades. 


AVEC  DES  MALADIT^S  DE  l'0RÈ:THRE.  83 

Ces  lésions  anatoraiques  s'observent,  à  de  légères  différences 
près ,  dans  le  rein  gauche ,  qui  est  un  peu  atrophié. 

Au-dessous  des  deux  bassinets ,  les  uretères  offrent  un  ré- 
trécissement. Ce  rétrécissement  est  plus  prononcé  dans  l'ure- 
tère gauche  que  dans  le  droit  qvii  peut  à  peine  recevoir  l'ex- 
trémité renflée  d'un  stylet  ordinaire;  tandis  qu'au  -  dessus 
et  au-dessous  de  cette  coarctation  ,  l'uretère  gauche  dilaté 
peut  recevoir  aisément  l'extrémité  du  doigt  auriculaire.  A  la 
partie  moyenne  du  même  uretère,  il  existe  un  autre  rétrécisse- 
ment, semblable  à  celui  que  je  viens  de  décrire.  Au-dessous  de 
ce  nouveau  rétrécissement,  l'uretère  est  dilaté  jusqu'à  son  em- 
bouchure dans  la  vessie.  Les  parois  des  deux  uretères  sont 
très  épaisses  et  entourées  d'une  couche  cellulo-graisseuse,  très 
dense,  qui  leur  adhère  intimement.  L'ouverture  des  uretères 
dans  la  vessie  est  libre.  Les  parois  de  ce  réservoir  sont  hyper- 
trophiées. Sa  membrane  muqueuse ,  d'une  couleur  brune  ,  ar- 
doisée ou  tout-à-fait  noire  dans  quelques  points,  est  le  siège 
d'une  inflammation  chronique.  La  vessie  offre  un  grand  nombre 
de  petites  loges,  arrondies,  à  goulots  étroits,  circulaires,  cir- 
conscrits par  des  faisceaux  hypertrophiés  de  la  membrane 
charnue;  ces  petites  loges  sont  remplies  de  pus.  Le  trigone  vé- 
sical  est  très  saillant  et  d'une  teinte  noire.  La  prostate  est  un 
peu  volumineuse,  sans  altération  notable  de  son  tissu;  les  parois 
des  vésicules  séminales  sont  épaissies  et  dures  ;  le  vérumonta- 
num  est  très  saillant. 

A  la  partie  moyenne  dé  la  portion  membraneuse  de  l'urèthre, 
on  voit  des  brides  transversales,  blanchâtres  et  dures,  évidem- 
ment très  anciennes,  et  deux  lacunes  énormes.  Ces  lacunes 
peuvent  admettre  aisément  l'extrémité  d'une  algalie  ;  elles 
ont  quatre  lignes  de  longueur  ;  la  sonde  peut  s'engager 
dans  ces  culs-de-sac  (c'est  probablement  ce  qui  arriva  lors  de 
la  première  exploration  de  l'urèthre).  Le  canal  de  l'urèthre 
olTi  e  en  outre  quelques  callosités  et  une  dépression  longitudi- 
nale en  forme  de  gouttière. 

Dans  l'abdomen  tous  les  organes  ,  excepté  les  reins  ,  étaient 
sams.  Il  y  avait,  dans  le  lobe  supérieur  du  poumon  droit, 
quelques  cavernes  tuberculeuses  ;  la  base  du  même  poumon 

6. 


>^4  PYKLIÏES  COMPLIQUÉES 

/itait  le  siège  d'une  inQllration  séro-sanguinolente  el  d'une 
pneumonie  hypostatique.  De  la  sérosité  était  épanchée  dans  la 
plèvre  du  raêrac  côté.  Le  poumon  gauche  ne  conteuaic  que 
quelques  granulations  tuberculeuses  à  l'élat  cru;  le  long  du 
bord  antérieur  et  à  la  face  externe  du  poumon,  on  remarquait 
de  l'emphysème  sous  pleural. 
Le  cœur,  le  cerveau  et  tous  les  autres  organes  étaient  sains. 

.  S  67O.  L'observation  suivante  est  encore  un  exemple  des 
fâcheuses  conséquences  que  peut  avoir  une  simple  blennorrha- 
gie.  L'inflammation  de  l'urèlhre  a  entraîné  celle  de  la  vessie, 
puis  celles  du  bassinet  et  des  reins  qui,  à  leur  tour,  ont  amené 
des  lésions  plus  graves  et  la  mort. 

Ods.V.  —  Bleonorrb.'igie  ;  rélrécissemcnt  de  l'urèllirc  dans  la  portion  prosta- 
tique ;  cystite  et  pyélite  clironique,  aTCC  séerélion  abondante  de  pus  ;  pertes 
séminales;  auaphrodisic;  pluliisic  et  péritonite. 

Fougère,  âgé  de  5î  ans,  lampiste,  entra  à  l'hôpital  de  la 
Charité,  le  iSdécembre  i835. 

Sa  santé  a  été  assez  bonne  jusqu'à  l'âge  de  4^  ans;  il  se 
rappelle  seulement  avoir  eu  un  ictère  à  Ja  suite  d'une  afiec- 
lion  morale.  Il  menait  une  vie  sobre  et  régulière,  mais  il  se  fa- 
tiguait beaucoup.  Les  urines  n'ont  jamais  charié  de  sang,  ni  de 
sables. 

Il  y  a  sept  ans,  il  contracta  une  blennorrhagie,  et  depuis  ce 
temps,  il  a  éprouvé  de  la  dysurie  et  des  dovileurs  autour  des 
reins.  Depuis  sept  ou  huit  mois,  ces  douleurs  ont  augmenté 
ainsi  que  la  difficulté  d'uriner;  l'excrétion  de  l'urine  est  de- 
venue difficile  et  fréquente  (20  émissions  environ  par  jour). 
Celle  dysurie  a  fait  place,  pendant  quelque  temps,  à  une  in- 
côntinence  d'urine  ;  l'urine  était  trouble  et  glaireuse. 

Deux  trailemcns  anti-syphilitiques  {sirop  de  cm'sinierjhaitis 
merciiriels)  ne  furent  d'aucune  utilité.  Huit  jours  avant  son 
entrée  à  l'hôpital,  on  reconnut  un  rétrécissement  de  l'urètbre. 

Depuis  un  an  le  malade  n'a  plus  de  désirs  vénériens,  el  de- 
puis six  mois,  en  allant  à  lu  garderobe,  il  rend  quelquefois 
involontairement  du  sperme. 


AVEC  DES  MALADIES  DE  l'uRÈTHHE.  85 

Aujourd'hui  les  deux  reius  sont  douloureux  à  la  pression , 
surtout  le  droit.  Les  mouveniens  du  tronc,  en  avant,  s'exécu- 
tent sans  douleur;  /nais  il  n'en  est  pas  de  même  des  mouve- 
inens  de  rolation.  Fougère  urine  une  vingtaine  de  fois  en  vingt- 
quatre  heures,  sans  souffrance,  avant  ou  après  l'émission; 
depuis  un  au  il  est  constipé;  le  jet  de  l'urine  est  petit.  L'urine 
est  trouble  comme  l'eau  de  Seine  en  hiver.  L'urine  est  acide 
et  dépose  au  fond  du  vase  une  couche  de  pus  d'un  demi- 
pouce  environ  de  hauteur.  Très  peu  de  douleur  dans  la  région 
de  la  vessie.  Peu  d'appétit  ;  constipation  ;  respiration  en  ap- 
parence naturelle;  point  de  fièvre,  le  soir;  faiblesse  géné- 
rale; amaigrissement;  peu  de  sommeil;  découragement. 

Du  ua  janvier  à  la  fin  de  février,  emploi  des  bougies, eau  de 
Contrexeville  pour  boisson;  deux  cautères  aux  légions  lom- 
baires. Sous  l'influence  de  ce  traitement,  amélioration;  la  sé- 
crétion du  pus  a  diminué  de  moitié,  la  douleur  du  rein  droit 
est  moins  vive,  le  malade  se  sent  notablement  mieux  ;  il  a  repris 
du  courage  et  de  la  gai  té. 

Le  mieux  ne  dura  point;  la  douleur  du  rein  reprit  son  in- 
tensité, la  santé  générale  se  détériora.  Vers  le  i*''  février,  on 
essaya  inutilement  l'emploi  du  copahu  à  la  dose  de  vingt- 
quatre  gouttes. 

Le  i5  mars,  la  douleur  dans  la  région  des  reins  était  vive, 
l'hypogastre  était  un  peu  douloureux;  les  urines,  épaisses,  d'un 
jaune  foncé,  donnaient  un  dépôt  de  pus  abondant;  l'excré- 
tion de  l'urine  était  fréquente  et  difficile;  la  constipation  était 
opiniâtre;  la  faiblesse  était  plus  grande,  la  constitution  plus 
détériorée;  il  était  survenu  de  la  toux  avec  expectoration  assez 
abondante.  M.  le  docteur  Bisson  continua  de  donner  des  soins 
à  ce  malade,  qui  sortit  de  l'hôpital  le  mars.  On  appliqua 
deux  cautères  sur  la  région  de  la  vessie,  et  on  continua  les 
boissons  émollientes  et  diui'étiques.  Les  mines  devinrent  moins 
chargées  de  pus;  mais  le  malade  s'épuisa  et  succomba  à  une 
péritonite  chronique  et  à  une  aflection  tuberculeuse  de»  poU" 
mena. 

h'autopsie  du  cadavro  fut  faite  par  le  docteur  Bisson  et  le 
docteur  lloger;  j'examinai  le»  reins  et  la  vessie. 


86  PYIÉLITES  COMPLIQUÉES 

La  iéte  ne  fut  point  ouverte. 

Poitrine.  Tubercules  crus  dans  tout  le  poumon  droit  j  au 
sommet,  tubercules  ramollis  et  plusieurs  cavernes.  Dégénéres- 
cence tuberculeuse  plus  avancée  encore  dans  le  poumon 
gauche,  dont  le  sommet  est  presque  tout  entier  creusé  de 
cavernes. 

Abdomen.  Pseudo-membranes  dans  la  partie  inférieure  de 
l'abdomen.  Près  de  la  vessie,  les  intestins  sont  unis  par  de 
fausses  membranes  et  des  brides  celluleuses  ;  à-peu-près  deux 
cuillerées  de  pus  dans  la  fosse  iliaque  gauche. 

La  face  externe  du  rein  droit  est  généralement  d'un  rouge 
brun.  L'extrémité  supérieure  est  un  peu  mamelonnée;  à  son 
tiers  supérieur  on  aperçoit  deux  dépressions  d'un  demi-pouce 
d'étendue,  et  d'une  couleur  ardoisée  ;  le  tissu  du  rein  est  dur  et 
résistant.  Les  cônes  sont  un  peu  déprimés  et  n'ont  pas  leur 
disposition  régulière.  La  membrane  interne  du  bassinet  est  fort 
injectée  et  comme  plissée;  il  y  a  du  pus  au  fond  d'un  calice  j 
au  fond  d'un  autre  calice ,  qui  contient  quelques  grains  d'un 
sable  blanc  jaunâtre,  le  mamelon  est  déformé  et  aplati. 

Le  rein  gauche  était  sain;  mais  le  bassinet  et  les  calices 
étaient  enflammés  comme  ceux  du  rein  droit.  L'uretère ,  à  pa- 
rois minces  et  transparentes;  sans  trace  d'inflammation,  était 
gros  comme  une  plume.  Cette  dilatation  était  consécutive  à  la 
rétention  d'urine  occasionée  parle  rétrécissement  de  l'urèthre. 
La  vessie  est  contractée.  Ses  parois  sont  épaissies;  ses  colonnes 
très  prononcées.  Sa  membrane  interne  a  une  teinte  noirâtre 
ardoisée  (cystite  chronique).  La  prostate,  d'un  volume  ordinaire, 
est  légèrement  indurée  et  d'une  teinte  brunâtre,-  le  vérumonta- 
uum  est  très  développé;  de  sa  partie  postérieure, partent  de 
petites  brides  linéaires,  transversales,  qui  rétrécissent  singuliè- 
rement l'urèthre. 

§  677.  Dans  le  cas  suivant,  une  hématurie,  qui  a  semblé  dé- 
pendre d'un  effort,  a  été  un  des  premiers  symptômes  d'une 
pyélo-néphrite  chez  un  vieillard;  et,  chose  remarquable,  cette 
hématurie  a  paru,  jusqu'à  un  certain  point,  alterner  avec  un 
crachement  de  sang,  dont  la  cause  n'a  pu  être  découverte  après 
la  mort.  La  dilatation  des  uretères  a  étâ  évidemment  la  consé- 


AVEC  DES  MALADIES  DE  LA  PROSTATE.  87 

queuce  des  obstacles  que  le  gonflement  de  la  prostate  et  le  mé- 
lange du  sang  et  du  pus  avec  l'urine  apportaient  à  son  émis- 
sion. L'urine  est  devenue  alcaline  dans  les  derniers  temps , 
probablement  à  la  suite  de  l'inflammation  des  substances 
rénales. 

Obs.  VI. —  Urine  sanguinolente,  puis  sanguinolente  et  purulente;  néphrite 
chronique  avec  pyélite;  gonflement' de  la  prostate;  mort. 

Garot  (Claude),  âgé  de  72  ans,  charpentier,  entra  le  la  fé- 
vrier 1840,  à  l'hôpital  de  la  Charité.  Ce  vieillard,  d'une  haute 
taille  et  maigre  ,  a  toujours  joui  d'une  bonne  santé.  11  n'a  pas 
été  vacciné  et  n'a  pas  eu  la  petite-vérole.  A  l'âge  de  ao  ans,  il  a 
été  atteint  d'une  pleurésie  qui  a  duré  un  mois.  Garot  a  servi  à 
l'armée  pendant  onze  ans;  il  s'est  marié  à  l'âge  de  a8  ans;  il 
n'a  jamais  eu  de  maladies  vénériennes.  Cet  homme  n'avait  ja- 
mais éprouvé  d'accident  du  côté  des  voies  urinaires,  lorsque,  le 
5  juin  dernier,  voulant  soulever  une  pièce  de  bois  très  lourde, 
il  sentit  lout-à-coup  une  douleur  vive  dans  la  région  lombaire 
gauche. Pendant  trois  jours  il  continua  cependant  de  travailler, 
et  ses  urines  paraissaient  mélangées  de  sang;  alors  il  a  senti  des 
cuissons  dans  la  verge,  sans  douleur  de  reins  ni  de  vessie. 
Depuis  le  mois  de  juin,  il  a  continué  d'uriner  du  sang,  deux  ou 
trois  fois  par  mois,  et  pendant  deux  ou  trois  jours.  Dans  l'in- 
tervalle de  ces  hématuries,  les  urines  étaient  troubles  et  lais- 
saient déposer  un  sédiment  blanchâtre  au  fond  du  vase  j  depuis 
cinq  mois,  il  éprouve  de  la  difficulté  à  uriner;  il  faut  qu'il 
pousse  pour  rendre  les  urines,  et  quelquefois  elles  sortent  mal- 
gré lui.  Depuis  le  mois  de  juillet,  il  a  été  sujet  à  de  la  toux,  et  a 
craché  un  peu  de  sang.  Pendant  tout  le  mois  de  décembre  der- 
nier l'urine  n'a  pas  été  sanguinolente,  mais  le  malade  a  con- 
stamment craché  le  sang.  Yers  la  fin  du  mois  de  juillet,  Garot 
entra  à  l'Hôtel-Dieu,  oii  il  resta  six  semaines  environ;  dans  le 
courant  du  mois  de  septembre,  il  fut  traité  à  l'hôpital  Necker; 
on  le  sonda  et  on  ne  trouva  pas  de  corps  étranger  dans  la  ves- 
sie; enfin,  dans  le  mois  de  décembre,  il  a  été  traité  pendant  six 
semaines  à  la  Charité. 

Aujourd'hui  ce  malade  est  dans  l'état  suivant  :  décubilus 


88  PYÉLITES  COMPLIQOIÎES 

dorsal,  amaigrissement,  douleurs  dans  la  région  de  la  vessie 
et  dans  la  région  lombaire  gauche  ;  envies  fréquentes  d'uriner; 
émission  difficile  el  douloureuse  des  urines,  qui  sont  sanguino- 
lentes et  laissent  déposer  un  sédiment  purulent  au  fond  du  vase; 
respiration  légèrement  accélérée,  avec  toux,  crach&ls  rouges  , 
sanguinolens  et  spumeux;  râle  muqueux  el  râle  sibilant;  pouls 
fréquent,  large,  développé;  rougeur  de  la  face;  anorexie  {Sai- 
gnée de  deux  palettes;  eau  de  gomme  édiilcorée;  jttlep  ). 

Le  i5,  l'hénioplysie  a  cessé;  crachats  muqueux,  peu  abon- 
dans  ;  la  dysurie  persiste  ;  on  sonde  le  malade  et  on  ne  trouve 
pas  de  calcul;  il  s'écoule  une  petite  quantité  de  sang  après  le 
calhélérisme  (  Tisane  de  gomme;  julep). 

Le  22,  la  fièvre  persiste;  constipation,  émission  fréquente 
d'une  petite  quantité  d'urine  sanguinolente^  avec  dépôt  puru- 
lent abondant  au  fond  du  vase.  L'urine  est  alcaline,  précipite 
par  l'acide  nitrique  et  la  chaleur,  et  pèse  1009  ;  constipation 
(  Même  prcscripHon;  lavement  purgatif). 

Le  28,  l'amaigrissement  fait  des  progrès;  la  fièvre  persiste; 
le  malade  s'alfaiblit,  el  il  accuse  cependant  peu  de  douleurs;  les 
urines  sont  colorées,  rouges;  il  y  a  près  d'un  pouce  de  pus  au 
fond  du  bocal  (  Même  prescription). 

Le  2  mars,  même  état. 

Le  6,  Garot  a  rendu  un  litre  et  demi  environ  d'urine  trouble 
et  opaque,  peu  sanguinolente,  précipitant  par  Pacide  nitrique  et 
par  la  chaleur,  pesant  1006  à  l'aréomètre,  et  donnant  un  dé- 
pôt abondant  de  pus  au  fond  du  vase. 

Le  9,  la  fièvre  persiste,  surtout  le  soir:  grande  faiblesse;  par 
fois  dévoiement;  émission  des  urines  très  fréquente ,  presque 
continuelle  ;  les  urines  sont  opaques,  d'un  jaune  pâle  el  légère- 
ment acides. 

Le  i5,  la  fièvre  persiste  ;  l'hypogaslre  est  tendu  sans  douleur 
vive;  aucune  douleur  dans  la  région  lombaire  gauche;  le  ma- 
lade urine  à  chaque  instant  ;  urine  rouge,  purulente  et  légère- 
ment sanguinolente,  alcaline. 

Le  28,  amaigrissement,  grande  faiblesse  :  urine  donnant  un 
dépôt  de  pus  du  tiers  de  la  colonne  du  liquide. 

Le  6  avril,  ce  malade  est  réduit  au  dernier  étal  de  marasme  ; 


AVEC  DES  MALADIES  !>£  LA  PROSTATE.  8g 

le  pouls  est  petit,  fréquent,  la  langue  sèche;  les  urines,  très 
fétides,  purulentes,  s'écouleut  involontairement,  goutte  à 


goutte. 


Le  2  0,  urines  sanguinolentes,  mêlées  de  pus  et  de  mucosités 
filantes  j  on  sent  à  peine  le  pouls. 

Mort  le  lendemain,  à  quatre  heures  du  matin. 
Autopsie  du  cadavre,  trente  heures  après  la  mort.  —  Crâne. 
Le  cerveau  est  pâle,  anémique  ;  il  suinte  une  assez  grande 
quantité  de  sérosité  de  la  cavité  de  l'arachnoïde  et  de  celle 
des  ventricules. 

Thorax.  Les  lobes  supérieurs  des  deux  poumons  sont  em- 
physémateux; le  poumon  di'oit  adhère  aux  côtes;  le  cœur  est 
sain;  nombreux  points  d'ossification  dans  l'aorte  vers  son  ori- 
gine; les  valvules  sont  saines  et  suffisantes. 

Abdomen.  Le  foie  est  sain  ;  la  rate  est  petite,  peu  consistante; 
l'intestin  ne  présente  pas  de  lésion,  si  ce  n'est  un  peu  de 
rougeur  de  la  membrane  muqueuse  vei's  la  fin  du  gros  in- 
testin. 

Le  rein  droit  adhère  avec  le  colon  ascendant,  qui,  dans  le 
point  correspondant  àl'adhérence,  présente  intérieurement  une 
ulcération.  Le  rein  est  atrophié  la  capsule  fibreuse  est  forte- 
ment adhérente  à  la  substance  corticale,  qui  est  mamelonnée, 
plus  dure  que  dans  l'état  sain,  et  parsemée  de  petits  foyers  de 
pus;  plusieurs  foyers  purulens  dans  les  deux  substances.  Les 
calices  et  surtout  le  bassinet  offrent  une  dilatation  considéra- 
ble; leur  membrane  muqueuse  est  violacée  et  enduite  de  sang 
et  de  pus.  L'uretère  est  considérablement  dilaté  dans  toute  son 
étendue;  sa  membrane  muqueuse  est  rouge  et  violette  comme 
celle  du  bassinet.  Deux  petits  kystes  urineux  à  l'extérieur  du 
rein. 

Le  rein  gauche,  d'un  rouge  intense,  plus  volumineux  que  le 
droit,  offre  une  inflammation  aiguë  des  mieux  caractérisées. 
•  Rougeur  très  vive  des  deux  substances,  nombreux  petits  dépôts 
de  pus,  du  volume  d'une  tête  d'épingle  à  celui  d'un  petit  pois, 
dans  les  deux  substances  ;  dilatation  considérable  du  bassinet, 
dont  la  membrane  interne  est  d'un  rouge  vif.  L'uretère  ,  égale- 
ment dilaté,  est  rouge  et  très  injecté  à  son  orifice  vésical.  La 


90  PYlléLITÈS  COMPLIQUÉES 

capsule  d'enveloppe  du  rein  est  opaque,  légèrement  ramollie  ;  ou 
l'enlève  assez  facilement  par  petites  plaques, 

La  membrane  musculeusede  la  vessie,  notablement  hyper- 
trophiée, offre  des  colonnes  nombreuses  et  saillantes,  présen- 
tant, dans  leurs  intervalles,  des  loges  ou  culs-de-sac.  La  mem- 
brane muqueuse ,  violacée  et  injectée  dans  quelques  points , 
est  baignée  de  pus. 

Les  orifices  des  uretères  dans  la  vessie  sont  libres. 

A  l'orifice  vésical  on  voit  trois  mamelons  saillans,  un  posté- 
rieur et  deux  latéraux;  le  premier  est  évidemment  formé  par 
l'hypertrophie  du  lobe  moyen  de  la  prostate;  il  est  blanc,  ferme, 
résistant:  les  deux  latéraux  sont  moins  fermes  et  cèdent  faci- 
lement au  doigt. 

L'urèthre,  rouge,  injecté,  contient  dans  sa  portion  membra- 
neuse et  près  de  la  fosse  - 'uaviculaire  une  petit  caillot  de 
sang. 

Rapports  de  la  pyélite  avec  les  maladies  de  la  vessie. 

§  678.  La  pyélite  est  souvent  la  conséquence  ou  le  résultat 
final  des  inflammations  de  la  vessie,  des  rétentions  d'urine  dans 
cet  organe,  des  corps  étrangers  dans  son  intérieur,  et  des  ma- 
ladies organiques  qui  en  affectent  les  parois. 

Presque  toutes  ces  maladies  agissent  sur  les  bassinets  ou  sur 
le  rein ,  en  déterminant  supérieurement  une  rétention  d'urine. 
Cependant,  dans  quelques  cas,  il  y  a  évidemment  extension  de 
l'inflammation  de  la  membrane  muqueuse  de  la  vessie  jusqu'au 
bassinet  et  aux  calices,  le  long  des  uretères;  tel  paraît  être  le 
mode  de  développement  de  la  pyélite  blennorrhagique-  Il  eu 
est  de  même  de  certaines  uretérites  pseudo-membraneuses, 
consécutives  à  la  pyélite  calculeuse. 

Parfois,  il  arrive  que  l'affection  de  la  vessie  qui  a  déterminé 
la  pyélite  ,  guérit,  tandis  que  l'affection  du  bassinet  continue  et 
s'aggrave  même  au  point  d'occasioner  la  mort. 

M.  Civiale  (i)  rapporte  qu'un  nommé  Lebaigue,  de  Paris,  âgé 
de  61  ans,  fut  traité  long-temps  pour  un  catarrhe  vésical.  A  la 

(i)  Ciyiale.  Traité  deVaffeciion  calculeuse,  p,  218,  m-8,  Paris,  i838. 


AVEC  DES  MALADIES  DE  LA  VESSIE.  gi 
fin,  on  soupçonna  qu'il  pouvait  avoir  la  pierre,  dont  l'existence 
fat  constatée  par  le  cathétérisme.  Le  malade  recula  devant 
l'opération  de  la  taille,  et,  après  s'être  résigné  pendant  deux  ans 
à  souffrir,  il  vint  consulter  M.  Civiale.  Celui-ci  reconnut  deux 
grosses  pierres  ;  mais,  la  vessie  était  à-peu-près  saine  ,  et  l'urè- 
ihre  permettant  l'introduction  d'un  instrument  volumineux, 
on  pratiqua  la  lilhotritie.  Une  des  pierres  fut  promptement 
saisie,  mais  on  éprouva  quelque  difficulté  à  la  fixer  et  à  l'enta- 
mer. Le  malade  rendit,  avec  l'urine,  un  peu  de  détritus  et  plu- 
sieurs petits  fi-agmens.  Neuf  séances  suffirent  pour  broyer  et 
extraire  les  deux  calculs.  Après  chaque  opéi-ation ,  il  sortit  des 
fragmens  considérables  ;  l'un  d'eux  avait  sept  lignes  de  long  et 
cinq  de  large.  Une  exploration  définitive  fit  reconnaître  que  la 
guérison  était  complète.  Trois  mois  après,  sans  cause  évidente, 
des  douleurs  se  manifestèrent  dan^  l'hypocliondre  droit.  Pen- 
dant tout  le  temps  qui  s'était  écoulé  depuis  l'opération  jus- 
qu'alors, le  malade  avait  joui  d'une  bonne  santé.  Les  douleurs 
furent  d'abord  attribuées  à  une  colique  néphrétique;  elles  con- 
tinuèreiit  et  firent  ensuite  croire  à  l'existence  d'une  affection 
plus  grave.  Les  moyens  de  tout  genre  qui  furent  employés,  ne 
produisirent  aucun  résultat  avantageux  ;  le  malade  mourut. 
L'ouverture  du  corps  fit  voir  que  le  rein  droit  était  désorganisé 
par  la  suppuration,  qui  formait  un  dépôt  étendu  jusqu'à  l'ar- 
cade crurale,  et  contenant  une  pinte  et  demie  de  liquide;  le 
rein  gauche  était  à-peu-près  sain  ;  la  vessie,  peu  spacieuse,  n'of- 
frait aucune  altération  ,  et  ne  renfermait  aucun  débris  de 
pierre. 

■  §  67g.  D'un  autre  côté,  mais  bien  plus  rarement,  l'extension 
de  l'inflammation  du  bassinet  aux  uretères  et  des  uretères  à  la 
vessie  est  la  cause  de  certaines  cystites.  Cela  ne  peut  être  ré- 
voqué en  doute  pour  certaines  pyélites  tuberculeuses  et  pour 
un  certain  nombre  depyéliles  et  d'uretérites  pseudo-membra- 
neuses ,  dans  lesquelles  l'affection  de  la  vessie  n'est  survenue 
que  dans  les  derniers  temps  de  la  maladie. 

Une  cause  très  commune  de  l'extension  de  l'inflammation  du 
bassinet  à  la  vessie ,  c'est  le  passage,  dans  ce  réservoir,  de  gra- 
viers formés  dans  le  rein.  Ces  corps  étrangers,  api-ès  avoir 


9^  PyÉLlTJ'S  COMPLIQUÉES 

excilé  des  douleurs  aiguës  et  les  symptômes  d'une  pjélile , 
prennent  plus  de  volume,  déleriiiineul  dans  la  vessie  une  irri- 
tation, d'abord  intermittente, puis  continue,  et  enfin  une  véri- 
ritable  inflammation  avec  sécrétion  muqueuse  et  purulente, 
qui  ,  plus  tard,  réagit  puissamment  et  d'une  manière  très 
fâcheuse  sur  l'affection  primitive. 

La  cystite  survient  aussi  quelquefois  après  le  passage  des 
acéphalocystes  des  uretères  dans  la  vessie. 

J'ai  rapporté  ailleurs  (i)  un  cas  dans  lequel  un  morceau  de 
drap, de  trois  quarts  de  pouce,  paraît  avoir  pénélré  danslebassi- 
net,  s'y  être  encroûté  d'une  matière  saline  et  avoir  passé  dans  la 
vessie  ,  d'oii  il  a  été  expulsé  après  de  longs  et  pénibles  efforts. 

Il  n'est  pas  douteux  non  plus  que  d^ pus,  sécrété  dans  l'inté- 
rieur du  bassinet,  ou  qu'une  grande  quantité  de  mucus  ou  de 
matière  tuberculeuse,  versée  habituellement  dans  la  vessie , 
ne  l'irrite  et  ne  finisse  par  y  exciter  de  l'inQammation. 
M.  Hovvship  (a)  rapporte  un  cas  remarquable  d'excoriations 
nombreuses  de  la  membrane  muqueuse  de  la  vessie  consécu- 
tives à  une  affection  des  reins  et  des  uretères;  l'urine  était 
troublée  par  un  nuage  muqueux. 

L'urine  neutre  ou  alcaline,  sécrétée  par  les  reins  atteints  de 
pyélo-néphrite ,  paraît  même  irriter  quelquefois  la  vessie  et 
provoquer  des  émissions  fréquentes. 

§  680. Les  inflammations  de  la  vessie,  étant  souvent  beaucoup 
plus  douloureuses  que  celles  du  bassinet  et  des  calices,  peuvent 
obscurcirles  symptômes  de  ces  dernières,  au  point  qu'ils  passent 
tout-à  fait  inaperçus.  Aussi  arrive  t-il  assez  fréquemment  qu'on 
découvre  après  la  mort, chez  des  sujets  qui  n'avaient  été  traités 
que  pour  une  cystite  simple  ou  calculeuse ,  que  les  reins  sont 
en  suppuration  ou  contiennent  des  calculs. 

g  68 1 .  Dans  la  pyélite  calculeuse,  la  vessie  peut  être  le  siège  de 
douleurs  sympathiques  assez  vives,  sans  lésions  matérielles  ap- 
préciables. Morgagui  (3)  parle  d'un  homme  qui  était  considéré 

(i)  Tonjo  I,  p.  a66. 

(a)  Uow&hip,  lue,  cit.,  p,  44. 

(3)  Morgagui.  De  sed.  et  caatis  moii,,  epist.  Xiiii  §  4« 


AVEC  IIES  MALADIFS  DE  LA  VESSIE.  C)3 

par  plusieiirs  médecins  instruits  comme  étant  atteint  d'une  ma- 
ladie de  la  vessie  ,  et  chez  lequel  on  trouva  ,  après  la  mort ,  la 
vessie  parfaitement  sa'ne  et  les  reins  remplis  de  calculs  volu- 
mineux et  ramifiés.  Morgagni  (i)  cite  aussi  une  observation 
d'Harder,  rappelée  par  Bonet  (2),  nt  dans  laquelle  il  s'agit  d'un 
enfant  de  trois  ans  ,  paraplégique,  atteint  de  convulsions,  et 
qui  indiquait  par  des  gestes  une  douleur  des  plus  vives  en  uri- 
nant, sans  avoir  jamais  accusé  de  douleurs  rénales  (au  moins, 
Morgagni  le  présume).  Après  la  mort,  on  reconnut  que  la  vessie 
était  saine  ;  mais  on  pouvait  exprimer  des  mamelons  une 
grande  quantité  de  sable,  et,  au  commencement  de  l'uretère,  il 
y  avait  un  calcul  oHong,  pointu  ,  d'une  grande  dureté,  et  très 
adhérent  aux  parois  de  ce  conduit.  Lowdell  (3)  a  rapporté  le  cas 
d'une  femme  de  22  ans  qui  souffrait  dans  la  région  de  la  vessie 
et  qui  ne  s'étailjamais  plainte  de  douleurs  dans  les  reins.  Les  ca- 
lices des  àexxx  reins  contenaient  des  calculs  volumineux  et  très 
irréguliers.  Enfin,  M.  Howship  (4^  cite  un  cas  de  douleur  «m  col 
de  la  vessie,  avec  envies  fréquentes  d'uriner  et  excrétion  d'un 
mucus. épais  dans  l'urine.  A  l'autopsie  du  cadavre,  on  trouva  la 
vessie  parfaitement  saine  j  le  rein  droit,  qui  avait  été  aussi  le 
siège  des  douleurs,  était  transformé  en  poche  purulente. 

Ces  faits  sont  nires,  mais  ce  qui  l'est  beaucoup  moins,  c'est 
de  trouver  une  altération  profonde  des  reins  chez  des  individus 
qui  ne  s'étaient  jamais  plaints  de  douleurs  aux  lombes,  et 
qui  en  accusaient  à  la  vessie  plus  ou  moins  enflammée  :  ainsi 
des  médecins  instruits  ,  avant  d'entreprendre  l'opération 
de  la  taille  ou  de  la  lithotritie,  ont  exploré  attentivement 
les  reins,  sans  rien  découvrir  qui  pût  faire  présumer  une  lésion 
de  cet  organe,  et,  l'opération  faite,  il  est  survenu  presque  tout- 
à-coup  un  frisson  glacial,  suivi  d'une  forte  chaleur  et  d'une 
mort  rapide;  et  on  a  trouvé,  non-seulement  du  pus  ou  des  calculs 
dans  le  bassinet,  mais  encore  la  substance  propre  des  reins  en- 

(i)  Morgagni,  ibiJ.,  §  5. 

.fa)  Boact.  Sejjitlcreiuin,  lib,  m,  sect,  xxvti,  obs.  x. 

(3)  Memoirs  oj  the  médical sociely  of  London,  vol,  i,  obs.  24. 

(4)  Howsliip.  Ouvrage  cité,  p.  40. 


9^  py]5lites  compliquées 

flammée  et  en  suppuration. C  es  fyèliles  latentes  ont  été  aussi 
observées  dans  des  cas  de  cancer  ou  d'autres  lésions  organiques 
delà  vessie. 

Ces  faits  expliquent  les  efforts  qu'ont  faits  les  médecins  et  les 
chirurgiens  pour  trouver  des  caractères  particuliers  au  pus  des 
reins  ou  des  bassinets  et  au  pus  de  la  vessie.  Dans  l'inflamma- 
tion chronique  de  la  vessie,  le  plus  souvent  l'urine  laisse  dépo- 
ser un  sédiment  glaireux ,  surtout  lorsqu'elle  est  alcaline  ;  plus 
laremenl,  l'humeur  qu'elle  fournit  est  un  véritable  pus,  non 
glaireux,  et  analogue  à  celui  que  sécrète  le  plus  ordinairement 
le  bassinet  enflammé.  Cependant,  il  arrive  parfois  que  le  sédi- 
ment de  l'urine ,  dans  une  cystite  chronique,  est  composé  en 
grande  partie  de  véritable  pus  facile  à  disséminer  par  l'a- 
gitation dans  le  liquide  qui  surnage;  et  que,  d'un  autre  côté, 
le  bassinet  enflammé  contient  une  matière  muqueuse  épaisse  et 
filante;  toutefois,  la  matière  glaireuse  que  la  membrane  muqueuse 
de  la  vessie  enflammée  sécrète,  examinée  au  microscope,  con- 
tient généralement  moins  de  globules  purulens  que  le  pus  pro- 
venant du  bassinet.  Quelquefois  même,  la  matière  visqueuse 
et  puriforme  provenant  de  la  vessie ,  n'offre  que  très  peu  de 
globules  de  pus  et  paraît  composée,  presque  en  entier,  d'une 
matière  gélatiniforme  amorphe  et  de  lamelles  d'épithélium. 
Enfin ,  la  matière  muco  -  purulente  formée  par  une  pyé- 
lite  chronique,  est  bien  moins  souvent  infiltrée  de  gros  cristaux 
de  phosphate  ammoniaco  magnésien  que  celle  qui  provient  de 
la  membrane  muqueuse  de  la  vessie  atteinte  d'une  inflamma- 
tion chronique. 

Pour  terminer  tout  ce  qui  a  trait  au  diagnostic  différentiel 
des  inflammations  de  la  vessie  et  des  bassinets,  par  l'exa- 
men de  l'humeur  muqueuse  et  purulente  excrétée  avec  l'u- 
rine, j'ajouterai  que  le  sédiment  est  souvent  composé  d'un 
mélange  de  ces  deux  humeurs  (la  coïncidence  des  inflammations 
de  la  vessie  et  du  bassinet  étant  très  fréquente),  et  qu'il  faut, 
dans  un  cas  particulier,  s'enquérir,  non-seulement  ai  le  pus  pro 
vient  du  rein  ou  de  la  vessie,  mais  encore  s'il  ne  provient  pas  de 
ces  deux  organes  ou  d'une  partie  voisine. 

§  682.  Si  la  cystite  survient  quelquefois  après  la  pyélite,soit 


I 


AVEC  DES  MALADIES  DE  LA  VESSIE. 

par  le  fait  de  l'écoulement  du  pus  à  travers  la  vessie ,  soit  autre- 
ment, bien  plus  souvent  l'inflammation  du  bassinet  et  des  ca- 
lices est  consécutive  à  des  inflammations  chroniques  calculeuses 
ou  non  calculeuses  de  la  vessie. 

Les  lésions  organiques  de  ce  viscère  ,  surtout  lorsqu'elles 
entraînent  la  rétention  d'urine  dans  le  bassinet  et  dans  les  ca- 
lices, sont  aussi  des  causes  fréquentes  de  pyélite. 

Presque  toujours  aussi  les  inflammations  des  conduits  excré- 
teurs de  l'urine  sont  suivies  ou  accompagnées  de  l'inflammation 
dessubstances  rénales;  etsouvent  cette  inflammation  se  montre 
dans  l'un  des  reins  à  l'état  aigu ,  et  dans  l'autre  à  l'état  chro- 
nique. 

La  pyélo-néphrite  est  souvent  la  conséquence  de  diverses 
tumeurs  qui  se  développent  dans   l'excavation  du  bassin. 

Obs.  VII. —  Tumeur  cancéreuse  occupant  le  petit  bassin,  envahissant  l'uté'^ 
rus,  les  ovaires  et  le  bas-foad  de  la  vessie;  rétention  d'urine,  et  dilatation 
de  la  vessie,  qui  remonte  jusqu'au  niveau  de  romhilic.  Douleurs  très 
vives  à  l'bypogastre  et  dans  le  rein  gaucbc;  urines  troubles  et  alca- 
lines.—  Masse  cancéreuse  dans  le  petit  bassin;  cystite  et  pyélite  chroni- 
ques; inflammation  aiguë  du  rein  gauche;  inflammation  chronique  du 
rein  droit. 

Jarlat,  âgée  de  6i  ans,  fut  admise  à  l'hôpital  de  la  Charité, 
le  2  novembre  iSSg. 

Cette  femme  est  depuis  long-temps  soulTrante;  depuis  long- 
temps ses  digestions  sont  difficiles  j  elle  éprouve  fréquemment 
des  envies  de  vomir,  surtout  après  le  repas,  et  parfois  tous  les 
aliraens  qu'elle  a  pris  sont  rejetés  par  le  vomissement.  La  peau 
a' une  teinte  jaune-paille;  la  maigreur  est  considérable. 

Cette  femme  accuse  une  douleur  permanente  à  la  région 
hypogastrique,  et  on  remarque,  en  ce  point,  une  tumeur  molle 
qui  remonte  jusqu'à  un  pouce  au-dessous  de  l'ombilic.  La 
partie  saillante  de  la  tumeur  est  molle,  élastique;  en  pressant 
plus  fortement,  on  sent  profondément  des  masses  dures  et 
inégales,  qui  occupent  tout  le  petit  bassin.  Depuis  deux  jours 
lexcrélion  des  urines  est  complètement  supprimée;  quelques 
jours  avant,  Jarlat  ne  pouvait  rendre  que  quelques  gouttes 
d'urme ,  à  chaque  émission,  et  en  souffrait  beaucoup.  ^ 


I 


I 


9^  PYl5UTES  COMPLIQUKFS 

La  pression  n'éveille  aucune  douleur  à  la  région  des  reins. 
Le  toucher  par  le  vagin  fait  reconnaître  des  bosselures  et 
des  indurations.  Le  col  de  la  matrice,  inégal  et  tuméfié,  adhère 
à  la  paroi  antérieure  du  vagin  ;  le  doigt,  appliqué  à  cette  pa- 
roi, éprouve  la  sensation  d'une  tumeur  dure,  occupant  la 
paroi  postérieure  de  la  vessie  et  les  parties  latérales  du  petit 
bassin.  La  sonde,  engagée  avec  force  dans  le  canal  de  l'urè- 
ihrc ,  pénètre  dans  la  vessie  et  donne  issue  à  une  pinte  et  demie 
d'urine  trouble,  d'une  odeur  fortement  ammoniacale,  bleuis- 
sant le  papier  de  tournesol,  rougi  par  un  acide.  Les  garde- 
robes  sont  rares  et  douloureuses.  La  langue  est  rouge  et  un 
peu  sèche;  l'appétit  presque  nul;  parfois  des  éructations.  Les 
douleurs  hypogastriques  se  manifestent  par  élancemens,  sans 
cesser  jamais  complètement,  et  elles  obligent  la  malade  à  res- 
ter constamment  au  lit.  La  peau  est  sèche;  le  pouls  petit,  sans 
fréquence. 

La  malade  resta  à-peu-près  dans  le  même  état  durant  les  pre- 
miers jours  de  son  séjour  à  l'hôpital;  on  la  sonda  deux  fois 
par  jour;  l'urine  était  trouble ,  alcaline  et  très  fétide. 

Le  5,  douleurs  plus  vives  ;  insomnie;  pouls  fréquent  (90  pul- 
sations par  minute);  langue  très  rouge  et  sèche;  appétit  nul; 
soif  assez  vive;  diarrhée;  évacuation  involontaire  de  l'urine. 
La  vessie  est  distendue,  et  la  malade,  qui  redoute  le  cathété- 
risme,  parce  qu'il  est  douloureux,  fait  vainement  des  efforts 
considérables  pour  vider  sa  vessie.  L'urine,  extraite  par  la 
soude,  est  épaisse,  grisâtre  et  très  fétide  {Eau  de  riz  édulcorèe, 
deux  pots;  poUon  gommeuse;  julep,  lis  ;  caihétèrisme  ;  touil- 
lons,  sotij)es). 

Le  9,  altération  des  traits;  douleurs  vives  à  l'hypogastre,  oii 
la  pression  esttiès  douloureuse  ;  insomnie;  perle  de  l'appétit; 
dia rrhée;  vomissemens  après  avoir  pris  du  bouillon.  Les  urines 
coulent  par  regorgement;  la  malade  est  sondée  deux  fois  par 
jour.  Les  membres  abdominaux  sont  engourdis  et  douloureux; 
infdtration  autour  des  malléoles  {Eau  de  ris  èdulcorèc;  potion 
gommeuse;  julep,  lis  ;  cataplasme;  dix  sangsues  à  la  région 
hypogaslriquc  ;  icinUtre  de  cantharides ,  six  gouttes). 

Le  i"?.,  l'amaigrispenient  et  la  pâleur  sont  extrêmes;  évacua- 


AVEC  DES  MALADIFS  DE  LA  VESSIE.  97 

lions  alvines  involontaires;  la  malade  urine  sans  qu'on  la  sonde 
{Memeprescripiion;  dix  sangsues  snr  la  rcyïon  du  rcùi  gauche) 
Le  t5,  étal  slationnaire  depuis  quelques  jours  ;  frissons  irré- 
guliers; envies  do  vomir;  constipation  depuis  deux  jours; 
douleurs  très  vives  dans  les  efiorts  de  défécation  {Limonade 
gazeuse;  julep,  lis;  cataplasme;  injections  de  guimauve;  houzl- 
lonSf  soupes). 

Le  18,  fièvre,  langue  rouge;  pouls  petit,  fréquent;  dou- 
leurs vives  à  riiypogastre  ;  gémissemeus  presque  conti- 
nuels. Le  20,  de  nouveau,  rétention  complète  de  l'urine  (l'u- 
rine extraite  par  la  sonde  est  trouble,  d'un  gris  sale,  alcaline  et 
fétide).  Le  22,  la  malade  s'est  encore  affaiblie;  les  membres  infé- 
rieurs sont  œdématiés;  les  lèvres  sont  fuligineuses;  la  langue 
est  très  rouge  et  sèche  ;  soif  vive  ;  envies  de  vomir  plus  fréquentes 
depuis  deux  jours,  et  hissons  {Dejix  vèsicaloires  aux  cuisses). 

Le  24,  la  diarrhée  a  reparu  après  six  jours  de  constipation  ; 
pouls  très  faible  et  très  fréquent.  Le  2  5,  à  la  visite,  extrémités 
froides;  mort  dans  la  nuit. 

Autopsie  du  cadavre.  —  Abdomen.  En  plusieurs  points,  et 
surtout  au  niveau  de  l'ombilic,  les  anses  intestinales  sont  unies 
par  de  fausses  membranes  molles  et  récentes;  la  vessie,  dis- 
tendue par  de  l'urine ,  est  située  presque  complètement  en 
dehors  du  petit  bassin.  L'excavation  du  bassin  est  remplie  par 
des  masses  d'un  tissu  jaunâtre,  dures,  développées  dans  les  liga- 
mens  de  la  matrice,  autour  des  ovaires,  et  dans  le  tissu  cellu- 
laire extra-péritonéal  ;  de  telle  sorte  que  toutes  ces  parties  ne 
forment  qu'une  masse  avec  le  corps  de  l'utérus  et  le  bas-fond 
de.  la  vessie.  Les  ovaires  sont  altérés  et  transformés  en  kystes 
séreux.  Le  corps  de  l'utérus  ne  présente  pas  de  lésion  extérieu- 
rement; mais  à  sa  face  interne,  au  niveau  du  col,  existe  une 
ulcération  grisâtre  et  superficielle.  La  face  antérieure  de  l'utérus 
adhère  intimement  au  bas -fond  de  la  vessie;  le  tissu  cellulaire 
induré  et  dégénéré  qui  entoure  ces  deux  organes,  présente  divers 
degrés  du  cancer:  ici,  ce  tissu  est  dur,  jaune  et  blanchâtre; 
la,  il  offre  de  l'injection  et  des  stries  rouges,  disséminées  sur 
un  fond  mat.  La  branche  horizontale  du  pubis,  la  symphyse 
et  le  fond  delà  cavité  cotyloïde  ont  aussi  subi  la  transformation 
III,  n 


98  PYÉLITES  COMPLIQUlîES 

cancéreuse;  le  scalpel  pénètre  facilement  le  tissu  de  ces  os  qui 
est  ramolli  et  infiltré  de  matière  cancéreuse.  La  vessie ,  plongée 
au  sein  de  ces  tissus  dégénérés,  est  profondément  altérée  ;  la 
couche  musculeuse  est  hypertrophiée  et  indurée  ;  la  mem- 
brane muqueuse  est  mamelonnée ,  parsemée  d'érosions  grisâ- 
tres. Au  sommet  de  la  vessie ,  la  membrane  muqueuse  est  d'un 
gris-ardoise  uniforme;  vei's  le  col,  elle  a  une  teinte  plus  fon- 
cée ,  presque  noii'e  ;  sur  plusieurs  points^  il  existe  des  exsuda- 
tions pseudo-membraneuses. 

Les  uretères,  comprimés  par  la  tumeur,  ne  présentent  au- 
cune déformation  jusqu'au  niveau  du  détroit  supérieur  du 
bassin;  là,  ils  offrent  une  dilatation  qui  se  prolonge  jusqu'à 
l'infundibulum  ;  les  bassinets  sont  dilatés,  et  les  calices,  dis- 
tendus par  l'urine j  forment  des  loges  séparées,  qui  commu- 
niquent par  de  larges  ouvertures  avec  le  bassinet.  La  mem- 
brane muqueuse  des  uretères ,  du  bassinet  et  des  calices,  est 
épaissie  et  d'un  blanc  laiteux,  comme  dans  les  pyélites  chroni- 
ques. Les  deux  reins  sont  volumineux  et  mous,  grisâtres, 
parsemés  de  plaques  blanches  circonscrites,  et  de  petits  points 
purulens,  isolés  ou  réunis  en  groupes.  Près  de  ces  groupes,  il  y 
a  de  petits  épanchemens  sanguins  du  volume  de  la  tête  d'une 
grosse  épingle.  Dans  les  plaques  blanches,  la  décoloration 
n'est  pas  seulement  répandue  à  la  surface  de  la  substance  cor- 
ticale ,  elle  s'étend  à  toute  son  épaisseur.  Les  mamelons  sont 
affaissés  et  déformés  par  la  pression  qu'exerçait  l'urine.  La  face 
antérieure  du  rein  droit  est  uniformément  anémique  et  dure 
comme  dans  certaines  néphrites  chroniques. 

5  C83.  L'observation  suivante,  recueillie  par  un  de  mes  an- 
ciens élèves,  M.  le  docteur  Bureau,  est  un  exemple  de  pyélite 
calculeuse,  compliquée  d'une  inflammation  chronique  de  la 
vessie,  probablement  consécutive  à.  VaiSeclioii  du  rein.  C'est, 
en  outre,  un  nouvel  exemple  à  ajouter  à  plusieurs  autres  que 
j'ai  rapportés  à'hydropisi'e  consécutive  à  une  lésion  rénale  pro- 
fonde. 


AVEC  DES  MALADIES  DE  LA  VESSIE. 


99 


Obs.  VIII.—  Huit  grossesses;  douleur  daus  le  flanc  droit;  pyélite  calculeuse 
chronique  du  rein  droit;  cystite  chronique;  infiltration  générale;  mort. 

Malurel,  âgée  de  5g  ans,  brodeuse,  d'une  bonne  constitution, 
mère  de  dix  enfans,  réglée  depuis  l'âge  de  i3  ans,  jusqu'à  Sa 
ans,  avait  toujours  joui  d'une  bonne  santé,  lorsqu'il  y  a  vingt 
ans  (un  an  après  son  huitième  accoucliement,  qui  avait  été  na- 
turel comme  les  précédens)^  elle  commença  à  se  plaindre  d'une 
douleur  dans  le  flanc  droit,  et  d'une  fièvre  qui  revenait  irrégu- 
lièrement. La  malade,  qui  jusqu'alors  n'avait  jamais  fait  atten- 
tion à  ses  urines,  remarqua  qu'elles  étaient  brunes  ;  elle  ignore 
si  elles  contenaient  du  sable  ou  des  graviers;  jamais  elle  n'avait 
éprouvé  de  coliques  néphrétiques.  Des  boissons  délayantes  et 
le  repos  la  soulagèrent,  mais  ne  la  guérirent  pasj  elle  sentait 
toujours  de  la  douleur  dans  le  flanc  droit.  Cependant  elle  con- 
tinua de  s'occuper  de  ses  affaires. 

Il  y  a  dix  ans^  elle  fit  une  maladie  grave,  avec  délire.  Après 
trois  mois  de  soufi'rances  ,  elle  se  rétablit,  mais  la  douleur  du 
flanc  droit  persistait;  sourde  et  profonde,  cette  douleur  s'ir- 
radiait du  même  côté  dans  les  fesses,  les  hanches  et  la  partie  an- 
térieure de  la  caisse  droite,  et  s'exaspérait  parfois  à  tel  point 
que  la  malade  ne  pouvait  marcher  qu'avec  peine.  L'émission 
des  urines  était  fréquente  et  suivie  d'une  douleur  à  l'hypogastre. 
Les  urines,  troubles  au  moment  de  l'émission,  déposaient  une 
grande  quantité  de  matière  glaireuse.  Depuis ,  la  malade  a 
constamment  souflfert  du  flanc  droit. 

Le  12  septembre  iSSy,  elle  entra  à  l'Hôtel-Dieu  de  Lyon. 
La  peau  est  généralement  décolorée  et  d'un  blanc  jaunâtre; 
l'embonpoint  est  assez  considérable;  le  ventre  est  augmenté 
de  volume  ;  les  intestins  sont  refoulés  en  avant  et  à  gauche  par 
une  tumeur  assez  volumineuse  que  l'on  sent  dans  le  flanc  droit, 
et  qui  fait  saillie  en  avant.  La  région  lombaire  est  manifestement 
élargie  et  bombée;  la  tumeur  se  perd  en  haut  sous  les  fausses 
cèles,  el  s'étend  en  bas  daus  la  fosse  iliaque  droite.  En  plaçant 
une  main  sur  la  région  lombaire  ,  et  l'autre  sur  le  flanc  droit, 
on  peut  faire  éprouver  à  la  tumeur  un  ballollcment  1res  sen- 


lOO  PYI^LITES  COMPIJQUIÎES 

sible.  On  y  reconnaît  aussi,  distinctement,  de  la  fluctuation. 
Cette  tumeur  est  le  siège  de  douleurs  vives,  qui  s'exaspèrent  à 
un  haut  degré  par  la  pression. 

Les  urines,  diminuées  de  quantité,  forment  un  dépôt  qui  re- 
présente environ  le  sixième  de  la  colonne  du  liquide.  Ce  dépôt 
est  composé  de  deux  couches  :  l'une,  supérieure,  d'une  ligne 
environ  d'épaisseur,  est  rosée;  l'autre,  d'un  jaune  verdâ- 
tre,  est  formée  par  du  pus  épais  et  filant.  Malgré  la  présence 
de  cette  énorme  quantité  de  pus,  l'urine  est  acide.  La  malade 
urine  souvent,  en  petite  quantité  chaque  fois.  A  la  fin  de  cha- 
que émission,  elle  ressent  une  douleur  fixe  derrière  la  sym- 
physe du  pubis. 

La  digestion  est  difficile.  Symptômes  de  catarrhe  pulmo- 
naire ;  oppression,  toux,  crachais  muqueux;  pouls  petit, 
fréquent.  Le  catarrhe  acquiert  plus  d'intensité,  la  dyspnée 
devient  plus  forte,  les  crachais  sont  plus  rares;  un  redou- 
blement fébrile  a  lieu  tous  les  soirs;  la  faiblesse  fait  des 
progrès;  le  ventre  se  tuméfie,  et  l'on  constate  un  léger  épan- 
chement  séreux  dans  le  péritoine.  Enfin,  la  malade  s'éteint,  le 
i'"  novembre  iSSy. 

Autopsie  du  cadavre,  le  a.  —  Habitude  extérieure.  Infiltra- 
lion  générale  du  tronc  et  des  membres. 

Tête.  Cerveau  sain;  un  peu  de  sérosité  dans  l'arachnoïde. 
Poitrine.  Les  poumons  sont  engorgés  à  leur  partie  posté- 
rieure ;  les  bronches  sont  remplies  d'écume;  la  membrane  mu- 
queuse est  d'un  rouge  très  intense,  tirant  sur  le  brun.  Le  cœur 
ne  présente  aucune  altération;  ses  cavités  contiennent  des 
caillots  très  consistans. 

Abdomen.  Une  pinte  environ  de  sérosilé  limpide  dans  le  pé- 
ritoine. Les  gros  intestins  sont  distendus  par  des  gaz;  l'épi- 
ploon  et  le  mésentère  sont  chargés  d'une  grande  quantité  de 
graisse.  La  membrane  muqueuse  gaslro-inlestiuale  est  un  peu 
décolorée.  Le  foie  est  volumineux;  la  coloration  de  son  tissu  est 
uniforme  et  d'un  jaune  rougeâtre;  sa  consistance  a  diminué;  le 
doigt  le  pénètre  par  le  plus  léger  effort,  et  se  couvre  d'un 
enduit  gras.  La  vésicule  du  fiel,  énormément  distendue,  forme 
une  tumeur  cylindrique  de  trois  pouces  de  long  sur  un  et  drnii 


AVEC  LAl  grossesse.  IOÏ 

de  diajiièlre  ;  la  bile  qu'elle  contient  est  claire  et  d'une  flui- 
dité remarquable. 

Après  avoir  enlevé  l'intestin,  on  voit  dans  le  flanc  droit  une 
tumeur  enveloppée  d'un  couche  graisseuse  et  qui  a  contracté 
une  adhérence  iutirae  avec  les  organes  voisins.  L'aorte  et  la 
veine  cave  sont  comprises  dans  celte  masse  graisseuse.  La  tu- 
meur, formée  par  le  rein,  a  cinq  pouces  et  huit  lignes  de  lar- 
geur dans  son  diamètre  vertical,  et  dans  son  diamètre  transver- 
sai environ  quatre  pouces  et  demi.  A  sa  partie  inférieure  et  in- 
terne, on  voit  l'uretère,  qui  a  la  grosseur  du  petit  doigt.  Une  in- 
cision,pratiquée  sur  le  bord  externe  de  la  tumeur  et  dans  toute 
son  épaisseur,  donne  lieu  à  l'écoulement  d'un  grand  verre  de  pus 
grisâti'e  et  très  fétide.  Ce  qui  reste  de  substance  rénale  forme, 
sur  le  bord  externe  de  la  tumeur,  une  sorte  de  croissant.  Une 
masse  graisseuse  avait  envahi  le  bassinet.  Dans  la  poche  mul- 
tiloculaire  que  représente  le  rein ,  on  peut  compter  dix  ou 
douze  loges  ovalaires  ,  de  diverses  grandeurs,  séparées  les  unes 
des  autres  par  des  cloisons  fibreuses.  La  surface  interne  de  ces 
loges  est  d'un  gris  noir  ;  dans  l'une  d'elles ,  la  plus  considé- 
rable, on  trouve  les  fragmens  d'un  calcul;  ces  fragmens  sont 
d'un  rouge  brun.  Dans  une  loge  plus  petite  ,  on  trouve  encore 
\in  petit  calcul,  très  irrégulier,  dont  la  forme  se  rapproche  de 
celle  de  l'os  palatin. 

L'uretère  a,  dans  toute  sa  longueur, le  volume  du  petit  doigt  ; 
cette  augmentation  de  volume  est  presque  entièrement  due  à 
l'épaississcment  de  ses  parois.  La  membrane  muqueuse  a  une 
teinte  ardoisée  comme  celle  du  bassinet.  Les  parois  delà  vessie 
sont  très  épaisses;  sa  membrane  muqueuse  a  une  teinte  brun- 
foncé  ,  assez  uniforme.  Le  rein  du  côté  opposé  est  sain. 

L'utérus  est  gros  ;  un  petit  polype  mou  est  implanté  dans  sa 
cavité,  du  côté  gauche. 

§  684.  Rajiports  de  lapyélHe  avec  les  affections  des 
orgaîies  de  la  yènèralïon. 

Les  femmes  qui  ont  des  calculs  dans  les  reins ,  sont  plus 
sujettes  aux  coliques  néphrétiques  pendant  la  grossesse  que 
dans  l'étal  de  vacuité. 


102  PYÉLITES  COMPLIQUEES 

Les  calculs  rénaux  sont  aussi  une  prédisposition  aux  fausses 
couches.  «  Une  femme,  dit  Plaler  (i) ,  ressentait,  depuis  bien 
des  années,  de  ferles  douleurs  au  rein  gauche.  Elle  devint  qua- 
torze fois  enceinte  et  toujours  fît  autant  de  fausses  couches,  vers 
le  huitième  ou  le  neuvième  mois.  Les  douleurs  lombaires 
augmentèrent  avec  l'âge,  principalement  du  côté  droit;  elle 
rendit  par  l'urèthre  beaucoup  de  calculs  et  une  grande  quan- 
tité de  sang  et  de  pus  avec  les  tirines.  A  sa  mort ,  on  trouva  la 
substance  du  rein  gauche  entièrement  détruite.  Ce  viscère  res- 
semblait à  un  sac  membraneux,  rempli  de  sinus  amples  et  de 
tubercules  durs;  l'uretère  avait  la  grosseur  d'un  intestin.  Le 
rein  droit,  très  volumineux,  contenait  une  grosse  pierre  bran- 
chue,  de  la  forme  d'une  tète  de  cerf,  qui  remplissait  les  calices, 
le  bassinet,  et  obstruait  le  commencement  de  l'uretère.  La 
mère  de  cette  femme  était  .calculeuse;  on  lui  trouva  une  pierre 
dans  chaque  rein. 

Dominique  Panaroli  (2) ,  professeur  de  médecine  à  Rome , 
assure  aussi  avoir  vu  périr  presque  toutes  les  femmes  enceintes 
qui  étaient  attaquées  de  coliques  néphrétiques.  Mais  il  n'en  est 
pas  toujours  ainsi  :  on  a  vu  des  femmes  chez  lesquelles  un  des 
reins  était  énormément  distendu  par  du  pus,  devenir  enceintes, 
et  accoucher  à  terme,  sans  accident,  d'un  enfant  bien  conformé. 
Tel  a  été  le  cas  de  madame  F...,  auprès  de  laquelle  je  fus  appelé 
pendant  sa  grossesse.  Je  transcris  ici  l'histoire  de  ce  fait,  re- 
cueilli par  M.  le  docteur  Beaugrand  : 

a  Madame  F...,  âgée  de  aS  ans,  blonde,  d'une  constitution 
lymphatique,  est  née  de  parens  jouissant  habituellement  d'une 
excellente  santé,  et  doués  d'une  complexion  très  vigoureuse  ; 
deux  frères  et  deux  sœurs ,  plus  âgés  qu'elle ,  sont  également 
d'une  très  forte  constitution. 

(1)  Plater,  Obs.  med.,  lib.  ir,  p.  436- 

(2)  PaDaroli,  PeMecoslœ,  3.  —  Gestes  {Su,r  une  suppression  d'urine  et  des 
douleurs  néphrétiques  survenues  à.  une  femme  enceinte  de  sept  mois  et  demi 
Journ.  deméd.  de  Roux,  in-12, 1762,  t.  xvii,  p.  iSo),  cite  un  cns  de  réten- 
fâôn  d'urine,  avec  douleur  rénale,  suivie  d'avortement.  Ce  cas,  dans  lequel 
la  malade  se  rétablit,  diffère  de  ceux  que  nous  venons  de  citer,  notamment 
par  l'absence  des  calculs  dans  les  reins. 


AVEC  JiA  GROSSESSE.  I  o3 

Vaccinée  peu  après  sa  naissance,  elle  a  cependant  eu,  pendant 
son  enfance ,  une  -variole  peu  grave,  qui  a  laissé  sur  le  visage 
quelques  petites  cicatrices  caractéristiques;  du  reste,  elle 
se  portait  habituellement  très  bien.  Elle  a  été  réglée  à  12  ans; 
deux  ans  après,  à  la  suite  d'une  frayeur,  les  menstrues  se 
supprimèrent  et  ne  reparurent  qu'au  bout  d'un  an  environ , 
mais  pâles  et  peu  abondantes;  depuis  lors,  elles  ont  toujours 
présenté  les  mêmes  caractères. 

Vers  l'âge  de  16  ans,  survinrent,  pour  la  première  fois,  des  atta- 
ques de  coliques  néphrétiques  dans  le  côté  di'oit;  coliques  exces- 
sivement douloureuses,  accompagnées  de  vomissemens  de  matiè- 
res muqueuses  et  bilieuses  très  abondantes,  et  à  la  suite  des- 
quelles la  malade  éprouvait  un  peu  de  soulagement.  Il  y  avait  en 
même  temps,  et  dès  cette  époque,  douleur  dans  tout  le  flanc 
droit  avec  engourdissement  notable  de  la  cuisse  et  de  la  jambe 
correspondantes.  Ces  attaques  se  montraient  tous  les  mois  à 
l'époque  des  règles,  duraient  quatre  à  cinq  jours,  et  disparais- 
saient après  une  application  de  sangsues;  dans  les  intervalles 
la  santé  était  parfaite. 

Il  y  a  quatre  ou  cinq  ans,  la  malade  fut  près  d'une  année  sans 
souffrir,  bien  que  les  règles  n'eussent  pas  repris  un  meilleur  as- 
pect. Mais, après  cette  intermission,  les  douleurs  néphrétiques 
reparurent  aux  mêmes  époques  et  avec  une  notable  augmenta- 
tion dans  l'intensité  et  la  durée  des  accidens;  dès-lors,  à  cha- 
que accès,  la  malade  put  s'apercevoir  d'un  gonflement  dans  le 
flanc  droit  qui  disparaissait  avec  les  autres  phénomènes. 

Dès  les  premiers  momens  de  l'apparition  de  cette  maladie, 
les  urines  furent  troubles,  laissant  déposer  une  couche  glai- 
reuse, que  surnageait  un  sédiment  blanchâtre,  exhalant  une 
odeur  ammoniacale  des  plus  prononcées  ;  jamais  la  malade  n'a 
pu  constater  dans  ses  urines  l'existence  de  graviers;  notons 
encore  que,  depuis  l'hiver  de  i838,  il  est  survenu  des  hémor- 
rhoïdcs  qui  fluent  de  temps  en  temps,  peu  abondamment,  sans 
époques  fixes,  et  sans  amener  le  moindre  soulagement  dans 
l'affection  du  rein. 

Madame  F...  n'a  jamais  pu  s'astreindre  à  suivre  un  régime  ej: 
un  Iraiieraent,  excepté  au  moment  des  attî^ques  ;  alors  elle  pra- 


I04  PYIÎLITES  COMPLIQUÉES 

Bail  des  bains  entiers  ou  de  fauteuil ,  se  faisait  appliquer  des 
sangsues,  etc.;  mais,  aussitôt  les  accidens  calmés,  elle  reve- 
nait à  l'usage  du  café,  du  vin  pur,  surtout  du  vin  de  Cham- 
pagne, etc. 

Devenue  enceinte  dans  le  courant  de  iSôg ,  la  malade  s'aper- 
çut que  les  accès  avaient  notablement  perdu  de  leur  intensité  : 
jusqu'à  cette  époque,  la  santé  générale  s'était  parfaitement  sou- 
tenue, l'embonpoint  était  assez  considérable  ,  seulement  le  vi- 
sage avait  pâli,  et  offrait  même  une  légère  teinte  jaune-paille. 

Pendant  les  quatre  ou  cinq  derniers  mois  de  sa  grossesse,  la 
malade  resta  presque  constamment  couchée  ou  étendue  sur  un 
canapé. 

L'accouchement  eut  lieu  à  teririe  ,  le  4  février  dernier  ;  les 
douleurs  de  la  parturition  commencèrent  le  matin,  vers  sept 
heures;  il  y  eut  quelques  vomissemens,  et  à  cinq  heures  du  soir 
la  délivrance  eut  lieu  avec  une  extrême  facilité.  L'enfant ,  du 
sexe  féminin,  est  aujourd'hui  très  bien  portant,  quoique  d'une 
structure  assez  délicate. 

Tout  se  passa  comme  dans  les  couches  les  plus  heureuses; 
pas  de  perte,  pas  d'accidensdu  côté  des  reins;  la  fièvre  de  lait 
fut  à  peine  marquée,  el  au  bout  de  sept  jours  la  malade  put  se 
lever;  les  lochies  furent  très  peu  abondantes,  et  au  bout  de  trois 
semaines  elles  avaient  cessé  de  couler.  Toutefois,  depuis  cette 
époque,  la  malade  avait  conservé  une  leucorrhée  qui  se  mon- 
trait surtout  aux  époques  menstruelles,  les  règles  n'ayant  pas 
lieu:  ces  dernières  n'ont  reparu  que  depuis  deux  mois. 

Depuisl'accouchement,  les  douleurs  de  la  région  rénale  n'ont 
presque  pas  cessé  de  tourmenter  madame  F...  Eu  palpant  l'ab- 
domen, ce  qui  occasionne  des  souffrances  assez  vives,  on  sent, 
dans  le  flanc  droit,  une  tumeur  très  considérable  qui  commence 
à  partir  du  rebord  des  dernières  fausses  côtes,  et  descend  jusque 
dans  la  fosse  iliaque.  Les  douleurs  que  cet  examen  fait  naître 
s'opposent  à  ce  qu'on  puisse  délimiter  exactement  la  tumeur, 
qui  ofire  d'ailleurs  une  matité  très  prononcée.  Les  urines  sont 
toujours,  comme  par  le  passé,  peu  abondantes,  troubles,  glai- 
reuses ,  et  laissent  déposer  un  sédiment  blanchâtre  et  pu- 
rulent; seulement  elles  ont  perdu  leur  insupportable  féti- 


AVEC  LA.  GROSSESSE.  Io5 

dilé.  Examinées  récemment  par  M.  Bouchardat,  ce  chimiste 
y  a  reconnu  de  l'albumine,  du  mucus  et  du  pus.  Aujour- 
d'hui (21  août),  les  forces  sont  abattues  ;  l'embonpoint  a 
presque  complètement  disparu  ;  le  visage  a  pris  une  teinte 
jaune-paille,  très  prononcée  ;  les  digestions  sont  devenues  labo- 
rieuses, difficiles;  presque  loud  les  soirs,  il  survient  un  petit 
mouvement  fébrile,  la  peau  est  alors  chaude  et  sèche;  le  pouls 
prend  de  la  fréquence,  et  pendant  une  partie  de  la  nuit  des 
sueurs  abondantes  couvrent  toute  la  surface  du  corps.  Il 
survient  de  temps  en  temps  une  diarrhée  séreuse  qui  cède  assez 
promptemeut  aux  lavemens  narcotiques,  mais  qui  se  reproduit 
avec  une  grande  facilité.  Il  n'y  a  pas  de  traces  d'infiltration 
Œilémateuse  aux  membres  inférieurs  ». 

§  685.  Cette  observation  prouve  que  les  tumeurs  rénales, 
avec  excrétion  d'urine  purulente ,  n'ont  pas  sur  la  grossesse 
une  influence  aussi  fâcheuse  qu'on  l'a  cru  assez  générale- 
ment d'après  F.  Plaler  et  Pannroli  ;  il  est  à  remarquer  cepen- 
dant que,  depuis  l'accouchement,  madame  F...  a  été  de  plus 
en  plus- souffrante. 

§  686.  M.  Bright  (î)  a  rapporté  le  cas  d'une  femme  âgée  de  3o 
ans,  qui,  après  avoir  rendu,  de  temps  en  temps,  de  l'urine  san- 
guinolente pendant  trois  ans  environ  ,  devint  enceinte  et  ac- 
coucha d'un  enfant  bien  portant.  Six  semaines  après  ,  elle  s'a- 
perçut qu'elle  portait  une  tumeur  dans  le  flanc  gauche.  Devenue 
denouveau  enceinte,  elle  mit  au  monde  un  second  enfant  vivant. 
Neuf  mois  après,  cette  femme  fut  admise  à  l'hôpital  de  Guy  et 
y  mourut,  environ  deux  mois  après,  d'une  pleuro -pneumonie. 
La  tumeur  était  formée  par  le  bassinet  du  rein  gauche  distendu 
pa:r  du  pus. 

Dans  le  cas  suivant,  l'inflammation  de  la  vessie,  du  bassinet 
et  du  rein  a  été  beaucoup  moins  grave  et  a  pu  être  traitée  avec 
succès  : 


(t)  Briglit,  On  abdominal  tumors  {Guy'i  hospital  Reports ,  n,  viir,  april, 
xSîy.  p.  aaa). 


io6 


PYÉLITES  COMPLIQUÉES 


Obs.  IX.  —  Cystite  et  pyélo-néphrite  du  rein  droit  et  peut-être  du  rein 
gauclie;  urine  sangainolente  et  muqueuse  chez  une  femme  enceinte  de 
«ix  mois;  deux  saignées;  gucrison rapide. 

Sattaleur  (Annelte),  âgée  de  vingt-six  ans,  femme  de  ménage, 
entra  à  la  Charité,  le  6  oclobre  i836. 

Celte  femme,  née  dans  le  nord  de  la  France,  est  blonde  et 
fortement  constituée;  elle  n'a  jamais  été  malade  excepté  l'année 
dernière,  au  mois  d'octobre,  après  une  très  forte  fatigue;  étant 
enceinte  de  cinq  mois,  elle  fit  une  fausse  couche.  Elle  entra  dans 
le  service  de  M.  Fouquier  dix-sept  jours  après  ,  et  y  resta  trois 
mois.  Elle  n'avait  jamais  uriné  de  sang,  ni  de  glaires,  ni  de 
graviers,  jusqu'à  cette  époque.  Elle  n'a  point  eu  d'attaques  de 
goutte ,  ni  de  rhumatisme.  Elle  n'avait  jamais  souffert  des 
reins. 

Cette  femme ,  enceinte  de  six  mois,  n'avait  point  éprouvé 
d'accidens  depuis  le  commencement  de  sa  seconde  grossesse, 
lorsqu'il  y  a  huit  jours,  sans  cause  connue,  elle  a  été  prise  de 
douleurs  très  vives  dans  le  ventre  et  dans  les  reins,  et  a  uriné  du 
Bang.  A  chaque  instant  elle  urinait,  et  avec  douleur.  Voici 
l'état  qu'elle  présentait  le  7  octobre  :  Décubitus  dorsal;  air 
de  souffrance,  douleur  extrêmement  vive  flans  la  région  du 
rein  droit,  qu'on  peut  à  peine  toucher  en  arrière  sans  provo- 
quer un  cri  de  souffrance;  doulAir  vive  à  la  vessie,  moins 
vive  dans  la  région  du  rein  gauche;  douleurs  singulièrement 
exagérées  par  la  pression.  Deux  bocaux  d'urine ,  de  quatre 
onces  chacun,  en  vingt-quatre  heures 3  dans  un  d'eux  l'urine 
contient  une  quantité  assez  notable  de  sang;  elle  est  acide  et 
donne  un  très  fort  précipité  d'albumine  :  l'autre  contient  une 
urine  d'un  jaune  sale,  avec  beaucoup  de  mucus;  par  l'acide 
nitrique  elle  donne  un  très  léger  précipité  d'albumine  ;  l'émis- 
sion est  fréquente  (dix-huit  émissions  en  vingt-quatre  heiu'es). 
Langue  sale,  point  d'appétit,  soif,  ventre  ballonné  depuis  huit 
jours.  Céphalalgie  frontale  très  intense,  surtout  le  soir;  insom- 
nie, faiblesse  et  courbature  générale.  La  malade  se  tient  à  peine 
sur  ses  jambes  (trois  jours  après,  la  marche  était  beaucoup 
plus  assurée).  Rien  d'anomal  au  cœur,  si  ce  n'est  la  fré- 


AVEC  LA  GROSSESSE.  IO7 

quencc  de  ses  battemens  (pouls  à  cent  six),  respiration  na- 
turelle. 

On  fit  deux  saignées  en  trois  jours  ;  l'une  de^douze,  et  l'autre 
de  dix  onces.  Dès  le  lendemain ,  l'urine  était  à  peine  colorée 
par  du  sang.  Quatre  jours  après,  les  douleurs,  qui  avaient  promp- 
tement  et  graduellement  diminué,  ne  se  faisaient  plus  sentir  que 
dans  le  rein  droit,  et  encore  étaient-elles  légères  ;la  malade  n'avait 
uriné  que  quatre  fois,  en  vingt-quatre  heures  ;  les  urines  conte- 
naient encore  un  peu  de  mucus,  mais  point  de  sang  ;  elles  étaient 
acides  j  la  fièvre  et  la  céphalalgie  avaient  complètement  dis- 
paru. Cette  amélioration  rapide  eut  lieu  sans  aucun  autre 
phénomène  digne  d'être  noté.  La  veille  de  son  départ  de 
l'hôpital,  la  malade  eut  un  vomissement  qui  nous  parut  de- 
voir être  attribué  à  la  grossesse.  On  entendait  distinctement 
les  battemens  du  cœur  du  fœtus ,  et  le  souffle  placentaire.  Le 
maximum  d'intensité  du  souffle  était  à  droite  ,  un  peu  au-des- 
sous du  niveau  de  l'ombilic. 

Les  deux  saignées  n'ont  point  eu  d'influence  fâcheuse  sur  la 
grossesse.  Cette  femme  est  sortie  guérie  de  l'hôpital ,  le  douze 
octobre  i856. 

Obs.  X.  —  Pyélite  calculeuse  cliez  une  femme  grosse  ;  accouchement  labo- 
rieux; urines  et  selles  purulentes;  perforation  du  rein  gauche  dans  le 
duodénum.  —  (Extrait  d'une  observation  intitulée  :  Observation  d'une 
maladie  du  rein  gauche,  terminée  par  la  mort,-  par  J.  Briant,  chirurgien- 
accoucheur.  London  Médical  and  Phjrsica/  Journal,  vol.  tx,  p.  279). 

Madame  T...,  âgée  de  aS  ans,  blonde,  d'une  forte  consli- 
tutiouj  fut  prise,  quatre  jours  après  un  accouchement  la- 
bprieux  oîi  l'on  administra  le  seigle  ergoté,  de  vives  douleurs 
dans  le  côté  gauche,  vers  l'S  iliaque  du  colon.  Jusqu'alors  elle 
s  était  fort  bien  trouvée,  les  lochies  coulaient,  et  la  sécrétion  du 
lait  était  abondante.  La  pression  augmentait  la  douleur.  Mad. 
se  rappela  avoir  eu,  environ  deux  ans  auparavant,  une  sem- 
blable douleur,  qu'elle  attribua  à  un  effort  en  portant  un  lourd 
fardeau.  Fièvre,  pouls  fréquent, plein,  dur;  garderobe  la  veille 
au  moyen  d'un  purgatif.  Après  cinq  jours  de  traitement  {sai- 
gnée, 2'urgalif's) ,  elle  fut  convalescente  et  se  porta  assez  bien 


I08  PYÉLITES  COMPLIQUÉES 

jusqu'au  1 5  avril.  Elle  se  plaignit  alors  de  malaise  dans  le  côle 
gauche:  apyrexic ,  conslipalion ,  vomissemens.  Le  17  et  le  18, 
lension ,  durelé  du  ventre  dans  le  point  douloureux  ;  fièvre. 
Celte  tension  et  cette  durelé  augmentent  le  a3,  et  s'étendent 
obliquement  vers  l'hypochondre  droit  et  en  bas  vers  le  pubis. 
Le  24,  la  tumeur  s'élève  du  pubis,  et  s'étend  jusqu'au  rebord 
des  fausses  côtes  gauches  :  douleur  obtuse;  frissons  le  matin; 
émission  de  l'urine  non  douloureuse;  fièvre,  insomnie,  vo- 
missemens bilieux.  Le  3o  avril,  fluctuation  profonde  au  centre 
de  la  tumeur;  les  urines  ont  une  odeur  animale,  putride.  Le  S 
mai ,  une  grande  quantité  de  pus  passe  par  les  urines,  et  la  tu- 
meur s'affaisse  considérablement.  Le  7,  urines  très  purulentes, 
rendues  sans  douleur;  diarrhée;  faiblesse  générale. 

Le  8  juin,  diarrhée  ,  selles  purulentes;  stomatite  aphllieuse; 
urines  quelquefois  claires,  quelquefois  troubles  ,  mais  n'ayant 
plus  l'odeur  putride.  Délire  dans  les  quatre  derniers  jours 
de  la  vie;  agitation,  contraction  des  pupilles;  difficulté  de 
contenir  la  malade  dans  son  lit. 

Aiilopsie  drt  cadavre,  dix-huit  heures  après  la  mort. —  En 
examinant  l'extérieur  du  ventre ,  on  aperçoit  inférieurement, 
sur  le  côté  gauche,  une  surface  noire  qui  semble  annoncer  une 
gangrène  interne.  L'abdomen  ouvert,  on  constate  un  déplace- 
ment et  un  retrait  considérable  des  viscères  ;  l'estomac  est 
poussé  en  haut,  son  extrémité  inférieure  est  sur  un  même  plan 
que  l'orifice  cardiaque.  Le  foie  est  très  volumineux;  le  colon 
est  plus  élevé  qu'à  l'ordinaire,  et  le  duodénum  est  tiré  à 
gauche.  Trois  calculs  biliaires  dans  la  vésicule,  un  dans  le 
conduit  cystique. 

Le  rein  gauche  est  très  développé  et  décoloré;  la  portion 
de  cet  organe  qui  est  dans  le  petit  bassin  est  remplie  d'un  pus 
noir  de  mauvaise  nature.  Il  contient  quatorze  calculs  de  la 
grosseur  d'une  noisette;  il  semble  changé  en  une  vaste  poche 
purulente  ,  dont  le  liquide  avait  passé  en  partie  dans  l'urèthre 
et  en  partie  dans  le  duodénum ,  à  travers  une  ulcération  qui 
établissait  la  communication.  Une  couche  de  lymphe coagulable 
recouvre  extérieurement  la  vessie,  qui  semble,  du  reste,  par- 
faitement saine. 


AVEC   LA   GROSSESSE.  IO9 

§  687.  Le  cas  suivant  a  été  cité  à  tort  comme  un  exemple 
d'hydi  o-néphrose,  par  le  docteur  Kœnig  ;  c'est  évidemment 
un  cas  de  suppuration  du  bassinet  et  des  calices. 

Obs.  XI  Pyélite  chrouique;  rein  droit  formnnt  une  tumeur  considérable 

dans  le  flanc;  accouchement  naturel;  écoulement  abondant  d'urine  puru- 
lente; affaissement  de  la  tumeur;  diarrhée;  mort  (J.  Johnson,  Monthljr 
Medico-cinr.  Journ.  juillet  i8l6.  Medico-chirur.  revcew  and  journ.  of  mé- 
dical science,  il  december  1822.  London  médical  repository,  vol.  xix, 
]).  4r,  1823). 

Une  pauvre  femme  était  traitée  par  le  docteur  Johnson  , 
depuis  le  6  mai  i8r6,  époque  à  laquelle  elle  était  enceinte  de 
huit  mois.  Elle  se  plaignait,  dans  le  côté  droit  du  ventre  ,  de 
douleurs  violentes  qui  s'étendaient  du  nombril  jusqu'aux  ver- 
tèbres des  lombes,  et  des  fausses  côtes  jusqu'à  l'aine.  Elle 
avait  une  forte  fièvre,  et  l'urine  était  rouge  j  le  ventre  était 
d'une  grosseur  extraordinaire  ;  mais  ce  qu'il  y  avait  de  plus 
remarquable ,  c'est  qu'on  pouvait  sentir,  bien  distinctement, 
un  sillou  qui  descendait  du  creux  de  l'estomac,  jusqu'aux  par- 
ties sexuelles.  De  chaque  côté  de  ce  sillon,  le  bas-ventre  était 
tuméfié  et  arrondi,  comme  s'il  y  avait  eu  deux  matrices  au  lieu 
d'une  ;  les  deux  côtés  offraient  presque  la  même  dimension  ; 
le  droit,  au  loucher,  paraissait  plus  régulier  et  plus  élastique 
que  le  gauche.  Si  on  pressait,  en  quelque  endroit  que  ce  fût, 
le  côté  droit,  on  produisait  une  grande  douleur  qui  s'étendait 
presque  jusqu'à  la  colonne  vertébrale.  On  ne  put  obtenir  que  des 
détails  très  imparfaits  sur  ce  cas,  la  malade  n'étant  débarquée 
que  depuis  peu  de  temps  d'un  petit  vaisseau  de  guerre  j  elle 
dit  qu'elle  avait  éprouvé,  deux  ans  auparavant  et  pour  la  der- 
nière fois,  quelques  douleurs  dans  la  région  des  reins.  Ses  souf- 
frances n'étaient  devenues  aussi  fortes  que  depuis  sa  grossesse  ; 
et, depuis  les  trois  derniers  mois,  elles  continuaient  sans  inter- 
ruption. La  malade  ajoutait  qu'avant  sa  grossesse,  son  ventre 
n'était  point  tuméfié,  mais  qu'elle  avait  éprouvé,  dans  les  der- 
niers mois  d'une  grossesse  précédente  ,  beaucoup  de  douleurs 
dans  le  côté  droit.  Les  selles  avaient  toujours  été  très  régu- 
lières} mais  l'urine  sortait  tantôt  en  très  pclile  quantité  et 


1  ro  PYÉLITES  COMPLIQUÉES 

d'une  couleur  vive  safranée,  ou  en  abondance  et  blanclies 
comme  du  lait.  Quand  l'urine  avait  ce  dernier  caractère  ,  elle 
coulait  facilement  ;  lorsqu'elle  n'était  rendue  qu'en  petite 
quantité,  l'excrétion  était  toujours  accompagnée  de  violentes 
douleurs.  Cette  pauvre  femme  attribuait  ses  souffrances  à  une 
habitude  qu'elle  avait  été  forcée  de  prendre  pendant  l'allaite- 
ment d'un  de  ses  enfans,  et  pendant  qu'elle  se  trouvait  sur  mer 
avec  son  mari.  Pour  avoir  du  linge  sec,  elle  était  obligée  de 
faire  sécher,  sur  son  corps ,  tout  le  linge  lavé  et  tous  les  langes 
de  son  enfant.  Du  6  au  lo  mai,  on  la  saigna  ;  on  lui  appliqua 
des  vésicatoires  sur  le  ventre,  et  elle  prit  des  diurétiques.  Le  xo, 
le  travail  de  l'accouchement  commença  ;  chaque  douleur  pro- 
duisait des  angoisses.  Le  lendemain,  elle  accoucha  d'un  enfant 
vivant,  et  elle  dit  qu'elle  était  délivrée  de  toutes  ses  douleurs. 
Le  côté  droit  du  ventre  avait  alors  un  peu  diminué.  Mais  le 
côté  gauche,  au  lieu  d'être  plus  plat,  était  soulevé  par  une 
grande  tumeur  qui  s'élevait  au-dessus  du  niveau  du  ventre  de 
quatre  pouces,  et  qui  avait  sept  à  huit  pouces  de  diamètre.  Cette 
tumeur  était  tendue  et  lisse  sur  toute  sa  surface.  En  la  tou- 
chant doucement,  on  percevait  de  la  fluctuation  ;  toute  espèce 
de  pression  produisait  de  la  douleur.  L'écoulement  des  lochies 
n'eut  pas  lieu  après  l'accouchement,  et  la  douleur  primitive 
(celle  dans  le  côté  droit)  revint  bientôt,  mais  pas  au  même 
degré  qu'avant  l'accouchement;  la  malade  était  tourmentée 
par  la  lièvre,  une  diarrhée  coUiquative  et  un  besoin  continuel 
d'uriner.  A  cette  époque ,  les  médecins  Lara ,  Guy  Seyde  et 
d'autres  la  visitèrent.  On  croyait  généralement  que  cette  ma- 
ladie était  une  hydropisie  de  l'ovaire.  L'ouverture  de  la  tumeur 
fut  proposée,  mais  rejetée  comme  fâcheuse.  Le  20  mai,  de  grand 
matin,  la  garde  fut  étonnée  de  trouver  le  lit  de  la  malade  tout 
mouillé  par  un  liquide  laiteux  qui  s'était  répandu  sur  le  plan- 
cher, l'avait  traversé  et  s'était  écoulé  en  grande  partie  dans 
une  pièce  au-dessous  (i).  La  garde  ne  put  dire  d'oii  était  sorti 
ce  liquide,  et  la  malade  avait  si  bien  dormi  cette  nuit-là,  qu'elle 

(i)  La  garde-malade  mit  très  probablement  de  l'exagération  dans  son 
récit. 


AVEC  LA  GROSSESSE.  Hl 

ne  s'était  point  aperçue  de  cet  écoulement.  Elle  assura  au  reste 
que  ce  liquide  laiteux  était  de  la  même  nature  que  l'urine 
qu'elle  avait  quelquefois  rendue  antérieurement.  Ce  liquide 
sentait  peu  l'urine  ;  lorsqu'on  leva  la  couverture  du  lit,  on  vit 
que  la  tumeur  avait  disparu  ;  en  portant  la  main  sur  le  siège  de 
la  tumeur,  on  en  trouva  encore  quelques  traces,  et  on  perçut  une 
légère  fluctuation.  Cependant  on  ne  voyait  plus  de  tumeur  au 
ventre;  la  douleur  avai  t  aussi  disparu. L'urine  laiteuse  continuait 
d'être  rendue  en  gravide  quantité.  Malgré  ce  changement 
subit,  un  prompt  amaigrissement,  un  affaissement  complet  des 
forces,  la  décomposition  des  traits,  des  sueurs  froides  et  une 
diarrhée  coUiquative  présageaient  la  mort.  La  nature  lutta 
encore  pendant  quatre  jours;  une  grande  quantité  d'urine 
laiteuse  coula  involontairement  pendant  ce  temps;  les  selles 
continuèrent;  la  malade  mourut  dans  la  matinée  du  ï5  mai. 
Le  bas-ventre  était  redevenv^  aussi  flasque  que  si  jamais  au- 
cune tumeur  n'eût  existé. 

L'ouverture  du  corps  ne  put  être  obtenue  qu'avec  peine  et 
ne  put  être  faite  d'une  manièi'e  complète.  Lorsque  le  ventre 
fut  ouvert,  on  aperçut  d'abord  le  cœcura,  volumineux  et  adhé- 
rent à  une  immense  poche  qui  était  aussi  attachée  à  la  partie 
supérieure  du  gros  intestin.  Celte  poche  remplissait  ce  côté  du 
bas-ventre,  depuis  le  foie  jusqu'au  périnée,  et  s'étendait  de  la 
paroi  antérieure  du  ventre  à  la  colonne  vertébrale.  L'uretère 
était  très  volumineux  et  contenait  un  liquide  blanchâtre  sem- 
blable à  celui  qui  avait  été  rendu  pendant  la  vie.  On  pouvait  le 
faire  passer  de  l'uretère  dans  la  vessie,  et  ce  conduit  se  rem- 
plissait de  nouveau  du  liquide  contenu  dans  le  sac.  Dans  ce 
sac,  formé  par  le  rein,  il  y  avait  encore  trois  pintes  de  liquide. 
Ses  parois  variaient  en  épaisseur,  depuis  celle  d'un  farthing  à 
celle  d'un  shilling.  Toute  la  surface  intérieure  du  sac  était 
trèsvasculaireet  garnie  de  petits  corps  semblables  à  des  glandes, 
de  la  dimension  d'une  têle  d'épingle  à  celle  d'vin  pois.  De  plu- 
sieurs points  des  parois  s'élevaient  des  lames  minces  ou  des 
cloisons  semi-loculaires.  La  plus  large  de  ces  cloisons  n'arri- 
vait pas  à  la  moitié  du  diamètre  de  ces  loges,  de  sorte  que  dans 
tous  les  sens  elles  communiquaient  librement  entre  elles.  La 


1 11 


PYl'ilJTFS 


quantité  du  liquide  que  ce  sac  pouvait  contenir  était,  sans  exa- 
gération, de  cinq  ou  six  pintes  [quarts). 

§  688.  Après  des  accouchemeits  luhoricux ,  les  bassinets  peu- 
vent s'enflammer  par  suite  de  lésions  ou  d'inflammations  delà 
vessie,  d'inflammations  de  l'utérus  ou  du  tissu  cellulaii-e  extra- 
péritonéal;  mais  presque  toujours  les  reins  eux-mêmes  parti- 
cipent aux  désordres  variés  que  cette  circonstance  a  fait  naître; 
parfois  même  ces  organes  sont  le  siège  des  lésions  princi- 
pales, ou  bien  même  les  bassinets  ne  sont  point  afl'ec- 
tés  (i).  Dans  l'observation  suivante,  la  lésion  des  reins  et  des 

(i)  Unu  femme  âgcR  <lc  3o  ans,  jouissant  babitnclicment  d'une  bonne 
santé,  était  acconcbée  facilemrnt  et  heureusement;  mais,  )mit  ou  dix  jours 
après  l'accoucbement ,  elle  fut  prise  d'une  fièvre  intense,  rte  vomissemens, 
de  douleurs  très  vives  dans  les  liypoelioudres,  avec  diarrliéc,  ballonnement  du 
ventre  et  nue  très  forte  oppression.  Le  médecin  qui  lui  donna  les  premiers 
soins,  croyant  à  une  pneumonie,  fit  pratiquer  des  saignées  et  prescrivit  des 
boissons  émollieutcs. 

Le  vingtième  jour  de  l'invasion  de  la  maladie,  elle  fut  conduite  à  I'b6pital 
Neckcr,  dans  le  service  de  M.  Trousseau;  elle  était  alors  dans  l'état  suivant: 

Délire,  stupeur,  sécheresse  de  la  lauguc,  vomissemens,  diarrhée  ,  ballou- 
nement  du  ventre,  douleurs  excessives  dans  tout  le  ventre,  dyspnée,  râles 
muqueuxet  sibilant  dans  toute  la  partie  postérieure  des  poumons.  La  malade 
allant  sous  elle  et  involontairement,  on  ne  peut  constater  ni  la  quantité,  ni 
la  qualité  de  l'urine.  On  crut  à  l'existence  d'une  péritonite  puerpérale  avec 
accidens  typhoïdes,  et  on  prescrivit  des  émoUiens ,  puis  des  astringens  et 
des  vésicatoircs.  Cette  femme  mourut  le  quarantième  jour  environ  après 
l'accouchement ,  trente  jours  après  l'invasion  de  la  maladie,  et  dix  jours 
après  son  admission  à  l'hôpital.  A  l'ouverture  du  cadavre,  on  reconnut  que  le 
cerveau,  le  cœur,  le  poumou  étaient  saius  ;  mais  les  deux  reins  offraient  une 
altération  très  remarquable.  En  ouvrant  les  deux  reins,  il  s'en  écoula  une 
grande  quantité  de  pus.  Le  rein  gauche,  après  l'écoulement  du  pus,  pesait 
nne  livre  moins  trois  gros  et  demi;  il  avait  six  pouces  deux  lignes  de  lon- 
gueur, quatre  pouces  dans  sa  plus  grande  largeur  et  trois  pouces  environ 
d'épaisseur.  Sa  surlace,  généralement  paie,  était  parsemée  de  légères  taches 
rougeâlres,  et  surmontée  de  nombreuses  bosselures,  fluctuantes  sous  le  doigt. 
A  la  coupe,  la  substance  corticale,  décoloréo,  est  énormément  boursoufflée  et 
infiltrée  de  pus  dans  une  foule  de  points,  et  dans  d'autres,  surtout  vers  la 
périphérie,  comme  creusée  de  cavernes,  remplies  de  collections  purulentes. 
C'étaient  ces  collections  j)urulcntes  qui  soulevilieut  la  capsule  fibrçuse  du 


SUITES  DK  COUCHES.  1  l3 

bassinets  fut  marquée  par  les  symptômes  de  Ja  m^tro-pénto- 
nite,  par  l'inflammalion  du  tissu  cellulaire  du  bassin  et  par 
une  incontinence  d'urine.  Toutefois,  la  lésion  de  la  vessie  nous 
fit  signaler  aux  élèves  la  possibilité  d'une  inflammation  des 
bassinets  et  des  reins. 

0»i.  XII.  Accouchement  laborieux,  terminé  par  le  forceps;  métro-périto- 
nite puerpérale;  incontinence  d'urine  et  des  matières  fécales;  symp- 
tômes cérébraux;  mort. —  Cystite  ;  eschare  au  col  delà  vessie;  petits 
dépôts  purulens  dans  l'excavation  du  bassin;  pyélo-népLrite;  infiltration 
purulente  sous  forme  de  plaques  blanches  à  la  surface  du  rein  gauche. 

Pauriel  (Louise),  âgée  de  trente-et-un  ans,  couturière,  fut 
apportée  à  l'hôpital  de  la  Charité,  le  trente  octobre  i8?9.  Cette 
femme,  accouchée  depuis  neuf  jours,  présentait  alors  tous  les 
symptômes  d'une  métro-péritonite  grave,  qui  avait  débuté 
deux  jours  après  un  accouchement  laborieux,  dans  lequel  on 
parvint ,  après  beaucoup  d'efforts ,  à  extraire  avec  le  forceps 
un  fœtus  mort. 

Depuis"  l'accouchement,  douleurs  très  vives  à  l'hypogastre  ; 

rein,  et  qui  formaient  les  bosselures  si  remarquables  qu'on  Toyait  à  sa  sur- 
face. Cette  capsule  était  décollée  par  le  pus  en  une  foule  de  points  ,  et  ces 
abcès  sons-fibreux  étaient  séparés  les  uns  des  autres  par  du  tissu  cellulaire 
infiltré  de  pus  et  qui  se  déchirait  facilement  à  la  plus  légère  traction. 

La  substance  tubuleuse  était  presque  partout  saine ,  mais  généralement 
pâle;  dans  quelques  points  seulement,  il  y  avait  de  petits  grains  de  pus. 
Plusieurs  cônes  étaient  à-peu-près  complètement  décoiffés  de  leur  substance 
corticale,  qui  était  remplacée  par  une  collection  purulente.  Le  bassinet  était 
pâle,- un  peu  ample,  mais  n'offrait  rien  de  particulier. 

Le  rein  droit,  un  peu  plus  long  et  plus  étroit  que  son  congénère,  pesait 
deux  gros  de  moins;  les  collections  purulentes,  en  moins  grand  nombre, 
étaient  plus  considérables. 

Le  puj  contenu  soit  dans  la  substance  corticale  des  reins,  soit  dans  les 
abcès  sous-capsulaires,  était  blanc  avec  une  très  légère  teinte  verdâtre.  Vu  an 
microscope,  ce  pus  offrait  un  certain  nombre  de  globules  purulens  qui  pa- 
raissaient plus  minces  que  les  globules  ordinaires,  et  une  grande  quantité  de 
granulations  irrégulières,  analogues  à  celles  que  je  considère  comme  des 
détritus  de  globules  purulens  (§  420). 

I".  8 


Il4  PT^LITES 

difficultés  d'uriner ,  efforts  pour  rendre  quelques  gouttes 
d'urine,  qui,  parfois,  coule  involontairement.  Le  ventre  est 
tendu  et  volumineux;  matité  dans  toute  la  portion  sous-ombi- 
licale de  l'abdomen.  Une  tumeur  dure  et  résistante,  semblable 
à  un  utérus  au  sixième  mois  de  la  grossesse,  occupe  toute 
la  région  sous-ombilicale  ;  le  ventre  est  sonore  dans  tous  les 
autres  points  oii  les  intestins  se  trouvent  refoulés;  douleurs 
permanentes,  accompagnées  de  frisson,  dans  toute  l'étendue  de 
la  cavité  abdominale.  Les  parties  génitales  externes  sont  tumé- 
fiées et  meurtries. 

Le  4  octobre,  l'écoulement  des  lochies  est  complètement 
supprimé  ;  le  linge  de  la  malade  est  mouillé  par  l'urine , 
et  sali  parles  matières  fécales,  qui  s'échappent  involontaire- 
ment. Il  ne  s'écoule  par  la  sonde  que  cinq  à  six  onces  d'urine  , 
d'un  jaune  citron,  et  légèrement  acide. 

Le  5j  la  peau  offre  une  teinte  jaune-paillej  les  traits  sont 
crispés j  la  physionomie  exprime  la  souffrance.  Pouls  petit, 
fréquent  (gS  pulsations  par  minute)  et  irrégulier.  Langue 
blanche  au  centre,  rouge  et  sèche  à  la  pointe,  éructations, 
envies  de  vomir;  toux  rare  sans  expectoration.  Bruits  du  cœur 
un  peu  sourds  et  confus  [Saignée  de  douze  onces  ;  eau  de 
fjomme  èdulcorèc;  cataplasmes  èmolliens;  diète). 

Le  6  ,  frissons  continuels  ;  légère  diminution  des  douleurs  ; 
un  peu  de  repos  pendant  la  nuit.  Le  sang  présente  une  couenne 
assez  épaisse,  relevée  sur  les  bords  ("Sa/^/iee  de  Aiiil  onces;  eau 
de  gomme  édulcorée  j  cataplasme;  lavement  d'amidon  avec 
laiidamtm  douze  gouttes). 

Le  7,  la  tension  et  la  tuméfaction  du  ventre  persistent; 
frisson,  pâleur,  refroidissement  général;  douleurs  abdomi- 
nales vives;  de  temps  à  autre  gémissemens;  langue  toujours 
fcèche  et  sale;  légère  stupeur  [Eau  de  gomme  édulcorée;  cata- 
plasmes ;  lavemens  laudanisés). 

Les  9  et  10,  les  symptômes  cérébraux  ont  pris  un  caractère 
plus  grave  encore  ;  à  la  stupeur  et  à  l'abattement  a  succédé 
de  l'agitation  ;  les  yeux  sont  animés  ;  cette  femme  pousse  des 
cris  qui  troublent  le  repos  des  autres  malades  (  Large  vésica- 
toire  sur  l'ahdomen). 


SUITES  DE  COUCHES.  I  l5 

Le  II,  la  malade  se  plaint  de  vives  douleurs  et  d'une  très 
grande  oppression. 

Les  la  et  i3,  la  peau  est  couverte  d'une  sueur  froide; 
agitation  continuelle  ;  incontinence  de  l'urine  et  des  matières 
fécales  ;  tuméfaction ,  douleur  et  tension  de  l'abdomen  j  pouls 
petit  et  déprimé,  traits  décomposés. 

Le  i5,  sufFocalion  extrême,  pouls  presque  insensible.  Mort 
le  i4  au  malin. 

Autopsie  du  cadavre,  — Abdomen.  Le  péritoine  oflfre  une  teinte 
bi  une-ardoisée,  générale  ;  quelques  adhérences  unissent  le  colon 
transverse,  le  grand  épiploon  et  le  fond  de  l'utérus,  dont  le 
volume  égale  celui  des  deux  poings.  L'utérus  adhère,  dans  tout 
son  pourtour,  aux  parois  dupetitbassin,àla  vessie  et  au  rectum. 
Après  avoir  détruit  ces  adhérences ,  on  remarque  de  petits 
dépôts  purulens  dans  le  t'ssu  cellulaire  du  petit  bassin  et  dans 
les  fosses  iliaques.  La  cavité  dupéritoine  ne  contenait  ni  liquide 
séreux,  ni  liquide  purulent.  Les  veines  ovariques ,  iliaques  et 
utérines,  pleines  d'un  sang  fluide  et  séreux,  n'offraient  point  de 
traces  de  suppuration.  Le  tissu  cellulaire  du  petit  bassin  était 
généralement  engorgé.  La  face  interne  de  l'utérus  est  recou- 
verte d'une  couche  molle,  grisâtre,  qui  s'enlève  comme  une 
bouillie.  Le  col  de  l'utérus,  dilaté  et  très  tuméfié,  présente 
deux  déchirures  profondes  aux  extrémités  du  museau  de 
tanche. 

Le  rein  gauche,  un  peu  plus  volumineux  que  le  rein  droit  > 
présente,  à  sa  surface,  une  injection  rouge ,  très  prononcée,  in- 
terrompue par  des  plaques  blanches,  déprimées.  La  sub- 
stance corticale  est  ramollie  au  niveau  de  ces  plaques  blan- 
ches; et,  si  on  l'incise  en  ces  points,  il  suinte  une  matière 
purulente.  Les  cônes  de  la  substance  tubiJeuse  qui  corres- 
pondent à  la  couche  corticale  ainsi  altérée,  présentent  une 
injection  radiée  ,  et  fournissent  une  assez  grande  quantité  de 
sang  lorsqu'on  les  incise. 

Il  existe,  en  outre,  à  la  surface  du  rein  et  dans  l'épaisseur 
de  la  substance  corticale ,  de  petits  épanchemens  de  sang  coa- 
gule. L;»  substance  corticale  n'a  augmenté,  d'une  manière 
notable,  d'épaisseur,  ni  de  consistance;  elle  est  plus  molle  dans 

8. 


I  it)  PYÉLITES 

le  rein  droit  que  dans  le  rein  gauche,  dont  les  altérations 
sont  bien  moins  prononcées.  Celui-ci  n'offre ,  à  sa  surface  , 
qu'une  légère  injection, nuancée  de  teintes  rouges  etjaunâlres  ; 
il  est,  du  reste  ,  à  l'état  sain. 

La  membrane  interne  des  deux  bassinets ,  épaissie  et  très 
injectée,  est  parcourue  par  une  multitude  de  vaisseaux,  les 
uns  rosés  et  les  autres  bleuâtres.  Cette  membrane  est  enduite 
d'un  mucus  épais  et  purulent. 

La  vessie  est  contractée  ;  sa  membrane  interne ,  d'un  brun 
foncé  par  plaques,  et  d'un  rouge  vif  sur  d'autres  points,  offre 
la  rougeur  et  la  tuméfaction  qui  appartiennent  à  l'inflamma- 
tion aiguë  de  cet  organe.  Le  trigone  vésical  a  une  couleur 
d'un  rouge  bleu ,  très  foncé,  et  noirâtre  dans  quelques  points. 
Le  col  de  la  vessie,  dans  l'étendue  de  cinq  à  six  lignes,  pré- 
sente une  surface  lout-à-fait  noire ,  circonscrite  par  un 
cercle  grisâtre  oii  la  membrane  muqueuse  est  complète- 
ment mortifiée. 

L'intestin,  le  poumon,  le  cœur,  les  gros  vaisseaux  et  le 
cerveau  étaient  sains. 

^  GSg.Dans  l'observation  suivante,  qui  a  été  recueillie  par  un 
de  mes  anciens  élèves,  M.  le  docteur  Roger,  l'inflammation 
suppuralive  du  bassinet  n'était,  à  proprement  parler ,  qu'un 
des  phénomènes  d'une  maladie  générale ,  d'une  infection  pu- 
rulente. Ce  fait  doit  être  rapproché  de  plusieurs  autres  que  j'ai 
déjà  publiés  (§  475). 

Obs.  XIII. —  Accouchement;  résorption  purulente;  pus  dans  le  rein  et  les 
calices,  dans  la  rate,  les  poumons,  le  péricarde. 

Louise  Chamet,  âgée  de  vingt-quatre  ans,  domestique, 
entra  à  l'Hôtel-Dieu,  le  19  janvier  1837.  Cette  fille,  d'une 
constitution  forte,  avait  habituellement  une  santé  excellente. 

Elle  affirme  n'avoir  jamais  été  malade,  et  n'avoir  éprouvé 
aucun  accident  du  côté  des  voies  urinaires. 

Elle  est  accouchée,  pour  la  première  fois,  le  i*"^  janvier 
jS37  ;  la  grossesse  avait  été  heureuse,  et  l'accouchement  fut 
facile  et  prompt.  Pendant  six  jours  les  lochies  coulèrent  bien; 
puis,  soxis  l'influence  d'un  léger  refroidissement,  elles  s'arrê- 


SUITES  DE  COUCHES.  I  1 7 

tèrent  presque  tout-à-fait.  En  même  temps,  Chamet  commença  à 
tousser  un  peu;  elle  avait  un  malaise,  une  faiblesse  générale, 
avec  des  frissons  par  intervalle  :  mais  elle  ne  s'alita  point,  et 
elle  ne  put ,  quand  nous  la  vîmes  pour  la  première  fois ,  accuser 
de  siège  à  son  mal. 

Notre  examen  ne  mena  point,  non  plus,  à  un  résultat  positif. 

Le  19  janvier  ,  faciès  altéré  ,  pâleur  ;  langue  un  peu 
rouge ,  non  visqueuse ,  soif,  peu  d'appétit  ;  ni  nausées ,  ni 
vomissemens ,  ni  diarrhée  ,  ni  constipation  ;  ventre  complète- 
ment indolent ,  même  à  la  pression  ;  point  de  taches  à  la  peau. 
Pouls  donnant  seulement  soixante-quatre  pulsations,  régulier  j 
peau  un  peu  chaude;  la  malade  dit  avoir,  le  soir,  des  frissons 
non  suivis  de  sueur;  toux  fréquente,  peu  douloureuse,  hu- 
mide; crachats  muqueux.  Bulles  de  râle  muqueux  à  la  base 
des  deux  poumons,  avec  râle  sibilant  par  intervalles.  Point 
de  dyspnée. 

Les  urines  n'offraient  rien  d'extraordinaire ,  au  dire  de  la 
malade ,  et  elles  ne  furent  point  examinées. 

Pas  de  céphalalgie;  faiblesse  générale  avec  étourdissement 
{Tisane  de  mauve  sucrée  .Julep). 

Cinq  jours  après  son  entrée  à  l'hôpital,  cette  femme  était 
dans  la  même  situation  :  seulement  elle  se  plaignait  d'une 
légère  douleur  dans  le  ventre  [Cataplasmes  èmolliens  ). 

Le  26,  la  faiblesse  ^,énérale  est  beaucoup  plus  grande,  le 
faciès  est  de  plus  en  plus  altéré;  la  teinte  de  la  peau  est  par- 
tout d'un  jaune  pâle ,  les  dents  sont  sèches ,  la  langue  collante; 
il  y  a  de  la  diarrhée.  La  malade  a  des  frissons  le  soir  :  la  fièvre 
est  continue,  le  pouls  petit  et  fréquent.  Cet  état  fait  songer  à 
une  résorption  purulente;  mais  un  examen  attentif  et  répété 
ne  peut  faire  découvrir  aucune  maladie  locale. 

Le  dernier  jour,  il  y  eut  du  délire.  Mort  le  ti'ois  février. 

Atitojjsie  du  cadavre ,  trente-huit  heures  après  la  mort.  — 
Dans  le  flanc  gauche,  vers  la  dernière  fausse  côte,  on  trouva 
un  abcès  de  la  grosseur  d'un  œuf  de  poule,  situé  entre  le  pé- 
ntome  pariétal  et  l'épiploon ,  et  circonscrit  par  de  fausses 
membranes  récentes. 

La  rate  était  recouverte  en  partie  par  le  foie,  qui  était  très 


1 1 8  PYÉLITES 

développé,  mais  sain  d'ailleurs.  Dans  la  partie  inférieure  et  an- 
térieure de  la  raie  existait  un  abcès  de  la  grosseur  d'une  noix  : 
le  foie  formait  la  paroi  antérieure  du  foyer  purulent.  Deux  au- 
tres petits  abcès,  isolés,  gros  comme  un  œuf  de  pigeon,  se 
trouvaient  dans  le  tissu  de  la  rate,  qui  était  très  volumineuse 
et  généralement  ramollie.  La  surface  de  cet  organe  était  égale- 
ment parsemée  de  fausses  membranes  de  récente  formation.  A 
part  ces  adhérences,  il  n'y  avait  pas  de  traces  de  péritonite.  Pas 
d'abcès  dans  le  foie,  ni  d^ans  la  fosse  iliaque,  ni  dans  le  petit 
bassin. 

L'utérus  était  à-peu-près  double  de  son  volume  ordinaire; 
«on  tissu  ferme  paraissait  sain  :  dans  sa  cavité,  teinte  rouge 
noirâtre  (probablement  restes  du  placenta).  Les  trompes ,  les 
veines  utérines,  les  vaisseaux  lymphatiques,  examinés  avec 
beaucoup  de  soin,  ne  contenaient  point  de  pus,  non  plus  que 
les  veines  caves,  les  veines  hépatiques,  la  veine  porte,  les 
veines  du  petit  bassin ,  les  iliaques  et  les  crurales. 

Les  grandes  articulations  furent  ouvertes  et  parurent  sainés. 

Les  organes  de  la  cavité  crânienne  ne  présentèrent  aucune 
altération.  Adhérences  anciennes  au  sommet  des  poumons. 
Engouement  de  la  partie  postérieure  des  deux  poumons  : 
dans  tous  les  deux,  dans  le  droit  surtout,  on  rencontre  plu- 
sieurs petils  abcès  métasta tiques,  de  la  grosseur  d'une  noi- 
sette. Péricardite  récente  et  très  étendue:  six  à  huit  onces 
de  sérosité  jaunâtre ,  flocons  albumineux,  fausses  membranes 
dans  la  cavité  du  péricarde  et  donnant  au  feuillet  péricardique 
du  cœur  l'aspect  d'une  langue  de  chat. 

A  l'extrémité  supérieure  du  rein  gauche ,  il  y  avait  un  foyer 
qui  contenait  au  moins  quatre  onces  d'un  pus  blanc  jaunâtre 
homogène.  Ce  foyer  faisait  saillie  à  la  surface  externe  du 
rein ,  dans  la  substance  corticale  elle-même. 

§  690.  L'observation  suivante,  qui  m'est  communiquée  par 
M.  Tardieu,  fils,  interne  des  hôpitaux,  est  curieuse  à  plusieurs 
égards.  D'abord  la  femme  qui  est  le  sujet  de  l'observation,  était 
nourrice,  et  ellea  allaité  un  enfant,  pendant  plusieurs  mois,  sans 
avoir,  en  aucune  façon,  la  conscience  de  la  tumeur  rénale 
qu'elle  portait  dans  le  flauc  droit.  Pendant  la  vié,  on  a  pensé 


ET  ALLAITEMENT.  I  I9 

que  cette  tumeur  pouvait  dépendre  tout  aussi  bien  du  foie  que 
du  rein  ;  l'urine  était  naturelle,  ou  au  moins  ne  contenait  pas 
de  pus;  l'uretère  du  rein  malade  était  dans  un  point  complète- 
ment oblitéré.  La  mort  paraît  avoir  été  déterminée  non-seule- 
ment par  l'inflammation  de  la  poche  rénale,  mais  encore  par 
l'inflammation  du  péritoine  et  de  la  portion  contiguë  du  foie. 
Obs.  XIV. —  Dyspnée  et  diarrhée;  urines  naturelles,  non  chargées  do  pus; 

pyélite  calculeusedu  rein  droit;  affection  de  la  portion  contiguë  du  foie; 

péritonite  ;  mort. 

Glinet,  née  Pillon  (Louise-Antoinette),  âgée  de  27  ans,  ba- 
layeuse, épuisée  parle  travail  et  la  misèrej  nourrissant  un  en- 
fant de  huit  mois,  entra  à  l'hôpital  Cochin  le  3o  juillet  i84o. 
Elle  était  malade  depuis  huit  jours  sans  pouvoir  assigner  au- 
cune cause  de  dérangement  de  la  santé.  Interrogée  à  plusieurs 
reprises,  elle  persiste  toujours  à  assurer  qu'elle  se  portait  en- 
core très  bien  il  y  a  quelques  jours.  La  physionomie  exprime 
la  douleur  et  l'angoisse;  les  yeux  sont  brillans,  les  pommettes 
fortement  colorées.  Le  symptôme  le  plus  apparent  est  une  ex-r 
cessive  dyspnée.  La  malade  se  plaint  d'une  douleur  très  vive  à 
la  base  de  la  poitrine,  du  côté  droit,  en  arrière,  vers  la  sixième 
côte;  la  respiration  est  un  peu  sifflante  au  sommet  du  poumon. 
La  maladea  craché  du  sang  en  très  petite  quantité  à  une  époque 
qu'elle  ne  peut  préciser.  Le  ventre  est  le  siège  d'une  vive  douleur. 
Quand  on  palpe  les  parois  abdominales,  le  foie  paraît  considé- 
rablement augmenté  de  volumej  il  remonte  jusqu'à  la  quatrième 
côte  et  déborde  de  56  millimètres  les  cartilages  des  fausses 
côtes.  Tout  cet  espace  est  rénitent  au  toucher  et  très  sensible  à 
la  pression.  Depuis  quatre  jours,  la  malade  a  une  diarrhée 
presque  continuelle;  le  pouls  est  à  102  pulsations,  assez  plein 
encore  [Saignée  de  deux  palettes).  Le  soir,  la  douleur  du  côté 
est  beaucoup  moindre;  la  dyspnée  persiste  encore  ainsi  que  le 
dévoiement  {Saignée  d'une  palette  et  demie;  lavement  lati- 
daiiise). 

Le  3i  juillet,  la  dyspnée  a  considérablement  diminué  ;  mais 
la  rénitence  douloureuse  que  l'on  a  remarquée  dans  Je  flanc 
droit,  est  toujours  la  même.  La  diarrhée,  qui  avait  disparu,  re- 
paraît le  malin  (i  5  sangsues  à  l'anus).  Le  1"  août,  la  malade 


1 20  PYJÉLlTfiS 

ne  pouvant  continuer  de  soigner  son  enfant  on  le  lui  retire; 
elle  est  excessivement  faible.  Le  2  août,  on  sent  manifestement, 
dans  le  flanc  droit  une  tumeur  dure,  circonscrite,  douloureuse  à 
la  pression,  légèrement  saillante  en  avant,  se  prolongeant  en  ar- 
rière vers  le  rein  ;  en  bas  on  ne  peut  isoler  le  foie  delà  tumeur. 
La  poitrine  ne  présente  à  noter  qu'un  peu  de  râle  sibilant.  Les 
urines,  acides,  sont  naturelles,  au  moins  en  apparence;  elles 
sont  peu  abondantes.  La  diarrhée  persiste.  Pouls  donnant  ii4 
pulsations  (Lrtveme7ii;  cataplasme  ;  lains).  Les  jours  suivans, 
la  fièvre  et  le  dévoiement  continuent;  la  dyspnée  reparaît;  la 
figure  prend  de  plus  en  plus  une  expression  d'anxiété;  les 
urines  paraissent  naturelles  ;  la  tumeur  du  flanc  devient  de  plus 
en  plus  distincte;  on  pense  que  c'est  une  tumeur  phlegmo- 
neuse  du  foie,  ou  plutôt  une  tumeur  rénale  {Décoction  blanche  j 
bains jriz).  Le  fi,  la  malade  est  prise  du  hocquet;  diarrhée; 
fièvre;  nausées  suivies  de  quelques  vomissemens  [Bains  ;  glace; 
x5  sangsues  A  l'a7ius).  Le  7,  frisson  court  et  passager;  l'état 
général  est  le  même.  L'aflTaiblissement  est  toujours  croissant; 
les  bains  causent  beaucoup  de  fatigue.  Le  8,  nouveaux  fris- 
sons; sur  les  membres,  le  cou,  les  épaules,  larges  plaques 
érythémateuses  qui  disparaissent  le  soir.  Le  9,  on  sent,  à  n'en 
pas  douter,  de  la  fluctuation  dans  le  tumeur.  Le  hocquet  est  de 
plus  en  plus  fort.  Les  yeux  sont  ternes;  au  sortir  du  bain,  la 
malade  est  prise  d'un  frisson  violent;  au  bout  de  quelque  lemps 
on  voit  reparaître,  sur  tout  le  corps,  de  larges  taches  d'un  rouge 
livide.  A  huit  heures,  la  malade  succombe  sans  avoir  présenté 
aucuns  symptômes  cérébraux. 

Autopsie  du  cadavre  dix-huit  heures  après  la  mort.  —  Etat 
extérieur.  La  rigidité  cadavérique  est  extrême;  çà  et  là  on  re- 
marque des  marbrures  violacées. 

Cavité  thoracique.  —  Les  plèvres  et  les  deux  poumons  sont 
sains  dans  toute  leur  étendue;  point  de  tubercules.  L'oreillette 
droite  du  cœur  contient  un  caillot  très  •volumineux,  en  partie 
décoloré,  assez  adhérent. 

Cavité  aldominale.  —  L'ouverture  du  péritoine  donne  issue 
à  une  petite  quantité  de  sérosité  trouble.  Cette  membrane 
présente  de  faibles  traces  d'inflammation;  un  peu  d'injec- 


ET  ÂLLAlTEMliNT.  1^1 

tion  sur  les  intestins;  un  peu  de  pus  dans  le  petit  bassin. 

Dans  le  flanc  droit,  on  découvre  une  tumeur  bornée  en  haut 
par  le  foie,  en  dedans  par  le  duodénum,  et  en  bas  par  le  cœcum 
et  le  colon.  Une  incision  pratiquée  en  arrière  de  cette  tumeur 
en  fait  sortir  plus  d'un  demi-litre  de  pus  crémeux,  jaune- 
verdâtre ,  semblable  à  celui  que  l'on  voit  dans  le  bassin. 
Après  avoir  isolé  cette  tumeur  des  portions  du  tube  digestif 
qui  lui  sont  faiblement  adhérentes  et  qui  toutes  sont  saines, 
on  reconnaît  que  cette  poche ,  à  parois  épaisses  et  injec- 
tées de  vaisseaux  nombreux,  est  formée  par  le  rein  droit, 
qui,  par  la  disparition  de  sa  substance  propre,  le  déplissement 
etl'énorme  distension  deses calices, se  trouve  transforméenune 
cavité  multiloculaire,  remplie  de  pus.  La  membrane  interne  du 
bassinet  est  villeuse  et  épaissie;  on  remarque  trois  loges  à-peu- 
près  d'égale  grandeur,  séparées  les  unes  des  autres  par  une  cloi- 
son. Chacune  de  ces  loges  est  subdivisée  et  traversée  par  des 
brides  qui  y  forment  des  anfractuosilés  plus  ou  moins  profon- 
des. Dans  la  troisième  loge,  celle  qui  correspond  au  bassinet, 
ou  découvre  un  fragment  solide,  irrégulièrement  brisé,  prove- 
nant d'un  calcul  de  la  grosseur  d'une  noisette,  et  présentant  la 
structure  suivante  :  l'extérieur  est  formé  par  une  substance 
inorganique,  stratifiée,  qui  enveloppe  une  autre  partie  molle  et 
spongieuse.  On  trouve,  dans  la  même  loge,  quatre  autres  petits 
calculs  rhomboïdaux.  L'uretère  aboutit  à  cette  poche.  Un  stylet 
introduit  par  le  bout  inférieur  de  ce  conduit,  ne  peut  pénétrer 
dans  le  bassinet.  A  son  origine,  l'uretère  est  oblitéré;  disposi- 
tion qui  explique  les  résultats  tout -à-fait  négatifs  fournis  par 
l'inspection  des  urines;  ses  parois  se  confondent  avec  le  tissu 
cellulo-graisseux  de  la  scissure  épaissi  par  l'inflammation.  Il 
ne  reste  plus  de  trace  des  substances  rénales. 

Le  foie  adhère  ,  en  plusieurs  points  ,  aux  parois  de  la  tumeur 
rénale  sans  communiquer  avec  elle.  A  sa  partie  inférieure, 
vers  l'extrémité  droite  de  son  bord  libre,  il  est  ramolli,  à  une 
assez  grande  distance,  par  le  pus  qui  en  infiltre  le  tissu. 
Dans  le  reste  de  son  étendue,  le  foie  est  d'un  brun  grisâtre  et  a 
perdu  sa  consistance,  comme  s'il  eût  déjà  subi  une  putréfaction 
assez  avancée.  La  vésicule  de  fiel,  qui  n'est  que  très  faiblement 


laa  PYÉLITES  COMPLIQUÉES 

unie  au  rein  malade  ,  renferme  de  la  bile  sans  caractère  parti- 
culier, et  quatre  calculs  de  cholestérine,  chacun  du  volume  d'un 
gros  pois.  Les  fibres  superficielles  du  muscle  carré  des  lombes 
et  du  psoas ,  qui  sont  en  rapport  avec  la  paroi  postérieure  de 
la  tumeur  rénale,  sont  ramollies. 

Le  rein  du  côté  gauche  est  considérablement  hypertrophié; 
il  a  à-peu-près  le  double  de  son  volume  normal.  L'hypertro- 
phie porte  surtout  sur  la  substance  corticale  qui,  dans  l'inter-r 
valle  des  cônes,  a  jusqu'à  3a  millimètres  d'épaisseur.  Il  est  ua 
peu  mou,  mais  sain  d'ailleurs. 

La  vessie  n'est  pas  malade  ;  elle  contient  un  peu  d'urine  très 
légèrement  trouble. 

Le  tube  digestif  est  sain  dans  toutes  ses  parties. 

§  6gi.  L'observation  suivante  est  remarquable  à  plusieurs 
égards.  La  coïncidence  d'un  cancer  de  Cutèrus  et  du  va  ginet, 
dans  les  derniers  temps,  celle  d'une  fistule  vésico-vaginale , 
avaient  dû  éloigner  jusqu'à  la  pensée  d'attaquer  la  tumeur  ré- 
nale, soit  par  les  caustiques,  soit  par  l'instrument  tranchant. 
Mais  il  est  bon  de  remarquer  que,  dans  ce  cas,  toute  tentative 
de  ce  genre  eût  été  inutile  ou  fâcheuse;  car  il  s'était  opéré  dans 
la  tumeur  rénale  un  phénomène  des  plus  extraordinaires:  le 
rein  s'était  atrophié,  la  scissure  et  les  espaces  inlerlobulaires 
avaient  été  envahis  par  la  graisse,  et  le  bassinet  et  les  calices 
(un  seul  excepté,  qui  était  occupé  par  un  calcul),  s'étaient  obli-» 
térés  complètement. 

Obs.  XV.  —  Tumeur  fluctuante  dans  la  région  du  rein  droit;  urines  puru- 
lentes; distension  et  affaissement  alternatifs  de  la  tumeur;  plus  tard,  di- 
minution du  Tolnme  de  la  tumeur, — Atrophie  du  rein  droit  et  conversion  en 
cordons  fibreux  du  bassinet  et  des  calices;  développement  considérablo 
du  tissu  cellulaire  graisseux  extra-rénal  (Atlas,  Pl.  lu,  fig.  i). 

Marie  Charpentier,  âgée  de  60  ans,  couturière,  aiitrefois 
garde-malade,  entra  à  l'hôpital  de  la  Charité,  le  6  octobre  i855, 
pour  y  être  traitée  d'une  douleur  qu'elle  éprouvait  depuis 
long-temps  dans  le  flanc  droit  et  le  rein  du  même  côté. 

Cette  femme  a  eu  quatre  enfans,  et  une  fausse  couche  à  l'âge 
de  26  ans.  Elle  a  eu  une  légère  attaque  d'hémiplégie ,  il  y  a  sept 
ans. 


DE  CANCER  DE  l'uTÉRUS.  ia3 

Il  y  a  plus  de  six  ans  qu'elle  a  ressenti,  pour  la  première  fois, 
des  douleurs  rénales  ;  et  depuis  trois  ans  elle  a  souvent  rendu 
des  urines  blanches  ou  laiteuses.  Elle  a  déjà  fait  un  premier 
séjour  à  l'hôpital,  d'oii  elle  est  sortie  soulagée;  mais  depuis 
quelques  jours  elle  a  dû  renoncer  à  ses  occupations  et  re- 
prendre le  lit. 

Elle  n'a  point  de  fièvre  ;  il  n'y  a  ni  vomisaemens,  ni  diarrhée  ; 
la  digestion  n'est  pas  dérangée.  La  malade  accuse,  dans  le 
flanc  droit ,  une  douleur  que  la  pression  augmente.  La  main 
appliquée  sur  la  région  du  rein  droit,  sent  une  grosse  tu- 
meur qui  occupe  tout  le  flanc ,  s'avance  à  deux  travers  de 
doigt  de  l'ombilic,  et  descend  jusqu'à  la  crête  iliaque.  Après 
avoir  fait  coucher  la  malade  sur  les  coudes  et  les  genoux,  on 
peut  constater  que  la  région  du  rein  droit  est  saillante,  ar- 
rondie, surtout  en  la  comparant  à  celle  du  côté  opposé;  l'in- 
tervalle compris  entre  les  apophyses  épineuses,  lombaires,  et 
la  ligne  extérieure  du  tronc,  est  plus  considérable  du  côté  droit 
que  du  côté  gauche,  d'oii  résulte  une  esjjèce  de  renflement  du 
flanc  droit.  La  main  appliquée  sur  cette  voussure  est  soutenue 
par  une  tumeur  assez  résistante,  sans  bosselure.  Celte  tumeur, 
qu'on  limite  facilement  par  la  percussion,  rend  un  son  mat.  Le 
cœcum  est  un  peu  refoulé  en  bas  et  en  dedans,  et  le  colon  as-< 
ceudant  projeté  au  côté  interne  de  la  tumeur  est  assez  près  de 
l'ombilic  Cette  portion  du  gros  intestin  s'infléchit  probable^, 
ment  ensuite  pour  remonter  à  la  partie  supérieure  de  la  tu- 
meur, entre  elle  et  le  foie;  car,  en  percutant  sur  les  fausses 
oôtes,  on  obtient  le  son  mat  que  rend  le  foie  à  la  percussion. 
Du  côté  droit,  les  dernières  côtes  ne  se  rapprochent  pas  autant 
de  la  ligue  médiane  que  celles  du  côté  opposé.  Pas  de  tumeur 
de  la  rate,  ni  du  rein  gauche.  La  vessie  n'est  pas  distendue 
par  l'urine  ;  explorée  par  la  sonde,  elle  ne  contient  pas  de 
calculs. 

Depuis  quelques  jours,  les  urines,  qui  sont  ordinairement  lai^ 
teuses  (expression  de  la  malade),  l'ontété  moins,  et  elle  croit 
sentir  plus  de  tension  dans  le  côlé  droit  qu'à  l'ordinaire.  La 
tumeur  est  douloureuse  dans  tous  les  points ,  mais  surtout  à  sa 
partie  antérieure,  à  trois  travers  de  doigt  du  nombril. 


la/i  PYÉLITES  COMPLIQUÉES 

Le  lieu  occupé  par  la  tumeur,  l'absence  des  signes  propres 
aux  maladies  du  foie  (il  ne  déborde  pas  les  fausses  côtes,  et  la 
percussion  au-dessous  du  rebord  costal  donne  le  son  clair  du 
gros  intestin  rempli  par  des  gaz) ,  la  coïncidence  d'urines  puru- 
lentes, tout  nous  fit  penser  que  la  tumeur  était  produite  par 
la  distension  du  rein  droit. 

Cette  femme  n'a  jamais  rendu  de  calculs  ;  cependant ,  tout 
porte  à  croire  que  Jes  accidens  proviennent  de  la  présence 
d'une  pierre  dans  le  bassinet  ou  dans  l'uretère. 

Si  l'écoulement  des  urines  purulentes  n'a  pas  été  continu,  cela 
peut  tenir  à  ce  que  le  calcul  l'intercepte  parfois,  mais  il  se  ré- 
tablit du  moment  oli  la  masse  du  liquide  est  assez  considérable 
pour  opérer  le  déplacement  de  ce  corps  étranger. 

Chaque  jour  la  malade  prenait  un  bain.  Pour  combattre  la 
douleur  ressentie  vers  l'ombilic,  on  fit,  en  outre,  une  applica- 
tion de  quinze  sangsues  ,  et  on  prescrivit  des  cataplasmes 
émolliens. 

Les  urines,  laissées  en  repos  ,  présentaient  un  dépôt  puru- 
lent, composé  de  flocons  blancs  assez  mal  lies.  La  partie  qui 
surnage  le  dépôt  est  acide  et  jaunâtre  comme  l'urine  ordinaire. 
Elle  contient  eu  dissolution  un  peu  d'albumine,  et  elle  est  coa- 
gulable  par  la  chaleur  et  l'acide  nitrique.  Le  dépôt  forme  avec 
l'ammoniaque  une  masse  glaireuse  ei  filante  ;  un  excès  d'am- 
moniaque aidé  par  la  chaleur  en  opère  complètement  la  dis- 
solution. Une  partie  du  dépôt  mise  daus  l'eau  et  chauffée  se 
concrète  tout-à-fait. 

La  malade  n'a  jamais  souffert  dans  le  rein  gauche  {Bains, 
ii-carbonate  de  sottde,  gr.  XX,  émulsion;  un  quart  d^alimens). 
Vers  le  i6  octobre ,  augmentation  de  la  douleur  vers  l'ombi- 
lic ;  un  peu  de  fièvre ,  pas  de  nausées  (  Calaplames  ,  hains  )  ; 
soulagement.  Vers  le  3o  octobre,  retour  de  la  douleur  (i5  sang- 
sues qui  donnent  peu  de  sang)-  Le  3i  {quarante  sangsues),  sou- 
lagement complet  qui  s'est  maintenu. 

On  a  gardé  la  malade  à  l'hôpital,  et  la  tumeur  rénale  s'est 
affaissée;  mais  les  urines  ont  toujours  conservé  la  même  ap- 
parence purulente  au  moment  de  l'émission.  Elles  sont  res- 
tées acides;  leur  quantité  n'a  pas  offert  de  variations  nota- 


DE  CANCER  DE  l'uTÉRUS,  ia5 

bles.  La  douleur  n'a  pas  reparu  depuis  la  dernière  applica- 
tion de  sangsues.  La  santé  générale  a  peu  souffert.  Il  y  a  un 
peu  de  dévoieraent  ;  la  malade  mange  la  demi-portion  et  reste 
levée  une  grande  partie  du  jour  ;  elle  ne  souffre  pas  en  urinant 
et  n'urine  plus  aussi  souvent  qu'autrefois  ;  elle  se  plaint  seule- 
ment de  sentir  dans  le  flanc  une  pesanteur  et  \me  faiblesse. 
C'est  ainsi  qu'elle  exprime  la  gêne  que  lui  cause  sa  tumeur  (i). 

Cette  malade  sortit  de  l'hôpital,  et  elle  y  rentra  quelques 
temps  après.  Indépendamment  de  la  tumeur  rénale,  je  constatai 
qu'elle  avait  un  cancer  de  l'utérus  et  une  altération  du  cer- 
veau. 

Cette  femme  fut  admise  de  nouveau  à  la  Charité,  le  i5  juillet 
j836.  Elle  avait  conservé  assez  d'embonpoint,  bien  qu'elle  por- 
tât sur  sa  figure,  pâle  et  jaune,  les  traces  d'une  affection  chro- 
nique. 

Comme  lors  de  son  premier  séjour  à  l'hôpital,  on  rencontre, 
dans  le  flanc  droit,  une  tumeur  volumineuse  qui  descend  jus- 
qu'à la  crête  iliaque,  tumeur  qui  élargit  manifestement  le  côté 
droit  et  forme  voussure.  Cette  tumeur,  trop  molle  pour  être 
confondue  avec  le  foie,  trop  dure  et  surtout  finissant  trop  haut 
pour  qu'on  la  prenne  pour  un  kyste  de  l'ovaire,  est  un  peu 
fluctuante;  elle  ne  peut  être  attribuée  à  des  scybales,  ni  à  une 
affection  organique  du  colon  et  des  ganglions  lymphatiques, 
puisque  les  digestions  sont  assez  bonnes  et  qu'il  n'y  a  aucun 
signe  de  rétention  des  matières  fécales.  Du  reste,  les  signes 
fournis  par  l'examen  des  urines  ôtent  toute  espèce  de  doute  : 
ces  urines,  d'une  couleur  jaune  sont  acides  et  troubles;  elles 
contiennent  une  quantité  notable  de  pus  qui  forme  un  sédi- 
ment de  deux  à  quatre  lignes  d'épaisseur.  Aucun  signe  de 
maladie  à  la  vessie,  pas  de  douleur  dans  la  région  rénale.  Le 
toucher  fait  reconnaître  une  affection  organique  de  l'utérus.  Le 
doigt  arrivé  sur  l'ouverture  du  col  utérin,  cherche  en  vain  sa 

(i)  Il  faut  rapprocher  de  ce  cas  un  antre  extrait  de  la  clinique  de 
M.  Chomel  {Tumeur  de  la  région  iliaque  droite;  disparition  subite  et  com- 
plete  de  celle  tumeur;  présence  simultanée  du  pus  dans  les  urines,  —  Gazelle 
Médicale  deParis,  in.4,  t.  11,  p.  347,  l83l). 


ia6  PYJÉLITES  COMPLIQUÉES 

lèvre  postérieure;  elle  a  été  détruite  :  la  lèvre  antérieure  est 
inégale  ,  et  ses  bords  sont  taillés  à  pic  et  d'une  dureté  anomale. 
Le  col  de  l'utérus  semble  plus  volumineux  qu'à  l'ordinaire; 
l'orifice  du  museau  de  tanche  n'est  ni  largement  ouvert,  lU 
creusé  profondément. 

La  sonorité  de  la  poitrine  est  bonne,  et  la  respiration  est  pure 
dans  tous  les  points.  Il  n'y  a  point  de  fièvre.  Le  cœur  régu* 
lier  pour  l'impulsion  et  le  rhythme  ,  ne  fait  point  entendre  de 
bruit  anomal.  A  part  un  peu  d'inappétence  et  de  constipation, 
il  n'y  a  point  de  dérangement  des  fonctions  digestives. 

Pendant  six  semaines  que  la  malade  resta  à  l'hôpital,  les 
urines,  à  de  légères  modifications  près,  offrirent  les  mêmes  ca- 
ractères :  urines  purulentes,  acides  (une  fois,  on  en  constata 
l'acidité,  même  après  huit  jours  d'exposition  à  l'air),  donnant 
un  dépôt  compacte,  dont  la  couleur  ressemble  à  celle  de  la  cire 
blanche.  Parfois,  au-dessous  de  cette  couche ,  il  en  existe  une 
autre  d'une  à  deux  lignes  de  hauteur,  formée  par  des  sels. 
Pendant  quelques  jours  les  urines  parurent  sanguinolentes j 
mais  on  constata  l'existence  simultanée  d'une  métrorrhagie. 
De  plus,  la  malade  se  plaignit  d'éprouver  desaccidens  nerveux, 
étourdisseniens ,  céphalalgie,  vertiges,  engourdissemeus  et 
Ireiubleinens  dans  les  extrémités  supérieures  et  inférieures , 
avec  nécessité  de  s'asseoir,  mais  sans  embarras  dans  la  parole. 
Ces  accidens  duraient  cinq  minutes  environ,  et  se  renouv&> 
laienl  plusieurs  fois  par  jour^  sans  cause  connue. 

Au  bout  de  six  semaines  de  séjour,  Charpentier  sortit  de  l'hô'^ 
pit;il,  le  5  septembre,  à-peu-près  dans  le  même  état. 

Celte  femme  entra  une  troisième  fois  à  l'hôpital  de  la  Cha- 
rité, le  i3  novembre  i838,  dans  l'état  suivant:  face  pâle  et 
jaunâtre ,  œdème  considérable  des  extrémités  inférieures  et 
des  parois  abdominales.  Le  péritoine  ne  paraît  pas  contenir 
de  sérosité,  et  le  volume  du  ventre  est  dû  non-seulement 
à  l'œdème  de  ses  parois,  mais  encore  à  la  présence  d'une 
tumeur  fixée  dans  le  flanc  droit,  qui  est  plus  bombé  que  le 
flanc  gauche.  Lorsque  la  malade  est  assise  sur  son  lit,  on 
constate  que  la  largeui'  de  la  région  lombaire  droite  est  f^lus 
considérable  que  celle  de  la  région  lombaire  gauche. 


DE  CANCER  DE  l'uTÉRUS.  I27 

La  percussion  exercée  sur  cette  région  donne  un  son  mat  que 
l'on  perçoit  aussi  en  devant  jusqu'à  trois  travers  de  doigt  de 
l'ombilic,  et  depuis  le  bord  des  fausses  côtes,  jusqu'aux  envi- 
rons de  la  crête  iliaque. 

Si  l'on  palpe  avec  soin  le  flanc,  on  y  sent  une  tumeur  ar- 
rondie ,  résistante,  douloureuse  à  la  pression  et  qui  ne  paraît 
pas  faire  suite  au  foie  ;  car  au  niveau  du  bord  inférieur  de 
cet  organe,  caché  sous  les  fausses  côtes,  la  main  perçoit  une 
ligne  de  démarcation  entre  lui  et  le  contour  arrondi  de  la  tu- 
meur. Celle-ci  est  immobile ,  résistante,  et  la  pression  ne  dé- 
termine pas  de  gargouillement.  Entre  son  extrémité  inférieure 
et  la  région  sus-pubienne,  la  percussion  donne  un  son  tym- 
panique  comme  dans  tous  les  autres  points  de  l'abdomen , 
occupés  par  l'intestin.  Matité  naturelle  au  niveau  de  la  rate 
et  au  niveau  du  rein  gauche,  dont  la  pression  n'est  point  dou- 
loureuse. 

L'émission  des  urines  est  involontaire,  et  la  malade  n'en  est 
avertie  que  par  l'humidité  des  parties  génitales  et  des  cuisses  ; 
Charpentier  mouille  plusieurs  alèzes  dans  la  journée. 

Lorsque,  pour  constater  l'état  des  organes  génitaux ,  j'écar- 
tai les  grandes  lèvres  œdémaliées,  je  donnai  issue  à  un  flot  de 
liquide  blanchâtre  mêlé  de  grumeaux  purulens  et  d'une  odeur 
très  (élide ,  tenant  à-la- fois  de  l'odeur  de  l'urine  et  de  celle  des 
mucosités  sécrétées  par  les  ulcérations  cancéreuses  de  la  ma- 
trice; et,  en  effet,  c'était  un  mélange  d'urine  et  d'ichor  cancé- 
reux. Il  fut  impossible  de  reconnaître  le  col  utérin;  le  doigt 
se  perdait  au  milieu  de  végétations  fongueuses  ,  de  saillies 
dures  et  squirrheuses.  En  explorant  la  face  antérieure  du  va- 
gin, on  constala  l'existence  d'une  large  fistule  vésico-vaginale. 

La  malade  mange  sans  appétit,  et  digère  difficilement;  elle  a 
deux  selles  liquides  dans  les  vingt-quatre  heures.  La  respi- 
ration est  lente.  Le  pouls  est  petit  et  régulier.  La  faiblesse  de  la 
malade  est  telle  qu'elle  ne  peut  se  lever  sur  son  séant ,  sans 
le  secouis  de  l'infirmière. 

Depuis  deux  mois  l'œdème  des  extrémités  inférieures  existe, 
et  la  malade  a  été  obligée  de  garder  le  lit.  Pendant  son  séjour 
à  l'hôpital,  depuis  le  i3  novembre  jusqu'au  3o  du  mèmemo% 


îaS  PYÉLiTES  compliqui5es 

jour  de  sa  înort,  les  symptômes  de  cachexie  ont  fait  des  pro- 
grès rapides  :  les  extrémités  supérieures  et  la  face  ont  été  en- 
vahies par  l'œdème,  qui  n'a  pas  cessé  d'augmenter  aux  membres 
inférieurs,  ainsi  qu'aux  parois  abdominales  et  thoraciques.  Le 
décubitus  sur  le  côté  droit  ayant  favorisé  l'accumulation  de  la 
sérosité  dans  le  flanc  droit ,  et  augmenté  considérablement  le 
volume  de  cette  région  ,  ou  aurait  pu  croire  à  l'accroissement 
de  volume  de  la  tumeur  rénale;  mais,  en  comprimant  les  par- 
ties œdéraatiées  ,  on  parvenait  à  sentir  profondément  la  tu- 
meur, qui  paraissait  toujours  à-peu-près  dans  le  même  état. 
La  malade  fut  traitée,  sans  espoir  de  succès,  par  les  toniques. 
Un  dévoiement  colliquatif,  survenu  dans  les  derniers  jours  de 
la  maladie  et  que  les  opiacés  à  haute  dose  ne  purent  calmer, 
fut  le  symptôme  précurseur  de  la  mort. 

Autopsie  du  cadavre,  —  Habitude  extérieure.  Cadavre  d'une 
femme  bien  conformée.  La  peau  d'un  jaune-paille,  est  disten- 
due par  une  anasarque  générale. 

Abdomen.  La  cavité  péritonéale  ne  contient  que  quelques 
onces  d'une  sérosité  citrine.  L'intestin  grêle  est  refoulé  en 
grande  partie  dans  la  moitié  gauche  de  la  cavité  abdominale , 
et  deux  de  ses  circonvolutions  adhèrent  intimement  à  une 
masse  solide  qui  paraît  remplir  la  cavité  du  petit  bassin; 
toutefois  ,  ces  adhérences  n'ont  déterminé  aucun  étrangle- 
ment des  autres  portions  de  l'intestin.  Le  colon  ascendant  et  le 
cœcum  ,  refoulés  du  côté  de  la  ligue  blanche,  adhèrent  posté- 
rieurement à  une  tumeur  qui  remplit  le  flanc  droit  et  pré- 
sente un  aspect  des  plus  bizarres.  Quelques  ganglions  indurés 
et  deux  kystes  gros  comme  des  noix ,  font  saillie  sur  un  pre- 
mierplan  ,  au-dessous  d'une  membrane  blanchâtre  celluleuse, 
opaque  en  quelques  points,  transparente  en  d'autres,  et  qui 
n'est  autre  chose  que  le  péritoine.  Au  centre  de  ce  plan  , 
existe  un  relief  hémisphérique ,  blanchâtre,  élastique,  que 
l'on  prend  tout  d'abord  pour  la  saillie  du  bassinet  épaissi 
et  distendu.  Mais  une  incision  profonde  prouve  qu'il  n'y  a  là 
que  du  tissu  graisseux,  traversé  en  difFérens  sens  par  des  pro- 
longemens  cellulo-fibreux;  d'autres  incisions  donnent  le  même 
résultat.  Les  deux  kystes  sont  ouverts,  et  l'on  voit  sortir  de 


DE  CANCER   DE  l'utÉROS.  laç) 

leui'  cavité  un  liquide  transparent ,  tenant  en  suspension  une 
infinité  de  paillettes  molles,  nacrées  (cliolestérine)  qui  donnent 
au  liquide  un  reflet  argentin.  La  forme  de  cette  tumeur  est 
celle  d'un  ovoïde  ;  le  volume  en  est  égal  à  celui  d'une  tête  de 
fœtus  à  terme.  L'extrémité  inférieure  de  l'uretère  est  oblitérée 
au  niveau  du  détroit  supérieur  du  petit  bassin  ;  elle  ne  peut 
être  suivie  plus  bas ,  confondue  qu'elle  est  avec  la  masse  inex- 
tricable qui  remplit  le  petit  bassin.  Au-dessus  de  cette  oblité- 
ration, la  cavité  de  l'uretère,  dont  le  diamètre  est  doublé,  est 
remplie  par  un  liquide  séro-purulent,  et  ses  parois  épaissies 
sont  converties  en  un  tissu  blanc  de  contexture  fibreuse.  L'ex- 
trémité supérieure  ou  rénale  de  l'uretère  ,  enveloppée  par  un 
prolongement  de  la  tumeur  graisseuse  dans  lequel  elle  s'en^. 
fonce ,  se  termine  en  cul-de-sac  par  un  petit  godet  infun-I 
dibuliforme,  oii  l'on  ne  découvre  pas  la  plus  petite  ouverture. 
La  section  de  l'uretère,  continuée  dans  la  direction  présumée 
du  bassinet,  fait  voir  à  sa  place  un  cordon  blanc  fibreux, 
continu  à  l'uretère,  et  envoyant  çà  et  là  des  prolongemens  qui 
se  perdent  au  milieu  du  tissu  graisseux.  On  aperçoit ,  à  la 
partie  supérieure  de  la  coupe ,  quelques  lignes  au-dessous  de 
la  surface  de  la  tumeur,  une  bande  irrégulière,  d'une  ligne 
d'épaisseiir,  qui  rappelle  l'aspect  du  parenchyme  rénal.  Entre 
ce  tissu  rénal  et  le  tissu  fibreux  du  bassinet,  ou  voit  des  fais- 
ceaux fibreux,  séparés  par  des  pelotons  graisseux,  et  un  calice 
qui  a  dû  sa  conservation  à  la  présence  d'un  calcul  dans  sa 
cavité.  Ce  calcul  jaune-brun,  à  surface  chagrinée,  et  formé  de 
trois  branches,  avait  son  extrémité  la  plus  longue  dirigée  vers 
le  bassinet;  les  deux  autres  étaient  logées  dans  un  cul-de-sac 
biloculé,  représentant  sous  de  grandes  dimensions  l'évasement 
d'un  calice. 

Il  résulte  clairement  de  l'examen  de  toutes  ces  parties,  que 
le  tissu  cellulaire  graisseux  qui ,  à  l'état  normal,  existe  en  pe- 
tite quantité  entre  le  bassinet ,  les  calices  et  le  rein ,  a  subi  ici 
une  hypertrophie  considérable;  que  le  parenchyme  rénal  est 
atrophié  ou  converti  en  tissu  fibreux,  comme  le  bassinet  et  l'ex- 
tremilé  de  l'uretère,  et  qu'enfin  le  tissu  cellulaire  graisseux 
extra-rénal ,  hypertrophié ,  entre  à-peu-près  pour  une  bonne 

I". 


l3o  PYIÎLITES  001\rPT,[Qnî<rf5 

moitié  dans  le  volume  total  de  In  tumeur.  Nous  n'avons 
trouvé  que  quelques  petits  vaisseaux  artériels  et  veineux  en 
dehors  du  bassinet. 

La  capsule  surrénale,  droite,  était  adhérente  au  foie. 

Le  rein  gauche,  d'un  volume  normal ,  avait ,  à  sa  surface  , 
une  foule  de  petites  dépressions.  La  substance  corticale ,  d'une 
teinte  grisa Ir  ,  présentait  des  plaques  hypérémiées,  très  pro- 
noncées ,  sui  tout  autour  des  dépressions.  La  substance  tubu- 
leuse  était  saine  ;  le  bassinet  et  l'uretère  étaient  sains. 

La  vessie  ,  cachée  derrière  le  pubis  ,  adhérait  de  toutes  parts 
à  la  masse  qui  remplissait  le  petit  bassin.  La  vessie,  dont  la 
capacité  était  considérablenionl  diminuée,  communiquait  avec 
le  vagin  par  deux  ouvertures  ;  la  postérieure,  à  Contour  irrégu- 
liiir.  el  paraomé  de  végétations  fongueuses,  était  assez  large* 
pour  permettre  l'introduction  du  doigt  indicateur.  Les  parois 
de  la  vessie,  généralement  épaissies,  paraissaient ,  en  ce  point, 
converties  en  cancer.  La  membrane  muqueuse ,  d'un  gris  aî*-^ 
do)sé,.  présentait,  en  quelques  points  ,  des  arborisations  va«^' 
oulaires  très  prononcées. 

La  oavilé  du  vagin  était  sillonnée  par  d'énormes  végétations^! 
d'oii  l'on  faisait  suinter,  par  la  pression,  du  pus  mêlé  d'une* 
palpo  encéphaloïde. 

La  dégénérescence  cancéreuse  du  col  et  du  corps  de  la  matricè 
était  loUemeHl  avancée ,  qu'il  était  impossible  d'en  recounaîtrë 
la  forme.  L'utérus  formait  la  majeure  partie  de  la  masse  solidi 
qui  remplissait  lé  petit  bassin.  Diverses  incisions  ,  pratiquées 
dans  celle  masse ,  mettaient  h  découvert  des  noyaux  squir- 
rheux  ou  encéphaloïdes,  des  kystes  séreux  ou  purulens,  el 
une  grande  quantité  de  graisse  et  de  tissu  fibreux.  Au  milieu 
de  ces  productions  pathologiques,  l'uretère  gauche  et  le  rectum 
avaient  conservé  leur  calibre. 

L'intestin  ,  examiné  dans  toute  son  étendue  ,  n'offrait  exté- 
rieurement d'autres  altérations  que  les  adhérences  dont  nous 
avons  parlé.  A.  l'intérieur,  la  membrane  muqueuse  était  ramollie 
dans  presque  tout  le  gros  intestin.  Lefoie  et  la  rate  étaient  sains. 
Il  en  était  de  même  des  org&nes  contenus  dans  les  cavité» 
thoraciques  et  crâniennes. 


DE  CANCER   BV.  l'ùTiJrUS.  i3i 

S  flga.  J'ai  déjà  publié  quelques  observations  sur  les  rapports 
des  maladies  des  reins  avec  celles  de  l'utérus  et  de  ses 
annexes  (§422);  ces  ob3prvalions ,  les  deux  suivantes,  et  plu- 
sieurs autres  que  je  pourrais  citer,  montrent  que,  si  les  maladies 
de  l'utérus  engendrent  généralement  les  inflammations  chro- 
niques des  bassinets  et  des  reins,  c'est  par  suite  de  l'obstacle 
qu'elles  apportent  au  passage  de  l'urine ,  des  uretères  dans  la 
vessie.  Dans  ce  cas,  les  douleurs  des  reins  sont  souvent  attri- 
buées, à  tort,  exclusivement  aux  lésions  utérines.  L'inflamma- 
tion du  bassinet  et  des  reins  est  le  plus  souvent  indiquée  par 
des  urines  muqueuses ,  légèrement  acides  ou  alcalines  :  la  per- 
sistance de  la  cause  qui  la  détermine  rend  la  giiérison  diffi- 
cile et  inipossible  lors  même  qu'on  parvient  à  la  reconnaître  ou 
à  la  soupçonner  pendant  la  vie. 

Obs.  XVI. —  Cancer  de  l'utérn»  et  des  parois  du  ▼agin  ;  oyatite  avec  iaconti- 
nencc  d'urine;  inflammation  chronique  des  bassinets  et  des  reins. 


Garu,  âgée  de  44  ans,  dame  de  comptoir,  entra  à  l'hôpital 
de  ia  Charité  le  27  mars  i836. 

Constitution  épuisée;  symptômes  d'une  mort  prochaine. 

Cette  femme  avait  eu  cinq  enfans  en  cinq  couches  heureuses; 
elle  n'avait  jamais  eu  de  dartres,  ni  éprouvé  d'accidens  d» 
côté  des  voies  urinaii-es.  Les  premiers  symptômes  de  sa  ma- 
ladie i-eraontaient  à  six  mois  environ  ;  elle  avait  eu  une  perte 
fe  cette  époque ,  et  depuis  elle  avait  alternativement  des  héi- 
raorrhagies  et  des  pertes  blanches,  fort  abondantes.  Depuis 
un  mois  ,  vomissemens  opiniâtres  qui  ont  résisté  à  toute 
espèce  de  traitement. 

Le  doigt,  introduit  dans  le  vagin,  ne  trouve  plus  les  lèvre» 
du  col  utérin;  il  pénètre  directement  dans  une  cavité  à  parois  ru- 
gueùses  et  ramollies  ;  odeur  fétide  dans  le  vagin  j  au  niveau  de 
l'orifice  de  l'urèlhre  on  sent  des  duretés  ,  et  on  y  voit  des  ulcé- 
rations. 

La  malade,  depuis  trois  ou  quatre  jours,  urine  peu;  il  est, 
du  reste ,  impossible  d'apprécier  la  quantité  d'urine,  car  il  y 
a  mconlinence.  L'uriue  extraite  de  la  vessie  est  alcaline  et 


l3a  PYÉLITES  COMPLIQdlÎKS 

chargée  de  mucus  ;  elles  ramène  au  bleu  le  papier  de  tour- 

lu'sol  rougi  par  un  acide  ;  douleurs  aux  lombes. 
Celle  femme  mourut  le  3i  mars  i836. 

Autopsie  du  cadavre.  —  Le  col  de  l'utérus  est  détruit;  quaul 
au  corps  ,  plus  volumineux  d'un  tiers  que  dans  l'état  natui  el, 
il  représente  une  espèce  de  coque  ,  à  l'intérieur  de  laquelle  est 
un  détritus  d'un  brun  sale.  Incisé,  il  offre  les  caractères  du 
cancer;  il  est  dur  et  squirrlieux  dans  son  fond  et  à  l'état  de 
j amollissement  dans  la  moitié  voisine  du  col;  toute  la  paroi 
vagino-vésicale  et  vagino - urélhrale  est  indurée;  l'orifice  de 
l'urèlhre  est  cancéreux  et  au  pourtour,  ou  voit  des  ulcérations 
arrondies,  molles,  à  fond  grisâtre  et  jaunâtre.  Les  parois  de  la 
vessie  sont  épaissies  et  rouges;  les  uretères  sont  sains,  mais 
la  membrane  interne  des  bassinets  et  des  calices  est  rouge; 
les  parois  en  sont  épaissies.  Les  reins  présenlent  de  l'anémie 
avec  de  petites  arborisations  en  étoiles. 

Obs.  XVII. —  Cancer  du  rectum  ët  de  l'atcrus  ;  péritonite;  cystite  cbroniqup; 
dilatation  des  deux  uretères;  néphrite  double  avec  pyclite  et  dilatation 
du  bassinet. 

Lecointe  (Marie-Madeleine),  âgée  de  (5;  ans,  sans  profession, 
demeurant  rue  de  Grenelle,  entra  i  l'hôpital  de  la  Charité, 
le  ni  novembre  i836. 

Cette  femme  offrait  les  principaux  traits  de  la  cachexie  can*- 
céreuse;  peau  sèche,  terne  et  terreuse;  amaigrissement  con- 
sidérable; douleurs  vives,  habituelles  dans  l'abdomen,  suivies 
de  vomissemens,  tantôt  muqueux,  tantôt  verdâtres  ;  dégoût 
absolu  pour  toute  espèce  de  nourriture,  le  bouillon  même  ne 
pouvait  être  pris  qu'avec  une  extrême  répugnance;  le  plus 
souvent  il  était  rejeté  par  le  vomissement  [Eau  de  Seltz;  bouil~ 
ion  froid  j  lait). 

Cette  pauvre  femme  ne  déclara  point  avoir  eu  des  pertes,  ni 
■d'hémorrhagies  utérines ,  et  la  fréquence  des  vomissemens  , 
jointe  à  l'apparence  cachectique ,  fit  supposer  l'existence  d'un 
■cancer  de  l'estomac. 

Elle  mourut  le  9  décembre,  après  une  agonie  très  doulou- 
reuse, précédée  de  cris  et  de  gémissemens. 


DE  CANCER  DE  l'uTÉRTJS.  J  33 

A  l'ouverture  du  cadavre ,  on  trouva  un  cancer  du  rectum 
et  de  l'utérus  ;  il  n'y  avait  pas  de  perforation  de  la  paroi  recto- 
vnginale,  mais  toutes  ces  parties  étaient  unies  entre  elles  par 
du  tissu  cellulaire  cancéreux.  L'utérus  avait  un  tiers  en  plus  de 
son  volume  ordinaire  ;  à  part  sa  coque  extérieure,  qui  était 
dureetsquirrheuse,  toute  son  épaisseur  était  ramollie  et  formait 
un  putrilage  infect.  Dans  le  petit  bassin,  le  tissu  cellulaire 
était  épaissi  et  enflammé.  La  masse  cancéreuse  comprimait  les 
deux  uretères  j  ces  deux  tuyaux,  extraordinairement  dilatés  et 
aussi  volumineux  que  l'intestin  grêle,  étaient  distendus  par  de 
l'urine;  cette  i-étention  de  l'urine  avait  déterminé  une  double 
pyélile. 

Le  rein  gauche  est  plus  volumineux  qu'à  l'état  naturel; 
sa  face  antérieure,  d'une  teinte  brune  verdâtre,  offre  de  nom- 
breux mamelons  séparés  par  des  dépressions;  le  tiers  infé- 
rieur de  cette  face  est  alternativement  rouge  et  blanc;  la  face 
postérieure,  beaucoup  plus  injectée,  est  rouge  presque  par- 
tout. Le  bassinet,  très  dilaté,  pourrait  loger  un  œuf  de  povile  ;  sa 
membrane  interne,  légèrement  jaunâtre,  est  parsemée  d'arbo- 
risations et  de  pétéchies.  Les  mamelons  sont  affaissés  par  suite 
de  la  rétention  de  l'urine;  plusieurs  cônes  de  la  substance 
tubuleuse  sont  décolorés  et  circonscrits  à  leurs  bords  par 
une  ligne  rouge  très  marquée;  d'autres,  au  contraire,  sont 
très  injectés.  La  substance  corticale,  profondément  altérée, 
présente  une  augmentation  notable  de  densité  et  un  mélange 
irrégulier  d'anémie  et  d'hypérémie. 

Le  rein  droit,  d'une  teinte  ardoisée,  offre  extérieurement 
une  foule  de  dépressions;  le  bassinet  dilaté  pourrait  contenir 
un  gros  œuf  de  poule;  les  mamelons  sont  tellement  affaissés, 
que  le  rein  paraît  réduit  à  vine  coque  de  deux  à  trois  lignes 
d'épaisseur,  formée  par  la  substance  corticale,  indurée,  ané- 
mique; les  cônes  sont  remplacés  par  des  loges  remplies 
d'urine  muqueuse. 

La  vessie,  contractée,  offre  des  traces  évidentes  de  pblegma- 
sie  chronique  :  teinte  ardoisée  de  la  membrane  muqueuse  avec 
epaississement  des  parois.  Liquide  séreux  et  fausses  mem- 
branes flottantes  dans  le  petit  bassin  ;  rate  et  foie  sains  en  ap- 


i34  ptiSlités  compliquées 

parcnce;  estomac  dilaté,  criblé  à  l'intérieur  de  pétéchies  ar- 
rondies ou  triangulaires  d'un  rouqe  brun  j  orifice  pyloriquo 
un  peu  rétréci ,  mais  sans  altération  organique;  quelques  gan- 
glions de  l'abdomen  squirrheux,  d'autres  hypertrophiés. 

Le  poumon ,  le  cœur,  le  cerveau  ne  présentent  aucune  lé- 
sion. 

§693.  Onvoitquelquefoisles  malades  éprouver  danslapyélile 
aiguô  calculeuse  une  douleur  vive  et  subite  dans  le  iestioule 
correspondant,  et  qui  se  propage  soit  dans  la  direction  de 
l'uretère,  soit  dans  celle  du  cordon  sperniatique  du  môme  côté. 
Cette  douleur  est  presque  toujours  accompagnée  de  spasmes  et 
d'envies  de  vomir.  M.  Reveillé  Parise  a  publié,  sous  le  nom  de 
névralgie  siicrmatiqite y  un  exemple  remarque  de  douleurs  testi- 
cuiaires,  qui,  après  avoir  résisté  à  une  foule  de  remèdes,  dispa- 
rurent après  la  sortie  spontanée  d'un  petit  calcul  urinaire(i). 
Je  n'ai  pas  noté  chez  les  femmes  l'existence  d'une  semblable 
douleur  dans  l'ovaire,  et,  dans  le  petit  nombre  cas  oii  j'ai 
observé  de  la  douleur  vers  le  détroit  supérieur  du  bassin , 
il  m'a  été  impossible  de  déterminer  si  elle  avait  son  siège 
dans  l'ovaire  ou  dans  l'uretère. 

Quelques  auteurs  disent  avoir  observé  Vatrophte  du  testicule 
à  la  suite  d'une  pyélite  calculeuse. 

§  694.  Rapports  dt  la  py élite  avec  les  maladies  de  l'appareil 

digestif. 

Les  nausées  et  les  vomissemens  sont  un  des  symptômes  les 
plus  frappans  des  coliques  néphrétiques  et  de  la  pyélite  cal- 
culeuse, aiguë. 

II  est  très  ordinaire  d'observer  un  dérangement  des  fonc- 
tions digestives,  la  perte  ou  la  diminution  de  l'appétit,  la  con- 
stipation ou  d'autres  symptômes  qui  simulent  la  gastrite 
chronique.  Dans  la  pyélite  calculeuse,  ces  accidens  doivent 
être  distingués  d'autres  symptômes  qu'on  observe  quelquefois 
dans  l'ischurie  goutteuse,  sans  qu'il  y  ait  de  corps  étranger 


^i)  Revue  médicale,  1886,  t.  11,  p.  ^oij. 


d'une  AFJiEGTIOJV   DE  l'eSTOMAC.  i35 

dans  les  voies  uriiiaires  ;  je  veux  parler  de  ces  douleurs  né- 
phrétiques avec  suppression  d'urine,  dysurie  et  conslipalion 
des  plus  opiniâtres,  qui  cessent  lorsque  la  goutte  vient  à  se 
déclarer  aux  extrémités  et  surtout  aux  membres  inférieurs* 

$  6y5.  Toutes  les  fois  qu'il  existe  une  incontinence  d'urint, 
ou  bien  encore  toutes  les  fois  que  les  malades  ne  peuvent 
prendre  le  soin  de  recevoir  dans  un  vase  leur  urine,  le  médecin 
doit  l'extraire  de  la  vessie  pour  en  faire  l'examen  ;  faute  de 
cette  simple  précaution,  l'état  des  voies  urinaires  peut  être  mal 
apprécié  pendant  la  vie.  Dans  l'observation  suivante,  les  vomis- 
aemens  furent  attribués  à  une  aflection  des  organes  digestifs: 
bien  qu'il  y  eût  de  la  douleur  dans  l'hypogastre,  comme  il  en 
existait  en  même  temps  à  l'épigastre ,  nous  ne  soupçonnâmes 
pas  l'existence  d'une  cystite  purulente ,  et  encore  moins  celle 
d'une  pyélite  calculeuse. 

■-r 

Qbs.  XVIII.  —  Symptômes  gastro-intestinaux  ;  Tomissemens  ;  diarrhée  ;  incoii'i 
tinence  d'urine  ;  pyélite  calculeuse  non  soupçonnée  pendant  la  vie. 

Douriot,  cuisinière,  âgée  de  4^  ans ,  fut  apportée  à  l'hôpital 
de  la  Charité,  le  3  juin  i838,  pour  y  être  traitéei  disait-on,  de» 
suites  d'une  affection  gastro-intestinale,  avec  complication 
d'accidens  cérébraux,  pour  laquelle  elle  était  déjà  restée  près 
de  deux  mois  au  lit. 

Abandonnée  à  l'hôpital  par  les  personnes  qui  l'y  avaient 
amenée,  incapable  de  rendre  compte  de  sa  maladie ,  cette  mal- 
heureuse femme  ne  put  donner  de  renseignemens  suffisans  Sur 
son  état  antérieur. 

Maigreur  squelettiquoi  décubitus  dorsal ,  prostration ,  fai- 
blesse extrême  qui  ne  permet  pas  la  progression,  ni  même  la 
position  assise  sur  le  lit>  la  face  est  livide  et  exprime  la  stupeur  j 
le  regard  est  hébété;  la  langue  humide  et  saburrale  ;  la  malade 
entend  les  questions  qu'on  lui  adresse  ;  mais  elle  répond  lente- 
ment et  toujours  d'une  manière  plus  ou  moins  incomplète;  il^ 
l»i  arrive  môme  quelquefois  de  se  contredire. 

Lesbattemens  du  cœur  sont  faibles  et  précipités. 

La  région  épigaslrique  et  la  région  hypogastrique  sont  les 


j36  PyÉLITES  COMPLIQUÉES 

seuls  points  de  l'abdomen  ou  la  pression  paraisse  déterminer 
quelque  douleur.  De  temps  en  temps,  le  matin  surtout,  la  ma- 
lade a  des  nausées,  mais  elle  ne  voinit  pas.  Les  selles  sont  rares 
et  les  Jiiatières  rendues  sont  consistantes.  Les  urines,  excrétées 
involontairement,  et,  pour  ainsi  dire,  goutte  à  goutte,  ne  sont 
point  examinées.  Soif  peu  vive.  Un  ou  deux  bouillons  dans  la 
joiu'née. 

Cet  état  a  persisté  pendant  une  quinzaine  de  jours  (  Lave- 
mens  laxatifs  ;  limonade  'vineuse).  Faiblesse  progressive. 

Lorsqu'on  a  voulu  augmenter  les  alimens ,  il  est  survenu 
des  voraissemens.  Lorsque  les  vomisseraens  ont  été  calmés  par 
la  diminution  des  alimens  et  l'emploi  de  l'eau  de  Seltz ,  un 
dévoiemenl  coUiquatif  s'est  déclaré  ;  bientôt  la  malade  a  perdu 
la  faculté  de  s'exprimer  autrement  que  par  de  faibles  gémisse- 
mens.  De  très  larges  eschares  se  sont  formées  au  niveau  du 
sacrum  et  des  trochanters.  Le  travail  d'élimination  a  donné 
lieu  à  une  suppuration  abondante.  L'agonie  a  été  lente  et  a 
duré  cinq  jours. 

La  malade  s'est  éteinte  le  9  juillet. 

Autopsie  du  cadavre. —  Le  cerveau  et  ses  membranes  sont 
anémiques.  La  substance  cérébrale,  d'une  mollesse  remar- 
quable ,  ne  présente  d'ailleurs  aucune  autre  altération. 

Les  viscères  thoraciques  sont  très  pâles  ;  les  vaisseaux  ne 
contiennent  que  très  peu  de  sang  liquide  ;  il  n'y  a  pas  de  cail- 
lots dans  les  cavités  du  cœur. 

Abdomen.  L'estomac  est  contracté  au  point  que  la  cavité  en  est 
l'éduite  à  la  capacité  du  duodénum.  La  membrane  muqueuse, 
hérissée  de  plis  que  séparent  de  profondes  anfracluosités,  est 
vivement  injectée.  On  ne  trouve  aucune  lésion  dans  l'intestin  ; 
la  rougeur  de  la  valvule  iléo-cœcale  contraste  avec  la  pâleur  des 
portions  contiguès  du  gros  et  du  petit  intestin. 

Le  foie  et  la  rate  participent  à  l'anémie  générale. 

Le  rein  droit,  au  moins  une  fois  plus  gros  qu'à  l'état  normal, 
pèse  sept  onces.  Il  est  d'un  rouge  brun  et  fortement  conges- 
tionné. Le  bassinet  et  les  calices,  dilatés,  forment  une  cavité  qui 
contiendrait  aisément  un  petit  œuf  de  poule. 

Le  rein  gauche,  alrophic,  très  aplati  d'avant  en  arrière,  et  flas- 


J)Ë  DIARKHÉJE.  ^^'J 

que  comme  une  poche  vide,  est  au  moins  d'un  tiers  plus  petit 
qu'à  l'état  normal.  Il  est  converti  en  une  véritable  poche,  dont 
les  parois ,  épaisses  de  trois  lignes ,  sont  formées  par  les  sub- 
stances corticale  et  tubuleuse  atrophiées,  et  dont  la  cavité, 
constituée  par  le  bassinet  et  les  calices ,  est  une  fois  plus 
grande  que  celle  du  rein  droit.  La  surface  interne  de  cette 
poche,  très  injectée,  est  encroûtée  d'une  poussière  jaune, 
qu'on  détache  facilement.  On  voit,  entre  les  faisceaux  des  tubu- 
lures ,  quelques  stries  salines  de  même  aspect  et  probablement 
de  même  nature.  Enfin,  on  découvre,  à  l'orifice  d'un  des 
calices,  une  petite  pierre,  grosse  comme  une  lentille,  jaune 
comme  les  grains  dont  je  viens  de  parler,  et  formée  d'acide 
urique.  Les  uretères,  dont  la  membrane  interne  est  injectée, 
ont  leur  volume  naturel ,  et  ne  contiennent  point  de  calculs. 
Il  a  fallu  suivre  ces  conduits  excréteurs  ,pour  trouver  la  vessie; 
car  elle  était  si  petite  et  si  bien  collée  derrière  le  pubis,  qu'au 
premier  abord  ,  on  aurait  pu  croire  qu'elle  n'existait  pas. 
Elle  est  contractée  au  point  d'égaler  tout  au  plus  le  volume 
d'un  œuf  do  pigeon.  Sa  membrane  muqueuse  a  tout-à-fait  l'as- 
pect de  la  membrane  pyogénique  d'un  abcès.  La  vessie  est  rem- 
plie d'un  pus  jaune  ,  bien  lié,  et  que  l'on  pourrait  croire  sans 
mélange  d'urine. 

L'urèthre  est  rouge,  ainsi  que  toute  la  membrane  muqueuse 
du  vagin.  Le  col  utérin  offre  six  ulcérations  lenticulaires,  super- 
ficielles. 

Obs.  XIX. —  Pyélite  calculeuse  du  rein  gaucb«;  pus  dans  le  bassinet,  atro- 
phie du  rein  gauche;  hypertrophie  du  rein  droit;  diarrhée  chronique. 

Chartrude,  âgée  de  62  ans,  journalière ,  née  à  Vimeux  (dé- 
partement de  la  Somme),  entra  à  l'hôpital  de  la  Charité,  le  i3 
septembre  i836. 

Cette  femme,  dont  le  teint  était  d'un  jaune-paille ,  présentait 
tous  les  signes  des  états  cachectiques.  Elle  avait  la  diarrhée 
depuis  long-temps.  Comme  elle  n'urinait  qu'en  allant  à  k 
garde-robe,  on  ne  put  examiner  les  urines.  Une  mort  pro- 
chaine paraissait  inévitable ,  et  cette  femme  succomba  le  19  du 
même  mois.  L'ouverture  du  corps  fut  faite  avec  peu  de  soin  ; 


l38  PYJÎLITES  COMPLIQUÉES 

on  me  remit  seulement  les  reins;  celui  du  côte  gauche  était 
atrophié  et  ne  pesait  que  deux  onces.  Le  bassinet  et  les  caUccB 
dilatés  contenaient  un  pus  verdâlre  très  épais,  et  un  calcul  était 
engagé  dans  le  goulot  du  bassinet. Les  mamelons  des  py  ramide» 
de  la  substance  médullaire  étaient  affaissés;  la  substance  cor- 
ticale était  atrophiée. 

Le  rein  droit,  hypertrophié,  pesait  cinq  onces  et  demie  e( 
n'offrait  point  de  traces  d'inflammation. 

S  6g6.  J'ai  déjà  dit  à  quels  signes  on  pouvait  généralement  dis- 
tinguer les  tumeurs  formées  dans  la  région  lombaire  par  le  pus 
accumulé  dans  les  calices  et  le  bassinet  dilatés,  des  tumeur» 
hépatiques  65 1),  Le  diagnostic  de  ces  tumeurs  offre  cepen- 
dant de  telles  difficultés  dans  certaines  circonstances,  que  des 
médecins  et  des  chirurgiens  du  plus  grand  mérite  se  sont  mé- 
pris sur  le  siège  et  la  nature  de  semblables  tumeurs.  Bille- 
bault(i)  rapporte  que  Winslow,  Morand  père  et  plusieurs  au- 
tres médecins  et  chirurgiens  avaient  été  unanimes  pour  dé- 
clarer qu'une  femme  dont  il  rapporte  l'histoire,  était  atteinte 
d'un  abcès  du  foie.  Cette  femme  étant  venue  à  succomber  un 
an  après,  Billebault  fit  l'ouverture  du  corps,  et  il  reconnut  que 
le  foie  était  parfaitement  sain  et  que  la  tumeur  était  constituée 
par  le  rein  transformé  en  une  espèce  de  kyste  rempli  de  pus,  et 
qui  contenait  des  calculs  de  couleur  ardoisée. 

5  697,  M.  Lebkuchner  (a)  rapporte  avoir  ouvert  le  corps  d'un 
jeune  homme  mort  d'ictère,  à  la  suite  d'une  hépatite  devenuë 
chronique.  Pendant  les  derniers  jours  de  son  existence,  ce  ma- 
lade se  plaignait  de  violentes  coliques,  dont  l'intensité  augmen- 
tait encore  pendant  l'émission  d'une  urine  rare,  trouble  et  d'un 
rouge  foncé.  Les  deux  reins  étaient  transformés  en  des  sacs 
membraneux  parsemés  de  vaisseaux  variqueux  et  sans  nulle 
trace  de  substance  rénale.  Ces  sacs  contenaient  beaucoup  de 
pierres  enveloppées  de  caillots  de  sang  et  dont  les  plus  grosses 
bouchaient  les  uretères;  outre  plusieurs  calculs  du  volume 

(1)  Déscriptlôn  d'an  nitès  aa  rein  drxAt,  tnicànnu  pendant  le  rnitttfttHt 
(lonrûBl  de  Médecino  de  Roux,  in-ia,  1762,  tom.  itii,  p.  a47). 
(a)  fFàrtemi.  madUin,  Gorrespondenzblatt,  t834,  n.  7. 


DE  MALADIES  DU  FOIE. 

d'un  haricot  ou  d'un  pois,  chaque  rein  en  renfermait  up  d'un 
pouce  de  diamètre  j  toutes  ces  concrétions  étaient  blanchâtres, 
poreuses,  grenues  et  très  friables.  Le  malade  n'avait  jamais 
souflert  auparavant  des  voies  urinaires. 

Indépendamment  de  plusieurs  observations  déjà  citées  44o) 
et  qui  prouvent  la  possibilité  de  la  coïncidence  d'abcès  du  foie, 
avec  une  collection  purulente  dans  le  rein  droit,  je  rappellerai 
ici  le  cas,  cité  par  Lieutaud  (i),  d'une  femme  sujette  à  des  dou- 
leurs néphrétiques  et  qui,  ayant  été  saisie  presque  tout-à-coup 
de  fièvre  et  d'une  douleur  dans  l'hypochondre  droit,  mourut  le 
huitième  jour.  Le  foie  contenait  une  grande  quantité  de  pusj  le 
rein  di'oit,  presque  entièrement  détruit,  réduit  à  sa  seule  mem- 
brane, renfermait  60  calculs. 

L'observation  suivante  est  un  nouveau  cas  à  ajouter  aux 
exemples  de  tumeurs  rénales  ,  prises  pour  des  maladies  du 
foie  (§  65i,  et  Obs.  xiv). 

Obs.  XX. —  Pyélite  chronique;  tumeur  du  rein  droit  prise  pour  une  tumeur 
du  foie;  expectation;  mort. 

Ch.  D.  demeurant  rue  Saint-Dominique,  au  Gros-Caillou, 
âgé  de  cinquante-neuf  ans,  marié,  père  de  quatre  enfans,  a 
été  commis  voyageur  pendant  dix-neuf  ans. 

En  1829 ,  il  éprouva  des  douleurs  vives  sous  les  fausses  côtes 
du  côté  droit,  avec  fièvre  {.Vingt  sangsues  ;  cataplasmes j  grand 
vésicaioire  ). 

Dans  le  mois  de  mars  i835 ,  on  reconnut  dans  le  flanc  droit 
une  tumeur  qui  fut  regardée  comme  dépendante  du  foie.  M.  D. 
éprouvait  souvent  des  nausées,  des  envies  de  vomir,  et,  lorsque 
les  douleurs  étaient  plus  vives,  il  rendait  du  sang  avec  l'urine. 
Quelquefois  tiraillemsns  dans  la  cuisse  droite.  La  tumeur  est 
à-peu-près  indolente ,  mais,  si  on  la  presse  avpc  le  doigt,  on 
provoque  des  douleurs.  Cette  tumeur  volumineuse  s'étend,  dans 
le  flanc  droit,  de  la  partie  inférieure  du  foie  à  la  crête  iliaque , 
et  en  dedans  jusqu'auprès  de  l'ombilic.  A  la  percussion  elle 
rend  un  son  mat;  la  malité  est  complète  entre  le  bord  libre  des 


(i)  Llouiaud,  Anal.  pracUca,  lib.  i,  ob.  dccxxv. 


l  PyÉLITES  COMPLIQUÉES 

côles  et  la  tumeur.  Un  sentiment  de  fluctuation  est  très  distinct 
dans  la  tumeur.  En  arrière,  le  (Innc  est  un  peu  bombé  et  com- 
pnralivement  plus  saillant  que  le  liane  gauche.  En  plaçant  une 
main  derrière  le  (lanc  et  une  autre  sur  la  partie  antérieure  de 
la  tumeur  j  on  en  aperçoit  assez  exactement  l'éiendue.  Le 
malade  a  peu  de  fièvre,  mais  l'appétit  est  presque  nul ,  et  les 
digestions  sont  très  lentes,  et  parfois  accompagnées  de  nausées. 
Je  proposai  inutilement  au  malade  de  donner  issue  au  liquide 
que  renfermait  la  tumeur  du  flanc,  et  il  mourut  le  vingt  janvier 
i836,  après  avoir  éprouvé  pendant  quelques  jours  des  vomis- 
semens.  Le  cadavre  n'a  pas  été  ouvert. 

§  698.  Bonet  (i)  raconte  assez  plaisamment  un  cas  qui 
prouve  que  le  diagnostic  des  maladies  des  reins  et  des  mala- 
dies de  la  rate  est  quelquefois  obscur.  Un  médecin,  qu'il  désigne 
sous  le  nom  de  Titius,  voit  le  patient,  pense  que  la  rate  est  le  siège 
et  la  cause  du  mal,  et  prescrit  un  traitement  en  rapport  avec 
celle  opinion.  Ce  médecin  tombe  malade,  et  un  autre  médecin, 
que  Bonet  nomme  Sempronius,  est  appelé  à  continuer  la  cure; 
celui-ci,  se  fondant  principalement  sur  les  vomissemens  et  sur 
l'existence  d'un  dépôt  dans  l'urine,  pense  que  ce  n'est  pas  la  rate 
qui  est  malade,  mais  bien  le  rein  yauche,  et  qu'un  calcul  obstrue 
le  commencement  de  l'uretère;  et  il  prescrit  des  diurétiques, 
les  lithontriptiques,  les  demi-bains  et  tout  ce  qui  lui  paraît 
propre  à  faire  cesser  l'obstruction  des  voies  urinaires  ;  mais  ces 
remèdes  n'apportent  aucun  soulagement  au  malade,  et  son  état 
semble  empirer  de  plus  en  plus.  Enfin  ,  Titius,  dont  la  santé 
s'était  rétablie,  est  rappelé;  son  traitement  est  repris  avec  un 
avantage  momentané,  et  cependant  le  malade  meurt.  Les  deux 
médecins,  convaincus  l'un  et  l'autre  qu'ils  avaient  raison ,  de- 
mandent instamment  l'ouverture  du  corps,  qui  leur  est  acco:^ 
dée.  Le  chirurgien  qui  fît  l'autopsie  enleva  adroitement  la  rate 
en  disant  qu'il  tenait  le  rein  ;  or,  ce  viscère  était  intérieurement 
dans  un  état  de  putrilage.  A  cette  vue,  Sempronius  heureux  d'a- 
voir frappé  si  juste,  se  vante  que  peu  de  médecins  le  surpassent 
dans  le  diagnostic  des  maladies  obscures;  qu'il  voit  les  parties 


(i)  honct, Sepulcietuiit,  t.  Il,  p.  120,  lib.  m,  tect,  viii,  ob$.  uxi. 


DE  MALADIES  DE  LA  RATE.  l/^l 

malades  comme  si  le  corps  était  transparent,  etc.  Le  chirurgien, 
pendant  ces  entrefaites  avait  peine  à  garder  son  sérieux,  et  enfin 
il  ne  put  s'empêcher  d'éclater  de  rire  en  disant  que  c'était  déci- 
dément la  rate  et  non  le  rein  qu'il  avait  dans  la  main.  Le  rein 
gauche  fut  trouvé  parfaitement  sain  ;  et  Sempronius,  après  avoir 
fait  de  vains  efforls  pour  trouver  dans  d'autres  organes  des  lé- 
sions capahles  de  rendre  compte  des  symptômes  observés  pen- 
dant la  vie,  fut  enfin  obligé  de  convenir  de  son  erreur. 

Un  autre  cas,  cité  également  par  Bonet  (i),  fut  aussi  un  objet 
de  discussion  parmi  plusieurs  médecins,  l'un  accusant  le  foie, 
l'autre  la  rate,  et  le  troisième  les  reins  d'être  le  siège  du  mal. 
A  l'ouverture  du  corps,  on  Irouva  le  rein  gauche  consumé  et 
rempli  de  pusj  le  rein  droit  était  atrophié. 

En  de  tels  cas,  il  ne  faut  pas  oublier  que  la  rate  et  le  rein 
gauche  (a)  peuvent  être  ,  l'un  et  l'autre  ,  en  même  temps 
affectés  443). 

§  699.  Mais  le  fait  principal  que  je  me  propose  de  noter  ici, 
c'est  la  fréquence  de  la  pèritonUe  à  la  suite  de  la  pyélite  calcu- 
leuse. 

Cette  inflammation  du  péritoine  peut  survenir,  soit,  à  la 
suite  d'une  perforation  de  la  poche  rénale ,  soit  comme  consé- 
quence d'une  distension  ou  d'une  contusion  de  cette  même 
poche,  ou  de  toute  autre  cause  qui  provoque  une  nouvelle  in- 
flammation autour  de  la  tumeur  ou  dans  son  intérieur. 

Ces  péritonites,  distinctes  par  leurs  causes,  ne  le  sont  pas 
moins  par  leur  inégale  gravité. 

(1)  Bunet.  Sepulcretum,  tom,  11,  p,  ao8,  de  Paw. 

(2)  B.-)rtholin.  Cent.  i.  hisi,  So.  —  Doering  (M.)  rapporte  un  cas  de  sup- 
puration du  rein  gaucbe,  co'inciduut  avec  un  développement  considérable 
de  la  rate  (Bonet.  Sepulc,  lib.  ifi  ,  sect.  16,  obs.  11,  de  Lypochondriorum 
turaore).  Bonet,  ibid,  pag.  S'ji,  «te  un  cas  d'urines  sanguinolentes,  avec 
douleurs  rénales,  et  dans  lequel  on  trouva  la  rate  très  volumineuse  et 
squirrheuse.  L'auteur  de  l'observation  paraît  supposer  que  la  rate  tuméfiée 
peut  produire  une  hématurie,  eu  comprimant  le  rein.  Ce  cas  doit  être  très 
Mre,  à  en  juger  par  le  grand  nombre  d'intumescences  delà  rate  que  j'ai 
observées,  sans  hématurie  consécutive. 


PTÉLITF.S  COMPIIQtJKES 


Oif.  XXI. —  Pyclite  calculcase;  Inmenr  volumincu.se  dans  le  flanc  droit, 
prise  pour  une  uffcction  du  foie;  expcctation;  perforation  de  la  tumeur 
dans  la  cavité  du  péritoine;  mort. 

M.  Piorry  me  fil  appeler  auprès  de  Madame***,  âgée  de  3?  ans, 
demeurant  l'ue  du  MarchéSainl-lIonoré,  dans  les  premiers  jours 
du  mois  de  juin  i836,  Getle  dame, à  laquelle  il  donnait  ordinai- 
rement des  soins,  portait,  dans  le  flanc  droit,  une  tumeur  fluc- 
tuante, bosselée,  on  apparence  duvolume  do  la  tète  d'un  enfant. 
Cette  tumeur  s'enfonçait  supérieurement  au-dessous  du  bord 
libre  du  foie,  qu'on  sentait  distinctement,  et  s'étendait  infé- 
ricurementjusquedausla  fosseiliaque  droite.  Par  la  percussion, 
la  tumeur  rendait  un  son  mat ,  en  arrière  ,  latéralement  et  en 
avant  5  mais,  au-dessous  du  bord  libre  du  foie  et  vers  la  moitié 
interne  de  l'extrémité  supérieure  de  la  tumeur ,  la  percussion 
donnait  un  son  clair,  intestinal.  En  promenant  le  plessimètreen 
haut  et  en  dehors,  le  son  rendu  parla  percussion  était  mat.  Au- 
dessus  de  l'arcade  crurale  et  dans  les  deux  tiers  inférieurs  de 
la  fosse  iliaque,  on  obtenait,  parla  percussion,  un  son  intesti- 
nal. Lorsque  la  malade  se  couchaitsurle  côté  gauche,  la  tumeur 
devenait  plus  saillante  et  semblait  se  rapprocher  de  la  colonne 
vertébrale-  Lorsqu'on  percutait  sur  le  doigt  appliqué  successi- 
vement en  diflérons  points  de  la  surface  de  la  tumeur ,  on  n'é- 
prouvait point  la  sensation  de  frémissement  que  donnent  sou- 
vent les  tumeurs  hydaliques.  La  tumeur  était  douloureuse  à 
la  pression;  quelques  autres  points  de  l'abdomen,  et  notam- 
ment la  région  de  la  vessie,  étaient  un  peu  sensibles.  Du  reste, 
l'examen  le  plus  attentif  ne  put  nous  faire  découvrir  d'autres 
lésions  dans  l'abdomen.  La  cuisse  droite  était  habituellement 
engourdie,  très  probablement  par  suite  de  la  compression  que 
la  tumeur  exerçait  sur  les  nerfs  lombaires  et  cruraux.  L'urine, 
rendue  fréquemment  et  en  petite  quantité,  contenait  du  pus. 

La  forme,  la  eituation,  le  volume  et  la  consistance  de  la  tu- 
meur, l'élargissement  de  la  région  lombaire,  le  mélange  du 
pus  à  l'Urine,  le  fait  d'une  hématurie  qui  avait  eu  lieu  plusieurs 
àbnées  auparavant ,  les  douleurs  qui ,  à  plusieurs  reprises , 
s'étaient  développées  dans  la  tumeur,  toutes  ces  circonstances 


DE  PlhUTONITE.  l43 

nous  filent  penser,  à  M.  Piorry  et  à  moi,  que  la  tumeur  était 
formée  parle  rein  droit,  distendu  par  du  pus ,  et  que  la  sup- 
puration du  bassinet  et  des  calices  était  tirés  probablement  pro- 
duite et  entretenue  parla  présence  d'un  calcul;  diagnostic  que  les 
recherches  anatomiques  faites  après  la  mort  ont  confirmé. 

Cette  dame  était  accouchée,  sept  ans  auparavant,  d'un  en- 
fant malsain.  Les  couches  furent  laborieuses,  suivies  d'hémor- 
rhagies  et  de  douleai's  dans  les  lombeSj  et,  six  mois  après.  Ma- 
dame ***  n'était  pas  encore  entièrement  rétablie.  Elle  devint 
sujette  aux  pertes  blanches,  ne  pouvait  marcher  qu'avec  peine, 
et  un  chirurgien,  attribuant  ces  douleurs  à  un  abaissement  de 
l'utérus,  appliqua  un  pessaire.  Cependant  Madame  ***  conti- 
nuait d'être  languissante. 

Il  y  a  cinq  ans,  dans  un  voyage  qu'elle  fit  à  Londres,  elle  fut 
prise  de  douleurs  très  vives  dans  la  i-égion  lombaire,  au  côté 
gaiiche,  devomissemens  continuels,  accompagnés  d'une  grande 
anxiété.  Elle  ne  se  rappelle  pas  avoir  rendu  de  graviers  dans 
cette  crise  ,  ni  dans  aucune  autre.  On  se  borna  à  appliquer  des 
cataplasmes  émoUiens  sur  le  côté.  Un  an  après,  Madame  *** 
éprouva  tme  nouvelle  crise  de  douleurs  dans  le  même  côté,  crise 
qui  fut  également  accompagnée  de  vomissemens,  et  à  la  suite  de 
laquelle  elle  resta  onze  mois  souffrante.  Depuis  les  trois  der- 
nières aunées,  elle  était  obligée  de  s'aliter  au  moins  deux  fois 
par  semaine,  à  caiise  de  sa  douleur  de  côté,  qui  augmentait  par 
la  marche  au  point  que  Madame***  était  obligée  de  s'arrêter  ou 
de  monter  en  voiture,  après  une  course  d'une  demi-heure.  Dans 
les  derniers  mois  de  l'année  1 8  3  5,  elle  éprouva  une  troisième  crise 
analogue  aux  précédentes,  avec  douleur  au  côté  droit  et  vomis- 
semens. Enfin,  une  quatrième  et  dernière  crise  s'est  déclarée 
vers  le  i'"'  avril  i836.  Un  médecin  que  Madame  *'*  consulta,  la 
crut  atteinte  d'une  maladie  du  foie,  lui  fit  prendre  les  eaux  de 
Vichy  et  des  tisanes  adoucissantes.  M.  Piorry,  appelé  vers  le 
i6  avril,  prescrivit  des  bains,  des  cataplasmes  éniolliens  et  des 
sangsues  loco  dolenti.  La  malade  s'était  affaiblie  depuis  la  fin 
deV  année  précédente  ;  sa  peau  avait  pris  un  teinte  d'un  gris 
jaunâtre-,  cependant  les  principales  fonctions  paraissaient  as- 
sez régulières,  et  l'appétit  s'était  conservé  jusque  dans  ces  der- 


î44  Py^LlTES  COMPLIQUIiES 

niers  temps,  quoiqu'il  fût  survenu  dans  les  quinze  derniers 
jours  qui  ont  précédé  sa  mort,  un  dévoiement  considérable 
(  quinze  à  vingt  selles  par  jour). 

Nous  convînmes ,  M.  Piorry  et  moi,  de  pratiquer  la  néphro- 
tomie.  Nous  prîmes  jour  avec  M.  Velpeau;  malheureusement, 
la  malade  succomba  la  veille,  le  i6  juin  i836,  aune  perforation 
de  la  tumeur  rénale  dans  la  cavité  du  péritoine.  La  tumeur  s'af- 
faissa, des  vomissemens  et  d'autres  sjmplôines  d'une  péritonite 
sur-aiguë  se  déclarèrent;  le  pouls  devint  petit,  déprimé  et  très  fré- 
quent. M.  Piorry  constata,  par  la  percussion  ,  l'existence  d'un 
certaine  quantité  de  liquide  dans  l'hypogastre,  oii  il  n'en  exis- 
tait pas  quelques  heures  auparavant. 

Le  lendemain,  M.  Piorry  et  moi,  nous  procédâmes  à  l'ou- 
verture du  cadavre.  — Ahdomen.W  existait  au  moins  deux  verres 
de  pus  dans  la  partie  hypogastrique  du  péritoine;  la  tumeur 
rénale  occupait  tout  le  flanc  droit;  le  cœcum  était  refoulé  du 
côté  du  détroit  supérieur  du  bassin  ;  le  colon  ascendant,  re- 
foulé également  vers  la  colonne  vertébrale,  s'élevait  oblique- 
ment le  long  du  bord  interne  de  la  tumeur,  jusque  vers  l'épi- 
gastre;  de  sorte  que  l'angle  formé  par  le  colon  ascendant  et  par 
le  colon  transverse  se  trouvait  correspondre  à  la  ligne  médiane, 
au  lieu  d'être  placé,  ainsi  que  cela  a  lieu  ordinairement,  un  peu 
en  dehors  de  la  vésicule  du  liel.  L'intestin  grêle,  refoulé  du 
càté  gauche,  était  circonscrit  eu  haut  et  sur  les  côtés  par  le 
colon. 

La  tumeur  adhérait,  par  son  extrémité  supérieure,  avec  le 
bord  et  la  face  inférieure  du  foie  et  avec  la  partie  pylorique  de 
l'estomac;  inférieuremen  telle  s'étendait  à  la  moitié  supérieure  de 
la  fosse  iliaque  droite ,  qu'elle  occupait  entièrement.  Sa  face 
antérieure  était  recouverte  par  le  péritoine.  En  bas  et  en  dehors, 
à  la  hauteur  de  la  crête  de  l'os  des  îles,  vers  le  point  oîi  le  pé- 
ritoine se  repliait  des  parois  du  bas-ventre  sur  la  tumeur,  il 
existait  une  ouverture  de  deux  lignes  environ  de  diamètre,  à 
travers  laquelle  une  certaine  quantité  de  pus  s'était  écoulée  dans 
la  cavité  du  péritoine.  Lorsqu'on  comprimait  même  légèrement 
la  tumeur,  on  voyait  le  pus  sortir  par  cette  ouverture  qui 
communiquait  avec  l'intérieur  de  la  tumeur. 


DE  PÉRITONITE.  l45 

Dans  le  but  d'isoler  la  tumeur  des  parties  environnantes, 
après  avoir  décolé  le  péritoine,  vers  la  partie  inférieure  de  la 
fosse  iliaque ,  et  après  avoir  détaché  du  muscle  iliaque  la  tu- 
meur, nous  cherchâmes ,  mais  en  vain ,  à  la  séparer  du  mus- 
cle carré  des  lombes.  Non-seulement  il  y  avait,  entre  la  partie 
postérieure  de  la  tumeur  et  les  parties  sous-jacentes,  des  adhé- 
rences très  intimes,  mais  le  doigt  dont  jeme  servais  pour  opérer 
le  décollement,  pénétrait  quelquefois  dans  de  petites  poches  pu- 
rulentes, et  il  était  ensuite  arrêté  par  de  fortes  brides,  comme 
fibre-cartilagineuses.  Ces  circonstances  me  firent  croire  d'abord 
quej'avais  pénétré  dans  la  cavité  du  bassinet  et  des  calices,  mais 
cela  n'était  pas.  Lorsque  j'eus  achevé  le  décollement  de  la  tu- 
meur, et  après  l'avoir  incisée  de  la  grande  courbure  du  rein  vers 
la  scissure,  nous  vîmes  bien  distinctement  que  ces  poches  pu- 
rulentes et  les  brides  s'étaient  formées,  les  unes  au-dessous  de 
la  membrane  fibreuse  du  rein,  les  autres  dans  le  tissu  cellulaire 
extérieur,  fortement  induré,  et  qu'elles  communiquaient  avec 
la  cavité  du  bassinet  et  des  calices  par  quatre  ouvertures  fistu- 
leuses. 

J'insiste  sur  ces  détails,  parce  que,  si  cette  femme  n'eût  point 
succombé  la  veille  de  l'opération,  et  que  la  néphrotomie  eût 
été  pratiquée,  on  aurait  pu  croire,  après  avoir  incisé  la  peau  et 
les  muscles  de  la  région  lombaire,  en  voyant  jaillir  le  pus,  être 
déjà  parvenu  dans  la  cavité  du  rein  et  se  livrer  ensuite  à  des 
recherches  longues,  pénibles  et  infructueuses ,  pour  découvrir 
le  calcul  que  nous  trouvâmes  dans  le  bassinet,  après  avoir  pra- 
tiqué la  section  du  rein. 

Une  circonstance  cependant  aurait  pu  faire  soupçonner 
qu'on  n'était  point  encore  parvenu  dans  la  cavité  même  du 
rein  ;  je  veux  parler  de  la  fluctuation  qu'on  sentait  au  fond  de 
l'incision  et  de  l'espèce  de  ballottement  qu'on  aurait  pu  faire 
exécuter  à  la  tumeur. 

Les  membranes  fibreuse  et  celluleuse  du  rein  étaient  épais- 
sies; les  mamelons  elles  cônes,  afiaissés,  étaient  transformés  en 
des  espèces  de  poches ,  pleines  de  pus ,  qui  communiquaient 
par  une  ouverture  d'une  à  deux  lignes  de  diamètre  avec  la 
cavité  du  bassinet.  Celui-ci  était  distendu  par  le  pus  ;  un  calcul 

m.  10 


l46  PYÉLITES  COMPLIQUEES 

engagé  dans  l'espèce  d'entonnoir  qui  précède  l'origine  de  l'ure- 
tère, fermait  presque  complètement  toute  communicalion  entre 
le  bassinet  et  l'uretère,  qui  était  libre  dans  tout  le  reste  de  son 
étendue. 

Le  rein  et  l'uretère  du  côté  opposé  étaient  sains.  La  vessie 
était  saine,  et  la  membrane  muqueuse  était  plutôt  pâle  que 
rouge.  La  matrice  et  ses  dépendances  étaient  dans  l'état  sain. 
Aucune  altération  remarquable  dans  l'estomac  et  l'intestin; 
seulement  les  follicules  du  gros  intestin  étaient  plus  dévelop- 
pés et  plus  apparens  que  d'ordinaire.  Le  foie,  la  rate  et  le 
pancréas  étaient  sains.  Le  péritoine  et  les  épiploons  étaient  in- 
jectés et  couverts  de  lymphe  plastique  en  plusieurs  points.  Les 
deux  poumons  étaient  engoués  par  de  l'écume  bronchique  ;  le 
cœur,  le  péricarde  et  les  plèvres  étaient  sains. 

La  tête  ne  fût  point  ouverte;  la  malade  avait  conservé  sa 
connaissance  jusque  dans  les  derniers  moraens  de  la  vie. 

700.  Si,  dans  le  cas  précédent,  l'expectation  a  eu  l'incon- 
vénient d'entraîner  l'inflammation  et  la  perforation  de  la  tu- 
meur rénale ,  et  par  suite  une  péritonite  mortelle ,  les  mêmes 
accidens  peuvent  quelquefois  être  produits  par  la  cautérisa- 
tion, employée  à  l'effet  de  pénétrer  dans  l'intérieur  de  la 
tumeur.  Du  moins  ai-je  pensé  que  le  développement  de  la  pé- 
ritonite dans  le  cas  suivant  avait  été  déterminé  par  les  cauté- 
risations successives  que  j'avais  cru  devoir  pratiquer. 

Obs.  XXII.— Tumeur  formée  par  le  rein  droit;  calcul  rénal;  cautérisation; 
péritonite  ;  mort. 

Louise  Frèze ,  âgée  de  4^  ans ,  couturière ,  a  été  réglée  à  sa 
lî"  année;  elle  a  cessé  de  l'être  à  la  fin  de  i834;  à  l'âge  de 
1 6  ans ,  elle  a  fait  une  maladie  gi'ave  j  causée  par  la  mort  de  son 
pèi'e  j  à  17  ans,  elle  a  eu  la  variole. 

Sa  santé  fut  bonne  jusqu'à  l'âge  de  32  ans.  Dès  cette  époque, 
ses  urines  laissaient  déposer  une  matière  blanche.  De  temps  en 
temps  elle  éprouvait,  vers  le  nombril  et  un  peu  à  droite,  des 
douleurs  passagères,  mais  vives,  qu'elle  compare  à  des  élance- 
mens.  Il  y  a  sept  ans,  elle  ressentit,  pour  la  première  fois,  une 
douleur  dans  la  région  des  reins,  et  elle  eutdesvoraissemenspen* 


DE  PÉRITONITE.  «47 

dant  trois  jours.  Depuis  iors,  et  surtout  dans  les  cinq  dernières 
années,  elle  a  eu  dans  l'iiypochondre  droit,  à  plusieurs  reprises, 
la  sensation  d'une  boule. 

A  partir  du  i"'  novembre  i854,  époque  à  laquelle  la  malade  a 
cessé  d'être  réglée,  elle  a  éprouvé  des  douleurs  dans  l'hypo- 
chondre  droit,  notamment  dans  la  région  du  rein,  et  les  urines 
ont  été  constamment  blanches  et  troubles  ,  ou  semblables  à  de 
l'eau  de  savon  un  peu  sale.  Depuis  le  commencement  du  mois  de 
mars^  elle  sent  dans  l'hypochondre  droit  une  grosseur  qui  a  peu- 
à-peu  augmenté  de  volume,  et  l'urine  a  été  chargée  de  pus. 

Le  8  avril  i835  ,  elle  se  décida  à  entrer  à  la  Charité  ;  elle  était 
dans  l'état  suivant  ;  Gêne  et  quelquefois  douleur  dans  le  côté 
droit  du  ventre ,  oii  on  sent  avec  la  main  une  tumeur  qui  rem- 
plit tout  le  flanc;  quand  la  malade  est  couchée  sur  le  dos,  la 
partie  droite  de  la  paroi  antérieure  du  ventre  paraît  soulevée  et 
arrondie.  Le  flanc  présente  également  de  la  convexité ,  la  malade 
étant  appuyée  sur  les  coudes  et  sur  les  genoux.  Du  côté  gauche, 
en  dehors  des  muscles  sacro-lombaires  et  long  dorsal ,  etc. ,  la 
paroi  abdominale  se  déprime;  au  contraire,  du  côté  droit, 
elle  est  soulevée  et  arrondie  de  manière  à  ce  que  tout  le  flanc 
droit  présente  une  convexité  postérieure.  Au  toucher,  on  sent 
que  cette  tumeur  arrondie  descend  jusqu'à  deux  travers  de 
doigts  au-dessus  de  l'épine  antérieure  et  supérieure  de  l'os 
des  iles,  et  en  dedans  qu'elle  s'avance  jusqu'à  trois  travers  de 
doigt  en  dehors  de  l'ombilic  ;  en  haut  on  ne  peut  pas  en  sentir 
les  limites,  soit  qu'elle  s'engage  sous  les  fausses  côtes,  ou  qu'elle 
soit  immédiatement  unie  avec  le  foie. 

Le  côté  gauche  duventx-e  ne  présente  rien  de  semblable,  et 
rend  à  la  percussion  un  son  naturel;  le  côté  droit,  percuté,  k 
partir  de  la  ligne  blanche ,  rend  un  son  intestinal  jusqu'à  trois 
travers  de  doigt  de  la  limite  extérieure  du  flanc;  la  percussion 
donne  aussi  un  son  intestinal  dans  la  l'égion  iliaque  ;  la  rnatité 
commence  à  deux  travers  de  doigt  au-dessus  de  l'épine  antérieure, 
et  se  continue  sur  toute  la  tumeur.  Cette  poche  est  limitée  en 
bas  et  en  dedans  par  une  ligne  courbe,  à  convexité  inférieure, 
qui  s  tiendrait  de  deux  travers  de  doigt  au-dessus  de  la  crête 
iliaque  jusqu'à  trois  travers  de  doigt  de  l'ombilic  en  haut;  on 

10. 


l48  PYj'iLlTES  COMPLIQUÉES 

ne  pnutpas  distinguer  le  foie  d'avec  la  tumeur  ,  et  la  matilé  se 
continue  jusqu'.iu-dessous  de  la  quatrième  côte.  On  sent  dis- 
tincleiiicul  de  la  Iluctuation  dans  la  tumeur. 

ToutPS  ces  explorations  se  font  sans  douleur.  Les  urines  sont 
chargées  d'vme  assez  grande  quantité  de  pus  jaunâtre  ;  l'excré- 
tion de  l'urine  n'est  ni  plus  fréquente,  ni  plus  douloureuse  que 
dans  l'état  naturel.  La  respiration  est  naturelle. 

Le  pouls  n'est  pas  fébrile;  la  malade  ne  ressent  de  douleur 
dan.s  la  tumeur  que  de  temps  à  autre-  Depuis  un  mois,  elle  a  de 
la  diarrhée  et  des  coliques;  elle  rend  des  matières  glaireuses. 
L'appétit  s'est  conservé;  la  malade  a  maigri.  Le  lo  avril,  la  tu- 
meur est  plus  douloureuse ,.:i^.urtout  vers  sa  partie  antérieure 
{Quinze  sangsues  ;  cataplasmes).  Soulagement.  Le  i3,  tension 
plnsconsidérabie  dansla  tumeur,  douleur  limitée  à  la  partie  an- 
térieure sous  le  rebord  des  fausses  côtes.  Le  t5,  la  tension  est 
encore  considérable.  Le  j6,  elle  a  diminué  ;  la  malade  dit  avoir 
rendu  beaucoup  plus  d'urines  purulentes  que  les  jours  précé- 
dens.  Elle  n'a  paspris  debains;  elle  croit  avoir  remarqué  qu'après 
chaque  bainla  tumeur  augmentait  de  volume.  Le  1 7,  la  douleur, 
qui  a  disparu  en  avant,  semble  contournfr  le  rein  en  arrière 
(  Vingl-cinq  sangsiics  sur  la  région  du  rein  droit).  Le  ao,  l'u- 
rine a  été  abondante  ;  la  tumeur  paraît  moins  rapprochée  de 
l'ombilic,  et  elle  semble  s'être  éloignée  de  la  crête  iliaque.  C'est 
la  deuxième  fois  que  la  tumeur  a  diminué  de  volume  après  des 
urines  abondantes.  La  malade  n'a  plus  de  diarrhée;  elle  souf- 
fre moins  de  sa  tumeur  depuis  les  applications  de  sangsues.  Le 
pus  s'accumule  pendant  quelques  jours  ;  la  tumeur  devientplus 
tendue,  et  la  tension  ne  cesse  que  quand  les  urines  et  le  pus 
s'écoulent  en  plus  grande  quantité. 

Celte  distension  du  rein  ,  accompagnée  de  douleurs  vives 
avec  fièvre ,  se  reproduisait  fréquemment  ;  la  santé  générale  de 
la  malade  s'altérait  chaque  jour.  Je  pensai  à  donner  issue  à  la 
matière  purulente  contenue  dans  la  tumeur. 

Le  22  avril,  après  avoir  appliqué  un  morceau  de  sparadrap 
de  dinchylou  gommé,  présentant  une  fenêtre  de  huit  lignes  de 
haut  sur  une  et  demie  de  large,  à  la  partie  postérieure  de  la 
tumeur,  en  dehors  du  muscle  carré  des  lombes,  entre  la  dernière 


DE  PÉRITONITE. 

côte  et  la  crête  de  l'os  iliaque,  on  y  mit  une  traînée  de  potasse 
caustique,  de  manière  à  faire  une  escliare  allongée  de  haut  en 
bas,  à  cinq  travers  de  doigt  en  dehors  des  apophyses  épineuses 
et  à  deux  travers  de  doigt  au-dessus  de  la  crête  iliaque.  Le  23, 
l'eschare  est  formée.  Le  24,  la  malade  se  plaint  de  coliques  avec 
diarrhée.  Le  aS,  douze  garderobes  {dojize  sangsues  à  l'anus). 
Douleur  dans  la  portion  gauche  du  ventre.  Le  27,  la  diarrhée  et 
les  coliques  ont  cessé.  Le  29,  on  fend  l'eschare  dans  toute  sa 
longueur  j  dans  le  fond  delà  plaie  on  place  quelques  grains  de 
potasse  caustique.  Le  5  mai ,  on  fend  l'eschare;  troisième  ap- 
plication de  potasse;  le  6,  quatrième  application;  te  7  ,  cin- 
quième application.  Le  8,  la  mabde  a  beaucoup  souffert  (  ca- 
taplasme sur  le  côté).  Le  9,  douleur  en  avant  de  la  tumeur  à 
cinq  travers  de  doigt  en  dehors  de  la  ligne  blanche  et  sous  les 
fausses  côtes.  Le  doigt  appliqué  sur  la  paroi  abdominale  donne 
le  sentiment  d'un  frottement  avec  crépitation. 

La  tumeur  est  très  tendue  ;  six  sangsues  sur  le  point  doulou- 
reux j  sixième  application  de  caustique,  sur  les  muscles  mis  à 
nu.  Le  12  mai,  la  tension  est  toujours  considérable,  les  douleurs 
très  vives  pendant  toute  la  journée;  les  urines,  plus  chargées  de 
pus,  deviennent  assez  abondantes  :  septième  application  de 
caustique.  Le  i4,  la  malade  accuse  toujours  de  la  douleur  dans  * 
le  côté  droit,  surtout  en  avant  (huit  sangsites  sur  le  point 
douloureux )  :  huitième  application  de  caustique.  En  fendant 
l'eschare,  il  s'écoule  beaucoup  de  sang. 

Le  i5,  caillots  au  fond  de  la  plaie;  les  bords  en  sont  tumé- 
fiés. La  malade  a  ressenti  hier  des  frissons  pendant  trois  quarts 
d'heure,  ensuite  elle  a  eu  de  la  fièvre.  Cependant  les  douleurs 
abdominales  sont  moindres. 

Le  17,  neuvième  application  d'une  petite  quantité  de  po- 
tasse. La  première  eschare  qui  a  été  fendue  commence  à  se 
détacher  des  lèvres  de  la  plaie.  La  malade  éprouve,  presque 
aussitôt  après  l'application  du  caustique,  une  douleur  très 
violente  dans  la  région  du  rein  droit,  avec  refroidissement  dans 
la  cuisse  droite.  Dans  la  nuit,  elle  a  eu  un  mouvement  fébrile. 

Les  i8  et  19,  frissons  vagues  sans  que  le  ventre  soit  très  dou 
loureux  ;  pouls  fort  et  fréquent.  Le  20,  depuis  hier  à  onze  heu- 


l5o  PYlîLITïïS  COMPLIQUÉES 

res  du  soir,  douleurs  très  violentes  dans  le  ventre;  frissons 
toute  la  nuit;  puis,  chaleur;  nausées  que  la  malade  attribue 
à  h  mauvaise  odeur  du  pus  qui  s'écoule  de  la  plaie  du  dos.  Elle 
accuse,  en  outre,  des  douieurs  comme  des  jpoints  de  côlè.  Les 
bords  de  la  plaie  sont  affaissés  (elle  n'a  que  sept  lignes  de  pro- 
fondeur). En  mettant  un  doigt  dans  le  fond  de  la  plaie  et  en 
chercbant  à  constater  la  fluctuation  dans  la  tumeur,  on  ne 
la  sent  pas  très  distinctement  :  dixième  application  de  deux 
grains  de  potasse  vers  l'angle  inférieur  de  la  plaie.  Le  521  mai, 
la  malade  est  très  agitée;  elle  se  plaint  continuellement;  elle 
n'a  pas  dormi;  elle  a  toujours  de  la  fièvre.  La  nuit,  elle  a 
eu  des  frissons  ;  la  tumeur  est  visiblement  affaissée  ;  les  linges 
des  pansemens  sont  salis  par  du  pus  noirâtre  qui  s'est  écoulé 
de  la  plaie  dont  les  escbares  se  détachent.  Beaucoup  de  gaz 
dans  les  intestins.  La  tumeur  paraît  se  prolonger  moins  en 
bas.  Les  urines  n'ont  pas  été  plus  abondantes,  ce  qui  porterait 
à  penser  que  la  tumeur  a  pu  s'ouvrir  dans  le  tissu  cellulaire 
sous-périlonëal. 

La  difficulté  de  respirer  est  extrême;  tous  les  mouvemens 
du  tronc  sont  douloureux  ;  la  dilatation  de  la  poitrine  surtout 
arrache  des  cris  à  la  ma\&àe  {saignée). 

Le  25,  douleur  et  fièvre  toute  la  nuit,  anxiété;  la  saignée 
n'a  pas  procuré  de  soulagement.  Le  pouls  est  régulier,  rapide, 
Ï30  pulsations  par  minute;  la  respiration  difficile  ()3  sang- 
sucs  sur  le  ventre).  Les  douleurs  sont  plus  fortes  si  la  malade 
parle  ou  si  elle  respire  largement. 

Le  a3,  les  bords  de  la  plaie  ne  sont  plus  tuméfiés,  les  linges 
ne  sont  plus  mouillés  par  le  pus  ;  soif  excessive.  Les  douleurs 
sont  toujours  les  mêmes;  raatité  au  bas  de  la  poitrine,  res- 
piration courte;  la  malade  n'ose  dilater  la  poitrine  (124  pul- 
sations par  minute);  le  soir,  pouls  très  petit,  peau  froide. 
Depuis  deux  jours  la  quantité  des  urines  n'a  ni  diminué  ni 
augmenté,  et  la  tumeur  n'a  pas  repris  son  volume  ordinaire. 
Le  côté  droit  est  toujours  bombé  en  dehors  et  en  arrière. 

Mort,  le  23  mai,  à  huit  heures  du  soir. 

Autopsie  du  cadavre.  —  Etat  extérieur.  Maigreur  ;  ventre 
ballonné.  —  Tête.  Le  cerveau  et  le  cervelet  ne  présentent  pas 


DE  PÉRITONITE.  l5l 

à'ahération.  —  Poitrine.  Les  deux  plèvres  contiennent  un  li- 
quide trouble,  jaunâtre,  avec  des  flocons  albumineux;  un 
demi- litre  dans  le  côté  droit,  un  peu  moins  dans  le  côté 
gauche  ;  lymphe  plastique  sur  la  portion  diaphragmatique  de 
la  plèvre  ,  presque  à  la  base  des  poumons.  Les  poumons,  cré- 
pitans,  présentent  seulement  un  peu  d'œdème  à  la  partie  posté- 
rieure. 

Le  péricarde  contient  un  peu  de  sérosité  transparente  ,  sans 
flocons;  le  volume  du  cœur  est  naturel;  l'épaisseur  des  parois 
du  ventricule  gauche  est  considérable. 

Aidomen.  Le  diaphragme  est  refoulé  très  haut,  à  droite,  jus- 
qu'au bord  supérieur  de  la  quatrième  côte.  Le  péritoine  con- 
tient du  pus  dau  s  les  hypochondres  et  dans  lejbassin;  sur  quelques 
points,  dépôt  de  fausses  membranes;  sur  d'autres,  adhérences 
plus  ou  moins  récentes.  Le  foie  descend  très  bas,  jusqu'au 
niveau  de  l'ombilic;  le  cœcum  et  le  colon  ascendant  sont  dis- 
tendus par  des  gaz;  le  colon  transverse  s'infléchit  vers  le 
pubis,  puis  remonte  vers  l'hypocondre  gauche;  le  colon  des- 
cendant se  trouve  logé,  comme  à  l'ordinaire,  dans  le  flanc 
gauche j  l'estomac  se  montre  sous  le  rebord  des  fausses  côtes 
gauches  et  s'engage  sous  le  foie;  la  masse  des  intestins  grêles 
est  en  partie  dans  le  petit  bassin ,  en  partie  dans  le  milieu  du 
ventre ,  recouverte  par  le  colon  transverse,  qui  est  infléchi,  et 
en  grande  partie  refoulé  vers  le  flanc  gauche. 

Dans  le  flanc  droit,  qui  est  encore  bombé,  on  voit  la  tu- 
meur formée  parle  rein.  Après  avoir  enlevé  l'estomac,  en  dé- 
truisant quelques  adhérences  qui  l'unissent  au  foie,  on  retire 
du  ventre  les  intestins  grêles,  dont  quelques  parties  sont  roses 
et  injectées,  puis  le  colon  iliaque,  le  colon  descendant 
et  le  transverse.  On  constate  que  le  rein  dilaté  ne  s'est  pas 
ouvert  dans  le  cœcum.  Après  avoir  détruit  les  adhérences 
légères  de  la  pOche  rénale  avec  la  partie  postérieure  et  ex- 
terne du  cœcum  et  du  commencement  du  colon,  on  l'isole  avec 
le  doigt,  on  détruit  les  adhérences  qui  unissent  le  grand  lobe 
du  foie  avec  la  partie  supérieure  du  rein  droit. 

En  avant,  la  tumeur  n'est  pas  adhérente  à  la  paroi  abdomi- 
nale ;  immédiatement  sous  le  rebord  des  côtes  et  dans  le  point 


iSa  PYlîLITlS  COMPLIQUlîES 

correspondant  à  celui  où  l'on  sentait,  pendant  la  vie,  une  cré- 
pitation, elle  présente  une  fausse  membrane  un  peu  plus  large 
qu'unépièce  de  cinq  francs,  et  d'une  ligne  à-peu  près  d'épaisseur. 
Tout- à-fait  au-dessous,  la  tumeur  est  en  rapport  avec  la  paroi 
abdominale.  L'extrémité  inférieure  de  la  tumeur  est  logée  dans 
la  moitié  supérieure  de  la  fosse  iliaque.  Cette  tumeur  a  de  haut 
en  bas  cinq  pouces,  et  transversalement  trois  pouces  trois  quarts. 
En  haut  et  en  arrière,  elle  se  trouve  appuyée  sur  la  dernière 
côle;  en  bas,  elle  descend  à  un  demi-pouce  au-dessus  du  dé- 
troit supérieur  du  bassin,  à  deux  pouces  de  l'épine  iliaque  an- 
térieure et  supérieure,  et  à  trois  pouces  de  l'arcade  crurale. 

Le  rein  gauche  est  tout-à-fait  à  l'état  naturel.  L'uretère 
gauche  est  sain  et  sans  injection. 

La  vessie  contient  un  grand  verre  d'urine  chargée  de  pus; 
son  col  est  très  injecté  et  présente  quelques  petites  vésicules  du 
volume  d'une  tête  d'épingle,  entourées  d'unpetit  cerclenoirâlre. 

Autour  de  la  tumeur  le  tissu  cellulaire  est  dense  et  verdâlre. 
Il  s'écoule  du  rein  ,  largement  ouvert,  une  grande  quantité  de 
pus  contenu  dans  des  loges  qui  communiquent  entre  elles 
par  l'intermédiaire  du  bassinet.  Le  bassinet,  assez  petit, 
est  rempli,  presque  en  entier,  par  un  calcul ,  ayant  plusieurs 
embranchemens  courts,  dans  les  calices,  remplis  de  pus. 

La substancemamelonnéeestafFaisséeetatrophiée.  Lerein est 
réduit  en  une  poche  purulente,  multiloculaire.  Le  tissu  cellu- 
laire extra-rénal  est  en  quelques  points  épais  de  trois  lignes,  et 
dans  la  scissure  contient  beaucoup  de  graisse;  l'uretère  est 
plus  gros  qu'à  l'ordinaire  et  ses  parois  sont  épaissies. 

Le  foie  adhérait  par  sa  face  convexe  au  diaphragme,  au 
moyen  de  fausses  membranes  un  peu  plus  anciennes  que  celles 
qui  unissaient  sa  partie  inférieure  avec  la  tumeur;  il  était 
volumineux  ;  son  grand  lobe  avait  sept  pouces  de  hauteur  et  le 
moyen  cinq  pouces  et  demi;  son  diamètre  transversal  était  de 
sept  pouces;  son  tissu  était  sain.  La  rate  présentait  de  petites 
plaques  cartilagineuses  à  sa  surface.  Le  pancréas  était  sain.  La 
membrane  muqueuse  de  l'estomac,  du  duodénum,  des  intestins 
grêles  et  du  gros  intestin,  ne  présentait  ni  rougeur,  ni  injec- 
tion ,  ni  ramollissement.  La  matrice  était  saine. 


d'affections  cérébrales. 


i53 


:oi.  Rapports  de  la  pyélUe  calcnlense  avec  les  affections 
du  système  nerveux. 

On  a  vu  des  phénomènes  apoplectiques  (i)  (Obs.xxiii),  èpi' 
lepliques  h),  le  délire  (3) ,  les  convulsions  (4)  et  même  une  lié- 
morrhagie  cérébrale  (5)  (Obs.  xxiv)  ,  ou  enfin  la  paralysie  (6) , 
survenir  dans  les  cas  de  pyélite  calculeuse;  on  a  vu  aussi, 
comme  je  le  montrerai  plus  lard,  de  semblables  accidens  se 
montrer  dans  des  cas  d'hydro-néphrose  ou  d'atrophie  des  sub- 
stances rénales  par  suite  du  développement  d'un  grand  nom- 
bre de  kystes.  Thomas  Bartholin  et  Baglivi  (7)  ont  vu  des 
afFections  calculeuses  des  reins  produire  des  hémicrânies  re- 
belles. On  a  vu  aussi  se  produire,  dans  de  semblables  condi- 
tions, d'autres  accidens  nerveux,  la  manie  suicide  (8),  etc. 

Willis  rapporte  que  chez  une  femme  qui  rendait  depuis 

(i)  M.  honnafoni  {Mémoire  sur  quelques  modes  de  dégénérescence  du  tissu 
des  reins.  Recueil  de  mémoires  de  méd.,  dechir.  et  de  pharm.  militaires,  in- 8,  vol. 
zxzix,  p.  S27,  Paris,  i83o)  rapporte  trois  cas  de  pyélite  du  côté  gauche, 
dont  une  arec  hémorrhagie  dans  le  ventricule  gauche  du  cerveau.  ^oye2  aussi  : 
Bouet  (Th.).  Sepulcretum,  Vih.  i,  sect.  xi,  obs.  i,xr.  —  Littre.  Hist.  de  VAc. 
des  sciences,  1702,  pag.  34. 

(i)  Lamotte,  Chirurgie,  obs.  clxxiv.  —  Bonet.  Sepulcr.,  lib.  i  ,  sect.  12, 
obs.  XIV.  —  Essais  d'Édimbourg ,  vol.  11,  p.  23,  trad.  allem.  —  Harder. 
Apiarium,,  obs.  lxxviii. 

(3)  Schenck  cite  [Delithiasi  renum,  Symptomata.  Op.  cit.,  p.  45o)  un  cas 
de  calcul  rénal  dans  lequel  le  symptôme  le  plus  saillant  était  le  délire. 

(4)  Tulp.  Ois.  medic,  lib.  11,  obs.  XLV.  —  Bonet.  Sepulcr.,  lib.  i,  sect.  i3, 
obs.xxxr.  Fojrez  plus  loin  :  Obs.  xxtv. 

(5)  Bonnafont.  Lieu  cité.  —  Willis.  Opéra  omnia.  De  anima  brutornm. 
Paralysis.  —  I;^.4,  Amstelodami,  tom.  11,  p.  i58. 

(6)  Lemaitre  {Sur  une  quantité  très  considérable  de  pierres,  rendue  tant  par  les 
urines  que  par  les  selles.  Juurn.  de  Méd.,  tom.  xvil,  p.  173),  cite  un  cas  dans 
lequel  une  malade,  Agée  de  18  ans ,  éprouva  des  accès  d'hystérie,  des  con- 
Tulsions,  une  hémiplégie,  etc.,  et  qui  furent  combattus  par  des  purgatifs,  des 
Tesieatoires,  eic.  Ce  cas  est  vraiment  très  remarquable,  surtout  si,  au  milieu 
d'accidens  réels,  il  n'y  en  a  pas  eu  de  simulés. 

{:)  Baglivi.  Opéra  omnia,  in-4.  Lugduni,  1745,  p,  387. 

(8)  Schurig.  Z,,Mofog,a,p.  295.  _  Eggert  in  Rusts'.  Magazin,B.  x^Tiii, 
H.  3,  S,  427. 


l54  PY^LITES  COMPLIQUIJES 

long-temps  une  urine  sanguinolente  et  purulente,  il  survint 
dans  la  région  rénale  gauche  une  tumeur  qui  s'abcéda  et  se 
transforma  en  un  ulcère  fistuleux.  Après  deux  ans  de  souf- 
frances, cette  femme  mourut  avec  des  symptômes  à'apoplexïe, 
le  quatorzième  jour  d'une  suppression  d'urine;  le  rein  gauche, 
entièrement  atrophié,  était  |réduit  à  sa  simple  membrane;  le 
rein  du  côté  opposé  était  rempli  de  sable  et  de  calculs,  et  l'un 
d'eux  était  engagé  dans  l'uretère. 

M.  Brodie  (i)  rapporte  qu'un  homme,  âgé  de  64  ans,  sujet  aux 
calculs  rénaux,  qui  étaient  habituellement  excrétés  par  l'u- 
rèthre ,  fut  pris  d'une  de  ses  attaques  ordinaires.  Cependant 
la  douleur  continua  après  l'attaque  avec  la  même  intensité,  etle 
malade  n'urina  pas.  On  introduisit  une  cathéter  à  plusieurs 
reprises  dans  la  vessie,  et  il  n'en  sortit  point  d'urine.  Le 
malade  tomba  dans  un  état  comateux  et  mourut  dans  une  at- 
taque de  convulsions  onze  ou  douze  jours  après  le  commence- 
ment des  accidens.  A  l'ouverture  du  cadavre  on  ne  trouva 
point  d'urine  dans  la  vessie.  Il  y  avait  plusieurs  calculs  dans 
un  des  reins,-  l'autre  n'en  contenait  pas,  mais  un  calcul ,  gros 
comme  une  fève,  était  comme  enclavé  dans  la  partie  supérieure 
de  l'uretère. 

M.  Abercrombie  (a)  raconte  le  cas  d'un  homme ,  âgé  de 
70  ans,  qui,  après  avoir  éprouvé  une  ischurie  complète,  mou- 
rut quelques  jours  après  dans  un  état  comateux.  La  vessie  et 
les  deux  bassinets  contenaient  plusieurs  calculs.  Enfin  Dance(3) 
a  observé,  chez  un  homme  atteint  d'un  ramollissement  du  cer- 
velet, et  qai  avait  éprouvé  des  attaques  épileplifornes,  un  cas 
d'oblitération  de  l'uretère  gauche  suivi  de  la  dilatation  et  de 
la  suppuration  du  bassinet  et  des  calices  du  rein,  correspon- 
dant. Le  rein  du  côté  opposé  était  sain  et  double  de  son  volume 
ordinaire.  L'urine  rendue  pendant  la  vie  et  celle  qui  fut  trou- 
vée après  la  mort  dans  la  vessies ,  étaient  naturelle^  non  char- 
gées de  mucus,  de  pus  ou  de  sang. 

(1)  Brodie.  Lectures  on  the  diseuses  of  tlie  urinarjr  organs ,  page  188. 
in-8.  Londou,  i832. 

(2)  Edinb.  Med.  and  Surg.Joum.  vol.  xvii,  pag.  217. 

(3)  Archives  générales  de  Médecine,  tom.  xxix,  p.  i65. 


ma 


d'apoplexie  nerveuse.  i55 

§  702.  J'ai  déjà  cité  tant  de  faits  qui  démontrent  l'influence  des 
aladies  de  l'urèthre,  de  la  prostate  et  de  la  vessie  sur  le  déve- 
loppement de  la  pyélite  et  de  la  néphrite,  queje  me  serais  abstenu 
de  rapporter  l'observation  suivante ,  si  elle  n'offrait  quelque 
intérêt  à  d'autres  égards.  Je  veux  parler  de  la  promptitude  de 
la  mort  à  la  suite  d'accidens  nerveux  simulant  un  coup  de  sang. 
Obs.  XXIir.— Deux  fausses  routes  dans  le  canal  de  l'urèthre;  engorgement  de 
la  prostate;  hypertrophie  de  la  membrane  musculaire  de  la  vessie;  nom- 
breux calculs  dans  la  vessie;  rétention  d'urine  ;  dilatation  de  l'uretère 
gauche;  pyéUte  avec  dilatation  et  perforation  au-dessous  de  la  membrane 
fibreuse  du  rein. 

En  18 3a,  je  vis,  dans  le  service  de  mon  collègue  Ler minier, 
un  malade  sur  le  compte  duquel  on  obtint  peu  de  renseigne- 
mens.  Seulement  on  nous  fit  observer  qu'il  allait  habituellement 
^hez  un  chirurgien  se  faire  sonder,  et  qu'il  avait  eu,  le  jour 
même  de  son  admission  à  l'hôpital ,  un  coup  de  sang  ;  il  mourut 
le  lendemain  matin,  et  M.  le  docteur  Pagès,  interne  du  service, 
fit  l'ouverture  du  corps  en  ma  présence. 

Le  calibre  du  canal  de  l'urèthre  ne  paraissait  pas  notable- 
ment rétréci ,  et  cependant  il  y  avait  deux  fausses  routes,  qui 
partaient  de  la  portion  membraneuse  pour  se  porter  du  côté 
gauche  vers  la  prostate.  Cette  glande ,  deux  fois  plus  volumi- 
neuse que  dans  l'état  sain ,  avait  probablement  été  une  des 
causes  de  la  rétention  d'urine ,  à  laquelle  on  nous  dit  que  cet 
homme  était  sujet. 

La  vessie,  très  volumineuse,  était  distendue  par  l'urine;  ses 
parois  avaient  une  épaisseur  quatre  fois  plus  considérable  que 
celle  de  l'état  sain.  La  membrane  péritonéale  était  saine; 
la  membrane  muqueuse  était  d'un  rouge  violacé.  La  couche 
musculeuse,  dont  la  couleur  était  celle  de  la  chair  de  veau,  avait 
presque  l'épaisseur  d'une  matrice  à  quatre  mois. 

L'intérieur  de  la  vessie  contenait  un  très  grand  nombre  de  mor- 
ceaux de  calculs,  comme  des  éclats  de  pierre  brisée  (nous  avons 
•  soupçonné  qu'on  avait  pratiqué  la  litholritie  sur  ce  malade). 

L  uretère  gaiiche,  gros  comme  un  intestin  grêle,  présentait  in- 
térieurement des  brides  transversales  qui  simulaient  des  valvules. 

Le  tissu  cellulaire  voisin  de  la  partie  inférieure  du  rein 


l56  PTÉLITES  COMPLIQUÉES 

gauche  et  du  colon  descendant  était  infiltré  de  sang;  la  couclie 
celluleuse  extérieure  du  rein  présentait  la  même  altération. 

Le  bassinet  était  très  distendu  par  une  urine  trouble,  blan- 
che, épaisse,  contenant  du  sable  gris,-  sur  les  côtés  et  au-dessous 
de  la  membrane  fibreuse  décollée  et  épaissie,  on  sentait  un 
abcès.  Ce  foyer  purulent  communiquait  par  une  fistule  avec  la 
cavité  du  bassinet.  Dans  plusieurs  pointa  de  la  substance  cor- 
ticale existaient  de  petits  points  noirâtres  qui  correspondaient 
à  des  points  enflammés  plus  profondément  situés.  Les  mame- 
lons étaien».  complètement  affaissés  par  suite  de  la  destruction 
du  bassinet. 

Le  foie  et  les  organes  digestifs  étaient  sains.  L'uretère  du  côté 
opposé  est  plus  volumineux  que  dans  l'état  ordinaire.  Le  rein 
droit  était  sain.  Les  poumons,  le  cœur  et  le  cerveau  étaient 
sains.  Cet  homme  était  bien  constitué.  , 

§  7o3.  L'observation  suivante  recueillie  par  un  de  mes  an- 
ciensclèves,  M.  le  docteurLenepveu,  est  un  exemple  plus  remar- 
quable encore  de  pyélite  calculeuse  latente,  terminée  brusque- 
ment par  la  mort.  J'ai  vu  et  examiné  les  pièces  anatomiques. 

Oas.  XXIV. —  Pyélite  calculeuse,  latente;  calcul  énorme  dans  le  rein  gau- 
che, complètement  atrophié  et  transformé  en  une  espèce  de  coque;  calcul 
dans  le  rein  et  dans  l'uretère  du  c6té  droit;  hémorrhagie  dans  la 
cavité  de  l'arrachnoïde ;  convulsion;  paralysie;  mort. 

M.  V. ,  âgé  de  60  ans,  entra  le  3 1  mars  1 836  ,  à  dix  heures ,  à 
la  Maison  royale  de  Santé  (service  de  M.  Hervey  de  Chegoin) , 
et  y  mourut  le  même  jour,  à  neuf  heures  du  soir. 

Ce  malade,  d'une  constitution  robuste ,  avait  toujours  joui 
d'une  bonne  santé  ;  sa  femme  dit  qu'il  avait  eu  ,  il  y  a  dix  ans , 
une  névralgie  sciatique  ,  dont  il  avait  été  guéri  proinptement, 
et  qu'il  rendait  parfois  de  petits  graviers  avec  les  urines.  De- 
puis quelques  mois,  il  éprouvait  des  tintemens  d'oreille  et  des 
étourdissemens  à  la  suite  desquels  il  avait  fait  plusieurs  chutes. 

Quelques  douleurs  éprouvées  dans  la  région  des  reins  ne 
l'avaient  pas  empêché  de  se  livrer  à  ses  occupations  habituelles, 
lorsque ,  il  y  a  trois  semaines,  il  fut  pris  de  maux  de  tète  plus 
violens  que  de  coutume  et  de  difficulté  à  uriner,  et  fut  obligé 


d'apoplexie  méningienne.  i57 

de  s'aliter.  Un  chirurgien  le  sonda  et  ne  trouva  rien  de  parti- 
culier dans  l'urèlhre  ni  dans  la  vessie.  Pendant  quinze  jours,  le 
malade  semblait  mieux ,  lorsqu'il  y  a  trois  jours,  il  a  éprouvé 
des  mouvemens  convulsifs  (5az</nee,-  do^ize  sangsues  dans  les 
gouttières  dorsaleset  lomhaires).  Gel  homme  était  privé  de  con- 
naissance, ne  répondant  point  aux  questions  qu'on  lui  fai- 
sait. 

Le  3i  mars,  jour  de  son  entrée  à  la  Maison  de  santé,  on  re- 
marqua des  mouvemens  convulsifs  dans  les  muscles  de  la  face, 
et  une  paralysie  du  mouvement  et  du  sentiment  dans  la  moitié 
droite  du  corps.  La  respiration  était  embarrassée  et  bruyante  ; 
la  région  de  la  vessie  était  tendue.  La  calhétérisme  donna  issue 
à  huit  onces  d'urine  trouble  et  jaunâtre  ;  un  demi-verre  de  pus 
grisâtre  et  fétide  se  déposa  au  fond  du  vase.  A  huit  heures  du 
soir,  respiration  trachéale j  extrémités  froides;  mort  à  neuf 
heures. 

L'autopsie  du  cadavre  fut  faite  vingt-quatre  heures  après  la 
mort.  Un  coagulum  sanguin  ,  étendu  en  nappe,  dans  la  cavité 
de  l'arachnoïde ,  recouvre ,  en  grande  partie,  la  convexité  du 
lobe  postérieur  de  l'hémisphère  gauche  du  cerveau;  un  peu  de 
sang  liquide  et  un  autre  petit  caillot  existent  dans  la  scissure 
de  Sylvius.  Deux  onces  de  sérosité  s'écoulent  des  ventricules 
cérébraux  et  du  tissu  cellulaire  sous-arachnoïdien.  Point  de 
foyers  récens  ni  de  traces  d'anciens  foyers  apoplectiques  dans 
la  substance  cérébrale. 

Les  deux  poumons  sont  fortement  engoués  et  réunis  aux 
parois  de  la  poitrine  par  des  adhérences  anciennes.  Le  ventri- 
cule gauche  du  cœur  est  hypertrophié  ;  les  cavités  droites  sont 
unjpeu  dilatées;  l'appareil  digestif  est  sain. 

Le  rein  gauche ,  transformé  en  une  coque  fibreuse ,  contient 
un  énorme  calcul  (Atlas,  Pl.  xii.fig.  5,6,  7,)  adhérent  à  la  mem- 
brane interne  du  bassinet  et  des  calices;  deux  autres  petits 
calculs  floltans  dans  la  cavité  des  deux  calices  ;  un  petit  calcul, 
gros  comme  une  lentille  ,  est  arrêté  à  l'embouchure  de  l'ure- 
tère droitdans  la  vessie  (Atlas,  Pl.  lui,  fig.  4).  Un  cinquième 
calcul,  gros  comme  une  amande  existe,  dans  le  bassinet  du  rein 
droit;  ce  rein,  considérablement  hypertrophié,  offre,  à  sa  sur- 


l58  PYÉLTTES  COMPLIQUÉES 

face,  quelques  plaques  blanches  ,  laiteuses  et  plusieurs  petits 
kystes;  l'uretère  du  même  côlé  est  dilaté;  le  rein  gauche 
offre  plusieurs  foyers  de  pus  logés  dans  de  petites  cellules  dis- 
tinctes, et  qui  ont  pris  la  place  des  substances  tubuleuse  et 
corticale  détruites, 

704.  La  fréquence  des  maladies  des  voies  urinaires  est  telle 
dans  la  vieillesse  qu'on  ne  devrait  jamais  négliger  l'examen  de 
l'uriue  et  l'exploration  des  voies  urinaires  ;  faute  de  cet  examen, 
des  lésions  plus  ou  moins  graves  passent  inaperçues  : 

Obi.  XXV. —  Inflammation  pseudo-membranense  de  la  vessie  et  du  bassinet 
du  rein  droit  cbez  une  vieille  femme  ;  mort  subite. 

Fontaine,  âgée  de  79  ans,  sans  état,  et  depuis  long-temps  à  la 
charge  du  bureau  de  charité,  demeurant  à  Paris,  rue  des  Pe- 
tites-Boucheries ,  fut  admise  à  l'hôpital  de  la  Charité  les  pre- 
miers jours  de  janvier  i836,  à  six  heures  du  soir,  et  mourut 
suMlement  le  lendemain  à  midi.  Cette  vieille  femme  étant,  en 
apparence  peu  malade  le  soir  au  moment  de  sa  réception,  et  sa 
faiblesse  paraissant  expliquée  par  son  grand  âge, l'urine  ne  fut 
point  examinée,  et  les  lésions  de  la  vessie  et  du  bassinet  ne  fu- 
rent point  soupçonnées. 

Autopsie  du  cadavre. —  Tête.  Infiltration  très  notable  de  sé- 
rosité entre  les  membranes  du  cerveau,  dont  les  circon- 
volutions sont  très  humides  ;  épanchement  de  sérosité  dans 
les  ventricules.  Toute  la  substance  cérébrale  est  mouillée. 

Poitrine.  Poumons  fortement  engoués,  d'un  rouge  noirâtie, 
surtout  le  droit.  Deux  ou  trois  adhérences  fort  légères  au  som- 
met des  poumons.  Cœur  volumineux;  caillots  dans  les  oreil- 
lettes ;  valvule  auriculo-venlriculaire  droite  présentant  quel- 
ques points  cartilagineux  ainsi  que  d'autres  points  blancs  et 
durs  ;  ventricule  droit  légèrement  hypertrophié  ;  le  ventricule 
gauche  n'offre  rien  de  remarquable,  si  ce  n'est  une  carlilagini- 
fication  moins  prononcée  de  la  valvule.  Les  valvules  aorti- 
qucs  sont  saines  ;  la  substance  du  cœur  est  généralement  assez 
molle;  le  péricarde  offre  quelques  adliérences  et  une  plaque 
blanche  de  la  largeur  d'une  pièce  de  vingt  sous.  L'aorte  est 
saine. 


DE  RA.MOLLISSEMENT  DU  CERVEAU.  iSg 
Ahdomen.¥oie  sam;ratelie  de  vin,  un  peu  ramollie,  volume 
moyen.  La  substance  corticale  des  reins,  peu  consistante,  est 
criblée  à  la  périphérie  de  petits  kystes  d'un  bleu  noirâtre  et  du 
volume  de  grosses  têtes  d'épingles.  Dans  le  rein  gauche,  kysle 
à  coque  cartilagineuse,  à  parois  d'une  ligne  d'épaisseur,  jau- 
nâtre, de  la  grosseur  d'un  œuf  de  pigeon,  contenant  une  séro- 
sité jaunâtre.  La  membrane  muqueuse  du  bassinet  et  des  calices 
est  d'un,  rouge  assez  vif  et  parsemée  de  fausses  membranes.  Les 
tuniques  de  la  vessie  sont  épaissies;  la  membrane  muqueuse 
présente,  comme  le  bassinet,  de  la  rougeur  et  de  fausses  mem- 
branes. Plusieurs  sont  flottantes  au  bas-fond  de  cet  organe. 
Les  autres  organes  dans  l'état  sain. 

§  7o5.  La  coïncidence  de  la  pyélite  avec  une  lésion  du  méso- 
céphale  était-elle ,  dans  le  cas  suivant,  un  simple  effet  du  ha- 
sard? ou  bien,  par  suite  de  l'affection  cérébrale,  l'excrétion 
de  l'urine  se  faisant  avec  moins  de  liberté  ,  sa  rétention  incom- 
plète a-t-elle  été  la  cause  de  l'inflammation  des  bassinets  ? 
Dans  cette  hypothèse,  pourquoi  la  vessie  ne  s'est-elle  point 
enflammée  par  le  même  mécanisme  ?  La  pyélite  a-t-elle  pu  être 
la  conséquence  d'une  ancienne  infection  syphilitique  ? 

Obs.XXYI  Pyélite  chronique  cliez  une  femme  paralytique  atteinte  d'un  ra- 
mollissement d'une  partie  du  côté  gauche  du  mésocéphale. 

Baudin ,  ouvrière  en  linge ,  âgée  de  5o  ans ,  entra  à  l'hôpital 
de  la  Charité  le  12  janvier  1837,  pour  s'y  faire  traiter  d'une 
paralysie  incomplète  du  bras  et  de  la  jambe  du  côté  droit. 
Cette  femme,  brune,  d'une  haute  stature,  d'un  embonpoint 
médiocre  ,  a  été  hydropique  pendant  quelques  mois,  à  l'âge 
de  25  ans.  A  part  plusieurs  affections  vénériennes,  elle  a 
joui  ;  jusque  dans  ces  derniers  temps,  d'une  bonne  santé.  Il  y 
a  dix  mois  qu'elle  a  cessé  d'être  réglée.  Depuis  huit  mois,  elle 
éprouve  des  douleurs  de  tête  violentes  qui  ont  été  combattues 
par  des  émissions  sanguines. 

Dans  la  nuit  du  8  janvier,  elle  fut  prise  subitement  d'une 
attaque  dans  laquelle  elle  ne  perdit  pas  complètement  connais- 
sance. Aujourd'hui ,  elle  ne  prononce  les  mots  qu'avec  beau- 
coup de  peine ,  et  cependant  les  mouvemena  de  la  langue  s'exé- 


l6o  PYÉLITES  COMPLIQUÉES 

cutent  facilement.  Il  n'y  a  pas  de  paralysie  sensible  des  mus- 
cles de  la  face.  Le  bras  droit  peut  s'éloigner  du  tronc,  et  la 
main  se  porter  à  la  tête.  Les  doigts  médian  et  annulaire  sont 
légèrement  paralysés.  La  jambe  du  même  côté  peut  exécuter 
quelques  mouvemens ,  mais  la  marche  est  impossible.  Point  de 
paralysie  de  la  vessie  ni  du  rectum.  Sensations  particulières 
dans  les  membres  incomplètement  paralysés.  Amaurose  pres- 
que complète  des  deux  yeux  depuis  huit  mois.  Quelques  cica- 
trices syphilitiques  sur  différentes  parties  du  corps. 

La  malade  fut  saignée ,  et  les  jours  suivans  elle  prit  del'eaa 
de  Sedlitz,  des  lavemens  purgatifs  et  des  pilules  d'Anderson. 

Le  27  du  même  mois,  à  trois  heures,  nouvelle  attaque;  la 
malade  ne  peut  plus  parler  ;  impossibilité  de  lui  faire  ouvrir 
la  bouche  et  tirer  la  langue.  Pas  de  fièvre;  on  ne  peut  savoir 
si  elle  souffre  ;  la  sensibilité  générale  est  conservée ,  et  les  si- 
gnes que  nous  fait  la  malade  montrent  que  l'intelligence  n'a  pas 
notablement  souffert  {Saignée  d'une  livre;  lavemenl  purgatif). 

Le  lendemain ,  mêmes  symptômes  ;  en  outre ,  gémissemens 
et  cris  continuels;  évacuations  des  matières  fécales  dans  le  lit, 
la  malade  ne  pouvant  former  une  phrase,  appeler  la  veilleuse 
Sangsues  derrière  les  oreilles  ;  huile  de  ricin). 

Le  soir,  la  malade  est  plus  abattue  ;  la  respiration  s'embar- 
rasse. Mort  le  lendemain  à  six  heures  du  matin. 

Autopsie  du  cadavre.  —  Tête.  Du  côté  gauche  de  la  protubé- 
rance annulaire ,  près  de  la  ligne  médiane,  un  point  de  la  sub- 
stance cérébrale,  du  volume  d'un  grain  de  cassis,  était  jauttt 
et  ramolli;  cette  altération  se  prolongeait  en  stries  dans  la 
substance  cérébrale  voisine,  qui  était  saine.  Nous  ne  décou- 
vrîmes aucune  autre  altération,  ancienne  ou  récente,  dans  les 
deux  hémisphères  du  cerveau.  Le  cervelet  était  sain. 

Abdomen.  La  membrane  muqueuse  du  bassinet  du  rein  gau- 
che, épaissie  et  blanchâtre,  était  couverte  d'un  mucus  épais, 
mêlé  de  pus  ,  qui  formait  à  sa  surface  une  couche  assez  uni- 
forme. La  membrane  muqueuse  du  bassinet  du  rein  gauche 
était  très  rouge  et  très  injectée.  Quant  au  tissu  propre  des 
reins ,  il  paraissait  sain.  Les  uretères  et  la  vessie  n'offraient  ni 
rougeur  ni  épaississement. 


DE  LÉSIONS  DU  CERVELET.  l6l 

70G.  Il  est  très  probable  que,  dans  le  cas  suivant,  la  lésion 
du  cervelet  a  été  la  source  première  des  accidens  ;  que  l'espèce 
de  kyste  que  nous  avons  rencontré  dans  cet  organe,  s  élail 
formé  à  la  suite  d'une  héraorrhagie  ;  et  que  les  lésions  des 
voies  urinaires,  notamment  la  pyélite,  ont  été  consécutives  a 
l'affection  du  cervelet.  Toutefois,  il  est  constant  qu'il  y  avait, 
dans  les  voies  urinaires,  des  altérations  propres  à  un  état  in- 
flammatoire aigu  et  d'autres  altérations,  telles  que  la  teinte 
ardoisée  de  la  membrane  muqueuse,  l'atrophie  et  l'induration 
du  rein  gauche,  qui  étaient  la  conséquence  d'une  inWajnma- 
tion  chronique  très  ancienne.  El  à  en  juger  par  la  nature  des 
premiers  accidens  connus,  et  par  les  caractères  des  lésions  ob- 
servées après  la  mort,  on  peut  penser  qu'il  y  a  eu  altei-native- 
ment  et  réciproquement  inûuence  du  cervelet  sur  les  voies 
urinaires,  et  des  voies  urinairessur  les  centres  nerveux. 

Obs.  XXYIl.  — Céphalalgie  ancienne;  perversion  ,puis  abolition  de  l'intelli- 
gence; paralysie  des  raenibrcs  inférinirs,  du  rectum  et  de  la  vessie;  ré- 
tention d'urine;  urine  alcaline  et  brune  ;  mort.  —  Kyste  du  volume 
d'une  noix  dans  le  cervelet  ;  inflammation  chronique  de  la  vessie,  de  la 
membrane  du  bassinet  et  de  celle  des  calices  ;  destruction  de  la  sub- 
stance rénale. 

D...  (Marie-Françoise),  âgée  de  4"  ans',  entra  le  16  sep- 
tembre 1839,  à  l'hôpital  de  la  Charité.  Elle  avait  toujours  joui 
d'une  bonne  santé,  jusqu'au  mois  de  juillet  tSS;.  A  cette  épo- 
que,  elle  commença  à  éprouver  des  douleurs  de  tête  qui  ont 
toujours  existé,  depuis  lors,  à  un  degré  plus  ou  moins  prononcé. 
Toutefois,  cette  femme,  extrêmement  maigre  et  dont  la  consti- 
tulipn  est  profondément  altérée,  n'accusait  d'autre  souffrance 
que  cette  céphalalgie  continuelle,  qu'elle  attribuait  à  des  fatigues 
et  à  des  veilles  prolongées.  Elle  passait  une  partie  de  la  nuit  à  tra- 
vailler pour  subvenir  à  ses  besoins  et  à  ceux  de  sa  nombreuse 
famille.  Depuis  huit  mois  ,  elle  éprouvait  des  étourdissemens, 
des  vertiges,  toutes  les  fois  qu'elle  faisait  le  plus  léger  mouve- 
ment. Depuis  ce  temps-là,  elle  a  gardé  un  repos  absolu.  Le  mal 
a  fait  des  progrès  ;  des  applications  de  sangsues  aux  apo- 
physes mastoides,  des  vésicatoires  à  la  nuque,  ont  été  employés 


l6!2  PYÉLITÈS  COMPLIQUl^RS 

sans  soulagemfin  l.  Enfin,  cette  femine  affirme  qu'elle  était  arrivée 
au  point  de  n'être  plus  capable  de  veiller  aux  soins  de  son 
ménage ,  soins  qu'elle  prenait  autrefois  avec  empressement.  Ce 
fut  avec  beaucoup  de  peiiie  qu'elle  put  nous  donner  ces  rensei- 
gnemens.  Ti  y  avait  de  l'hésitation  dans  ses  réponses  qui  étaient 
souvent  interrompues  ou  incomplètes.  Cette  femme  a  conservé 
l'usage  des  membres  inférieurs  et  supérieurs,  mais  elle  a 
peinfe  à  soutenir  sa  tête,  qui  est  ordinairement  inclinée  sur  le 
côté;  ses  yeux  restent  fermés,  même  lorsqu'elle  parle,  comme 
si  elle  était  douloureusement  affectée  de  la  lumière.  Il  y  a  un 
peu  d'embari'Es  dans  sa  parole.  L'appétit  et  le  sommeil  sont 
h'vén  conservés;  point  de  cbaleur  morbide  à  la  peau  :  point  de 
mouvement  fébrile  ;  garde-robes  rares. 

Elle  resta,  durant  trois  ou  quatre  jours,  dans  l'état  que  nous 
venons  de  décrire,  gardant  le  silence  et  l'immobilité  la  plus 
complète  {Limonade;  twntouses  scarifiées  à  la  luique ;  lave- 
ment purgatif  ) . 

Le  20  septembre,  la  stupeur  est  plus  prononcée,  assoupisse- 
ment presque  continuel  j  de  temps  en  temps  la  malade  s'agite 
et  pousse  parfois  des  cris  aigus  j  elle  délire  toute  la  nuit  «  puis 
elle  retombe  dans  le  coma  {Limotiadc f  vèsicatoirc  à  la  nuque; 
lavement  purgatif). 

Le  22,  on  sent  un  amas  de  matières  fécales  en  pressant  sur 
léS  parttis  abdominales  ;  une  goutte  d'huile  de  crotbh  tiglium , 
admittislrée  en  pilule,  est  rejetée  par  le  vomissement. 

Le  lendemain  2 3,  la  même  chose  arrive,  il  y  a  aussi  réten- 
tion complète  des  urines  depuis  deux  jours;  la  vessie,  distendue, 
foriWè  une  saillie  à  l'hypogâstre. Le  cathétérisme  donne  issue  à 
Uilë  pinte  et  demie  d'urine  alcaline  et  d'une  odeur  fortement 
âtnmoniacale. 

Le  25  séptembré,  le  coma  continue,  et  alterne  avec  quelques 
iristisn^  d'agitation,  pendant  lesquels  la  malade  pousse  des 
cris.  La  constipation  et  la  rétetation  d'urine  continuent  ;  la  ma- 
lade fest  sondée  deux  fois  par  jour;  l'urine  est  d'une  fétidité 
éxtrême  et  toujours  alcaline  ;  la  quantité  en  diminue,  et  les  der- 
lâî'ères  pàrties  de  ce  liquide  extraites  de  la  vessie  sont  d'uné 
ctJuleur  brun  foncé. 


DE  LÉSIONS  DU  CÊRVËLET.  î63 
Le  20,  les  yeux  sont  toujours  fermés;  tes  pupilles  sont  dila- 
tées et  immobiles;  la  tête  est  inclinée  en  arrière  ou  sur  l'une 
des  épaules  ;  la  langue  est  un  peu  sèche  ;  le  pouls  est  déprimé 
et  un  peu  irrégulier;  la  peau  est  plutôt  froide  que  chaude 
{Limonade;  lavement  purgatif;  tathètèrismc  deux  fois  par 
jour;  diète). 

Le  27 ,  hypogastre  sensible  à  la  pression  ;  douleur  vive 
pendant  le  calhétérisme  ;  urine  très  fétide,  alcaline,  d'un  brun 
foncé  et  très  épaisse. 

Le  aS,  la  résolution  des  membres  inférieurs  est  complète  ;  la 
malade  pousse  des  géraisseraens  quand  on  l'excite  ;  dans  la 
soirée ,  la  paralysie  devient  générale ,  et  la  malade  meurt  le  ag 
septembre. 

Autopsie  du  cadavre,  —  Ahdomen.  Le  péritoine  est  générale- 
ment sain,  excepté  dans  la  région  sous-ombilicale,  oii  le  paquet 
intestinal  adhère  au  mésentère  et  au  sommetde  la  vessie.  Celle- 
ci,  très  développée,  fait  saillie  de  deux  à  trois  pouces  au-dessu» 
du  pubis.  Ses  parois,  quoique  très  distendues,  ont  une  grande 
épaisseur.  La  membrane  interne  de  la  vessie  est  rendue  ru- 
gueuse et  mamelonnée  par  un  dépôt  de  fausses  membranes 
plus  épaisses  au  bas-fond  et  à  la  partie  antérieure  de  cet  organe 
qu'à  sa  face  postérieure.  Au-dessous  de  ces  fausses  membranes, 
molles  et  blanchâtres ,  la  membrane  muqueuse  a  une  teinte 
d'un  gris  ardoisé.  Le  rein  droit  ne  présente  pas  de  lésion  ap- 
préciable. Le  rein  gauche,  au  contraire,  remarquablement  atro- 
phié ,  est  réduit  aux  deux  cinquièmes  d'un  rein  ordinaire  ;  sa 
surface  offre  des  inégalités,  de  petites  poches  remplies  de  pus 
déposé  dans  les  calices  dilatés.  Les  substances  tubuleuse  et 
corticale  du  rein  ont  presque  entièrement  disparu;  entre  l'en^ 
veloppe,  fibreuse,  épaisse  et  dense  du  rein  et  la  membrane  du 
bassinet  qui  est  aussi  épaissie  existe  une  cotiche  d'apparence 
adipeuse,  et  de  trois  à  quatre  lignes  d'épaisseur.  L'infundi- 
buluin  est  très  dilaté  ;  sa  membrane  et  celle  des  calices  sont 
blanches,  dures  et  comme  fibreuses;  une  matière  molle, 
pâle ,  semblable  à  une  gelée ,  remplit  quelques-uns  des  calices 
dilatés. 

La  membrane  muqueuse  digestive  n'oflrc point  d'altération; 


l64  PYÉLITES  COMPLIQUIÎFS 

l'intestin  et  surtout  l'iléon  contiennent  une  grande  quantité  de 
matières  fécales  dures  et  disposées  eu  chapelet. 

Têle.  La  substance  du  cerveau  est  très  ferme.  Dans  l'épais* 
seur  du  lobe  droit  du  cervelet,  très  près  de  la  commissure  qui 
le  réunit  au  lobe  gauche,  on  voit  une  cavité  capable  d'admettre 
une  noix  ordinaire  et  remplie  d'un  liquide  séro-purulent  et 
jaunâtre.  Les  parois  de  cette  cavité  sont  pourvues  d'un  kyste 
qui  isole  complètement  le  liquide  du  tissu  ambiant  de  l'en- 
céphale. Le  foyer  repose  presque  immédiatement  sur  Ja  face 
supérieure  de  la  moelle  allongée  ,  très  près  du  quatrième 
ventricule. 

Poitrine.  Les  organes  thoraciques  étaient  parfaitement  sains. 

§707.  L'observation  suivante  est  un  exemple  d'inflammation 
aiguë  de  la  vessie  et  des  bassinets,  consécutive  à  une  rétention 
d'urine  déterminée  par  une  affection  du  cerveau.  J'ai  déjà  rap- 
porté plusieurs  cas  analogues,  mais  dans  aucun  d'eux  l'inflam- 
mation n'était  aussi  nettement  bornée  aux  bassinets  et  aux 
calices. 

Obs.  XXVI II. —  Depuis  qu.itre  aou  douleurs  viulcotcs  dans  tout  le  cAtc  gaucbe 
de  1.1  téte;  soniDoteace;  stupeur;  cvacuntions  involontnires  de  l'urine  et 
des  matières  féoalc»;  mort.  —  Lésion  organique  du  cerveau;  mem- 
brane interne  des  calices,  du  bassinet,  dej  uretères  et  de  la  Tes.sie,  injectée 
et  enduite  de  pus. 

Dubloz  (Jeanne),  femme-de-chambre,  âgée  de  44  ans,  entra 
à  l'hôpital  de  la  Charité,  le  19  mars  1837.  Cette  femme,  assez 
bien  conservée,  d'un  teint  brun,  d'un  embonpoint  médiocre, 
a  joui  d'une  bonne  santé ,  jusqu'à  l'âge  de  4»  ans.  Il  y  a  cinq 
ans  qu'elle  commença  à  éprouver,  dans  le  côté  gauche  delà  tête 
et  dans  la  moitié  correspondante  de  chaque  mâchoire,  jusque 
dans  les  dents,  des  douleurs  très  vives  qui  revenaient  fré- 
quemment par  accèf  et  n'avaient  pas  toujours  la  même  inten- 
sité. Pendant  le  cours  de  cette  maladie  aucune  autre  partie  du 
corps  ne  parut  souffrir,  et  la  menstruation  resta  régulière  jus- 
qu'au mois  de  janvier  dernier.  Plusieurs  médecins  avaient  re- 
gardé la  maladie  comme  un  tic  douloureux  ;  aucun  traitement 
ne  l'avait  Boulogée.  Maintenant  les  douleurs  sont  plus  vives  que 


U£  lisions  DU  CERVEAU.  l65 
jamais  ;  elles  arrachent  des  cris  à  la  malade  et  ne  lai  laissent 
plus  de  repos.  La  douleur  ne  suit  pas  exactement  le  trajet 
des  nerfs  du  crâne  ou  delà  face.  D'un  autre  côté,  l'inlégrilé  des 
sens,  des  mouvemens  et  de  rintelligence  éloignaient  l'idée  d'une 
maladie  organique  du  cerveau.  Une  s.iignée  fut  pratiquée,  et 
seize  grains  de  sulfate  de  quinine  furent  donnés  dans  l'inter- 
mission  des  douleurs;  pas  d'amendemenl;  la  dose  du  sulfate  de 
quinine  fut  portée,  dès  le  lendemain,  à  vingt-quatre  grains. 
La  malade  pleurait  de  temps  en  temps,  lors  même  que  la  dou- 
leur était  le  moins  vive;  la  malade  pleurait  par  un  sentiment 
de  tristesse,  et  les  larmes  la  soulageaient.  Le  sulfate  de  qui- 
nine fut  continué  à  )a  même  dose  pendant  seize  jours  ;  la  ma- 
lade se  félicita  un  moment  de  l'emploi  de  ce  médicament, 
mais  bientôt  les  douleurs  devinrent  plus  vives  que  jamais  {Un 
quart  de  grain  de  dalnra  stramoninm). 

Le  lendemain,  la  malade  parut  plongée  dans  un  sommeil 
profond,  dont  il  était  difficile  de  la  tirer  (Un  quart  de  grain  de 
stramonium,  le  soir).  Lejour  suivant,  la  religieuse  nous  ditque, 
dans  la  journée,  la  malade  lui  avait  parlé,  qu'elle  se  trouvait 
mieux  et  qu'elle  avait  mangé  {Un  qnart  de  grain  de  stramo- 
nium, soir  et  matin). 

Lestramonium  fut  suspendu  le  9,  et  continué  les  10,  11  et  12; 
pendant  ce  temps,  les  symptômes  restèrent  à-peu-près  les 
mêmes. Il  était  difficile  de  faire  parler  la  malade;  par  momens,  il 
y  avait  une  sorte  de  stupeur.  On  cessa  l'emploi  du  stramonium. 

La  malade  est  constamment  assoupie  :  veut-on  la  réveiller, 
elle  murmure,  et,  après  avoir  ouvert  les  yeux  un  moment, 
comme  pour  prier  de  la  laisser  tranquille,  elle  les  referme  bien- 
tôt, et  contracte  énergiquement  1ns  paupières.  On  a  la  plus 
grande  peine  à  lui  arracher  une  réponse;  mais  celte  réponse 
est  juste.  On  parvient  à  lui  faire  exécuter  quelques  mouvemens 
des  membres,  mais  elle  y  apporte  la  même  lenteur  et  la  même 
insouciance  que  dans  tous  les  autres  actes. 

La  vessie,  remplie  d'urine,  est  vidée  par  la  sonde;  mais,  les 
jours  suivans  ,  l'urine  est  rendue  involontairement,  ainsi  que 
les  matières  fécales.  Le  pouls  varie  de  90  pulsations  à  100. 
Le  18  avril  et  jours  suivans,  la  respiration  s'embarrasse,  et 


l66  PYÉLITES  COMPLIQUEES 

la  malade  succombe  le  ao  avril  1837.  Les  rubéfians ,  les 
v4sicatoircs ,  les  purgatifs,  les  excitans  avaient  été  ein* 
ployés  daus  les  derniers  temps  de  la  maladie  sans  aucun 
avantage. 

Autopsie  du  cadavre,  le  21,  vingt-quatre  heures  après  la 
mort.  —  Etat  extérieur,  Bouffisure,  de  la  face  qui  est  légère- 
ment violacée.  La  peau  du  corps  est  pâle.  Embonpoint  mé- 
diocre; point  d'œdème. 

Tête.  Les  veines  qui  rampent  à  la  surface  du  cerveau,  surtout 
celles  du  côté  gauche,  sont  très  injectées.  Point  de  sérosité,  ni 
de  lymphe  plastique  dans  le  tissu  cellulaire  sous-arachnoï- 
dien.  La  pie-mère  paraît  plus  adhérente  à  la  partie  antérieure 
du  cerveau  que  sur  les  parties  latérales.  Le  cerveau  a  sa  con- 
sistance naturelle.  Les  ventricules  latéraux  contiennent  envi- 
ron deux  cuillerées  de  sérosité  transparente.  Le  droit  paraît 
plus  distendu  que  le  gauche.  En  dehors  de  ce  dernier,  à-peu- 
près  vers  le  tiers  moyen  de  la  face  inférieure  de  l'hémisphère, 
la  substance  blanche,  ramollie,  est  contiguë  à  un  foyer  rempli 
d'un  liquide  semblable  à  du  pus,  mêlé  à  de  la  matière  céré- 
brale, La  pie-mère,  dans  ce  point,  adhère  intimement  à  la  sub- 
stance cérébrale.  Les  parois  du  foyer,  d'une  dureté  remarqua- 
ble, ont  plusieurs  lignes  d'épaisseur.  La  couleur  de  ces  parois 
est  d'un  blanc  jaunâtre  j  quelques  parties  sont  plus  jaunes  et 
^•fimollies ,  d'autres  sont  injectées  de  sang.  L'intérieur  du  foyer 
est  inégal.  Au-dessous  de  cette  couche  purulente,  on  trouve  une 
membrane  assez  ferme.  Dans  la  portion  de  la  fosse  latérale  et 
moyenne  gauche  de  la  base  du  crâne,  et  près  de  l'aile  du  sphé- 
noïde,  l'os  est  perforé.  La  cinquième  paire  n'est  le  siège  d'au- 
cune lésion.  Les  veines  du  cerveau  et  les  sinus  de  la  dure- 
mère  sont  sains.  Les  ganglions  lymphatiques  du  cou  n'ont  pas 
augmenté  de  volume  et  ne  sont  pas  altérés  dans  leur  texture. 

Poitrine.  Le  poumon  gauche  est  un  peu  engorgé;  les  bron- 
ches sont  rouges.  Le  poumon  droit  est  parfaitement  sain. 

Les  valvules  mitrales  du  cœur  un  peu  plus  épaisses  que  dans 
i'çtat  naturel,  offrent,  près  de  leur  bord  libre,  plusieurs 
points  cartilagineux.  Plusieurs  plaques  jaunâtres  au-dessous 
de  la  membrane  interne  de  l'aorte. 


DE  MALADIES  DE  LA  MOELLE  ÉPINIÈRE.  167 
AMomen.  Le  tissu  des  reins  paraît  sain;  mais  la  membrane 
interne  du  bassinet,  des  calices  et  des  uretères  est  recouverte 
par  une  couclie  assez  épaisse  de  pus.  Débarrassée  du  pus  par  le 
lavage,  cette  membrane  offre  une  injection  uniforme  à  mailles 
assez  serrées  et  quelques  ecchymoses.  La  vessie,  énormément 
dilatée ,  surtout  dans  sou  diamètre  transversal,  contient  une 
très  grande  quantité  de  mucus  purulent,  rassemblé  à  son  bas- 
fond;  sa  membrane  muqueuse  est  généralement  injectée. 

La  matrice  est  saine  ;  un  kyste  séreux  de  la  dimension 
d'une  grosse  noix  dans  l'ovaire  gauche. 

L'estomac,  l'intestin,  le  foie  et  la  rate  sont  sains. 

Rapports  de  la  pyèlUt  avec  les  maladies  de  la  moelle 
épitiière. 

§  708.  Les  membres  inférieurs  sont  souvent  le  siège  d'un  en- 
gourdisscment  considérable  dans  plusieurs  maladies  des  voies 
urinaires.  M.  Lallemand  (i),dans  ses  observations  sur  les  pertes 
séminales  involontaires  ,  pertes  qui  coïncident  très  souvent 
avec  des  lésions  de  l'urèthre  et  de  la  prostate  ,  ou  d'autres  par- 
ties des  voies  urinaires,  a  noté,  dans  un  assez  grand  nombre 
de  cas ,  "que  les  malades  étaient  faibles  ou  vacillans  sur  leurs 
jambes ,  qu'ils  offraient  enfin  une  paralysie  incomplète  des 
membres  inférieurs.  M.  Stanley  (2)  a  rapporté  plusieurs  cas  de 
paralysie  survenue  à  la  suite  de  maladies  des  voies  urinaires,  et 
notamment,  de  la  néphrite ,  sans  lésion  matérielle  de  la  moelle 
épinière  (§  437).  , 

Un  jeune  homme,  à  la  suite  d'une  maladie  intlammaloire  dn 
tube  intestinal,  souffrait,  dit  M.  Amnion  (3),  tantôt  d'une 
constipation  opiniâtre,  tantôt  d'un  pissement  de  sang.  Pli^s 
tard,  l'urine  devint  alternativement  sanguinolente,  et  d'up 


(1)  hhllemiTià.  Des  peHes  séminales  involontaires,  in-^,Va.rh,  i836.  ' 

(2)  Stanley  (Edward).  Du  rapport  qui  existe  entre  Pinflantmaiion  des  reins 
et  les  désordres Jonctionnels  de  la  moelle  épinière  et  de  ses  nerfs  {^Lnn^lon  Mç(l; 
chir.  transactions,  t.  xviii,  p.  r,  p.  260.  —  Archives  générales  de  médeviite, 
deuxième  série,  K  v,  p.  gS). 

(3)  Preuss.  medic.  Zétung.,  iS'52,  u.  6. 


l68  PVliLlTES  COMPLIQUJÎKS 

jaune  paille,  mais  épaisse.  Vers  la  fm  de  sa  vie,  ce  malade  res- 
scDtit  des  douleurs  Irès  violentes  qui  se  répandaient  dans  la 
jambe  gauche;  les  extrémités  inférieures  élAienl  j'o^rtilysècs  ; 
on  trouva  le  rein  gauche  très  volumineux  et  représentant  une 
masse  lardacée,  parsemée  de  nombreux  tubercules. 

J'ai  observé  un  cas  remarquable  de  paralysie  chez  une  femme 
atteinte  d'une  double  pyélo-néphrile  (Oiis.  xxix).  J'ai  vu  deux 
aulrfs  cas  de  ces  paraplégies  consécutives  à  des  inflammations 
des  reins  et  de  leurs  conduils  excréteurs,  et  qui  se  sont  heu- 
reusement terminés  par  guérison.  Bien  que  ces  observations 
u'ap  par  tiennent  pas  aux  simples  pyélites,  mais  bien  aux 
pyélo  néphrites ,  et  plus  particulièrement  aux  néphrites,  je  les 
consignerai  ici,  la  science  ne  possédant  qu'un  petit  nombre 
de  faits  analogues  :  le  développement  de  maladies  de  la 
moelle  épinière  el  de  paralysies,  à  la  suite  des  maladies  des 
voies  uriiJijires,  est  encore  aujourd'hui  un  fait  ignoré  d'un 
grand  nombre  de  médecins. 

0ns.  XXIX. —  Cyslitc  chronique;  pyélo-néiihritc  aiguë  du  reiu  droit;  pytilo- 
ncpliritc  clironique  du  rein  gaucLc;  invasioa  subite  d'uue  douleur  très 
îiigutf  dans  la  région  de  I.T  iiu)c!Ic  opluièi  c  ;  panilysie  des  deux  mcuibrcs 
■  inWricur.s,  de  la  vessie  et  du  rccUnn  ;  nifirt  onze  juur.s  après  l'invasion  de 
la  paralysie;  point  do  lésions  matérielles  appréeiable.s  dans  la  niuelle 
cpiuiére ,  dans  le  cerveau,  ni  dans  les  méninges  céré))ralcs  et  rachi- 
dienncs. 

'''Maucelle  (1  ,ouise),  iîgée  de  5o  ans,  polisseuse,  l'ut  admise  à 
l'hôpital  de  Ja  Charité,  le  lo  janvier  iSSg. 

Cette  femme,  d'une  bonne  constitution,  d'un  lenipéramenl 
sanguin,  dit  qu'elle  n'avait  point  eu  antérieurement  de  raala- 
dies  graVes,  mais  qu'elle  éprouvait  assez  fréquemment  des  mi- 
graines. Depuis  tïois  ans ,  la  malade  a  cessé  d'être  réglée. 

Il  y  a  vingt-trois  ans,  elle  eut  un  accouchement  laborieux 
qui  fut  terminé  parle  forceps;  depuis  cette  époque  elle  a  sou- 
vent eu  de  la  difliculté  à  uriner,  mais  non  d'une  manière 
cbntinue. 

Le  g  janvier,  à  8  heures  du  malin,  elle  jouissait  d'une  santé 
parfaite,  loisqu'elle  ressentit  |oul-à-coup  une  douleur  liés 


DE  MALADIES  DE  LA  MOELLE  ÉPINJÈRE.  l6g 

vive  dans  toute  la  longueur  de  l'épine  du  dos,  et  surtout  au 
niveau  des  premières  vertèbres  dorsales.  Elle  éprouva  en 
même  temps  un  violent  étourdissement  accompagné  de  rou- 
geur de  la  face.  Une  frayeur  subite  s'empara  d'elle,  et  une 
conslriction  douloureuse  se  fît  sentir  aux  régions  frontale  et 
temporale j  cependant  elle  ne  perdit  pas  connaissance;  au 
même  instant  une  faiblesse  remarriuable  se  manifesta  dans  les 
membres  inférieurs,  et  surtout  dans  la  jambe  droite;  ses  mem- 
bres ne  purent  plus  la  soutenir  ;  elle  fut  obligée ,  pour  éviter 
une  chute,  de  prendre  un  appui  sur  un  meuble  ,  et  elle  eut 
beaucoup  de  peine  à  se  metti'c  au  lit. 

Les  deux  bras  conservèrent  la  liberté  des  mouvemens.  Elle 
eut  aussi  des  voinissemens  très  abondans.  Elle  se  trouva 
mieux  lorsqu'elle  l'ut  couchée  ,  mais  la  douleur  dans  les  reins 
continua  et  prit  juème  plus  d'intensité;  des  founnillemens 
dans  les  jambes,  qui  avaient  précédé  l'invasion  de  ces  divers 
symptômes,  continuèrent  aussi  et  furent  remplacés  par  une 
douleur  assez  aiguë.  Cette  femme  passa  ainsi  tout  le  jour  sans 
recevoir  de  secours;  à  dix  heures  du  soir  un  médecin  fit  une 
large  saignée.  La  nuit  fut  assez  calme;  le  sommeil  fui  inter- 
rompu pat  des  envies  fréquenles  d'uriner,  qui  ne  pouvaient 
être  satisfaites.  Déjà,  vingt-quatre  heures  avant  cette  attaque, 
elle  n'avait  pu  rendre  ses  ui-ines. 

Le  10,  même  état;  suppression  complète  de  l'excrétion  des 
urines  et  des  matières  fécales  ;  point  de  selles  depuis  trois 
jours.  Le  soir  à  six  heures  elle  était  dans  l'état  suivant: 

Visage  pâle,  air  de  souffrance,  décubitus  dorsal;  tous  les 
nrouvemens  du  corps,  si  on  excepte  ceux  des  membres  supé- 
rieurs, provoquent  de  la  douleur,  surtout  à  la  partie  postérieure 
du  tronc  ;  la  sensibilité  des  membres  inférieurs  est  obtuse  ;  dans 
le  membre  inférieur  droit  la  paralysie  du  mouvement  et  du  sen- 
timent est  presque  complète.  La  malade  ne  peut  se  soulever,  et 
il  faut  la  pincer  très  fortement  pour  éveiller  la  sensibilité  de  la 
peau;  le  membre  inférieur  gauche  peut  encore  se  mouvoir,  mais 
avec  peine  ;  la  peau  est  aussi  un  peu  plus  sensible  de  ce  côté  ;  la 
vessie  est  distendue  par  l'urine;  j'en  retirai  plus  d'une  pinte  et 
demie.  L'urine  est  ammoniacale  et  bleuit  le  papier  de  tourne- 


170  PyÉLITES  COMPLIQUÉES 

sol,  rougi  par  un  acide;  elle  conlienl  beaucoup  de  globules  mu- 
queux  ou  purulens.  La  pression  cause  de  la  douleur,  non-seu- 
lement dans  les  deux  régions  lombaires,  mais  sur  une  grande 
surface  du  dos  et  sur  les  parties  latérales  du  racbis.  Il  n'y  a 
point  de  déviation,  ni  de  déformation  apparente  de  la  colonne 
vertébrale. 

La  langue  est  humide,  un  peu  rouge  à  sa  pointe;  soif  assez 
vive;  constipation  dépendant,  selon  toute  apparence,  de  la 
paralysie  du  rectum  •  des  envies  de  vomir  et  des  vomissemens 
de  matières  glaireuses  ont  lieu  dans  la  soirée.  Lesmouvemens 
de  la  poitrine  sont  faciles;  elle  résonne  naturellement,  dans 
toute  son  étendue,  à  la  percussion  ;  l'expansion  pulmonaire  se 
fait  sans  râle. 

Le  pouls,  petit  et  serré,  bat  io5  fois  par  minute. 

La  nuit  est  assez  calme. 

Le  iT,à  la  visite,  la  malade  était  dans  le  même  étal  que  la 
veille  au  soir  {Ventouses  scarifiées  sur  le  trajet  de  la  colonne 
vertébrale;  saignée  de  douze  onces  ;  une  bouteille  dUcau  de  Sed- 
lils  ;  eau  de  gomme  édulcoréo,  deux  pots). 

Le  12,  la  paralysie  des  membres  inférieurs,  celle  du  rectum 
et  de  la  vessie  sont  au  même  degré;  la  malade  n'a  pas  éprouvé 
le  plus  léger  trouble  des  facultés  intellecluelles.  Le  sang  ,  tiré 
de  la  veine,  est  couenneux;  le  caillot  s'est  formé  en  godet;  la 
nuit  a  été  troublée  par  quelques  quintes  de  toux  {Saignée  de 
seize  onces  ;  eau  de  gomme,  deux  pots  ;  cathétérisme). 

Le  i3  et  i4}  la  paralysie,  limitée  aux  mêmes  parties,  n'a  pas 
augmenté  d'intensité  ;  mêmes  symptômes  que  la  veille;  le  sang 
est  encore  couenneux  ;  le  caillot,  toujours  en  godet,  nage  dans 
une  grande  proportion  de  sérum.  Il  y  a  eu  pendant  la  nuit  un 
peu  d'agitation  ;  râle  muqueux  dans  les  deux  côtés  de  la  poi- 
trine ;  point  d'expectoration;  gS  pulsations  par  minute;  point 
de  garderobe  [Ventouses  scarifiées  sur  le  trajet  de  la  colomie 
vertébrale,-  une  bouteille  d'eau  deSedlitz;  lavement  purgatif; 
eau  de  gomme;  diète  ;  cathétérisme). 

Le  14,  les  membres  sont  dans  le  même  état  de  paralysie;  la 
respiration  est  devenue  un  peu  laborieuse;  la  toux  est  continue, 
sans  être  accompagnée  d'expectoration;  la  peau  est  chaude  et 


I 


DE  MALADIES  DE  LA  MOELLE  ÉPINIÈRE.  I7I 
moite;  le  pouls  donne  90  pulsations.  La  malade  se  plaint  de 
souffrir  beaucoup  dans  le  dos  ;  elle  ne  peut  se  mettre  sur  son 
séant;  une  sensibilité  vive  à  la  pression  et  de  nouveau  consta- 
tée sur  les  cinq  premières  vertèbres  dorsales.  L'appélit  est  nid. 
Deux  bouteilles  d'eau  de  Sedlitz  et  un  lavement  purgatif,  ad- 
ministrés depuis  le  10,  n'ont  point  encore  produit  de  garde- 
robe.  L'excrétion  des  urines  est  nulle;  la  malade  est  sondée  deux 
fois  par  jour,  et  chaque  fois  on  retire  une  quantité  considéra- 
ble d'urine  alcaline  (Deux  rubans  vèsicans  sur  le  trajet  des 
muscles  sacro-lombaires  ;  une  bouteille  cCeau  de  Sedlitz  ;  limo- 
nade). 

Du  1 5  au  18,  on  remarqua  peu  de  changement  dans  lesprin- 
cipaux  symptômes  ;  la  paralysie  des  membres  inférieurs  n'a 
pas  sensiblement  augmenté  ;  les  membres  supérieurs  et  l'intel- 
ligence restent  intacts;  le  ventre  est  ballonné,  mat  et  très  sensi- 
ble à  lu  pression,  dans  la  région  hypogastrique, lorsque  la  vessie 
est  distendue.  La  respiration  est  anxieuse  ;  la  malade  tousse  et 
ne  crache  pas  ;  le  visage  et  le  tronc  se  couvrent  de  sueur  ; 
la  pâleur  de  la  face  est  assez  prononcée. 

Le  17,  selle  abondante  et  liquide ,  après  une  quatrième  bou- 
teille d'eau  de  Sedlitz  ;  l'urine  s'écoule  involontairement ,  elle 
est  alcaline  {Nouvelle  application  de  ventouses  scarifiées  sur  le 
rachis). 

Les  19  et  îo,  paralysie  complète  du  mouvement  et  du  senti- 
ment dans  les  deux  membres  inférieurs  ;  la  paralysie  gagne  les 
parties  supérieures  ;  l'abdomen  est  très  douloureux  et  ballonné; 
la  dilatation  de  la  poitrine  se  fait  avec  peine;  la  toux  s'éteint 
par.  faiblesse;  les  membres  supérieurs  se  paralysent;  la  face 
est  très  pâle  et  couverte  de  sueur;  les  traits  sont  retirés;  le 
pouls  est  petit,  filiforme  et  fréquent  ;  les  extrémités  sont  froides. 
La  malade  ne  répond  que  par  signes  aux  questions  qu'on  lui 
adresse  {Limonade  vineuse  ;  julep  èthèré). 

Le  21  janvier,  face  cadavérique;  œil  terne,  immobile  ;  respi- 
ration râleuse  ;  résolution  du  sentiment  et  du  mouvement  dans 
les  membres  (lari/e  vcsicatoire  sur  la  poitrine). 

Mort  à  quatre  heures  de  l'après-midi. 

Autopsiedu  cadavre  trente-six  heures  après  la  mort.  —  Elut 


172  pyÉLlTES  COMPLIQUÉES 

exlèrieur.  Maigreur  et  pâleur  généjale  sans  lividité  à  la  sur- 
face du  corps. 

Appareil  iirinaire.  La  vcssin  est  large  et  distendue  par  l'u- 
rine ;  les  parois  eu  sont  épaissies.  Sur  le  Irigoue  vésical,  la  mem- 
brane muqueuse  a  une  teinte  bleuâtre  ardoisée,  très  pronon- 
cée; elle  est  parcoui  ue  par  un  grand  nombre  de  veines  vari- 
queuses, gorgées  de  sang,  et  qui  convergent  vers  le  col  de  la 
vessie.  Autour  de  cette  surface  triangulaire,  commence  une 
fausse  membrane  jaune,  épaisse,  adiiérente  ,  qui  recouvre 
presiiue  toute  la  membrane  muqueuse  de  la  vessie  ,  à  l'excep- 
tion de  sa  face  antérieure,  qui  est  parcourue  par  un  grand 
nombre  de  vaisseaux. 

Le  rein  droit,  celui  qui  correspondait  au  membre  complè- 
tement paralysé,  présente  tous  les  caractères  de  la  néplu-ite 
aiguë;  il  existe  sur  ses  faces  antérieure  et  postérieure  un  grand 
nombre  d'arborisations  et  une  multitude  de  petits  points  puru- 
lens,  jaunes,  isolés  dans  quelques  places,  réunis  dans  d'autres 
en  petits  groupes  de  quatre  à  six  lignes  de  diamètre.  La  teinte 
jaune,  produite  par  ces  dépôts  de  pus,  est  interrompue  par 
des  stries  rouges.  Ces  plaques  purulentes  font  une  légère  sail- 
lie au-dessus  du  niveau  de  la  substance  corticale  voisine,  et  il  y 
a  eu  outre  quelques  dépressions  à  la  surface  du  rein,  et  plu- 
sieurs petits  kystes  dans  sou  épaisseur.  Le  bassinet  offre  une 
vive  injection  rouge  à  l'angle  supérieur  delà  scissure  rénale, 
oii  l'on  trouve,  sous  la  membrane  muqueuse  du  bassinet^  une 
petite  collection  de  pus.  La  membrane  fibreuse  ou  externe  de 
ce  rein  ne  peut  èire  détachée  d'une  seule  pièce  comme  dans 
l'état  sain;  elle  est  fortement  adhérente  et  se  déchire  même 
par  une  légère  traction. 

Le  rein  gauche  présente  une  légère  teinte  ardoisée,  et  sa 
surface  antérieure,  des  dépressions  et  des  élevures  qui  lui 
donnent  un  aspect  mamelonné.  Plusieurs  sections  faites  à 
la  substance  corticale  ont  une  coloration  bleuâtre  et  offrent 
des  arborisations  vasculaires  assez  fines.  Le  tissu  des  mame- 
lons et  celui  de  la  couche  corticale,  plus  denses  que  dans  l'état 
naturel,  offrent  une  dureté  et  une  résistance  insolites,  qu'on 
pbsei  ve  souvent  dans  la  néphrite  chronique.  Dans  l'épais- 


DE  MALADIES  DJÎ  LA  MOELLE  ^PINliîRE. 
seur  de  ce  rein  et  à  sa  surface ,  on  rencontre  de  petits  kystes 
remplis  d'une  sérosité  jaunâtre.  Ln  bassinet  est  légèrement 
injecté. 

Ajjpareil  cérébro-spinal,  he  cerveau  et  ses  membranes  ,  la 
moelle  et  les  méninges  rachidiennes  sou  t  dans  un  état  de  parfaite 
intégrité.  L'examen  le  plus  attentif  n'a  fait  reconnaître  aucune 
altération  de  consistance  ou  de  coloration  dans  l'encéphale  ni 
dans  les  cordons  de  la  moelle  épinière;  les  nerfs  sont  sains  à 
leur  origine;  les  méninges  cérébrales  et  spinales  sont  lisses  ;  le 
liquide  des  ventricules  et  le  liquide  encéphalo-rachidien  sont 
dans  les  proportions  physiologiques  et  ont  leurs  caractères  na- 
turels. 

Après  l'ablation  des  masses  charnues  qui  remplissent  les 
gouttières  vertébrales,  on  reconnut  que  le  corps  de  la  cinquième 
vertèbre  dorsale  renfermait,  à  sa  f;ice  postérieure  et  un  peu  à 
gauche  de  la  ligne  médiane,  un  petit  noyau,  du  volume  d'un 
gros  pois  ,  de  matière  tuberculeuse  blanchâtre,  épaisse  et  dure, 
analogue  pour  la  couleur  et  la  consislanie  au  mastic  des  vi- 
triers; dans  le  point  correspondant  à  ce  tubercule,  les  méninges 
et  la  moelle  n'étaient  ni  déformées  ni  altérées. 

Tous  les  autres  organes  n'offraient  rien  à  noter.  Le  foie,  la 
rate  ,  le  cœur  et  les  poumons  étaient  sains  ;  il  y  avait  quelques 
adhérences  anciennes  dans  les  plèvres, 

§709.  Les  symptômes  non  équivoques  d'une  affection  de  la 
moelle  épinière,  présentés  par  le  malade  dont  je  vais  rapporter 
l'histoire,  ont  pu  être  une  simple  coïncidence  d'une  affection 
de  la  moelle  avec  une  pyélo-néphrite;  cependant  plusieurs  cir- 
constances de  la  maladie  (une  blennorrhagie  dont  l'écoule- 
ment persiste  pendant  un  an  ;  la  dysurie  ,  l'alcalinité  de  l'u- 
rine ,  la  présence  de  mucus  et  parfois  des  globules  sanguins 
dans  l'urine  lors  de  l'invasion  de  la  maladie) ,  m'ont  fait  pen- 
ser que  la  lésion  des  voies  urinaires  avait  été  l'origine  des  dou- 
leurs lombaires  et  de  l'affaiblissement  passager  des  membres 
inférieurs. 


174 


pyiSlites  compliquées 


Obs.XXX. —  Blenuorrbagie;  rétrécissement  du  canal  de  l'nrètLrc 

paralysie  incomplète  des  membres  inférieurs  ;  doiileurs  au  niveau  des 
premières  vertèbres  dorsales,  des  vertèbres  lombaires ,  et  dans  la  région 
du  rein  droit;  urines  alternativement  alcalines  et  acides;  traitement 
par  les  ventouses  scarifiées;  les  bains,  etc.;  guérison. 

Bacq  (Joseph-Cjprien),  âgé  de  19  ans,  nacrier,  fut  admis  à 
l'hôpital  de  la  Charité,  le  27  mars  iSSg.  Cet  homme,  d'un  tem- 
pérament lymphatique ,  a  la  peau  pâle  et  les  membres  assez 
développés.  Il  a  joui  d'une  bonne  santé  jusqu'au  mois  de 
novembre  dernier.  A  celte  époque ,  il  contracta  une  blen- 
norrhagiej  et  fut  traité  de  cette  maladie  à  l'Hôpital  des  Vé- 
nériens, oii  il  fit  un  séjour  de  deux  mois.  Durant  le  traitement, 
il  survint  un  rétrécissement  qui  exigea  l'inti'oduction  répétée 
de  bougies ,  remplacées  ensuite  par  une  sonde  à  demeure. 
Une  hématurie  se  déclara,  et  elle  fut  accompagnée  d'une 
douleur  dans  la  région  du  rein  droit.  On  cessa  l'emploi  des 
bougies;  les  urines  continuèrent  d'être  colorées  par  le  sang 
pendant  quelques  jours  encore  ;  le  malade  sortit  dans  un  état 
satisfaisant. 

Huit  jours  après,  l'hématurie  reparut  avec  la  douleur  dans 
le  flanc  droit;  cette  douleur  s'étendit  à  la  vessie,  en  suivant  le 
trajet  de  l'uretère.  Le  sang  était  mélangé  en  petite  proportion 
avec  les  urines;  le  malade  expulsait  quelques  caillots,  non 
sans  douleur.  Bientôt  il  survint  une  faiblesse  très  grande  des 
extrémités  inférieures,  avec  tremblement  et  fourmillement 
douloureux  dans  ces  parties.  Le  malade  entra  à  l'Hôtel- 
Dieu  et  y  resta  huit  jours.  L'hématurie  continua  malgré 
plusieurs  applications  de  sangsues,  malgré  les  bains  et  les  bois- 
sons adoucissantes  ;  mais  les  douleurs  dans  les  reins  et  dans  la 
vessie ,  aussi  bien  que  la  faiblesse  des  extrémités  inférieures 
disparurent.  A  la  fin  de  janvier,  Bacq  reprit  ses  occupations, 
qui  l'oVjligent  à  un  exercice  très  fatigant  du  membre  inférieur 
droit  (avec  le  pied  droit  il  met  un  tour  en  mouvement);  mais 
il  ne  tarda  pas  à  éprouver  une  récidive.  Bacq  ne  pouvait  plus 
travailler  que  deux  heures  par  jour;  le  travail  déterminait 
des  douleurs  très  vives  dans  le  membre  inférieur  et  dans  le 


DE  MALADIES  DE  LA  MOELLE  ^PINIÈRE.  I-yS 
côté  droit.  Ces  douleurs  sont  toujours  allées  en  àu'gmentant. 

Le  8  mars,  Bacq  se  présenta  à  l'hôpital  de  la  Charité  dans  l'é- 
tat suivant:  depuis  trois  jours  les  urines  sont  légèrement  colo- 
rées par  le  sang.  La  faiblesse  des  membres  inférieurs  est  telle 
qu'elle  ne  permet  plus  au  malade  de  se  tenir  debout  sans  ap- 
pui. S'il  veut  faire  un  pas,  il  est  agité  par  un  tremblement  gé- 
néral. La  veille,  Bacq  a  éprouvé  un  mouvement  fébrile  assez 
intense}  les  urines  sont  devenues  très  rares.  Le  malin, à  la  vi- 
site, on  introduit  une  sonde  dans  la  vessie  sans  rencontrer  d'ob- 
stacle ;  elle  ne  donne  la  sensation  d'aucun  corps  étranger,  d'au- 
cune tumeur.  Le  visage  est  injecté  ;  soif  vive  ;  agitation,  rêvasse- 
ries durant  la  nuit;  le  pouls  est  développé  et  fréquent  (gS  pulsa- 
tions par  minute)  ;  la  respiration  est  naturelle  ;  et  les  bruits  du 
cœur,  à  part  leur  fréquence,  sont  normaux.  Depuis  trois  ou 
quatre  jours  seulement,  perte  de  l'appétit;  langue  un  peu  blan- 
che ;  peau  chaude  et  moite.  L'hypogastre  et  le  flanc  droit  sont 
sensibles  à  la  pression;  la  douleur  du  flanc  se  propage  dans  l'ainè 
et  la  cuisse  droite,  surtout  pendant  les  efforts  dé  toux.  Point 
d'envies  de  vomir,  ni  de  vomissemens.  La  pression  sur  les  apo- 
physes épineuses  ne  développe  aucune  àowleur  {Ermilsion,  une 
livre;  iouillon;  soupe). 

Le  10,  les  urines  sont  légèrement  teintes  de  sang;  celles  qùi 
ont  été  rendues  la  veille,  sont  acides,  tandis  que  les  urines  ren- 
dues au  moment  même  de  la  visite,  bleuissent  le  papier  de  toui*- 
nesol,  rougi  par  un  acide.  Les  urines  se  troublent  par  la  chaleuk- 
et  donnent  par  l'acide  nitrique  un  coagulum  albumineux  peu 
abondant.  Ces  urines  contiennent  en  suspension  quelques  par- 
celles de  fibrine  et  des  débris  d'épithéliurti,  et  doniient  un  dé- 
pôt d'nn  blanc  jaunâtre,  assez  épais. 

Le  12,  la  rétention  d'urine  a  complètement  disparu;  le  ma- 
lade urine  très  fréquemment  (dix  à  douze  émissions  dans  les 
vingt-quatre  heures),  et  en  petite  quantité  chaque  fois.  Toutes 
les  urines  rendues  dans  l'intervalle  de  deux  visites,  remplis*- 
sont  six  vases  de  six  onces  chacun.  La  pesanteur  spécifique  dé 
l'urine  est  très  considérable:  elle  s'élève  à  loSa.  L'urine  deà 
quatre  bocaux  remplis  la  veille  est  acide;  l'urine  des  deux  émis- 
sions du  jour,  qui  ont  eu  lieu,  l'une  à  six  heures  du  malin,  et 


>  7^  PYKLITES  COMPLIQUÉES 

l'autre  à  huit  heures  au  moment  même  de  la  visite,  est  alca- 
line ;  de  sorte  que  les  uriues,  quant  à  l'acidité,  ont  des  proprié- 
tés toul-à-fait  en  sens  inverse  de  ce  qu'on  ohserve  ordinaire- 
ment :  les  urines  rendues  la  veille  sont  acides  ;  celles  du  matin 
sont  alcalines. 

Les  i3,  i4  et  i5  mars,  l'urine  ne  contient  plus  de  sang.  La 
fièvre  est  légère ,  mais  le  malade  souffre  à  la  tête,  dans  le  bas- 
ventre  et  dans  les  reins;  il  y  a  peu  de  sommeil;  inappétence 
(  Ventouses  scarifiées  aux  lombes,  'pour  tirer  huit  onces  de  sang; 
èmulsioii,  U7ie  livre  j  bouillon,  soupe  y  le  huitième  d'alimens; 
diète  de  vin). 

Le  tous  les  symptômes  sont  amendés,  et,  à  notre  surprise, 
les  urines  rendues  pendant  la  visite,  sont,  pour  la  première 
fois,  acides  comme  celles  de  la  veille. 

Du  i6  au  ao,  l'amendement  se  soutient,  toutefois  sans  amé- 
lioration notable  dans  l'état  des  membres  inférieurs,  qui  ont 
toujours,  à  peu  de  chose  près,  le  même  degré  de  faiblesse. 
Quand  on  pince  la  peau  des  cuisses,  la  sensibilité  est  obtuse.  . 
Le  même  état  dure  jusqu'au  a5  ;  seulement  le  changement  favo- 
rable survenu  dans  les  qualités  de  l'urine  (l'acidité  au  moment 
de  l'émission)  ne  persiste  pas  ;  elles  sont  de  nouveau  devenues 
alcalines. 

Le  a6 ,  recrudescence  de  tous  les  symptômes.  Quelques  en- 
vies de  vomir,  céphalalgie,  injection  de  la  face,  absence  com- 
plète de  sommeil,  agitation,  fièvre,  pouls  dur,  fréquent  et 
développé,  peau  chaude,  couverte  de  sueur  au  visage,  dou- 
leurs dans  les  membres  inférieurs ,  léger  engourdissement 
dans  les  membres  thoraciques,  toux  sans  crachats  (Nouvelle 
application  de  ventouses  sur  les  parties  latérales  du  rachis. 
Émulsion,une  livre;  houillon ,  soupe). 

Le  28,  un  nouveau  phénomène  est  venu  se  joindre  à  ceux 
qui  ont  été  observés  jusqu'à  ce  moment.  La  pression  sur  la  sé- 
rie des  apophyses  épineuses  développe  une  douleur  assez  vive 
au  niveau  des  trois  ou  quatre  premières  vertèbres  dorsales  :  la 
douleur  cesse  à  la  partie  moyenne  et  inférieure  du  thorax;  puis 
elle  se  reproduit  quand  on  presse  sur  les  premières  vertèbres 
lombaires.  Des  urines  rendues  dans  le  joxir,  les  unes  sont. 


DE  MA^LADriiS  DE  LA  HIOF.LLE  ÉPINIKRK.         I  77 

acides,  les  autres  soiit  alcalines.  Tl  semble  qu'elles  prenuent  le 
caracière  alcalin  à  mesure  que  l'émission  s'éloigne  clavan- 
U'^e  du  dernier  repas,  et  qu'eues  deviennent  acides  peu  de 
temps  après  le  repas.  Elles  ne  contiennent  plus  de  sang,  cl 
ne  se  troublent  ni  par  la  chaleur,  ni  par  l'acide  nitrique; 
presque  incolores,  elles  tiennent  en  suspension  un  léger  nuage. 

Le  avril,  le  dépôt  muqueux,  vu  au  microscope,  est  composé 
de  lamelles  d'épithélium ,  de  niasses  muqueuses  et  de  gra- 
nules opaques.  Il  n'y  a  point  de  globules  de  sang ,  ni  de 
cristaux  de  phosphate  ammoniaco- magnésien,  ni  de  cristaux 
d'acide  urique. 

Pendant  le  mois  d'avril,  le  mieux  qui  s'était  fait  remarquer 
devint  plus  sensible;  douleurs  liypogastriques  et  lombaires, 
presque  nulles.  Le  malade  se  lève  et  trouve  bien  plus  de  force  et 
plus  de  fermeté  dans  les  membres  inférieurs.  Il  demande  des 
alimens  (  Bain  ;  èmulsion ,  une  livre  la  demi-jwrtion  d'an- 
mens). 

Trois  échantillons  de  l'urine  de  ce  malade,  rendue  le  5  avril, 
étaient  acides.  L'un  donna  un  dépôt,  de  couleur  rosée,  qui 
occupait  le  quart  de  la  colonne  du  liquide  ;  l'urine  qui  le  sur- 
nageait était  cilrine,  très  légèrement  trouble,  et  s'éclaircissait 
par  la  chaleur.  Ce  dépôt ,  examiné  au  microscope,  était  presque 
entièrement  formé  de  poudres  amorphes,  mêlées  à  des  globules 
noirs  (urates).  Les  deux  autres  échantillons,  opalins  et  jaunâtres, 
s'éclaircirent  lentement  par  le  repos.  La  partie  supérieure 
de  la  colonne  devint  claire  et  transparente;  le  sédiment, 
d'une  apparence  muqueuse,  était  infiltré  de  petits  cristaux 
d'acide  urique  et  d'une  poudre  amorphe.  Un  grand  nombre 
de  cristaux  d'acide  urique  adhéraient  aux  parois  du  vase; 
d'autres,  très  jaunes  et  volumineux,  flottaient  dans  le  li- 
quide ;  plusieurs  étaient  appliqués  les  uns  sur  les  autres  en 
rosaces. 

Les  urines  de  ce  malade  ont  encore  beaucoup  varié  d'aspect  : 
tantôt  troubles  et  donnant  un  dépôt  abondant  de  couleur 
jaune  très  prononcée;  d'autres  fois  limpides,  rougissant  tantôt 
le  papier  bleu  de  tournesol,  et  d'autres  fois  bleuissant  le 
même  papier  rougi  par  un  acide. 


>n8  PYÉLITES  COMPLIQUÉES 

Enfin ,  le  malade  est  entré  en  convalescence.  Je  l'ai  engagé  à 
prolonger  son  séjour  à  l'hôpital ,  afin  d'assurer  sa  guérison. 
N'éprouvant  plus  de  faiblesse  dans  les  membres,  et  les  fonc- 
tions digestives  étant  bonnes  et  régulières,  il  est  sorti  le  28 
avril.  Depuis  quelques  jours,  les  urines  donnaient,  constam- 
ment ,  une  réaction  acide. 

Ols,  XXXI.  —  Douleurs  aux  lombes,  surtout  à  la  région  rcualc  droite;  urines 
alcalines,  lors  même  qu'elles  sont  rougcûtres  et  chargées  de  globules 
simguins;  engourdissement  et  faiblesse  dans  les  membres  inférieurs  ;  ap- 

;  plication  de  ventouses  scarifiées  aux  lombes  ;  guérison. 

Morel  (Dominique),  âgé  de  44  ans,  ouvrier  sur  les  ports, 
entra  à  l'hôpital  de  la  Charité,  le  ao  mai  iSSg. 

Cet  homme,  d'une  forte  constitution,  d'un  tempérament  san- 
guin, a  eu,  il  y  a  cinq  ans,  une  blennorrhagie,  dont  il  fut  traité 
à  l'hospice  des  vénériens.  L'inflammation  passa  à  l'état  chro- 
nique, et  il  conserva  un  écoulement  blanc,  transparent,  durant 
■plus  d'une  année. 

En  janvier  i838 ,  Moret  l'essentit  une  douleur  très  vive  aux 
lombes,  surtout  du  côté  droit,  avec  dysurie;  douleur  suivie 
d'un  engourdissement  et  d'une  très  grande  faiblesse  dans  les 
extrémités  inférieures.  11  garda  le  lit  pendant  trois  semaines, 
et  fut  délivré  de  ses  douleurs  par  une  application  de  sang- 
sues, et  par  des  bains  lièdes. 

Le  ao  mai,  cet  homme,  étant  occupé  à  décharger  un  bateau 
plein  de  charbon  de  ten-e,  fut  pris  tout-à-coup  d'une  douleur 
à  la  région  lombaire  droite,  et  fut  obligé  de  quitter  à  l'instant 
même  l'instrument  dont  il  se  servait  poui-  remuer  le  charbon  : 
il  se  fit  transporter  à  l'hôpital,  ayant  de  la  peine  à  se  soutenir 
sur  ses  jambes. 

11  se  plaignait  d'éprouver  des  douleurs  vives  aux  lombes  et 
au  sacrum  ;  tous  les  raouveraens  des  lombes  étaient  doulou- 
reux. La  face  était  très  rouge;  la  peau  chaude,  et  le  pouls  déve- 
loppé (90  pulsations  par  minute).  Du  côté  droit,  la  région  l'é- 
nale  était  plus  sensible  à  la  pression  que  du  côté  gauche;  la 
langue  était  humide  et  rosée;  point  d'envies  de  vomir;  respi- 
ration naturelle.  Les  urines  étaient  muqueuses  et  fortement  aie»- 


DE  MALADIES  DE  LA  MOELLE  ÉPINIÈRE.  I79 
Unes,  et  l'émission  en  était  fréquente  [Limonade,  deux  pots; 
ventouses  scarifiées  à  lu  région  lonihaire,  pour  tirer  huit  onces 
de  sang  ;  bains  ;  houitlon  ,  soupe). 

Le  22  ,  les  douleurs  lombaires  sont  moins  vives  ;  le  malade 
change  plus  facilement  de  position  dans  son  lit;  il  peut  se 
soutenir  sur  les  membres  inférieurs.  Les  urines  sont  très  alca- 
lines et  muqueuses  ;  soulagement  [Tisane  de  chiende?it  et  ré- 
glisse,- crème  de  tartre,  un  gros;  bain;  bouillon,  soupe). 

Le  23 ,  le  malade  est  encore  mieux  que  la  veille.  La  dou- 
leur persiste  à  la  région  lombaire  droite ,  mais  elle  a  dimi- 
nué; les  mouvemens  sont  plus  faciles.  Le  malade  a  uriné 
cinq  fois  seulement  depuis  24  heures  j  les  urines  sont  moins 
muqueuses  et  toujours  alcalines  [Tisane  de  chiendent  et  ré- 
glisse, avec  crème  de  tartre ,  un  gros). 

Le  24 ,  les  urines,  poiu'  la  première  fois  ,  sont  acides  et  d'une 
couleur  naturelle;  cet  état  persiste  jusqu'au  3i  mai. 

Le  i^'  juin,  la  région  rénale  droite  est  dp  nouveau  le  siège 
d'une  douleur  qui  s'exaspère  à  la  pression;  les  urines  sont 
alcalines,  rougeâtres  et  chargées  de  globules  de  sang  et  de 
mucus  [Nouvelle  application  de  ventouses  pour  tirer  huit  onces 
de  sang  ;  tisane  de  chiendent  et  de  réglisse,  avec  crème  de  tar- 
tre,un  gr  os  houillon,  sottpe). 

Deux  jours  après ,  la  fièvre  et  la  soif  avaient  cessé,  et  la 
douleur  lombaire  avait  diminué.  Le  malade  se  promène  un  peu 
dans  la  salle;  les  ui'ines  sont  redevenues  acides. 

Le  6  juin,  les  urines  sont  de  nouveau  alcalines,  de  ma- 
nière à  bleuir  très  légèrement  le  papier  de  tournesol  rougi  par 
un  scide. 

Deux  jours  après ,  elles  ont  repris  leur  acidité  naturelle. 
Cet  homme  sort  guéri  le  8  juin. 

§  710.  A  ces  faits,  je  puis  ajouter  sommairement  celui  d'un 
homme  nerveux  et  mélancolique ,  âgé  d'environ  4o  ans,  et 
qui,  après  avoir  mené  une  vie  active  dans  les  aiiaires,  perdit  sa 
lemme  à  l'âge  de  35  ans  environ.  Depuis  lors,  n'ayant  que  ra- 
rement des  rapports  sexuels ,  il  devint  sujet  u  des  pollutions 
nocturnes; De  violens  chagrins,  la  crainte  non  fondée  de  L'im- 

J2. 


l8o  PYÉLITES  COMPLIQUKKS 

puissance  agirent  fortemenl  sur  son  esprit.  Joignez  à  cela  un 
mauvais  état  habituel  des  organes  digestifs. 

Depuis  quelque  temps,  M.  D.  avait  déjà  remarqué  qu'en  mar- 
chant son  pas  n'était  pas  ferme;  mais  ce  ne  fut  qu'à  Boulogne- 
sur-Mer  que  son  attention  fut  particulièrement  attirée  sur  ce 
fait ,  après  avoir  été  saisi  d'une  raideur  dans  la  jambe  droite; 
raideur  qui  disparaissait  peu-à-peu,  et  qui  revenait  par  inter- 
valle et  s'accompagnait  d'un  sentiment  de  froid  et  quelquefois 
de  démangeaison  dans  la  partie  affectée. 

Quelque  temps  après,  à  Londres^  étant  occupé  d'un  travail 
sérieux,  M  D.  aperçut  que  son  pied  gauche  s'enflait  et  que  ses 
urines  ét  ient  troubles.  Des  médecins  habiles,  après  un  exa- 
men soigneux,  émirent  l'opinion  qu'il  y  avait,  chez  M.  D.  , 
une  maladie  au  col  de  la  vessie,  un  léger  dérangement  des 
reins  et  un  mauvais  état  delà  santé  générale.  Ils  conseillèrent 
des  sangsues  à  l'auus,  des  préparations  d'aloès  et  de  fer,  la 
quinine,  des  bains  tièdes,  un  régime  doux  et  un  exercice 
modéré. 

Sous  l'influence  de  ce  traitement  (la  quinine  seule  n'a  pas  été 
prise),  la  santé  de  M.  D.  s'est  considérablement  améliorée. 

M.  D.  a  les  pupilles  très  petites  et  fortement  contractées. 
M.  D.,  en  marchant,  n'a  pas  le  pied  ferme  et  assuré,  sur- 
tout le  pied  gauche,  et  il  ne  peut  se  tenir  fixement  sur  un 
seul  pied.  Cependant  cette  faiblesse  des  jambes  est  très  varia- 
ble en  intensité  d'un  jour  à  l'autre;  par  momens,  il  marche 
avec  l'aplomb  d'un  fantassin,  tandis  que  dans  d'autres  il  est 
mal  assuré  sur  ses  jambes.  Réprouve  une  lassitude  et  une  fai- 
blesse dans  les  reins  et  dans  le  bassin  ,  et  dans  les  voies  urinai- 
res  une  excitation  accompagnée  d'envies  d'uriner;  mais  ces 
envies  ne  sont  presque  jamais  impérieuses,  ni  très  douloureu- 
ses. La  même  excitation  existe  dans  les  organes  de  la  généra- 
tion. J'ai  constaté  que  le  sperme  contenait  des  animalcules  et  en 
grand  nombre.  M.  D.  a  maigri  notablement;  il  pèse  vingt  li- 
vres de  moins  qu'il  y  a  dix  ans  ,  et  quatre  de  moins  qu'en  no- 
vembre dernier.  M.  D.  croit  aussi  avoir  perdu  de  l'activité  de 
son  esprit. 

L'urine  de  M.  D,  attira  particulièrement  mon  attention.  Elle 


DE  MALADIES  DE  LA  MOELLE  ÉPINIÈRE.  i8i 
était  souvent  neutre,  quelquefois  alcaline,  et  d'autres  fois  lé- 
gèrement acide;  elle  était  toujours  pâle  et  trouble,  et  laissait, 
sans  s'éclaircir  complètement,  un  petit  dépôt  blanc  opaque  au 
fond  du  vase.  Bientôt  (quelques  minutes  ont  quelquefois  suffi),  il 
se  formait  à  sa  surface  un  crémor  iridescent,  cristallisé.  Le  dé- 
pôt blanc  opaque,  vu  à  l'inspection  microscopique,  était  prin- 
cipalement composé  de  globules  purulens;  le  crémor,  de  cris- 
taux volumineux  de  phosphate  amraoniaco-magnésien,  mélan- 
gés (quand  l'urine  avait  été  exposée  plusieurs  jours  à  l'air)  de 
cristaux  grenus  et  de  couleur  foncée  (urate  d'ammoniaque). 

Celte  urine  contenait,  en  outre,  un  nombre  considérable  de 
granules  paraissant  doués  d'un  mouvement  moléculaire.  J'ai 
comparé  ces  granules  tour-à-lour  aux  granulations  qu'on  ob- 
sei-ve  quelquefois  dans  la  liqueur  spermatique  et  dansle liquide 
prostatique,  et  à  ceux  qui  résultent  de  la  décomposition  des 
globules  purulens.  La  recherche  la  plus  minutieuse  ne  déce- 
laitpas  la  présence  de  véritables  animalcules  spermatiques  dans 
ces  urines.  11  est  bien  certain,  au  moins,  qu'il  n'y  avait  rieu 
d'analogue  à  ce  qui  existait  dans  le  sperme  de  M.  D.,  que  j'ai 
observé  comparativement. 

Je  ne  puis  m'empêcher  de  remarquer,  quoique  ce  ne  soit  pas 
le  but  principal  que  je  me  suis  proposé ,  la  ressemblance  frap- 
pante des  symptômes  observés  dans  ce  cas,  avec  ceux  qu'on  attri- 
bue en  général  aux  ^eWe*  séminales.  Et  pourtant,  chez  M.  D., 
l'existence  d'animalcules  dans  le  sperme  et  leur  absence  dans 
l'urine,  ne  permettent  point  de  rattacher  cette  maladie  aux 
pertes  séminales.  C'est  évidemment  (bien  que  l'altération  de  l'u- 
rine n'ait  été  constatée  par  moi,  qu'après  le  développement  des 
premiers  symptômes  de  la  paralysie),  un  cas  de  paraplégie 
consécutive  à  une  lésion  des  voies  urinaires. 

L'état  de  ce  malade  a  été  amélioré  par  les  bains  sulfureux. 

§  711- Je  pourrais  encore  ajouter  un  autre  fait  :  celui  d'un 
homme  sujet  à  des  llatuosités,  et  qui,  après  avoir  eu  une  gonor- 
rhée,  fut  atteint,  plusieurs  années  après ,  de  douleurs  dans  la 
région  prostatique,  puis  d'une  cystite  calculeuse.  La  pierre  fut 
broyée  avec  succès,  mais  une  rétention  d'urine  ,  qui  avait  pré- 
cède l'opération  ^  persibtaaprès.  Le  malade  était  obligé,  chaque 


t. 


*82  PTÉLITES  COMPLIQUÉES 

jour,  de  vicier  la  vessie,  et  l'introduclion  de  la  sonde  était  pres- 
que constamment  douloureuse. 

Cependant  le  patient  continuait  d'aller  et  venir,  et  -va- 
quait à  ses  affaires.  Plus  tard,  la  peau  du  périnée  devint  comme 
engourdie  ,  le  passage  de  la  sonde  fut  moins  douloureux  ; 
mais  il  survint  des  douleurs  nerveuses  dans  les  jambes ,  dans 
les  cuisses,  daus  les  fesses  et  autour  du  tronc  ;  puis,  enfin,  il  se 
déclara  une  paraplégie  qui  résista  aux  ventouses  scarifiées,  aux 
inoxas  et  aux  bains  sulfureux. 

§712.  Eappotis  de  la  pyélile  avec  les  maladies  des  organes 
de  la  eirculution. 

J'ai  plusieurs  fois  observé  l'injection  des  vaisseaux  des  bas- 
sinets dans  les  maladies  du  cœur  ou  des  gros  vaisseaux  : 
je  ne  connais  aucune  autre  relation  pathologique  entre  ces 
parties.  Les  anévrysmes  de  l'aorte  abdominale  peuvent  coïnci- 
der avec  des  lésions  rénales;  mais  ces  faits  sont  rares. 

Les  désordi'es  daus  l'abdomen  étaient  si  nombreux  et  si  va- 
riés dans  le  cas  suivant,  qu'il  peut  être  cité  comme  un  exemple 
remarquable  d'un  diagnostic  des  plus  difficiles. 

Obs.  XXXII  Tumeur  dans  le  flanc  gaurlic  ;  urine  ammoni.icale,  purulente  et 

glaireuse;  expulsion,  par  l'urètlire,  de  petits  calculs  de  pbospbate  ammo- 
niaco-magnésien ;  petits  calculs  dans  les  calices;  dilatation  des  bassinets; 
calcals  dans  la  vessie  ;  tubercules  ramollis,  agglomérés  au-devant  et  au  côté 
gaucbedc  la  colonne  lombaire  et  unis  par  des  adlicrences  intimes  avec  la 
rate  ;  énorme  pocbe  ancvrysmale  communiquant  avec  l'aorte;  tronc  coclia- 
que  détruit.  Kyste  dans  l'bémisphère  cérébral  droit;  obturation  du  col  de 
l'utérus. 

Jouel,  domestique ,  âgée  de  fio  ans  ,  entra  à  l'hôpital  de  la 
Charité,  le  5  septembre  1837,  et  ymourutle  16  mai  i838,  après 
un  séjour  de  sept  mois  et  dix-sept  jours. 

Cette  femme  était  presque  toujours  alitée,  à  cause  de  son  ex- 
trême faiblesse,  qni  ne  lui  permettait  pas  même  de  rester,  pen- 
dant une  heure,  assise  sur  son  lit.  Maigreur,  face  pâle,  sillon- 
née dérides,  peau  sèche,  pouls  très  petit,  donnant  85  pulsa- 
tions par  minute.  Cette  femme  parlait  peu  et  faisait  attendre 


u'anévrysmes  dè  l'aorte.  i83 

assez  long-temps  les  réponses  aux  questions  qu'on  lui  adressait. 
A  ia  partie  externe  et  antérieure  de  l'hypochondre  gauche,  on 
sentait  une  tumeur  grosse  comme  l.i  tôle  d'un  enfant,  et  d'une 
dureté  comme  cartilagineuse.  Cette  tumeur  bosselée ,  mate  et 
douloureuse  à  la  percussion,  donnait,  en  quelques  points  seule- 
ment, une  sensation  obscure  de  fluctuation.  La  région  hypogas- 
trique  était  sensible  à  la  pression,  et  la  malade  éprouvait  sou- 
vent des  démangeaisons  ou  des  picotemens  dans  le  canal  de 
l'urèthre. 

Les  urines,  d'un  jaune  citron ,  troubles  au  moment  de  l'é- 
mission, toujours  alcalines  et  d'une  odeur  ammoniacale  très 
prononcée,  laissaient  déposer,  quelques  heures  après  leur  émis- 
sion, une  couche  épaisse  d'une  matière  blanche,  grisâtre,  vis- 
queuse et  filante  pendant  la  décantation.  Examiné  au  micros- 
cope, le  dépôt  était  composé  de  myriades  de  globules  de  pus , 
agglomérés,  et  retenant  au  milieu  d'eux,  comme  dans  un  réseau, 
un  grand  nombre  de  cristaux  prismatiques  de  phosphate  am- 
moniacoTmagnésien. 

Habitant  Paris  depuis  son  enfance,  cette  femme  a  fait  plu- 
sieurs métiers,  qui,  presque  tous,  lui  ont  imposé  l'obligation  de 
mener  une  vie  très  sédentaire.  Elle  se  nourrissait  principale- 
ment et  par  goût  de  substances  végétales,  buvait  à  ses  repas 
un  peu  de  vin,  et  après  son  dîner  une  petite  tasse  de  café.  Elle 
habitait  un  appartement  commode  et  sain.  Elle  n'a  jamais 
été  sujette  aux  rhumatismes  ;  n'a  jamais  eu  d'attaque  de  goutte, 
ni  d'accès  de  fièvre  intermittente.  A  l'âge  de  38  ans  (quatre 
mois  après  avoir  accouché  de  son  unique  enfant),  elle  ressentit, 
à  la  suite  d'un  effort  pour  soulever  un  matelas ,  une  vive  dou- 
leur et  comme  une  sensation  de  rupture  dans  le  ventre;  une 
descente  de  matrice  s'opéra.  Malgré  cet  accident,  elle  continua 
de  travailler  (elle  était  alors  femme  de  ménage  dans  un  hôtel 
garni),  et  de  cette  époque  datent  ses  souffrances.  Elle  ne  peut 
dire  cependant,  quand,  ni  comment  cette  tumeur  du  ventre 
commença.  Toujours  cst-il  que  l'origine  n'en  paraît  pas  anté- 
rieure à  cet  accident,  et  qu'il  n'y  a  que  quelqvies  années  que  la 
tumeur  a  commencé  à  devenir  lè  siège  de  douleurs  qui  annon- 
çaient ordinairement  l'émission  prochaine,  par  l'urèthre,  d'un 


•84  PYÉLlTliS  COMPLIQUiliS 

ou  de  plusieurs  calculs.  Onze  calculs  ont  été  rendus  jusqu'au 
mois  de  janvici-,  et  quelques-uns  pendant  le  séjour  de  la  malade 
àl'hôpital.  Je  les  ai  analysés,  etj'ai  constaté  qu'ils  étaient  formés 
de  phosphate  ammoniaco- magnésien.  Jamais  la  diminution 
dans  la  quantité  de  l'urine  émise  en  vingt-quatre  heures  n'a 
été  accompagnée  d'une  augmentation  appréciable  du  volume 
de  la  tumeur  rénale. 

A  la  fin  du  mois  de  janvier  i838,  la  malade  fut  prise  d'un 
catarrhe  pulmonaire  intense  qui  persista  jusqu'au  commence- 
ment du  mois  de  mars.  Les  secousses  de  la  toux  retentissaient 
douloureusement  dans  la  tumeur  abdominale,  oii  elles  finirent 
par  déterminer  des  élancemens ,  dont  l'intensité  fit  redouter  le 
développement  d'une  péritonite.  Il  y  eut  en  effet  des  vomisse- 
mens  et  de  la  diarrhée;  le  ventre  était  très  douloureux  à  la 
pression  et  ballonné. Le  pouls,  plus  petit  qu'auparavant,  n'avait 
pas  acquis  une  fréquence  en  rapport  avec  les  douleurs  de  l'ab- 
domen. Au  bout  d'une  dizaine  de  jours,  les  vomissemcns  et 
la  douleur  abdominale  se  calmèrent,  mais  le  dévoiemeut  per- 
sista opiniâlrément;  à  chaque  ingestion  d'alitnens  ou  de  bois- 
sons, la  malade  était  obligée  de  s'asseoir  sur  le  bassin  {le  quart 
de  la  j)ortic7i  des  alimeiis). 

Le  8  avril,  une  incontinence  d'urine  survint,  et  elle  persista 
jusqu'à  la  mort.  Le  dévoiement  cessa  vers  la  fin  d'avril. 

Au  commencement  de  mai,  la  malade  était  d'une  faiblesse 
telle,  qu'elle  ne  faisait  presque  plus  de  mouvement  dans  son 
lit;  elle  ne  prononçait  que  quelques  mots  pour  demander  ce 
qui  lui  était  absolument  nécessaire;  elle  était  presque  conti- 
nuellement assoupie  ,  ne  mangeait  pas ,  buvait  un  pot  de 
tisane,  et  prenait  un  julep  calmant.  La  respiration  était  faible , 
les  bnttemens  du  cœur,  lents  et  réguliers,  étaient  très  sourds,  le 
pouls  était  presque  insensible;  les  extrémités  habituellement 
froides.  Le  malade  s'éteignit  doucement  le  i6  mai,  dans  la 
matinée. 

Avtopsie  du  radavre.  -—  Habitude  extérieure.  Rigidité  des 
membres  et  du  cou. 

Abdomen.  La  cavité  péritonéale  contient  quelques  onces  d'une 
sérosité  jaune ,  transparente,  sans  mélange  de  fausses  mem- 


d'anévrysmes  de  l'aorte.  i85 

branes.  Le  grand  épiploon,la  surface  péritonéale  de  l'ialestin, 
et  quelques  points  de  la  lace  pariétale  de  cette  membrane  sont 
parsemés  de  tubercules  miliaires.  Le  colon  transverse  est  re- 
foulé en  bas  et  à  droite  jusqu'au  niveau  de  l'ombilic.  Le  cœcum 
et  presque  tout  le  paquet  intestinal  sont  contenus  dans  la  cavité 
du  petit  bassin.  Le  foie  adhère  intimement,  par  la  surface  con- 
vexe de  son  grand  lobe ,  avec  le  diaphragme ,  au  moyen  de 
pseudo- membranes  épaisses,  jaunâtres ,  parsemées  de  tuber- 
cules miliaires.  Il  a  conservé  son  volume  normal;  mais  il 
présente  un  grand  nombre  de  tubercules  jaunâtres,  dissémi- 
nés dans  son  épaisseur.  Il  y  a  aussi  dans  cet  organe  une  di- 
zaine de  kystes,  dont  le  volume  varie,  depuis  celui  d'un  grain 
de  chenevis  jusqu'à  celui  d'une  noisette,  et  dont  les  parois, 
fort  épaisses,  formées  par  une  membrane  blanchâtre,  sont  en- 
duites d'une  bile  verdâtre  ,  conci'étée.  Ces  petits  kystes  ne  com- 
muniquent pas  avec  les  canaux  biliaires.  La  vésicule  biliaire 
contient  trois  calculs,  à  facettes,  du  volume  d'une  petite  noi- 
sette. Il  n'y  avait  pas  d'obstacle  au  cours  de  la  bile  dans  les 
conduits  biliaires. 

Le  déplacement  du  paquet  intestinal  et  surtout  du  colou 
transverse  est  dû  à  la  présence,  dans  le  côté  gauche  de  l'abdo- 
men, d'une  tumeur  bosselée  qui  a  contracté  en  haut  des  adhé- 
rences avec  l'estomac,  et  en  avant  avec  le  colon  transverse  et  une 
anse  de  l'intestin  grêle.  Les  bosselures  sont  formées  par  d'énor- 
mes tubercules  ramollis,  dont  on  fait  sortir  une  matière  un  peu 
visqueuse,  d'uu  jaune  verdâtre.  Le  rein  gauche,  perdu  au  milieu 
de  ces  tubercules,  se  trouve  en  contact  par  sa  face  antérieure 
avec  l'ombilic;  sa  face  postéi-Ieure,  adhérente  à  cette  masse  tu- 
beixuleuse,  est  éloignée  de  deux  ou  trois  pouces  de  la  colonne 
verlébrale. 

La  rate  forme  la  partie  externe  de  la  tumeur  ;  son  bord  tran- 
chant fait  saillie  au  niveau  du  bord  externe  du  muscle  droit.  Par 
sa  face  concave,  la  rate  adhère  au  paquet  tuberculeux  ;  en  haut, 
un  de  ces  tubercules  a  pénétré  dans  l'épaisseur  du  tissu  de  cet 
organe.  Au-dessous  de  ces  différentes  parties,  existe  un  épan- 
chement  de  sang  qui  remplit  la  partie  externe  de  l'hypochon- 
dre  et  la  fosse  iliaque  gauche,  et  qui  s'étend  dans  le  petit  bas- 


l86  PYÉLITES  COMPLIQUIÉES 

sin.  La  rate  a  cinq  pouces  de  long,  cinq  pouces  dans  son  diamè- 
tre transversal^  et  trois  pouces  d'épaisseur.  Sa  inembrane  ex- 
terne, épaissie,  est  recouverte  de  fausses  membranes,  surtout 
au-dessus  des  masses  tuberculeuses,  situées  dans  son  paren- 
chyme. Son  tissu,  induré  ,  d'une  teinte  rouge  brunâtre,  est 
parsemé  d'une  infinité  de  granulations  tuberculeuses,  de  forme 
très  irrégulière.  Dans  quelques  points,  cette  matière  tubercu- 
leuse est  réunie  en  masses,  de  près  d'un  pouce  d'épaisseur,  qui 
toutes  sont  plus  denses  que  le  tissu  de  la  rate  lui-même. 

Les  deux  reins  ont  le  même  volume  ;  ils  ont  cinq  pouces  de 
long,  et  un  pouce  et  demi  dans  leur  diamètre  transversal.  Le 
rein  gauche  est  mou  et  fluctuant  comme  les  tubercules  ramollis 
qui  l'entourent.  Le  tissu  cellulaire  qui  enveloppe  le  rein  droit, 
est  épaissi  et  criblé  de  granulations  tuberculeuses.  La  mam- 
brane  externe  des  reins  est  épaissie  ,  d'une  teinte  opaline ,  et 
tellement  adhérente  à  la  substance  corticale  qu'il  est  impos- 
sible de  l'en  séparer  sans  la  déchirer.  La  substance  corticale 
du  rein  droit  est  bosselée,  ratatinée,  et  a  tout  au  plus  une  ligné 
d'épaisseur  au  niveau  dé  la  base  des  cônes.  Ceux-ci  sont  tumé- 
fiés et  injectés  de  sang.  Le  bassinet  est  dilaté,  au  point  que 
sa  cavité  pourrait  contenir  une  grosse  noix  ;  l'uretère  a 
son  volume  normal  ;  la  membrane  muqueuse  qui  le  tapisse 
est  très  injectée  ;  dans  l'un  des  calices  on  trouve  quel- 
ques petits  calculs.  La  substance  corticale  du  rein  gauche, 
un  peu  moins  atrophiée  que  celle  du  rein  droit,  ne  présente 
à  sa  surface  aucune  des  inégalités  qu'on  obsei've  sur  cette 
dernière  ;  les  cônes  de  la  substance  lubuleuse  sont  aplatis 
de  leur  sommet  à  leur  base,  et  se  présentent  sous  la  forme 
de  plaques  radiées,  qui,  avec  les  calices  dilatés,  complè- 
tent des  cavités  pleines  de  pus,  dans  lesquelles  on  peut 
facilement  introduire  l'extrémité  du  pouce.  Le  bassinet  du 
rein  gauche  est  au  moins  trois  fois  plus  grand  que  celui  du  côte 
opposé.  Sa  membrane  interne  a  l'aspect  ardoisé  qu'on  observe 
quelquefois  dans  les  pyélites  chroniques.  Il  y  a  dans  les  cônes 
quelques  granulations  tuberculeuses,  et  dans  les  calices  quel- 
ques petits  calculs.  L'uretère  passe  à  travers  les  masses  tubercu- 
leuses, et  présente  une  sorte  d'aplatissement.  Il  n'y  a  point  de 


d'awévrysmes  de  l'aorte.  187 

calculs  dans  les  uretères,  mais  il  en  existe  trois  dans  la  vessie. 
Ces  calculs,  du  volume  d'une  noisette,  sont  d'un  blanc  grisâtre, 
grenus  à  leur  surface,  et  présentent,  chacun,  une  ou  deux  fa- 
cettes. Ils  sont  formés  de  phosphate  ammoniaco-magnésien. 
La  vessie  est  contractée  ;  sa  membrane  muqueuse  forme  des 
phs  très  saillans  et  très  injectés  ;  mais  elle  n'est  pas  ramollie. 

Il  existe,  au-dessous  de  la  membrane  interne  de  l'aorte,  un 
grand  nombre  de  concrétions  crétacées.  L'orifice  du  tronc  cœlia- 
que  est  tapissé  de  concrétions  fibrineuses,  rosées.  Ces  caillots 
enlevés ,  l'orifice  du  tronc  cœliaque  se  présente  sous  la  forme 
d'un  anneau  mousse,  épaissi  par  le  dépôt  d'une  couche  de  ma- 
tière athéromateuse  au-dessous  de  la  membrane  interne  de  l'ar- 
tère. Cet  orifice  fait  communiquer  l'aorte  avec  une  vaste  po- 
che, remplie  de  caillots  sanguins,  située  contre  la  colonne  vei'- 
tébrale,  les  muscles  lumbo-sacrés,  psoas  et  iliaque,  et  au-des- 
sous de  la  rate  et  du  rein  gauche,  dont  elle  est  séparée  par 
des  masses  tuberculeuses  ramollies.  Cette  poche  s'étend  de- 
puis l'orifice  du  tronc  cœliaque  jusque  dans  la  cavité  du  petit 
bassin,  dont  elle  remplit  une  partie  du  côté  gauche.  Près  de 
l'orifice  cœliaque ,  on  ne  découvre  aucune  trace  de  la  mem- 
brane fibreuse  de  l'artère  ;  la  couche  athéromateuse  est  fortifiée 
par  la  stratification  de  couches  fibrineuses  dont  la  densité  et 
la  consistance  diminuent  à  mesure  qu'elles  sont  plus  rap- 
prochées du  centre  de  la  poche,  oii  l'on  rencontre  des  cail- 
lots sanguins  très  mous;  disposition  qu'on  observe  dans  l'é- 
tendue de  près  de  trois  pouces,  à  partir  de  l'orifice  cœliaque. 
Entre  ce  premier  foyer  et  le  reste  de  la  poche,  il  existe  une 
espèce  de  diaphragma  perforé  à  son  centre.  La  dernière 
portion  de  la  poche,  qui  est  la  plus  grande  et  qui  s'est  for- 
mée, sans  doute,  consécutivement  à  la  première,  n'a  qu'une 
paroi  mince  et  transparente  (le  péritoine)  qui  laisse  voir,  en 
plusieurs  points,  la  couleur  rouge-noire  des  caillots  qu'elle 
contient.  Là ,  point  de  couches  fibrineuses  ,  accumulées  les 
unes  sur  les  autres ,  mais  seulement  près  d'une  livre  de  caillots 
également  rouges^  également  consistans,  logés  dans  le  tissu 
cellulaire  sous-péritonéai. 
La  meinbi-aiic  muqueuse  de  l'œsophage  est  rouge  et  ramol- 


l88  PYÉLITES  COMPLIQUÉES 

lie  en  quelques  points.  L'estomac^  considérablement  rétréci,  a 
la  forme  d'un  intestin;  il  a-Gonlracté  adhérence  avec  la  tu- 
meur; sa  membrane  muqueuse,  ainsi  que  celle  de  l'intestin, 
ne  présente  aucune  altération. 

La  matrice  est  tout-à-fait  déformée.  Son  corps,  au  lieu  d'èlre 
ovoïde,  est  allongé  de  haut  en  bas,  et  il  a  près  de  trois  pouces 
de  long.  Supérieurement,  elle  est  grosse  comme  une  aveline, 
puis  elle  s'effile  en  bas,  près  de  son  col,  dont  le  museau  fait 
saillie  en  dehors  des  parties  génitales.  Le  col  de  l'utérus  ,  par- 
semé de  cicatrices,  présente  une  dépression  centrale  dans  la- 
quelle on  ne  peut  faire  pénétrer  un  stylet  ;  il  est  complètement 
oblitéré.  La  membrane  muqueuse  qui  le  recouvre  ,  ainsi  que  le 
vagin,  est  très  épaissie. 

Poitrine,  Quelques  adhérences  pleuréliques,  anciennes;  en- 
gouement de  la  partie  postérieure  de  la  base  des  poumons,  et 
cà  et  là  quelques  petites  masses  tuberculeuses.  Le  cœur  est 
très  petit;  les  parois  du  venlriculegauche,  hyperstrophiées  con- 
centriquement,  ont  huit  lignes  d'épaisseur,  tandis  que  celles 
du  ventricule  droit  n'en  ont  qu'une  et  demie.  L'orifice  auricu- 
lo-venlriculaire  gauche  est  rétréci  par  un  épaississeraent  de  ses 
valvules. 

Tête.  Dans  le  centre  de  l'hémisphère  droit  du  cerveau,  il 
y  a  deux  petits  kystes  qui  paraissent  être  consécutifs  à  d'an- 
ciens foyers  apoplectiques. 

§  7i3,  Rapports  de  la  py élite  avec  les  maladies  des  organes 
de  la  respiration. 

J'ai  peu  de  chose  à  dire  sur  les  rapports  des  maladies  de  la 
plèvre  et  des  poumons  avec  les  inflammations  calculeuses  ou 
non  calculeuses  des  conduits  excréteurs  des  reins. 

Il  est  rare  de  trouver  les  bassinets  et  les  calices  des  reins  en- 
flammés chez  les  phtàisiques,  à  moins  qu'il  n'existe  une  af- 
fection tuberculeuse  de  ces  conduits  excréteurs  (Voyez  :  Tpber- 
CULES  DES  REIN»),  OU  bien  un  ou  plusieurs  calculs  rénaux.  Cette 
dernière  complication  est  même  des  plus  rares  :  sur  452  phthi- 
siques  que  j'ai  soignés  à  l'hôpital  de  la  Charité  pendant  les  an- 
nées i837,  x838,  1859  et  18^0,  je  n'ai  noté  que  deux  cas  de  pyé- 


DE  MALA-DIES  DES  POUMONS.  1 89 

hte  calculeuse  ;  et  dans  tous  les  deux  la  phlhisie  avait  été  consè- 
cuUvekla.  maladie  des  voies  urinaires.  Les  observations  sui- 
vantes doivent  donc  être  considérées  comme  appartenant  à  une 
série  de  faits  tout-à-fait  exceptionnels  . 

Fabrice  de  Hilden  (i)  parle  d'une  fille  de  10  ans  environ , 
phtbisique  (avec  tumeurs  mésentériques),  dans  le  rein  droit  de 
laquelle  il  y  avait  un  calcul. 

Il  cite,  en  outre  (2),  d'après  Blandini,  le  cas  d'un  homme  de 
a5  ans,  mort  de  consomption  et  d'un  calcul  vésical,  et  chez  le- 
quel le  rein  gauche  était  transformé  en  un  sac  rempli  de  sanie; 
l'autre  rein  était  volumineux  ,  et  sa  substance  était  altérée. 

Barlh.  Timseus,  cité  par  Bonet  (3),  parle  d'un  phthisique 
qui  avait  un  calcul  dans  l'un  et  l'autre  reins  et  un  troisième 
calcul  dans  l'uretère  du  côté  droit. 

Th.  Barlholin  parle  d'un  homme,  mort  après  avoir  éprouvé 
une  forte  dyspnée  (4),  et  chez  lequel  on  trouva  un  calcul  de  la 
grosseur  du  pouce  dans  l'uretère  du  côté  droit. 

Foreest  (5)  donne  l'observation  d'un  goutteux,  mort  phthi- 
sique, et  chez  lequel  on  trouva  des  calculs  dans  les  reins.  J'ai 
rapporté  (§  )  un  cas  de  py élite  calculeuse,  avec  tubercules 
crus  dans  les  poumons  ,  publié  par  Morton. 

J'ai  publié  plusieurs  observations  qui  prouvent,  suivant  moi, 
que  la  phthisie  pulmonaire  peut  être  une  des  conséquences  de 
l'inilammation  chronique  des  bassinets  et  des  reins. 

En  résumé,  tant  que  l'inflammation  du  bassinet  ne  se  pro- 
page pas  à  la  substance  des  reins,  elle  a  rarement  une  in- 
fluence notable  sur  les  poumons,  et  même  sur  la  constitution, 
s'il  n'existe  pas  d'obstacle  au  cours  de  l'urine.  Presque  toutes 
les  fois,  au  contraire ,  qu'à  la  suite  d'une  inflammation  chro- 


(1)  Fabrice  de  Hilden.  Cent,  x,  obs.  70,  cité  par  Bonet.  Sepulc,  t.  i,  p.  721. 

(2)  Ibid,  Cent.  10,  obs.  5o,  cité  par  Bonet.  Sepulc..  1. 1,  p.  714. 

(3)  Timœus  (  Balth.  ).  Casus  med.  et  obs.  pract,  Lib.  vi,  epist.  7,  cité  par 
Bonet.  Sepulc,  tom.  i,  p.  720. 

(4)  Bartholin  (Tli.).  Cent,  ir,  hist.  32,  cité  par  Bonet.  Sepulc.  t.  r,  p.  711. 

(5)  Poresiu,.  Obs.  curât  med.  Lib.  xv,  obs.  1,1,  ~  Lib.  xxix,  obs.  xxiv. 
—  BoDct.  ^fpH/cr.,  t.  I,  p.  704. 


igO  PYÉLITES  COMPLIQUEES 

uique  des  bassinets,  il  survient  une  double  néphrite  chro- 
nique, des  affections  pulmonaires  plus  ou  moins  graves  s'en- 
gendrent sourdement. 

^  714.  Je  me  borne  à  rappeler  ici  qu'on  a  vu  des  collections 
purulentes  dans  le  bassinet  et  les  calices  dilatés,  se  faire  jour 
à  travers  les  poumons  et  occasioner  des  pleurésies  et  des 
pneumonies  (  Voyez  Fistules  rénales  pulmonaires  ). 

§715.  Rapimrts  de  la py élite  avec  l'hydropisie. 

La  pyélite  calculeuse  détermine  quelquefois  une  diminution 
très  notable  de  la  sécrétion  de  l'urine,  et  j'ai  vu  des  cas  dans 
lesquels  ce  phénomène  a  été  accompagné  ou  suivi  d'épanche- 
mens  séreux,  soit  dans  la  cavité  de  l'abdomen,  soit  dans  d'au- 
tres parties  du  corps.  Tulp  (i)  rapporte  le  cas  d'un  homme 
dont  les  reins  contenaient ,  chacun  ,  un  calcul  volumineux,  et 
dans  la  poitrine  duquel  il  y  avait  trois  livres  de  sérosité.  Lieu- 
laud  (2)  raconte  que  ,  chez  un  homme,  âgé  de  3o  ans,  l'urine  se 
supprima  complètement  dans  une  violente  attaque  de  douleur 
néphrétique.  Après  la  mort,  qui  eut  lieu  le  sixième  jour,  on 
trouva  quatre  livres  de  sérosité  sanguinolente  dans  la  cavité 
du  ventre:  les  reins,  transformés  en  des  espèces  de  poches, 
contenaient  une  urine  trouble  et  plusieurs  calculs. 

Borrisch  (5)  dit  qu'à  l'ouverture  du  corps  d'un  homme  qui 
avait  eu  antérieurement  une  ascite,  on  trouva  le  rein  gauche  ré- 
duiten  putrilage,  etl'uretère  du  côté  droitobstruéparun  calcul. 

Houllier(4)  rapportequ'à  l'ouverture  d'un  ascitique,  dont  les 
urines  avaient  été  supprimées  deux  jours  avant  la  mort,  on 
trouva  le  rein  gauche  presque  entièrement  détruit  et  rempli 
par  une  humeur  sanieuse.  Le  rein  droit  était  occupé  par  un  cal- 
cul qui  obstruait  l'uretère  à  son  origine. 

On  pourrait  objecter  sans  doute  que  dans  ces  cas  rapportés 
d'une  manière  trop  concise,  il  pouvait  exister  d'autres  causes 

(1)  Tulpii  Obs,  med.  Lit.  11.  obs.  xliv,  in-n.  Lugd.  Batar.  1716. 

(2)  Lieutaud,  Hist,  anat.  Lib.  i,  obs.  mcxxvii.  Voyez  ausii  :  obs,  MCXSil. 

(3)  Doi'riscb,  cité  y)\\T  Lieutaud.  Hist.  anat.  Lib.  i,  obSi  ucXVUIi 

(4)  HouUier ,  cité  par  Lieutaud ,  ibid,  obs,  ucsix. 


AVEC  LES  FIÈVRES.  IQI 

d'hydropisie(i);  mais  plusieurs  faits  dont  j'ai  élé  témoin  (Obs. 
XV)  ue  laissent  aucun  doute  sur  la  possibilité  du  développe- 
ment  d'une  hydropisie  à  la  suite  d'une  semblable  lésion  des  reins. 

§'716.  Rapport  de  lapyèlite  avec  les  fièvres. 

On  lit  dans  plusieurs  observations  de  pyélite  que  les  malades 
ont  offert,  avant  la  mort,  des  accès  de  fièvre  (2),  et  plus  souvent 
encore  des  états  fébriles  continus ,  souvent  d'un  très  mau- 
vais caractère  (0).  Ces  accès  de  fièvre  et  ces  états  fébriles 
indiquent  presque  toujours  un  nouvel  état  d'acuité  de  l'in- 
flammation du  bassinet  et  du  rein  lui-même,  ou  bien  un  trouble 
général  dépendant  du  défaut  d'accomplissement  des  fonctions 
rénales,  trouble  analogue  à  celui  qu'on  observe  souvent  dans 
les  cas  d'iscburie  ou  de  rétention  d'urine  indépendante  de 
calculs  rénaux.  Ces  accès  fébriles,  souvent  accompagnés  de 
nausées  et  vomissemens,  et  de  délire,  de  coma  ou  de  con- 
vulsious  dans  les  cas  les  plus  graves  ,  n'offrent  pas  le  gon- 
flement delà  i-ate  si  commun  dans  la  fièvre  intermittente  légi- 
time. De  tous  les  remèdes  qu'on  peut  tenter  contre  ces  accès 
fébriles,  celui  qui  offre  le  plus  de  chances  de  succès,  consiste  en 
ventouses  scarifiées  appliquées  aux  lombes.  Mais  que  peuvent 
nos  agens  thérapeutiques,  lorsque  le  parenchyme  des  reins  est 
désorganisé,  lorsque  les  bassinets  et  les  calices  sont  remplis 
de  pus ,  lorsque  les  substances  rénales  sont  atrophiées,  ou 
lorsqu'il  se  déclare  des  symptômes  non  équivoques  de  résorp- 
tion purulente,  de  perforations  du  rein  dans  l'intestin,  dans 
le  péritoine,  etc..*' 

Ces  accès  fébriles  sont  toujours  un  symptôme  des  plus  fâ- 
cheux, dont  le  retour  ne  peut  être  sûrement  prévenu  par  le  sul- 
fate de  quinine  administré  aux  doses  les  plus  élevées. 

(1)  Dans  un  cas  cité  par  Meekren  [Obs.  med.  chirurg.  cap.  xlv),  il  y  avait 
à-la-fois  des  calculs  dans  les  reins  et  une  maladie  du  foie. 

(2)  ^ui\.  Magazin  Jûr  die  gesammte  Heilkunde,'^.  xxix,S.  554. 

(3)  Mediciuisclie  Ze'Uung,  i832,  n.  6. —  Hufcland. /oitmn^  derprak.  ffeil- 

liunde,-  Oct.  iS32,S.  96  Mémoires  de  l'Acail.  royale  de  Chirurgie,  tom.  l, 

p.  4oi-  —  Ccrsou.  Maguzin  des  auslcendischcn  LiUeratur,  1828,  H.  G,  S.  460. 
—  Howsliip,  {oc.  ««.jp.  X47. 


PYÉLITES  COMPLIQUÉES 


§  7  ïy.  Rapports  de  la  j)yèLile  avec  In  godille. 

Depuis  long-temps  on  a  cru  remarquer  un  rapport  réel  entre 
la  goutte,  les  Ciilculs  urinaires  et  les  inflammations  qu'ils  pro- 
duisent dans  le  rein  ou  son  conduit  excréteur  (i).  M.  Liebig  (a) 
a  soutenu  tout  récemment  que  la  pierre  et  la  goutte  n'étaient 
qu'une  seule  et  même  maladie  dont  la  direction  était  modifiée 
par  l'influence  du  climat  et  du  genre  de  vie.  Toutefois  il  n'y  a 
pas  entre  la  goutte  et  les  calculs  urinaires  un  rapport  aussi  gé- 
néral que  ces  opinions  semblent  l'indiquer.  Le  seul  rap- 
port bien  démontré  est  celui  de  la  goutte  avec  les  calculs  uri- 
qucs;  et  ce  fait  explique  un  passage  de  lioflraann  dans  lequel 
il  dit  (3),  avec  raison,  qu'il  est  plus  ordinaire  do  voir  la  pierre 
se  développer  chez  un  goutteux  que  la  goutte  chez  un  cal- 
culcux. 

La  plupart  des  remarques  que  j'ai  faites  à  l'occasion  de  la 
néphrite  goutteuse,  sont  applicables  à  la  pyélile.  Je  me  bornerai 
donc,  ici,  à  rapporter  une  observation  curieuse  de  M.  Ri- 
bes  fils  : 

Obj.  XXXIII.  —  Emission  de  graviers  dans  l'enfance;  après  l'âge  mur,  alterna- 
tives d'accès  de  goutte  et  de  douleurs  néphrétiques  ;  souvent  nrines  san- 
guinolentes et  purulentes;  hons  effets  de  In  térébenthine  coutrc  la  goutte  et 
la  sécrétion  morbide  du  mucus  (Ribes  fils.  Diss.  sur  la  néphrite  calculeuse  , 
n.  i5a,  soutenue  le  24  juillet  1824,  p.  35). 

Un  herboriste,  âgé  de  60  ans,  d'un  assez  grand  embonpoint, 
était  depuis  près  de  sept  ans  retenu  dans  la  chambre  par  des 
accès  alternatifs  de  goutte  et  de  néphrite  qui  ne  lui  laissaient 
presque  point  de  repos.  Depuis  son  enfance  il  avait  très  sou- 
vent rendu  des  graviers  ;  il  avait  les  articulations  des  doigts  et 
des  orteils  pleines  de  nodosités,  les  pieds  et  les  mains  singuliè- 

([)  Voyez:  Buchner.  De  nexii  podagrœ  cuni  calcula  renum  et  vesica;. 
Halle,  1752.  . —  Scbroeder.  Viss.  de  cognatione  inter  arthridilem  et  ca!culum' 
Goettingen,  1768. —  Ecim.  Disst.  de  origine  calculi  inviis urinariis,  et  quatenus 
arthritiilii  est efj'ectus ,  Halle,  1772. —  Sydenham.  Opéra,  p.  Sgo  et  422, 

(2)  Annalen  der  Pharmacie,  B,  m,  H.  I,  S.  iio,  i832. 

(3)  Hoffmann,  Med.  rat.,  tom.  iv,  pars  2,  p.  365. 


AVEC  L,V  gouttt:.  I9''> 

remenl  (linbrmes.  Il  rondait  souvent  du  sang  et  du  pus  avec  les 
urines,  qui  avaientune  odeur  fétide.  Cet  homme  racontait  que, 
lorsqu'il  était  dans  le  fort  d'uu  accès  de  goutte,  la  saignée  le 
soulageait;  quand  il  s'était  fait  saigner  au  commencement,  son 
accès  avait  toujours  été  plus  fort.  Il  avait  d'abord  cru  que,  s'il 
se  faisait  tirer  du  sang  dans  l'intervalle,  il  rendrait  l'accès  sui- 
vant moins  intense;  mais  il  avait  éprouvé  continuellement  le 
contraire.  Le  plus  souvent  l'accès  était  plus  fort  et  plus  rap- 
proché, de  sorte  qu'il  avait  pris  le  parti  de  ne  se  faire  saigner 
que  lorsque  les  douleurs  étaient  portées  au  plus  haut  degré  et 
qu'elles  étaient  intolérables.  Il  se  trouvait  alors  soulagé  pres- 
que immédiatement  après  la  saignée,  et  la  suite  de  l'accès  de- 
venait supportable.  Le  médecin  qu'il  consulta  en  dernier  lieu, 
lui  conseilla  contre  les  accidens  de  la  néphrite ,  l'usage  de  la 
tisane  de  bourgeons  de  sapin,  ou  de  l'eau  de  goudron.  Il  ré- 
pondit qu'on  lui  avait  déjà  proposé  la  tisane  de  bourgeons  de 
sapin,  non  pas  contre  la  gravelle,  mais  contre  la  goutte  ;  qu'on 
lui  avait  assuré  que  celte  tisane,  prise  à  forte  dose,  était  un 
remède  souverain  non-seulement  pour  apaiser  et  éloigner  les 
accès  de  goutte,  mais  encore  pour  guérir  radicalement  cette 
maladie.  Il  ajouta  que,  par  son  état  d'herboriste,  il  avait  eu  oc- 
casion de  faire  prendre  cette  tisane  à  quelques  malades  gout- 
teux, et  qu'effectivement  ils  s'en  étaient  très  bien  trouvés  ;  mais 
malheureusement  il  n'en  avait  pu  faire  usage  pour  lui-même 
parce  que  toute  sa  vie  il  avait  eu  une  répugnance  invincible 
pour  les  boissons  aqueuses,  il  en  pouvait  seulement  prendre 
quelques  gorgées  et  encore  de  loin  en  loin  j  en  revanche ,  il 
aimait  beaucoup  le  vin  et  les  liqueurs  fortes ,  et  en  grande 
quantité,  et  il  en  buvait  souvent.  D'après  la  répugnance  qu'il 
éprouvait  pour  les  boissons  aqueuses,  on  lui  proposa  de  lui 
faire  prendre  de  la  térébenthine.  Il  y  consentit.  Voici  l'effet 
;  que  cette  substance  produisit  sur  le  malade,  et  la  manière  dont 
il  en  fa  usage. 

On  fit  composer  une  masse  avec  demi-once  de  térébenthine 
molle  et  demi-once  de  poudre  de  réglisse  ;  on  divisa  cette 
tnasseen  trente  pilules.  Le  malade  en  prit  dix  le  matin,  dix  à 
midi,  et  dix  le  soir.  Dèsle  premier  jour  il  urina  beaucoup  ;  l'n- 

l3 


'94  PYÉLlTJi:  COMPLIQUÉE 

rine  devint  très  odorante  et  perdit  l'odeur  infecte  qu'elle  exha- 
lait auparavant.  Il  n'eut  point  de  coliqups,  les  selles  ne  furent 
point  augmentées,  mais  les  matières  qu'il  rendit  paraissaient 
avoir  les  caractères  de  la  térébenthine  délayée  ou  liquide.  Un 
mois  après,  le  malade  se  trouva  assez  soulagé:  il  avait  rendu 
une  assez  grande  quantité  de  petits  graviers;  l'écoulement  du 
sang  et  de  pus  avec  l'urine  était  moins  abondant.  On  lui  con- 
seilla alors  de  prendre  six  gros  de  térébenthine  divisés  en  qua- 
rante-cin  j  pi  ules;  il  eu  prit  quinze  le  matin,  quinze  à  midi, 
et  aùtant  le  s  iir.  Mais,  le  premier  jour  de  cette  augmentation 
de  dose,  il  sentit  de  la  chaleur  et  un  poids  très  incommode 
dansTeslomac;  il  eut  des  envies  de  vomir,  le  ventre  devint 
tendu  et  un  peu  douloureux  ;  il  eut  plusieurs  garderobes  ;  ce 
qui  engagea  à  diminuer  la  dose  et  à  la  réduire  à  demi-once  par 
jour  et  à  dix  pilules  par  prise.  L'emploi  en  fut  continué^  toute- 
fois on  diminua  graduellement  la  dose  de  la  térébenthine  à 
mesure  que  les  accidens  s'apaisaient;  de  demi-once  on  descen- 
dit à  trois  gros,  ensuite  à  deux  gros  dans  la  journée  ;  mais  àcette 
dose  le  malade  en  continua  l'usage  pendant  dix-huit  mois  et 
avec  un  succès  inespéré.  Les  reins  étaient  presque  entièrement 
dégorgés;  il  n'éprouvait  presque  plus  de  douleur  vers  les 
lombes,  et,  chose  remarquable,  c'est  que  les  accès  de  goutte 
devenaient  moins  intenses,  beaucoup  plus  éloignés,  et  ils  se- 
raient devenus  peut-être  plus  rares  si  le  malade  avait  fait  moins 
d'excès  de  vin  et  de  liqueurs  fortes.  Se  trouvant  mieux,  il  partit 
pour  la  Bourgogne,  son  pays  natal. 

Ç  7V8,  Jià^p'Ort  dë  la  jiyèltie  avec  les  affections  de  la  pean. 

M.  Civiale  cite  le  fait  suivant:  «  Un  malade,  à  son  entrée 
dans  le  service  des  calculeux,  faisait  des  efforts  tellement  con- 
sidérables pour  uriner,  que,  dans  l'espace  d'une  nuit,  la  peau 
fut  soulevée  par  un  (jonflcmentèrysipèlateux  occupant  la  pres- 
que totalité  du  corps.  La  vessie  était  appliquée  avec  tant  de 
force  sur  la  pierre  qu'il  en  résultait  une  exhalation  de  sang, 
que  le  ]naladerendait  par  gouttes  et  mêlé  à  l'urine.  Celle-ci  de- 
vint de  plus  en  plus  rare,  quoique  les  efforts  fussent  inouïs  et 
le  malade  njenacé  de  congestion  cérébrale-  On  pratiqua  plu- 


AVEC  DES  MALADIES  CUTANÉES.  igS 

sieurs  saignées  générales  et  locales,  qui  ne  diminuèrent  pas  les 
contractions  de  la  vessie.  L'urine  se  supprima  ,  la  fièvre  sur- 
vint, et  le  malade  mourut.  La  vessie,  dont  les  parois  avaient 
beaucoup  d'épaisseur,  était  collée  à  la  pierre  :  sa  membrane 
muqueuse  avait  une  teinte  rouge-brun  vers  le  col,  oîi  l'on 
voyait  des  ulcérations  larges,  mais  superficielles.  La  pierre 
avait  le  volume  d'un  petit  œuf  de  poule.  Les  reins,  dans  lesquels 
on  n'avait  soupçonné  aucune  altération,  étaient  le  siège  d'une 
plilegmasie  interne;  celui  du  côté  droit  surtout  était  criblé  de 
petits  abcès  ;  le  gauche  contenait  plusieurs  calculs.  Les  uretères 
étaient  très  dilatés.»  (i) 

J'ai  rapporté  plus  haut  (Ous.  xiv)  un  cas  de  pyélile  calcu- 
leuse,  dans  lequel  on  observa  des  plaques  érythémattiuses  à  la 
peau. 

Historique  de  la  py élite, 

§719.  Je  diviserai  cet  aperçu  historique  en  deux  parties.  Dans 
la  première,  je  m'attacherai  à  prouver  que,  sila  connaissance  des 
calculs  rénaux  et  celle  de  l'existence  de  collections  purulentes 
dans  les  reins,  remontent  à  la  plus  haute  antiquité,  ce  n'est 
réellement  que  dans  ces  derniers  temps  que  les  altérations 
produites  par  les  calculs  dans  les  bassinets  et  les  calices  et  par 
suite  dans  les  substances  rénales ,  ont  été  exactement  appré- 
ciées. Dans  la  seconde  partie,  j'esquisserai  succinctement  l'his- 
toire de  la  néphrotomie. 

S  720.  —  i''"  Partie.  Les  anciens  se  sont  généralement  expri- 
més, en  parlant  des  altérations  des  reins  occasionées  par  des 
calculs,  comme  s'ils  avaient  la  croyance  que  ces  corps  étrangers 
se  développent  ordinairement  dans  les  suhstanccs  rénales. 
Tous  supposent  que  les  calculs  enflamment  la  substance  des 
reins,  dans  laquelle  ils  se  sont  formés;  qu'ils  y  occasionnent  des 
abcès;  que  les  abcès  s'ovvrent  dans  le  bassinet;  et  aue  le  pus 
mélangé  avec  l'urine  est  expulsé  au-dehors  avec  elle. 

Lorsqu'il  traite  de  collections  purulentes  dans  les  reins,  Hip- 


(l)  Civialc.  Traùé  de  l'aj/celioii  cairuleuse,  p.  4/,  x,  in-8,  Paris,  i838. 

i3. 


PYîCLiTE  (historique). 

pocrnte  (i)  fait  mention  à' ulcères,  mais  le  texte  semble  faire 
allusion  aux  ulcères  des  lombes.  Dans  un  autre  passage  (2), 
c'est  bien  réellement  de  véritables  ulcères  des  reins,  qu'Hippo- 
crate  parle  et  il  les  attribue  à  des  ruptures  de  veines.  Dans 
un  de  ses  aphorismes  (3) ,  il  indique  les  deux  principaux  symp- 
tômes des  ulcères  des  reins  et  de  la  vessie  ;  et  dans  un  autre  (4), 
il  mentionne  un  signe  de  la  suppuration  des  reins  {urinœ  stil- 
licidium)  sur  lequel  on  a  de  nouveau  appelé  l'attention  dans 
ces  derniers  temps. 

En  traitant  de  la  suppuration  des  reins  (  de  suppuralîs 
renibus),  Rufus  dit  (5)  que  cet  état  est  annoncé  par  une  fièvre 
irrégulière,  par  le  développement  d'une  tumeur  aux  îles,  et  par 
l'excrétion  de  pus  avec  les  urines.  Suivant  Rufus,  le  pus  s'é- 
panche dans  les  conduits  excréteurs  de  l'urine  par  une  sorte  de 
rupture,  et  peut  aussi  se  faire  jour  dans  l'inleslin.  Rufus  pres- 
crit le  lait  d'ânesse  ou  le  lait  de  jument  mélangés  avec  le  miel, 
contre  les  suppurations  des  reins.  Le  vomissement  est  quelque- 
fois indiqué. 

(jalien  (0),  dans  son  Traité  des  lieux  affectés ,  donne  mie 
bonne  description  des  symptômes  de  la  gravelle,  de  l'abcès 
qu'elle  détermine  dans  le  rein,  de  l'ulcère  qui  peut  en  être  la 
suite ,  et  rappelle  que  l'évacuation  du  pus  avec  l'urine  est  un 
des  principaux  symptômes  de  cette  maladie.  Dans  son  Traité 

(i)  Hippocratis  Opéra  omnia,  iu-fol.  Fr.incof.  i6ar,  p.  S/jO.  De  intern. 
affect. 

(2^  Ibid.  :  «  Oritur  antem  morbiis  ex  atmbile,  qua>,  cum  ad  venulas  qiias  ad 
renem  fcruutur,  conâuxcrit,  cumquo  constherit,  eas  rencmqtie  cxulcernt.  Ex 
ulcère  igitur  taie  qnid  cum  urina  prodit.  » 

(3)  Si  sanguis  aut  pus  cum  urina  redditur,  renum  aut  vesicae  exulceratio 
significatur  {^Apli.,  sect.  iv,  apb.  74. —  Ibidem.,  p.  laSî).  Dans  d'autres  apbo- 
rismes,  Uippocrate  indique  quelques  signes ,  à  l'aide  desquels  il  croit  qu'on 
peut  reconnaître  si  le  sang  vient  des  reins  ou  de  la  vessie  {Aph.,  sect.  ir, 
aph.  77,  79,  80). 

(•4)  «  Recto  inlestino  inilammato,  et  utero  infiammato  et  renibus  suppn- 
ratis  stillicidinm  supervcnit  »  (Apb.  58,  sect.  v). 

(5)  Rufus  cité  par  Aetius,  TetrabiU.  scrmo   iii,  cap.  18,  p.  606. 

(6)  Gfîleni  Opéra  omnia,  classis  iv  ,  Do  lnci.<i  affoct.,  lib.  vr,  cap.  3,  p.  J»- 


PYÉLiTE  {historique).  197 
des  vlccrcs,  Galien  recommande  le  miel  et  les  diurétiques 
contre  les  ulcères  des  reins.  (0 

Arétée  (2)  dit  que  certains  calculs  sont  blancs  et  semblables  à 
de  l'argile,  et  que  d'autres  sont  jaunes.  Les  premiers,  dit-il,  se 
trouvent  dans  la  vessie  des  jeunes  gens,  tandis  que  les  seconds 
sont  formés  habituellement  dans  les  reins  des  vieillards.  Il  sup- 
pose que  le  printemps  engendre  les  hématuries  et  les  abcès  des 
reins,  et  que  l'hiver  et  l'automne  produisent  les  calculs.  Si  des 
ulcères  sont  la  conséquence  de  ces  calculs,  ces  ulcères  sont 
inguéiissables. 

Paul  d'Egine  (3)  essaie  de  donner  des  signes ,  à  l'aide  des- 
quels on  puisse  distinguer  les  ulcères  des  reins,  des  ulcères  de 
la  vessie. 

En  résumé,  les  médecins  grecs  et  latins  ont  connu  la  forma- 
tion du  pus  dans  les  reins;  l'influence  des  calculs  sur  sa  pro- 
duction ;  et  le  mélange  et  l'excrétion  du  pus  avec  l'urine,  comme 
symptôme.  Quant  à  la  lésion  qu'ils  ont  désignée  sous  le  nom 
d'ulcères  des  reins  ,  il  est  évident  qu'elle  n'est  autre  chose ,  au 
moins  dans  la  plupart  des  cas,  que  l'inflammation  suppura- 
tive  du  bassinet  et  des  calices  (la  pyélite).  D'un  autre  côté,  si  les 
anciens  attribuent  les  ulcères  des  reins  à  une  rupture  de  veines, 
cela  tient  très  probablement  à  ce  que  la  suppuration  du  bassi- 
net est  souvent  précédée  d'hémorrhagie. 

Ce  que  les  médecins  arabes  disent  des  ulcères  des  reins,  me 
paraît  devoir  être  également  rapporté  aux  inflammations  des 
bassinets  et  des  calices.  Avicenne  (4)  leur  assigne  pour  causes 
la  rupture  d'une  veine,  l'issue  d'un  calcul  ou  des  excoriations 
par  une  humevir  cholérique.  Des  fistules  incurables  peuvent 
être  la  suite  d'ulcères  des  reins  {et  muUoties  quidem  proveniunt 
ex  ukeribus  renum  fistulœ  quœ  nullo  modo  sanantur).  Avi- 
cenne insiste,  en  outre,  sur  les  caractères  qui  distinguent  les 
ulcères  des  reins  de  ceux  delà  vessie.  Dans  les  ulcères  des  reins, 

(i)  Galeni  Opéra,  classis  vri.lib.  4,  cap.  7. 

{1)  Aretaîi  Cappadocis,  De  causis  et  signis  morb.  acut.  et  diutum.,  in-fol. 
Lngduni  Batavorura,  1785,  p.  52  et  suiv.,  lib.  11,  cap.  3,  De  renum  affcctibus. 

(3)  Pauli  jîigiuctaî  Ojitts  de  re  medicd,  lib,  iii,  p.  80. 

(4)  Avicenue.  Libn  inre  medica  omîtes,  lib.  m,  Fcd.  xviii,  liact.  2,  [>.  85t). 


198  PYi^LiTE  {historique). 

dit-il,  l'émission  de  l'urine  se  fait  facilement;  elle  est  difficile 
dans  les  ulcères  de  la  vessie.  Le  siège  de  la  douleur  diffère  aussi 
dans  les  deux  maladies. 

Les  médecins  et  les  chirurgiens  de  la  renaissance,  pas  plus 
que  les  auteurs  qui  les  avaient  précédés,  n'eurent  une  idée 
exacte  de  la  manière  dont  les  substances  rénales  s'atrophient 
dans  les  cas  d'inflammation  suppurative  des  bassinets  et  des 
calices.  Presque  tous  ces  auteurs  désignent,  sous  les  noms  de 
reins  consumés  par  la  suppuration,  de  reins  tombés  en  colli- 
quation,  les  reins  atrophiés  par  suite  de  la  dilatation  des  bassi- 
nets et  des  calices.  Tous  croient  que,  dans  les  cas  de  néphrite 
calcùleuse,  la  matière  purulente  est  formée  aux  dépens  des  sub- 
stances rénales;  aucun  ne  dit  que,  dans  ce  cas,  l'atrophie  des 
reins  est  consécutive  à  la  compression  exercée,  de  dedans  eu 
dehors,  sur  le  rein  par  le  pus  et  l'urine  accumulés  dans  le  bas- 
sinet et  les  calices. 

""î"ernel  (i)  indique  cette  consomption  du  rein  et  sa  transfor- 
lîon  en  une  espèce  de  poche;  mais,  comme  Rufus,  il  attribue 
les  ulcères  des  reins  à  la  rupture  d'un  abcès,  dont  le  pus  se 
mélange  avec  l'urine. 

Paré  (2)  s'exprime  comme  les  Arabes  :  «Il  vient,  dit-il,  ulcère 
aux  reins  pour  quelque  humeur  acre  et  mordicante  qui  y.  coule 
ou  pour  quelque  aposteme  qui  dégénère  en  ulcère.  j> 

Mercado  (3)  adopte  la  même  division. 

Loin  de  supposer  que  les  calculs  se  développent  dans  le  bas- 
sinet et  les  calices,  ainsi  que  cela  a  lieu  presque  constamment , 
plusieurs  auteurs  crurent  que  les  collections  purulentes  qu'on 
trouve  dans  ces  conduits  excréteurs  dilatés,  étaient  de  véri- 
tables votniques ,  formées  dans  les  substances  rénales. 

D'autres,  avec  Hercule  de  Saxe  (4);  crurent  que  la  substance 

(r)  «  Rupto  autem  abscessu,  pus  cum  urinâ  defertur       vacuato  expnr- 

gatoque  .'ibcei)Su ,  ulcus  manet,  diuturaum  admodum,  et  ferè  immedicibilc 
(Fcrnelii  l'alliologia,  lib.  vj,  cap.  xri.  De  morbis  renuin,  p.  535). 

(2)  Paré.  OEuvres,  liv.  xtn,  cbap.  18  :  «des  ulcères  des  reins  et  de  la  vessie.» 

(3)  Mercati.  De  morb.  curât,,  liv.  xv,  cap  7. 

(4)  Hercul.  Saxonia.  Observalio,  Vid.  Schenck.  Obs.  lib.  m.  De  renibu». 
—  Scliohograpit.  ad  cap.  Sa,  lib.  i.  IfolleiU  de  morb,  intenus. 


PYÉLITE  {historique).  199 

re7iale  pouvait  être  en  partie  ou  même  complètement  évacuée 
avec  l'urine  sous  forme  de  caroncules;  opiuion  qui  a  pu 
prendre  sa  source  dans  quelques  passages  d'Hippocrate  oix  il  est 
fait  mention  de  ces  caroncules. 

Long-temps  après,  on  a  continué  de  croire  généralement  que 
les  calculs  des  reins  étaient  situés  dans  la  substance  de  ces  or- 
ganes, et  que  c'était  à  la  suite  d'une  ulcération  ou  d'une  déchi- 
rure qu'ils  se  trouvaient  dans  la  cavité  du  bassinet.  Euslachi  (i;, 
contradictoireraent  à  cette  opinion,  affirma  que  des  calculs 
pouvaient  passer  de  la  substance  des  reins  dans  le  bassinet, 
sans  en  opérer  Ja  rupture.  Eustachi  était  évidemment  dans 
l'erreur,  si,  en  s'exprimant  ainsi,  il  faisait  allusion,  non  au 
passage  des  calculs,  des  calices  dans  le  bassinet,  mais  bien, 
comme  le  texte  semble  le  dire,  au  passage  d'un  calcul  situé  dans 
la  substance  des  reins  ;  car  une  semblable  issue  de  calculs  n'a 
lieu ,  sans  déchirure ,  que  dans  les  cas  extrêmement  rares  oii  de 
petits  calculs  se  développent  dans  des  lacunes  accidentelles 
des  mamelons. 

L'opinion  ancienne  qui  plaçait  le  siège  des  calculs  des  reins 
dans  la  substance  de  ces  organes,  continua  de  régner  parmi 
les  médecins  et  les  chirurgiens.  Ferrand  l'aîné  (2)  fait  mention 
d'un  calcul,  d'un  volume  considérable,  dont  les  branches  se 
ramifiaient  in  rcmim  suhslantiâ.  De  même,  Ledran  (3)  dit: 
a  Si  le  volume  des  pierres  formées  clans  le  rein,  ou  quelques 
angles  qui  s'y  trouvent,  les  empêchent  de  couler  dans  le  bassi- 
net, plies  grossissent  dans  le  rein,-  elles  y  restent  pour  loujouri 
et  elles  sont  souvent  la  source  de  très  grandes  maladies.  Il  en 
arrivera  de  même,  si,  ayant  coulé  jusque  dans  le  bassinet  du 
rein,  elles  n'enfilent  pas  la  route  de  l'uretère.  La  maladie  se 
termine  alors  très  souvent  par  la  pourriture  des  reins  ou  par 
un  abcès.  S'il  se  fait  un  abcès  ,  la  place  que  la  pierre  occupe 
dans  le  rein,  décide.  Si  la  pierre  est  placée  dans  le  bassinet  ou 
dans  la  substance  mamelonnée ,  l'abcès  se  fait  du  côté  de  l'in- 

\i)  «  De  renibus,  cap.  467,  cité  par  Scbenck,  Oh.  mec^.  rar.,  lib.  ïfi, 
p.  452. 

(a)  Fcrrandi    De  nephrisi  et  lilkiasi,  in-t8.  Parisiis,  1601. 
(3)  Ledran.  Traité  des  opérations  de  chirurgie,  p.  a63. 


200  pyÉLiTJi:  {Jiistorique). 

térieur  du  ventre,  et  peut  percer  dans  cette  capacité  ;  mais,  si  la 
pierre  occupe  la  substance  médullaire  tout  près  de  la  corlicale, 
l'abcès  se  continue  jusque  dans  la  tunique  adipeuse.  Mais  il 
n'est  pas  impossible  qu'il  se  manifeste  au-dehors,  au-dessous 
des  fausses  côtes,  à  trois  ou  quatre  travers  de  doigts  de  l'épine  ; 
pour  peu  qu'on  sente  la  fluctuation  ,  il  faut  l'ouvrir  promple- 
ment,  et  presque  toujours  la  pierre  sort  noyée  dans  une  grande 
quantité  de  pus.  » 

Lafitte  (i)  s'exprime  dans  le  même  sens  :  «  Lorsque,  dit-il,  le 
germe  ou  noyau  pierreux  est  d'un  volume  ou  d'une  figure  qui 
s^opposc  à  son  entrée  dans  le  bassinet  ou  dans  les  uretères,  il  se 
forme  quelquefois  des  abcès,  et  même  assez  considérables, 
pour  détruire  toute  la  substance  de  ce  viscère,  et  inonder  le 
tissu  adipeux  qui'  l'avoisine.  »  Et  ailleurs  (a),  il  ajoute  :  «  Je 
n'en  observai  point  (du  pus)  dans  les  urines  ;  ainsi,  il  y  a  lieu  de 
croire  que  le  sac  qui  contenait  les  pierres  ne  communiquait 
point  avec  le  bassinet.  » 

Toutefois  on  ne  serait  pas  fondé  à  avancer  que  toas  les  au- 
teurs se  sont  trompés  en  disant  qu'ils  avaient  vu  des  pierres 
dans  les  substances  rénales.  Ces  cas  sont  rares;  mais  je  les  ai 
observés  et  figurés  (Atlas,  Pl.  xxv,  fig.  5).  Dans  les  deux 
observations  suivantes,  il  est  probable  qu'il  s'agissait  réelle- 
ment de  pierres  situées  dans  les  substances  rénales.  Ainsi , 
Grég.  Horst(3)  dit  qu'il  a  trouvé  de  petits  calculs  dans  la  sub- 
stance d'un  rein,  et  un  calcul  volumineux  dans  le  bassinet  du 
même  rein;  elPlater  (4),  en  parlant  de  graviers  miliaires,  trou- 
vés dans  un  rein,  ajoute  :  «  Plcrique  sicut  grana  milii  rcnum 
cami  infixi.  » 

Dans  ces  derniers  temps,  on  avait  bien  noté  que  les  calculs 
rénaux  existaient  presque  toujours  dans  les  bassinets  ou  dans 
les  calices  ,  et  qu'on  n'en  rencontrait  dans  les  substances  ré- 
nales que  dans  des  cas  très  rares  et  exceptionnels;  mais  on 

(i)  Lafitte.  Sur  les  cas  ou  la  néphrolomie  se  fait  avec  succès  {Mémoires  de 
l'Acad.  royale  de  chirurgie,  tom.  ii,  p.  233). 
(q)  Ibidem.,  p.  235. 

(3)  Borst.  Observ.,  lib  iv,  obs.  XLvi. 

(4)  Pl.-iler.  Observai,  lib.  ai,  p.  892. 


pYÊLiTJi  {hislurique).  aoi 

n'avait  pas  assez  remarqué  qu'une  foule  d'observateurs  avaient 
commis,  dans  leurs  descriplions  de  la  néphrite  calculeuse,  une 
erreur  analogue  à  celle  dans  laquelle  on  était  tombé  à  l'égard  de 
la  pleurésie.  En  effet,  de  même  que  d'anciens  auteurs,  eu  relatant 
des  cas  de  pleurésie  chronique,  avaient  noté  les  poumons  comme 
consumés  par  la  suppuration,  d'autres,  et  même  dans  ces  der- 
niers temps,  ont  indiqué,  comme  ulcérés  ou  consumés  par  un» 
fonte  purulente,  des  reins  atrophiés  et  affaissés  par  suite  de  la 
distension  du  bassinet  et  des  calices.  Dans  la  pleurésie  chroni- 
que, l'affaissement  et  l'atrophie  du  poumon  s'opèrent  par  suite 
d'une  compression  extérieure;  dans  la  pyélite  avec  rétention 
d'urine  et  de  pus,  l'affaissement  et  l'alrophie  du  rein  sont  con- 
sécutifs à  une  compression  exercée  de  dedans  en  dehors.  J'a- 

•  joute  qu'entre  ces  deux  cas  pathologiques,  il  y  a  cette  différence 
;  que  la  néphrite  proprement  dite  et  la  pyélite  ne  marchent 

jamais  aussi  nettement  séparées  l'une  de  l'autre,  que  l'inflam- 
mation du  poumon  et  celle  de  la  plèvre. 
Au  reste,  il  suffira  de  comparer  la  description  que  j'ai  don- 
3  née  des  caractères  anatomiques  de  la  pyélite,  §  635,  avec  tout  ce 
1  qui  a  été  décrit  sur  la  néphrite  calculeuse,  pour  reconnaître 
1  que  l'histoire  anatomique  de  cette  maladie  était  encore  fort  in- 
complète. 

%  721.  On  n'a  fait  jusqu'à  ce  jour  que  peu  de  recherches  sur 
t  les  inOamraations  pseudo-membraneuses  et  gangréneuses  des 
3  calices  et  des  bassinets.  Dans  un  cas  de  néphrite  terminée  par 
,  gangrène,  cilé  par  Duret,  dans  ses  commentaires  sur  Hou- 
.  lier  (i);  dans  un  autre  cas  de  néphrite  suivie  de  gangrène,  rap- 
porté par  Fabrice  de  Hilden  (2);  dans  un  troisième  cas  rap- 
porté par  J.  M.  Olto  (3)  ;  il  n'est  pas  dit  si  le  bassinet  et  les 
calices  étaient  affectés.  MM.  Letenneur  et  Pigné  ont  présenté  à 

(i)  Holleri(J.).  Omnia  opéra  practica,  iu-fol.  Parisiis,  1664,  cap.  1,1,  De  in- 

•  flammatione  renum.  Annot.  Dureli,  p.  404. 
(a)  Fabricius  (Hild.).  De  litliotomia  vesicce,  cap.  25 ,  cité  par  Bonet.  SepiiU 

cretum,\\h.  ai,  sect.  xxii,  obs.  xxni,  1. 11,  p.  568. 

(3)  Otto.  Historia  renis  sinistii  maxime  lumidi  et  corrupti,  Hallcr,  Dispu- 
tatiouea  ad  morbor.  bist.  et  curât,  in-/,.  Lausannia,*,  1763,  t.iv.p.  90. 


ao2  PTÉuTE  {liisiorique). 

la  Société  anatomique  des  reins  atteints  de  pyélite  calculeuse  et 
qui  présentaient  des  points  gangréueux.  M.  Crosse  (i)  a  aussi 
rapporté  deux  cas  de  gangrène  partielle  des  reins,  produite  par 
des  calculs  dans  le  bassinet. 

M.  Guillon  m'a  montré  les  reins,  les  uretères  et  la  vessie  d'un 
homme  atteint  depuis  long-temps  de  rétrécissement  de  l'urè- 
thre,  et  qui  eut  une  suppression  d'urine  presque  complète,  plu- 
sieurs jours  avant  sa  mort.  Les  deux  reins  étaient  volumineux, 
gorgés  de  sang  et  d'une  teinte  livide  ;  l'un  pesait  6  onces  a  gros, 
et  l'autre  un  peumoins.  Ces  reins,  extrêmement  mous,  exha- 
laient une  odeur  repoussante  et  lout-à-fait  semblable  à  celle 
de  la  gangrène.  Après  avoir  enlevé  la  membrane  fibreuse  du 
rein  droit,  nous  aperçûmes,  à  sa  surface,  une  lâche  d'environ 
un  pouce  de  diamètre,  grisâtre,  décolorée  ;  la  substance  du  rein 
ayant  été  incisée  dans  ce  point,  il  s'en  écoula  une  sanie  grisâtre, 
et  nous  pénétrâmes  dans  un  foyer  non  purulent,  donl  les  parois 
offraient  une  sorte  de  gazon,  quand  le  rein  était  plongé  dans 
l'eau.  Le  bassinet  de  ce  même  rein,  considérablement  dilaté, et 
d'un  rouge  livide ,  contenait  une  sanie  sanguinolente  d'une 
odeur  excessivement  fétide.  On  voyait,  à  la  surface  du  rein, 
surtout  vers  sa  partie  supérieure,  des  plaques  proéminentes 
d'un  jaune  brunâtre  ,  filamenteuses  ;  ei  autour  d'elles  Li 
membrane  du  bassinet  était  piquetée  et  d'un  brun  foncé.  Lors- 
qu'on plongeait  le  rein  dans  l'eau,  la  surface  de  ces  plaques  du 
bassinet  ofl'rait  une  foule  de  filamens.  L'autre  rein  était  moiu^ 
altéré  5  l'intérieur  de  son  bassinet  offrait  de  fausses  mem- 
branes qui  n'avaient  ni  l'aspect,  ni  l'odeur  gangreneuse  d!u 
bassinet  de  l'autre  rein. 

Les  uretères  des  deux  reins  présentaient,  à  leur  surface  in- 
terne, des  éminences  d'une  couleur  sale,  jaune-brunâtre  ;  de  ces 
éminences,  les  unes  étaient  entières,  les  autres  offraient  une  lé- 
gère déperdition  de  substance  vers  leur  milieu,  qui  était  bru- 
nâtre. On  voyait  aussi,  dans  l'uretère,  d'autres  plaques  pseudo- 
membraneuses jaunâtres  et  rugueuses,  distinctes  des  éminencp- 
d'un  jaune  brun  ,  évidemment  gangréneuses  ,  mentionnées 

(i)  JolmGrcen  Crosse.  Atreadse  on.  the  formation,  constimenla  and  ex- 
traction oj'tite  urinary  calciilus,  in-4.  Lonclon,  i835,  p.  24  et  41. 


PTÉLiTE  {historique).  2o3 

plus  haut.  Les  deux  uretères  étaient  considérablement  dilatés, 
surtout  le  droit  qui  présentait  une  sorte  de  poche  vers  sa 
partie  inférieui-e. 

Ç  722.  Je  terminerai  cet  aperçu  sur  les  descriptions  anato- 

i  miques  de  la  pyélite,  antérieures  à  mes  recherches,  par  une 
simple  indication  de  plusieurs  cas  de  pyélite  plus  ou  moins  re- 

ii  marquables. 

Dodoens  (i)  rapporte  l'histoire  d'un  homme  opéré  d'une 
hydrocèle,  et  qui  mourut  après  cette  opération  de  gangrène  du 
:  scrotum  et  du  pénis  ;  le  rein  gauche  était  corrompu. 

Baillou  (2)  a  trouvé  le  rein  gauche  d'une  femme  morte  du 
!  diabète,  aussi  grand  qu'un  rein  de  bœuf,  et  dans  ce  rein  une 
pierre  avec  un  peu  de  pus.  Le  rein  droit  était  si  petit  qu'on 
put  à  peine  le  découvrir. 

Bonet  (3)  rapporte  plusieurs  cas  de  tumeurs  rénales  qui 
avaient  formé,  au-dessous  des  fausses  côtes,  des  tumeurs  dont  on 
n'avait  pas  connu  la  nature  avant  l'ouverture  des  cadavres.  Il 
rapporte  aussi  un  cas  de  pyélite  calculeuse,  compliquée  de  gan- 
grène 4j- 

Morgagni  (5)  a  vu  le  rein  droit  aussi  volumineux  qu'une  tête 
i  d'homme  et  contenant  onze  pierres.  Morgagni  cite  plusieurs 
autres  cas  d'abcès  dans  les  reins  (6). 
Pearson  (7)  a  vu,  chez  un  enfant  de  cinq  ans  et  demi ,  le  rein 
;  droit  peser  i6  livres  et  10  onces.  Une  autre  fois  (8),  on  a  trouvé 
1  un  l  ein  de  35  livres.  Chez  uue  femmo  de  5o  ans,  le  rein  gauche 
était  si  volumineux  qu'il  pesait  45  livres  et  demie  (9). 

(1)  î)odoneus.iye(f.oif.ea:«mp/ararfl,cap.xLi,in.i2,Hardci  vici,  l5ii,p.  7r. 

(2)  G.  Ballonius.  Opéra  oinnia,  in-4.  Genevae,  1762.  Epidem.  et  Ephemerid., 
lib.  Il,  pag.  ji3. 

(3)  Bonet.  Sepulcret.,  lib.  m,  sect.  xxiv,  obs.  ir.  —  Bonet,  Sepulcret., 
§  2,  obs.  XXII.  —  Sect.  XVII,  g  9,  ob.  xxx. 

(4)  Ibid.,  t.  n,  p.  562. 

(5)  Morgagni,  De  sed.  et  caus.,  existai.  VYll,  §  10. 

(6)  Uid.  Epist.  XL,  §  12,  i8.-Epist.iLn,  §  i3. 

(7)  'î^'eJ.obs,andinquiries,'Lonà.  1784,  vol.  th. 

fi^^t.deVAcad.  des  sciences,  i-jii.,  n.  vu,  p.  40.  —  Commerc.  liUer. 
Norimbcri;.,  nov.  1,37,  p.  826. 

(y)  Med.  obs.  and  inquiries.—  Bibl.  méd.  de  Blumenbach,  tom.  11  ,§  3o3. 


204  pyiLiTii  (Jiisturique). 

Cabrol  (i)  a  vu  la  subslance  du  rein  gauche  dclruile  par 
le  pus  et  sa  membraue  une  fois  aussi  épaisse  qu'une  peau  de 
mouton.  Ce  rein  contenait  14  livres  de  pus. 

Ruysch  (2)  cite  le  cas  d'un  diabétique  chez  lequel  ou  trouva 
du  pus  dans  le  bassinet. 

Lindt  (3)  dit  qu'à  l'ouverture  du  corps  d'une  personne  qui  n'a- 
vait jamais  offert  d'indice  de  l'inflammation  des  reins,  les  deux 
reins  furent  trouvés  distendus  d'une  manière  anomale  et  rem- 
plis de  pus.  Les  uretères  étaient  remplis  de  pus,  et  la  vessie, 
dont  les  parois  avaient  presque  l'épaisseur  d'un  doigt,  ren- 
fermait au-delà  d'une  livre  de  pus  fétide. 

Sandifort(4)  a  vu,  chez  un  homme  de  42  ans  qui  avait  res- 
senti, pendant  les  dernières  années  de  sa  vie,  de  violentes 
douleurs  dans  la  région  du  rein  droit ,  et  qui  souffrait  d'une 
incontinence  d'urine ,  le  rein  droit  en  suppuration  et  adhérent 
aux  parties  voisines.  L'uretère ,  de  l'épaisseur  du  pouce ,  était 
dur  comme  un  cartilage.  La  vessie  était  contractée  ;  ses  mem- 
branes avaient  l'épaisseur  d'un  doigt. 

R.  B.  Cheston  (5)  a  ouvert  un  jeune  garçon  de  7  ans  qui  éprou- 
vait tous  les  symptômes  d'un  calcul  de  la  vessie  et  de  grandes 
douleurs  dans  la  région  des  reins.  Son  urine  coulait  tantôt  invo- 
lontairement, tantôt  avec  beaucoup  de  peine.  Les  deux  reins 
étaient  tellement  dissous  par  le  pus  qu'ils  représentaient  des  sacs 
pleins  de  pus.  L'un  pesait  4  onces,  l'autre  3  onces.  La  vessie  était 
épaissie  et  renfermait  un  calcul.  Le  même  observateur  (6)  a 
trouvé,  chez  un  homme  de  3o  ans  qui  élait  incommodé  de  la 
pierre  et  de  douleurs  dans  les  reins,  mais  qui  71  avait  jamais  eu 
le  moindre  vestige  de  pus  dans  l'urine,  les  reius  changés  en 
deux  sacs  remplis  de  pus  et  une  pierre  dans  la  vessie. 


(1)  Cabrol.  Alphab.  anatom,  Ob.  xxviii. —  Bonet.  Sepiilci:,  tom.  11,  p.  366. 

(2)  Buyscli.  Ois.  anat.  chirurg.  xur.  —  Dilucidatio  valvular.  in  vasis  lym- 
phal.  et  lactcis,  Hag.  Com.,  i665,  cap.  iv. 

(  3)  Muséum  der  Heilknnde,  B.  1,  v,  §  69  et  suiv. 

(4)  Sandifort.  Exercilat.  academ.,  lib.  ii,  cap.  xi. 

(5)  Palholog,  observations,  cbap.  2. 

(6)  Ibid, 


PYÊLiTE  (historique).  2o5 

Portai  Chaudon  (i)  a  trouvé  le  rein  droit  changé  en  un  sac  de 
pus  de  la  dimension  d'une  tête  d'enfant;  la  substance  entière 
du  rein  était  détruite  ;  le  rein  était  rempli  de  concrétions  pier- 
reuses ,  moulées  dans  son  intérieur,  comme  si  on  l'eût  injecté 
de  cire. 

Schmidtmann  (2)  a  trouvé,  chez  une  femme  qui  n'avait  ja- 
mais présenté  de  signe  de  maladie  des  reins,  le  rein  droit  telle- 
ment déuuit  par  la  suppuration,  qu'il  n'en  restait  presqua 
plus  de  trace. 

Chez  une  fille  dont  le  ventre  était  volumineux  ,  que  l'on 
considérait  comme  enceinte ,  et  qui  mourut  après  de  fortes 
douleurs  aux  reins,  et  après  avoir  rendu  des  urines  purulentes, 
F. -A.  Waller  (3)  trouva  les  deux  reins  extrêmement  volumi- 
neux et  altérés.  Le  rein  droit  était  rempli  de  pus  et  de  sang 
coagulé  ;  sa  substance  était  tellement  friable  qu'elle  se  déchirait 
par  le  moindre  attouchement.  Ce  cas  a  été  considéré  comme  un 
exemple  de  gangrèjie  du  rein  ;  c'est  évidemment  une  pyélile. 
L'autre  rein  était  atteint  d'hydro-néphrose. 

M.  Howsliip  (4)  a  vu  le  bassinet  et  les  calices  très  distendus 
et  remplis  par  une  matière  jaune  grisâtre  qui  était  composée  de 
carbonate  de  chaux  et  d'une  matière  animale.  J'ai  figuré  un  cas 
:  analogue  dans  lequel  la  matière  boueuse,  blanchâtre,  contenue 
dans  le  bassinet  et  les  calices,  était  composé  de  phosphate 
de  chaux  (Atlas,  Pl.  lix,  tig.  4)' 

Enfin,  on  trouvera  dans  les  journaux  de  médecine  un  grand 
nombre  de  cas  de  pyélite  rapportés  sous  les  dénominations 
d'abcès  des  reins,  de  néphrite ,  de  néphrite  calculeuse  ou  de 
coliques  Jiéjihrétiqnes  ;  je  me  bornerai  à  en  indiquer  un  petit 
nombre  (5). 

(1)  Médecine  éclairée,  tom.  u. 

(a)  Hu/eland's  prakt.  Journ.  der  Jleilkunde.  B.  vu,  S.  44. 

(3)  Waller  (F.-A.).  Krankheiten  der  Nieren,  S.  5.  §  12. 

(4)  Howsbip.  Ouvrage  cité,  j). 

(5)  Howison.  ^  Cflfe  of  inflammation  and sero-purulent  dropsr  of  the  kidnepr 
{Edinb.  med.  and  surg.  Journ.,  vol.  x  vni,  p.  ôSy).—  Houssard.  Obs.  sur  quel' 

ques  a/JecUons  des  reins  {Bibliothèque  médicale,  t.  Lix,  p.  353)  Cassagoe. 

Sur  un  abcès  au  rein  gaucbe  {Journal  de  médecine,  t.  i.xi,  p.  5o5,  1784).— 


^îo6  PYÉLiTE  (Jii S  torique). 

S  72?,  —  2^  Partie.  Je  passe  à  l'histoire  du  traitement  des 
abcès  rénaux ,  elpar  suite  à  celle  de  la  néjihrolomie. 

Lorsqu'on  réfléchit  au  peu  de  précision  des  connaissances 
anatomiques  des  anciens,  on  est  vraiment  frappé  d'admiration, 
en  lisant  ce  passage  d'Hippocrate  (1)  :  «  S'il  y  a  une  tumeur  ou 
une  élévation  à  la  région  du  rein,  pratiquez  une  incision  ,  et, 
après  avoir  fait  sortir  le  pus  ,  travaillez  à  débarrasser  cet 
organe  des  graviers  par  l'usage  des  diurétiques.  En  faisant 
cette  opération  ,  il  y  a  quelque  espoir  de  guérison  ;  autrement 
le  malade  est  perdu  sans  ressource.  »  Il  répète  à-peu-près  la 
même  chose  dans  un  autre  passage  :  «  Lorsqu'il  y  a,  dit-il, 
du  pus  dans  le  rein  ,  il  se  forme  une  tumeur  auprès  de  l'épine 
du  dos;  dnns  ce  cas,  faites  une  incision  à  la  partie  tuméfiée,  et 
coupez  profondément  jusqu'au  rein.  »  Enfin  un  peu  plus  loin, 
il  réitère  encore  ce  même  précepte,  dont  le  temps  a  sanctionné 
la  justesse. 

Ce  passage  d'Hippocrate  était  clair,  précis  et  positif.  Que 
les  tumeurs  des  \omhes ,  j)rovenant  des  reins,  fussent  des  abcès 

Baumes.  Calculs  rénaux  avec  des  convulsions  chez  les  en/ans  {Gazette  de  santé, 
i^8g,  p.  186).  —  Dupont.  Sur  un  abcès  du  rein  (Journal  de  médecine,  1770, 
t.  XXXII,  p.  l35).  —  Guigneux.  Ohs.  anat.  sur  un  homme  qui  n'avait  qu'un 
seul  rein  (pyélitc  calculeuse),  {Journal  de  médecine,  t.  xn,  1760,  p.  34S. — 
M.  Swan.  Cases  of  calculi  in  the  bladder  and  diseuses  of  kidnejr  {Edinb.  ined. 
and  surg  Journ.,  vol.  xxii,  1824,  p,  91).— M.  AUan.  Case  of  obstmcted  tire- 
ter,  with  ulcération  0/ the  kidney  and  absces  {Edinb.  ined.  and  surg.  Journ., 
Tol.  xLviii,  p.  5i).  —  M.  Duncau  {Edinb.  med.  and  surg.  Journ.,  vol. 
xxviir,  p.  3o6)  rapporte  un  cas  très  remarquahle  de  pyélo-néphrite  avec 
empyème.  —  M.  Flelclier,  On  failures  in  lilhotomy  {Edinb.  med.  and  surg, 
Journ..,  vol.  xxxvr,  p.  433),  rapporte  un  cas  où  cette  opération  est  devenue 
mortelle  par  suite  d'une  pyélite.  On  trouvera  aussi  des  cas  de  pyélites  dans 
les  tbèses  soutenues  à  Paris,  par  Ribes  (1824),  Savin  (1827)  et  de  RoUet  (1829) 
sur  la  néphrite  calculeuse ,  et  dans  plusieurs  ouvrages  relatifs  aux  maladies 
des  reins.  —  Walter.  Krankheiten  der  Nieren  u»d  ffarnblase ,  in-4.  Ber- 
lin, 1800. —  Kœnig(G.).  Praktische  Abhandlung  àber  die  Krankheiten  der 
Nieren  ,  in-8.  Leipzig,  1826.  —  Wentzke.  Ueber  die  Krankheiten  der  Nie- 
ren ,  welche  durch  Entziindung  ,  etc.  (Rust's.  Magazin  lar  die  gesammle 
J/eifkunde.  B.  xxrv,  S.  439). 

(t)  Hippocratis  Opéra  omnia.  De  intern.  affectionib.,  pag.  540,  in-folio, 
Francofurti,  1621. 


PYÉLITE  {historiqiié).  207 

extra- rénaux  (ce  qui  est  le  cas  le  plus  ordinaire),  ou  qu'elles 
fussent  le  rein  lui-même  énormément  distendu,  Hippocrale 
recommande  de  les  ouvrir,  sans  distinguer  ces  tumeurs  les  unes 
des  autres.  «  Incisez,  dit-il,  lorsque  le  rein  malade  fait  tu- 
meur aux  lombes.  »  Les  expressions  dont  il  se  sert  (  tocjaveiv 
xarà  TÔv  veopiv  ) ,  et  dont  le  véritable  sens  est  à'inciser  jjrès  du 
rein  ou  jusqti  au  rei?i,  n'autorisent  en  aucune  façon  à  supposer 
I  qu'il  ait  eu  la  pensée  d'inciser  le  rein  lui-même  pour  aller 
chercher  la  pierre  dans  la  cavité  du  bassinet  et  des  calices; 
d'ailleurs,  non-seulement  il  ne  parle  point  de  chercher  à  opé- 
rer par  la  plaie  l'extraction  des  graviers  ou  des  calculs  rénaux, 
ou  de  leur  pratiquer,  par  cette  voie,  une  issue  plus  ou  moins 
éloignée,  mais  il  recommande  de  chercher  à  opérer  l'expulsion 
des  graviers  par  des  diurétiques. 

Cependant  plusieurs  auteurs  ont  vu,  dans  ce  passage,  la  recom- 
mandation formelle  de  pratiquer  la  néphrotomie  dans  le  cas  de 
calculs  rénaux.  Ainsi  Cardan  (i)  se  plaint  qu'on  ne  pratique  plus 
b  la  néphrotomie,  ce  qui  se  faisait,  dit-il,  du  temps  d  Hippocrate. 
^  Mery  (2)  dit  aussi  qu'on  a  tort  de  négliger  de  tailler  les  reins 
calculeitx.  k  La  connaissance  que  nous  avons  que  la  néphroto- 
'  raie  a  été  pratiquée  du  temps  d^ Hijipocrate,  doit,  dit-il,  enga- 
^  ger  à  y  recourir.  «  Cette  opinion  de  Mery  a  été  reproduite  par 
i  les  historiens  des  maladies  de  Breslaw  (.3),  par  Gaspar  Bauliin  (4), 
ï  Sçhenck  (5) ,  Bonet  (,6),  Gasp.  a  Rejes  (7),  Meibom  (8),  Heis- 

(1)  Cardan  De  liliris  propriis.  Nuremberg,  i544- 

(2)  Mery.  Ol>s.  sur  la  manière  de  tailler, -p,  1^2  et  suiv.  Paris,  in-12,  1700. 

(3)  Uratislaviensis  collcgia  acad,  nat,  cur.,  an  1702,  p.  356. 

(4)  Baubin,G.  Ex  ohs. prop.  apud  Scbenck.  Obs.med,,  lib.  3,curat.  nepli. 
obs.  vrir.  «  Unde  liquet  veram  esse  Hippocr.itis  senteutiam  qua;  habetur 
lib.  de  morliis  internis,  calculos  nitnirum  a  lateribus  extrabi  posse.  » 

(5)  Scbenck.  avance  aussi  que  la  népbrolomie  a  été  pratiquée  par  le*  an- 
ciens {Obs.  med.,  p.  357). 

(6J  Bonet.  Sepulcr.,  lib.  ur,  scct.22,  obs.  xx,  est  moins  formel;  il  dit  :  «  Et 
quanquam  Hipp.  (lib.  de  int.  affect.)  suadere  mideatur,  yix  tamen  tentauda 
e»t;  nisi  manifcstum  sit  ipsam  et  naturam  apostemate  quodam  facto  viam 
sibi  qii^rere,  ete. 

(9)  Gaspar  a. Rejes.  Elys.  suc.  quœst.  camp.,  quœst.  86,  n.  16. 

(8)  Meibfim.  Comment,  in  Hippocrate.  \\\il\iïS\nA.,  cap.  xvf,  p.  i.'io. 


2o8  PYKLiTH  {Jti.iloriquc). 

ter(j),  qui  affirment  aussi  qu'Hippocrate  conseillait  d'inciser  le 
rein.  Benoît  Sinibald(2)  dit  qu'il  ne  faut  pas  priver  le  genrehu- 
inain  d'un  si  grand  bienfait  ;  et  Panaroli  (3)  émet  aussi  le  vœu 
que  cette  opération  puisse  être  pratiquée. 

Mais  d'autres  auteurs  ont  soutenu,  avec  raison,  qu'Hippocrate 
n'avait  jamais  eu  en  vue  l'opération  de  la  néphrotoniie  ;  qu'il 
s'était  borné  à  recommander  d'ouvrir  Les  abcès  des  lombes  •pro- 
venant des  reifis.  De  ce  nombre  sont  :  Michel  Bernh.  Valen- 
tini  (4)  et  L.  Schrœck  (5),  lesquels  pensent  que  le  précepte  donné 
par  Hippocrate,  de  faire  une  incision  très  profonde  sur  le  rein 
suppuré  ,  lorsqu'il  se  présente  une  tumeur  près  de  l'épine^ 
n'a  pas  été  bien  compris  par  plusieurs  auteurs. 

Welsch  (G.-H.)  (6),  Menjot  (7),  remarquent  aussi  qu'Hippo- 
crate dit  non  pas  d'ouvrir  le  rein,  mais  bien  la  région  voisine 
du  rein,  comme  l'a  interprété  Prosp.  Marliano.  (8) 

Van  Swieten  (9)  rappelle  qu'Hippocrate  prescrit  non  pas  d'ex- 
traire les  graviers  et  les  calculs  des  reins  par  une  incision  aux 
lombes,  mais  bien  d'évacuer  le  pus  et  de  nettoyer,  par  l'usage 
des  diurétiques,  les  reins  remplis  de  sable  et  de  graviers.  Enfin 
Barthélémy  Castelli(ro)  s'exprime  d'une  manière  nette  et  concise 
à  ce  sujet  :  «  Sectio  renum ,  de  qua  legi  poterit  apud  Hipp.  (de 
intern.  aflect-  xv ,  19).  Enim  vero  non  ibi  sermo  est  de  sectione 
ijisoriim  renum,  sed  de  sectione  abcessus  juxta  renés.  Irapossi- 
bilis  igilur  potius  habenda  est  renum  seclio,  cum  Boneto  Mercur. 

(1)  Heisler.  Institutions  de  chirurgie,  in-4,  .ivignon,  1770,  toin.ir,  p.  292. 

(2)  Sinibaldi.  Hîppocralis  Antiphonon,  iv,  lib.  v. 

(3)  Panaroli.  Ob.  med,,  Pentecost.  y,  obs.  XLir. 

(4)  Valentin.  Cliirurg.  medic,  sect.  m,  cap.  6,  §  r,  pag.  323.] 

(5)  Sclirœck.  Mise.  Nat.  Cur.  Dec.  2  anu.  3,  in  Scliol,  obs.  cxxxix. 

(6)  Welsch.  Curationum  propriarum  consiliorum  med.  décades  x,  in-4. 
Vienne,  1698. 

(7)  Menjot.  Diss.  path.,  pars  11 ,  ex  Bibl,  med.  pract.  Manget.,  lib.  xrr.  — 
Bonet.  Poljrallkes,  Genev.  1691. 

^8)  Martianus  (Prosp.).  Magnus  Hippncrates  Cous  explicatas,  sive  operum 
Jfippocralis  inlerpretatio,  Komx,  in-fol.,  1626. 

(9)  Van  Swieten  ifi  Boerbaave.  Aphorismos,,  De  A'iilner.,  tom.  i. 
(to)  CastcUi.  Lextcnn.  Kn.  NiPunOTOMiA. 


PYiiLiTE  {historique).  ^09 


a  au- 


Compit.  (lib.  XII,  p.  43.)  »  Enfin  Bernard  (I)  pense  qu  ou  n 
cune  preuve  que  du  temps  d'Hippocrale,  et  même  que  plusieurs 
siècles  après  lui,  on  ait  réellement  pratiqué  la  néphrotomie; 
et  il  est  certain,  ainsi  que  je  l'ai  déjà  fait  remarquer,  qu'Hip- 
.  pocxate  s'est  borné  à  recommander  d'ouvrir  les  abcès  des 
\,  lombes,  provenant  des  reins,  et  qu'il  n'a  fait  nulle  mention  de 
la  recherche  ou  de  l'exlraclion  des  calculs  rénaux. 

Rufus  (2)  dit  que  la  tumeur  formée  aux  lombes  ne  s'évacue  pas 
par  les  rnns,  dans  certains  cas  {px>Sè  pYipuoÔat  èôsXei  'e  twv  vctppûv), 
mais  qu'elle  persiste  jusqu'à  ce  qu'elle  soit  ouverle  par  les  cau- 
II  stiques  ou  par  d'autres  procédés.  Or  ,  l'incision  recommandée 
>  par  Hippocrate,  et  que  Rufus  comprend  probablement  dans  les 
autres  procédés,  est  généralement  préférable  aux  caustiques. 

Galien  (3)  décrit  deux  espèces  de  calculs  et  de  sables  qui  corres- 
pondent évidemment  à  la  gravelle  roiige  et  à  la  gravelle  grise;  il 
;  indique  la  douleur  et  le  sentiment  à! engourdissement  de  la  cuisse 
\  qu'entraîne  l'affection  du  rein  (4).  Il  note  que  les  calculs  peuvent 
se  trouver  dans  les  reins  ou  dans  l'uretère,  et  que  cette  affection 
est  accompagnée  d'une  espèce  de  colique  qu'il  distingue  des 
coliques  intestinales.  Il  remarque  qu'un  grand  nombre  de  per- 
sonnes atteintes  de  douleurs  sourdes  dans  les  reins  et  dépen- 
dant d'une  affection  calculeuse ,  n'ont  pas  rendu  antérieure- 
ment de  sables;  enfin,  il  énumère  (5)  les  principaux  symptômes 
de  la  suppuration  des  reins  :  les  frissons  vagues ,  les  accès  de 
fièvrt  irréguUère,  le  sentiment  de  pesanteur  dans  la  région 
rénale,  l'évacuation  du  pus,  du  sang ,  et  de  grumeaux  avec 
l'urine.  Mais  non-seulement  il  ne  parle  pas  de  la  néphrotomie, 
mais,  il  ne  fait  pas  mention  des  abcès  des  lomhes  provenant  des 
reins ,  ni  de  l'incision  recommandée  par  Hippocrate ,  ni  de  la 
cautérisation  indiquée  par  Rufus. 

(i)  ^trazrà.  Philotophical  transactions,  ioT  tlie  montbs  ofNov.  and  Dec. 
1696,  vol.  XIX,  p.  333. 
(a)  Rafi  Epliesii  de  •vesicœ  renumque  morbis.  Londres,  in-4. 
(3)  Galeni.  Omnia  quœ  exstunt,  Basile»,  in-fol.,  i562.  —  Class.  vu 
cap.  3  ;■  de  renum  affectus  dignot.  et  medic. 

Comincnt.  L  in.  Hipp,  De  moih.  a/ulg,,  liv.  vi,  clas.  m,  p.  3o4,  t.  ir. 
(5)  Jbid.  De  locis  affcct.,  lib.  vr,  cap.  3.—  De  ren.  afject.  dignoùonf. 
III.  14 


2IO  VYÉUTk  [hisloiii^ae). 

Cœlius  Aureliaûus  (t)  a  divisé  leà  inmeurs  rénales ,  prove- 
nant de  la  néphrite  ,  en  légères  et  en  fottes;  lè  traitement  en 
est  tout  médical;  il  ne  fait  mention  ni  'àél'incïsioii,  ni  de  la 
cautérisation. 

Celsé  ;  qui  etltrë  dkns  tjUelques  détails  sur  la  taille  de  la 
vessie  (a),tie  dit  pàs  un  mot  des  tutneui-â  dés  reins  aùx  ibrtlbeS, 
ni  du  traitement  t[ue  réclament  ces  tuméttrs. 

At-tlligène  él  Pllilagrius  (3)  donnent  de  bon&  préceptes  Sur 
l'emploi  de  la  saigiiée,  des  vésicatôires ,  des  boissons  diuré- 
tiques, de  la  diète  lactée  dans  le  traitement  des  inflamma- 
tions dcS  reiùs  produites  par  des  calculs;  mais  ils  ne  font  men- 
tion ni  de  l'incision,  ni  de  la  cautérisation  des  tumeurs  rénales 
pour  doUUer  iSâufe  âU  pus. 

Aleiandi-e  deTrallfes  (4)  cherche  à  distinguer  le  pus  provenant 
deà  reiiiS  du  pus  provenaiit  de  la  vessie  ;  mais  il  ne  dit  rien 
du  traitement  chirurgical  des  Inmeurs  rénales  contenant  du  pus. 

PavU  d'Egine  (5)  indique  Une  foule  de  topiques  et  de  bois- 
sons qu'il  regâi-de  coihme  pi-opres  à  guérir  les  nlcèrei  des  reins 
(les  boissons  adoucissantes  ,  le  lâil,  un  régime  doux  ,  les 
bains,  etc.)  ;  mais  il  ne  mentionne  ni  les  tumeurs  rénales,  ni 
leur  ti-aitethetit. 

Eu  résumé,  leS  tnédecitts  de  l'antiquité  ont  connu  l'existence 
des  graviers  et  des  calculs  rénaux ,  et  les  principaux  abcidens 
que  ces  colps  élfattgtrS  peuvent  produite  ;  mais  Hippocrate  et 

(1)  Cxiitis  Auréli.Vnus.  Morbor.  clirorùc,  lib.  v,  cap.  m.  Nephritis. 

(2)  A.  d  CélsUS  De  rè  mùdica  ,Yi\>.  iv,  câ'p.  10,  p.  173,  in-8.  tugduni 
i565.  Cclse.  Ibidem,  lib.  Vii,  cap.  iiB,  p.  38i. 

(3)  Cités  Ji&f  AtttikSi  TetrahihUS;  SfirUid  iti,  p.  594. 

(4)  Alei.Trall.  il/ei/ianœ  libri  xit,  ita''i6.  Liigduni,'iS6o,  p.  558. —  «Quod 
igitur  pus  a  supcrioribus  partibus  effertur,  omnino  cum  urina  ipsa  accurate 
pcrmixtum  iiiVènitui'!  sin  au'tcm  hb  inferioribbb  excernàtnr,  etiam  sëditnen- 
tum  in  fundo  matula?  potius  sul)siderc  deprebendes.  «  Ibid.,  p.  646,  557, 
55q,  etc. ■<  Colculo  nffecti  in  acccssionibus  quidem  mBdibaibehtis  curari 
debcnt  qute  laxarèv  leuiV-e  et  pr«lérea  cômminuei*  et  calcnluin  edncfere  pos- 
sunt.  —  Qui  pus  excernunt,  li'nilttis  et  abstcrgentibns  ciirandi  sunt.  >■ 

(5)  P.iuH  /Esincta'  Oims  rie  re  medica,  lib.  m,  p.  77,  78,  79,  80.  Parisiis, 
in-4,  ifia. 


PYÉLiTE  (  h  is torique  ) .  211 

Rufus  ,  seuls ,  ont  décrit  les  tumeurs  purulentes  des  lombes, 
provenant  des  reins.  Hippocrate  a  recommandé  de  les  ouvrir 
avec  l'instrument  tranchant,  et  Rufus,  à  l'aide  de  l'application 
des  caustiques  ou  de  tout  autre  procédé.  Mais  aucun  auteur 
ancien,  grec  ou  latin,  n'a  conseillé  d'inciser  le  rein  abcédé  ou 
non  abcédé ,  pour  en  extraire  un  calcul. 

Cependant,  soit  par  une  fausse  interprétation  du  passage 
d'Hippocrate,  cité  plus  haut,  soit  (ce  qui  est  moins  probable)  que 
d'autres  médecins  de  l'antiquité  dont  les  écrits  ne  nous  sont  pas 
parvenus,  eussent  réellement  recommandé  la  néphrotomie; 
deux  auteurs  arabes,  Sérapion  et  Avicenne,  émirent  l'opinion 
que  cette  opération  avait  été  anciennement  pratiquée.  Séra- 
pion (i)  s'exprime  ainsi  :  «  Quidam  antiquorum  prœcipuerunt 
lapidem  renum  extrahi  cum  ferro  incidente ,  rétro  super  latus 
duorura  iliorura  in  loco  renum.  Êgo  autem  video  quod  hsec 
audacia  est  difficilis  vehementer,  et  adminislratio  istius  cura- 
tionis  est  maxime  periculosa  et  suspecta  de  morte.  » 

Après  avoir  mentionné  les  ulcères  des  reins  produits  par  les 
calculs  ou  par  d'autres  causes  ;  après  avoir  indiqué  les  symp- 
tômes  qui  distinguent  les  ulcères  des  reins  des  ulcères  de  la 
t  vessie  ;  après  avoir  signalé  les  fistules  rénales  qui  sont  quelque- 
i  fois  la  conséquence  de  ces  ulcères  ;  après  avoir  beaucoup  in- 
!  sisté  sur  le  traitement  médical  des  calculs  des  reins,  Avicenne  (»  ) 
»  ajoute  au  sujet  de  la  néphrotomie  :  «  Et  sunt  quidam  qui 
!  laborant  extrahere  ipsum  (calculum  renalem)  per  iocisionem 
i  ilii  et  per  dorsura.  Sed  est  magnuls  tiraor  in  eo  ,  et  operatio 
ejus  qui  ralionem  non  habet.  y> 
Faut-il  inférer  de  ces  passages  de  Sérapiôn  et  d' Avicenne 
'  qtie  les  Arabes  ont  pratiqué  la  néphrotomie  ?  Freind  (3) , 
nbli-seulemenl  répond  affirmativement ,  mais  il  va  jusqu'à  re- 
procher à  Albucasis  de  ne  pas  parler  de  cette  opération,  et  il 
ajoute  :  <c  E  Serapione  et  Avicenne  cotostat  hoc  aliquando  iis 

<i)  Sérapion.  Prax.,  tract,  iv,  cap.  22. 

(a)  Avicenne.  Libri  in  re  inedica  onmcs,  lib.  m,  fan  18,  tract.  2,  cap.  10, 
in-fol.  Venetiui,  i564. 
(3)  Freiuà,  Hisi.med.,  trad,  Wigau.,  iu-4,  Parisiis,  1735,  p.  273. 

14. 


a  12  py ÉLITE  [historique). 

tcmporilnts  praeslilum,  quanquain  operationem  uterque  valde 
ancipilem  judicat  (i).  » 

Mais  d'après  les  ouvrages  de  l'antiquité  qui  nous  restent,  on 
peut  affirmer,  contradictoireraent  à  Sérapion  et  à  Avicenne , 
que  nul  auteur,  grec  ou  latin,  n'a  conseillé  d'inciser  le  rein  pour 
en  extraire  un  calcul.  Et  malgré  ce  que  semblent  dire  Sérapioa 
et  Avicenne,  il  n'est  pas  plus  prouvé  que  la  néphrotomie  ait  été 
pratiquée  par  les  Ai'abes.  Sérapion  et  Avicenne,  trop  préoccu- 
pés de  repousser  l'opération  de  la  néphrotomie,  dont  il  n'existe 
réellement  aucune  trace  dans  l'antiquité,  ont  commis  une  autre 
faute;  ils  ont  négligé  de  recommander  le  sage  précepte  qu'elle 
avait  donné  dans  la  collection  hippocratique,  celui  à'inciser 
les  abcès  provenant  des  reins. 

Le  père  de  la  chirurgie  française,  Guy  de  Chauliac  (2),  re- 
produisit les  opinions  des  auteurs  arabes  ;  comme  eux,  il  rejeta 
l'opération  de  la  néphrotomie,  sans  indiquer  les  abcès  aux 
lombes,  provenant  des  reins,  et  sans  mentionner  la  recomman- 
dation faite  par  Hippocrate  d'ouvrir  ces  abcès. 

On  en  était  là,  quand  de  nouvelles  observations  vinrent  dé- 
montrer tout  l'avantage  qu'il  y  avait  à  ouvrir  les  abcès  des 
lombes,  provenant  des  reins,  ainsi  qu'Hippocrate  l'avait  con- 
seillé. Ces  observations  établirent,  en  outre,  un  nouveau  fait  : 
l'issue ,  dans  quelques  cas,  d'un  ou  de  plusieurs  calculs  par  la 
plaie  résultant  de  l'incision,  ou  par  l'ouverture  fistuleuse  qui 
y  succédait. 

Louis  Richieri,  savant  philologue,  plus  connu  sous  le  nom  de 

(l)  Hévin  a  traduit  ainsi  ce  passage:  «  Il  est  certain,  ajoute-t-il,  que 
Sérapion  et  Avicenne,  en  disant  que  plusieurs  //niA'^uaien^  cette  méthode  eu 
ce  temps-là  etc.  (Hévin.  Recherches  sur  la  néphrotomie  ,-Mém.  de  l'Acad.  royale 
de  chirurg.,  tom.  m,  p.  280). 

(a)  «  Nihilominus  chirurgus  directe  non  liabet  considerare  de  lapide  re- 
num  nec  aliarum  intrinsecarum  particularum,  cum  non  contingat  ipsum 
curare  benefîcio  cbirurgiœ...  £t  in  renibns  non  débet  incidi ,  in  vesica  est 
periculosa  incisio»  Guy  de  Chauliac.  Chimrgiœ  tractatus  seplem  cum  and- 
(fotan'o.  Lyon,  in-8,  i546. —  [Delapide  in -vesica,  tract,  vr,  doctrina  ir,  cap.  7)'  j 

(3)  Coclius  Rbodiginius.  Anùquarum  lectionum  Uhri  xvr,  Venetiis,  in-fol. 
i5i6 (/iiiri  xxr,  Basili.T,  i55o). 


pyÉLiTE  (hisLorique).  '-^^^ 

■rlius  Rhodtginius,^Ar\e  d'une  femme  qui,  après  avoir  soiif- 
ci  t  un  grand  nombre  d'années  de  pesanteur  dans  les  reins, 
près  de  l'épine,  fut  prise  de  démangeaisons  dans  la  même  par- 
lie,  s'y  gratta,  d'oii  un  ulcère  aux  lombes,  par  lequel  sortirent 
dix-huit  pierres  de  la  grosseur  d'un  dé. 

Cardan  (i)  rapporte,  d'après  le  témoignage  oculaire  d'Albert, 
un  cas  tout-à-fait  analogue,  c'est  celui  d'une  femme  qui  avait 
ïété  long-temps  tourmentée  de  violentes  douleurs  de  reins,  et  à 
laquelle  on  ouvrit  enfin  la  partie  malade ,  d'où  l'on  tira  dix- 
ihuit  pierres  de  la  grosseur  d'un  dé. 

Les  médecins  arabes  ayant  avancé,  d'une  part,  que  les  an- 
iiciens  avaient  pratiqué  la  néphrotomie,  et,  d'autre  part,  que 
cette  opération  devait  être  rejetée  ;  des  chirurgiens  et  des  méde- 
ucins  de  Paris  crurent  qu'il  serait  bon  de  tenter  cette  opération 
sur  un  criminel  atteint  de  la  pierre  dans  les  reins  ;  l'autorisation 
leur  en  fut  accordée  par  Louis  XI  (2). 

«  Audit  mois  de  janvier  i474,  advint  que  ung  franc  archier 
deMeudon  prés  Paris  estoit  prisonnier  és  prisons  de  Chastel- 
let,  pour  occasion  de  plusieurs  larrecins  qu'il  avoit  faictes  en 
divers  lieux,  et  mesmement  en  l'église  dudit  Meudon.  Et  pour 
ilcsdits  cas  et  comme  sacrilège,  fut  conderapné  à  estre  pendu  et 
lestrauglé  augibetde  Parisnommé  Montfaulcon,  dont  il  appella 
lenla  court  de  Parlement,  ou  il  fut  mené  pour  discuter  de  son 
I  appel:  par  laquelle  court  et  par  son  arrest  fut  ledit  franc  ar- 
ichier,  declairé  avoir  mal  appellé  et  bienjugié  par  le  prevost  de 
i  Paris,  par  devers  lequel  fut  renvoyé  pour  exécuter  sa  sentence. 
l^En  ce  mesrae  jour  fut  remonstré  au  Roy  parles  médecins  et 
cirurgiens  de  ladite  ville  que  plusieurs  et  diverses  personnes 
estoient  fort  travaillez  et  molestez  de  la  pierre,  colicque,  pas- 
sion et  maladie  de  costé ,  dont  pareillement  avoit  été  fort 
molestéleà'xt  franc  archier.  Et  que  aussi  desdictes  maladies 

(i)  Cardan.  De  rentm  varietate  libri  xvii,  lib.  8,  cap.  44,  in-fol.,  BasUese, 
1 1557. 

(a)  Les  chroniques  de  Jean  de  Troyes,  .ippelécs  Histoire  de  Louys  Un- 

'  """^y  Autrement  dicte  la  Chronique  scandaleuse,  publiées  par  Petitot 

{CoUeclion  comolàte  des  mémoires ,  relatif  s  k  V  Histoire  de  France,  loin,  xui, 
p.  452). 


2i4  PTiéLiTE  {historique). 

estoit  lors  fort  malade  monseigneur  du  Bochaige,  et  qu'il  seroit 
fort  requis  de  veoir  les  lieux  oii  lesdites  maladies  sont  conciees 
dedensles  corps  humains,  laquelle  chose  ne  povoit  mieulx  eslre 
sceué  que  inciser  le  corps  d'ung  homme  vivant,  ce  qui  povoit 
bien  eslre  fait  en  la  personne  d'icelluy  franc  archier,  qui  aussi 
bien  estoit  prest  de  souffrir  mort,  laquelle  ouverture  et  incision 
fut  faicte  au  corps  du  dudit  franc  archier,  et  dedeus  icelluy  quis 
et  regardé  le  lieu  des  dictes  maladies.  Et  après  qu'ils  eurent  esté 
veuës,  fut  recousu,  et  ses  entrailles  remises  dedens.  Et  fut  par 
l'ordonnance  du  Roy  fait  tres-bien  penser,  et  tellement  que 
dedens  quinze  jours  après  il  fut  bien  guery,  et  eut  remission  de 
ses  cas  sans  despens,  et  si  luy  fut  donné  avecques  ce  argent.  » 

Remarquons  d'abord  que,  dans  cette  relation,  la  seule  qu'on 
puisse  invoquer,  il  est  dit  que  le  franc  archer  avait  souffert  de 
la  pierre,  mais  non  qu'il  en  sotiffrail  lorsqu'il  fût  pris  pour 
sujet  de  l'expérience.  J'ajoute  que  la  chronique  dit  que,  lorsque 
les  parties  malades  (c'est-à-dire  le  rein)  eurent  été  vues,  la  plaie 
fut  recousue.  Nulle  mention  n'est  faite  de  l'extraction  d'un 
calcul  rénal.  Tout  ce  qu'on  peut  inférer  de  ce  fait,  c'est  que  les 
chirurgiens  cherchèrent  à  découvrir  le  rein,  que  le  péritoine 
fut  ouvert,  puisque  l'intestin  sortit  par  la  plaie,  et  que  malgré 
cet  accident  l'archer  guérit  de  cette  opération. 

Ambi  oise  Paré  (i),  en  rapportant  ce  fait,  évidemment  d'après 


(i)  «  Je  ne  pnis  encore  passer  qae  ne  recite  ceste  bistoire  prise  aux  chro- 
niques de  Moustrelet,  d'un  franc-arclier  de  Meudon,  près  Paris,  qui  estoit 
prisonnier  au  Cliastelet  pour  plusieurs  larcins,  dont  il  fut  coudamoc  d'estre 
pendu,  et  estranglé  :  il  en  appella  en  la  cour  de  parlement,  et  par  icclle 
cour  fut  déclaré  estre  bien  jugS  et  mal  appelle.  £n  mesme  jour  fut  re- 
monstre  au  Roy  par  les  médecins  de  la  ville,  que  plusieurs  estoyent  fort 
travaillez  et  molestez  de  pierre,  collique  passion,  et  maladie  de  costc,  dont 
eseoit  fort  molesté  ledit  franc-arcber,  et  aussi  desdites  maladies  estoit  fort 
molesté  monseigneur  de  Boscage,  et  qu'il  seroit  fort  requis  de  voir  les  lieux 
où  lesdites  maladies  sont  concreées  dedans  les  corps  humains ,  laquelle  j 
chose  ne  pouvoit  estre  mieux  sceuë  qu'en  iucisaut  le  corps  d'un  bomme  | 
vivant  :  ce  qui  pouvoit  ostre  bien  fait  en  la  personne  d'iccluy  franc-.ircb8r,  ! 
qui  aussi  bien  estoit  prest  de  souffrir  la  mort  :  laquelle  ouverture  fut  faite 
au  corps  dudit  franc-arclier,  et  dedans  iceluy  quis,  et  regarde  le  lien  dejdite» 


PYÉLIT?  {historique).  2i5 

la  même  chronique,  Ta  involontairement  altéré, en  disant  que 
l'archer  souffrait  de  la  pierre,  tandis  qu'il  est  dit  dans  la  rela- 
tion qu'il  en  avait  noyffèrt.  Plus  tai  d,  Mézeray  (i),  en  rappelant 


maladies ,  et  après  qu'ils  eurent  esté  veuz ,  fut  recousu ,  et  ses  entrailles  re- 
mises dedans.  Et  par  ordonnance  do  Roy  fut  bien  pensé,  tellement  que  dedans 
quelques  jours  il  fat  bien  guary,  et  eut  su  rémission,  et  luy  fut  donné  avec 
ce  argent.  »  (Paré.  O^'acr^j,  in-folio,  liv.  XXY,  cbap.  16.  «  De  cerlaines  cftoses 
estran^es  que  nature  repousfe  par  son  incompréhensible  ^^widence].  •> 

Le  même  fait,  rapporté,  avec  quelques  variantes,  dans  une  traduc- 
tion latine  de  l'ouvrage  de  Paré,  insérée  dan.s  le  Thésaurus  chirurgiie  de 
P  P.  Uffenbach,  in-f<:)|.  Francofurti,  1610,  p.  56^,  répond  litéralement  au 
f  passage  d'une  autre  édition  citée  par  Scbeqck  :  «  Quod  sequitur  ex  Mons' 
t  treleti  Chronicis,  omnem  superat  admirationem.  Immuuis  quidam  sagit- 
tarios  ex  Medono  quatuor  à  Liutetia  mili.iribns,  propter  latrocinia  dnmna- 
tus  erat  rei  capitalis.  Intérim  a  medicis  régi  renuntiatum  est,  multos  tpm-! 
pestate  calçulosis  torminibus  Lutetiae  divexari,  et  prae  cœteris  Bosci  dominuui  : 
e  re  et  sainte  multorum  futurum,  si  partes  ipsas,  in  quihus  tam  diruin  morbi 
I  genus  concresceret,  oculis  lustrare  et  conlemplari  darctur  ;  longe  id  qieUus 
t  in  vivo  bomine ,  qnam  in  mortui  cadavere  perspici  ;  experiri  id  licere  in 
I  sagittarii  immunis  morti  addicti,  et  olim  bis  malis  discruciari  soliti  corporCi 
l  Impetratum  a  rege  est  :  itaque  ,  recluso  corpore  spirantis,  partes  coutcinpl^ti 
et  ex  voto  rimati  sunt  medici,  bisque  diligentcr  et  exacte  çpnsultis  ac  suo  loco 
restitutis ,  jussu  régis  consutum  corpus  est ,  qua  reclusupi  fuerat,  et  summo 
studio  adhibito  curatnm.  Ita  factum  est,  ut  sagittarius  ille  intra  paucos  dips 
convaluerit,  culpxqne  yeniaimpetrata,  grandi  insuper  pecuni,-!  donatiis.  » 

Paré,  on  son  traducteur,  ^'exprime  ainsi  sur  ce  fait:  ■<  Omnem  superat 
admirationem,  »  et  l'éditeur  a  ajouté  en  marge  :« Superat  bxpi^arratiQ  non 
umnem  modo  admirationem,  ?ed  et  fidem.  » 

Paré  ne  paraît  pas  avoir  considéré  ce  fait  cow^js  v^a  ffCRiple  de  né- 
p))rotomic. 

Scbenck  rapporte  ce  fait  d'après  Paré  (lib.  ju.  Z>ç  Lilhiafi  rçjmw, 
obs,  m),  avec  le  titre  suivant  :  «  Calcula  renuin  'vexatus ,  vivus  iacisus  a, 
medicis,  ut  causas  et  ifaturam  tantorum  çmçialuum  çt  parlium  rimarenfur  :  aO 
iisde/n  (fenuo  restitutus  et  seryattis.  «  11  est  à  noter  cependant  qu'jl  a,  mis  ce 
fait  dans  un  chapitre  distinct  de  celui  où  il  traite  exçlusivçi^ent  <lc  la  pépbrû- 
tç^ie  {Calculi  renum.  çhirurgia). 

(1)  «  La  médecine  s'y  cultiva  aussi  plus  fructueusement  qu'auparavapf. 
Lçs  ^Pcjcurs  de  cette  f3çulté  ayant  scû  qu'un  archer  ^e  ?.agnole,t,  fort  sujçt  à 
la  grjyellB.  ayqiç  été  pondampé  à  mort  p.9;ç^^■  ^ej  crigie^,  supplierez  le  Çoy 


21 6  PYiiLiTK  {historique). 

le  même  fait,  lui  fait  subir  une  bien  plus  grave  altération,"  en 
disant  qu'on  ouvrit  le  rein  pour  en  tirer  un  calcul.  Rousset  (i) 
et  Sainle-F  oix  (2) ,  altérèrent  aussi  ce  même  fait ,  ou  le  repro- 
duisirent fort  inexactement. 


qu'il  leur  fût  mis  entre  les  mains  pour  faire  expérience  sur  luy,  si  on  pourrait 
ouvrir  le  rein  et  en  tirer  le  calcul.  Leur  opération  reiissit  fort  heureusement, 
et  l'areher  vécut  encore  long-temps  en  bonne  sintc»  (Mczeray.  Abrégé 
chronolo^que  de  V Histoire  de  France,  in-12.  Amsterdam,  1701,  tom.  iv, 
p.  60). 

Garnier  {Histoire  de  France ,  depuis  Vétablissement  de  la  monarchie,  jus- 
qu'au règne  de  Louis  Xïp^,  in-12,  tom.  xviii,  pag.  i83,  Paris,  1767),  a  répété 
peut-être  d'après  Mczeray,  que  chez  l'archer  de  Mcudon  on  fit  l'extraction 
de  la  pierre. 

(1)  Voici  les  termes  dans  lesquels ',Ilousset(27e part.  casar.,sect.ïii,  cap.7 , 
traduction  latine  de  G.  Bauhin,  in-12,  Basilcx,  i  ,  p.  5g)  raconte  le  fait 

«  Uuc  etiam  rcforri  potcst  historia  ipsius  immunis  sagittarii  Modunensis 
calculosi,  qu.-e  a  Monstreleto  dcscripta  ,  cum  jam  morti  adjudicatus  esset, 
concedonte  tamen  magistratu  ,  ob  instantem  petitioncm  medicorum  Lutetia- 
norum,  venter  npcrtus  fuit,  quo  lapis perquirerelur,  et  locus  lapidis  observare- 
tur  :  rcpositis  dein  intestinis,  vnluus  consutum  fuit  :  ipse  vero  sanitatem 
pristinam  ndeptus  est:  sententia  etiam,  qua  morti  erat adjudicatus,  remissa, 
propler  dolores  ,  invite  tum  ab  ipso  perpessos.  »  Rousset  ajoute  que  Paré, 
qui  a  rapporté  cette  observation,  avait  oublié  de  noter  deux  choses  impor- 
tantes, dont  il  aurait  pu  facilement  s'assurer  :  «  Primum  est,  calculus  ne  in 
ipso  rené  aut  in  vesica  ab  ipsis  quœsitus  fuerit;  alterum,  quo  in  loco  exte- 
riori  scctio  ba;c  cœpta  fuerit:  an  videlicet  in  lumbis,  autaliain  parte  ipsius 
epigastrii  (paroi  antérieure  du  ventre)  versus  ilia.  »  Il  est  à  noter  qu'il  y  a  ici 
deux  variantes  :  d'abord,  Rousset  affirme  positivement  que  le  malade  était  un 
calculeux,  et  en  second  lieu,  que  l'opération  lui  fut  faite  malgré  lui,  on  au 
moins  sans  le  consulter;  tandis  que  Tean  de  Troyes  ne  mentionne  pas  cette 
circonstance,  et  l'auteur  de  la  Nouvelle  histoire  du  règne  de  Louis  XI  dit  au 
contraire  que  le  roi  répondit  qu'il  le  voulait  bien,  pourvu  que  le  franc  archer 
y  consentit;  et  que,  pour  l'y  disposer,  il  lui  promettait  sa  grâce,  et  une 
bonne  somme  d'argent  de  plus,  au  cas  qu'il  revînt  de  cette  opération.  Le 
criminel  accepta  ce  parti.  • 

(2)  Sainte.Foix,  en  parlant  de  même  fait,  d'après  la  cbroûiqoc  de  Louis  XI, 
s'exprime  ainsi  : 

<.  Au  mois  de  janvier  1474,  les  médecins  et  chirurgiens  de  Paris  repré- 
sentèrent à  Louis  XI,  que  plusieurs  personnes  de  considération  étoienl  ira- 


pyÉLiTE  {hislurique).  --^«7 

Le  texte  de  Jean  de  Troyes ,  mal  vérifié ,  altéré ,  et  complè- 
tement défiguré,  est  ainsi  devenu  l'objet  d'une  foule  d'inter- 
prétations plus  ou  moins  inexactes.  Colot  (i)  suppose  tout- 
à-fait  gratuitement'  que  le  rein  de  l'archer,  fatigué  par  la 
pierre,  s'élait  enfiammé,  qu'il  faisait  une  tumeur  considé- 
rable qui  fut  ouverte  et  dont  on  tira  aisément  la  pierre;  s'ap- 
puyant  sur  le  passage  de  Mézeray ,  il  conclut  que  l'on  pra- 
tiqua, non  le  grand  appareil,  comme  plusieurs  l'avaient 
supposé,  mais  la  néphrotomie.  Méry  (2)  soutient  au  contraire 
que  la  maladie  du  franc  archer  était  \a  pierre  dans  la  vessie , 


vaillées  de  la  pierre,  coltqae,  passion  et  mal  de  côté;  qu'il  seroit  très  utile 
d'examiner  l'endroit  où  s'engendroient  ce»  maladies;  qu'on  ne  pouroit  mieux 
s'éclaircir  qu'en  opérant  sur  nn  homme  vivant;  et  qu'ainsi  ils  demandoient 
qu'on  leur  livrât  un  franc  archer  qui  venoit  d'être  condamné  à  être  pendu 
pour  vol,  et  qui  a  voit  été  souvent  fort  molesté  desdits  maux.  On  leur  accorda 
leur  demande,  et  cette  opération,  qui  est,  je  crois,  la  première  qu'on  ait  faite 
pour  la  pierre,  se  fit  publiquement  dans  le  cimetière  de  l'église  de  Saint- 
Séverin.  Aprjès  qu'on  eût  examiné  et  travaillé,  ajoute  la  chronique ,  on 
remit  les  entrailles  dedans  le  corps  dudit  frauc  arrher  qui  fut  recousu,  et 
par  l'ordonnance  du  roi  très  bien  pansé,  et  tellement  qu'en  quinze  jours  il 
fut  guéri,  et  eut  rémission  de  tes  crimes  sans  dépends,  et  il  lui  fut  même 
donné  de  l'argent.  (Sainte-Foix,  Essais  historiques  sur  Paris,  5*  édit.,  tom.  1, 
p.  287.  Paris,  1776). 

Sainte-Foix  termine  sa  narration  par  la  réflexion  suivante  ;  «  Le  cours 
des  évènemens  de  la  vie  est  quelquefois  bien  singulier  ;  il  falloit  qne  ce  misé- 
rable, pour  être  guéri  de  la  pierre  ,  fut  condamné  à  être  pendu.  »  On  voit 
que  Sainte-Foix  croit  à  une  opération  pour  débarrasser  le  franc  archer  d'un 
calcul  ;  Roussel  parait,  d'après  la  manière  dont  il  s'exprime,  avoir  eu  aussi  la 
même^royance  :  «  Ipse  vero  sanitatem  pristinam  adeptus  est.»  Et  en  parlant 
des  médecins  de  Paris,  il  ajoute  :  «  Qui  cum  Luteti.ne  adeo  féliciter  rem  tam 
periculosam,  tanta  etiam  cnm  utilitate  conjunctam  tentassent,  mirum  quod 
id  literis  non  con»ignarint,imo  tahulis  asneis  insculpserint  posteritati  cas  con- 
secrantes,  et  ut  rem  admiratione,  imo  saepius  imitatione  dignam,  eas  in  scho- 
lis  ipsorum  erigentes.  »  Il  n'est  pas  besoin  de  dire  que  rien,  dans  le  texte  de 
Jean  de  Troyes ,  n'autorise  cette  manière  de  voir. 

(1)  Colot  (Fr.).  Traité  de  Vopération  de  la  taille,  p.  36  cl  suir. 
(a)  Mery.  Observations  sur  la  manière  de  tailler  dan*  Us  deux  sexes,  p.  a 
et  suiv. 


ai8  PYÉLiTE  (^historique), 

et  ce  sentiment  ditllévin  (i),  a  prévalu  dans  ces  derniers  temps, 
non-seulement  chez  les  historiens,  mais  encore  chez  les  méde- 
cins et  les  chirurgiens.  Ainsi,  Vautour  de  l'Alrègè  de  VHU- 
toire  ecclèsimtique  dit  que  l'Europe  fut  reéfevable  à  Louis  XI 
de  l'art  de  tailler  les  personnes  incommodées  de  la  pierre,  par  la 
permission  qu'il  donna  aux  chirurgiens  de  Pans  d'en  faii  e  l'essai 
sar  un  Jiorame  pondaniné  à  mort,  qui  en  guérit  et  vécut  long- 
temps après.  A.-O.  GoelicU,  à  cette  occasion,  montre  son  étopT 
neraent  que  Louis  XI  ait  permis  aux  médecins  de  Paris  d'o«- 
vrir  lejjérinée  (2).  L'auteur  de  l'art,  anaïomie,  dans  l'^eyc/o- 
pèdie  mèlhodipie,  termine  l'histoire  du  franc  archer,  en  disant 
formellement  que  ce  fut  là ,  pour  la  première  fois ,  depuis 
Celse,  qu'on  tenta  Vojièration  de  la  taille.  Haller  (3)  croyait 
également  que  ce  fut  un  cas  de  calcul  dans  la  vessie  opéré  par 
Germain  Colot  dans  le  tçmps  de  Louis  XI;  mais,  dit-il,  cette 
histoire  n'est  pas  claire,  et  paraît  appartenir  au  haut  appareil, 
puisqu'on  lit  qu'après  avoir  replacé  les  intestin,  on  fit  la  suture 
du  ventre.  Enfin,  Tolet(/()  affirme  qu'il  est  facile  déjuger  queledit 
franc  aicher  n'était  point  incommodé  de  la  pierre  ;  et  qu'il  y  a 
apparence  que  l'opération  qu'on  lui  fit  était  celle  qui  se  prati- 
que pour  la  maladie,  nommée  volviilus,  qui  survient  lorsqu'un 
intestin  est  redoublé  ou  replié  en  lui-même  ! 

D'autres  faits  qui  ont  eu  moins  de  retentissement  que  l'ex- 

(1)  Freind  (Ifistor,  medicinw ,  pag.  374,  i»  Oper.  omn,  medic,,  in-4, 
1735),  en  racontant  co  fait  d'après  Mézeray,  avance  (et  HéWn  le 
répète)  qae  cela  arriva  sous  Cbarles  YIII.  Or,  la  seule  date  connue  de  cettp 
expérience  est  celle  qui  est  donnée  par  l'auteur  de  la  Chronique  de  Louis  XI 
(1474)-  Charles  VIII  ne  monta  sur  le  trône  qu'en  i483.  Freind  a  été  proba^ 
blemeut  conduit  ii  placer  le  lait  sous  Cbarles  VIII,  parce  qu'il  est  consigné 
^^ns  uif  résumé  sur  les  prinoipans  évèaemens  du  quinzième  siècle,  que  Méze- 
ray a  mis  à  la  Un  du  règne  de  Charles  VIII,  bien  que  ce  résumé  compreuae 
plusieurs  autres  faits  passés  sous  le  règne  de  Louis  XI,  et  en  particulier, 
l'importation  4p l'ùnp"ipei°ie  à  Ç{iris,en  i470- 

(2)  Gcelick.  Histoire  anaU  noitv.  et  antiq.,  §  a4. 

(3)  Comment,  in  method.  discend.  medec.  Boerhaave,  i,  »,  part.  i3,  cap.  2, 

p. 

(4)  Tolct.  Traité  de  la  lil/wtomie,  cbap.  i5,  p.  i.io  et  suiv. 


PYÉLiTE  {historique).  219 

périence  tentée  sur  le  franc  archer,  mais  qui  ont  réellement 
une  plus  grande  importance  scientifique,  ne  tardèrent  pas  à  se 
produire. 

Pierre  de  Bayro  (i)  rapporte  l'histoire  d'une  pauvre  femme 
qui  avait  souÉFert  pendant  long  temps  dans  la  région  d'un  des 
reins,  où  il  existait  une  tumeur  donnant  un  sentiment  de  Auqt- 
tuation  profonde.  Un  chirurgien  fut  d'opinion  qu'on  devait 
attendre  jusqu'à  ce  que  la  tumeur  fût  devenue  proéminente. 
Mais,  sur  la  représentation  de  Bayro  que  la  malade  serait  morte 
avant  que  cela  eût  lieu,  le  chirurgien  fit  l'opération  ;  il  s'écoula, 
pendant  quelque  temps,  une  grande  quantité  de  matière,  et  la 
malade  se  rétablit.  Bayro  ajoute  qu'il  a  vu  mourir  d'abcès  aux 
reins  plusieurs  malades,  soignés  par  de  savans  médecins  qui 
n'avaient  point  osé  faire  l'ouverture  de  ces  abcès.  Celte  prati- 
que et  ces  remarques  de  Bayro  confirmaient  la  justesse  des  pré- 
ceptes hippocratiques. 

Fernel  (2),  après  avoir  donné  sommairement,  mais  d'une 
manière  très  précise  ,  les  caractères  et  les  symptômes  de  la 
pyélite  calculeuse  et  ceux  des  tumeurs  lombaires  provenant 
des  reins,  s'exprimait  ainsi:  «  Yel  ea  sede  congestun^  (pus), 
ilia  lumbosque  copia  distendet,  equibus  etiam  aperta  cute  diu 
multumque  manat.  Nonnunquam  et  illinc  calculus  ingens  cum 
pureatoi  exccssit,aliàs  evulsus  est».  Comme  on  levpit,  Fernel 
indique  nettement  que  par  l'ouverture  des  abcès  provenant  des 
reins,  on  obtient  l'issue  du  pus  et  parfois  la  sortie  spontanée 
d'un  calcul  ou  qu'on  peut  en  opérer  extraction  ;  double  circon- 
stance qui  n'avait  point  été  exprimée  d'une  manière  aussi  claire 
par  ses  prédécesseurs. 

AicholtzfS)  rapporte  le  fait  curieux  d'un  enfant  iVun  an  qui  n'a- 
vait point  uriné  pendant  plusieurs  jours;  il  fléchissait  et  éteu- 


(()  Bayrus.  Praciica,  lib.  xx,  cap.  4.  —  Cité  par  Scbenck.  Obs.  med 
rar.,  lib.  m,  renum  tumores,  ohs.  vi,  p.  460. 

(2)  «  Ita  sa.pe  TÏdimus  tota  renis  carne  ac  snbstantia  peresa,  ambiente 
tanquam  marsupio  raenjbrana,  pus  calculosqqc  multos  obvolvi  (Fernel. 
Pailiol.,  lib,  VI,  cap.  xrr.  De  morbis  renum). 

(3)  AicLoliz  cité  par  Scbenck.  Obs,  mcdk:  rur.  Lib.  ni ,  de  Ischunâ. 


pyiîLiTK  [hislorique). 

dait  alternativement  les  cuisses  en  criant,  el  ne  voulait  pas 
manger,  quelquefois  même  il  vomissait;  les  reins,  changés 
de  forme,  bosselés  et  semblables  aux  reins  de  veau,  contenaient 
plusieurs  calculs;  des  calculs  existaient  également  dans  chaque 
uretère.  Ce  que  Paré  dit  des  ulcères  des  reùis,  des  différences  du 
pus  provenant  des  reins  ou  de  la  vessie,  n'offre  rien  de  neuf, 
et  le  traitement  qu'il  recommande  contre  les  ulcères  des  reins, 
est  purement  médical.  Mais  Paré  cite  un  fait  curieux  observé 
par  d'Alechamps. 

«  M.  d'Alechamps,  dit  Paré  (i),  recite  en  sa  chirurgie,  qu'il  a 
veu  un  homme  avoir  un  aposteme  sus  les  lumbes  ,  dont  après 
la  suppuration,  icelle  dégénéra  en  fistule,  par  laquelle  jetta  en 
diverses  fois  plusieurs  pierres  venant  du  rein  ,  et  enduroit  le 
travail  du  cheval  et  des  chariots.  » 

Cabrol  (»)  rapporte  aussi  un  fait  remarquable,  quoiqu'on  ne 
puisse  dire  positivement  s'il  s'agissait,  dans  ce  cas,  d'un  abcès 
extra-rénal,  ou  d'une  pyélile  simple  en  suppuration.  Il  ne 
paraît  pas  qu'il  y  eût  de  calculs  : 

«  Anno  1578,  vocatus  fui  ut  N.  secarem  ,  annorura  40.  In 
islius  rené  sinistro  abcessum  magnum  reperi  purulenla  maleria 
plénum  :  pondus  ipsius  erat  lib.  xiv,  cum  cysti  et  rené;  qam 
quidem  cystis  pellem  vervecinam  crassitie  a;quabat.  Aliquo  post 
tempore  juvenis  quidam  me  accivit,  qui  cum  eadem  in  parte 
vehementissimo  dolore  premeretur,  alios  tum  medicos ,  tum 
cliirurgos  accersendos  esseputavi  :  in  contrarias  itum  est  senteu- 
tias,  etenim  maxima  pars  calculum  esse  in  renibus  conjicie- 
bat,  prsesertim  cum  aliquantulura  puris  cum  urinis  excerne- 
ret  :  ergo  contra  abscessum  esse  contendebam,  abscessus  illius 
prioris  memor  :  paulo  post  patiens  iterum  me  rogavit  ut  ipsum 
inciderem,  aiens  se  malle  semel  mori  quam  tôt  mortes  vivendo 
perpeti.  Ego  precibus  motus  ipsum  incidi,  locumque  materiam 
continentem  reperi ,  sed  nihil  inde  exiit;  duabus  post  horas, 

(1)  Paré.  Ouvr.cieé,  liv.  xxx,  chap.  i5,  pag.  1044.  Voyez:  d'Alechamps. 
Chirurgie  française.  Annotations;  page  io44i  >n-i2.  Lyon,  iSjo. 

(2)  Cabrol  (Barth.).  Alphabet,  anat.  obs.  ixtui  ;  cité  par  Bonet.  Sepulcr., 
lib.  III,  >ect.  xxti,  obs.  xxiii. 


FYÉLITE  {historique).  221 

apparalum  primuni  mutaluus  accessi;  tractoque  peniciUo  , 
pelvim  accipere  coactussum,  cujus  plus  quam  diraidia  pars 
pure  repletafuit,  singulisque  sequentibus  diebus  bis  vacuatio 
fiebat,  ita  ut  tummane  tum  sero  calinus  iUo  pure  impleretur, 
idque  per  raensera  integrura  et  amplius.  Tandem  vero  appositis 
remediis  ulcus  detersum  ,  cicalrix  inducta  ,  ipseque  peraa- 
natus  est. 

Cbaumette  (i)  renouvelle  la  remarque  hippocratique  que  le 
pus  des  abcès  des  reins  se  porte  quelquefois  à  l'extérieur  sous 
forme  de  tumeur. 

Mercado  (2)  conseille  l'ouverture  des  abcès  lombaires,  lors- 
qu'ils sont  considérables  ou  lorsqu'ils  se  trouvent  près  de  la 
membrane  extérieure  du  rein.  Il  pense  que  l'ouverture  des 
abcès  du  rein  ne  serait  pas  salutaire;  les  plaies  de  cet  organe 
ne  se  consolidant  jamais  ou  fort  rarement,  et  les  malades  traî- 
nant ensuite  une  vie  malheureuse  et  remplie  de  souffrances. 

Camerarius  (3)  rapporte  un  fait  intéressant  :  «  Memini  alium 
praeslantissimum  medicum  affirmasse  se  aliquando  fuisse  apud 
nobilera  quemdam  virum,  ejusmodi  doloribus  misère  excrucia- 
tum,  qui  non  solum  sectionem ,  sed  mortem  expetens  tandem 
chirurgo  persuasit ,  ut  lapidera  ob  magnitudinera  uretero  ira- 
pactura  excinderet,  quod  ille  satis  audacter,  attamen  féliciter 
aggressus  est,  lapidem  enira  non  solum  exemit,  sed  et  locum 
sine  orani  noxa  consolidavit.  » 

Rousset  (4)  rapporte  qu'une  femme  d'un  grand  embonpoint, 
après  avoir  souffert  pendant  long-temps  de  douleurs  néphré- 
tiques, eut  un  abcès  considérable  à  l'extérieur  de  la  région  du 
rein.  Cet  abcès  fut  ouvert  avec  le  cautère  actuel,  en  sa  pré- 
sence, par  Gérard  ,  chirurgien  du  roi  Henri;  il  s'en  écoula  du 
pus.  On  entretint  la  fistule  pendant  vingt-six  ans  et  plus,  à 


(  l)  Chanmctte.  Enchiridion  chirurg.  extern,  morh.,  p.  267. 

(2)  Mercati.  Compit.—îionet.  Lib.Xr  ren.  ajfec.,n.  11. 

(3)  Camerarius,  cité  par  Schenck.  Obi.  med.  rar.,  lib.  iix,  curatio  nephriii- 
corum,  obs.  vm,  p.  457,  in-fol.,  Lugdnni,  1644. 

(4)  Rousset  (Fr.).  De  part,  cœsar.,  sect.  m,  cbap.  vu.  trad.  lat.  G.  Baubin 
in.i2,Basile»,p,  fi^  et  suiv. 


22a  pyi5lite  {historique). 

l'aide  d'une  canule  d'al-gent  ^  concavBi  et  d'une  bougie  de  six 
travers  de  doigt  de  long;  par  be  moyen  on  évitait  la  douleur  ré- 
nale, qui  revenait  quand  la  fistule  n'était  pas  soigneusement 
entretenue.  RoUBsel  raconte  également  qu'un  homme  qui  avait 
souffert  pendant  long-temps  de  douleurs  néphrétiques  avec 
vomissemens ,  présenta  plus  tard  une  tumeur  considérable 
entre  l'aine  et  l'os  des  îles  ,  qu'un  chirurgien  très  expé- 
rimenté en  fit  l'ouverture,  qu'il  en  sortit  de  l'urine  mélangée 
de  pus,  et  une  pierre  de  la  grosseur  d'une  fève. 

Sclienck  (r),  après  avoir  rapporté  les  opinions  d'Hippocrale, 
d'Avicenne,  de  Cardan  et  de  Rousset  sur  le  traitement  chirur- 
gical des  ahcès  lombaires,  provenant  des  reins,  et  après  avoir 
reproduit  le  cas  de  l'archer  de  Meudon,  conclut  en  faveur  de  la 
néphroloniie. 

C'est  ici  l'occasion  de  remarquer  que  si  la  question  de  la  né- 
phrolotnie  était  déjà  controversée,  il  y  avait  cependaut  un  ac- 
cord à-ppu-prcs  unanime,  parmi  les  médecins  et  les  chirurgiens 
de  la  plus  haute  autorité,  pour  recommander  d'ouvrir  les  abcès 
des  loiVibes  proven&nt  des  l'eins>  afin  de  donner  issue,  au  de- 
hors j  au  pus  et  quelquefois  même  à  des  calculs.  Toutefois ,  Fo- 
rcest  fait  une  fdchcuse  exception ,  qui  paraît  avoir  été  provo- 
quée par  l'impression  que  lui  causa  la  terminaison  malheu- 
reuse de  deux  cas  d'abcès  lombaires  ,  traités  par  l'incision  . 
et  qu'il  rapporte  dans  ses  observations  sur  les  maladies  des 
reins.  Foreesl  (s)  s'exprime  ainsi  : 

«  Ridiculum  est,  quod  eam  (voraica)  matau  aperire  pro- 
fitentur.  Meinini  foritisecus  incisionem  factam  in  M.  Petro 
Zufco  Hoghaho  cationico ,  fratre  domini  Prœsidis  HoHandiœ, 
eX  cônsensu  duorum  medicorura  alioqui  excellentium  ,  et 

(i)  o  Lithotomiam  renuin  veterum,  artem  arduamet  saepe  necessariam,  ob 
difCcuItatcm,  iinperitism  et  mollitiem ,  a  nostris  neglectam ,  alque  amusam, 
non  tam  formidandam  impossibilcmque  esse,  qnam  vulgo  creditnr,  rationi- 
bUB  et  «emplis  illustribus  comprobalur  (Schenck.  Obs.  medic,  lib.  in,  de 
renibus,  In-fol.,  p.  457)- 

(a)  Forcstus.  Obs,  et  cur.  med.,  in-fol.  RotLomagi,  i653,  lib.  xxiv, 
obs.  33,  SehoUa. 


PTÉLitE  {liisioricjue).  2^3 

abcessu  aperto  materiam  crudam  et  sanguinolenlaln  effluxisse, 
et  tertio  die  morlfeirt  obiisse.  «  Et  ailleurs  (0,  il  affirme  que 
ks  ulcères  provenant  des  reins  ,  quoique  de  divers  carac- 
tères, sont  presque  toujours  de  mauvaise  nature.  Foreest  cite 
le  cas  suivant:  «In  Hadriano  Junio  medico  doctissimo,  jara 
in  senectute,  suomet  consilio  extteriùs  incisio  facta  erat,  fis- 
tûla  tanien  deitlde  perpetuo  illi  adhœrente,  et  per  intervalle 
pus  eyomehle,  donec  moreretur,  nostrse  Batavise  decus,  mihi- 
que  per  totam  vitam  amicissimus.  w 

Un  de  nos  anatomistes  les  plus  célèbres ,  Riolan ,  s'atlaclia 
à  démontrer,  paf  des  considérations  anatomiques  (2),  que  non- 
seulement  il  y  avait  avantage  à  ouvrir  les  abcès  des  lombes 
provenant  des  reins,  mais  ehcore  qu'il  était  possible  d'inciser 
le  rein,  par  la  face  postérieure,  sans  intéresser  le  péritoine. 
Frappé  plus  tard  des  difficultés  qu'offrait  l'opération ,  il  mo- 
difia son  opinion,  mais  seulement  en  ce  qui  touchait  l'incisiori 
du  i-éin  pbttr  en  extraire  un  calcul.  » 

«  S'il  arrive,  dit  Jean  Riolan (3),  que  la  pierre  devienne  âi 
grosse  qu'ejle  cause  la  suppuration  du  rein,  et  que  la  ma- 
Uère  tende  vers  les  lombes,  on  peut  mettre  un  cautère,  et 
faili'eune  oilverture  très  profonde,  et  par  ce  moyen  en  tirer  le 
pus  et  même  la  pierre  ;  autrement,  si  la  nature  ne  leur  en- 
seigne ce  chemin,  et  qu'elle  ne  commence  à  le  faire ,  c'est 
une  entreprise  trop  hardie,  de  couper  et  ouvrir  le  rein,  pour 
ceislijet,  à  caUse  que  ses  chairs  âoût.  trop  épaisses  et  trop  en- 
foncées, » 

Rivière  (4) ,  en  parlant  deS  collections  piitulentes  dans  les 
reins,  dit  :  '«  AliqUando  tumôr  foras  pl'odît,  tûmquê  Vel  caù- 
terio  potenliali,  vel  scalpello  aperiendus  est.  » 

Cependant  les  cas  d'ouverture,  spontanée  ou  par  l'art,  de3 
abcès  des  reins  se  multipliaient,  et  semblaient  venir  à  l'appui 


(i)  Bld.,  obs.  37.  Scholia. 

(î)  'R:\o\m..Autrapographtie,  lit.  rt,  ttp.  26. 

(3)  Riolan  (J.).  Manuel  anatomiqiie  et  pathologique,  ïn-12,  tivôn,  I682, 
p.  23o. 

(4)  Rivière.  Pr«a;eo*,  Hb.xiv,  cap.  m,  D  e  mjlam.  remm. 


aa/j  PYiîLiTF.  [kisturiquc  ). 

des  partisans  de  la  uéphrotomie.  Je  me  borne  aux  faiia  suivans  • 
Panaroli  (i)  a  vu  sortir  deux  calculs  avec  la  matière  de  la 
suppuration,  d'un  abcès  aux  lombes,  qui  s'ouvrit  spontanémem. 

Job  a  Meekren  (a)  rapporte  que  chez  un  jeune  homme  qui 
avait  éprouvé,  pendant  vingt-deux  ans  ,  des  accès  violens  de 
néphrétique^  et  qui  avait  rendu  du  pus  avec  les  urines,  il 
survint ,  vers  le  bas  des  lombes ,  une  petite  tumeur  qu'on 
ouvrit,  et  qui  donna  issue  à  beaucoup  de  pus;  la  plaie  resta 
fîstuleuse^  et  l'écoulement  du  pus  continua  de  se  faire  jusqu'à 
la  mort.  A  l'ouverture  du  corps,  on  trouva,  à  la  place  du  rein , 
qui  était  totalement  détruit,  une  poche  calleuse,  contenant 
deux  pierres,  dont  la  plus  grosse  avait  cherché  à  se  faire  jour 
par  la  fistule  lombaire.  Meeckren  remarque  que ,  si  le  chirur- 
gien ,  après  l'ouverture  de  l'abcès ,  eût  fait  les  perquisitions 
nécessaires  pour  découvrir  la  pierre ,  il  ciît  été  possible  d'en 
faire  l'extraction. 

En  i6a3,  Jean  Duclédat  soutint,  à  la  Faculté  de  médecine  de 
Paris,  sous  la  présidence  de  Jacques  Cousinot,  une  thèse  sur  la 
question  suivante  :  «  Anut  suppurato  reni,  sic  calculoso  ftr- 
rumPel  il  conclut  à  ce  que  l'incision  du  rein  fût  pratiquée  dans 
certaines  conditions  (3).  11  semble  que  Cousinot  ait ,  non-seu- 
lement recommandé,  comme  Hippocrate,  d'inciser  dans  les  cas 
de  tumeurs,  mais  encore  lorsqu'on  n'a  pour  guide  que  la 
douleur, 

La  question  de  la  nèphrotomie  occupa  de  nouveau  la  Faculté 
de  médecine  de  Paris,  en  i66a. 

Rousset(4)  soutint  une  thèse  sur  ce  sujet,  sous  la  présidence  de 
Sulp.  Rigault ,  et  conclut  que  cette  opération  devait  être  prati- 

(1)  Panaroli.  Pentecost.  v,  ob«.  Lxn. 

(2)  ioh  a  Meekeen.  Obs.  med.  chir.,  cap.  44. 

(3)  «  Si  penitus  renem  obstruit  (calculus)...  satius  ergo  pyroticam  admo- 
vere  exteriori  renis  regioni  quil parte  tumet  vel  maxime  dolet,  dein  ferrnm  ad 
rsnis  usque  substantiam  nuUo  hemorrhagi»  metu  adigerc,  quo  Tel  sponte 
ralculus  exeat,  vel  inventus  cathetere  commodo  iustrumcuto  extraliatur.  | 
Ergo  ut  suppurato  reni,  sic  calculoso  ferrum, 

(/,)  Roussel.  £rgo  renii/n  cnlctilo  neplirolomia.PxTism,  jCCa. 


py:élit£  {liisloriquc).  2^5 

quée,  lorsqu'il  y  avait  tnmeur  aux  lomhes.  Cette  conclusion, 
conforme  aux  préceptes  hippocratiques,  et  d'une  bonne  prati- 
fjue,  en  ce  qu'elle  prescrivaitd'ouvrir  les  tumeurs  deslombespro- 
venant  des  reins,  n'était  cependant  pas  rigoureusement  exacte. 
\  En  effet,  Roussel  semble  supposer  que,  dans  l'incision  des  tu- 
rnneurs  des  lombes  provenant  des  reins,  l'instrument  du  chirur- 
t  gien  pénètre  dansle  rein^  en  un  mot  qu'on  pratiquela  néphroto- 
imie;  or,  cela  n'a  pas  lieu  dans  la  majorité  des  cas,  le  bistouri 
I plonge  seulement  dans  un  abcès  extra-rénal.  Au  reste,  les  faits 
iqui  tendaientà  démontrer lesavantages  de  l'incision  des  tumeurs 
irénales  des  lombes,  se  multipliaient.  Ainsi  Fr.  Colot  (i)  a  vu 
;M.  Cressé,  un  des  plus  habiles  chirurgiens  de  son  temps,  ou- 
nrrir  à  un  homme  âgé  de  quarante  ans  un  abcès  aux  lombes,  d'oii 
il  tira  une  pierre.  Déplus,  ColotavuàLondres un  jeunehomme, 
idu  côté  duquel  sortaient,  chaque  jour,  par  des  ouvertures  fistu- 
lleuses,  de  petites  pierres,  une  matière  purulente  et  de  l'urine. 
iCet  homme  mourut  assez  promptement  ;  le  rein  gauche,  trans- 
iformé  en  une  poche  membraneuse,  était  rempli  de  sable  et  de 
(graviers. 

Aymar,  chirurgien  de  Grenoble,  communiqua  à  Rivière  (?) 
(le  cas  d'un  homme  qui  portait  une  tumeur  à  la  région  lom- 
baire, dont  il  sortit  des  calculs  gros  comme  des  amandes,  et, 
plus  lard,  un  calcul  gros  comme  une  fève.  Pendant  dix  années 
consécutives ,  il  suinta  de  cette  fistule  une  humeur  séreuse 
qui  mouillait  tellement  les  linges  appliqués  dessus  que ,  dans 
l'espace  de  quelques  heures,  il  semblait  qu'on  les  eût  trempés 
dans  l'eau.  La  fistule  se  fermait  de  temps  en  temps  pour  s'ou- 
vrir de  nouveau,  spontanément,  quelques  mois  après. 

Slalpart  Yan  der  Wiel  rapporte  le  cas  d'une  fille  de  9  ou 
10  ans  qui,  après  avoir  eu  des  douleurs  aiguës,  en  urinant,  et 
une  excrétion  d'urine  purulente  pendant  deux  ou  trois  ans,  eut 
un  abcès  à  la  région  rénale  gauche ,  abcès  qui  s'ouvrit  spon- 


(0  Colot.  Traité  de  l'opération  de  la  taille,  p.  36. 

(a)  La7.ari  Rivcrii.  Obs.  med,  et  cm:  insign.;  Obs.  communicata:.,  p.  loo, 
I'.  IX,  in.4,Pari8us,  1646. 


aa6  PYÉLITE  {historique). 

ta?iément  après  l'applicalioud'un  calaplasme(i),  Plus  tard  lecbi- 
rurgien  agrandit  l'ouverture,  d'oii  il  sortit  à  plusieurs  reprises 
une  grande  quantité  de  pus.  Cette  sécrétion  purulente  con- 
tinua pendant  plusieuis  années,  au  bout  desquelles  la  fistule  se 
ferma,  quoique  la  patiente  souffrit  toujours  en  urinant  Elle 
vécut  dix-huit  ou  vingt  ans  après  l'ouverture  de  l'abcès,  dans 
un  état  de  santé  médiocre.  Elle  mourut  enfin  d'une  fièvre 
quarte  et  d'une  aflection  de  la  rate.  A  l'ouverture  du  cadavre, 
le  rein  gauche  fut  trouvé  complètement  consumé  et  réduit  i 
ses  membranes;  l'uretère  du  même  côté  était  épaissi.  Stalpart 
Yan  der  Wicl  ne  fait  aucune  mention  de  calcul.  Jean  de  Be- 
vervï^ick  (a)  dit  qu'il  a  eu  plusieurs  fois  occasion  de  tirer  ,de  dé- 
pôts purulens  formés  dans  la  substance  des  reins  ,  ngn-seule- 
ment  des  graviers,  mais  même  des  pierres.  Il  observe  aussi  que 
Mercuriali  avait  été  témoin  de  faits  analogues.  Un  semblable 
fait  est  aussi  rapporté  par  Roonhuysen  (3). 

Toutes  ces  obsei-vations  parlaient  en  faveur  de  la  méthode 
hippocratique.  Quant  à  la  néphrotomie  proprement  dite,  la 
question  restait  pendante,  et  nul  chirurgien  ne  se  décidait  à 
tenter  cette  opération. 

Après  avoir  rapporté  le  cas  de  l'archer  de  Bagnolet  d'après 
Mézeray,  Harder  (4)  dit  qu'il  n'a  pas  encore  entendu  dire 
qu'aucun  praticien  ait  osé  la  pratiquer,  à  cause  des  chances  de 
mort  qu'elle  ferait  courir. 

(1)  C.  Stalpart  Van  der  Wiol.  Obs,  nar.  nt«d.  aaat.  chir. ,  ceut,  x,  obi.  m, 
in-l2,  Leid»,  1727,  tom.  i,  p.  221. 

(2)  Bcvcrwick  (J.).  De  calcula  renum  et  vesicœ ,  cap.  8. 

(3)  Roonhuysen  tira,  par  l'ouverture  d'un  abcès  au  rein  droit,  une  pierre 
assez  grosse,  dont  il  doune  la  figure  dans  son  ouvage  ;  il  conduisit  le  trai- 
tement de  la  plaie,  selon  les  règles  de  l'art,  jusqu'à  gnérison  parfaite,  de 
manicrc  que  !e  malaâe  vécut  en  bonne  santé  pendant  deux  années  enlières. 
Au  bout  de  ce  temps,  il  survint  an  même  endroit  des  lombes  une  nouvellt 
inflammation.  Ce  cliirurgien ,  ne  doutant  pas  qu'il  n'y  eût  encore  quelque 
corps  élianger,  prit  le  parti  de  rouvrir  la  cicatrice,  attira  effectivement  une 
seconde  pierre,  mais  plus  petite.  La  plaie  réonie,  et  le  malade  a  toujours, 
joui  d'une  parfaite  santé. 

(4)  Harder,  Apiarium,  obs.  nted,  ts^ynt,  Scbol. 


cal 


PYÉLITE  ijiisiorique).  227 
Tulp  (  i),  s'appuyant  principalement  sur  la  configuration  des 
ilculs,  montre  toutes  les  difficultés  qu'offrirait  la  néphroto- 
mie.  Il  rapporte  le  cas  d'un  jurisconsulte,  né  de  parens  calcu- 
leux  et  sujet  aux  accidens  néphrétiques ,  depuis  sa  jeunesse,  et 
qui  rendit  un  calcul  par  les  lombes,  oh  il  s'établit  une  fistule 
calleuse,  donnant  continuellement  issue  à  de  Tm-ine  et  à  du  pus. 
Ni  le  temps ,  ni  les  eaux  minérales ,  ni  aucun  autre  remède 
n'apportèrent  de  soulagement;  et,  la  fistule  s'étant  fermée,  le 
malade  tomba  dans  une  fièvre  violente  qui  l'emporta.  Tulp,  à 
l'occasion  de  ce  fait,  ajoute  que,  dans  son  opinion,  une  fistule 
rénale  n'est  pas  moins  incommode  qu'une  pierre  restée  dans  les 
reins,  et  qu'une  fistule  serait  la  suite  inévitable  de  lanéphro- 
tomie.  A  l'occasion  d'un  autre  cas,  il  remarque  que  les  deux 
reins  contenaient  des  calculs  pourvus  de  quatre  branches ,  dia- 
)  posés  en  forme  de  croix  et  qu'il  eût  été  impossible  d'extraire 
j   pai'  la  néphrotomie.  Tulp  rapporte,  en  outre,  un  cas  depyélite 
(   et  d'urétérite  calculeuses,  avecischurie  complète  pendant  dix- 
i  huit  jours;  cas  compliqué  de  vomisseraens,  de  fièvre  et  d'hé- 

I  morrhagie.  Le  rein  gauche,  gonflé  et  livide,  contenait  plusieurs 
calculs,  dont  le  plus  gros  avait  son  extrémité  la  plus  mince  en 

j  gagée  dans  le  goulot  du  bassinet. 

Plusieurs  observations  témoignaient  cependant  des  dangers  de 
Vexpeciation.  Willis(a)  rapporte  qu'une  matrone  qui  avait  rendu 
depuislong-temps  une  urine  saguinolen  te  et  purulente  et  conte- 
nant des  flocons,  fut  prise  d'une  fièvre  lente  et  d'autres  accidens 
||  graves.  Il  survint  une  tumeur  purulente  dans  la  région  du  rein. 
M  Cette  tumeur  dégénéra  en  une  fistule  profonde  et  sinueuse, 
Y   d'où,  suintait  un  ichor  ténu.  La  malade  vécut  ainsi  pénible^ 

II  ment  pendant  deux  ans;  elle  eut  enfin  une  suppression  d'urine 
||  pendant  quatre  jours,  et  mourut  apoplectique.  Le  rein  gauche 

était  complètement  consumé.  Il  n'en  restait  que  les  membranes 
remplies  d'une  sanie  semblable  à  celle  qui  sortait  par  la  fistule. 


(0  Tttlpii  (N.).  Obs.  medic,  lib.  iv,  obs.  xxvtir.  —  IbiiL,  lib.  ir,  obs. 

-17. 

W  Willis  cité  par  Lieutaud.  Hist.mat.,  Hb.  i,obs.  Mcxxr. 


l5. 


2  28  py^LiTK  [historique). 

L'autre  reia  contenait  une  matière  sablonneuse  et  des  calculs 
dont  un  dans  l'embouchure  de  l'uretère. 

L'observation  suivante ,  publiée  par  Charles  Bernard  (i) ,  a 
eu  aussi  un  grand  retentissement  dans  le  monde  savant  : 

«  Hobson ,  consul  de  la  nation  anglaise  à  Venise ,  ayant 
souffert  long  temps  d'une  pierre  qu'il  avait  dans  le  rein,  fut  à 
la  fin  saisi  d'un  accès  de  néphrétique  si  long  et  si  violent,  qu'il  se 
trouva  presque  réduit  au  désespoir.  Comme  il  n'avait  été  sou- 
lagé par  aucun  des  moyens  dont  on  s'était  servi  jusqu'alors,  il 
s'adressa  dans  cette  cruelle  circonstance  au  docteur  Dominique 
de  Marchetti ,  médecin  de  Padoue,  très  célèbre  et  fort  expéri" 
menté,  et  le  supplia  de  vouloir  bien  lui  tirer  la  pierre  du  rein 
par  le  moyen  d'une  incision.  Hobson,  qui  était  persuadé 
qu'il  ne  lui  restait  plus  d'autre  ressource  pour  se  procurer  du 
soulagement,  ajouta  qu'il  n'ignorait  pas  à  quel  danger  cette 
opération  l'exposerait ,  mais  que  la  mort  même  lui  paraissait 
infiniment  préférable  à  la  vie  malheureuse  et  souffrante  qu'il 
menait  depuis  si  long-temps.  Marchetti  témoigna  d'abord  une 
extrême  répugnance  à  entreprendre  une  telle  opération;  et  non- 
seulement  il  lui  représenta  tous  les  risques  qu'il  allait  courir, 
mais  encore,  comme  il  craignait  lui-même  que  l'opération  ne 
fût  impraticable,  il  insista  sur  ce  qu'il  ne  l'avait  jamais  tentée,  et 
crut  échapper  à  ses  pousuites,  en  déclarant  que  ce  serait  lui 
donner  la  mort  que  de  hasarder  une  pareille  entreprise. 
Hobson  persistant  dans  ses  intances,  et  lui  protestant  à  son 
tour  qu'il  ne  renoncerait  jamais  à  ce  projet,  et  qu'il  le  suivrait 
constamment  jusqu'à  ce  qu'il  eût  trouvé  quelqu'un  qui  voulût  s'y 
prêter,  le  docteur  Marchetti  se  vit  enfin  forcé  de  céder  aux 
importunités  du  malade,  et  de  se  rendre  à  sa  résolution;  en 
conséquence,  il  entreprit  cette  cure,  et  le  prépara  comme  il  le 
jugea  convenable. 

«  Pourfairel'opération,  il  seservitd'un  bistouri,  et  dirigea  par 

(i)  Cb.  Bernard.  An  account  of  a  gentleman's  being  eut  Jbr  the  stone  ia 
the  kidney  with  a  hrief  enquirr  into  llte  aiUiquity  ami  praclise  of  nephrolomy 
(Philosophical  transactions,  octob.  1696).  —  Hcvïd.  Rech,  sur  la  niphrotomie 
(Jtftfwi.  acad.  chir.,  tomiiir,  ia-4,  p.  ^5p). 


PYÉLiTE  {historique).  229 

degrés  son  incision  sur  la  région  du  rein  affecté.  Le  sang,  qui 
coula  d'abord  en  abondance ,  l'offusqua ,  et  l'interrompit  au 
point  qu'il  fut  obligé  de  suspendre  l'opération  pour  cette  fois  : 
il  pansa  donc  la  plaie,  et  remit  la  suite  au  lendemain.  En  effet, 
il  reprit  l'opération  le  jour  suivant,  et  la  finit  en  pénétrant 
jusque  dans  la  substance  du  rein.  Après  en  avoir  tiré  deux  ou 
irois  petites  pierres,  il  pansa  de  nouveau  son  malade,  qui  de- 
puis ce  moment  fut  délivré  des  douleurs  violentes  qu'il  avait 
éprouvées  jusque-là.  Au  bout  d'un  certain  temps ,  il  eut  la 
force  de  se  lever  et  de  marcher  dans  sa  chambre  ;  il  n'était  sur  \ 
venu  ni  hémorrhagie,  ni  fièvre,  qui  pussent  le  mettre  en  danger. 
Marchetti  continua  de  le  panser  fort  long-temps ,  mais  il  ne 
put  jamais  parvenir  à  cicatriser  la  plaie  ;  l'urine,  qui  s'écoulait 
continuellement  par  le  sinus,  l'avait  rendu  fisluleuse  tout  d'a- 
bord. Cependant,  comme  il  n'en  sortait  qu'une  petite  quantité, 
Hobson,  qui  du  reste  avait  repris  ses  forces  et  recouvré  sa 
première  santé ,  prit  congé  du  professeur,  et  revint  à  Venise 
avec  son  épouse,  qui  prenait  soin  de  le  panser.  Un  matin  que 
cette  dame  pansait  la  plaie,  elle  crut  en  l'essuyant  avoir  senti 
quelque  chose  de  dur  et  d'inégal.  Cette  découverte  l'engagea  à 
examiner  l'ulcère  avec  plus  d'attention  qu'à  l'ordinaire  ,  en  se 
servant  d'une  aiguille  à  tête,  au  lieu  de  sonde.  Il  se  trouva  que 
ce  corps  dur  et  raboteux  était  une  pierre  de  la  figure  et  du 
volume  d'un  noyau  de  datte,  qu'elle  tira.  Depuis  que  cette 
pierre  eut  été  extraite,  le  malade  ne  se  plaignit  jamais  de  la 
moindre  douleur  dans  la  région  du  rein  opéré. 

«  Dix  ans  ou  environ  après  cette  opération,  continue  Ber- 
nardj  Hobson  revint  à  Londres;  et  le  docteur  Douns,  qui 
l'avait  connu  à  Venise ,  nous  fit  inviter,  le  docteur  Tyson  et 
moi,  à  l'aller  voir. 

«  Lorsqu'il  nous  eut  fait  lui-même  le  récit  dont  je  viens  de 
donner  le  détail,  il  nous  permit  d'examiner  l'état  de  cette  plaie 
fisluleuse,  qui  était  effectivement  toujoui's  restée  ouverte,  et 
dont  les  bords  étaient  extrêmement  calleux,  de  sorte  même  que, 
sans  causer  de  douleur  sensible  au  malade,  j'introduisis  ma 
sonde  assez  avant  dans  le  sinus,  pour  nous  faire  estimer  que 
1  avais  pénétré  jusque  dans  le  rein.  La  matière  qui  .s  'rtait 


23o  PY^LiTE  {historique). 

alors  de  la  fistule,  était  en  petite  quantité,  mais  toujours  mêlée 
d'urine,  dont  elle  avait  aussi  une  forte  odeur.  L'orifice  extérieur 
de  cet  ulcère  se  fermait  quelquefois  pour  trois  ou  quatre  jours, 
et  alors  la  matière  s'évacuait  par  les  routes  naturelles,  con- 
jointement avec  l'urine,  sans  trouver  aucun  obsacle,  et  sans 
occasioner  la  moindre  douleur.  On  ne  peut  douter,  poursuit 
toujours  le  narrateur,  qu'il  n'y  eût  adhésion  du  rein  avec  le 
muscle  psoas.  Dans  le  temps  que  nous  avons  visité  le  sinus  fis- 
tuleux  ,  Hobson  n'appliquait  au -dehors  qu'une  compresse 
de  linge  blanc,  qui  s'imprégnait  toujours  d'une  forte  odeur 
d'urine.  Du  reste,  il  paraissait  en  état  de  satisfaire  à  toutes  les 
fonctions  de  la  vie ,  et  de  soutenir  les  mêmes  fatigues  que  tout 
autre  homme  de  son  âge  :  je  pense  qu'il  pouvait  avoir  pour  lors 
un  peu  plus  de  cinquante  ans;  le  lendemain  même  de  notre 
visite,  il  proposait  de  faire  à  cheval,  et  en  poste,  quarante  ou 
cinquante  milles  d'Angleterre. 

J'ai  entendu  dire  que  Hobson  est  mort  depuis,  mais  je 
n'ai  pii  m'informer  de  quelle  maladie.  » 

Bernard,  chirurgien  très  insUuit  et  qui  connaissait  tout  ce 
qui  avait  été  dit  d'important  sur  la  néphrotomie,  paraît  consi- 
dérer ce  cas  comme  le  seul  exemple  authentique  de  cette  opéra- 
tion ,  si  on  excepte  les  cas  d'abcès  calculeux  dans  la  région  lom- 
baire ouverts  par  des  chirurgiens. 

Haller  croit  aussi  que  ce  cas  est  un  exemple  de  véritable 
néphrotomie  (i)  :  «  Secti  sunt  certe  renés  per  ipsum  dor- 
sum  ,  et  audax  experimentum  in  legato  britannico  fecit  Mar- 
chetti.  » 

Hévin  (2)  émet  une  opinion  contraire  :  «  Le  détail  de  l'opéra- 
ration  qu'on  vient  de  lire,  dit-il,  quelque  bien  circonstancié  et 
quelque  authentique  même  qu'il  doive  paraître,  n'est  cependant 
exposé,  comme  Bernard  l'avoue  lui-même,  que  d'après  le  récit 
du  malade  opéré.  Or,  cette  simple  narration  peut-elle,  absolu- 
ment parlant,  nous  garantir  que  Dominique  de  Marchetti,  quoi- 


(1)  Haller.  Comment,  in  Prœlect  acad.  Bocrliaavii,  tom.  in,§  352,  p.  loî. 

(2)  Lieu  cité,  p.  262. 


PYÉLiTE  (hisloriquci).  23i 
que  dise Haller  de  la  cerlilucle  de  ce  fait,  n'ait  été  guidé  dans 
l'exécution  de  celte  opération  par  quelque  tumeur  ou  dureté  ex- 
térieure à  la  région  lombaire,  qui  aurait  pu  d'ailleurs  échapper 
à  la  connaissance  du  malade  et  de  son  épouse?  Je  veux  cepen- 
dant bien  admettre  pour  un  moment ,  que  Marchetli  ait  véri- 
tablement pratiqué  la  néphrotomie  sur  le  rein  dans  son  inté- 
grité; le  cas  n'était-il  pas  assez  grave  et  assez  extraordinaire 
pour  que  ce  praticien  ,  qui  avait  très  long-temps  résisté  aux 
sollicitations  les  plus  vives  et  aux  importunités  du  malade,  par 
l'extrême  répugnance  qu'il  avait  d'entreprendre  une  pareille 
opération,  ne  se  déterminât  pas  à  la  pratiquer,  sans  y  appeler 
quelques  maîtres  de  l'art  ?  En  supposant  donc ,  comme  on 
pourrait  me  l'objecter,  la  mort  de  Marchetti ,  survenue  peu  de 
temps  après  cette  opération ,  serait-il  croyable  qu'aucun  des 
assistans  n'eût  songé,  à  son  défaut,  à  en  publier  le  détail?  Pour- 
rait-on même  se  persuader  que  Pierre  de  Marchetti,  propre 
frère  de  ce  praticien,  et  qui  aurait,  sans  aucun  doute, été  invité 
à  celte  opération,  ou  qui  du  moins  en  aurait  eu  quelque  con- 
naissance, puisqu'il  n'est  mort  que  depuis  son  fils  Dominique, 
«n  1673,  n'eût  tenu  compte  d'insérer  les  détails  dans  ses  pa- 
piers ?  ou  enfin  que  ceux  qui,  après  sa  mort,  furent  chargés  de 
recueillir  ses  manucrits ,  eussent  négligé  de  lui  donner  place 
avec  se» autres  ouvrages  posthumes,  dans  la  troisième  édition 
de  son  SylUxje  ohs.  med.  chir.  rarior.,  imprimée  en  1675.  Je 
crois  au  moins  qu'on  ne  disconviendra  pas  que  c'est  toujours 
un  témoignage  bien  essentiel  qui  manque  à  celte  observation, 
et  que  ce  silence  de  l'opérateur  et  des  témoins  paraît  jeter  quel- 
que» nuages  sur  la  réalité  d'un  fait  aussi  intéressant  à  tous 
égards,  d'un  fait  qu'on  poxirrait  regarder  comme  merveilleux, 
pour  ne  pas  dire  unique.  Mais  ne  serait-il  pas  plus  raisonnable 
de  supposer,  comme  je  l'ai  fait,  que  Dominique  de  Marchetti 
fut  guidé ,  dans  son  opération ,  par  une  tumeur  ou  par  une 
dureté  >d  la  région  du  rein? Et  dans  cette  supposition,  qui  ferait 
naturellement  rentrer  cette  néphrotomie  dans  la  classe  des  opé- 
rations plus  familières  et  déterminées,  Marchetti  se  trouverait 
bien  plus  légitimement  encore  à  l'abri  du  reproche  du  silence , 
d  autant  plus  qu'il  aurait  jugé  pouvoir  se  dispenser  de  publier 


232  pyÉLiTE  (historique). 

un  fait  dont  il  se  trouvait  un  nombre  d'exemples  dans  les  ob- 
servateurs qui  l'avaient  précédé.  5> 

E.  Blancard  (i)  fait  aussi  mention  d'un  cas  de  néphrolomie 
tentée  pendant  la  vie  et  qui  ne  put  être  terminée. 

Scburig  (a)  rupporte  le  cas  suivant  :  Un  général  a  raconté  en 
sa  présence,  au  seigneur  de  Birckholtz,  officier  général  au  ser- 
vice du  roi  de  Pologne,  électeur  de  Saxe  ,  et  qui  était  violem- 
ment  tourmenté  pour  lors  de  la  pierre  dans  le  rein ,  que,  pen- 
dant le  séjour  qu'il  fit  en  France  peu  d'années  auparavant,  il 
avait  assisté  à  une  opération  de  la  néphrotoraie  exécutée  à  Pa- 
ris, et  qu'il  avait  vu  faire  une  incision  au  rein  et  l'extraction 
d'une  grosse  pierre.  Schurig  ajoute  que  le  but  de  ce  général 
était  de  persuader  audit  seigneur  malade  de  se  rendre  au  plus 
tôt  en  France  pour  se  faire  faire  la  même  opération.  Le  sei- 
gneur de  Birckholtz,  qui  souffrait  non-seulement  dans  le  rein 
gauche  ,  mais  encore  dans  l'uretère ,  mourut  quelque  temps 
après  sans  se  faire  opérer.  Quant  à  l'opération  que  le  général 
affirmait  avoir  été  pratiquée  à  Paris,  nul  chirurgien  français 
n'en  a  fait  mention. 

Mery  (3),  persuadé  qu'on  pratiquait  la  néphrotomie  du  temps 
d'Hippocrate,  ets'appuyant  d'ailleurs  de  cas  bien  connus  dans 
lesquels  des  abcès  des  reins  s'étaient  fait  jour  par  les  lombes, 
conseilla  de  recourir,  dans  certains  cas  ,  à  la  néphrotomie. 

John  Douglas  (4)  essaya  sur  le  cadavre  d'un  calculeux ,  âgé 
de  53  ans,  l'opération  de  la  néphrotomie ,  qu'on  avait  dit  avoir 
été  pratiquée  avec  succès  par  Dominique  de  Marchetti.  Per- 
suadé que  ce  sujet  portait  une  pierre  dans  le  rein  droit,  Dou- 
glas tenta  l'opération  sur  ce  côté  des  lombes,  mais  il  rencon- 

(1)  «  Cum  in  Frislandia  cuidam  personœ  calculas  ex  rené  secari  deberet, 
apparebat  in  operatione,  calculum  non  in  pelvi,  sed  in  ipsa  carne  hœrere  » 
(Blancard,  Prax.  medicin.,  part,  i,  cap.  62,  p.  421.  —  Cité  par  Schurig. 
Lithol.  hist.  med.,  cap.  xni,  §  10,  De  nephrotomia,  p.  759  ). 

(2)  Schurig.  Lithohgia  liistorico-medica ,  in-4.  Dresda  et  Lipsiae,  1744, 
cap.  XIII,  §  7,  p.  756. 

(3)  mery.  Obserrations  sur  la  manière  de  tailler,  p.  2  etsniv. 

(4)  Douglas.  Observations  sur  des  pierres  trouvées  dans  les  reins,  avec  des 
remarques  sur  la  tiéphrotomie  {Essais  cf£dimburg,  t.  i,  art.  ao,  ann.  1733). 


PYÉî.fTK  (Justorique).  233 

Ira  tant  de  difficultés  dans  cette  opération,  qu'il  aurait  souhaité 
que  Marchetti  eût  indiqué  la  manière  de  la  faire.  Ce  célèbre 
chirurgien  ajoute  que  les  difficultés  qu'on  rencontre  dans  cette 
opération  viennent  de  l'épaisseur  des  tégumens  communs  et 
des  muscles  ;  épaisseur  qui ,  dans  ce  sujet ,  était  d'environ  trois 
pouces  et  demi.  Lorsque  le  péritoine  fut  découvert,  dit-il, 
j'observai  que  le  colon  était  placé  entre  cette  membrane  et  la 
surface  convexe  du  rein.  Après  que  j'eus  écarté  cet  intestin, 
il  se  présenta  un  gros  nerf  qui  passait  précisément  sur  l'endroit 
du  rein  oii  il  aurait  fallu  faire  l'incision  ;  mais  la  plaie  était 
déjà  si  profonde,  qu'il  me  parut  impossible  de  pénétrer  à  tra- 
vers la  substance  du  rein  jusque  dans  le  bassinet;  c'est  pour- 
quoi, ayant  remis  le  cadavre  dans  la  situation  ordinaire, 
j'ouvris  le  rein  selon  la  méthode  usitée,  et  je  tirai  deux  pierres. 
L'une,  triangulaire,  pesait  une  demi-once,  et  l'autre,  qui 
pesait  seulement  seize  grains,  avait  la  forme  d'un  carré  irré- 
gulier. 

Ledran  (i)  rapporte  un  'cas  d'abcès  aux  lombes,  après  l'ou- 
vei  ture  duquel  il  sortit  un  calcul  gros  comme  un  pois. 

Giinz(2)  conseille  d'ouvrir  les  abcès  aux  lombes  provenant 
des  reins,  afin  qu'ils  ne  s'ouvrent  point  à  l'intérieur. 

Tous  ces  faits  témoignaient  que  l'expérience  confirmait  de 
plus  en  plus  l'avantage  qu'il  y  a  d'ouvrir  de  bonne  heure  les 
abcès  provenant  des  reins. 

La  question  de  la  néphrotomie  continuait  à  occuper  les  méde- 
cins et  les  chirurgiens.  En  1 764, Th.  de  Bordeu  (3)  soutint  de  nou- 
veau, à  l'Ecole  de  Médecine  de  Paris,  sous  la  présidence  de  Brin- 
gauh  (Jean  Ant.),  la  thèse  de  Cousinot ,  et  absolument  dans  les 
mèraestermes,  savoir  :  que  les  reins  calculeux  doivent  être  incisés 
dans  le  point  oii  ils  font  tumeur  ou  dans  le  point  le  phis  doulou- 
reux. Dans  une  autre  thèse  soutenue,  la  même  année  (x 764),  au 
collège  de  chirurgie  de  Paris,  sous  la  présidence  de  Borde- 

(i)  Ledran.  Observât,  de  chirurg.,  tom,  xi,  ob.  i,xvi,  p.  87,  in-ia.  Paris, 

W  Voyez:  Platner.  Inst.  chirurg.,%         in  nota, 
(3)  Ergh  ut  suppurato  veni,  sic  calculosa /errum. 


•34  PT^LiTE  '  {historique). 

nave,  Masquelier  (4)  nia  que  la  néphrotomie  fût  praticable 
lorsque  le  rein  ne  faisait  pas  tumeur.  Il  n'y  avait  pas  absolu- 
ment diversité  d'opinion  entre  les  deux  écoles  sur  cette  grave 
question,  comme  Hévin  l'avance  à  tort;  car,  d'une  part,  ni 
Gousinot,  ni  Bordeu  n'avaient  soutenu  qu'on  dût  pratiquer  la 
néphrotomie  in  rené  integro,  et  Masquelier  ne  dit  pas  qu'il 
faut  s'abstenir  d'ouvrir  les  aicès  provenant  des  reins  ou  les 
reins  formant  tumeur.  La  question,  n'étant  pas  posée  dans  les 
mêmes  termes,  put  être  résolue  différemment  sans  qu'il  y  eût 
réellement  opposition. 

On  continua  d'ouvrir  les  abcès  provenant  des  reins,  soit  par 
l'instrument  tranchant,  soit  par  le  caustique. 

Van  Svyieten  (a)  rapporte  le  cas  d'une  malade  qui,  après 
avoir  rendu  du  pus  avec  l'urine  pendant  plusieurs  mois ,  eut, 
dans  la  région  du  rein  droit ,  une  tumeur  qui  fut  ouverte 
par  la  pierre  à  cautère.  Il  en  sortait  du  pus  en  abondance. 
La  plaie  resta  fistuleuse,  mais  l'urine  redevint  naturelle; 
probablement  que  la  sécrétion  du  pus  se  tarit,  ou  bien  que 
la  communication  du  bassinet  avec  la  vessie  fut  interrom- 
pue. 

Vers  la  même  époque,  Robinson  (3)  publia  des  remarques 
en  faveur  de  la  néphrotomie;  mais  elles  ont  peu  de  valeur. 
Elles  reposent  sur  des  faits  obscurs  ou  tout-à-fait  contes- 
tables. Robinson  admet  sans  critique  le  cas  du  franc  archer 
et  celui  du  consul  Hobson  ,  comme  des  exemples  de  néphro- 
tomie. Il  ajoute  et  sans  plus  de  fondement  que  cette  opération 
avait  été  pratiquée,  chez  les  Arabes,  par  des  charlatans.  Or, 
ce  n'est  pas,  dit-il,  une  raison  suffisante  pour  la  repousseï-; 
car,  avant  Cheselden ,  le  traitement  des  maladies  des  yeux,  et 
surtout  celui  de  la  cataracte,  étaient  abandonnés  en  Angleterre 
k  des  opérateurs  ambulans. 

(l)  £rgo  reni  calculoso  integro  ferrum  non  est  adhibendum. 

(a)  Gerardi  Van  Swieten.  Commentaria  in  U.  Boerhaave  aphorinnos,  in-.i» 
Parisils,  1771,  t.  nr,  p.  241,  §  looi. 

(3)  Robinson  (N.).  A  complète  treatise  of  the  gravel  and  *to»«,  in-8,  Lon- 
don,  3^  edit,,  1784,  part,  u,  cbap.  5,  p.  326. 


PYiLiTE  {historique).  2 35 

Les  observations  de  calculs  sortis  par  des  fistules  lombaires 
:ontinuaient  de  s'accumuler. 

Fraumantin  (i)  rapporta  un  cas  de  fistule  rénale  lombaire, 
survenue  après  l'ouverture  spontanée  d'une  tumeur  inflamma- 
toire. Cette  fistule  durait  depuis  vingt  ans.  Une  excroissance 
fongueuse  s'étant  formée  à  l'ouverture  extérieure  de  la  fistule, 
Fraumantin  détruisit  à  plusieurs  reprises  ces  fongosités,  et 
Morand  père  fit  dilater,  autant  que  possible,  l'orifice  de  la  fis- 
tule. Enfin,  un  jour,  en  se  pansant,  le  malade  sentit  avec  le 
doigt,  à  l'orifice  du  sinus  un  corps  dur  et  pointu  qui  vacillait  : 
c'était  un  calcul  gros  comme  une  noix ,  de  volume  médiocre  et 
d'une  grande  dureté.  Peu  de  jours  après  la  sortie  de  cette  pierre, 
la  fistule  se  cicatrisa,  et  le  malade  fut  parfaitement  guéri. 

Plusieurs  observations  d'abcès  lombaires  provenant  des  reins 
ouverts,  soit  avec  l'instrument  tranchant,  soit  avec  la  caustique, 
et  d'oii  on  avait  extrait  des  calculs  rénaux,  ont  été  aussi  rappor- 
tées par  Lafitte(2)et  citées,  à  tort,  comme  des  exemples  de  né- 
phrotomie. Dans  l'un,  il  s'agit  d'une  femme  âgée  de  35  ans  qui, 
depuis  quinze  jours,  avait  une  tumeur  à  la  région  lombaire  gau- 
che ;  on  l'incisa,  et  il  en  sortit  beaucoup  de  pus.  Plus  tard ,  une 
sonde  introduite  à  la  profondeur  de  quatre  ou  cinq  pouces ,  fit 
sentir  un  corps  dur;  l'orifice  de  la  fistule  fut  agrandi  par  une 
incision,  et  deux  pierres  furent  extraites  à  l'aide  de  pinces  à  an- 
neau :  la  malade  guérit.  L'autre  cas  est  celui  d'un  jeune  homme 
de  25  ans,  qui  avait  à  la  région  lombaire  droite  une  tumeur 
qui  devint  ensuite  plus  apparente  à  la  région  iliaque  du  même 
côté  ;  cette  tumeur  fut  ouverte  par  la  pierre  à  cautère ,  la  plaie 
resta,  fistuleuse  pendant  dix  ans,  au  bout  desquels  on  fit  l'ex- 
traction d'une  pierre  ;  cependant  la  fistule  persista,  un  autre 
calcul  existant  probablement  au  fond  du  foyer.  Le  troisième 
cas  est  celui  d'un  homme  qui  portait  une  fistule  aux  lombes. 
Huit  ans  environ  après  le  développement  de  la  tumeur  lom- 


(1)  Fraumantin,  cîté  par  Hévin.  Mém.  de  VAcadénu  royale  de  chirurg,, 
tom.  lîi,  p.  324. 

(2)  Lafiiic.  Sur  les  cas  où  la  néphrotomie  se  fait  a*ee  succès  {Mémoires  de 
l'Acad.  royale  de  chirurgie,  t.  u,  p.  a33,  ui-4,  176g. 


2^6  PYiÎLiTJi:  (historique). 

baire,  il  sortit  naturellement  de  la  fistule  une  pierre  grosse 
comme  la  seconde  phalange  du  petit  doigt. 

Bientôt  après,  Hévin  (  ijexposa  d'une  manière  large  et  complète 
les  opinions  et  les  observations  qui  se  rattachaient  à  l'histoire 
de  la  néphrotomie.  Ce  qui  distingue  surtout  ses  belles  et  sa- 
vantes recherches,  ce  senties  efForIs  qu'il  fit  pour  préciser  les 
conditions  dans  lesquelles  on  devait  pratiquer  la  néphrotomie 
(et  sous  ce  nom  il  comprenait  surtout  l'incision  des  abcès  des 
lombes  provenant  des  reins)  de  celles  dans  lesquelles  cette 
opération  devait  être  rejetée.  On  peut  résumer  ainsi  ses  con- 
clusions ,  auxquelles  se  sont  conformés  plus  tard  nos  plus  fa- 
meux chirurgiens. 

I*  La  néphrotomie  ou  l'incision  du  rein  n'est,  à  propre- 
ment parler,  praticable  que  dans  le  cas  Habcès  qu'on  peut 
découvrir  extérieurement  par  quelques  signes ,  soit  que  le  rein 
soit  calcul  eux  ou  non. 

a"  Il  n'y  a  pas  de  temps  à  perdre  en  pareille  occurrence  ,  et 
on  doit  ouvrir  l'abcès  dès  qu'on  sent  la  fluctuation. 

3°  Si ,  après  l'ouverture  de  l'abcès  ,  on  soupçonne  une  pierre 
dans  le  rein,  on  doit  faire  toutes  les  perquisitions  nécessaires, 
soit  avec  la  sonde ,  soit  avec  le  stylet ,  soit  même  avec  le  doigt , 
pour  la  reconnaître  et  tâcher  d'en  faire  l'extraction  avec  l'in- 
strument le  plus  convenable. 

4°  Il  faut  s'opposer  au  rapprochement  trop  prompt  des 
chairs ,  jusqu'à  ce  qu'on  soit  bien  assuré  qu'il  n'y  a  plus  de 
pierres  ou  de  graviers  dans  le  foyer. 

6°  Il  faut  agrandir  ou  dilater  les  fistules  lombaires,  consécu- 
tives aux  abcès  des  lombes,  pour  opérer  l'extraction  des  calculs 
qu'on  peut  rencontrer  dans  leur  profondeur. 

6"  Enfin ,  la  néphrotomie  ne  doit  point  être  pratiquée  lors- 
qu'il n'y  a  pas  de  tumeur  aux  lombes  qui  puisse  guider  l'opé- 
rateur. 

Depuis  lors ,  on  a  plusieurs  fois  cité  comme  des  exemples  de 
néphrotomie,  des  cas  de  simple  incision  d'abcès  des  lombes 


(t)  Hévin.  Recherches  hiitoriques  et  critiques  sur  la  néphrotomie  ou  taille 
{Idém.  deVAcad.  royale  de  chirurgie,  tom.  i»,  aSS, Paris,  in-4. 


PYÉLiTE  {historique). 
provenant  des  reins.  Tel  est  le  suivant,  rapporté  par  Hip- 

peau  (i)  :  ,  * 

Un  enfant  de  i3  ans,  après  avoir  présenté  les  symptômes 
ordinaires  de  la  pyélite  ,  rendait  des  urines  purulentes  et  était 
en  proie  à  une  fièvre  lente;  la  région  du  rein  droit  était  tendue 
et  un  peu  œdémateuse.  Hippeau  proposa  l'opération  de  la  né- 
trotomie;  mais  l'enfant  ne  voulut  point  s'y  soumettre.  On 
eut  recours  alors  à  l'application  de  la  pierre  à  cautère,  qui  pro- 
duisit une  eschare  de  deux  pouces  de  long  sur  six  lignes  de 
'arge.  Le  lendemain,  Hippeau  fit  une  incision  cruciale  surl'es- 
lare  jusqu'au  vif;  puis,  ayant  senti,  au  fond  de  la  plaie, 
-omme  une  espèce  de  fluctuation  ,  sans  consulter  le  malade,  il 
'ncisa  jusqu'au  rein  oii,  dit-il ,  je  rencontrai  le  dépôt.  Il  sortit 
ar  la  plaie  un  demi-verre  de  pus  mêlé  de  sang  et  de  matière 
rineuse.  Pendant  les  six  premiers  jours,  la  suppuration  était 
rès  abondante.  La  fièvre  céda  entièrement  le  dixième  jour  de 
'opération.  Depuis  cette  époque,  les  urines  cessèrent  d'être 
urulentes.  Le  soixante-neuvième  jour  après  l'opération,  la 
laie  paraissait  cicatrisée ,  à  l'exception  d'un  très  petit  trou  fis- 
leux  par  lequel  s'opérait  encore  un  léger  suintement  urineux. 
ix  mois  environ  après  l'opération ,  le  petit  malade  travaillait 
ans  le  pays  comme  les  enfans  de  son  âge,  et  ne  ressentait  de 
douleurs  que  lorsqu'il  se  fatiguait  beaucoup  ;  alors ,  on  remar- 
"uait  en  lui  un  peu  de  claudication.  L'auteur  ne  dit  pas  si,  à 
ijcette  époque ,  la  petite  ouverture  fistuleuse  était  ou  non  cora- 
Iplètement  fermée. 

i  Pour  tout  ce  qui  regarde  le  traitement  chirurgical  de  cal- 
culs des  reins  et  de  tumeurs  purulentes  des  lombes  provenant 
des  reins ,  Boyer  (a)  est  d'accord  avec  Hévin ,  mais  il  décrit 
avec  plus  de  netteté  et  de  précision  les  deux  foyers  purulens 
gu'on  rencontre  souvent  dans  les  tumeurs  lombaires  calcu- 
susesjl'un  profond,  ayant  son  siège  dans  le  rein  même,  l'autre 
superficiel,  situé  dans  le  tissu  cellulaire  extra-rénal. 

(i)  Bippeau.  Observation  et  reflexions  sur  une  néphritis  idiopathique,  terminée 
par  suppuration  et  guérie  par  l'opération  de  la  néphrotomie  (Recueil  périodi- 
que de  la  société  de  médecine  de  Paris,  par  Sédillot,  t.  xi,  p.  400). 
(a)  Boycr,  Traité  des  maladies  chirurgicales,  tom.  viii,  p.  4g8  et  *uir. 


238  py ÉLITE  {Jiistonque). 

M.  Velpeau  (i),  comme  Hévin  et  comme  Boyer,  pense  que 
la  néplirotomie  ne  peut  être  proposée  que  pour  le  petit  nombre 
de  cas  où  le  flanc ,  devenu  le  siège  d'une  fluctuation  évidente  , 
après  de  nombreux  signes  d'afi'ections  calculeuses  dans  le  rein, 
permet  d'arriver  facilement  et  avec  certitude  dans  le  foyer 
morbide,  ou  bien  encore  pour  ceux  dans  lesquels  un  ulcère 
fisluleux  aurait  permis  de  toucher  immédiatement  la  pierre 
avec  un  instrument  explorateur,  ou  bien  enfin  lorsque  le  calcul 
lui-même  proémine  à  l'extérieur  et  peut  être  reconnu  à  travers 
les  tégumens. 

Sur  celte  grave  question,  je  me  suis  exprimé  à-peu-près 
comme  ces  habiles  et  savans  chirurgiens  (§  656  et  suiv.)- 

Il  résulte  de  cet  îi perçu,  que  j'aurais  désiré  pouvoir  abréger  : 

1°  Que  la  description  donnée  par  Hippocrale  ,  des  abcès  des 
lombes  provenant  des  reins,  est  des  plus  remarquables,  et 
que  le  précepte  qu'il  énonce,  ouvrir  ces  sortes  d'ahcès ,  est 
une  vérité  pratique  ,  confirmée  par  le  temps  et  l'expérience. 

2°  Que  ni  Hippocrale,  ni  aucun  autre  médecin  grec  ou  latin, 
antérieur  aux  Arabes ,  n'a  parlé  de  la  taille  du  rein  y  qu'aucun 
médecin  de  celte  époque  n'a  mentionné  la  sortie  spontanée,  on 
l'exlriiclion  d'un  calcul  rénal  par  les  lombes. 

3°  Que  si  Sérapion  et  Avicenne  ont  avancé  que  des  méde- 
cins de  l'antiquité  avaient  pratiqué  la  néphrotomie  (  Vincision 
du  rein),  rien  ne  le  prouve;  et  que,  si  des  médecins  et  des  chi- 
rurgiens, postérieurs  à  la  renaissance,  ont  cru  et  affirmé  que 
celle  opération  avait  été  conseillée  par  Hippocrale,  celle  erreui- 
provient  d'une  fausse  interprétation  d'un  passage,  d'ailleurs 
fort  remarquable ,  du  livre  des  Affections  internet. 

i°  Que  les  premières  observations  d'issue  de  calculs  par  des 
abcès  des  lombes  ouverls  spontanément,  ou  par  une  incision, 
ou  par  des  caustiques ,  ont  été  publiées  par  Ricchieri ,  D'alé- 
charaps,  Coiler,  etc. 

5°  Que  dans  l'histoire  du  franc-archer  de  Meudon,  rapportée 
par  Jean  de  Troyes,  il  n'est  point  fait  mention  de  l'extrac- 

(i)  Velpeau.  Nouveaux  éUniens  de  médecine  opératoire,  %"  édit.,  tom.  IT, 
p.  667,in-8,  Paris, i83g; 


PYÉLiTE  {historique). 
tiou  d'un  calcul ,  et  que  1  elat  de  la  région  lombaire  ,  avant 
l'opération  ,  n'a  point  été  indiqué. 

6"  Qu'en  admettant  (ce  qui  paraît  incontestable)  que  Mar- 
cbetti  ait  extrait  une  pierre  des  lombes  du  consul  Hobson, 
il  reste  à  savoir  s'il  y  avait  ou  non  un  abcès  aux  lombes ,  si  la 
peau  et  les  muscles  seuls  furent  divisés ,  ou  si  l'incision  porta 
ensuite  sur  le  rein  lui-même. 

7°  Que  les  chirurgiens  et  les  médecins,  d'accord  pour  re- 
commander l'ouverture  des  abcès  extra-rénaux  ,  et  pour  re- 
pousser la  néphrolomie  lorsqu'il  n'y  a  pas  de  tumeur  lombaire, 
n'ont  pas  assez  généralement  reconnu  l'utilité  dont  pourrait 
être  la  néphrotoinie  pour  les  cas  dans  lesquels  le  rein ,  très 
distendu ,  est  transformé  en  une  énorme  poche  douloureuse, 
susceptible  de  se  perforer. 

8°  Qu'il  y  aurait  souvent  danger,  en  de  tels  cas,  à  attendre, 
comme  Boyer  et  la  plupart  des  chirurgiens  le  recommandent, 
qu'un  abcès  extra-rénal  se  fût  formé;  la  poche  rénale  pouvant 
s'ouvrir  dausle  péritoine  ou  dans  l'intestin,  et  la  mortpromp- 
tement  survenir. 

9°  Que,  lorsqu'un  des  reins  forme  tumeur  dans  le  flanc,  si 
celui  du  côté  opposé  vient  à  être  obstrué ,  il  faut  inciser  le  rein 
le  pKis  anciennement  affecté  et  formant  tumeur. 

10"  Que,  si  le  conseil  donné  par  Hévin,  de  ne  point  inciser  le 
rein ,  lorsqu'il  n'y  a  point  de  tumeur  aux  lombes  ,  a  été  géné- 
ralement adopté  ;  il  serait  cependant  permis  de  tenter  la  né- 
phrotomie  dans  un  cas  de  mort  imminente  par  l'effet  d'une  pyé- 
lite  calculeuse  double,sans  tumeur,  mais  avec  anurie  complète. 

1 1"  Que  dans  le  traitement  des  tumeurs  rénales  l'incision  est 
géuéralemenl  préférable  à  la  cautérisation  et  à  la  ponction. 

§7*4.  Jene diraiqu'un mot  de  VcxtirpationdCundesrtins qyie 
Blancard  (i)  et  quelques  autres  chirurgiens  ont  cru  pratiquable. 
Cette  pensée  aventureuse  paraît  avoir  eu  sa  source  dans  ce  fait, 
qu'on  peut  enlever  un  des  reins  à  des  chiens  ou  à  d'autres  ani- 

(t)  Blancard  (E.).  Lexicon  nov.  med.  grceco-laUnum. ,  iii-8.  1690.  art.  ifK- 
niROTOMiA,  Dans  l'édition  postérieure  du  Lexicon  de  Blancard,  publiée  par 
^senflamme  (1777-78),  on  a  supprimé  ce  (jui  faisait  allusion  à  l'extirpation 
d'un  des  reins. 


PYJiLO-NÉPIIRlTE. 

maux  sans  occasioner  la  mort.  Mais,  s'il  est  facile  d'extirper  un 
rein  sain  sur  un  animal;  si  cette  extirpation  a  été  plusieurs  fois 
pratiquée  par  Jos. Zambeccari  (O.par  Comhaire (a) et parmoi- 
mème,  sans  entraîner  la  mort  de  l'animal,  ce  serait  folie  que  de 
tenter,  chez  l'homme  atteint  de  calculs,  une  telle  opération. 
Chez  les  animaux  même,  on  rencontrerait  des  difficultés  sans 
nombre,  s'il  s'agissait  d'un  rein  calculeux  et  en  suppuration; 
les  adhérences  qu'il  aurait  contractées  avec  le  péritoine  et  les 
parties  environnantes ,  ne  permettraient  pas  de  l'extirper,  sans 
occasioner  des  désordres  mortels.  ; 

Pyélo-néph  rite. 

%  725.  J'ai  désigné,  sous  le  nom  de  fyélo'nèphrite ,  la  réu- 
nion de  l'inflammation  du  bassinet  et  des  calices  avec  l'in- 
flammation des  deux  substances  rénales.  Dans  ces  cas  com- 
plexes ,  on  trouve  à-la-fois  plusieurs  altérations  du  tissu  du 
rein,  déjà  décrites  (Ç634),  et  figurées  dans  la  première  livraison 
de  cet  ouvrage  (3),  et  d'autres  altérations  produites  par  l'in- 
flammation aigué  ou  chronique  des  calices  ou  du  bassinet 
(§  635)  (4).  De  l'association  de  ces  lésions  résultent  des  états 
morbides,  plus  graves  que  ces  lésions  elles-mêmes,  et  qui  peu- 
vent être  reconnus,  pendant  la  vie,  à  des  modifications  notables 
dans  la  composition  et  l'excrétion  de  l'urine,  et,  après  la 
mort,  à  un  aspect  particulier  des  parties  affectées. 

L'examen  d'un  très  grand  nombre  de  reins  enflammés  ne 
laisse  aucun  doute  sur  le  fait  que  la  pyélo-néphrite  est  beau- 
coup plus  fréquente  que  les  néphrites  et  les  pyélites  propre- 
ment dites. 

Dans  la  pyélo-néphrite,  l'inflammation  débute  presque  tou- 
jours par  le  bassinet  et  les  calices  ;  il  est  rare  qu'une  inflam- 

(  i)  Zambeccari.  Experim.  circa  divers,  e  var.  anim,  viv,  exsec.  vUc,  — 
Supplem.  ad  act.  nov.  eruelit.  Lips,,  sect.vi,  p.  275. —  MangeU  BibUoth. 
anatom.,  t.  11,  p.  iioi. 

(2)  Comhaire.  i)iss.  sur  l'extirpation  des  reins,  iD-4,  Paris,  i8o3. 

(3)  Atlas.  Pl.  i,  11,  m,  iv,  v. 

(4)  Atlas.  Pl.  xi,  xii,  xiii,  xv. 


PYÉT.O-TVKPHRITR. 


ination  ,  primitivement  dtWeloppôe  dans  les  reins  ,  sfi  propage 
ensuite  à  leurs  conduits  excréteurs. 

§  726.  La  pyélo-néphrile  peut  être  produite  par  toutes  les  causes 
qui  déterminent  l'inflammation  du  bassinet  et  des  calices, 
telles  que  la  présence  de  calculs  ou  de  vers  ,  ou  par  la  rétention 
de  l'urine,  lorsque  le  passage  de  ce  liquide  dans  l'uretère,  dans 
la  vessie  ou  dans  l'urèthre  se  trouve  intercepté. 

Les  inflammations  de  l'urèthre,  celles  de  la  vessie  qui  son  t  pro- 
duites par  des  coi-ps  étrangers, par  la  rétention  de  l'urine,  réten- 
tion que  causent  les  tumeurs  ou  les  engorgemens  de  la  prostate, 
les  rélrécissemens  de  l'urèthre,  etc. ,  ces  inflammations ,  dis-je, 
après  s'être  propagées  aux  uretères  et  aux  bassinets,  s'étendent 
aussi  quelquefois  aux  sxibstances  du  rein.  Le  plus  grand  nombre 
des  cas  depyélo-néphrites  que  j'ai  observés, étaient  consécutifs  à 
des  rétentions  d'urine  (Atlas,  Pl.  xvi,  fig.  i,  2),  à  des  inflamma- 
tions ou  à  des  altérations  organiques  de  la  vessie,  précédées  ou 
non  d'altération  de  l'urèthre  ou  de  la  prostate.  C'est  à  l'inégale 
fréquence  de  ces  dernières  afi'ections,  dans  les  difîerens  âges, 
qu'il  faut  attribuer  le  nombre  propoi  Monnellementplus  grand 
des  pyélo-néphriles  chez  les  vieillards.  En  étudiant  comparati- 
vement les  pyélo-néphritcs  dans  les  deux  sexes,  j'en  ai  trouvé  la 
proportion  plus  considérable  chez  l'homme.  Mais  la  dififérence 
n'est  pas  aussi  marquée  qu'on  pourrait  le  croire  au  premier 
abord,  vu  la  fréquence  des  maladies  de  l'urèthre  et  de  la  prostate 
chez  l'homme;  chez  la  femme,  le  développement  de  la  matrice 
dans  les  grossesses,  les  inflammations  du  vagin  et  de  l'utérus, 
les  cancers  et  les  tumeurs  de  la  matrice  et  des  ovaires,  sont  des 
causes  fréquentes  de  cystite  et  d'altérations  organiques  de  la 
vessie  ,  de  distensions  urineuses  rénales,  et  par  suite  d'inflam- 
mation des  uretères,  des  bassinets  et  des  reins. 

§  727.  La  pyélo-néphrite  peut  affecter  une  marche  aiguë  ou 
chronique.  Etudiée  dans  sanature ,  dans  ses  conditions  de  déve- 
loppement et  d'existence,  cette  double  inflammation  forme  un 
groupe  composé  de  plusieurs  espèces.  Les  principales  sont  les 
suivantes  :  i"  pyélo-néphrite  simple;  q"  pyélo-néphrile  calcu- 
culeusc;  5»  pyélo-néphrite  albumineuse  ;  4°  pyélo-néphrite  hé* 
morrhagique  et  gangreneuse. 


ni. 


[6 


24  2  PTlÎLO-WKPirRITE, 

Il  y  a  pour  toutes  ces  espèces  un  phénomène  commun  :  la 
sécrétion  morbide  de  mucus  bu  do  pus,  à  la  surface  du  bassinet 
et  des  calices  entlanimés,  rccounaissabie  dans  l'urine,  quelques 
heures  après  son  émission  ,  aux  caractères  de  ces  humeurs 
morbides  et  en  particulier  à  la  présence  de  globules  muqueux 
ou  purulens  ,  visibles  an  microscope;  globules  qu'on  ne  re- 
marque point  dans  les  néphrites  proprement  dites,  c'est-à- 
dire  sans  inflammation  concomitante  de  la  membrane  mu- 
queuse des  voies  urinaires.  D'un  autre  côté,  dans  toutes  léi 
pyélo-néplirltrs  ,  il  y  a  altération  de  la  sécrétion  urinaire  ;  il  y 
a  des  phénomènes  généraux  analogues  à  ceux  qu'on  observe 
dans  les  diverses  espèces  de  néphrites  auxquelles  les  pyélo- 
néphrites  correspondent,  et  qui  n'existent  pas  dans  les  pyé- 
litGS  i)roprement  dites  :  double  circonstance  qui  distingue  les 
pyélo-iu'phriles  des  pyélites  et  des  néphrites  exemples  de  com- 
plication. 

Je  dois  me  borner  ici  à  ces  remarques  sommaires  sur  la  na- 
ture des  pyélo-néphriles ;  j'insisterai  peu  sur  leurs  caractères 
anatomiques,  qui  ne  sont  autres  que  ceux  de  la  pyélite  et  de  la 
néphrite  réunies,  déjà  décrits  §  635,636  ,  §  364,  365,  et  qiii 
ont  été  figurés  dans  l'Atlas  (Pl.  xi,  xii,  xui,  xv.  —  Pl.  i,  h, 
III,  IV,  v)j  je  me  bornerai  à  exposer  les  modifications  que  ces 
inllammatioiis,  aiguës  ou  chroniques,  des  substances  rénales 
ou  du  bassinet  et  des  calices,  éprouvent  dans  leurs  formes,  leurs 
apparences  bl  leurs  terminaisons,  par  Ife  fait  de  leur  réunion. 

Lorsque  la  pyélo-néphrile  s'est  développée  par  suite  d'uile 
lésion  de  la  vessie,  de  la  prostate  ou  de  l'uretère,  il  est  rare 
«JuelcB  deux  reins  ne  soient  pas  attaqués;  mais  ordinairement, 
Ions  les  deux  n'olTrent  pas  des  désordres  inflammatoires  au 
même  degré  et  dans  la  même  étendue ,  et  il  n'est  pas  toujours 
possible  d'expliquer,  parla  disposition  des  parties,  cette  dillc- 
■rence.  Dans  plusieurs  cas  de  rétention  d'urine,  avec  dilatation 
des  deux  uretères  et  distension  des  bassinets  el  des  calices,  ob  ^ 
a  vu,  sur  un  des  reins,  l'inflammation  sévir  spécialement f 
dans  l'uretère,  le  bassinet  et  les  calices,  tandis  que,  du  céiei 
Opposé,  les  substances  rénales  étaient  principalement  aflèctées.  i 

Lorsque  l'accumulation  du  sang,  de  l'urine,  du  pus,  s'opère  i 


PYFLO-NKPHRiTE.  2/|3 

d'une  jnauière  lente  et  graduelle  dans  les  calices  et  le  bassinet, 
alleinls  d'une  inflammation  chronique,  les  substances  rénales 
s'atrophient  et  disparaissent  presque  complètement  avant  de 
s'enflammer.  Dans  ce  cas,  la  néphrite  est  représentée  par 
quelques  points  puruleus  épars  à  la  suiface  des  reins,  trans- 
formés en  une  espèce  de  coque  ou  une  poche  multiloculaire 
(Atlas,  Pl.  xvni,  fig.  4),  tandis  que  la  sécrétion  du  pus  s'opère 
en  général  dans  la  cavité  du  bassinet  et  des  calices  distendus 
(Atlas,  PJ.xviii,  fig.  5);  dans  les pyéio-néphrites  aiguës,  au  con^ 
traire,  les  substances  rénales,  à  peine  déformées,  apparaissent 
infiltrées  d'un  grand  nombre  de  points  purulens  (Atlas,  Pl. 
'XVI,  fig.  5),  tandis  que  le  bassinet,  peu  dilaté,  parsemé  d'ar- 
'borisations  vasculaires,  n'olfrepas  encore  une  large  surface  au 
■travail  inflammatoire;  ou  bien  (Atlas,  Pl.  xvui,  fig.  i)  le  bassi- 
net, dilaté,  arborisé,ne  sécrète  pas  encore  de  mucus  altéré, 
lorsque  les  substances  rénales  sont  déjà  considérablement  tu- 
méfiées et  infiltrées  de  pus. 

Les  substances  rénales  et  leurs  membranes  extérieures,  en- 
flammées, ■gorgées  de  sang  et  de  pus,  opposent  une  forte  résis- 
tance à  la  dilatation  du  bassinet  et  des  calices;  aussi,  dans  les 
pyélo-néplirites ,  les  reins  offrent-ils  bien  l  arement  les  dimen- 
sions monstrueuses  qu'ils  acquièrent  quelquefois  dans  les  liy- 
■dronépbroses  (Atlas,  Pl.  xxi,  fig.  i),  ou  4  la  suite  de  pyéliles 
chroniques  avec  obstacle  au  passage  du  pus  dans  la  vessie. 
D'ailleurs,  dans  une  foule  de  cas,  l'acuité  du  travail  inflam- 
matoire, favorisée  par  la  correspondance  ou  par  la  contiguïté 
'  de  points  enflammés  des  calices  et  du  bassinet ,  avec  des  points 
en  suppuration  des  substances  rénales,  donne  lieu  à  des  infil- 
tratiotjs  urineuses,  à  des  abcès  extra-rénaux,  et  à  des  fistules 
•rénales,  dont  les  suites,  si  elles  ne  sont  prévenues  par  l'art, 
sont,  le  plus  souvent,  promptement  mortelles. 

§  728.  Je  me  bornerai  à  une  seule  remarque  relativement  au 
■traitement  de  la  pyélo-néplirite.  Les  règles  que  j'ai  posées  pour 
le  traitement  de  la  pyélite  et  de  la  néphrite  aiguës  et  chroni- 
-ques,  sont  certainement  applicables  aux  cas  complexes  dans 
Jesquelsces  afleclions  sont  réunies;  touleibis,  dans  la  grande 
•»n»jorité  des  cas  de  pyélo-néphril€,  il  faut  co  nballre,  avant 


tout,  rinflamiTiation  des  reins,  beaucoup  plus  grave  que  celle 
de  Innrs  conduits  excréteurs. 

Périnéphrife. 

Çi  729.  J'ai  cru  devoir  grouper,  sous  le  nom  de  pèrinèphriic  , 
plusieurs  inflammations  des  membranes  adipeuse ,  fibreuse 
et  celluleuse  des  reins  ;  inflammations  qui ,  par  leurs  symptô- 
mes et  leurs  caractères  anatomiques,  diffèrent  essentiellement 
des  pyélites  et  des  néplirites,  proprement  dites. 

§  73o.  La  périnéphrite  ,  souvent  consécutive  à  une  néphrite 
très  intense,  survient  plus  souvent  encore  à  la  suite  d'infiltra- 
tions urineuses  dans  la  membrane  celluleuse,  sous-fibreuse, 
ou  dans  le  tissu  cellulaire  extérieur  des  reins  ;  infiltrations 
que  déterminent  les  plaies  pénétrantes  dans  les  calices  ou  dans 
le  bassinet  et  des  fistules  rénales  ,  consécutives  à  des  pyélites 
calculeuses.  Dans  ces  cas  ,  les  phénomènes  de  l'inflammation 
extra-rénale  ,  jusqu'à  ce  qu'un  abcès  se  soit  formé  (abcès  extra- 
rénal consécutif),  se  perdent  ou  restent  confondus  au  milieu 
de  ceux  de  l'inflammation  du  rein  et  deses conduits  excréteurs. 

Mais  il  est  d'autres  circonstances  dans  lesquelles  la  périné- 
phrite et  ses  symptômes,  bien  que  primitivement  obscurs  et  la- 
tens,  se  dessinent  plus  tard  d'une  manière  évidente,  sans  avoir 
été  précédés  des  accidens  des  néphrites  ou  des  pyélo-néphrites. 

A  la  suite  de  contusions  sur  les  lombes  ,  de  l'impression  du 
froid  et  de  l'humidité,  et  quelquefois  sans  cause  connue,  soit 
dans  le  cours  des  fièvres  graves,  soitdans  un  bon  état  de  santé, 
la  couche  cellulo-graisseusequi  entoure  les  reins  {membrane 
ndi'pevsc ,  J.  F.  Meckel)  s'enflamme,  s'infiltre  de  sérosité 
purulente,  ou  devient  le  siège  d'abcès  plus  ou  moins  considé- 
rables, sans  que  le  rein  lui-même  éprouve,  dans  ses  fonctions, 
rie  dérangemens  appréciables  (abcès  extra-rénaux ^/•z'mtit/i). 

5  731.  Caractères  anatomiques.  Des  lésions  particulières  aux 
membranes  des  reins  et  au  tissu  cellulaire  qui  les  entoure , 
caractérisent  anatomiquement  la  périnéphrite. 

Lorsque  l'inflammation  de  ces  parties  est  rtt(/?/ë  et  récente  , 
le  tissu  cellulaire,  fin  et  délié,  interposé  entre  le  rein  et  sa 
membrane  fibreuse,  est  traversé,  en  différens  sens,  par  des 


vaisseaux 


ABCÈS  AUTOUR  DES  KEINS.  Ck^S 
fortement  injectés  de  sang;  quelquefois  il  est  infiltré 
de  sérosité  ;  du  pus  est  disséminé  dans  ses  mailles ,  ou  rassem- 
blé en  foyers  plus  ou  moins  considérables  (  Atlas  ^  Pl.  xvii , 
fig.  i)  sous  la  membrane  fibreuse,  soulevée  inégalement  en 
plusieurs  points.  Par  suite  de  cette  distension ,  cette  membrane 
I  peut  se  rompre ,  et  l'étendue  de  cette  solution  de  continuité 
f  peut  varier  entre  les  dimensions  d'une  ouverture  fis  Iule  use  , 
H  d'une  légère  crevasse  ou  d'une  large  déchirure.  Dans  d'autres 
c  circonstances,  une  certaine  quantité  de  sang  s'épanche  entre  le 
r  rein  et  sa  membrane  fibreuse,  et,  sur  plusieui's  points  de  la 
s  surface  externe  de  cette  membrane  ,  ou  remarque  quelquefois 
t  de  véritables  ecchymoses  ou  des  dépôts  de  lymphe  plastique  qui 
I  unissent  plus  ou  moins  intimement  le  rein  avec  les  parties  voi- 
!  sines.  Enfin,  dans  le  tissu  cellulaire  extérieur,  surtout  dans 
celui  qui  correspond  à  la  face  postérieure  du  rein  ,  on  trouve 
quelquefois  des  collections  de  pus.  L'étendue  de  ces  foyers  pu- 
I  rulensesttrès  variable. On  en  a  vu  de  très  petits  et  d'autres  qui 
«  étaient  tellement  considérables  qu'ils  s'étendaient  de  la  face  in- 
I  férieure  du  foie  jusqu'à  l'arcade  crurale,  en  formant  plusieurs 
t  clapiers. 

Le  lissu  cellulaire ,  situé  entre  le  carré  des  lombes  et  ses 
»  aponévroses,  et  même  le  tissu  cellulaire  sous-cutané  sont  in- 
1  jectés  de  sang,  infiltrés  de  sérosité  ,  et,  dans  quelques  cas  avec 
I  infiltration  mineuse  ,  frappés  de  gangrène.  Le  tissu  cellulaire 
t  sous-cutané  de  la  région  lombaire  est  infiltré  de  sérosité.  Pen- 
i  dant  la  vie ,  cet  œdème  est ,  avec  la  fluctuation ,  un  des 
I  meilleurs  signes  des  collections  purulentes  au  pourtour  des 
)  reins.  En  même  temps  que  ces  abcès ,  on  a  plusieurs  fois  reu- 
I  contré  des  lésions  des  reins ,  du  bassinet  ou  des  calices .  et  plus 
(  rarement  des  abcès  dans  le  foie  ou  dans  la  rate,  suivant  le  côté 
<  affecté.  Enfin  ,  on  a  vu  de  semblables  abcès  communinuer  avec 
l'intestin  et  même  avec  les  bronches. 

■  A  la  suite  des  inflammations  chroniques  des  membranes 
externes  des  reins ^  on  observe  d'autres  altérations.  La  couche 
I  ceUuleuse,  située  sous  la  membrane  fibreuse  du  rein ,  acquiert 
quelquefois  une  épaisseur  considérable  dans  presque  toute  sou 
étendue,  ou  seulement  eu  quelques  points  oii  ulle  uUiode 


i/|6  PÉnrNiJpHRiTB. 

petiies  émiuences,  indurées,  circonscrites;  d'autres  fois  elle  offre 
aussi  des  taches  mélaniques,  ii régulières,  auxquelles  parlicipe 
la  membrane  fibreuse,  qui  en  est  elle-même  le  siège  le  plus  ordi- 
naire (  Atlas,  Pi  xli,  fig.  3  ).  Cette  dernière  membrane  peut 
présenter,  à  la  suite  du  travail  morbide  de  l'inflammation,  mx 
grand  nombre  d'altérations  qui  seront  ultérieurement  décrites. 

Je  me  borne  à  noter  ici  que  cette  membrane  adhère  quel- 
quefois si  fortement  à  la  substance  corticale  par  stt  face  in- 
terne, et  aux  parties  voisines  par  sa  face  externe,  qu'il  est 
impossible  de  l'isoler  sans  en  opérer  la  déchirure;  c'est  aussi  le 
moment  de  remarquer  que  l'épaississement  et  les  transforma- 
tions cartilagineuse  et  osseuse  de  cette  membrane  sont  non 
point  l'efiet  de  l'âge,  mais  bien  le  résultat  d'inflammations 
antérieures,  qui  ont  amené  des  dépôts  de  lymphe  plasticjue  ou 
de  sels  sur  une  de  ses  faces  ou  dans  son  tissu. 

Lorsque  la  nature  ou  l'art  a  donné  une  issue  au  pus  accu- 
mulé dans  le  tissu  cellulaire  extra-rénal  ;  lorsqu'il  existe  une 
ou  plusieurs  fistules  dans  la  région  lombaire^  le  tissu  cellulaire 
et  les  aponévroses  de  cette  région  offrent,  non-seulement  des 
altérations  analogues  à  celles  que  les  tissus  enflammés  présen- 
tent dans  les  au  1res  parties  du  corps,  mais  d'autres  phéuotnèues 
résultant  du  passage  ou  de l'imbibition  de  l'urine,  lorsqu'il  y  u 
en  même  temps  fistule  urinaire. 

§  ■jii. 'Symptômes.  Lorsque  l'inflammation  du  tissu  cellulaire 
du  pourlour  des  reins  est  pr/witïtve lorsqu'elle  n'a  pas  été 
précédée  de  désordies  fonctionnels  des  reins  et  d'altération  de 
l'urine  ;  lorsqu'elle  n'est  pas  survenue  à  la  suite  d'une  afiection 
du  foie  on  dn  In  rate  5  lorsqu'elle  est  indépendante  d'une  in- 
flnmm;ili'in  i  l  d'une  perforation  du  bassinet  et  des  calices, 
snivii!  d'infiltration  urineusc;  la  périnéphrile  peut  être  bien 
diflicilemcnt  distinguée  de  l'inflammalion  du  tissu  cellulaire 
du  voisinage,  produite  par  une  perforation  du  colon  («)  ou 
par  d'auties  causes.  Les  malades  accusent  ,  dans  la  région 
rénale,  une  doulfeur  pins  profonde  que  dans  le  lumbago;  la 
région  lombaire  n'est  pas  déformée?  s'il  y  a  fièvre,  l'urine  est 


(i)  J'ai  TU  nu  cas  dsns  lequel  unt  setaMablc  perforation  dn  «olon  asccn» 


ABCÈS  AUTOUR  DES  RKINS.  a^? 
reuge  comme  dans  les  maladies  inflammatoires  ,  sans  oflrii- 
aucun  des  caractères  particuliers  aux  alTeclions  du  reia  ou 
du  bassinet  ;  les  jours  suivans  la  douleur  s'étend;  le  uioxivemen  t 
fébrile  eonlinue  et  le  plus  souvenl  augmente  d'intensité.  Pins 
lard  le  flanc  se  bombe  et  présente  quelquefois  une  sorte  d'empâ- 
tement ou  d'œdème,  alors  même  que  l'on  ne  peut  reconnaître  de 
fluctuation  évidente,  en  palpant  avec  soin  la  partie  malade.  Pen- 
dant tout  ce  temps  on  n'observe,  dans  l'urine,  rien  qui  puisse 
faire  soupçonner  une  collection  purulente  dans  les  calices,  et  ou 
ne  remarque  rien,  non  plus,  dans  les  matières  fécales  qui  puisse 
conduire  à  admettre  une  lésion  du  gros  intestin  ,  et,  par  suite, 
une  fistule  stercorale.  La  percussion  du  flanc  et  de  la  région 
lombaire  démontre  que  la  tuméfaction  s'est  principalement 
opérée  en  arrière.  Le  plus  souvent ,  cette  percussion  est  dou- 
loureuse. Lorsque  le  pus  s'est  accumulé  en  quantité  considé- 
rable autour  du  rein,  entre  le  péritoine  et  les  muscles  des 
lombes,  il  faut  se  hâter  de  lui  frayer  une  issue  au  dehors  ,  sinon 
l'inflammation  s'étendrait  inévitablement,  et  le  pus  pourrait 
fuser  vers  la  fosse  iliaque  ouvars  l'arcade  crurale,  s'épancher 
dans  la  cavité  péritonéale  ou  se  faire  jour  dans  l'intestin.  Il 
pourrait  encore  arriver  que  l'inflammation  se  propageât  au 
rein  contigu  au  foyer  purulent ,  au  foie  ou  à  la  rate  ,  et  môme 
au  poumon  situé  du  côté  de  l'abcès  (Obs.  iv).  Enfin,  dans  qucU 

ques  cas  rares ,  on  a  vu  des  abcès  ,  situés  au  pourtour  du  rein  , 

être  rendus  par  l'expectoration. 

dant  fut  déterminée  par  une  épingle  que  le  malade  avait  avalée  par  mégarde . 
Des  gaz  et  pins  tard  des  matières  fécales  s'épanchèrent  dans  le  tissu  cellulaire 
exlr^-périlonéal  de  la  région  lombaire  droite ,  et  il  s'ensuivit  nn  abcès  très 
considérable.  Le  malade  succomba,  quoiqu'on  eût  ouvert  l'abcès  peu  Je 
temps  après  sa  forniiation.  Ces  abcès  lomibaireâ  intestinaux  ne  se  terminctlt 
pas  tonjours  d'une  manière  aussi  fâcheuse.  Le  docteur  Schauffus  rapporte 
qu'un  homme,  âgé  de  4o  ans,  sujet  à  la  constipation  et  ayant  une  hernie, 
fat  atteint,  après  divers  aceidens,  d'un  abcès  dans  la  région  lombaire  gauche. 
C«t  aboè»  ayant  été  incisé,  il  s'en  écoula  douze  onces  de  pus  fétid».  Plus 
tard,  il  sortit  de  l'air  par  la  plaie,  et  toujours  après  une  torte  de  gargouille- 
ment dans  le  ventre.  Après  être  restée  long  temps  iistuleuse,  la  plaie  se  pi» 
calrisa  (Qjjieland't  Jmm.  der  frahtisçhen  Heilkunde,  Bd.  2.  S,  386-292), 


248  PiRJNÉPMRlTlî. 

L'ouverture  des  abcès  voisins  des  reins  fournit  ordinaire- 
ment une  grande  quantité  de  pus  d'une  odeur  très  fétide.  Celle 
fétidité  était  telle  dans  deux  cas  particuliers  que  j'ai  obser- 
vés, qu'on  aurait  pu  croire  que  ces  abcès  communiquaient  avec 
la  cavité  du  colon,  si  nous  n'avions  su,  par  expérience,  que  le 
pus  des  abcès  voisins  de  cet  intestin  a  quelquefois  une  odeur 
analogue  à  celle  du  pus  qui  provient  des  abcès  stercoraux,  et 
si  je  n'avais  constaté  ,  d'ailleurs  ,  l'absence  de  tout  pbénoinène 
et  de  toute  circonstance  qui  pussent  faire  admettre  l'existence 
d'une  lésion  intestinale- 

En  de  tels  cas,  l'évacuation  de  pus  est  ordinairement  suivie,  et 
presque  immédiatement,  d'un  très  grand  soulagement.  Et  s'il 
nesurvient  pas  de  nouveaux  accidens,  ou  quelque  complication, 
la  guérison  de  ces  abcès  ne  se  fait  pas  long-temps  attendre. 

§  733.  Lorsque  les  abcès  du  pourtour  des  reins  surviennent, 
au  contraire,  à  la  suite  d'une  infiltration  urineuse  dans  le  tissu 
cellulaire  extra-péritonéal  (abcès  consécutifs  à  la  perfora- 
tion du  bassinet  ou  des  calices),  (ce  qui  a  lieu  assez  fréquem- 
ment dans  le  cas  de  pyélile  calculeuse  avec  distension  du  bas- 
sinet etdes  calices),  l'ouveriure  de  semblables  abcès  est  souvent 
suivie  de  fistules,  dont  la  guérison  ne  s'obtient  quelquefois 
qu'au  bout  de  plusieurs  années,  et  après  la  sortie  d'un  ou  plu- 
sieurs calculs.  Ces  abcès  extra-rénaux  consécutifs  peuvent 
être,  le  plus  souvent ,  distingués  facilement  des  abcès  extra- 
rénaux primitifs.  Eu  effet ,  le  plus  ordinairement,  des  coliques 
néphrétiques,  ou  bien  une  douleur  aux  lombes,  dans  la  région 
rénale,  ou  bien  encore  ,  l'émission  habituelle  d'une  urine  pu- 
rulente, quelquefois  avec  développement  d'une  tumeur  dans 
le  flanc,  a  précédé ,  dans  le  cas  d'abcès  extra-rénaux  con- 
sécutifs ,  la  formation  de  l'abcès  lombaire,  tandis  que  l'abcès 
extra-rénal  fyrimitif  svLX'iienl  le  plus  souvent ,  sans  cause  ap- 
parente, chez  un  individu  habilvieilemeut  bien  portant.  Il 
est  encore  un  symptôme  distinctif  des  abcès  extra-rénaux 
consécutifs ,  mais  qu'il  ne  faut  pas  s'atlendre  à  rencon- 
trer fréquemment:  je  veux  parler  de  Vodeur  urineuse  du 
pus,  indiquée  comme  signe  de  ces  abcès,  par  un  assez  grand 
nombre  de  cliirurgiens.  Pour  moi,  non-seulement  je  n'ai  pu 


ABCÈS  AUTOUR  DES  KEIJNS. 
reconnaître  celle  odeur  urineuse  en  flairant  l'ouverture  d'abcès 
onsécutifs  à  de3  pyéliles  calculeuses  récemment  ouverts  ,  mais 
..lème  eu  flairant  rintérieuv  de  reins  ouverts  après  la  mortel 
dont  les  bassinets  et  les  calices  énormément  distendus  ,  étaient 
remplis  de  pus.  J'ajoute  queles  abcès  voisins  des  reins  sont  égale- 
ment voisins  du  gros  intestin,  et  que  cette  dernière  circonslaace 
a  ,  dans  un  grand  nombre  de  cas,  une  influence  telle  sur  l'odeur 
du  pus,  que,  si  sa  fétidité  peut  être  comparée  à  celle  de  quelque 
autre  pus,  c'est  bien  plutôt  à  celle  du  pus  provenant  d'abcèa 
stercoraux  de  la  marge  de  l'anus,  qu'à  celle  du  pus  des  abcès 
urineux  du  périnée,  par  exemple. 

§734.  Les  détails  dans  lesquels  je  suis  entré  en  trailant  du 
diagnostic  différentiel  des  tumeurs  et  des  abcès  du  rein  consécu- 
tifs à  la  pyélile  calculeuse ,  me  dispensent  de  reproduire  ici  les 
signes  à  l'aide  desquels  ou  peut  distinguer  les  abcès  primitifs 
ou  consécutifs  ,  situés  au  pourtour  des  reins  ,  des  autres  abcès 
des  lombes,  et,  en  particulier,  des  abcès  stercoraux  consécutifs 
aux  perforations  des  portions  ascendante  et  descendante  du 
colon  ;  des  abeès  par  congestion  ,  déterminés  par  la  carie  des 
vertèbres  lombaires  ;  des  abcès  situés  dans  la  gaine  du  psoas 
(i),  et  d'autres  tumeurs  qui  peuvent  se  développer  dans  les  mê- 
mes régions  (§  65 1  ).  Plusieurs  observations  d'abcès  rénaux 

(i)  Fabrice  de  Uildea  cite,  cuuime  exemple  d'abcès  sous  le  psoas  uu 
ras  dans  lequel  le  foyer  était  plus  probablemeut  situé  au  pourtour  du 
rein,  car  daus  l'observation  il  est  iait  mentiou  d'accideus  du  côté  des  voies 
urinaires.  Voici  le  l'ait  :  «  Cusmus  Slotanus  cliirurgus  prxstantissimus ,  iu 
Gcrsbeim,  adhonestam  matronam  uccersitus,  eam  iuvenit  decumbentem  cuui 
.ncutissimis  duloribus  circa  lumbus,  febre,  leipotbymia,  et  ariniL'  d.ijjiciiltatc.  Is 
cuin  en  doloris  specie  et  aliis  iudiciis  cognovisset  apostcma  esse  interiiuiu 
(exterius  eaim  niiiil  appurebat ,  uec  tactu  quicquam  apprehendi  poterat) 
uimirum  sub  psoa  museulu,  qui  Vesalio  l'emur  movcutium  sextus  et  septima 
musculorum  tabula  t  octava  6  notatus  est,  vitas  periculum  prœdixit  :  uisi  forte 
aperto  latere  illo,  couteutiis  buuior  offlueret.  Annueutibus  amicis  ,  ipse  ad 
spiu»  dorsi  latus,  cutem  et  musculos  exteriores  ad  psoaio  usquc  incidit  nova- 
cula.  Effluxit  copiosus  liuuior  purulentus  et  fœtidus.  Ab  co  tempore  mitigata 
-'Unt  symptomata  omuia ,  et  ipsa  brevi  rcstituta  vixit  et  valuit  inultos  annos 

G.  Fabriuii  Hildani  Obsi-.i  v.  et  curât,  c/iiiur.,  ccut.  r.  Ubs.  63.  —  Thésaurus 
■  /lirurgitv.  P.  UlTcnhiicb.,  in-lol.  Fiaueof'urli,  1610,  p,  11  fï). 


a5o  PÉRINiPHlUTJE. 

priinilifsou  consécutifs,  rapportées  plus  loin,  compléteront 
d'ailleurs  l'histoire  de  ces  abcès. 

§  735.  Je  n'ai  que  peu  de  chose  à  ajouter  relativement  au 
traitement  de  la  périnéphrile.  Lorsque  cette  inflammation  çsl 
primitive  et  indépendante  d'une  perforation  du  bassinet  et  des 
calices,  ses  progrès  peuvent  être  arrêtés  par  des  émissions  saii» 
guioes,  générales  et  locales,  par  des  bains  et  des  applications 
érooUientes;  mais  il  ne  m'est  pas  démontré  qu'on  puisse  dans 
de  semblables  cas  prévenir  la  formation  d'un  abcès. 

Les  abcès  primitifs  doivent  être  ouverts  avec  le  bistouri  j, 
l'incision  me  paraît  aussi  préférable  à  la  ponction,  à  la  cautéri- 
sation, et  à  la  cautérisation  suivie  d'incision,  auxquelles  on  a 
quelquefois  eu  recours,  avec  succès,  dans  le  traitement  d'abcès 
extra-rénaux  consécutifs. 

Lorsqu'on  a  lieu  de  supposer  que  de  tels  abcès  sont  entretenus 
par  la  présence  d'un  corps  étranger  ou  par  une  fistule  rénale, 
s'ouvrant  au  fond  du  foyer,  loin  de  chercher  à  obtenir  l'occlu- 
sion de  l'ouverture  fistuleuse  extérieure  qui  a  remplacé  Hnci- 
8ion>  il  faut  s'attacher,  au  contraire,  à  la  prévenir;  si  on  agis- 
sait autrement,  le  pus,  dont  la  formation  est  entretenue  par  la 
présence  du  corps  étranger,  ou  le  pus  mélangé  avec  l'urine, 
ne  pouvant  se  faire  jour  au-dehors,  déterminerait  une  nouvelle 
extension  de  l'inflammation,  suivie  d'une  collection  purulente 
plus  abondante  qu'il  faudrait  se  hâter  d'ouvrir,  ou  qtii  rie  tar- 
derait pas  k  déterminer  des  accidens  de  la  nature  la  plus  grave 
(Voyez  :  Fistules  niNAi-Es). 

Historique  et  observations. 

§  On  a  remarqué  très  anciennement  {voyez  :  Pyélite,  § 
719)  que  les  collections  purulentes  dans  les  reins,  ou  plutôt  dan» 
lé  bassinet  et  lés  calices ,  finissaient  par  donner  lieu  à  d'autre» 
collections  purulentes  autour  des  reins ,  dont  il  fallait  se  hâter 
de  pratiquer  l'ouverture.  Mais  ce  n'est  réellement  que  dans  ce* 
derniers  temps  qu'on  s'est  attaché  à  bien  distinguer,  de  ces  col- 
lections purulentes,  d'auHes  abcès  situés  autour  des  reins  et 
iudépendana  d'altoralious  de  ce»  organes-  Ces  abcès  e»lr«- 


ABCÈS  AUTOUR  DES  REINS. 


énaux  primitifs  ont  plusieurs  fois  paru  se  développer  sous 
influence  d'une  cause  rhumatismale  ou  du  moins  sous  l'in- 
luence  des  causes  qui  produisent  le  rhumatisme.  D'après  ces 
ousidérations,  j'ai  cru  devoir  ranger  en  deux  séries  les  obser- 
ations  relatives  aux  abcès  formes  autour  des  reins. 

%  737.  La  première  série  comprend  les  cas  d'abcès  extra-re- 
laux  primitifs  ou  au  moins  indépendans  d'une  fistule  rénale, 

>orgne,  interne. 

On  peut,  ce  me  semble,  rapporter  aux  abcès  extra-rénaux 
jrimitifs,  une  observation  recueillie  par  Pierre  de  Bayro  7i9)> 
■elative  à  un  abcès  situé  dans  la  région  lombaire ,  et  dont  la 
juérison  fut  très  prompte  après  qu'on  eut  donné  issue  au  pus 
îar  une  incision  pratiquée  sur  la  tumeur. 

A  la  suite  de  contusions  violentes  des  lombes  et  des  parties 
mvironnantes,  on  â  vu  s'établir  des  inflammations  et  des  sup- 
purations, quelquefois  très  étendues,  du  tissu  cellulaire  qui  en- 
vii-onne  le  rein.  M.  R.  H.  Bell  (i)  rapporte  le  cas  d'un  soldat  qui, 
s'étant  fortement  heurté  contre  un  poteau ,  éprouva  une  dou- 
eur  vive  dans  la  région  du  rein  droit  et  des  voraissemens  conti- 
nuels. Les  urines  étaient  très  rouges  et  déposaient  un  sédiment 
I  ouge.  Le  malade  mourut  le  vingt-quatrième  jour  dè  l'acciient. 
ue  foie  offrait  une  déchirure  recouverte  d'une  fausse  mem- 
brane; et  il  y  avait  une  collection  purulente  à  la  partie  anté- 
rieure du  foie,  et  un  autre  abcès  en  arrière  qui  contenait  environ 
deux  pintes  de  pus.  Cet  abcès  avait  fusé  le  long  du  bord  con- 
vexe du  rein  droit  jusqu'au  cœcum,  qui  était  perforé  à  sa  face 
postérieure. 

§  738.  Le  tissu  cellulaire  qui  entoure  le  rein,  peut  s'enflam- 
mer à  la  suite  de^J/aze*  par  inslrumenstranchans  ou  par  armes 
à  feu  (2). 

(1)  Bell  (R.-H.).  Case  of  rupture  of  llie  liver  with  Inflammation  and  sup- 
puration proceeding  froiA  txtsmat  violence  (Edinb.  med.  imd  surg.  journ., 
vot.  *v,  p.  252). 

(a)  M.  le  docteur  Pépin  (A..-F.)  a  Mpportû  dans  sa  dissertation  iuflugu- 
r:du  deux  cas  d'inflammation  du  tissu  celluliiirc  du  pourtour  du  rein  pro- 
duit par  des  balles  (  Considérations  générales  sw  Us  plaies  d'armes  a  feu, 
l'ari»,  in-4, 1814, 11.17  et 


202  PJÎKmiîPmUTli. 

Il  paraît  qu'il  peut  se  développer  des  abcès  au  pourtour  des 
reins  dans  certaines  lièvres  graves ,  comme  on  eu  a  vu  survenir 
dans  d'autres  parties  du  corps.  Le  docteur  Butler  (i)  mentionne 
un  cas  d'abcès  autour  du  rein,  observe  à  Plymoutli,  lorsqu'il  y 
régnait  endémiquemeut  nue  fièvre  grave  particulière,  accom- 
pagnée de  larges  suppurations  dans  le  tissu  cellulaire  de  diverses 
parties  du  corps. 

§  739.  Il  est  d'autant  plus  urgent  d'ouvrir  les  abcès  extra- 
rénaux qu'on  les  a  vus  déterminer  une  perforation  dans  la  jior- 
tion  correspondante  du  péritoine  ;  perforation  suivie  d'une 
péritonite  mortelle. 

Ous.  I.  —  Abcès  autour  du  rein  droit;  perforatinu  du  péritoiue,  et 
épanchumeut  de  pus  daus  lu  uavité  de  cette  lueiubrane  {Journal  clinique 
des  hôpitaux  de  Lyon,  t.  11,  p-'g.  435,  uuvemb.  iS3o. —  Obs.  sur  les  abcès 
fililegiiioneux  du  bas-ventre,  pai-  le  docteur  Gardieu), 

<c  Le  a4  janvier  1821,  faisant  à  l'amplilthéâtre  de  l'Hôtel-Dieu 
de  Lyon  l'ouverture  de  l'abdomen  d'un  sujet  destiné  à  des  pré- 
parations anatomiques ,  et  qui  me  parut  avoir  succombé  à  une 
péritonite ,  je  trouvai  cette  cavité  remplie  par  un  liquide  dont 
l'aspect  me  frappa;  cai-,  au  lieu  d'une  sérosité  lactescente  que 
je  croyais  rencontrer,  je  vis  une  matière  d'un  bianc  jaunâtre, 
opaque,  bien  liée,  semblable  enfin  en  tout  au  pus  d'un  phleg- 
mon. Je  fis  écouler  environ  deux  pintes  de  ce  liquide;  et  si 
nature,  inusitée  dans  la  maladie  que  je  supposais ,  m'engagea  à 
examiner  avec  une  grande  attention  le  péritoine.  J'essuyai  là 
surface  de  cette  membrane  dans  plusieurs  points,  et  partout  je 
la  trouvai  à  l'état  sain.  En  poursuivant  mou  examen,  je  décou- 
vris, par  le  désoi-dre  et  l'altération  des  tissas,  le  véritable  siège 
du  mal  dans  la  région  lombaire  droite. 

Ayant  enlevé  avec  précaution  la  matière  purulente,  accumu- 
lée dans  cette  partie,  j'aperçus  une  ouverture  à  bords  ii-ré- 
guliers,  et  offrant  à-peu-près  la  largeur  d'un  écu  de  trois  livres. 
Au  moyen  d'un  doigt  introduit  dans  cette  ouverture,  je  soule- 

(l)  Butter.  Reniarks  on  irritalive  fever ,  mmmontr  calted  Plymouth  dock- 
yurd  disease  (Edinb.  njcd.  aud  surg.  jouru.  ,  vol.  Xivi,  p.  xo6). 


A11CÈS   AUTOUR   DES   REINS.  2  53 

.^i  la  paroi  antérieure  d'une  cavité  que  je  mis  à  découvert  par 
ine  incision  prolongée  en  bas  sur  cette  même  paroi. 

Cette  cavité  s'étendait,  en  haut,  jusqu'au  milieu  du  bord 
postérieur  du  foie;  en  bas,  jusqu'au  détroit  supérieur  du 
bassin  ^  en  arrière  ,  elle  était  bornée  par  les  couches  aponévro- 
tiques  et  musculeuses  de  la  région  lombaire;  mais  son^fplus 
î^rand  développement  s'était  fait  en  avant,  à  enijuger  par  les 
dimensions  delà  paroi  antérieure,  qui  avait  dû  être  distendue 
avant  la  déchirure  qui  avait  permis  l'issue  du  fluide. 

Au  fond  de  cette  cavité  se  trouvait  le  rein  droit,  peu  altéré  à 
saTsurface  et  sain  à  l'intérieur ,  baignant  dans  le  pus,  détaché 
dans  tout  son  pourtour  par  la  destraction  du  tissu  cellulaire  qui 
l'environne  dans  l'état  sain.  Le  sujet  dont  il  est  ici  question,  a 
évidemment  succombé  à  un  phlegDion  considérable,  développé 
dans  le  tissu  cellulaire  qui  abonde  autour  du  rein;  inflamma- 
tion terminée  par  un  vaste  abcès  dont  l'ouverture  s'est  faite 
dans  le  péritoine. 

Ce  cadavre  venant  de  la  ville,  je  n'ai  pu  avoir  aucun  ren- 
seignement sur  la  cause  et  les  symplômes  de  la  maladie,  ni  sur 
le  traitement  employé  pour  la  comballrcjje  présumai  seulement 
que  cette  maladie  avait  été  très  aiguë,  vu  les  formes  athlétiques 
du  sujet,  et  les  traces  récentes  de  deux  saignées  aux  bras  et  de 
quinze  sangsues  sur  l'abdomen.  » 

L'observation  de  Fabrice  de  Hilden  (i),  rapportée  plus  haut, 
forme  une  sorte  de  transition  entre  les  cas  d'abcès  primitifs 
autour  des  reins,  sans  lésion  notable  des  fonctions  urinaires,  et 
les  cas,  plus  ordinaires,  dans  lesquels  l'abcès  extra-rénal  est 
consécutif  à  une  affection  quelconque  du  rein  et  le  plus  habi- 
tuellement à  une  pyélite  calculeuse.  Dans  le  cas  de  Fabrice  de 
Hilden,  la  malade  éprouva  de  la  difjlculté  d'uriner,  mais  ce 
symptôme  paraît  avoir  été  consécutif  au  développement  de 
l'abcès;  nulle  mention  n'est  faite  d'accidens  primitifs  du  côté 
des  voies  urinaires. 
Cabrol(s)  cite  comme  un  exemple  d'abcès  extra-rénal,  dis- 

(0  G.  FabriciiHildani,  Ohserv.  chirurgica;,  cent,  i,  obs  ixiii. 
(a)  Cabrol.  Alphabet  analonùquf,  ob«.  nxvnr. 


» 


Îi54  PKRINÉPHRITE. 

linct  des  abcès  calculeux  des  reins,  le  fait  suivant,  analogue 
au  précédent.  Seulement  il  est  à  remarquer  que  le  malade 
de  Cabrol  avait  quelquefois  rendu  un  peu  de  pus  avec  l'urine  : 
«  Il  m'appela  pour  en  avoir  d'advis ,  et  m'ayant  parlé  et  fait 
dlBcours  de  sa  maladie,  je  fus  d'advis  qu'il  appellast  conseil;  ce 
qui  lut  fait  :  mais  à  la  consultation  fusines  rjuasi  de  contraire 
opinion ,  les  uns  et  la  pluspart  tenoyent  que  c'estoit  une  pierre 
au  rein,  d'autant  qu'il  faisoit  parfois  quelque  peu  de  peux  par 
les  urines  :  et  moi,  au  contraire,  tendis  que  c'étoit  un  abcès, 
estant  rememoratif  de  l'abcès  du  sieur  Riquomme,  situé  au 
roignon,  et  rempli  de  matière  purulente  :  dont  estant  du  tout 
séparé,  le  malade  me  renvoya  quérir,  me  priant  instamment  de 
l'ouvrir  :  car  il  aimoit  mieux  mourir  que  de  vivre  si  misérable- 
ment avec  In  gi  ande  douleur  qu'il  senloit  d'ordinaire  :  moi  es- 
tant convaincu  de  prières,  tant  de  lui  que  de  tous  ses  parens  et 
amis,  me  mis  eu  devoir  de  faire  faire  un  ponctuel,  de  longueur 
d'un  demi-pied  ou  environ ,  non  que  je  fusse  si  téméraire  de 
l'ouvrir  seul,  miiis  y  appelay  tous  ceux  qui  s'esloient  trouvés  à 
lu  consultation,  et  ayant  appliqué  mon  cautère  dedans,  il  yen 
eust  de  bien  joyeux  en  la  compagnie ,  et  trouvai  la  cavité  et  le 
lien  de  la  maladie;  mais  il  n'en  sortit  rien  :  deux  heures  après, 
j'y  fus  pour  changer  le  premier  appareil^  et  la  tente  estant  soi-- 
lie,  fus  contraint  de  prendre  un  bassin  du  barbier,  lequel  fut 
rempli  de  peux,  plus  que  de  la  moitié  ;  et  continuai  deux  fois  le 
jour,  un  plat  le  matin  et  un  autre  le  soir;  cela  dura  l'espace 
d'un  mois  ou  cinq  semaines  ,  mais  avec  les  remèdes  l'ulcère  fut 
délergc,  incarné  cl  bien  cicatrisé,  et  en  est  bien  guéri,  dont  de- 
puis s'est  changé  à  Marseille  pour  poursuivre  sa  traffique.  » 

Ç740.  Les  reins,  en  contact  avec  des  abcès  lombaires  primi- 
tifs ou  consécutifs  à  des  lésions  d'organes  voisins ,  peuvent  s'en- 
flammer à  différens  degrés.  J'ai  déjà  fait  remarquer,  que  dans 
«n  cas  d'abcès  des  lombes  rapporté  par  Fabrice  de  Hilden,  il  y 
avait  eu  un  dérangement  notable  de  la  sécrétion  urinaire.  Dans 
l'observation  suivante,  publiée  par  M.  Blaud.  l'altération  pro- 
fonde du  rein,  l'étendue  des  désordres  inflammatoire  et  gan- 
gréneux,  joint«s  à  la  rareté  des  abcès  exlra'rénauxprimilifs,  peu- 
vent faire  penser,  sans  doute,  que  la  lésion  du  rein  précéda  la 


I 


ABCÈS  AUTOUR  DnS  REINS.  aS5 
tormalion  de  l'abcès;  mais,  d'un  aulre  côté,  si  on  réfléchit  que  le 
malade  avaù  été  traité  quelque  temps  auparavant  pour  une 
aliection  tout-à-lait  étrangère  aux  voies  uri  naires;  qu'il  ne  s'était 
plaint  d'aucun  malaise  dans  ces  parties  ;  que  la  cause  de  la 
maladie  à  laquelle  il  a  succombé  paraît  avoir  été  un  refroidis- 
sement; que  celte  même  cause,  dans  d'autres  circonstances,  a 
donné  lieu  à  un  abcès  extra-rénal  sans  désorganisation  du 
rein  ;  on  ne  pourra  nier  que  l'abcès  n'ait  pu  être  primitif,  et 
que  le  ramollissement  gangreneux  du  rein  n'ait  pu  être  déter- 
miné par  le  contact  de  cet  organe  avec  un  abcès  considéra- 
ble. Au  reste ^  les  cas  de  ramollissement  général  des  sub- 
Mancps  rénales,  sans  dépôt  de  pus  dans  le  bassinet  et  leB 
l  alicps  ou  dans  la  substance  du  rein,  et  coïncidant  avec  un 
nbcès  aux  lombes,  sont  tellement  rares ,  que  je  crois  devoir  re- 
produire textuellement,  ici,  l'observation  de  M.  Blaud,  quoii^ 
qu'elle  manque  de  détails. 


Obs.  U, —  Impiessiou  brusque  du  froid  et  de  l'humidité;  douleur  sourde 
dans  la  région  rén.ilc  gauche;  accès  fébriles  inteasej  ;  rongeur  de  la  pçaii 
des  lombes  et  du  scrotum;  abcès  lombaires;  rein  converti  en  une  sorte  de 
putrilage  (Bl.nid.  Commentaires  sur  les  aphorisrnes  d' Hippocrate.  Bibliotli. 
médicale,  t.  Lxix,  p.  ÏBo). 

Jean  D  assaut,  maçon  ,  âgé  de  5  a  ans,  atteint,  depuis  sept 
mois,  d'un  c.Tlarrhe  pulmonaire  qui  commençait  enfin  à  se  dis- 
siper, sort  pour  la  première  fois,  dans  la  matinée  du  29  octobre 
1818,  pour  reprendre  son  travail  ;  le  thermomètre  de  Réauraur 
marquait  5  ;  il  y  avait  eu  une  gelée  blanche,  et  le  vent  souf- 
tlaii  <iu  nord.  Arrivé  à  son  atelier,  il  se  dépouille  d'une  partie 
de  ses  vêiemeus,  qu'il  reprend  bientôt  à  cause  de  l'impression 
vtveque  lui  fait  éprouver  l'air  extérieui". 

A  midi ,  frisson  violent ,  avec  tremblement  pendant  une 
heure;  ensuite,  choleur  forte,  fièvre  aiguë,  douleur  sourde  dans 
la  région  rénale  gauclie. 

Peu  allei.tifs  à  la  nature  et  au  siège  de  celte  douleur,  que 
nous  regardâmes  comme  tenant  à  une  courbature  dont  le  ma- 
lade se  plaignait,  et  comme  un  des  signes  généraux  et  précur- 
seurs d'une  aulre  lésion  qui  allait  bientôt  paraître,  nous  res- 


5.56  PKRiNi^pnniTK. 

lames  dans  l'pxpectalion  ;  pt  nous  laissâmns  ainsi  s'écliapper  |p 
moment  favorable  d'arrêter  une  inflammation  funeste,  qui  se 
termina,  vm  mois  après,  par  la  mort.  Aveuglés  par  je  ne  sais 
quelle  fatalité,  cette  douleur  locale  ne  fut  plus  l'objet  de  notre 
attention;  nous  fûmes  seulement  frappés  des  accès  fébriles 
très  intenses  qui  survenaient  à  intervalles  irréguliers,  et  du 
délire,  accompagné  de  violens  soubresauts,  qui  se  manifesta  le 
1 1  novembre. 

Nous  étions  ^encore  à  chercher  la  cause  de  symptômes  si 
alarmans,  lorsque  le  19  la  région  rénale  gauche  s'enflamma,  se 
tuméfia,  et  prit  une  couleur  rouge  brun  :  ce  fat  alors  que  nous 
reconnûmes  l'erreur  que  nous  avions  commise,  mais  il  n'était 
plus  temps  de  la  réparer;  l'occasion  s'était  échappée.  Cette  in- 
flammation se  propagea  rapidement  dans  toute  la  moitié  gau- 
che des  parois  abdominales,  et  envahit  le  scrotum.  Des  ouver- 
tures furtn  t  pratiquées ,  soit  dans  cette  partie,  soit  à  la  régioQ 
rénale;  il  s'en  écoula  un  fluide  sanieux  et  mêlé  d'urine;  tout  le 
tissu  cellulaire  sous-jacent  était  gangréné.  Les  jours  suivans,  les 
urines  coulent  par  les  ouvertures  pratiquées  ;  mais  elles  filtrent 
aussi  à  travers  le  tissu  cellulaire  sous-cutané  des  lombes,  et  de 
la  partie  supérieure  de  la  cuisse  gauche;  la  peau  de  ces  régions 
prend  une  teinte  rouge  brun;  l'état  du  malade  s'aggrave  de 
plus  en  plus.  Le  24,  il  tombe  dans  un  assouiiissement  coma- 
teux, et  meurt  le  soir,  dans  les  angoisses  du  râle. 

Aufopsïc.  Tous  les  environs  du  rein  gauche  putréfiés;  cet 
organe  converti  en  une  sorte  de  putrilage,  et  communiquant 
par  plusieurs  sinus  avec  le  foyer  extérieur;  tissu  cellulaire  du 
dos,  des  lombes,  des  parois  abdominales  et  du  scrotum  gan- 
gréné; péritoine  épaissi  dans  toute  la  région  correspondante; 
tissu  cellulaire  abdominal  ,  dénaturé  par  le  contact  des 
urines. 

§  741.  L'observation  suivante  doit  être  rapprochée  de  la  pré- 
cédente. • 


ABCKS  AUTOUR   DES  BEINS.  2i37 

ES.  IH.  -  Cas  d'iuflauimatiou  et  de  gangrène,  de  la  memlmme  adipeuse, 
qui  entoure  les  deux  reins;  exercice  suivi  de  sueurs;  refroidisscmeut ; 
symptômes  d'indigestion;  mort— Par  Tliomas  Turner,  M.  D.,  médecin 
de  rhùpital  Saint-Thomas,  etc.;  lu  au  Collège,  le  i2  novembre  i8ia 
{Med.  Trans.publishedby  tlte  collège  of  phjrsicians  in  Londoii,  vol.  i»,p.  226, 
in-8,  London,  (8j3). 

Une  dame  mariée  ,  âgée  de  3o  ans,  de  taille  moyenne  ,  très 
grasse,  fit  une  promenade  à  cheval  de  plusieurs  heures  ,  le  sa- 
medi 31  juin  1806.  Elle  eut  beaucoup  de  chaleur  et  de  fatigue  ; 
en  rentrant,  elle  resta  assise  pendant  quelque  temps  dans  une 
pièce  dont  la  porte  et  les  croisées  étaient  ouvertes  ;  mais  elle  ne 
'aperçut  pas  qu'elle  en  fût  incommodée.  Elle  passa  le  reste 
du  jour  comme  à  l'ordinaire,  et,  à  souper,  mangea,  avec  grand 
appétit,  du  homard,  quoiqu'on  général  son  estomac  le  supportât 
diflS.cilement  et  que  cet  aKment  l'incommodât  habituellement.  Eu 
se  retirant  dans  sa  chambre  à  coucher ,  elle  éprouva  des  maux 
de  cœur  et  vomit.  Elle  se  plaignit  aussi  de  beaucoup  de  dou- 
leurs dans  le  ventre.   Ces  symptômes  furent  attribués  au 
homard  qu'elle  avait  mangé.  L'apothicaire  de  la  famille  lui 
administra  un  émélique,  et  le  lendemain  matin  une  potion  pur- 
gatire,  qui,  n'agissant  pas  aussi  vite  qu'on  le  désirait,  fut  ré- 
pétée et  produisit  alors  d'abondantes  évacuations  intestinales. 
Dans  la  soirée ,  elle  dit  qu'elle  se  trouvait  toul-à-fait  soulagée  , 
et  ne  se  plaignit  que  d'avoir  les  pieds  et  les  mains  plus  froids 
qu'à  l'ordinaire.  On  lui  conseilla  de  se  coucher  de  bonne  heure 
et  de  prendre  quelque  chose  de  chaud.  On  ne  doutait  pas 
qu'elle  ne  fût  entièrement  rétablie  le  lendemain.  Dans  la  nuit , 
néanmoins,  elle  éprouva  beaucoup  de  douleurs  au  dos  et  mix 
lombes,  et  elle  crut  que  des  frictions  qu'on  avait  faites  sur  ces 
parties,  l'avaient  soulagée.  Cependant  elle  éprouvait  beaucoup 
de  malaise ,  et  à  cinq  heures  du  matin  environ  ,  le  lundi ,  son 
agitation  et  son  anxiété  s'étaient  tellement  accrues  que  son  mari 
commença  à  être  alarmé.  Il  envoya  chercher,  en  conséquence, 
l'apothicaire ,  qui  vint  environ  une  heure  après.  Dans  cet  in- 
tervalle, les  extrémités  étaient  devenues  entièrement  froides,  et 
on  ne  sentait  pas  depulsalions  au  poignet. Gomme  l'apothicaire 
expn«a  la  crainte  d'un  danger  immédiat ,  on  m'envoya  cher- 

III.  ir; 


PÉRINl^PHRITE. 


cher;  mais,  la  malade  habitant  à  quelque  distance  do  Londres 
je  ne  pus  la  voir  qu'entre  une  et  deux  heures  de  l'après-midi. 
J'appris  alors  qu'elle  avait  pris  de  l'eau-de-vie  étendue  d'eau 
chaude ,  avec  quelques  gouttes  de  teinture  d'opium,  qui  parais- 
saient l'a  voir  ranimée,  tellement  que  ses  amis  la  croyaient  mieux 
que  dans  la  matinée.  Néanmoins  ,  son  anxiété  était  extrême  :  sa 
respiration  très  oppressée;  ses  pieds  ,  sésjafnbeS,  ses  mains  et 
ses  bras  étaient  êtitièremetit  froids.  On  ùe  t>ouvail  distingUel" 
la  plus  légère  piilsation  dails  l'artère  radiale;  le  teint  était  11= 
vide  et  les  traits  tirés  ;  les  facultés  intellectuelles  étaient  intac- 
tes. Elle  disait  qu'elle  ne  souffrait  pas;  elle  ne  se  plaignait 
d'aucun  inalaise  ;  en  prèssatit  lè  ventre  avec  lit  mstin  ;  je  n'y 
âperçus  ni  tension  ni  dureté  ànotnale.  Elle  m'assura  qu'elle 
n'avait  éprouvé  ni  douleur  ni  difficulté  en  urinant ,  et  qu'elle 
n'avait  pas,  non  plus  ,  remarqué  qu'il  y  eût  eu  de  difninution 
dans  lit  tjuantité  des  urines.  Elle  s'éteignit  graduellement  et 
niourut  à  quatre  heures. 

J'obtins  la  perrtiiSsion  d'ouvrir  le  corps  deux  jours  après  la 
mort.  Voici  ce  qu'on  observa  :  il  y  avait  un  peu  plus  de  séro- 
sité dans  la  cavité  du  thoràJt,  qil'il  n'y  en  a  ordinairement;  tous 
les  viscères  (jui  y  sont  contenus  étaient  jsarfaitemettt  sâinS. 

Dans  l'abdomen  ,  légères  marques  d'inflammation  de  la 
membrane  péritonéale  de  l'estomac ,  dans  la  partie  de  sa  grande 
courbure  qui  totichè  à  là  raté  et  à  l'ârC  du  coloh. 

La  partie  dti  colon  en  rapport  immédiat  avec  le  rein  gau- 
che, était  très  enflammée.  Le  foie  était  dans  un  état  sain, 
excepté  qu'il  y  avait  un  très  petit  tubercule  dans  la  partie  anté- 
rieure du  lobé  droit  de  cet  organe.  La  vésicule  du  fiel  conte- 
nait cinq  calculs  biliaires  assez  volumineux.  Le  pancréas  était 
enflammé  dans  toute  sa  substance,  et  une  portion  considérable 
de  son  extrémité  gailche  était  gangrénée. 

Toute  la  substance  adipeuse  qui  entourait  les  deu«  reilii  , 
était  frappée  dîE  gangrène  et  fornlait  une  masse  noire,  pulpeuSe. 
Les  capsules  des  deux  reins  étaient  enflammées,  et  celle  du  reirt 
droit  en  partie  gangrénée.  La  substance  des  deux  reins  offrait 
de  légères  traces  d'inflammation;  toûs  les  autres  viscèrW 
étaient  sailis. 


ABCÈS  AUTOUR  DES  REINS.  269 

L'auteur  de  celte  observation  pense  que  l'inflammation  et  la 
gangrène  du  tissu  cellulaire  graisseux  qui  entoure  les  reins,  ont 
été  l'afleclion  primitive,  et  que  les  altérations  observées  dans  les 
reins  ,  le  pancréas  et  sur  le  colon  ,  étaient  consécutives. 
Dans  tous  les  cas ,  ce  fait  nous  a  paru  bon  à  rappeler  ici. 
§  742.  On  a  vu  des  abcès  dans  les  régions  lombaires  et  au- 
tour des  reins  se  frayer  un  passage  à  travers  la  poitrine  ,  le 
pus  être  évacué yar  les  bronches,  et  les  malades  se  rétablir  com-r 
plètement  après  des  accidens  aussi  graves.  J'ai  été  témoin  ,  et  k 
mon  grand  étonnement,  d'un  fait  semblable,  sur  un  malade 
lacé  dans  mon  service  à  l'hôpital  de  la  Charité  ,  et  dont  je  ne 
q^ossède  plus  l'observation  détaillée.  Le  malade,  âgé  d'une  qua» 
antaine  d'années,  était  venu  pour  se  faire  traiter  d'une  dou- 
eur  très  aiguë  dans  la  région  lombaire  droite,  douleur  qui 
augmentait  à  la  plus  légère  pression  et  par  les  mouvemens  du 
tronc.  Il  y  avait  de  la  fièvre,  mais  elle  n'était  pas  proportionnée 
à  l'intensité  de  la  douleur.  Il  n'y  avait  ni  chaleur  morbide,  ni 
méfaction,  ni  empâtement  dans  la  région  douloureuse;  la 
rcussion  en  était  très  pénible  au  malade  et  produisait  le  son 
qu'elle  a  dans  l'état  normal  ;  il  n'y  avait  ni  pus  dans  l'urine,  ni 
douleur  suivant  le  trajet  de  l'uretère  ,  ni  aucun  désordre  fonc^* 
"onnel  des  reins  en  rapport  avec  une  néphrite.  L'état  de  la  ré- 
gion lombaire  du  côté  opposé  était  tout-à-fait  naturel,  et  le 
lalade  n'avait  pas  eu  antérieurement  de  maladies  des  voies 
rinaires  ;  la  teinte  de  la  peau  était  naturelle,  et  rien  n'aulori- 
aitle  soupçon  d'une  maladie  du  foie.  Quoiqu'il  n'eût  éprouvé 
STaat  l'invasion  de  la  douleur  aucun  dérangement  fonctionnel 
H  gros  intestin,  ni  diarrhée,  ni  constipation  opiniâtre,  je  dois 
dire  qiie  ma  pensée  fut  que  ce  malade  était  atteint  d'un  phlegm- 
on du  tissu  cellulaire  extra-péritonéal  voisin  du  rein,déter- 
iné  soit  par  une  perforation,  soit  par  toute  autre  lésion  latente 
la  portion  ascendante  du  colon.  Le  malade  a  saurait  d'ailleurs 
n'avait  fait  aucun  effort  musculaire  des  lombes  pour  sou 
ever  ou  pour  supporter  un  fardeau,  et  qu'il  n'avait  point  e» 
nterieurement  de  douleurs  lombaires,  ni  de  douleurs  dans  les 
rticulations  des  membres.  Une  saignée  du  bras  et  plusieurs 
applications  de  sangsues  furent  faites  presque  coup  sur  coup 

I' 


260  PERINjfPHRITE. 

sans  d'auti'ès  résultats  que  de  trai^ormer  la  douleur  de  la 
région  lombaire  droite  on  une  sorte  d'engourdissement.  Les 
jours  suivans,  je  me  bornai  à  faire  appliquer,  sur  la  région 
lombaire  douloureuse ,  des  cataplasmes  émoUiens  arrosés  de 
laudanum.  L'engourdissement  persistait,  et  la  douleur  parais- 
sait augmentée  par  les  mouvemens  de  la  respiration,  lorsque 
nous  explorions  la  poitrine,  qui  n'offrait  point  de  phénomènes 
morbides,  soit  à  la  percussion,  soit  à  l'auscultation.  Mon  éton- 
nement  fut  grand  quelques  jours  après,  lorsqu'on  me  montra, 
à  la  visite,  la  moitié  d'un  crachoir  rempli  de  pus,  bien  lié  et 
phlegmoneux,  que  le  malade  avait  rendu  par  la  bouche  à  la 
suite  d'une  quinte  de  toux.  Mon  étonnement  fut  plus  grand 
encore  lorsque  je  le  vis  sortir  de  l'hôpital  parfaitement  guéri 
plusieurs  semaines  après. 

M.  Cantegril{r),  médecin  et  chirurgien  de  l'hôpital  deMurat, 
a  communiqué  à  l'Académie  royale  de  médecine  un  fait  ana- 
logue au  précédent  : 

Un  homme  reste  cinq  mois  à  l'hôpital  de  Toulouse  pour 
une  plaie  contuse  à  la  jambe.  Quinze  jours  après  qu'il  en  est 
sorti  guéri,  il  est  saisi  d'une  douleur  très  vive  à  la  région  lom- 
baire gauche,  avec  fièvre;  un  abcès  paraît  se  former  à  cette 
partie.  Au  bout  de  huit  jours,  la  douleur  se  propage  dans  tout 
le  côté  gauche  de  la  poitrine ,  avec  gêne  de  la  respiration  ;  ce- 
pendant l'abcès  lombaire  se  prononce  rapidement  à  l'extérieur; 
mais  le  jour  même  oii  l'on  se  disposait  à  en  faire  l'ouverture, 
le  malade  éprouve  un  accès  de  toux,  et,  dans  cet  accès  de  toux, 
expectore  une  matière  purulente  si  abondante,  qu'elle  remplit 
huit  assiettes  et  est  estimée  à  deux  litres.  Un  vide  dès-lors  paraît 
exister  à  l'abcès  lombaire ,  et  lors  de  la  toux  la  main  placée  sur 
cet  abcès  perçoit  une  sorte  de  frémissement,  comme  si  une 
colonne  d'air  s'y  précipitait. 

L'observation  suivante  (2),  recueillie  par  M.  Ducasse  lils, 
paraît  être  aussi  un  cas  d'abcès  lombaire  qui  s'est  fait  jour  en 
partie  par  les  bronches  : 

(i;  Archives  générales  de  Médecine,  t.  xix,  1829,  p.  280, 
(•2)  Archives  générales  de  Médecine,  toui.  xv,  1857,  p.  462. 


ABCtS  AUTOUR  DES  REINS. 


'  Un  homme  depuis  long- temps  était  atteint  d'une  douleur  au 
côté  gauche  de  la  poitrine,  qui  avait  fini  par  rendre  la  respira- 
tion difficile,  les  raouveraens  du  thorax  douloureux,  et  par 
forcer  le  malade  à  rester  au  lit  ;  tout-à-coup,  la  douleur  se  fixe 
à  la  région  lombaire,  derrière  les  côtes  asternales,  il  y  a  fièvre 
vive  pendant  onze  jours.  Une  fluctuation  en  ce  lieu  engage  à  y 
faire  une  ponction  qui  donne  issue  à  deux  livres  de  pus  de 
bonne  qualité;  et,  lorsque,  peu  de  jours  après,  on  se  préparait 
à  réitérer  la  ponction,  soudain  le  malade,  dans  un  accès  de 
toux ,  expectore  six  livres  de  crachats ,  mêlés  d'un  pus  sembla- 
ble à  celui  de  l'abcès  lombaire.  Celui-ci  alors  est  largement 
ouvert,  et  le  malade  guérit  en  un  mois,  (i) 

§  743.  De  Haen  a  publié  un  cas  d'abcès  lombaire  qui  peut 
être ,  jusqu'à  un  certain  point,  rapproché  des  précédens.  L'au- 
teur affirme  que  le  malade  crachait  du  pus ,  et  désigne  la  ma- 
die  sous  le  nom  de  phthisie  cellulaire,  ce  qui  semble  indiquer 
que,  dans  sa  pensée,  l'expectoration  purulente  ne  résultait 
point  d'une  phthisie  pulmonaire.  Mais,  chose  incroyable,  l'état 
des  poumons  n'est  point  indiqué  dans  l'ouverture  du  corps. 

Obs.  IV.  —  Coup  sur  la  région  rénale  k  l'âge  de  lo  ans;  à  l'âge  de 
16  ans,  tumeur  purulente  aux  lombes,  fièvre  hectique,  expectoration 
purulente;  mort.  —  Infiltration  purulente  du  tissu  cellulaire  des  lombes, 
de  l'aine  et  de  la  cuisse  (De  Hacn ,  Sur  quelques  remèdes  nouveaux  ou 
peu  usités.  Journ.  de  médecine  ,  in- 12,  t.  xii,  1760,  p.  no). 

Un  enfant  de  16  ans  fut  amené  à  l'hôpital ,  à  la  vérité  dans 
un  état  fort  délabré.  Il  y  avait  six  ans  qu'il  avait  reçu  sur  les 
reins  un  coup  qu'on  négligea,  et  qui  donna  lieu  à  une  tumeur 


(t)  D'un  autre  côté,  on  a  vu  des  collections  purulentes  aux  lomljes ,  au- 
tour  des  reins,  provenir  de  la  poitrine.  Un  homme  a  un  abcès  lombaire  qui 
•  ouvre  et  fournit  une  grande  quantité  de  pus;  on  soupçonne  qu'un  rein  est 
malade;  mais,  la  mort  étant  survenue,  l'ouverture  du  c.idavre  fit  voir  que  les 
poumons  étaient  tuberculeux,  et  que  le  pus  de  l'abcès  lombaire  tirait  sou 
origine  d'une  vomique  développée  dans  la  plèvre  (Compte  rendu  des  travaux 
As  la  société  royale  de  médecine  de  Bordeaux  pour  tannée  i8i8.—  Archives 
gin.  de  méd.,  lom,  xii,  1829, p.  aSi). 


262  PÉRINÉPHUITE. 

qui  paraissait  pleine  de  pus;  cette  tumeur  subsistait  encore- 
la  fièvre  hettique  s'était  mise  de  la  partie;  le  mulade  crachait 
fe pus  ;  en  un  mot,  il  avait  tous  les  symptômes  d'une  phlhisie 
ConfirmtSe.  Après  avoir  ouvert  la  tumeur ,  pour  donner  jggue 
au  pus ,  et  employé  les  remèdes  les  plus  appropriés ,  nous 
eûmes  recours  au  quinquina  :  il  parut  d'abord  lui  faire  du 
bieo  j  mais  il  survint  une  diarrhée  et  une  douleur  dans  l'aine 
qui  l'emportèrent.  Son  cadavre  ayant  été  ojivert,  on  trouva  tout 
l'interstice  des  muscles  grand  dorsal  et  sacro-lombaire,  ceux 
du  psoas  et  de  l'iliaque  interne,  remplis  de  pus;  après  s'être 
fait  jour  sous  le  ligament  de  Poupart,  il  était  venu  former  une 
poclie  entre  le  triceps  et  le  couturier.  On  poun  ait  appeler  celte 
espèce  de  phthisie ,  phthisie  cellulaire  ,  puisqu'on  effet  elle 
n'avait  attaqué  que  le  tissu  cellulaire  de  ces  parties. 

S  744.  Une  seconde  série  d'abcès  extra-rénaux  contéeutifs 
comprend  les  cas  dans  lesquels  ces  abcès  se  sont  formés  «  la 
SJiite  d'ime  ùiflammatioii  des  reins,  par  simple  contiguilé  et 
sans  perforation  des  calices  et  du  bassinet,  et  par  conséquent 
saps  infiltration  mineuse.  M.  Nivet  (i)  a  montré  à  I4  société 
analomique  un  fait  de  ce  genre.  Tout  le  tissu  cellulaire  qui 
environnait  le  rein  était  enflammé.  La  surface  externe  de  cet 
organe  était  d'un  rouge  vif  et  rempli  d'abcès  miliaires. 

L'observation  suivante,  rapportée  par  M.  Thouet  (2) ,  est  uu 
autre  exemple  de  cette  inflammation  du  tissu  cellulaire  du 
pourtour  du  rein,  sans  perforation.  _ 

0ns.  V.  — ■  Plusieurs  attaques  de  gravclle;  douleur;  tension  et  empâte- 
ment dans  In  région  du  rein  ;  abcès;  incision;  cicatrisation  de  la  plaie  le 
vingt-cinquièmb  jour. 

Un  mercier,  colporteur,  âgé  de  36  ans,  ayant  déjà  éprouvé 
plusieurs  attaques  de  gravelle,  entra  à  l'hôpital  d'Angers,  le 
deuxième  jour  d'une  néphrite  calculeuse,  caractérisée  par  une 
douleur  pongitive  du  l'ein,  une  fièvre  aiguë,  une  dysurie,  avec 

(t)  Bulletin  de  là  société  analomigue,  tom.  1,  i835,  p.ôg» 
(4)  Thonct  (H.).  Dissert.  sur  les  calculs  des  reins  et  la  néphrite  calcaleust, 
p.  i3,  in-4,  Paris,  1816. 


ABCÈS  4.UX0UR  ©lis  REINS.  a6'3 

émission  de  graviers.  On  administra  en  vain  les  caïmans  el  les 
anliplogistiques  ;  les  symptômes  furent  très  intenses  jus(ju'au 
septième  jour,  époque  à  laquelle  on  observa  du  mieu^.  dou- 
leur devint  pulsative;  un  frisson  se  renouvela  plusieurs  fois; 
Iç  malade  se  peignit  de  tension  et  d'engourdissement  dans  le 
rein.  Le  douzième  jour,  la  douleur  augmenta}  les  balfemeus  ge 
firent  sentir  superficiellement  du  cpté  affecté  ;  p»  y  peptait  de 
i'epipâtement;  les  ïirines,  qvii  jusqu'alors  avaient  pté  rares  et 
claii-es,  devinrent  plus  abondantes,  boueuses  et  fétides.  Des 
topiques  émolliens  furent  appliqués  sur  le  lieu  de  l'erapâte- 
meijt.  Le  quinzième  jour,  un  abcès  étant  manifeste,  j'en  fis  l'on.- 
verture  avec  le  bistouri,  eii  présence  de  M.  Garnier,  chirurgieji 
en  chef;  il  en  sortit  eeviroij  une  pinte  de  pus  très  fétide,  liquide 
et  de  couleur  rougeâtre.  Je  cberchai  en  vain  de?  calcul^.  La  plgje 
fut  papsée  simplement.  Le  malade,  miç  à  l'usage  des  toniques, 
alla  de  mieux  en  mieu?;  la  suppuration  fut  abgndante  les  pre- 
njiers  jouf  s.  Divers  mouvemejas  du  corps  favorisaient  l'écoule- 
ment du  pus,  dont  la  quantité  din^ipua  pieu-à-peu.  Les  Uf  iijies 
revinrent  bientôt  h  l'état  paturel.  Jyp  yingt-pinquième  jour  .4e 
l'ouvertui'e  de  l'abcès,  la  plaie  était  cicatrisée,  et  le  malade 
sortit  de  l'bôpital,  encore  faible,  mais  p'éprpuv^flt  pl»^  qije  de 
légères  douleur»  dans     région  du  rein. 

J.  Murait  (i)  a  rapporté  un  c?s  analogue  ^u  précédent  :  ijin 
bon^me  d'une  quarantaine  d'années,  pujpt  depnjs  long-fejflps 
aux  douleurs  néphrétiques,  ayant  été  atteint  d'un  abcès  daps 
la  régiog  lonibçiire  du  côté  gauche,  on  eiji  fit  rouverture  ep  ap- 
pliquant la  pierre  à  cautère  sur  la  tumeur  et  incisant  ensuite 
res.cliare  ;  il  sortit  de  cet  abcès  uijp  livre  dje  pus,  et  le  m^lad^e  je 
jr.établitconjplèteweut  au  bout  de  sept  sem.aiues.  i 

§  74^'  1/e  cas  sfiivap^,  h  P^u^e  de  l'abcès  gutQlir  4.u 

rein  paraît  avoir  été  évidemment  la  tumeur  formée  aux  dipeps 
de  cet  flrgane  ;  tumeur  qui  persista  après  la  guéridon  de  i'^b/cès. 


(i)  Ephem.  nat.  cur.,  dec.  ii,  ann,  3,  oLs.  iSg,  p.  379. 


264 


PÉRINÉPHRlTli. 


Obs.  VI.  —  Tumeur  du  rein  avec  abcès  extra-rénal;  incibion  d«  la  tu- 
meur;  imeumonie;  gucriiou  de  la  pneumonie  et  de  l'abcès  ;  periistance 
de  la  tumeur. 

Marchand  (Louise),  âgée  de  65  ans,  femme  de  ménage, 
mariée.  Entrée  à  la  Chanté  le  ii  août  i836. 

Celle  femme,  petite  et  grêle,  n'a  jamais  été  ahtée.  Réglée  à 
1  âge  de  i3  an.s  et  demi ,  elle  a  cessé  de  l'êlre  à  56  ans;  elle  a 
eu  quatre  enfans. 

S'il  faut  l'en  croire,  il  y  a  trente  ans,  elle  aurait  eu  un  accès 
de  colique  néphrétique  qui  dura  cinq  heures  (douleur  atroce 
dans  le  côté  droit,  avec  vomissemens)  ;  depuis  lors  elle  n'aurait 
point  eu  de  nouvelles  attaques;  seulement,  depuis  cinq  à  six 
mois,  quand  elle  se  lève  de  sa  chaise,  elle  souffre  dans  le  rein 
droit.  Jamais  elle  n'a  eu  de  douleurs  articulaires,  jamais  elle 
n'a  rien  remarqué  d'extraordinaire  dans  ses  urines. 

Il  y  a  huit  jours,  sans  cause  connue,  elle  fut  prise  de  malaise, 
de  fièvre,  avec  douleur  très  vive  dans  le  côté  droit,  en  arrière, 
au-dessous  du  foie;  elle  ne  vomit  point;  les  urines  étaient  plus 
rares. 

Aujourd'hui,  dans  le  côté  gauche,  la  pression  est  extrême- 
ment douloureuse.  En  examinant  les  flancs,  on  s'aperçoit  que 
le  droit  est  beaucoup  élargi  ;  par  la  percussion  ,  on  circonscrit 
une  tumeur  qui,  en  haut,  se  confond  avec  le  foie,  qui  en  avant 
descend  jusque  près  de  la  fosse  iliaque,  et  se  prolonge  jusqu'à 
deux  pouces  eu  dehors  de  l'ombilic  ;  plusieurs  points  de 
cette  tumeur  sont  résistans  ;  d'autres  présentent  de  la  fluctua- 
tion, qui  est  manifeste  lorsque  l'on  embrasse  la  tumeur  avec  les 
mains  placées ,  l'une  antérieurement ,  l'autre  en  arrière ,  et 
qu'on  presse  ainsi  le  flot  du  liquide.  Il  y  a  de  l'engourdissement 
dans  la  jambe  droite. 

La  fièvre  est  violente  (120  pulsations');  la  face  est  rouge,  les 
pommettes  sont  injectées  comme  dans  une  pneumonie,  les 
bruits  du  cœur  n'offrent  rien  d'anomal. 

La  dyspnée  est  remarquable,  surtout  lorsqu'on  la  rapproche 
de  la  iguieté  de  la  respiration  et  de  la  sonorité  restée  naturelle 
de  la  poitrine.  Soif,  inappétence,  langue  sale,  point  de  nausées 


i 


ni 


A.BCKS  AI3TOU11  UliS  REINS.  205 
de  vomisseraens ,  conslipalion  ,  abdomen  non  douloureux, 
excepté  dans  le  poinl  indiqué,  chaleur  générale  et  sueur;  urines 
transparentes,  fortement  colorées  [Saignées  de  trois  palettes; 
ipplication  de  25  sangsues  le  lendemain  ).  Soulagement 
momentané. 

Du  i3au  i5  août,  la  fièvre  ne  tombant  point,  la  diarrhée 
étant  survenue,  la  face  s'altérant  de  jour  en  jour  davantage, 
ou  examine  avec  un  nouveau  soin  la  tumeur,  et  on  s'aperçoit 
que  la  saillie  postérieure  de  la  région  lombaire  est  plus  pronon- 
cée, la  fluctuation  plus  manifeste;  en  avant,  la  tumeur  du  rein 
est  explorée  et  constatée  une  seconde  fois.  Le  diagnostic  parais- 
sant être  abcès  extra-rénal  avec  ou  sans  fistule  du  rein,  avec  dé- 
veloppement morbide  de  cet  organe,  on  se  décide  à  ouvrir  la 
tumeur. 

Le  iC  août,  on  fait  une  incision  de  trois  pouces  de  long  dans 
la  région  lombaire,  et  il  sort  aussitôt  de  cette  plaie  au  moins 
une  pinte  de  pus  séreux,  d'une  odeur  fécale  effroyable;  le  doigt 
plongé  dans  l'incision,  se  promène  dans  un  foyer  considérable 
et  va  toucher  avec  peine  la  face  postérieure  de  la  tumeur  rénale, 
on  ne  pousse  pas  l'opération  plus  loin,  et  la  malade  est  re- 
portée dans  son  lit- 
Elle  est  incroyablement  soulagée.  Le  lendemain  la  figure 
n'exprime  plus  la  souffrance,  le  pouls  n'est  qu'à  82.  Il  n'y  a 
plus  de  douleur  dans  les  lombes,  mais  la  tumeur  persiste  en 
avant ,  les  urines  sont  naturelles,  acides.  Le  pus  continue  à 
s'écouler  en  petite  quantité;  la  plaie,  après  avoir  présenté  un 
aspect  blâfard  les  premiers  jours,  commence  à  se  couvrir  de 
bourgeons  charnus  de  belle  apparence.  Le  a8  août,  elle  marche 
vers  la  guérison.  Mais  le  29,  cette  femme,  ayant  été  découverte 
dans  son  lit,  et  ayant  pris  froid,  eut  du  frisson  toute  la 
journée;  le  lendemain,  on  ausculta  la  poitrine,  et  l'on  constata 
une  pneumonie  déjà  avancée  (râle  crépitant,  souffle  tubaire  ; 
diminution  de  la  sonorité  de  1q  poitrine  ;  fièvre  violente). 

Cette  pneumonie  intercurrente ,  traitée  par  trois  saignées, 
céda,  et  le  18  du  mois  de  septembre  les  choses  en  étaient  reve- 
nues à  leur  premier  état. 
L  incision,  qui  s'était  fermée  quelques  jours  avant  la  pneu- 


É 


a66 


PIÎRINÉPIIRITE. 


monie,  ae  rouvrit,  puis  se  referma,  puis  leaà  septembre  se 
rouvrit  encore,  donnant  chaque  jour,  lorsqu'elle  était  ouverte 
un  demi-verre  de  pu?  séreux  ;  la  tumeur  antérieure  persiste 
toujours,  aussi  volumineuse  qu'au  premier  temps.  Enfin,  le  7 
novembre,  la  plaie  s'étant  refermée  complètement,  et  la  santé 
générale  étant  parfaite,  la  malade  quitta  l'hôpital.  L'abcès 
extra-rénal  était  guéri ,  mais  le  rein  restait  volumineux  el 
dilaté. 

Cette  observation  offre  plusieurs  circonstances  remarqua- 
bles. Il  faut  signaler  d'abord  l'odeur  fécale  du  pus  de  l'abcès , 
sans  qu'il  y  eût  de  communication  du  foyer  avec  l'intestin  ; 
circonstance  que  prouvent  évidemment  la  prompte  dispari- 
tion de  l'odeur  fécale,  constatée  dans  les  pansemens  ulté- 
rieurs, l'absence  de  gaz,  même  quand  on  comprimait  la  tu- 
meur antérieure ,  l'absence  des  matières  fécales  et  de  tous  les 
autres  signes  propres  aux  tumeurs  et  aux  iislules  intestinales. 
La  guérison  de  l'abcès ,  avec  la  persistance  de  la  tumeur  ré- 
nale, n'a  rien  d'étonnant.  Il  existe  dans  la  science  un  assez 
grand  nombre  de  cas  semblables,  dans  lesquels  non-seulement 
un  abcès  extra-rénal  simple  a  été  ainsi  guéri ,  mais  encore 
d'autres  cas  d'abcès  avec  fistule  urinaire  des  lombes,  qui  se  sont 
fermés  et  rouverts  à  diverses  reprises  et  à  des  époques  plus  ou 
moins  éloignées.  Quant  au  développement  d'une  pleuro-pneu- 
monie  et  à  sa  guérison  dans  un  cas  semblable ,  c'est  véritabler 
ment  une  circonstance  remarquable  j  de  telles  observations 
sont  rares. 

§  746.  Dans  l'observation  suivante ,  comme  dans  les  précé- 
dentes ,  l'abcès  extra-rénal  paraît  avoir  été  consécutif  à  une 
inflammation  chronique  du  rein;  mais,  au  lieu  d'être  trans- 
formé en  une  tumeur  faisant  saillie  dans  le  flanc ,  cet  organe 
était  au  contraire  considérablement  atrophié  par  suite  d'une 
inflammation  chronique. 

Obs.  yil.  — Abcès  autour  du  rein  droit  atrophié;  plusieurs  s^nip0mes  de 
néphrite  chronique  (Andral.  Clinique  médicale,  2"^édit.,  t.  iv,  p.  i88). 

Une  femme,  âgée  de  4o  ans,  éprouvait  depuis  long-temps 
une  douleur  sourde  à  la  partie  poetérieuie  du  (Ijinc  droit.  Va 


ABCÈS  AUTOUR  DES  REINS.  267 

an  environ  s'écoula  sans  que  sa  santé  fût  d'ajU^ur^  dérangée  ; 
mais  au  bout  de  ce  temps  les  digestions  se  troublèrent,  àos 
vomissemens  survinrent  par  intervalles,  la  douleur  devint 
plus  vive^  et  un  mouvement  fébrile  s'établit  ebaque  soir, 
f/orsque  cette  femme  entra  à  la  Cbarité,  dix-buit  mois  environ 
après  qu'avait  commencé  »  ^e  manifester  la  douleur  rénale, 
elle  était  dans  un  état  de  marasme  déjà  fort  avancé  ;  le  pouls 
était  habituellement  fréquent ,  il  y  avait  de/?  sueurs  chaque 
nuit.  Le  décubitus  sur  le  côté  gauche  était  le  seul  possible.  La 
cause  de  ces  symptômes  semblait  résider  dans  une  lésion  du 
rein  droit,  annoncée  :  i'  par  l'ancienne  douleur  dont  le  flpnc 
droit  était  le  siège;  a"  par  une  tuméfaction  très  notable  de  la 
partie  postérieure  de  ce  même  flanc ,  qui  était  très  douloureux 
par  une  pression  même  légère;  3°  par  le  caractère  des  urines, 
qui  étaient  rouges  et  déposaient  un  sédiment  blanchâtre.  Plu- 
sieurs applications  de  sangsues  furent  faites  sans  succès.  Iv  em- 
pâtement de  la  région  l  énale  droite  devint  de  plus  en  plus  con- 
sidérable ,  le  membre  abdominal  droit  s'infiltra ,  une  abon- 
dante diarrhée  s'établit ,  et  la  malade  succomba  après  un  sé- 
joar  de  près  de  quatre  mois  à  l'hôpital. 

Ouverture  du  cadavre.  —  Le  colon  ascendant  était  soulevé 
et  repoussé  vers  la  ligne  médiane  par  une  tumeur  volumineuse 
qui  occupait  la  place  du  rein.  A  peine  le  scalpel  y  eut-il  été  en- 
foncé de  quelques  lignes,  qu'on  en  vit  jaillir  un  pus  blanc  jau- 
nâtre très  abondant.  Il  était  contenu  dans  une  poche  bornée  en 
avant  par  le  péritoine,  qui  passait  au  devant  d'elle,  et  qu'elle 
avait  soulevé;  en  arrière,  le  feuillet  aponévrotique  sur  lequel 
repose  le  rein,  était  détruit,  et  du  pus  était  infiltré  entre  les 
muscles  jusque  près  de  la  peau  des  lombes.  En  haut,  ce  pus 
était  séparé  du  foie  par  un  tissu  cellulaire  dur  et  épais,  et  en 
bas  ce  même  tissu  cellulaire  l'empêchait  de  s'étendre  du  côté 
de  la  fosse  iliaque.  Au  milieu  de  cette  poche  purulente,  on  ne 
trouvait  plus  d'autre  vestige  du  rein  qu'un  corps  qui  n'avait  pas 
le  quart  du  volume  d'un  rein  ordinaire ,  mais  qui  en  avait  d'ail- 
leurs la  forme,  la  structure  et  duquel  partait  l'ui-elère.  L'autre 
rem  ctaii  «aiu.  La  surface  interne  de  la  ves«ie  pré3entait  une 
couleur  ardoisée  et  un  aspect  rugueux.  La  membrane  muqueuse 


268  PKRirriÎPHRITE. 

du  colon  était  molle,  comme  pulpeuse  sans  être  rouge.  Le 
grand  cul-de-sac  de  l'estomac  était  remarquable  par  l'extrême 
minceur  de  ses  parois,  qui,  en  plusieurs  points,  ne  sem- 
blaient plus  réellement  constituées  que  par  le  péritoine. 

S  747.  L'observation  suivante  offre  une  particularité  assez 
remarquable  :  une  inflammation  très  bien  dessinée  de  la  mtm~ 
brane  cclluleuse  et  sous-fibreuse  du  rein  coïncidant  avec  une 
inflammation  du  bassinet  et  des  calices,  déterminée  elle-même 
par  un  cancer  fongueux  de  la  vessie. 

Obs.  VIII.  —  Cnncer  fongueux  de  la  vessie;  inflammation  de  l'uretère, 
du  bassinet  et  des  calices  du  rein  droit,  aven  exsudation  de  lymphe 
plastique  j  dilatation  de  l'uretère  gauche  ;  abcès  au-dessous  de  la  mem- 
brane fibreuse  du  rein  gauche  (Atlas,  Pl.  ivii). 

Laudu,  Pierre,  âgé  de  5i  ans,  jardinier,  né  à  Bristol,  en- 
tré à  l'hôpital  de  la  Charité,  le  i5  juillet  i83i,  pour  s'y  faire 
traiter  d'une  maladie  des  voies  urinaires.  Après  de  longues 
souffrances,  cet  homme  mourut  le  i6  septembre  i83i. 

État  extérieur  An  cadavre.  Maigreur;  point  d'œdème;  séton 
au-dessus  du  pubis. 

Abdomen,  Point  de  sérosité  dans  la  cavité  du  péritoine;  foie 
d'un  volume  naturel ,  un  peu  gorgé  de  sang  ;  Vésicule  du  fiel 
volumineuse;  intestin  grêle  sain;  quelques  ganglions  lym- 
phatiques du  mésentère  pâles  et  plus  volumineux  que  dans 
l'état  naturel;  le  colon  descendant  très  rétréci;  le  rectum,  le 
cœcum  ,  le  colon  ascendant,  le  colon  transverse  distendus  par 
des  gaz  ;  la  membrane  muqueuse  du  colon  molle  et  rouge  en 
quelques  points.  En  cherchant  à  enlever  l'estomac,  on  déchira 
la  membrane  fibreuse  du  rein  gauche  vers  sa  partie  supérieure. 
Par  cette  déchirure ,  il  s'écoula  environ  deux  cuillerées  à  bou- 
che de  pus  liquide.  Un  abcès  s'était  formé  au-dessous  de  la 
membrane  fibreuse ,  dans  la  membrane  celluleuse  du  rein. 
La  membrane  fibreuse  était  épaissie  et  adhérait  intimement  à 
la  membrane  celluleuse  dans  les  points  où  du  pus  n'avait  point 
été  déposé. 

La  membrane  celluleuse  offrait  des  espèces  de  cloisons  ou 
de  filamens  qui  flottaient  dans  l'eau.  Supérieurement,  cet  abcès 
de  la  membrane  celluleuse  du  rein ,  après  avoir  détruit  la 


ABCiS   AUTOUR   DES   REINS.  269 

iiembrane  fibreuse,  semblait  s'être  propagé  dans  la  capsule  sur- 
énale.  La  membrane  celluleuse  était  très  adhérente  à  la  sub- 
tance corticale  du  rein.  Ce  rein  ayant  été  ouvert  de  la  grande 
ourbure  vers  la  scissure,  il  s'écoula  une  assez  grande  quantité 
le  pus  de  la  cavité  du  bassinet.  Ce  pus  tenait  en  suspension 
me  petite  quantité  de  graviers  blancs;  le  bassinet  était  dilaté, 
inaissa  cavité  n'était  pas  très  arborisée.  Presque  toutes  les  pyra- 
mides de  la  substance  tubuleuse  étaient  occupées  par  un  foyer 
de  pus  ;  toutes  présentaient  une  petite  caverne  ;  les  mamelons 
étaient  peu  enflammés;  quelques  mamelons  étaient  affaissés 
par  suite  de  l'accumulation  du  pus  dans  la  cavité  du  bassinet, 
\ulour  de  la  plupart  de  ces  petites  cavernes ,  existaient  des 
cercles  d'un  rouge  assez  animé.  Quelques  points  de  la  sub- 
3lance  tubuleuse  étaient  d'un  rouge  plus  vif;  il  existait  en  outre 
de  petits  points  purulens,  mais  en  plus  petit  nombre,  dans  la 
substance  corticale. 

L'uretère  gauche ,  dilaté  d'une  manière  remarquable ,  conte- 
nait du  pus  qui  tenait  un  peu  de  sable  en  suspension.  Ce  conduit, 
contourné  à  une  petite  distance  du  rein  ,  présentait  inférieure- 
ment  plusieurs  valvules.  La  membrane  interne  de  l'uretère  était 
rouge. 

Le  rein  droit  était  un  peu  plus  arborisé  extérieurement  que 
dans  l'état  naturel.  La  membrane  intei^ne  du  bassinet  offrait 
une  rougeur  très  foncée  et  comme  ecchymosée ,  et  de  petits 
mamelons  blanchâtres  formés  par  un  dépôt  de  lymphe  coa- 
gulable.  Le  bassinet  et  plusieurs  points  de  l'uretère  contenaient 
du  pus  et  des  graviers.  Une  couche  de  graisse  assez  épaisse  en- 
veloppait le  bassinet  j  la  capsule  surrénale,  les  veines  et  les 
artères  rénales  et  leurs  principales  divisions  étaient  saines. 

La  vessie  très  contractée  contenait  une  sorte  de  boue  blan- 
châtre qui  cachait  un  champignon  cancéreux  volumineux.  Le 
canal  del'urèthre,  enflammé  à  son  extrémité  extérieure,  conte- 
nait de  la  matière  purulente  qui  provenait  de  la  vessie. 

Poilrine.  Point  de  sérosité  dans  les  plèvres,  adhérences  an- 
ciennes des  lobes  inférieurs  des  poumons  avec  les  parois  de  la 
poitrine.  Poumon  droit  crépitant,  sans  œdème  dans  les  bron- 
ches, sans  engouement  à  sa  partie  postérieure.  Poumon  gauche 


270  p^éttîtn^pnniTR. 

engoué  h  sou  bord  postérieur  et  fournissant  beaucoup  d'écume, 
lorsqu'on  l'incise.  Un  peu  de  sérosité  dans  le  péricarde,  liyper- 
fropliie  concentrique  du  ventricule  gauche  du  cœur.  Valvules 
du  cœur  et  dé  l'origine  des  gros  vaissoaux  saines.  Aorte  légère* 
ment  dilatée  à  sa  grande  courbure,  oiz  l'on  remarque  de  petites 
plaques  alhéromateuses. 
Tête  saine. 

S  748.  La  troisièffte  série  d'abcès  extra-rénaUx  consécutifs 
comprend  les  cas  dans  lesqviels  ces  abcès  se  sont  très  probable» 
ment  formés,  à  la  suite  tfune  fistule  rénale,  borgne  ,  interne, 
et  le  plus  ordinairement  dans  des  cas  de  pyélile  calculeuse.  Les 
observatloiis  suivantes  sont  des  exemples  de  ces  abcès  et  du 
traitement  qtti  peut  leur  être  appliqué  avec  succès. 

0ns.  !X.  —  Aiicfes  à  la  tégion  lombaire  droite,  apparaissant  plus  tard  k  lâ 
partie  supérieure  de  la  fosse  Iliaque.  —  Application  de  la  pierre  à  oan» 
xkre,  ineision  de  l'escharei  issue  du  pus,  suivie  de  fistule j  extraction  d'une 
pierre;  persistance  de  la  fistule  (Lafilte,  in  Mém.  de  l'Acad.  de  cliirurgie, 
t.  II,  p.  a3C). 

Eh  i^s^,  au  TtloJâ  d'octobre,  feu  M.  Sauré  vit  Un  Jeunehomme 
d'environ  26  ans  qui  avait  une  tumeur  de  la  grosseur  d'un  œuf 
h  la  région  lombaire  droite;  elle  avait  été  précédée  de  douleurs 
de  rein,  semblables  à  celles  de  la  iiéplirétique.  M.  Sauré  y  appli- 
qua des  cataplasmes  émolliens  et  maluratifs  qui  furent  conti- 
nués jusqu'itu  tt  novembre.  La  tumeur,  ayant  quitté  sa  pre- 
mière situation ,  se  fixa  à  la  partie  supérieure  de  la  région 
illaque  du  même  côté.  M.  Sauré  y  appliqua  une  tramée  de 
pierre.'j  à  cautère  qui  firent  l'eschare  convenable;  la  tumeur 
s'afi'aissft. Il  survint  une  fièvre  violente  avec  délire,  mais  lèi 
saigtlées  calmèrent  les  accidens,et,  après  une  consultation  avec 
M.  Botidou,  M.  Sauré  ouvrit  profondément  l'eschare  d'oii  11 
sortit  qUfctitité  de  pus.  La  plaie  fut  pansée  selon  les  règles 
de  l'art,  et,  malgré  les  attentions  de  IVI.  Sauré ,  elle  dégénéra 
en  fistule. 

An  mois  de  juin  1738  je  fus  appelé  pour  le  même  malade; 
il  ftvait  la  fièvre,  une  douleur  vive  au  rein  droit ,  et  sa  fistule 
sèche  avec  iûflammalioii  aux  bords  ;  à  quelques  lignes  de  dis* 


A.BcfeS  AUTOUR  DES  REINS.  27! 

tance  de  l'orifice,  je  sentis,  par  le  moyen  de  la  sonde,  un  corpft 
dur.  Après  avoir  pansé  le  malade,  je  le  saignai,  et  la  fièvre 
cessa.  Le  lendemain  je  fis  l'extraclion  d'une  pierre,  qui  avait  la 
figure  d'un  mamelon  du  rein,  mais  la  plaie  est  toujours  restée 
fisluleûse  ,  ce  qui  me  fait  présumer  que  c'est  en  conséquence 
de  quelque  autre  pierre  dans  ce  viscère,  parce  qûe  le  malade  y 
sent  des  douleurs  qui  répondent  à  la  fistule. 

Obs.  X.         Tumeur  inflammatoire  aux  lombes  ;  incision  ;  suppuration. 

Fistule.  8  ans  après ,  sortie  d'un  calcul  (Lafitte,  in  Mémoires  de  l'Acadé- 
mie de  chirurgie,  t.  ir,  p.  237). 

M.  La  Batte  eut,  en  1741,  une  tumeur  inflammatoire  à  la  ré- 
gion lombaire,  et  qui  se  termina  par  suppuration;  l'ahaès  fui 
ouvert  et  traité  suivant  les  règles  de  l'art,  néanmoins  il  resta 
fistuleux.  En  1747,  il  vint  à  Paris  et  consulta  MM.  Petit  et  Le- 
dran,  qui  sondèrent  la  fistule.  Quoiqu'ils  portassent  la  sonde  à 
quatre  travers  de  doigls  de  profondeur,  ils  ne  sentirent  point  de 
pierre.  Bans  les  exemples  que  nous  avons  rapportés,  on  poar- 
rftit  croire  avec  quelque  sorte  d'apparence  que  la  sonde  était 
arrêtée  ou  par  l'obliquité  du  sinus  ou  par  quelques  chairs  fon- 
gueuses. 

Quoi  qu'il  en  soit,  on  ne  conseilla  autre  chose  au  malade  que 
de  tenir  le  sinus  ouvert  avec  des  bougies.  Il  retourna  à  Pau, 
et  au  bout  de  iK  mois  il  sortit  naturellement  de  la  fistule  une 
pierre  grosse  comme  la  seconde  phalange  du  petit  doigt,  que 
M.  La  Batte  a  finvoyée  à  l'Académie. 

Qbs.  XI  — Abcès  dans  la  région  lombaire  gauclie  ;  incision.  —  Fistule. — 
Introduction  d'une  sonde.  —  Présence  d'un  calcul.  —  Incision  en  T;  ei- 
traclion  de  2  calculs;  guérison  (Lafitte,  Sur  les  cas  ou  la  néphrolomie  se  fait 
avec  succès.  —  Mém.  de  l'Acad.  roy.  de  cliiruirgie,  iu-i",  t.  li,  p.  453). 

Le  ta  décembre  1734,  je  fus  appelé  pour  voirune  femme  âgée 
de  31  ans,  qui  avait  depuis  i5  jours  une  tumeur  à  la  région 
lombaire  gauche  avec  fièvre  et  dévoiement.  Cette  tumeur  avait 
été  précédée  de  douleurs  vaguns  qui  s'étendaient  d'abord  de- 
puis les  reins  jusqu'à  la  partie  supérieure  du  dos  et  qui  s'étaient 
fixées  à  la  tumeur;  la  couleur  de  la  peau  n'était  point  changée. 


272  p>!;niNi:PHRiTE. 

En  touchant  la  tumeur,  j'y  sentis  une  tluctualLou  très  profonde  ; 
pour  apaiser  la  douleur  et  amincir  les  léguraens,  j'y  mis  un  ca- 
taplasme anodin,  et  je  prescrivis  le  régime  convenable.  Le  len- 
demain la  tumeur  était  beaucoup  plus  saillante  et  plus  circon- 
scrite; je  mis  en  usage  le  cataplasme  maluratif,  et  en  5  ou  6  jours 
la  fluctuation  de  la  matière  devint  plus  sensible.  Je  me  détermi- 
nai alors  à  faire  l'ouverture  de  l'abcès  ;  il  en  sortit  beaucoup  de 
pus  de  différentes  couleui  s.  J  e  fig  toutes  les  recherches  nécessaires 
pour  savoir  si  la  matière  n'avait  point  quelque  autre  foyer,  et  je 
n'en  découvris  aucun.  Je  pansai  la  plaie,  et  je  prescrivis  une 
diète  exacte.  La  fièvre,  qui  jusque-là  avait  toujours  continué, 
parut  se  modérer  dès  le  lendemain,  et  elle  diminua  chaque  jour, 
et  le  quinzième  la  malade  n'en  ressentit  plus  du  tout.  Les  pan- 
semens  méthodiques  furent  continués,  le  pus  devint  blanc,  la 
bonne  qualité  des  chairs  et  les  progrès  de  la  cicatrice  me  don- 
naient tout  lieu  d'espérer  que  la  malade  guérirait  comme  d'un 
abcès  ordinaire.  Le  vingt-deuxième  jour  de  l'opération  la  ma- 
lade eut  de  la  fièvre,  et  sentit  une  douleur  puisa tive  à  la  plaie. 
Je  soupçonnai  quelque  excès  dans  le  régime,  mais  la  malade 
m'assura  qu'elle  avait  été  très  exacte  à  observer  celui  que  je  lui 
avais  prescrit.  Je  trouvai  en  levant  l'appareil  qu'il  était  inondé 
de  pus  ;  je  continuai  à  panser  simplement,  et  j'observai  que  de 
deux  ou  trois  jours  l'un,  il  sortait  une  plus  5<rande  quantité  de 
pus  que  l'étendue  apparente  de  la  plaie  n'était  capable  d'en  four- 
nir; ce  pus  était  toujours  de  différentes  couleurs,  et  je  ne 
doutai  plus  de  l'existence  d'un  foyer  situé  profondément.  Je 
demandai  le  conseil  de  IVl.  Jallet,  je  lui  fis  le  détail  de  tout  ce 
qui  s'était  passé  ;  nous  convînmes  qu'il  fallait  porter  une  sonde 
dans  l'orifice  du  sinus  qui  pouvait  nous  conduire  au  foyer  in- 
connu. La  sonde  y  pénétra  à  la  profondeur  de  4  ou  5  pouces 
et  me  fit  sentir  un  corps  dur,  tel  que  serait  une  pierre.  L'ori- 
fice, qui  était  devenu  calleux,  était  situé  entre  la  crête  de  l'os  des 
îles  et  la  dernière  des  fausses  côtes,  à  égale  distance  de  l'une  et 
de  l'autre  de  ces  parties  et  des  apophyses  transverses  des  ver- 
tèbres des  lombes.  L'ouverture  étroite  du  sinus  et  son  obli- 
quité m'empêchèrent  d'en  retrouver  la  route,  le  lendemain;  je 
ne  pus  y  parvenir  que  le  troisième  jour.  J'introduisis  alors 


ABCÈS  EXTRA-RÉNAUX.  1']?> 

une  sonde  de  plomb  percée  à  son  extrémité  et  garnie  d'un 
ruban  de  fil  pour  l'assujettir  dans  le  sinus.  Le  lendemain 
MM.  Jallet,  Bimont  et  Faget  le  jeune  vinrent  avec  moi  chez  la 
malade.  A  la  faveur  de  la  sonde  de  plomb  que  j'avais  laissée  la 
veille  dans  la  plaie,  j'y  insinuai  une  sonde  d'argent,  et  je  fis 
toucher  à  ces  messieurs  le  corps  étranger  dont  j'ai  parlé.  Nous 
conclûmes  qu'il  fallait  nécessairement  en  faire  l'extraction.  La 
malade  y  ayant  consenti,  je  portai  une  sonde  cannelée  dans  la 
plaie,  et,  avec  un  bistouri  droit  qtîê  je  conduisis  dans  la  canne- 
lure, je  fis  une  incision  longitudinale  qui,  en  traversant  l'an- 
,  cienne  cicatrice  ,  s'étendait  jusqu'à  la  dernière  des  fausses 
i  côtes;  j'allongeai  ensuite  l'incision  par  en  bas.  Les  duretés 
I  et  les  callosités  traversées  par  cette  incision  ne  me  permirent 
pas  de  tirer  le  corps  étranger ,  je  fus  obligé  d'en  faire  une 
I  transversale  d'environ  trois  travers  de  doigt  du  côté  de  la 
partie  antérieure  du  ventre ,  ce  qui  donna  à  la  plaie  la  fi- 
gure d'un  T.  La  profondeur  du  corps  étranger  ne  permettant 
]  pas  de  le  saisir  avec  les  doigts,  je  pristdes  pincettes  à  anneau, 
I  et,  par  leur  moyen,  je  fis  d'abord  l'extraction  d'une  pierre  de 
1  la  grosseur  d'une  aveline;  ayant  reporté  le  doigt  dans  la  plaie^ 
]  je  sentis  une  autre  pierre  que  je  tirai  de  mêmequelapi'écédente  : 
«  elle  était  de  la  grosseur  d'une  noix  et  d'une  figure  irrégulière. 
I  H  sortit  ensuite  une  quantité  de  pus  de  différentes  couleurs.  Je 

I  n'en  observai  point  dans  les  urines:  Ainsi  il  y  a  lieu  de  croire 
)  que  le  sac  qui  contenait  les  pierres  ne  communiquait  point  avec 

II  le  bassinet.  Je  pansai  la  malade  avec  le  digestif  ordinaire  ;  la 
I  suppuration  fut  très  abondante  jusqu'au  quinzième  jour,  elle 
é  diminua  à  mesure  que  la  régénération  des  chairs  se  fit,  et  enfin 
1  la  plaie  fut  presque  consolidée  le  quarante-deuxième  jour  de 

l'opération,  à  la  réserve  du  sinus  dont  la  suppuration  tarit  peu- 
à-peu,  et  la  guérison  fut  parfaite. 

§  749-  Il  arrive  parfois  que  des  ahcès  exlra-rénaux ,  consé- 
cutifs à  des  pyélites  calculeuses,  viennent  faire  saillie  au  pli 
i  de  l'aine  ou  dans  la  fosse  iliaque- 


III. 


i8 


PÉRINJÉPHRITE. 


Obs.  XI.  —  Abcis  à  la  région  iliaque  dont  1»  foyer  était  dans  le  rein 
(M.  Trabuc.  Journ,  de  méd.  chir.  pharm.  t.  tx,  1783,  p.  146). 

«  Le  sieur  Fontaine  se  présenta  à  l'hôpital  d'Aix  ;  il  avait  de- 
puis quelque  temps  une  tumeur  assez  considérable  à  la  région 
iliaque  gauche.  Les  coliques,  l'insomnie,  le  dégoût,  une  fièvre 
continue,  un  teint  pâle,  une  figure  décharnée,  étaient  les  symp- 
tômes qui  accompagnaient  cette  tumeur.  Le  malade  était  d'un 
tempérament  phlegmatiqaie,«t  il  était  sujet  aux  obstructions, 
La  fluctuation  était  manifeste  dans  la  tumeur.  Le  foyer  parais- 
sait étendu  et  profond,  la  douleur  était  quelquefois  considé- 
rable et  se  portait  alors  jusqu'à  l'hypochondre  gauche. 

Le  séjour  de  la  matière  purulente  pouvait  devenir  mortel, 
l'ouverture  de  l'abcès  n'était  pas  sans  danger.  Dans  cette  al- 
ternative inquiétante,  et  pour  le  malade  et  pour  l'homme  de 
l'art,  la  nature  ne  présentait  pas  une  indication  qui  ne  fût  à 
l'instant  combattue  par  une  indication  contraire. 

Le  malade  était  peu  disposé  à  l'opération  ;  on  fut  donc  obligé 
de  la  retarder  :  le  repos,  le  régime ,  quelques  légers  raédica- 
mens,  quelques  topiques  émolliens  affaiblirent  la  violence  des 
symptômes.  Au  bout  de  cinq  semaines  ils  étaient  presque  dis- 
sipés. Le  malade  sortit,  il  se  croyait  guéri),  il  ignorait  que  le 
germe  de  cette  cruelle  maladie  n'était  qu'assoupi. 

Il  fut  contraint  de  revenir  deux  mois  après,  mais  plus  abattu 
et  plus  exténué  que  la  première  fois,  et  la  tumeur,  qui  s'était 
d'abord  presque  entièrement  effacée,  avait  acquis  depuis  un  très 
gros  volume.  On  ne  balança  plus  sur  les  moyens  qu'on  avait  à 
prendre  ;  l'opération  fut  résolue,  et  le  sieur  Fontaine  s'y  sou- 
mit volontiers. 

L'abcès  ouvert  donna  du  pus  en  quantité  ;  ce  pus  était  fétide, 
sanguinolent,  la  plaie  fut  pansée  selon  les  règles  de  l'art,  mais 
on  ne  put  jamais  parvenir  à  procurer  une  suppuration  louable  ; 
les  bords  devinrent  mollasses,  blafards,  et  la  fièvre  parut  pren- 
dre un  nouveau  degré  de  force. 

On  était  loin  de  penser  alors  que  le  foyer  fût  dans  le  rein, 
et  encore  ^noins  qu'il  fût  occasioné  par  la  présence  de  plu- 
sieurs pierres  dans  ce  viscère  ;  le  pus  n'amenait  avec  lui  ni 


FISTULES  RlÎDfALES.  ^'jS 

sable,  ni  gravier,  ni  urines;  celles-ci,  d'ailleurs,  étaient  claires, 
et  le  genre  de  coliques  qu'éprouvait  le  malade  ne  paraissait  pas 
tenir  des  néphrétiques. 

Le  sieur  Fontaine  traîna  encore  pendant  deux  mois  une  vie 
languissante;  tous  les  jours  ses  forces  s'exténuaient,  il  dépéris- 
sait à  vue  d'œil,  enfin  une  diarrhée  survint,  et  il  mourut. 

L'ouverture  du  cadavre  présenta  d'abord  une  quantité  prodi- 
gieuse d'un  pus  infect;  le  rein  du  côté  malade  était  d'une  gros- 
seur extraordinaire,  il  était  en  suppuration  ;  on  trouva,  dans  sa 
substance  tubuleuse ,  des  pierres  de  différentes  grosseurs,  au 
:  nombre  de  16;  elles  étaient  chacune  dans  une  petite  loge  d'un 
,  tissu  cellulaire  fort  fin  et  séparées  par  de  petites  cloisons  lisses 
I  et  polies  ;  le  reste  du  rein  était  dans  un  état  de  fonte  qui  ne  per- 
1  mit  pas  de  faire  d'autres  observations. 

C'était  donc  du  rein  que  venait  ce  pus ,  et  c'était  ce  pus  qui 
.  avait  formé  cet  abcès  à  la  région  iliaque,  et  cela  par  le  tissu  adi- 
j  peux  qu'on  sait  être  fort  étendu  et  adhérent  aux  reins  et  aux 
I  muscles  de  Tabdomen  ;  ce  pus  avait  glissé  de  cellules  en  cellules 
et  s'était  déposé  en  cet  endroit- 
Il  ne  reste  aucun  doute  sur  la  possibilité  qu'il  y  a  qu'un  ab- 
(  ces  du  rein  se  communique  ailleurs,  et  que  ce  soit  par  le  moyen 
I  du  tissu  cellulaire  qui  l'entoure.  Mais  je  demande  quel  se- 
1  rait  le  signe  pathognomonique  (abstraction  faite  des  signes 
I  antécédens  )  de  la  qualité  et  de  la  quantité  du  pus  qui  pour- 
r  rait  faire  reconnaître  si  la  suppuration  venait  du  rein ,  et  quel 
serait,  dans  un  cas  pareil  à  celui  que  je  viens  de  rapporter, 
k  les  moyens  curatifs  à  mettre  en  usage.  » 

Fistules  rénales. 

§  7^0,  Les  fistules  rénales ,  rarement  consécutives  aux  plaies 
des  i-eins,  se  forment  le  plus  souvent  à  la  suite  des  inflamma- 
tions des  bassinets  et  des  calices  distendus  par  le  pus ,  qui  ne 
peut  s'écouler  librement  à  travers  l'uretère  dans  la  vessie. 

Ces  fistules ,  déterminées  dans  la  plupart  des  cas  par  la  pré- 
sence d'un  ou  plusieurs  calculs  dans  le  bassinet  ou  l'uretère , 
peuvent  s'ouvrir  soit  dans  le  tissu  cellulaire  extra-péritonéal , 
soit  à  l'extérieur  dans  la  région  lombaire  ou  vers  l'arcade  cru- 

18. 


Û^fi  FISTIlLr.S 

raie,  soit  dans  le  colon  ou  le  duodénum ,  soit  dans  la  cavité 
du  péritoine ,  soit  enfin  dans  la  plèvre  ou  le  poumon  corres- 
pondant au  rein  affecté. 

De  toutes  ces  fistules ,  les  plus  fréquentes  communiquent 
de  l'intérieur  du  bassinet  ou  des  calices  dans  le  tissu  cellulaire 
sur  lequel  repose  le  rein  par  sa  face  postérieure.  Il  est  rare 
qu'elles  soient  très  nombreuses,  quoique  j'aie  vu  des  cas  de  pyé- 
lites  calculeuses  dans  lequel  le  rein,  baigné  dans  un  vaste  clapier, 
était  troué  à  sa  face  postérieure  comme  une  espèce  de  crible. 

Lorsque  les  ouvertures  de  communication  du  bassinet 
avec  un  abcès  extra-rénal  sont  moins  nombreuses ,  lorsque 
l'inflammation  du  tissu  cellulaire,  provoquée  par  une  légère 
infiltration  urineuse ,  se  borne  et  se  circonscrit ,  soit  que  l'abcès 
s'ouvre  spontanément  à  l'extérieur,  après  avoir  distendu  et 
aminci  les  parties  molles,  soit  que  l'art  en  opère  l'ouverture, 
il  en  résulte  une  fistule  rénale ,  lombaire ,  à  travers  laquelle 
s'écoule  un  mélange  de  pus  et  d'urine  ;  mélange  quelquefois 
reconnaissable  à  son  odeur  urineuse,  ou  à  la  présence  de  l'urée, 
de  l'acide  urique  cristallisé,  ou  à  celle  d'un  urale  facile  à  con- 
stater par  l'inspection  microscopique  aidée  de  réactifs.  Quoique 
le  plus  ordinairement  il  n'existe  qu'une  seule  fistule  à  la  ré- 
gion lombaire ,  il  peut  arriver  qu'on  en  remarque  deux  ou  un 
plus  grand  nombre  résultant  de  l'ouverture  successive  de  plu- 
sieurs abcès  extra-rénaux. 

Il  est  plus  rare  de  voir  des  fistules  rénales  s'ouvrir  dans 
la  cavité  du  péritoine  que  dans  d'autres  régions,  cette  mem- 
brane étendue  sur  la  face  antérieure  des  reins  et  des  bassinets, 
étant  un  obstacle  à  leur  formation.  Toutefois  j'ai  observé  cette 
fâcheuse  terminaison  de  la  pyélite  dans  des  cas  où  le  bassinet 
offrait  intérieurement  plusieurs  ulcérations.  Le  pus  et  l'urine 
s'étant  épanchés  par  de  petites  ouvertures  dans  la  cavité  du 
péritoine,  la  mort  suivit  promptement  cet  accident,  qui  déter- 
mina l'inflammation  très  aiguë  de  cette  membrane. 

Les  fistules  rénales  s'ouvrent  quelquefois  dans  l'intestin. 
Lorsque  le  rein  droit  est  distendu  parle  pus,  une  communica- 
tion peut  s'établir,  soit  avec  le  duodénum ,  soit  avec  le  colon 
ascendant. 


nàN  LES-LOMBAIRES.  a 7  7 

Dans  le  cas  de  communication  avec  le  duodénum  (Atl.P.I  xx) 
on  a  quelquefois  retrouvé  les  élémens  caractéristiques  du  pus 
et  de  l'm  ine  dans  la  matière  de  vomissemens  survenus  peu  de 
temps  après  le  passage  du  pus  et  de  l'urine  dans  l'intestin. 
Les  exemples  des  fistules  du  rein  gauche  ,  s'ouvrant  dans  le 
i  colon  descendant,  sont  moins  rares  que  les  précédens.  La 
communication  s'établit  rarement  avant  que  la  tumeur  formée 
par  le  rein  dilaté,  ait  acquis  des  dimensions  considérables-  Le 
degré  de  cette  dilatation  est  très  variable  j  dans  un  cas  je  l'ai  vu 
l  tel  ,  que  la  tumeur  s'étendait  de  haut  en  bas  depuis  le  dia- 
phragme jusqu'à  l'arcade  crurale  (Atjlas.  Pl. xix,  fig-  i). 

Dans  tous  les  cas,  le  passage,  dans  le  colon,  du  pus  et  de  l'u- 
rine altérée,  quelquefois  accompagné  de  selles  évidemment 
purulentes  et  urineuses,  l'est  toujours  de  douleurs,  de  diar- 
rhée ou  d'autres  symptômes  d'une  inflammation  chronique  du 
gros  intestin. 

Lorsque  la  pyélo-néphrite  s'est  terminée  par  une  ou  plu- 
sieurs perforations  de  la  partie  postérieure  du  rein ,  et  que 
l'urine,  épanchée  dans  le  tissu  cellulaire  extra-péritonéal,  y  a 
déterminé  la  formation  d'un  abcès,  il  peut  ai-river  que  l'in- 
flammation s'étende  proche  en  proche  ;  qu'une  vaste  col- 
lection purulente ,  après  avoir  rempli  tout  le  flanc ,  vienne 
faire  saillie  vers  l'arcude  crurale,  et  que  la  nature  ou  l'art  lui 
donne  uneissuepar  une  ouverture  plus  ou  moins  considérable. 
kDans  d'autres  cas  le  rein ,  énormément  dilaté  et  transformé 
en  une  espèce  de  sac  ovoïde ,  se  perfore  à  l'extrémité  inféi'ieure 
vers  l'arcade  crurale. 

Enfin  ,  on  a  vu  le  rein  gauche  ,  distendu  par  du  pus  ou  par 
inne urine  purulente  accumulée  dans  le  bassinet  et  les  calices, 
icontracter,  par  son  extrémité  supérieure,  des  adhérences  avec 
le  diaphragme,  celui-ci  adhérer  avec  la  base  du  poumon,  et,  par 
lauite  d'une  perforation  ,  une  communication  s'établir  entre  les 
Aronches  et  les  calices  ou  le  bassinet ,  mais  ce  cas  est  des  plus 
érares. 

■    §7^^'  Fistules  rénales  lombaires. 
1 

J'ai  rapporté  {%  720-733)  plusieurs  cas  de  fistules  rénales 


2'j8  FISTULES 

lombaires,  consécutives  à  des  pyélites  calculeuses.  Ces  fistules 
peuvent  être  borgnes  et  être  la  cause  de  périnéphrites  par  per- 
foration du  rein.  Ces  cas,  assez  nombreux,  sont  pour  ainsi  dire  le 
début  d'une  fistule  rénale  complète.  L'ouverture  des  abcès 
consécutifs  à  ces  fistules  doit  être  pratiquée  le  plus  tôt  possible. 

Les  fistules  rénales  lombaires  ,  complètes  ,  peuvent  être  la 
suite  de  perforations  du  bassinet  ou  des  calices  ,  déterminées 
par  une  violence  extérieure ,  par  une  blessure ,  par  des  calculs 
et  par  des  vers  développés  dans  le  bassinet  et  l'uretère ,  enfin 
par  la  gangrène  du  rein,  du  bassinet ,  ou  du  tissu  cellulaire 
extra-rénal. 

Dans  des  cas  de  blessures  des  reins  ou  de  leurs  conduits  excré- 
teurs ,  on  a  vu ,  malgré  la  sortie  de  l'urine  par  la  plaie ,  les 
malades  obtenir  une  guérison  prompte  et  durable  (i).  Chez 
d'autres  malades ,  moins  heureux ,  la  plaie  cicatrisée  s'est  rou- 
verte ;  une  fistule  rénale  lombaire  s'est  établie ,  et  la  guérison 
n'a  eu  lieu  qu'au  bout  d'un  temps  plus  ou  moins  long  (2). 

Les  fistules  rénales  lombaires  traumatiques  sont  moins  opi- 
niâtres que  celles  qui  résultent  de  la  perforation  sponta- 
née ,  ou  opérée  par  l'art,  d'un  abcès  rénal. Il  y  a  peu  d'exem- 
ples de  fistules  rénales  lombaires,  tranmatiques ,  qui  ne 
soient  pas  guéries  à  la  longue ,  lorsque  le  malade  a  survécu  à  la 
blessure.  Ces  fistules  peuvent  être  entretenues  pendant  quelque 
temps  par  des  corps  étrangers  qui  se  sont  introduits  dans  les 
voies  urinaires  (Obs.  vni,  §  336). 

Les  fistules  rénales  lombaires  paraissent  avoir  été  quelque- 
fois la  suite  d'abcès  rénaux  vermineux. 

La  Peyre  (3),  médecin  de  l'Hôtel-Dieu  de  la  ville  d'Auch, 

(i)  T.-A.  y\%o.  Practica,  Lugdnni,  in-ia,  i56r,  p.  294.  —  Paré.  OEurres, 
lib.  X,  phap.  35.—  Heister.  yist.  chirurg.,  part.  2,  sect;  t,  cap.  140,  S  i4-  — 
Dplamotte.  Traitp  cantplet  dç  chirurgie,  t.  p,  p.  445i  in-ia,  1722.  t-t  Mcoh. 
Giom.  med.  Napol.,  vol.  vtii,  fasc.  5,  p.  ^S. 

(a)  Hennen.  Principlet  0/  mililary  surgerr,y  edit.,f.  iii.—Ibid.,  p.  i^o. 

Kopetzki.  Dissert,  de  vomitu  et  mictu  truento. 

(3)  La  Peyre ,  Abcès  à  la  région  lombaire  (  Journal  de  médecine ,  t.  i.xt 
1785,  p.  375). 


I 


RÉNALES-LOMBAIRES.  a  79 

rapporte  qu'un  abcès  à  la  région  lombaire suivi  de  fistule , 
s'ouvrit  à  l'aine  droite  et  s'étendit  à  la  cuisse,  oii  il  se  forma 
une  nouvelle  fistule.  A  l'ouverture  du  corps,  on  trouva  le  rein 
droit  transformé  en  grande  partie  en  une  masse  graisseuse ,  et 
trois  vers  ayant  trois  pouces  et  demi  de  long  dans  le  même 
rein;  trois  autres  étaient  fixés  ou  comme  lardés  dans  les  mus- 
cles voisins.  Il  y  avait  en  outre  une  carie  de  l'épine  vers  l'at- 
tache des  piliers  du  diaphragme  {Voyez  :  Strongle). 

Tant  que  l'urine  suinte  par  la  fistule,  il  ne  faut  pas  se  hâter  de 
fermer  la  plaie;  de  nouveaux  accidens  ,  plus  ou  moins  graves, 
résultant  de  la  rétention  du  pus,  pourraient  se  développer. 

Le  diagnostic  des  fistules  rénales  lombaires  offre  peu  de 
difficultés  lorsque  le  liquide  qui  suinte  de  la  fistule  a  l'odeur  de 
l'urine,  lorsque  le  pus  contient  de  l'urée,  de  l'acide  urique  ou 
des  urates,  lorsque  la  fistule  a  été  précédée  d'une  inflammation 
du  bassinet  ou  du  rein.  Cependant  on  a  vu  des  fistules  urinaires 
aux  lombes  ou  dans  le  flanc ,  consécutives ,  non  à  une  perfora- 
tion du  rein,  mais  à  une  perforation  de  l'uretère,  de  la  vessie,  et 
peut-être  de  l'urèthre. 

Quant  aux  fistules  stercorales  aux  lombes,  et  à  celles  qui 
sont  consécutives  à  des  abcès  par  congestion  ,  elles  offrent  des 
caractères  distinctifs  qui  ne  permettent  pas  de  les  confondre 
avec  les  fistules  urinaires. 

Par  une  appréciation  exacte  des  accidens  primitifs  et  par  une 
exploration  attentive  de  l'abcès  fistuleux  ,  il  faut  chercher  à 
déterminer  si  la  fistule  est  entretenue  par  le  séjour  du  pus  dans 
un  clapier  ou  bien  par  la  présence  d'un  calcul. 

Lorsque  la  fistule  est  entretenue  uniquement  par  la  disposi- 
tion du  foyer  et  par  le  séjour  du  pus ,  il  faut  favoriser  le  libre 
passage  du  pus  et  de  l'urine  par  la  fistule.  Si  on  a  la  certitude 
qu'il  n'existe  pas  de  corps  étrangers,  après  avoir  vidé  le  pus  con- 
tenu dans  l'abcès,  on  en  rapprochera,  par  une  douce  compres- 
sion, les  parois,  pour  favoriser  le  recollement.  On  cautérise  les 
fongosités  qui  se  développent  à  l'orifice  externe  ou  dans  le 
trajet  du  conduit  fistuleux,  et  on  le  dilate  s'il  s'est  rétréci.  Il 
convient  même  dans  les  cas  oii  on  est  certain  qu'il  n'existe  pas 
de  corps  élrangei-s  au  fond  du  foyer,  de  le  tenir  ouvert  par  lo 


a  Ho  I  ISTULES 

moyen  d'une  mèche,  afin  que  la  guérison  s'opère  de  dedans 
en  dehors.  On  a  vu  des  accidens  très  graves  ,  et  même  la  mort 
survenir  à  la  suite  de  l'occlusion  de  semblables  abcès  fisluleux 
dont  le  fond  avait  continué  de  fournir  du  pus. 

Le  malade  doit  être  placé  dans  les  conditions  les  plus  favo- 
rables à  la  nutrition;  ces  fistules  guérissent  plus  facilement 
lorsque  les  malades  prennent  de  l'embonpoint. 

Dans  les  fistules  l  énales  lombaires  ,  suite  de  pyélite  calcu- 
culeuse,  presque  toujours,  avant  que  l'abcès  soit  perceptible 
au  dehors  ,  la  peau,  le  tissu  cellulaire  et  les  muscles  des  lombes 
sont  profondément  altérés  et  désorganisés  par  l'inQamraation. 

Après  l'ouverture  de  l'abcès ,  ces  fistules  peuvent  persister 
pendant  plusieurs  mois,  pendant  des  années  même,  mais  elles 
guérissent  quelquefois  très  promptement  après  la  sortie  spon- 
tanée ou  l'extraction  d'un  ou  de  plusieurs  calculs.  Cette  extrac- 
tion offre  quelquefois  de  graves  difficultés.  Pour  l'opérer ,  il 
faut  souvent  agrandir  l'ouverture  de  la  fistule,  et,  dans  les  cas 
de  calculs  branchus  ,  il  pourrait  être  nécessaire  de  pratiquer ,  à 
la  substance  même  du  rein,  plusieurs  incisions.  On  aime  mieux, 
en  général,  attendre  que  le  calcul  branchu  se  soit  un  peu 
dégagé  par  suite  de  l'atrophie  du  rein,  que  de  chercher  à 
l'extraire  ou  à  le  broyer. 

Si,  après  la  guérison  apparente  d'un  abcès  fistuleux,  rénal, 
lombaii  e ,  il  survient  de  la  fièvre  et  une  douleur  fixe,  aiguë  ou 
sourde ,  au  côté  des  lombes  oîi  siégeait  la  fistule,  si  on  sent  au- 
dessous  de  la  cicatrice  un  corps  dur,  ou  une  fluctuation  même 
obscure,  il  faut ,  à  l'exemple  de  Roonhuysen  ,  inciser  les  lom- 
bes sur  la  cicatrice  et  jusqu'au  foyer. 

On  est  souvent  dans  l'incertitude  au  sujet  de  la  présence 
ou  de  l'absence  d'un  corps  étranger  au  fond  d'un  abcès  fistu- 
leux, rénal,  lombaire  ;  on  a  vu  ,  en  effet,  des  abcès  autour  des 
reins,  survenir  dans  des  cas  de  pyélite  calcul euse,  sans  qu'il 
y  eût  perforation  du  bassinet  ou  des  calices  (§  737),  Etd'unautre 
côté  ,  une  semblable  perforation  a  eu  lieu  dans  des  cas  de  gan- 
grène de  rein ,  indépendante  d'un  corps  étranger.  Dans  ces  cas 
douteux,  il  faut  agir,  pendant  quelque  temps,  comme  s'il  exis- 
tait réellement  un  corps  étranger,  inaccessible  à  l'instrument. 


RÉJSALES-LOMBAIllES.  iiSl 

§752.  J'ai  rapporté  quelques  exemples  de  fistules  rénales 
lombaires,  consécutives  à  des  abcès  autour  des  reins  (§  748),  et 
j'en  ai  indiqué  plusieurs  autres  dans  l'historique  de  la  pyélite. 
Il  me  semble  inutile  de  multiplier  ces  exemples  ;  mais  je  crois 
devoir  reproduire  ici  une  observation,  recueillie  par  DesauU, 
remarquable  par  cette  circonstance  des  plus  rares ,  que  les 
fistules  urinaires  lombaires  dépendaient  peut-être  d'une  fis- 
tule vésicale  ou  uréthrale. 

Obs.  I.  Difficulté  d'uriner  dès  l'enfance;  coup  de  poing  sur  les  bour- 
ses, vers  l'âge  de  9  iins ,  suivi  d'abcès  et  d'une  augmentation  de  la 
difficulté  d'uriner  ;  tn^ëàr  inflammatoire  à  la  partie  antérieure  de  la 
région  lombaire  gauche ,  dégénérant  plus  tard  en  fistule  urinaire  ; 
nouveau  dépôt,  suivi  d'une  autre  fistule  dans  la  même  région,  mais  pins 
en  dehors;  un  mois  après,  nouveau  foyer  et  nouvelle  fistule  près  du 
pubis  du  même  côté;  enfiu  quatrième  fistule  à  la  région  lombaire  droite 
en  avant  et  en  bas  ;  persistance  de  ces  quatre  fistules  j  guérison  radicale  le 
cent  quarante-huitième  jour  après  le  rétablissement  complet  du  cours 
de  l'urine  par  la  voie  naturelle  (Desault,  OEuvi:  chirurg.,  t.  m,  p.  3oi, 
3«  éd.,  i8i3). 

Frédéric-Louis  Omet,  âgé  de  10  ans,  entra  à  l'Hôtel-Dieu,  le 
3  septembre  1790,  pour  se  faire  traiter  d'une  rétention  d'urine 
et  de  plusieurs  fistules  urinaires  qu'il  avait  au  bas-ventre. 

Dès  le  plus  bas  âge,  cet  enfant  urinait  difficilement.  Pendant 
long-temps  une  gêne  plus  ou  moins  marquée  à  la  sortie  des 
urines  avait  été  la  seule  incommodité  qu'il  ressentît.  Cette  dif- 
ficulté s'accrut  vers  la  huitième  année,  et  engagea  les  parens  à 
demander  des  conseils.  Après  l'emploi  de  divers  moyens,  on  en 
vint  à  l'introduction  de  la  sonde  ,  qui  fut  très  laborieuse ,  et  on 
borna  les  secours  médicinaux  à  l'eau  de  lin  pour  boisson  habi- 
tuelle. Pendaut  un  an ,  le  cours  des  urines  fut  facile  ;  mais  il 
cessa  de  l'être  à  l'occasion  d'un  coup  de  poing  violent  que  l'en- 
fant reçut  en  jouant  au  côté  droit  des  bourses.  Aussitôt  le  lieu 
frappé  devint  le  siège  d'une  vive  douleur. Bientôt  après,  il  y  eut 
du  gonflement  et  un  dépôt ,  et  les  urines  ne  sortirent  plus  qu'à 
petit  jet.  On  ne  chercha  pas  néanmoins  à  reconnaître  avec  la 
sonde  l'étal  du  canal  ;  on  ne  b'occupa  que  du  dépôt,  qui  suivit 


FISTDLES 

ia  marche  ordinaire,  à  cela  près  que  le  pus  demeura  toujours 
séreux.  L'ouverture  résultant  de  ce  dépôt  guérit,  et  la  difficulté 
de  rendre  les  urines  resta  la  même. 

Peu  de  temps  après,  il  se  manifesta  dans  la  partie  antérieure 
de  la  région  lombaire  gauche  une  tumeur  qui ,  s'étant  enflam- 
mée, et  ayant  été  ouverte,  donna  du  pus,  parfois  mêlé  de  quel- 
ques gouttes  d'urine,  et  se  convertit  en  fistule.  Après  un  court 
intervalle,  il  parut,  vers  le  même  endroit,  mais  un  peu  en 
dehors,  un  autre  dépôt  dont  l'ouverture  dégénéra  de  même  en 
une  seconde  fistule.  Au  bout  d'un  mois,  on  remarqua,  dans  la 
même  région,  un  peu  au-dessus  du  pubis,  un  nouveau  foyer;  et 
après  un  pareil  espace  de  temps,  un  *^uatrième  dépôt,  qui 
s'approchait  de  la  région  lombaire  droite,  et  n'était  éloigné  de 
l'arcade  crurale  que  d'à-peu-près  un  pouce  et  demi.  Ces  ouver- 
tures ne  guérissant  point,  la  région  hypogastrique  offrit  quatre 
fistules.  Dans  les  premiers  temps,  elles  laissèrent  sortir  quel- 
ques gouttes  d'urine  ;  bientôt  elles  en  donnèrent  davantage,  et 
enfin  il  n'en  passa  presque  plus  par  l'urèthre.  La  petite  quantité 
qui  enfilait  ce  canal  n'y  coulait  que  par  un  filet  très  mince  et 
goutte  à  goutte,  quelquefois  même  par  regorgement.  L'endroit 
des  bourses  qui  avait  été  le  siège  du  premier  dépôt,  se  rouvrit, 
et  produisit  une  cinquième  fistule. 

Lorsque  l'enfant  se  présenta  à  l'Hôtel-Dieu ,  les  fistules 
étaient  extrêmement  étroites,  placées  au  centre  de  chairs  fon- 
geuses  et  environnées  de  duretés  considérables  ;  cet  enfant  res- 
sentait dans  tout  l'hypogastre  des  douleurs  assez  vives,  et  n'uri- 
nait presque  plus  par  l'urèthre. 

D'après  l'inspection  des  parties,  on  fut  porté  à  croire  que  les 
urines  ne  pouvaient  parvenir  aux  parois  de  l'abdomen  que  par 
une  crevasse  au  corps  de  la  vessie,  et  cette  conjecture  était 
d'autant  plus  vraisemblable,  que  l'on  ne  sentait  point  de  cor- 
don qui  se  dirigeât  des  boui'ses  vers  le  canal ,  ni  du  côté  des 
anneaux  jusque  dans  le  bas-ventre.  On  ne  pouvait  cependant 
pas  rejeter  la  possibilité  d'une  crevasse  à  l'urèthre,  d'autant 
plus  qu'il  y  avait  une  fistule  au  scrotum  ,  et ,  dans  ce  cas ,  les 
urines  eussent  pu  se  frayer  des  routes  diverses  depuis  le  canal 
jusqu'à  l'anneau  du  côté  droit,  et  fuser  entre  les  parois  de  l'abr 


RÉNALES-LOMBAIRES.  '^83 
domen,  où  leur  séjour  eût  déterminé  les  dépôts  qui  y  étaient 
survenus. 

Dans  la  vue  de  guérir  les  fistules  en  rétablissant  le  calibre  de 
l'urèthre,  et  le  cours  naturel  des  urines,  Desault  essaya  d'intro- 
duire une  algalie  dans  la  vessie.  Cet  instrument  se  trouva  fort 
serré  par  le  canal  jusqu'au  périnée;  cependant  avec  un  peu 
de  force,  il  avança  un  peu  plus  loin,  sans  néanmoins  attein- 
dre la  vessie.  La  dilatation  opérée  parl'algalie  procura  la  pos- 
sibilité d'introduire,  à  l'aide  d'un  stylet  de  fer,  une  petite  sonde 
de  gomme  élastique  enduite  de  cérat,  et  qui,  au  moyen  de  quel- 
ques légers  mouvemens  de  rotation,  parvint  enfin  dans  la  ves- 
sie, qu'on  trouva  singulièrement  racornie.  On  fixa  la  sonde  à 
l'ordinaire,  avec  des  fils  de  colon  ;  les  urines  y  coulèrent  facile- 
ment, et  l'on  remarqua  qu'elles  laissaient  un  dépôt  purulent. 
On  appliqua  sur  toute  Vétendue  des  duretés  du  bas-ventre  un 
cataplasme  éraoUient,  et  l'on  donna  de  l'eau  de  lin  pour  bois- 
son :  le  cours  des  urines  s'établit  dès-lors  par  la  sonde,  et  dimi- 
nua par  les  fistules.  Le  malade  fut  ce  jour-là  plus  tranquille,  et 
ne  soufirait  point  de  la  présence  de  la  sonde. 

Le  lendemain,  la  douleur  dans  la  région  hypogastrique  était 
moindre.  Le  troisième  jour,  la  suppuration  se  manifestait  déjà 
aux  parois  du  canal  ;  un  mélange  de  pus  et  d'urine  passait  par 
les  fistules;  les  duretés  qui  les  accompagnaient  étaient  déjà 
moins  considérables. 

Entre  le  quatrième  et  le  dixième  jour,  il  n'y  eut  rien  de  remar- 
quable ;  seulement  la  sonde  fut  nettoyée  le  sixième,  et  réintro- 
duite assez  facilement;  le  pansement  et  le  régime  restèrent  les 
mêmes.  L'enfant  se  promena  avec  la  même  facilité  que  s'il  n'eût 
point  porté  de  sonde. 

Le  seizième  jour,  toute  l'urine  passait  par  la  sonde,  excepté 
quelques  gouttes ,  mêlées  au  pus  qui  sortait  assez  abondam- 
ment par  les  ouvertures  fistuleuses.  Une  partie  des  duretés 
était  détruite,  et  il  n'en  restait  qu'à  la  circonférence  des  fistules. 

Le  dix-buitième  jour,  la  sonde  étant  devenue  libre  dans  le 
canal,  on  en  introduisit  une  autre  un  peu  plus  grosse,  presque 
sans  résistance.  On  reconnut  de  nouveau  par  le  moyen  de 
celle  sonde  que  la  vessie  était  étroite  cl  très  sensible  à  sa  partie 


284  FISTULES 

supérieure  ;  le  contact  de  cet  instrument  y  produisait  une  dou- 
leur vive  qui  se  répandait  particulièrement  dans  toute  la  région 
hypogastrique  :  celte  douleur  se  dissipait  dès  qu'on  relirait  la 
soude ,  et  qu'elle  ne  dépassait  pas  le  col.  On  continua  les  ca- 
taplasmes émolliens  sur  le  bas-ventre. 

Le  vingt-et-unième  jour,  il  ne  restait  plus  de  trace  de  fistule 
au  côté  droit  des  bourses.  Celle  qui  se  trouvait  dans  la  région 
lombaire  gauche  ne  laissait  plus  sortir  d'urine;  les  duretés  en 
étaient  fondues,  et  les  chairs  fongueuses  qui  l'environnaient  au- 
paravant, affaissées  ;  les  autres  fistules  n'étaient  pas  aussi  avan- 
cées, mais  il  n'y  passait  que  très  peu  d'urine,  et  seulement  lors- 
que l'enfant  faisait  de  violens  efforts  pour  aller  à  la  garderobe. 

Le  vingt-quatrième  jour,  la  fistule  des  bourses  se  trouva 
cicatrisée,  et  l'on  n'y  sentait  plus  aucune  dureté;  les  urines 
passaient  également  bien  par  la  sonde. 

Le  trente-cinquième  jour,  les  duretés  de  tout  le  côté  droit  de 
l'hypogastre  étaient  presque  résoutes;  il  n'eu  restait  plus  que 
quelques-unes,  même  très  superficielles.  Les  fistules  ne  four- 
nissaient plus  d'urine  qu'à  des  intervalles  fort  éloignés j  la 
sonde  était  beaucoup  plus  libre  dans  le  canal. 

Le  quarante-sixième  jour ,  la  suppuration  de  l'urèthre  était 
à-peu-près  tarie;  et  le  quarante-neuvième,  ce  canal  parut  aussi 
libre  qu'on  pût  le  désirer.  A  celle  époque,  on  était  très  avancé 
dans  la  cure  des  fistules.  Celle  de  la  région  lonlbaire  gauche  et 
celle  du  côté  droit  étaient  tout-à-fait  guéries.  Les  deux  autres 
fistules  qui  occupaient  l'intervalle  des  premières  n'étaient  plus 
fongueuses ,  ne  conservaient  que  de  très  légères  duretés  et  ne 
donnaient  que  rarementissue  à  quelques  gouttes  d'urine. Cet  état 
resta  absolument  le  même  jusqu'au  quatre  vingl-lroisièxne  jour. 
De  temps  à  autre,  il  passait  trois  à  quatre  gouttes  d'urine  parles 
deux  fistules  qui  restaient  encore;  mais  le  plus  souvent  ce  n'é- 
tait qu'un  léger  suintement  de  pus.  On  continua  le  même 
traitement,  la  sonde  fut  nettoyée  tous  les  six  jours,  et  fixée  sur 
le  prépuce,  parce  que  le  gland  était  devenu  d'une  extrême  sen- 
sibilité. 

Plusieurs  semaines  s'écoulèrent  sans  qu'il  passât  par  les  deux 
dernières  fistule»  une  seule  goulle  d'urine;  et  le  cent  vingl-el- 


i 


Rb*NALES-TNGTTlNA.LFS.  9.85 

unième  jour,  l'une  de  ces  fistules  placée  entre  celle  qui  avoisi- 
nait  le  pubis  et  celle  de  la  région  lombaire  droite  était  parfaite- 
ment guérie. 

L'enfant  se  portait  fort  bien,  et  la  fonte  des  duretés  se  trouva 
complète  le  cent  quarante-cinquième  jour.  Trois  jours  après, 
la  dernière  ouverture  fistuleuse  était  aussi  cicatrisée,  et  l'on  put 
alors  retirer  la  sonde.  L'enfant  urina  plus  facilement  qu'il  ne 
l'avait  jamais  fait,  et  à  très  gros  jet.  Depuis  cette  époque  jus- 
qu'au cent  quatre-vingt-dix-neuvième  jour,  le  séjour  de  cet  en- 
fant dans  l'hôpital  permit  de  s'assurer  que  la  guérison  était 
parfaite  et  à  l'abri  de  toute  récidive. 

§  753.  Dans  l'observation  précédente,  bien  que  les  fistules  uri- 
naires  fussent  situées  aux  lombes,  Dessault  paraît  avoir  pensé  que 
le  point  de  départ  de  ces  fistules  était  dans  la  vessie  ou  même 
dans  l'urèthre.  Dans  l'observation  suivante,  le  rein  a  été  évi- 
demment la  source  des  fistules ,  bien  qu'une  d'elles  se  soit  ou- 
\erle  au  pli  de  la  cuisse,  dans. un  point  très  éloigné  du  siège 
primitif  du  mal. 

Obs.  II.  —  Abcès  dans  ta  région  lombaire  droite;  issue  d'un  calcul; 
nouvel  abcès  dans  la  même  région  ;  abcès  au  pli  de  la  cuisse ,  communi- 
quant par  un  trajet  fistuleux  avec  l'abcès  lombaire  (Ledran.  Obs.  chirurg. 
t.  II ,  p.  87.  —  Ckopart.  Traité  des  malad.  des  'voies  urinaires,  t.  i,  p.  274  ). 

Une  veuve ,  âg^  d'environ  35  ans ,  eut  en  1695 ,  dans  la  ré- 
gion lombaire  droite ,  un  abcès  considérable ,  qui  fut  ouvert  à 
deux  travers  de  doigt  de  l'apophyse  transverse  de  la  seconds 
vertèbre  des  lombes.  Quelque  temps  après,  il  sortit  une  pierre 
grosse  comme  un  pois  ;  ensuite  la  malade  guérit ,  et  en  re- 
couvrant sa  santé  elle  devint  très  grasse.  En  1709  ,  au  bout 
de  14  ans,  elle  ressentit  de  la  douleur  dans  l'endroit  oii  elle 
avait  euson  premier  abcès;  il  survint  une  inflammation  autour 
de  l'ancienne  cicatrice,  la  fièvre  redoubla ,  les  frissons  devin- 
rent plus  fréquens  et  toujours  irréguliers  ,  l'inflammation 
augmenta,  et  la  malade  sentait  profondément  une  douleur  pul- 
sative.  On  employa  les  cataplasmes  maturatifs.  Le  troisième 
jour ,  sentant  la  fluctuation  quoique  profonde  du  pus ,  Ledran 
Pttvrit  la  tumeur  à  côté  de  l'ancienne  cicatrice,  transversale- 


a  86  yiSTrirBs 

meut  et  dans  l'étendue  de  trois  travers  de  doigts.  Il  sortit  une 
chopine  de  pus  de  bonne  qualité,  et  dans  les  jours  suivans 
il  s'en  évacua  encore  une  grande  quantité.  Le  fond  du  fojer 
purulent  était  large  et  plus  bas  que  l'ouverture  extérieure.  Le 
pus,  les  injections  détersives,  ne  sortaient  librement  que  lois- 
que  la  malade  était  couchée  horizontalement.  La  plaie  devenait 
tous  les  jours  plus  étroite.  Ledran  soupçonnant  dans  le  foyer 
une  pierre  qui  entretenait  la  suppuration  et  que  la  nature 
porterait  au  dehors,  maintint  les  parois  de  la  plaie  écartées,  au 
moyen  d'une  canule  d'argent,  un  peu  aplatie,  de  la  grosseur 
du  petit  doigt,  et  de  deux  pouces  de  longueur.  Cette  canule 
donnait  une  issue  libre  au  pus  et  conduisait  les  injections.  Une 
année  se  passa  sans  aucun  changement.  La  malade  ne  sen- 
tant aucun  mal ,  allait  à  la  campagne  et  se  faisait  panser  par  sa 
domestique  :  elle  acquit  un  embonpoint  considérable.  Au  bout 
de  ce  temps  il  ne  sortit  presque  plus  de  matière  par  la  canulei; 
l'ulcère  était  sec  ;  il  survint  de  la  fièvre,  on  remarqua  un  peu 
de  pus  dans  l'urine  ce  qui  n'était  pas  encore  arrivé.  Ces  acci^ 
dens  venaient  de  ce  que  la  canule  était  bouchée  par  de  la 
graisse  qui  s'était  accrue  dans  le  trajet  de  l'ulcère,  et  qui  rete- 
nait le  pus  dans  le  foyer  situé  près  du  rein.  Ledran  perça  ce 
tissu  graisseux  avec  une  sonde  introduite  par  la  canule ,  et  il  en 
sortit  environ  deux  pintes  de  pus.  Il  mit  une  canule  plus 
longue  ,  et  les  accidiens  cessèrent.  Six  semaines  après ,  il  parut, 
k  la  partie  antérieure  de  la  cuisse,  du  même  côté,  à  quatre  pouces 
au-dessous  du  pli  de  l'aine,  une  petite  tumeur  rouge,  dure, 
douloureuse ,  qui  contenait  du  pus  ;  elle  fut  ouverte  comme  un 
abcès  simple.  Ledran  s'aperçut  le  lendemain  qu'il  y  avait  dans 
le  fond  de  l'abcès ,  un  sinus  d'oii  le  pus  sortait  par  la  pressioH 
des  doigts.  Il  dilata  ce  sinus  au  moyen  de  l'éponge  préparée; 
puis  avec  des  bougies  de  linge  ciré  et  roulé ,  il  s'assura  de  la 
communication  des  deux  abcès  à  un  foyer  commun  près  du 
rein.  Enfin  ,  il  pénétra  jusqu'à  ce  foyer  ;  pour  lors  le  pus  coula 
librement.  Persuadé  que  ce  n'était  qu'un  seul  abcès  qui  avait 
deux  issues,  l'une  aux  lombes,  l'autre  à  la  cuisse ,  Ledraîi  es- 
saya de  passer  un  séton  d'une  ouverture  à  l'autre ,  mais  ne 
pouvant  y  parvenir ,  il  laissa  la  canule  dans  l'ulcère  des  lombes 


RÉNALES-GASTRTQUES.  ^87 

et  conliQua  l'usage  des  bougies  qui  étaient  longues  de  quinze 
pouces,  et  de  la  grosseur  d'un  tuyau  de  plume  d'oie.  Comme 
elles  étaient  molles  et  pliantes,  elles  ne  gênaient  point  les 
mouvemens  de  la  cuisse,  et  la  malade  n'en  était  point 
incommodée.   Les  injections  faites  par  la  canule  sortaient 
en  partie  par  le  chemin  de  la  bougie.  Ce  traitement  eut, 
pendant  quinze  mois,  tout  le  succès  possible;  la  malade 
agissait  comme  si  elle  n'eût  eu  aucune  incommodité.  Au  bout 
de  ce  temps,  la  suppuration  s'arrêta  toul-à-coup  ,  quoique  les 
deux  issues  parussent  libres.  Il  se  fil  une  métastase ,  le  pus  se 
porta  sur  les  poumons  ;  la  malade  en  cracha  presque  aussitôt 
que  la  difficulté  de  respirer  se  fit  sentir,  et  elle  mourut ,  suffo- 
quée, au  bout  de  36  heures.  A  l'ouverture  du  corps ,  Ledran 
trouva  le  ventre  farci  d'une  quantité  prodigieuse  de  graisse, 
i  Le  rein  droit  s'était  fondu  par  la  suppuration.  Ce  n'était  plus 
qu'une  petite  vessie,  de  la  grosseur  d'une  noisette,  de  l'épais- 
'  seur  d'un  parchemin,  et  remplie  d'une  pierre  noire,  divisée 
t  en  deux  parties.  De  cette  vessie  rénale,  à  l'extrémité  de  la 
(  canule ,  il  y  avait  environ  un  pouce  de  distance  ;  un  sinus  cal- 
1  leux  faisait  la  communication  de  l'un  à  l'autre.  L'extrémité 
c  de  la  bougie  qui  pénétrait  par  l'ulcère  de  la  cuisse  ,  se  perdait 
(  dans  le  tissu  adipeux ,  au  devant  du  rein.  Il  y  avait  plusieurs 
I  sinus  autour  de  cette  partie,  dont  l'un  communiquait,  par 
l  l'aine,  à  la  cuisse.  Il  ne  parut  aucun  épanchement  dans  la  poi- 
»  trine;  les  vésicules  pulmonaires  étaient  pleines  de  pus  blanc: 

I  n'ayant  pu  être  expectoré,  il  a  suffoqué  cette  dame. 

§  764.  Fistules  rénales-gastriques. 

Il  pourrait  arriver  dans  un  cas  de  py élite  calculeuse  du 

II  rein  gauche,  que  le  pus  se  fit  jour  dans  l'estomac ,  et  qu'une 
|<  certaine  quantité  de  pus  et  d'urine  et  même  de  calculs  (i)  fussent 

(i)  k.  cette  occasion  je  crois  deroir  rappeler  deux  observations  qu'on  •  son- 
vent  citées  sans  remarque  critique,  et  qui  sont  relatives  à  de»  vomissemena 
d'urine  et  de  calculs,  vomissemcns  très  probablement  simulés.  On  lit  dans  tes 
Transactions  philosophiques  (Xun.  1678,  n.  3)  qn'one  femme  de  21  ao* 
rendit  par  la  bouclie ,  après  de  violentes  douleurs  néphrétiques ,  accomp»» 


288 


FISTIJLr.S 


ainsi  rejetés  par  le  vomissement.  Toutefois  je  ne  connais  aucun 
exemple  bien  authentique  de  fistules  rénales  gastriques.  Ce- 
pendant l'observation  suivante,  adressée  à  Rivière  par  le  méde- 
cin qui  en  était  le  sujet,  mérite  d'être  notée  malgré  toutes  ses 
imperfections ,  et  malgré  les  doutes  que  laisse  dans  l'esprit  la 
guérison  d'un  cas  aussi  extraordinaire, 

gnées  de  yomuseniens  et  de  rétentiou  d'urine,  un  grande  quantité  de  gra- 
viers semblables  à  du  café,  et  pesant  ensemble  une  demi-oiice;  cette  expulsion 
ent  lieu  à  la  suite  d'un  lavement  qui  sortit  aussi  par  la  bouclie,  sans  excré- 
mens  :  la  malade  continua  de  rendre  ainsi  les  remèdes  et  le  bouillon  ,  outre 
line  grande  quantité  de  pierres  ;  pendant  plusieurs  mois,  il  lui  sortit  jour- 
nellement par  la  bouche  depuis  une  demi-once,  jusqu'à  six  et  même  qua- 
torze gros  de  pierres  grosses  comme  des  pois  et  des  avelines;  ensuite  elle 
vomit  de  l'urine;  puis  elle  rendit  des  pierres,  à-la-fois  par  la  bouche,  par 
l'anus  et  par  l'urèthre  :  cette  malade,  qui  avait  été  long-temps  sans  aller  à 
la  selle  et  sans  uriner,  remplissait  alors  ces  deux  fonctions  en  partie;  lors- 
qu'elle allait  à  la  garderobe,  elle  vomissait,  mais  les  pierres  passaient  par  la 
vessie  ;  le  bas  ventre  était  gonflé  ;  en  y  touchant ,  on  entendait  un  bruit  causé 
par  le  frottement  des  pierres  ;  l'bypochondre  gauche  était  dur  et  la  région 
lombaire  droite  douloureuse. 

Un  autre  fait  aussi  extraordinaire  et  aussi  douteux  se  trouve  dans  l'an- 
cien Journal  de  médecine  (t.  xvii ,  p.  I73)  :  Une  fille  âgée  de  dix-huit 
ans  ,  d'une  constitution  robuste  ,  mais  hystérique  ,  fut  prise  de  coliques 
néphrétiques  et  de  rétention  d'urine  ;  le  cathétérisme  fit  reconnaître  une 
pierre  engagée  dans  le  col  de  la  vessie;  elle  fut  extraite  avec  des  pinces 
à  anneaux  :  la  malade  en  rendit  ensuite  quatre  cent  soixante-seize,  toutes 
de  grosseur  moyenne ,  sans  comprendre  celles  qui  sortirent  par  l'anus  , 
en  nombre  égal  à  la  moitié  des  précédentes  ,  et  cela  dans  l'espace  de 
cinq  jours  ;  elle  continua  de  rendre  des  graviers  en  grande  quantité , 
quelquefois  trois  quarterons ,  puis  une  demi-livre  en  diminuant  ;  trois 
mois  après ,  à  la  suite  de  nouvelles  dbuleurs  néphrétiques ,  il  sortit  cent 
quatre-vingt-six  pierres  par  l'urèthre  et  soixante-dix-neuf  par  les  selles; 
au  bout  de  six  mois  ,  la  malade  rendit  encore  beaucoup  de  sable;  six 
mois  plus  tard,  nouvelle  émission  de  pierres,  en  très  grande  quantité,  par 
l'urèthre  et  l'anus  ;  elles  étaient  gro^es  comme  des  pois  et  des  lentilles  ; 
au  bout  de  quatre  mois  il  y  eut  une  attaque  de  paralysie  générale,  qui  céda 
à  divers  remèdes,  après  quoi  la  malade  jouit  d'une  santé  parfaite.  Le  rédac- 
teur de  l'observation  assure  avoir  été  témoin  de  l'issue  des  calculs  par 
l'anus. 


RÉNALES- GASTRIQUES. 


Obs.  III.  —  Doulcnrs  dans  la  région  du  rein  gauche;  petits  graviers  rendus 
par  le  vomissement.  Guérison. 

Sœvissima  nephritide  per  quadriennium  laboravi ,  sine  seu- 
sibili  renum  vel  hepatis  intempérie  calida ,  a  qua  sensira  (Deo 
favente)  sura  liberafus  usu  aquarura  vitriolatarum  Aurelii  apud 
Daiensesj  atvix  calcules  arenasque  eraingere  cessaveram,  cum 
in  cruciatus  crudelissinios  incidi  lateris  sinistri  sub  costis 
circa  lienem  :  dolor ,  brevi  spatio  circonscriptus ,  ad  ventrem 
et  urabilicum  nonporrigebatur,  ren  tanlum  sinisler  alternalim 
compaliebatur,  ventriculus  maxime  sinistrorsum ,  prœcipue 
cum  vomitus  instaret.  Solvitur  primo  non  ante  decimara  dieni 
affectas  iste  :  his  observalis ,  quod  neque  alvus  erat  supressa  , 
ut  in  colico  dolore ,  neque  urina  repressa ,  ut  in  nephritide  ; 
contra  urinae  copiosse  mingebantvir,  crassse ,  turbidœ ,  in  qui- 
bus  laterculos  pulverisatos  dissolûtes  fuisse  dixisses ,  quod 
breviter  matulae  fundum  petebant  :  at  nihilominus  crassa  ista 
hypostasis  non  erataspera,  neque  uUo  modo  calculosa,  sed  cal- 
cis  instar  in  urinam  levi  agitatione  rursum  diffundebatur.  ïali 
paroxysmo  prima  hyeme  ter  quaterve  similiter  fui  cruciatus  , 
celebrando  ad  tanli  doloris  expulsionem  remédia ,  quœ  in  co- 
lico vulgo  usurpari  soient,  uno  omisso  balueo,  a  quo  pessime 
habueram  in  principio.  Verum  cum  vomitus  frequens  et  la- 
boriosus  inter  csetera  symptomata  maxime  infeslaret,  quem 
angor  et  gravis  cardialgia  prsecedebat ,  venit  in  auimum  explo- 
rare  accuratius  cujus  conditionis  esset  raateria  illa,  quse  tam 
abunde  etiam  jejuno  yentriculo  rejectabatur.  Erat  certe  quoad 
colorem,  e  rubro  nigricans,  pultis  consistentia  ,  crassa  tenax- 
que ,  in  qua ,  dum  bacillo  agitatur ,  multi  calculi  cineritii  et 
subflavi ,  quales  per  urinas  primo  excreveram,  inventi  suut^ 
non  kernel  tantum,  sed  quoties  vomerem ,  magno  conatu  et 
labore,  vel  quoties  talis  d^lor  repeteret.  Anno  hoc  postrerao 
1645  dolores  mitiores  sèiisim  (acti  fuere,  ren  parum  doluit, 
sed  magis  lien  et  ventriculus  ,  seu  pars  sinistra  de  more  solito, 
atlongiori  intervallo.  Ex^quibus  agnovi  mineram  calculorum  , 
pnmo  et  ultimo  in  liené  et  ejus  vasis  delituisse ,  et  per  vas 
brève  (quod  ex  usu  aquarum  acidularum ,  deinde  et  per  vo- 
m.  ip 


^9°  PlStOLES 

raitum  patenlius  factum  est  )  in  ventriculuin  cum  humoris  alra- 
bilarii  magna  copia  sui  portioneni  araandasse,  quiB  primo  ad 
renés  tnntum  modo  propellebalur  (i). 

§  755.  Dans  le  cas  suivant,  il  fut  d'autant  plus  facile  à  la 
malade  de  simuler  des  vomissemens  urineux,  qu'elle  avait 
réellement  une  lésion  des  voies  urinaires. 

Obs.  IV.  —  Tumeur  du  rein  droit,  urines  purulentes;  simulation  de 
coliques,  'de  suppressions  d'urine  et  de  vomissemens  urineui. 

Florentine  D...,  non  mariée,  âgée  de  36  ans,  entrée  à  la  Cha- 
rité le  i5  juillet  i836. 

Cette  femme,  grande  et  assez  forte,  paraît  n'avoir  jamais  fait 
de  maladie  sérieuse;  s'il  faut  ajouter  foi  à  ce  qu'elle  dit,  elle 
serait  tombée  d'une  hauteur  de  six  pieds  sur  ses  jambes  il  y  a 
neuf  mois,  et,  cinq  jours  après  cette  chute,  elle  aurait  uriné  du 
sang,  vomi  du  sang,  rendu  du  sang  par  le  fondement.  Ces 
hémorrhagies  auraient  duré  quatre  à  cinq  mois;  et  il  lui  au- 
rait été  impossible  de  sortir  de  son  lit.  Depuis  un  mois  elle 
urinait  fort  peu,  et  depuis  trois  semaines  on  était  obligé  de  la 
faire  uriner  avec  une  sondè. 

Elle  prétend  encore  que  depuis  plus  de  dix  ans,  même  dans 
le  meilleur  état  de  santé ,  il  lui  arrivait  de  rester  vingt-quatre , 
quarante-huit  heures,  et  même  plusieurs  jours,  sans  uriner  et  sans 
qu'il  en  résultât  aucun  mal  ;  jamais,  du  reste,  elle  n'a  remarqué 
dans  seà  urines  ni  pus ,  iii  rien  d'extraordinaire.  Quoi  qu'il  en 
soil  de  tous  ces  renseignemens,  voici  son  état  lors  de  l'entrée  à 
l'hôpital  :  décubitus  dorsal,  face  exprimant  la  souffrance,  lan- 
gue large,  bouche  amère,  céphalalgie,  point  de  vomissemens, 
point  de  douleurs  à  l'épigastre;  mais  la  malade  accuse  dans 
l'hypochondre  et  dans  le  flanc  droit  une  douleur  telle  que 
l'examen  de  cette  région  par  le  palper  et  la  percussion  est  im- 
possible. Dans  le  reste  du  ventre,  absence  de  douleur,  consti- 
pation extraordinaire.  La  malade  assure  que  depuis  trente-deux 
jours  elle  n'est  point  allée  à  la  garderobe;  pas  de  saillie  appa- 


(i)  Lazari  Rlverii,  Ohservationes  med,  et  cur,  insign.  'm-i,°,  ParisUs,  1646 
Obs.  Commnnicat»,  p.  /l7. 


RÉNALES-GASTBlQIirS.  29» 

rente  dans  le  flanc;  respiration  naturelle;  insomnie,  engour- 
dissement dans  les  jambes,  marche  voûtée  {Saignée;  sangsues 
sur  le  ventre;  lavement  purgatif ). 

Le  20  juillet,  les  accidens  sont  beaucoup  calmés;  les  urines, 
troubles  et  rares,  contiennent  une  quantité  assez  notable  de 
pus,  qui  forme  à  la  partie  inférieure  du  vase  une  couche  de 
deux  lignes  d'épaisseur. 

Le  28  juillet,  les  urines  qu'on  nous  présente  à  la  visite,  res- 
semblent absolument,  pour  la  couleur,  à  de  l'eau  de  groseille  5 
elles  sont  rougies  par  du  sang.  La  souffrance  du  côté  droit  a 
beaucoup  diminué;  elle  permet  l'examen,  et  alors  par  le  lou- 
cher et  parla  percussion  on  reconnaît  la  présence  d'une  Ut- 
meur,  qixi,  par  sa  position  et  vu  les  changemens  de  la  sécrétion 
urinaire,  me  paraît  appartenir  au  rein  droit.  En  plaçant  la  main 
gauche  derrière  la  région  rénale,  èt  la  droite  en  avant,  et  en 
communiquant  des  chocs  soudains,  on  déterminait  xm  ballotte- 
ment évident.  Les  jours  suivans,  la  douleur  du  côté  s'exaspère 
de  temps  en  temps,  et  on  la  soulage  par  trois  applications  de 
sangsues.  Les  urines  sont  alternativement  blanches  et  rouges, 
avec  une  couciie  de  pus. 

Le  23  du  mois  suivant,  il  n'y  a  point  eu  d'évacuation  d'n- 
rine.  Celte  anurie  persiste  les  jours  suivans. 

Le  cinquième  jour,  urines  fortement  sanguinolentes.  Pen- 
dant tout  le  mois,  le  même  phénomène  se  présente  conti- 
nuellement; rétention  pendant  deux  ou  trois  jours,  qui  se 
termine  par  des  urines  sanguinolentes  ou  purulentes. 

Le  .26  septembre  ,  point  d'urines  depuis  quatorze  jours  (t); 
sueurs  abondantes ,  qui  n'ont  point  l'odeur  urineuse.  On  ex- 
plore de  nouveau  la  tumeur;  on  s'assure  qu'elle  descend  en  bas 
jusque  près  de  la  fosse  iliaque,  et  qu'en  largeur  elle  se  pro- 
longe jusqu'à  la  ligne  médiane.  Le  flanc  et  les  lombes  font  sail- 
lie de  ce  côté;  la  fluctuation  est  manifeste. 

Le  4  octobre,  après  sept  jours  de  rétention  d'urine,  diarrh.ée, 
coliques,  fièvre,  selles  sanguinolentes ,  vomissemens  sangui- 

(i)  La  malade  affirmait  qu'elle  n'arinait  pas,  et  ce  fait  paraissait  forfîlîé 
par  le  tcmoignage  de  la  veilleiisc  et  des  sœurs  de  service. 

i9« 


aç)2  FISTtlLRS 

iioleijs  aljsolument  semblables  aux  urines.  La  malade  affirme 
avant  qu'on  l'ait  entretenue  de  cette  analogie  ,  avoir  senti 
dans  sa  bouche  le  goût  et  l'odeur  unneuse(i).  On  traita  le  li- 
quide rendu  par  la  bouche  et  le  liquide  rendu  par  l'urèlhre  au 
moyeu  de  l'acide  nitrique,  après  les  avoir  fait  évaporer,  et  dans 
tous  les  deux  on  constata  la  présence  de  l'uiée;  tous  deux  rou- 
gissent le  papier  de  tournesol.  M.  Guibourt,  de  son  côté,  lit  l'a- 
nalyse chimique  de  ces  deux  liquides),  et  tous  deux  contenaient 
les  principes  de  l'urine.  Je  crus  réellement  à  l'existence  de  vo- 
missemeus  urineux,  et  d'autant  plus  facilement  que  la  tumeur 
du  flanc  s'était  considérablement  afl'aissée  (2). 

La  malade  continua  de  rester  à  l'hôpital;  tous  les  jours  elle 
vomissait  de  trois  à  sept  fois  de  l'urine  pure  ou  mêlée  de  sang; 
tantôt  elle  urine  naturellement,  tantôt  au  contraire  il  y  a  ré- 
tention. 

Je  rejetai  d'abord  toute  pensée  de  supercherie  de  la  part  de 
cette  femme  au  sujet  des  vomissemens  urineux  ;  d'ailleurs 
l'existence  antérieure  d'une  tumeur  rénale  ne  laissait  aucun 
doute  sur  l'existence  d'une  affection  des  voies  urinaires.  J'a- 
jouterai qu'ayant  annoncé  à  cette  femme  que  le  seul  moyen 
d'empêcher  les  vomissemens  urineux  serait  peut-être  de  pra- 
tiquer une  contre-ouverture  dans  la  région  lombaire,  elle  pa- 
rut accueillir  plutôt  avec  empressement  qu'avec  répugnance 
l'idée  d'une  opération. 

La  santé  de  cette  femme  avait  paru  s'altérer;  elle  gardait 
presque  toujours  le  lit.  Un  régime  doux,  le  repos,  des  bains 
tièdes ,  des  lavemens  légèrement  narcotiques,  un  gargarisme 
avec  l'eau  de  mélisse  pour  enlever  de  la  bouche  et  du  gosier  le 
goût  urineux  après  le  vomissement  (3),  tels  étaient  les  remèdes 
habituellement  prescrits. 

(i)  On  verra  plus  loin  que  cette  femme  en  imposait. 

(a)  Le  fait  est  que  les  matières  contenues  dans  le  crachoir  et  qu'elle  di- 
sait avoir  rendues  par  le  vomissement,  étaient  un  mélange  d'urine,  de  s.ing 
et  d'alimeus  ;  mais  ce  mélange  était  fait  par  la  malade  avec  une  adresse  in- 
concevable; puis,  elle  se  couchait  sur  le  côté  faisant  des  efforts  comme  pour 
vomir. 

(3)  J'étais,  comme  on  le  voit,  complètement  dupe  de  cette  femme. 


KÉNALES-INTESTINALES. 

Quelques  semaines  s'étant  passées  ainsi,  la  malade  vomis- 
sant tous  les  jours,  sans  dépérir  notablement,  je  commençai 
enfin,  et  un  peu  tard,  à  soupçonner  que  cette  femme,  soit  pour 
prolonger  son  séjour  à  l'hôpital,  soit  pour  une  autre  cause,  si- 
mulait des  vomissemens  urineux  et  des  anuries.  Une  circon- 
stance vint  forlifiei;  mes  soupçons.  Elle  me  montra  un  jour, 
à  la  visite,  un  vase  rempli  d'urine  et  d'une  petite  quantité  d'a- 
limens  qui  ne  paraissaient  pas  avoir  séjourné  dans  l'estomac. 
Un  autre  jour,  elle  affirma  qu'elle  n'avait  pas  uriné  depuis 
sept  à  huit  jours,  et,  par  la  sonde,  on  put  extraire  de  la  ves- 
sie une  quantité  notable  d'urine  naturelle.  Enfin  ,  ayant  fait 
part  de  mes  soupçons  à  la  sœur  de  service  ,  elle  la  surprit 
urinant  ,  puis  mêlant  l'urine  avec  un  peu  de  soupe.  Cette 
femme  fut  renvoyée  de  l'hôpital  le  2  3  juillet  1837. 

Maintenant  il  reste  à  expliquer  pourquoi  cette  femme,  qui 
avait  réellement  une  maladie  des  voies  urinaires ,  et  qui  pen- 
dant quelque  temps  avait  rendu  de  l'urine  chargée  de  pus,  eut 
l'idée  de  simuler  des  vomissemens  urineux ,  des  suppressions 
complètes  d'urine.  Tout  ce  que  je  puis  dire  ,  c'est  que  j'ai  vu 
des  simulations  analogues,  même  parmi  les  personnes  de  la  so- 
ciété ,  et  sans  pouvoir  en  trouver  d'autre  cause  que  celle  de  se 
rendre  extraordinaire  par  quelque  chose. 

Fistules  rénales-intestinales. 

§  756.  Des  fistules  rénales  peuvent  s'établir  entre  le  bassinet 
et  les  calices  enflammés  et  diverses  portions  de  l'intestin, 
M.  le  docteur  Campaignac  m'a  montré  un  cas  fort  remarquable 
de  fistule  du  rein  droit ,  ouverte  dans  le  duodénum.  De  tels  cas 
sont  très  rares.  Pendant  la  vie,  une  semblable  lésion  pourrait 
êtrë. soupçonnée  ,  si  une  tumeur  précédée  de  coliques  néphré- 
tiques, existait  dans  la  région  lombaire  du  côté  droit,  si  cette 
tumeur  s'était  affaissée  plus  ou  moins  complètement  et  tout- 
à-coup  ,  et  si,  après  quelques  efforts  ,  en  général  peu  doulou- 
reux, le  malade  avait  vomi  un  liquide  ayant  le  goût  et  l'odeur 
de  l'urine,  le  goût  persistant  dans  la  bouche  et  l'arrière-gorge 
après  le  vomissement.  Dans  tous  les  cas  ,  il  faut  convenir  que 
de  tels  cas  peuvent  être  simulés  (§  3o3). 


294  FISTULKS 

C'est  probablenieut  à  la  suite  de  telles  perforations  du  rein 
dans  le  duodénum  ou  dans  l'estomac,  que  des  calculs  urinaires 
ont  élù  ifjetés  ,  avec  l'urine,  par  le  vomissement  (i). 

Uns.  V.  —  Tufficiir  formée  par  la  ilisteublon  du  rein  droit,  rupture  Un  sac 
daus  le  duodéuum  (  Obs.  recueillie  par  M.  Cuinpaiguac  dans  le  service 
de  l'ouquicr)  (Atlas,  Pl.  sx,  fig.  i). 

La  nommée  Yvozy  (Caroline),  âgée  de  45  ans,  coutui-ière  , 
demeurant  nie  St-Guillaume ,  n°  2 ,  née  à  Yalogne  (Manche), 
malade  depuis  six  mois,  entrée  le  10  janvier  ,  morte  le  6  mars 
i835.  Cette  femme,  réglée  à  i3  ans ,  l'a  toujours  été  bien  de- 
puis; elle  a  porté  deux  enfans  à  terme  ;  n'a  jamais  été  sérieuse- 
ment malade.  Dès  l'âge  de  dix  ans  ,  elle  ^  ressenti  des  douleurs 
dans  le  côté  droit  du  ventre,  entre  la  fosse  iliaque  et  l'hypo- 
chondre,  tirant  vers  lesreins.Les  douleurs  se  manifestaient  à  des 
époques  plus  ou  mQins  éloignées  ;  très  vives ,  elles  duraient  a4 
heures,  après  quoi  elles  disparaissaient.  Toute  la  vie,  la  malade 
a  eu  de  la  tendance  à  la  constipation.  Elle  n'a  jamais  souffert 
en  urinant;  mais  dès  sou  jeune  âge,  et,  toujours  depuis,  les 
urines  ont  été  trèssédimenteuses.  Il  y  a  une  douzaine  d'années, 
plusieurs  fois  après  être  montée  à  cheval ,  elle  a  uriné  du  sang. 
Depuis  quatre  ans,  celte  douleur  a  été  plus  fréquente  et  plus 
vive:  souvent,  dans  ce  cas,  la  malade  appliquait  quelques 
sangsues  sur  le  siège  de  la  douleur,  qui  disparaissait  pour 
quelque  temps ,  et  lui  permettait  de  reprendre  ses  occupations 
habituelles. 

Il  y  a  trois  semaines ,  la  douleur  a  reparu  avec  beaucoup 
d'intensité. En  dehors  de  l'ombilic,  adroite,  entre  lUiypociiondre 
et  la  fosse  iliaque ,  il  s'est  développé  une  tumeur  profonde  ,  se 
dessinant  un  peu  au  dessous  des  parois  abdominales.  On  a  suc- 
cessivement fait  une  saignée  du  bras,  mis  un  vésicatoire  vers 
riiypoc'houdie  droit,  appliqué  dix  sangsues  au-dessus  de  la 
fosse  iliaque ,  et  administré  des  pilules  de  calumel ,  du  savon 
et  de  l'extrait  de  pissenlit,  en  outre,  deux  onces  d'huile  de 
ricin.  Ces  divers  moyens  ont  amené  peu  de  soulagement;  néan- 

(a)  Scutcr.  Transactions  nf  PkiUdelj'Itia.  I,  i,  n.  9. 


RÉNALES-INTESTINALES.  3(^5 

moins,  les  sangsues  ont  un  peu  calmé  la  douleur,  et  le  purgatif 
a  débarrassé  le  ventre ,  distendu  par  la  rétention  des  matières 
fécales  qui  durait  depuis  dix  jours.  Outre  ces  moyens,  on  a 
donné  un  bain  qui  a  calmé  les  douleurs  de  rein  ,  qui  dataient 

de  six  semaines* 

État  présent.  Peau  fraîche,  pouls  petit,  serré,  battant  84 
pulsations  par  minutes,  peu  d'embonpoint.  Tel  a  été  toujours 
l'étal  habituel  de  la  malade.  Bouche  bonne,  langue  un  peu 
blanche,  légèrement  pointillée  vers  l'extrémité.  Epigastre  sen- 
sible à  la  pression,  tout  le  côté  gauche  de  l'abdomen  est  insen- 
sible à  la  pression ,  de  même  que  la  fosse  iliaque  droite.  Au- 
dessus  d'une  ligne  qui,  de  l'ombilic,  se  porterait  à  l'épine 
antérieure  et  supérieure  de  l'os  des  îles ,  existe  une  tumeur 
arrondie  d'environ  trois  pouces  de  diamètre.  Ce  point,  sensible 
à  la  percussion ,  est  dur  et  rénitent.  La  peaiu,  sans  changement , 
de  couleur,  est  complètement  mobile  au-dessus.  Entre  le  rebord 
des  côtes  et  la  tumeur ,  existe  une  dépression ,  sorte  de  sillon  , 
ayant  à-peu-près  huit  lignes  de  longueur,  la  pression  ne  peut 
y  être  exercée  sans  causer  des  douleurs  fort  vives.  En  arrière 
entre  l'os  des  îles  et  le  rebord  de  la  poitrine  ,  on  sent  profondé- 
i^ent  la  partie  postérieure  de  la  tumeur.  Dans  ce  point,  la  perr 
çussion  ne  cause  aucune  douleur,  et,  en  i-epoussant  de  la  main 
la  tumeur,  loin  de  causer  de  la  douleur,  on  pi'ocure  du  soula- 
gement. Celte  pression  fait  que  la  tumeur  se  dessine  d'une  ma- 
nière plus  manifeste ,  et  semble  s'élargir  en  avant.  Percussion 
claire  à  l'épigaslre  ,  dans  tout  le  côté  gauche  de  l'abdomen ,  ej; 
du  côté  droit,  au-dessous  de  la  ligne  supposée  aller  de  l'ombilic 
à  l'épine  antérieure  et  supérieure  de  l'os  des  îles  j  au-dessou? 
de  ce  point,  le  son  est  complètement  obscur  et  moins  clair,  et 
la  niatité  ne  devient  complète  qu'au  niveau  du  sillon  qui  borne 
la  tumeur  à  la  partie  supérieure.  A  partir  de  ce  point ,  ej.  danp 
l'espace  de  trois  travers  de  doigt,  au  niveau  des  deux  dernières 
fausses  côtes,  le  son  est  mat  comme  dans  le  sillon.  Pans  le  flanc, 
eu  dehors  de  l'abdomen,  il  existe  de  la  inatité,  mais  moins 
qu'au-dessus  de  ce  point ,  au  niveau  de  la  région  du  foie.  Eu 
arrièie,  le  ^oie  paraît  occuper  peu  de  place  sous  les  côtes,  car 
ce  n'est  qu'à  la  partie  tout-à-fait  inférieure  de  la  base  de  la 


'■^9^  FISTULES 

poitrine,  qu'on  retrouve  la  nialité  appartenant  à  cet  organe. 

L'estomac  paraît  être  sain,  les  digestions  sont  faciles,  la  con- 
stipation est  habituelle;  depuis  deux  jours  la  malade  n'a  pas 
eu  de  garderobes.  Les  matières  rendues  forment  de  petits 
corps  inégaux,  arrondis  et  durs;  excrétion  des  urines  facile 
et  sans  douleur.  Ces  urines  conservées  dans  un  verre  offrent 
nu  sédiment  blanchâtre  qui  en  constitue  à-peu-près  la  hui- 
tième partie. Ce  sédiment,  séparé  de  l'urine  qui  le  surmonte, 
oil're  l'aspect  d'un  pus  blanchâtre;  ces  urines  n'ont  aucune 
mauvaise  odeur.  Il  n'existe  rien  de  particulier  du  côté  de  la 
poitrine  et  delà  tèlc. 

Sous  l'iniluence  de  deux  applications  de  sangsues,  de  topi- 
ques émoUiens  et  de  lavemens  adoucissans,  qui  débarrassèrent 
le  gros  intestin  de  quelques  matières  dures,  les  douleurs  dimi- 
nuèrent un  peu  sans  qu'il  fût  apporté  de  cliangemensà  la  tu- 
meur. 

Le  ao  janvier,  en  pressant  alternativement  d'avant  en  arrière, 
et  d'arrière  en  avant,  on  y  distingua  une  fluctuation  un  peu  ob- 
scure qui  successivement  devint  de  plus  en  plus  claire.  Le  sédi- 
ment observé  dans  les  urines  fut  dès-lors  de  moins  en  moins 
marqué,  car  le  to  février  il  formait  un  fond  d'urine  à  peine  de  la 
hauteur  de  deux  à  trois  lignes.  A  cette  dernière  époque,  la  tu- 
meur avait  augmenté  de  volume  et  s'était  un  peu  plus  dessinée 
en  avant;  dans  ce  dernier  point,  elle  semble  surtout  se  déve- 
lopper vers  le  haut  au  niveau  du  sillon  que  nous  avons  décrit 
entre  elle  et  le  rebord  des  côtes.  On  sentait  dans  ce  lieu,  en  avant 
et  surtout  en  haut,  une  fluctuation  des  plus  manifestes.  Les 
choses  restèrent  dans  cet  état  jusqu'au  1 8  février.  Dans  la  soirée 
de  ce  jour,  il  survint  tout-à-coup  un  vomissement  abondant  d'un 
gris-jaunâtre,  fétide,  légèrement  alcalescent,  et  à  l'instant  même 
la  tumeur  perdit  en  avant  un  tiers  à-peu-près  de  son  volume  ; 
la  fluctuation  cessa  d'être  distincte  ,  et  la  saillie  formée  en  der- 
nier lieu  en  avant  au-dessous  du  rebord  des  côtes  disparut,  de 
telle  sorte  que  la  tumeur  fut,  par  là,  réduite  à  ses  premières 
proportions.  A  partir  de  ce  moment,  les  urines  redevinrent 
un  peu  plus  sédimenteuses.  La  constipation  était  à-peu-près 
constamment  la  même.  La  tumeur,  toujours  un  peu  sensible  à 


RÉNALES-INTESrmALES.  297 

la  pression,  le  devenait  parfois  davantage.  Des  sangsues  et 
des  ventouses  mouchetées,  calmaient  constamment  un  peu 
la  douleur  qui  persistait  toujours  d'une  manière  sourde.  La 
malade  maigrissait  de  plus  en  plus,  et  son  teint  et  la  cou- 
leur de  sa  peau  devenaient  d'une  couleur  de  plus  en  plus  blafarde 
et  paillée.  La  douleur  s'accrut  en  dernier  lieu  d'une  manière 
sensible,  demeura  à-peu-près  constante  malgré  de  nombreuses 
saignées  locales  ,  et  devin  t  très  vive  vers  le  côté  droit  des  lombes 
qu'on  ne  pouvait  plus  presser  sans  beaucoup  l'irriter,  ce  qui  ne 
s'était  point  remarqué  jusque-là. 

Du  i"""  au  9  mars ,  les  urines,  déposant  toujours  un  épais 
sédiment  blanchâtre,  comme  purulent,  prirent  une  couleur 
rougeâtre ,  comme  si  elles  eussent  contenu  une  certaine  quan- 
tité de  sang  dissous.  En  dernier  lieu,  cette  coloration  était 
presque  disparue.  A  dater  du  6  mars,  des  vomisseraens  opi- 
niâtres se  manifestèrent  en  même  temps  que  le  flanc  droit  et  la 
paroi  droite  des  lombes  étaient  très  douloureux.  La  matière 
de  ces  vomissemens  était  jaunâtre  araère  ,  d'une  odeur  aigre. 
Le  IX  mars,  à  la  visite  du  soir,  la  malade  se  plaignait  d'avoir 
un  goût  horrible  dans  la  bouche  et  d'être  comme  empoison- 
née par  la  matière  du  vomissement.  Ce  liquide  ,  jaunâtre 
comme  d'habitude ,  avait  en  efifet  une  odeur  fétide ,  alcales- 
cente,  comme  de  l'urine  croupie.  En  dernier  lieu,  les  ex- 
!  Irémités  inférieures ,  les  mains  et  la  région  des  lombes  s'in- 
'  filtrèrent  et  le  pouls  devint  de  plus  en  plus  misérable  ,  les 
'  yeux  ternes,  la  voix  affaiblie,  presque  mourante.  Les  vo- 
1  missemens  un  peu  plus  éloignés  persistèrent  néanmoins  jus- 

<  qu'au  dernier  jour  malgré  l'usage  de  tous  les  moyens  qu'on 
:  emploie  en  pareil  cas  pour  les  calmer.  Le  i5,  à  dix  heures 
'  du  matin,  la  malade  perdit  connaissance  et  demeura  ainsi 

<  dans  une  sorte  d'agonie,  calme  et  sans  râle,  jusqu'au  16 
mars;  à  devix  heures  de  l'après-midi  elle  s'éteignit. 

Autopsie  du  cadavre  faîte  vingt  heures  après  la  mort.  Le 
corps  est  dans  un  état  d'amaigrissement  complet  ;  on  sent,  dans 
le  flanc  droit  et  dans  la  région  lombaire,  une  tumeur,  arron- 
die, dure ,  ayant  deux  pouces  de  diamètre,  mais  on  n'y  aper- 
çoit plus  aucune  espèce  de  fluctuation.  Le  cadavre  est  encore 


Î298  FISTULES 

un  peu  chaud.  Il  n'existe  aucune  trace  de  décomposition. 

Poitrine.  La  surface  du  poumon  est  adhérente  par  quelques 
brides  celluleuses  du  côté  droit  ;  du  côté  gauche  il  n'en 
existe  qu'une  seule  après  l'ouverture  de  la  poitrine.  Ces  organes 
se  sont  affaissés  sur  eux-mêmes.  Les  bronches  n'offrent  rien 
de  remarquable.  Elles  contiennent  un  liquide  spumeux.  Le 
poumon  gauche  est  plus  affaissé  que  le  droit  j  il  est  fort  peu 
crépitant.  Il  contient  à  peine  de  liquide,  même  à  la  partie 
postérieure.  Les  lobes  moyens  et  supérieurs  du  poumon  droit 
offrent  le  même  aspect  que  le  poumon  gauche  ,  mais  le  lobe 
inférieur  est  comme  engoué  par  un  liquide  spumeux  qu'on  en 
expulse  par  la  pression.  Ils  ne  contiennent  d'ailleurs  aucune 
production  morbide.  Le  cœur  est  petit,  l'oreillette  droite  seule 
est  distendue  par  un  énorme  caillot.  Le  côté  gauche  contient 
fort  peu  de  sang.  Les  diverses  valvules  sont  saines.  Le  péri- 
toine n'offre  rien  de  particulier. 

Abdomen.  L'œsophage  offre  vers  son  extrémité  inférieure 
quelques  taches  violacées  ;  l'estomac  est  consistant,  de  petite 
capacité,  et  offre  des  villosités  très  développées,  et  uu  peu 
de  rougeur  vers  son  grand  cul-de-sac.  Le  duodénum  offre 
à  son  intérieur  une  couleur  légèrement  ardoisée.  On  voit ,  au 
niveau  de  l'endroit  oii  il  forme  une  anse  près  de  la  tête  du 
pancréas,  un  petit  point  brunâtre  qui  est  l'orifice  d'une  fistule 
qui  communique  avec  le  rein  droit ,  et  dont  il  sera  parlé  plus 
tard.  Deux  autres  ouvertures  fistuleuses  se  trouvent  un  pouce 
au-dessus  d'elle ,  et  communiquent  avec  un  foyer  qui  paraît 
creusé  aux  dépens  du  rein  et  du  foie.  L'intestin  grêle  est 
petit,  son  intérieur  a  une  couleur  rosée,  uniforme,  qui,  vers 
son  extrémité  inférieure,  et  jusqu'à  quelque  distance  du  cœ- 
cum  ,  devient  d'un  aspect  ardoisé.  Valvule  de  Bauhin,  parfai-r 
tement  saine.  Le  gros  intestin  offre  çà  et  là  quelques  traces  de 
rougeur,  il  ne  présente  d'ailleurs  rien  de  particulier.  Le  pan- 
créas et  la  rate  sont  sains.  Il  n'y  a  qu'une  petite  quantité  de 
sérosité  dans  le  petit  bassin. 

Le  foie,  d'un  volume  à-peu-près  naturel,  n'offrait  rien  de  re- 
maïquable  quant  à  la  couleur  et  à  la  consistance.  Il  y  avait,  à  la 
face  inférieure  de  son  lobe  droit ,  une  espèce  desinusàsurfaw 


RÉNALES-INTESTmALES.  299 

illégale,  dont  la  paroi  supérieure  était  formée  aux  dépens  de  sa 
substauce.  On  voyait  là,  dans  l'épaisseur  de  plusieurs  lignes,  un 
lissu  lardacé  blanchâtre,  avec  des  taches  grises  ardoisées ,  jau- 
nâtres, mélangées  de  rouge.  La  partie  inférieure  de  ce  foyer , 
qui  pourrait  contenir  xine  pomme  d'apis,  appuie  sur  restrémilé 
supérieure  du  rein  droit,  avec  l'intérieur  duquel  il  corajnuniquc 
un  peu  en  avant  par  une  ouverture  d'un  pouce  et  demi  de  cir- 
conférence. L'extrémité  supérieure  du  rein  forme,  en  arrière 
de  l'ouverture  dont  je  viens  de  parler ,  une  saillie  arrondie  d'un 
gris  ardoisé  comme  tapissée  d'une  fausse  membrane.  En  ar- 
rière de  ce  point  on  remarque  un  petit  corps  aplati,  saillant 
dans  l'intérieur  du  foyer  par  un  de  ses  bords  qui  paraît  èu-e  la 
capsule  surrénale  dégénérée  et  d'un  aspect  presque  lardacé.  Èn 
arrière  du  foyer  se  trouve  une  ouverture  arrondie,  communi- 
quant avec  un  autre  foyer  placé  en  avant  des  muscles  des 
lombes  ,  et  venant  aboutir  à  une  cavité  qui  aurait  pu  loger  une 
petite  noisette.  Cette  cavité  est  placée  sur  le  côté  dz  oit  et  dans 
l'épaisseur  du  corps  de  la  troisième  vertèbre  lombaire-  Ce  der- 
I  nier  foyer  contient  du  pus  à  demi  concret ,  en  partie  infiltré 
1  dans  le  lissu  cellulaire,  qui,  lui-même,  est  blanchâtre  et  comme 
j  gangréné.  Le  canal  rachidien  est  parfaitement  sain  au  niveau 
..de  la  troisième  vertèbre  lombaire,  comme  partout  ailleurs. 

Le  foyer  placé  entre  le  rein  et  le  foie,  contient  une  notable 
i  quantité  d'un  pus  grisâtre  et  fétide.  Ce  dernier  foyer  com.mu- 
ï  nique  avec  les  autres  par  un  trajet  fistuleux  d'une  ligne  et 
t  demie  de  diamètre.  Le  rein  droit ,  d'un  tiers  plus  volumi- 
1  neux  à -peu-près  que  le  rein  gauche,  est  creusé  par  des  ca- 
'  vilés  sinueuses  formant  autant  de  clapiers  séparés,  communi- 
quant entre  eux  par  l'intermédiaire  du  bassinet,  et  contenant 
■  un  liquide  purulent  d'un  blanc  jaunâtre.  La  plupart  de  ces 
1  foyers  paraissent  être  le  résultat  de  la  distension  des  calices, 
i  Les  inférieurs  sont  recouverts  de  quelques  grains  sablonneux, 
'  l'un  deux  contient  quatre  petits  calculs  inégaux,  aplatis,  offrant 
<  un  mélange  de  couleurs  blanchâtres,  grises  et  brunes,  ressem- 
i  blant  à  des  fragmens  inégaux  de  mâchefer.  Ce  foyer,  placé  tout 
I  à-fait  en  bas,  en  dedans  et  en  avant,  communique,  par  un  trajet 
1  fistuleux  brunâtre  qui  se  dessine  eu  dessous  du  péritoine,  avec 


doo  FISTULES 

le  duodénum  par  l'ouverture  fisluleuse  inférieure,  laquelle  a 
tout  au  plus  une  ligne  de  diamètre  et  dont  les  bords  sont  ardoi- 
sés. A  l'extrémité  supérieure  du  rein  se  trouve  un  seul  foyer,  à 
surface  inégale,  formé  à  la  partie  inférieure  par  un  tissu  ressem- 
bla nt  un  peu  au  fongus  hématode,  communiquant  d'un  côté 
par  une  large  ouverture,  comme  nous  l'avons  ditj  avec  le  foyer 
placé  entre  le  foie  et  le  rein,  et  de  l'autre  d'une  manière  plus 
étroite  avec  les  foyers  inférieurs,  formés  parles  calices  dilatés. 
Ce  dernier  foyer  paraît  être  le  résultat  de  l'altération  et  de  la 
destruction  d'une  portion  de  la  substance  du  rein.  Le  bassinet, 
à  surface  inégale,  et  comme  recouvert  d'une  fausse  membrane, 
n'a  souffert  aucune  distension;  l'uretère  s'y  implante  en  acqué- 
rant à  son  origine  le  volume  du  petit  doigt.  Ce  conduit  est  dis- 
tendu par  un  liquide  purulent.  Sa  surface  interne  est  d'un  gris 
ardoisé  légèrement  teint  de  rouge  en  quelques  points.  L'ure- 
tère offre  un  renflement  près  de  la  vessie.  Dans  ce  point,  un 
calcul  d'un  pouce  de  long,  inégal,  ayant  un  côté  concave  et  un 
convexe  (ce  qui  lui  donne  de  la  ressemblance  avec  un  haricot 
perforé  à  son  centre),  bouchait  incomplètement  ce  conduit.  Du 
bord  concave  au  bord  convexe,  cette  perforation  a  une  ligne  et 
demie  de  long  sur  une  ligne  de  large.  Au-dessous  de  ce  calcul, 
l'uretère  reprend  tout-à-coup  bon  volume  naturel  pour  se  ren- 
fler un  peu  de  nouveau ,  trois  lignes  plus  bas ,  oii  il  contient  un 
autre  petit  calcul  aplati,  de  forme  angulaire.  Au-dessous  de  ce 
dernier  point,  l'uretère  reprend  son  volume  naturel  et  parvient 
ainsi  dans  la  vessie  ,  oii  son  orifice  est  parfaitement  perméable. 
La  vessie,  légèrement  rosée  à  sa  surface  interne  surtout  vers  sou 
bas-fond,  contient  environ  deux  onces  d'un  pus  blanchâtre, 
légèrement  floconneux.  Le  rein  gauche,  parfaitement  sain  ainsi 
que  l'uretère.  L'uretère  offre  à  sa  sui-face  interne  quelques  pe- 
tits corps  blanchâtres  fibreux,  du  volume  d'un  grain  de  geniè- 
vre. L'aorte  abdominale  et  ses  branches  rénales,  même  la  droite 
sont  partout  perméables.  La  veine  cave  inférieure  contient  un 
caillot  brunâtre ,  en  arrière  duquel  existe  une  sorte  de  végéta- . 
lion  fibrineuse  adhérente  à  ses  parois ,  à  surface  inégale ,  d'un  | 
blanc  tacheté  de  rouge,  de  consistance  molle.  Cette  espèce  de 
végétation  remplissait  le  tiers  de  la  capacité  de  la  veine,  et  s'é- 


RÉNALl-S-mTESTlNALFS.  3ol 

tendait  dans  l'espace  de  deux  pouces.  Ce  caillot  couvre  l'orifice 
de  la  veine  rénale  droite,  et  en  partie  celui  de  la  veine  rénale 
gauche.  Celte  dernière  au-delà  de  son  orifice  est  partout  par- 
faitement perméable.  La  veine  rénale  droite  représente  ,  à  son 
origine,  un  corps  dur,  qui  est  le  résultat  de  la  transformation 
de  cette  veine  en  un  corps  ligamenteux ,  au  centre  duquel  il 
existe  une  strie  brune.  Les  divisions  de  cette  veine  sauf  une 
seule,  qui,  tout-à-coup,  redevient  perméable  avant  de  péné- 
trer dans  le  rein,  sont,  de  même  que  le  tronc  principal,  trans- 
1  formées  en  tissu  ligamenteux,  offrant  une  raie  légèrement  brune 
»  au  centre.  La  veine  cave  inférieure,  avant  sa  division  en  ilia- 
(  ques,  offre  intérieurement  une  plaque  jaunâtre  ovoïde  de  cinq 
l  ligues  de  longueur,  d'une  dureté  presque  fibreuse,  ressemblant 
i  assez  aux  plaques  de  même  nature  que  l'on  trouve  quelque- 
1  fois  dans  les  artères. 

La  vésicule  du  fiel  contient  une  bile  jaunâtre,  de  consistance 
(  de  mélasse ,  qui  enveloppe  un  calcul  arrondi,  du  volume  d'une 
{  grosse  noisette. 

5  757.  Les  exemples  de  fîstulns  rénales  s' ouvrant  dans  le 
t  colon  ne  sont  pas  très  rares ,  et  paraissent  avoir  été  ancienne- 
1  ment  connues  (i). 

(i)  Cette  rupture  des  abcès  rénaux  dans  l'intestin  est  mentionnée  dans 

f  plusieurs  passages  de  la  collection  bippocratique  :  Si  vero  ulcus  coaluerit, 

1  renis  venter  intro  pus  colligit.  Et  si  quidem  pus  intro  rumpatur,  et  ad  in- 
tesdnum  rectum  feratur,  eradendi  spes  est  (  Hippocratis ,  Opéra  omnia.  De 

t  intern.  affectionibus,  in-folio  Francofurti  1621,  p.  54o).  Quibus  vero  renum 

>  Titio  affectis  praedicia  signa  contingunt ,  doloresque  circa  spinx  musculos 

i  fiunt,  si  quidem  ad  loca  exteriora  ferantur,  abscessum  extra  fore  expecta. 

<  Quod  si  dolores  ad  loca  interna  magis  vergant,  abscessum  quoque  in- 

H  terins  potius  futuriim  sperandum  (  Hippocratis  Opéra  omnia.  Apborism., 

•  sect.  vji,  aph.  35,  p.  laSg).  Rufus  en  fait  également  mention  :  Aliquando 
1  autem  et  ad  intestina  eruptio  devolvitur ,  et  per  sedem  pus  evacuatur  (Rufus, 
«  cité  par  Aetius,  Tetrahiblos,  De  suppuratis  renibas ,  sermo  m ,  cap.  i8,  in- 
f  fol.  Basilex,  iS/jg,  p.  606).  Les  médecins  arabes  ont  rappelé  ce  fait: 

•  «  Et  uum  collectionem  faciunt:  aut  rumpuntur,  quumque  rumpuntur  ad 
}  partem  vesicœ  (et  est  melius  oib)  aut  ad  intestina.  »  (Avicenne.  Libri  in  re  me- 

•  <ûca  omnea,  in-fol.  Venetiis,  i564,  lib.  m,  fen  18,  tract.  2,  cap.  i,  p.  855). 

Ferncl  parait  avoir  non-seulement  observé  la  rupture  des  poches  rénales, 


302 


FISTTir.FS 


Fantoni  (i)  en  cite  un  exemple.  Duverney  (2)  a  vu  un  ab- 
cès du  rein  gauche  ouvert  dans  le  colon,  faillie  (3)  dit  avoir 
vu  le  rein  communiquer  avec  l'intestin,  de  manière  que  le  pus 
formé  dans  le  rein  s'évacuait  par  l'anus.  On  lit  dans  Wei- 
gel(4)  un  autre  cas  de  fistule  du  rein  gauche  s'ouvrant  dans  le 
colon,  avec  diarrhée  et  selles  purulentes.  Wys  (5)  raconte 
qu'un  homme,  après  avoir  éprouvé  pendant  assez  long-temps 
de  fortes  douleurs  rénales,  rendit  du  pus  par  les  urines  et  par 
les  selles.  Après  la  mort,  on  trouva  dans  le  flanc  un  énorme 
abcès,  la  colonne  vertébrale  altérée,  et  le  rein  transformé  en 
un  sac  membraneux  flottant  dans  l'abcès.  Le  colon  commu- 
niquait avec  le  foyer  par  deux  ouvertures  fistuleuses.  Las- 
sus  (6)  rapporte  que  chez  un  malade  qui  rendait  du  pus  par 
l'anus,  le  rein  droit  adhérait  au  colon  qui  offrait  une  perfora- 
lion  accidentelle. 

<c  J'ai  vu,  dit  Pierra  Frank  (7),  le  pus  accumulé  dans  la  ca- 
vité du  rein  s'ouvrir  à  l'extérieur,  et  la  fistule  donner  issue  à 
un  calcul  et  à  des  ui  iues  purulentes  j  mais  en  peu  de  tenjps  le 
colon  lui-même  fut  perforé,  de  sorte  que  l'urine,  les  flatuo- 
sités  et  les  excrémens  sortaient  en  même  temps  par  l'anus  et 
par  l'ulcère  fistuleux.  Lorsqu'un  pus  trop  épais,  un  grumeau 

distendues  par  le  pus,  dans  le  gros  intestin ,  mais  encore  dans  le  duodénum 
ou  dans  l'estomac,  imisqu'il  fait  mention  de  l'évacualion  du  pus  soit  paries 
selles,  soit  par  le  Tomisscment  .«Hœc  quum  accidunt,  totajam  pene  renis  sub- 
stantia  putredino  consiimpla  est,  illincque  pus  redundans  inter  peritonei 
mcmbranas  fluctuât.  Hujus  copia  interdum  vidimus  totam  ventris  lumborum- 
que  regionem  distend! ,  et  pus  hinc  tuiii  dejectione,  lam  vomitione  rcddi  since- 
rum(Fernel,  Universa.  medicina.  Patliologia,  lib.  vi,  cap.  xii,  in-fol. Colo^ 
niiB  AUobrogum  1679,  p.  553  ). 

(t)  Fantoni,  Anat.corp.  human.,  diss.  iv,  p,  160. 

(2)  Duverney,  Amt.  corji.  human.,  cap.  14. 

(3)  Baillie.  Anat.  patholog.,  trud.  Guerbois,  p.  i3o,  in.8°,  Paris  l8i5. 
Weigel.  Ital.  med.-chir.  Bibl, ,  B.  ir,  St.  ir  ,  S.  20G. 

(5)  Wys,  Muséum  der  Heilkunde,  B.  i,  N.  11 ,  S.  12. 

(6)  Lassos,  Pathologie  chirurgicale ,  t.  i.p.  i38. 

(7)  Pierre  Frank,  Traité  de  médecine,  traduit  par  Goudarean  in-8°. 
Paris  1820,  t.  II,  p.  igî*. 


RÉNALES-INTESTINALES.  003 

de  sang,  des  matières  fécales,  etc.,  fermaient  l'ouverture,  aus- 
sitôt les  symptômes  de  la  néphrite  se  renouvelaient;  ils  per- 
sistèrent jusqu'à  ce  que  l'écoulement  se  renouvelât  et  amenât 
un  soulagement  qui  n'eut  pas  de  longue  durée.  » 

«  J'ai  trouvé,  en  1767  ,  dit  Portai  (i),  dans  le  cadavre  d'un 
homme  d'environ  5o  ans,  le  colon,  le  péritoine  et  le  rein  gau- 
che tellement  adhérens  entre  eux,  que  ces  trois  parties  ne  pou- 
vaient être  désunies.  II  y  avait  dans  le  milieu  de  cette  adhérence 
une  ouverture  par  laquelle  le  rein  communiquait  avec  le  colon. 
Ce  rein  était  très  volumineux,  et  contenait  plusieurs  abcès  avec 
de  petites  pierres.  » 

Je  rapporterai  plus  loin  un  cas  d'abcès  tuberculeux  du  rein 
gauche  {voyez  :  TuBERcrLES  des  reins  ),  communiquant  aussi 
avec  l'intérieur  du  colon. 

Ën  résumé,  lorsque  les  reins  distendus  par  le  pus  contractent 
adhérence  avec  le  gros  intestin ,  et  que  le  pus  accumulé  dans  le 
bassinet  et  les  calices  se  fait  jour  dans  l'intérieur  du  colon  ou 
du  rectum,  cette  terminaison  de  la  pyélite  se  reconnaît  aux 
symptômes  suivans  :  d'abord  la  tumeur  rénale  s'affaisse  plus  ou 
moins  par  suite  de  l'évacuation  du  pus  ,  dont  on  peut  facile- 
ment retrouver  des  traces  dans  les  selles,  surtout  dans  le  cas 
de  perforation  du  rein  gauche  dans  le  colon  descendant ,  ou 
dans  un  rein  situé  dans  le  bassin  et  communiquant  avec  le 
l'ectum.  Plusieurs  fois  aussi  on  a  pu  constater  l'odeur  urineuse 
des  matières  fécales.  Il  est  possible  (quoique  je  n'aie  pas  en- 
core eu  l'occasion  de  le  constater  )  qu'on  pût  trouver  soit  de 
l'acide  urique  ,  soit  de  l'urée,  par  l'examen  chimique  et  mi- 
croscopique des  matières  fécales.  Toutefois  si  ,  par  suite 
d'une  énorme  distension  du  bassinet  et  des  calices,  les  sub- 
stances rénales  étaient  à-peii-près  complètement  disparues , 
il  se  pourrait  aussi  qu'il  n'y  eût  aucune  trace  des  élémens  de 
l'urine  mélangés  avec  le  pus. 

Quoi  qu'il  eu  soit ,  à  la  suite  de  ces  perforations  rénales,  il 
survient  le  plus  souvent  une  intlammation  chronique  et  ulcé- 
rative  du  gros  intestin;  et,  après  de  longues  souffrances,  les 


(1)  Portai,  Anal,  médicale,  t.  v,  p.  38o. 


3o4  FlSTULïïS 

malades  finissent  par  succomber,  épuisés  par  une  diarrhée  coU 
liquative  ou  par  une  fièvre  hectique.  Cette  fâcheuse  termi- 
naison peut  être  hâtée  par  des  inflammations  chroniques  du 
péritoine ,  et  par  d'autres  lésions  de  l'abdomen  ou  de  la  poi- 
trine, qui  surviennent  assez  fréquemment  dans  les  deraières 
périodes  des  maladies  chroniques  des  voies  urinaires. 

Obï.  VI.  —  Fistule  du  rein  gauche  communiquant  dans  le  colon  des- 
ccDd.int  (i). 

Une  jeune  femme  entra  le  1 6  septembre  1 829  à  l'hôpital  Saint- 
Antoine,  auquel  j'étais  alors  attaché.  Assez  faiblement  con- 
stituée ,  elle  a  cependant  toujours  joui  d'une  bonne  santé.  Il 
y  a  cinq  mois ,  elle  s'aperçut  qu'elle  portait,  dans  le  flanc  gau- 
che, une  tumeur  douloureuse.  L'appétit  s'est  perdu  ;  les  règles 
se  sont  supprimées  ,  et  ont  été  remplacées  par  des  flueurs 
blanches.  Il  fut  un  temps  oii  les  urines  étaient  blanches,  dé- 
colorées ;  un  élève ,  attaché  à  la  salle  oii  cette  femme  était  cou- 
chée, m'a  dit  que  plusieurs  fois  elles  avaient  été  purulentes  : 
on  avait  appliqué  à  plusieurs  reprises  des  sangsues. 

Le  i"'  janvier,  elle  offre  l'ëtat  suivant  :  elle  est  maigre,  pâle; 
elle  a  peu  d'appétit,  mais  elle  digère  bien  ce  qu'elle  prend; 
les  urines  sont  actuellement  naturelles;  le  pouls  est  fréquent, 
petit ,  misérable  ;  la  poitrine  est  sonore  et  expansible  ;  à  droite , 
le  sommet  du  poumon  offre  une  pectoriloquie  douteuse,  sans 
gargouillement.  Dans  le  ventre,  la  malade  éprouve  d'une  ma- 
nière continue  des  douleurs  pongitives ,  qui  redoxiblent  par 
instans,  et  qu'elle  compare  à  des  piqûres  d'aiguilles.  Plus  fortes 
plus  fréquentes  le  soir  et  la  nuit  que  le  jour  et  le  matin,  elles 
ont  leur  siège  dans  une  tumeur  qui  s'étend  depuis  les  fausses 
côles  du  côté  gauche  jusqu'au  pubis,  en  bas  jusqu'à  la  ligne 
blanche ,  dont  elle  s'éloigne  en  haut.  La  tumeur  est  facile  à 
circonscrire  par  la  percussion  ;  partout  oii  elle  siège,  il  y  a  ma- 
tité  très  grande  ;  sa  surface  est  dure ,  résistante  au  toucher ,  et 

(i)  Ce  cas  a  été  publié  dans  le  Journal  hebdomadairé,  f.  vir,  p.  397,  par 
un  de  mes  éleTCs ,  M.  le  B""  Bonnet. 


RKNALES-HVTESTmALïïS.  3q5 

un  peu  bosselée,  inégale  ;  elle  repousse  le  diaphragme  en  haut 
vers  la  poitrine,  car  la  sonorité  qui  existe  naturellement  dans 
ce  point  est  remplacée  par  de  la  matité.  La  malade  dort  peu, 
l'appétit  est  irrégulier;  les  douleurs  et  l'insomnie  ont  neces-/ 
site  l'usage  des  opiacés  {Tts.  de  gommc;  cataplasmes  e.mol- 
liens;  un  grain  d'extrail  gommcnx  opium). 

Depuis  le  5  janvier,  on  fait,  chaque  jour  ,  des  frictions  sur 
la  tumeur,  avec  un  gros  de  pommade  d'hydriodate  de  potasse  ; 
la  malade  se  trouve  mieux,  dort  la  nuit,  toujours  inclinée  sur 
le  côté  gauche,  à  cause  de  la  tumeur,  qui  l'empêche  de  prendre 
toute  autre  position  ;  l'appétit  augmente  {Même  prescription ^ 
le  quart  d'alimens).  Jusque-là  on  ne  savait  si  ou  avait  affaire 
à  un  abcès  rénal  ou  à  une  tumeur  cancéreuse.  Les  antécédens 
faisaient  croire  à  une  collection  purulente  dans  le  rein. 

Dans  la  nuit  du  9  au  10,  la  malade  fut  prise  d'une  diarrhée 
très  abondante,  qui  la  soulagea  beaucoup.  L'infirmière  dit 
que  les  matières  rendues  étaient  de  différentes  couleurs,  fi- 
lantes, d'une  odeur  insupportable,  et  ressemblaient  à  la  ma- 
tière d'un  abcès,  et  non  à  des  matières  fécales.  En  examinant 
la  tumeur,  on  s'aperçut  qu'elle  avait  perdu  de  son  volume  ;  elle 
n'était  plus  dure ,  bosselée ,  lé  toucher  faisait  encore  sentir 
un  reste  d'engorgement,  maisnaoins  sensible,  et  une  sonorité 
1  évidente  avait  remplacé  la  matité  observée  antérieurement. 
Depuis  lors,  la  malade  repose  aussi  bien  sur  le  côté  droit  que 
sur  le  côté  gauche  ;  elle  peut  s'asseoir  et  se  coucher  en  avant, 
ce  qui  lui  était  difficile  auparavant.  Le  pouls  est  petit  (rio 
pulsations)  ;  sous  la  clavicule  droite ,  il  y  a  moins  de  son  et 
d'expansion  qu'au  point  correspondant  du  côté  gauche ,  et  la 
voix  y  est  plus  retentissante  {Tis.  gom.;  on  cesse  les  frictions). 

Les  jours  suivans  la  diarrhée  continua  ;  les  urines  étaient  na- 
turelles en  apparence ,  la  peau  était  devenue  sèche,  chaude ,  la 
face  pâle,  le  pouls  plus  rapide  et  plus  petit;  la  nuit  il  y  avait 
parfois  du  délire;  cependant ,  le  ventre  n'était  pas  sensible; 
anorexie,  amaigrissement  rapide,  et  mort  le  25. 

Aulo'psie  du  corps  faite  trente  heures  après  la  mort.  Les 
centres  nerveux  n'ont  rien  offert  de  remarquable. 

Les  poumons  étaient  d'un  blanc  rosé  et  décolorés;  le  som- 

20 


3o6  FISTULES 

JUet  du  droit  présentait  des  cavernes  qui  auraient  pu  coule- 
nir  une  assez  grosso  aveline,  vides,  tapissées  à  leur  intérieur 
d'une  membrane  rosée  que  l'on  ne  pouvait  enlever  sans  la 
déchirer,  contiguë  à  un  tissu  dur  ,  fibreux,  mais  peu  épaii. 
Qn  ne  put  suivre  les  ramifications  des  bronches  jusqu'à  ces  ca- 
vernes; mais  on  VQjait,  dans  leur  cavité,  plusieurs  orifices.  Le 
sommet  de  ce  poumon  était  froncé,  inégal,  rugueux;  les  bron- 
ches étaient  rouges  ;  le  cœur  avait  son  volume  ordinaire. 

En  ouvrant  la  cavité  abdominale,  on  vit  une  tumeur  qui  oo 
oupail  tout  le  fianc  gauche,  jusqu'à  la  ligne  blanche  ,  dont  elle 
s'éloignait  en  haut  et  qu'elle  touchait  en  bas,  de  manière  à 
offrir  une  direction  oblique.  Cette  tumeur  adhérait  par  des 
liens  celluleux  anciens,  difficiles  à  détruire,  au  diaphragme 
qu'elle  soulevait  un  peu,  elle  adhéi-ait  aussi  à  la  paroi  pos- 
térieure et  latérale  gauche  de  l'abdomen  ,  ayant,  à  sa  droite, 
la  rate  et  le  grand  cul-de-sac  de  l'estomac;  le  colon  descen- 
dant, soulevé  par  celle  tumeur,  passait  sur  son  milieu,  sans 
lui  adhérer  ,  et  l'S  iliaque  faisait  un  coude  qui  touchait  la  par- 
tie inférieure  de  la  tumeur.  Là,  une  portion  du  mésentère  adhé- 
rait aussi  à  la  tumeur ,  et  par  la  destruction  d'une  adhérence 
qui  existait  entre  ce^  trois  parties,  ils'écoula,  dans  le  petit  bas- 
sin ,  une  petite  quantité  de  matière  sanieuse  ,  peu  odorante  . 
Le  mésentère  était  d'un  noir  sale,  dans  sa  portion  adhérente, 
qui  correspondait  à  une  perforation  de  la  largeur  d'un  sou, 
aiiluée  au  coudo  que  formait  l'S  iliaque  du  colon  ,  et  qui  se 
continuait  avec  une  sorte  de  canal,  qui  passait  sous  la  tu- 
meur, et  allait  se  rendre  dans  son  intérieur.  Ce  canal  avait 
un  pouce  de  long  à-peu-près.  Ce  n'était  pas  dans  sa  partie  la 
plus  déclive,  et  au  point  oii  elle  adhérait  au  colon  par  le  coudé 
qu'il  formait,  que  la  tumeur  s'ouvrait  dans  cet  intestin,  mais 
bien  un  moyen  du  canal  dont  je  viens  de  parler.  Depuis  cette 
large  perforation  de  l'intestin  jusqu'à  l'anus,  on  yoyait,  çàet 
là,  des  plaques  rouges  non  ulcérées,  oii  la  membrane  mu- 
queuse était  un  pevi  épaissie.  Le  rein,  formant  une  coque  à 
par-ois  dures  et  comme  cartilagineuses,  était  divisé,  à  l'inté- 
rieur, en  quatre  cavités  principales,  qui  communiquaient  deux  | 
à  deux  et  vonaient  se  rendre  à  un  canal  Unique , le  bassinet. 


RÉNALES-INTESTINALES.  ^67 

Il  y  avait  un  peu  de  liquide  sanieux  dans  leur  intérieur. 
Quelques-unes  de  ces  cavités  étaient  lisses,  d'autres  tapissées 
par  une  membrane  grisâtre ,  sale ,  grumeleuse.  La  coque  du 
rein  était  noirâtre ,  dure ,  et.  ne  présentait  plus  aucune  trace 
de  fibres  ni  d'organisation.  La  vessie  était  saine,  ainsi  que 
!  tous  les  autres  organes.  Au  milieu  de  ce  désordre,  l'uretère 
ne  fut  pas  recherché  avec  assez  de  soin  et  ne  fut  point  retrouvé. 

L'abcès  formé  dans  le  rein  ,  cause  de  la  mort ,  a  été  ,  pen- 
dant quelque  temps ,  un  sujet  de  doute  qui  a  cessé  aussitôt  que 
le  pus  a  été  trouvé  dans  les  selles.  La  plupart  des  abcès  qui  se 
î  forment  dans  cet  organe  ,  sont  ordinairement  dus  à  des  calculs, 
î  Danâ  ce  cas ,  on  n'en  a  trouvé  aucun  dans  la  poche  rénale ,  ni 
:  dans  la  vessie;  pendant  sa  vie,  la  malade  nous  a  affirmé  n'ti- 
T  voir  jamais  rendu  de  graviers  avec  l'urine;  il  est  donc  pro- 
I  bable  que  l'accumulation  du  pus  dans  le  rein  a  été  consécu- 
tive à  une  oblitération  de  l'uretère  ,  occasionée  par  toute 
autre  cause. 

Le  rein  droit  était  un  peu  augmenté  de  volume,  et  suppléâit 
au  gauche  dans  la  sécrétion  urinaire. 

•   §  758.  Fistules  rénales-rectales,  h) 

Si  on  prenait  à  la  lettre  quelques  passages  des  anciens  au- 
teurs ,  on  pourrait  croire  qu'ils  ont  eu  connaissance  des  cas 
dans  lesquels  du  pus  accumulé  dans  la  cavité  du  bassinet  et 
des  calices,  ou  du  pus  provenant 'd'abcès  extra-rénaux  consé- 
cutifs à  des  perforations  rénales ,  s'est  fait  jour  dans  le  rectum. 

Dernièrement ,  dit  M.  Cruveilhier  (2) j'avais  dans  mes 
salies  une  femme  qui  était  rainée  par  une  fièvre  hectique  dont 
je  cherchais  inutilement  la  cause,  soit  dans  le  thorax,  soit  dans 
l'abdomen.  Elle  mourut  :  à  l'ouverture  du  cadavre,  je  trouvai 
les  deux  reins  réunis  occupant  le  petit  bassin ,  derrière  le  rec- 
tum et  débordant  im  peu  le  détroit  supérieur.  Ce  rein  conle- 

(x)  Voyez  le  passage  d'Hippocrale  cité  plus  haut.  Il  est  probable  que 
le  mot  ào/ô;  {rectum)  a  clé  employé  pouf  indiquer  que  le  pus  est  évacué, 
daus  ces  cas,  par  l'anus, 

(2)  Cruveilhier,  Aiuuomic  descriptive,  t.  n,  p.  694, 

20. 


■•oS  rrsTiir.KS 

liait  uiin  granfle  quanlilé  de  pus  qui  s'était  fait  jour  par  le 
rectum. 

Les  cas  de  situation  d'ua  des  reins  dans  le  bassin  sont  très 
rares,  et  ceux  dans  lesquels  ils  contiennent  des  calculs,  plus 
rares  encore  ;  de  sorte  que,  dans  un  cas  d'évacuation  de  pus  uri- 
neux  par  les  selles,  on  devra  soupçonner  soit  l'ouverture 
dans  l'intestin  colon  d'un  abcès  lombaire  avec  perforation  du 
rein,  soit  une  perforation  de  la  vessie  dans  le  rectum,  d'oii 
l'urine  puru'ente  passerait  avec  les  selles,  plutôt  qu'un  cas 
analogue  à  celui  qui  a  été  rapporté  par  M.  Cruveilhier. 

Je  ne  crois  pas  devoir  insister  sur  les  signes  à  l'aide  des- 
quels on  peut  reconnaître  qu'un  pus  urineux  rendu  par  le  rec- 
tum ,  provient  de  la  vessie  et  non  du  rein  ou  d'un  abcès  ex- 
tra-rénal ;  je  ferai  remarquer  seulement  que  dans  le5  cas  de 
communication  de  la  vessie  avec  le  rectum ,  non-seulement 
l'urine  se  mélange  aux  fèces,  mais  le  plus  ordinairement  aussi 
des  gaz  intestinaux  et  de  petites  parties  de  fèces  sont  évacuées 
de  temps  à  autre  par  l'urèlhre  (  i  ). 

(i)  Dans  quelques  cas  rares,  il  peut  exister  à-Ia-fois  une  fistule  recto- 
vésicnle  et  un  abcès  extra-rcnal  consécutif  à  une  perforation  dn  rein. 
Voici  en  abrégé  l'histoire  d'une  zemblal>Ie  maladie.  Le  4  juin  1814,  dit 
M.  Howship,  je  fus  appelé  par  le  D''  Hùoper,  pour  examiner  le  corps  d'un 
gcntlcinau  ,  âgé  de  65  ans,  mort,  à  Islington.  Trois  à  quatre  mois  avant  sa 
mort,  il  avait  été  attaqué  de  vomissemens,  avait  rendu  du  sang  par  les  selles, 
et  il  avait  eu  une  fièvre  accompagnée  de  pétéchics.  Ce  gentleman  fut  ensuite 
atteint  d'une  douleur  violente  et  rontinue  dans  le  côté  gaucbe  des  lombes. 
Les  urines  étaient  épaisses  et  déposaient  une  matière  d'apparence  purulente. 

Quoiqu'il  assurât  qu'il  n'avait  jamais  éprouvé  de  sa  vie  de  difficulté  à  nri- 
ner,  un  habile  chirurgien  lui  dit  qu'il  avait  un  rétrécissement,  et  lui  introdui- 
sit des  bougies. 

Au  bout  de  trois  semaines,  la  douleur  passa  à  la  hanche,  où  elle  était| 
moins  gênante.  Bientôt  le  malade  remarqua  qu'il  urinait  moins  qn'anpara-ii 
vant,  rjue  ses  selles  étaient  plus  molles  et  qu'elles  avaient  une  odeur  urineiise. 
Après  une  semaine  ou  deux ,  les  choses  changèrent;  les  urines  furent  plus 
abondantes  et  mêlées  de  petites  parties  de  matières  fécales ,  il  s'échappai 
des  vents  par  l'urètlirc  avec  un  bruit  particulier.  Cet  état  dura  jusqu'à 
mort.  A  l'autopsie  du  cadavre,  on  trouva  la  portion  du  péritoine  qui  r 
couvre  les  muscles  iliaque  et  psoas  du  côté  gauche  soulevée  par  un  l»rg 


RÉN  ALES-PÉRI TONEALES. 


3o9 


'  §  759.  Fistules  rènales-j)éritonéales. 

On  cite  plusieurs  exemples  de  collections  purulentes  dans 
la  cavité  du  bassinet  et  des  calices  et  qui  se  sont  ouvertes 
dans  le  péritoine.  {1) 

Dupuytren  m'a  communiqué  un  cas  dans  lequel  la  perfo- 
•  ration  se  fit ,  non  dans  le  bassinet  et  les  calices ,  mais  au  com- 
:  menceraent  de  Turetère.  Ce  fait  est  remarquable,  en  outre, 
par  une  circonstance  des  plus  rares ,  l'ulcération  des  parois 
de  l'intestin  de  dehors  en  dedans ,  en  plusieurs  points.  Il  y  a 
;  lieu  de  supposer  que ,  si  la  péritonite  eut  une  marche  chroni- 
i  que,  cela  dépendit,  en  partie  au  moins,  delà  petitesse  de 
i  l'ouverture  fistuleuse  de  l'uretère. 

«La  fille  de  madame  succomba  après  de  longues  souf- 
frances à  une  pyélite  calculeuse,  avec  distension,  suivie  de  la 
perforation  de  l'uretère  et  d'une  péritonite  chronique.  Quelque 
temps  avant  la  mort,  un  abcès  situé  dans  la  région  rénale 

abcès.  Du  pus  était  épanclié  daus  l'abdomeii,  et,  ea  pressant  sur  la  portion 
du  péritoine  qui  couvrait  l'abcès,  on  voyait  le  pus  couler,  par  une  petite 
ouverture,  dans  la  cavité  de  cette  membrane.  Cet  abcès  ouvert,  on  vit  qu'il 
avait  séparé  le  rein  des  muscles  sur  lesquels  il  repose  et  qu'il  s'étendait  en 
bas  jusqu'au  ligament  de  Poupart.  Il  y  avait  environ  vingt  onces  de  pus 
dans  l'abcès. 

Plusieurs  abcès  existaient  dans  les  calices  du  rein  malade.  Un  d'eux  s'était 
ouvert  à  la  face  postérieure  du  rein  dans  le  tissu  cellulaire  et  s'ét.Tit  «tendu 
inférieurement  comme  nous  l'avons  dit.  Ce  large  abcès  avait  décolore  et 
presque  désorganise  le  tissu  cellulaire  et  la  surface  des  muscles  sur  lesquels 
il  reposait.  On  voyait  une  plaque  enflammée  circonscrite  entre  la  face  pos- 
térieure de  la  vessie ,  et  la  face  antérieure  du  rectum  qui  lui  était  adliirent  j 
Au  centre  de  cette  adliérence  cxistait'unc  ouverture  à  travers  laquelle  ou 
pouvait  introduire  une  sonde  et  qui  établissait  une  communication  entre 
^es  deux  cavités  (  HowsLip,  ouvr.  cité,  page  4i  ). 

Tnlp  rapporte  aussi  un  cas  de  fistule  vésico-rectale  ,  avec  suppuration  du 
yCm  gauche.  En  parlant  des  matières  évacuées  par  le  rectam ,  Tulp  dit  : 
«  Et  quicqnid  ejus  ab  ano  cfflneret,  id  ant  arenulis,  aut  membranis  cal- 
cnlosU  scmper  fuit  permixtum  (Tulp,  Obs.  medic.  Lib.  iv.  cap.  38,  pag.  336.) 

(0  Bonet,  Sepulcreium,  lib.  m,  sect.  xxt,  cbap.  8.  —  Voyez  une  obser' 
vauon  que  j'ai  rapportée  page  142,  et  une  autre,  page  aôa. 


3io 


FISTULES 


gauche ,  avait  été  ouvert  par  une  ponction  pratiquée  avec  un 
trois-quart. 

.-:  Le  35  février  ï8a6  on  procéda  à  l'ouverture  du  corps,  trente- 
aijc  hem-es  environ  après  la  mort.  Le  corps  était  d'une  mai- 
greur excessive,  le  ventre  volumineux,  tendu,  les  membres 
inférieurs  infiltrés,  celui  du  côté  gauche  plus  que  l'autre.  Les 
régions  inguinales  et  iliaques  sont  proéminentes  et  un  peu 
violettes.  La  grande  lèvre  gauche  est  très  tuméfiée ,  mais  seule- 
ment par  infiltration. 

Le  ventre  ayant  été  ouvert,  on  remarqua  les  altérations  sui- 
vantes. Tous  les  intestins  adhéraient  entre  eux,  et  ils  étaient 
fortement  unis  aux  parois  abdominales.  Au  milieu  de  toutes 
ces  adhérences,  il  y  avait  un  grand  nombre  de  foyers  puni- 
lens  circonscrits  par  les  circonvolutions  des  intestins.  Parmi 
oes  foyers,  les  plus  considérables  étaient  situés  :  l'un  au  de- 
vant du  rein  droit  le  long  de  la  partie  ascendante  du  colon, 
l'autre  derrière  le  rein  gauche,  celui-ci  se  pi-olongeait  au  côté 
postérieur  et  interne  du  muscle  psoas  et  jusque  sur  le  côté 
gauche  de  la  colonne  lombaire,  dont  il  n'avait  pourtant  pas 
dénudé  les  os  ;  un  troisième  dans  la  fosse  iliaque  du  côté 
gauche  ,  s'étendait  jusque  sous  l'arcade  crurale  ;  un  qua- 
trième remplissait  la  presque  totalité  du  petit  bassin.  Tous 
ces  foyers  étaient  remplis  par  deux  matières ,  l'une  purulente, 
l'autre  blanche,  molle,  suifeuse,  fusible  à  la  chaleur  et  grais- 
sant le  papier  sur  lequel  elle  est  posée;  elle  avait  en  un  mot 
l'apparence  du  blanc  debaleine,  ou  del'adipocire.  Quelques-uns 
d'entre  eux  communiquaient  avec  le  canal  intestinal  à  l'aide  de 
perforations ,  qui  avaient  lien  de  dehors  en  dedans ,  plus  larges 
du  côté  du  péritoine,  plus  étroites  du  côté  de  la  membrane 
muqueuse  et  qui  n'étaient  accompagnées  d'aucune  rougeur, 
ni  d'aucune  altération  soit  à  la  muqueuse ,  soit  dans  son  voisi- 
nage. Ces  derniers  foyers  contenaient,  outre  les  matières  indi- 
quées ci-dessus,  de  la  matière  stercorale  liquide  et  jaunâtre. 
Tous  ces  foyers  communiquaient  entre  eux  par  des  conduits  plus 
ou  moins  évidens ,  qui ,  en  derrière  analyse,  se  rendaient  tous 
dans  le  rein  gauche. 
La  rate  était  petite,  d'un  tissu  ferme,  d'une  couleur  brune  ;  si 


RÉNALES-PÉRITONÉALES.  3  I  t 

membrane  offrait  quelques  points  cartilagineux.  Le  foie  était 
flain  ;  la  vésicule  ne  renfermait  aucun  calcul.  Le  tissu  du  rein 
gauche  avait  disparu ,  et  cet  organe  était  réduit  à  l'état  d'une 
poche  à  parois  fibreuses.  Les  calices,  le  bassinet  et  la  partie  su- 
périeure de  l'uretère,  jusqu'à  trois  pouces  des  reins,  étaient  fort 
I  dilatés.  Dans  ce  dernier  point,  l'uretère  contenait  un  calcul  uri- 
1  naire  de  forme  triangulaire,  de  la  largeur  d'une  pièce  d'un  franc, 
I  et  étroitement  embrassé  par  les  parois  du  canal.  Celles-ci  sont 
1  usées  et  même  entièrement  perforées  en  plusieurs  points  ;  de 
I  ces  perforations  partent  des  canaux  fibreux  en  dehors ,  lapis- 
I  ses  d'une  membrane  en  apparence  muqueuse  en  dedans,  qui 
I  se  portent  vers  divets  foyers  d'épanchemens.  Ces  petits  con- 
I  duits  semblent  avoir  pofté  avec  l'urine  et  le  pus  la  cause  de 
'  l'inflammation,  des  abcès»  des  désordres  et  des  transformations 
(  qu'on  y  a  observés. 

Au-dessoUs  de  ce  calcul,  l'uretère  était  excessivement  ré- 
t  tréci,  et  semblait  même  oblitéré. 

Le  rein  droit  était  sain  et  plus  développé  que  de  coutume, 
i  Les  douleurs  éprouvées  dans  cé  côté  du  ventre  n'avaient  d'autre 
1  cause  que  le  grand  foyer  de  matière  purulente,  adipocireuse 
t  et  fécale  situé  au-devant  du  colon  ascendant. 

•  La  Vessie  j  ample  et  remplie  d'urine  transparente  ,  était 
I  exemple  d'inflammation. 

La  matrice  était  petite,  d'un  tiSsu  fefmé ,  de  couleur  rouge} 
1  sà  membrane  muqueuse  était  violacée. 

Les  poumons ,  quoique  petits  et  refoulés  ën  haut  j  étaient 
^  sains  et  exempts  d'adhérences  et  de  tubercules. 

Le  cœur  était  épais ,  d'une  consistance  ferme;  le  péricarde 
'  était  sain,  et  contenait  un  peu  de  sérosité  limpide. 

La  partie  poètérietire  dtl  flanc  gauche  offre  Une  petite  ou- 
verture ronde,  làquèllé  est  le  principe  d'un  cariai  qui  traverse 
t  ©bliquemènt  les  parois  de  l'abdomen  ,  et  se  rend  enfin  au  cefïfre 
<  de  la  poche  en  laquelle  le  l  eiii  a  été  transformé.  Aucune  lésion , 
aucune  altération  ne  se  font  remarquer  sur  le  trajet  de  ce  canal 
1  fait  par  le  trois-quart. 

Ahisl  l'appareil  urinaire  avait  été  le  siège  pt-imitif  et  le  point 
'        départ  de  la  série  d'accidens  par  lesquels  la  vie  entière 

/ 


3 1  a  FISTDLES 

de  ...  a  été  transformée  en  une  longue  maladie.  L'affection  de 
cet  appareil  avait  consisté  dans  une  production  de  calculs,  dont 
l'un  arrêté  dans  l'uretère  a  déterminé,  à  la  longue,  la  perforation 
de  ce  canal  et  un  épanchement  d'urine  ,  lequel  a  donné  lieu  à 
l'inflammation  du  péritoine ,  à  l'adhérence  des  intestins  entre 
eux,  aux  foyers  purulens  observés,  à  la  transformation  des 
liquides  purulens  en  matière  adipocireuse.  » 

15  760.  J'ai  rapporté  (§  699)  quelques  autres  exemples  de  ces 
perforations  du  bassinel,  ou  des  calices  distendus  par  le  pus, 
dans  la  cavité  du  péritoine,  cas  où  l'inflammation  eut  une  mar- 
che tellement  aiguë,  que  la  mort  eut  lieu  en  quelques  jours,  et 
dans  un  cas  même  en  moins  de  quarante -huit  heures. 

Il  est  inutile  d'ajouter  que  ces  péritonites,  par  infiltration 
urineuse  cl  purulente,  sont  au-dessus  des  ressources  de  l'art. 
Seulement  je  rappellerai  que,  dans  les  cas  de  pyélite  calculeuse, 
il  se  développe  quelquefois  ,  par  contiguïté ,  dans  le  voisinage 
du  rein  malade ,  des  péritonites  partielles ,  beaucoup  moins 
graves ,  dont  on  obtient  ordinaire'meut  la  guérison  par  les  sai- 
gnées générales  et  locales,  par  les  applications  narcotiques  et 
émoUientes,  et  par  les  autres  moyens  auxquels  on  a  recours 
dans  les  inflammations  ordinaires  du  péritoine.  Un  prorapt 
soulagement  obtenu  de  l'emploi  de  ces  remèdes  rend  généra- 
lement le  pronostic  favorable.  Cependant  il  ne  faut  pas  se  li- 
vrer immédiatement  à  ime  sécurité  complète  ;  car  on  a  vu  les 
malades  exprimer  un  grand  soulagement  dans  des  cas  oix  le 
pus  n'avait  encore  fusé  qu'eu  petite  quantité  dans  la  cavité  du 
péritoine. 

§  761.  Fistules  rénales-pulmonaires  (i). 

Les  cas  de  fistules  rénales  s'ouvrant  dans  le  poumon  sont 
très  rares.  Je  n'en  connais  que  quatre  exemples. 

Trois  de  ces  cas  ont  eu  lieu  du  côté  gau^che;  le  quatrième 
s'est  formé  à  droite;  mais  il  n'est  pas  rigotu  eusement  démontré 

(i)  Un  de  mes  élèves,  M.  le  docteur  J.  Lcncpven,  a  traité  de  ces  fistules 
dans  sa  thèse  {Considérations  sur  les  Jistitles  réno-pubnonaires ,  in-4  ,  Pans 
1840). 


il 


llÉNA.LES-PDLMONAmES.  3l3 

que  ce  soit  un  cas  de  fistule  rénale  pulmonaire.  Tous  ces  cas  se 
i  sont  terminés  par  la  mort.  L'extrême  rareté  de  semblables 
faits  m'a  engagé  à  les  rapporter  tous  les  quatre.  Le  quatrième 
oflfre  STirtout  de  l'intérêt  à  cause  du  côté  du  corps  oii  l'altéra- 
tion a  été  observée. 

:  Obs.  "VU.         Calculs  vésicaux,  et  opération  de  la  taille,  il  y  a  dix-huit  ans, 

guérison  ;  onze  ans  après,  douleurs  à  la  région  du  rein  gauche  et  urines 
purulentes;  disparition  de  cesaccidens.il  y  a  sept  mois ,  douleurs  vives 
dans  cette  même  région  et  s'étendant  dans  le  tr.ijet  de  l'uretère  gauche; 
urines  fortement  purulentes;  expectoration  purulente,  subite  et  abondante, 
survenue  à  deux  reprises  différentes  et  coïncidant  avec  une  diminution 
marquée  du  i)us  dans  l'urine;  mort.  —  Communication  entre  les  bronches 
et  le  bassinet  rempli  par  un  calcul  et  par  du  pus. 

Fleury  (Alexandre),  serrurier,  âgé  de  ans,  fut  admis  à 
l'hôpital  de  la  Charité,  le  aS  mai  1859.  Cet  homme  est  d'une 
faible  constitulion^  pâle  et  lymphatique;  il  souffrait  depuis 
plusieurs  années  de  la  présence  d'un  calcul  dans  la  vessie , 
lorsqu'il  subit  l'opération  de  la  taille,  qui  fut  pratiquée  avec 
s  succès,  en  iSai^  par  Richerand,  à  l'hôpital  Saint-Louis  :  deux 
pierres  furent  extraites  par  la  méthode  dite  latéralisée.  L'une 
i  d'elles  présentait  Sa  millimètres  cubes,  et  la  seconde  était  moitié 
moins  volumineuse.  Après  celte  opération,  Fleury  a  joui  d'une 
t  très  bonne  santé  pendant  onze  années  consécutives.  En  i83a,  il 
Jl  éprouva  une  douleur  néphrétique  à  la  région  du  rein  gauche , 
et  réclama  de  nouveau  les  soins  du  chirurgien  de  l'hôpital 
S  Saint-Louis.  La  durée  du  traitement  dirigé  contre  cette  affec- 
tion fut  d'un  mois  et  demi,  durant  lequel  le  malade  prit  chaque 
jour,  et  alternativement,  des  bains  et  des  douches  dirigées  sur 
le  point  douloureux.  Il  fut  mis  à  l'usage  des  boissons  dé- 
layantes :  les  douleurs  s'irradiaient  suivant  le  trajet  de  l'uretère 
et  jusqu'à  la  vessie.  Il  souffrait  peu  cependant  dans  ce  dernier 
organe. 

Après  un  mois  de  traitement,  le  malade  rendit  spontanément, 
en  urinant,  un  troisième  calcul  qui  présentait  12  millimètres 
de  longueur  sur  6  de  largeur.  A  cette  époque,  les  urines  étaient 
troubles  ;  elles  déposaient  une  matière  blanche  semblable  à 
du  pus. 


3l4  FISTDLES 

Cet  homme,  étant  très  intelligent,  a  raconté  avec  clarté  les 
djétails  qui  précèdent  et  qui  me  paraissent  dignes  de  confiance. 
Il  sortit  de  l'hôpital,  délivré  une  seconde  fois  de  ses  douleurs. 

Fleury  n'éprouva  aucune  indisposition  depuis  iSSi  jusqu'à 
i838.  Au  mois  de  novembre  de  cette  année,  les  douleurs  dans 
la  région  lombaire  gauche  ont  reparu  avec  une  grande  inten- 
sité ;  elles  ont  toujours  persisté  depuis  sept  mois,  ne  laissant 
au  malade  que  de  courts  intervalles  de  repos,  se  prolongeant, 
lorsqu'elles  étaient  très  fortes,  suivant  le  trajet  de  l'uretère  jus- 
qu'à la  vessie.  Le  malade  a  été  sondé  plusieurs  l'ois  au  Dispen- 
saire, sans  que  l'on  ait  trouvé  d'indice  de  la  présence  d'un  calcul 
vésical. 

Depuis  quinze  jours,  il  souffrait  plus  que  jamais  dans  le  rein 
gauche  ;  l'impossibilité  de  travailler  et  l'intensité  des  douleurs 
l'avaient  déterminé  à  entrer  à  l'hôpital  de  la  Charité  dans  mon 
service. 

Le  cathétérisme  répété  de  nouveau  le  jour  de  son  admission, 
a  fait  connaîtra  qu'il  n'y  avait  point  de  calcul  dans  la  vessie. 
,  fie  a6  mai,  le  malade  est  très  affaibli  par  ses  longues  souf- 
frances; il  est  très  maigre,  d'une  teinte  jaune  pâle.  Le  pouls, 
faible^batQO  fois  par  minute,-  la  chaleur  de  la  peau  est  presque 
naturelle,  l'appétit  bien  conservé,  la  langue  naturelle  ;  aucun 
symptôme  morbide  du  côté  des  voies  digestives  et  des  organes 
de  la  respiration.  La  douleur  est  exactement  limitée  à  la  ré- 
gion lombaire  gauche  j  elle  augmente  par  la  pression  et  les 
mouvemens  du  tronc  ;  on  ne  reconnaît  aucune  tumeur  appré- 
ciable au  toucher,  les  urines  sont  acides  et  contiennent  une 
proportion  notable  de  pus  qui  forme  un  dépôt  blanc  et  opaque 
de  6  à  8  millimètres  d'épaisseur,  dans  un  vase  qui  a  lui-même 
i6o  millimètres  de  hauteur;  la  quantité  des  urines  et  la  fré- 
quence de  leur  émission  n'offrent  rien  de  remarquable  (Limo- 
nade; eau  de  Cû7itrextville  ;  èmiilsion  ^amandes,  5  hectogram- 
mes j  cataplasme  laudantsé  sur  ie  ventre  i  bouillon ,  soupe,  la 
demi-portion  d' alimeiis). 

Le  »8  mai,  l'état  général  est  le  même  ;  il  y  a  peu  de  réaction- 
La  douleur  persiste  dans  le  côté  gauche  des  lombes;  elle  pré- 
sente des  crises  qui  sont  très  violentes  et  qui  laissent  une  sen*, 


RÉNALES-PULMONAIRES.  3 1  5 

saUon  douloureuse  pendant  l'intervalle  qui  les  sépare  ;  les 
envies  d'uriner  sont  plus  fréquentes j  elles  se  répèlent  quatre 
à  cinq  fois  par  jour,  et  donnent  un  nombre  égal  de  bocaux  con- 
tenant 12  décagrarames  d'urine;  l'urine  est  trouble  au  moment 
de  l'émission,  et  laisse  déposer,  après  quelques  inslans  de  repos, 
une  couche  purulente  comme  les  jours  précédons. 

L'auscultation  et  la  percussion  ne  fournissent  rien  de  parti- 
culier du  côté  du  cœur.  La  sonorité  et  le  bruit  respiratoire 
sont  naturels  dans  tous  les  points  de  la  poitrine ,  si  l'on  ex- 
cepte la  partie  inférieure  et  postérieure  gauche  du  thorax,  où  le 
bruit  respiratoire  est  moins  pur  et  mêlé  d'un  léger  râle  sous- 
crépitant.  Les  voies  digeslives  sont  en  bon  état;  les  garde- 
robes  naturelles  (Même  prescription). 

Le  3o  mai,  il  est  survenu  du  dévoiement;  il  y  a  eu  quatre  ou 
cinq  garderobes  liquides  dans  les  vingt-quatre  heures.  Le  ma- 
lade est  très  pâle;  la  peau  est  chaude;  le  pouls  donne  loo  pul- 
ls sations  par  minute  ;  les  crises  sont  plus  violentes  et  plus  rap- 
l|  prochées  ;  il  n'y  a  que  peu  de  rémission  aux  douleurs  vives 
Il  que  le  malade  éprouve  dans  tout  le  côté  gauche  de  l'abdomen  ; 
U  la  sensibilité  à  la  pression  est  très  vive  ;  la  respiration  un  peu 
}  gênée ,  et  la  physionomie  exprime  la  souffrance  {Limonade , 
|(  èmulsion,  cataplasme  laudttnisè ;  bouillon,  soupe). 

Le  1^"^  juin,  Fleury  a  été  très  soufirant  jusqu'à  trois  heures 
\v  de  l'après-midi  ;  il  se  plaint  d'une  grande  gêne  de  la  respira- 
t  tion  ;  il  s'agite  dans  son  lit,  et  depuis  la  veille  il  a  toussé  fré- 
q  queraraent;  à  quatre  heures  il  expectore  une  grande  quantité 
«  de  matières  félidés  qui  n'ont  point  été  conservées.  Il  a  dans  la 
|i|  nuit  plusieurs  garderobes  liquides. 

Le_a  au  matin,  il  est  très  fatigué,  privé  qu'il  est  de  sommeil 
h  depuis  deux  nuits.  Le  leint  est  plus  jaune  ;  les  joues  sont  creu- 
|l  ses,  tous  les  traits  crispés;  la  langue  est  couverte  d'un  enduit 
Il  blanchâtre,  la  soif  vive  ,  le  pouls  fréquent  et  très  petit;  tout  le 
côté  gauche  de  la  poitrine  est  douloureux.  Il  repose  sur  le  côté 
|J  droit,  et  il  ne  peut  faire  aucun  mouvement  dans  son  lit.  Le 
crachoir  ne  contient  aucune  matière. 

Quelques  inslans  après  la  visite,  l'interne  du  service,  M.  Le- 
nepveu,  alla  voir  le  malade  qui  expectora,  sous  ses  yeux, 


3  I  6  riSTULES 

après  une  quinle  de  toux  assez  violente,  a5o  grammes  environ 
de  pus  ,  liquide  et  séreux ,  semblable  à  celui  qui  s'écoule  d'xm 
abcès  froid. 

Il  est  important  de  noter  que  le  malade  n'avait  présenté  anté- 
rieurement aucun  des  signes  rationnels  de  phthisie  et  que,  à  cet 
égard,  l'examen  stélhoscopique  n'avait  fourni  jusque-là  que 
des  signes  négatifs.  L'auscultation  nous  fit  découvrir,  le  a  juin, 
un  râle  muqueux  à  grosses  bulles  et  voisin  du  gargouillement 
dans  toute  la  partie  inférieure  et  postérieure  du  poumon  gau- 
che, jusqu'à  l'angle  inférieur  du  scapulum  ;  des  crachats  pu- 
rulenset  colorés  par  une  petite  quantité  débile  que  les  spasmes 
du  diaphragme  mêlaient  à  l'expectoration,  furent  expulsés  à 
toutes  les  heures  du  jour;  des  flots  de  pus  furent  rendus  à  deux 
ou  trois  reprises,  après  des  quintes  violentes  de  toux,  de  ma- 
nière à  remplir  deux  crachoirs. 

Le  3  juin,  l'expectoration  purulente  continua  ,  et  un  phéno- 
mène qui  frappa  tous  les  assistans^  ce  fut  la  disparition  ou  la 
diminution  considérable  du  pus  qui  existait  les  jours  précédens 
dans  les  urines.  L'abdomen  est  ballonné  et  douloureux;  la  paroi 
antérieure  même  du  thorax  est  sensible  à  la  pression  du  côté 
gauche;  la  région  épigastrique,  distendue  par  des  gaz,  donne 
une  résounance  tympanique  dans  une  grande  étendue.  Le  ma- 
lade est  obligé  de  garder  la  position  assise  dans  son  lit.  La  par- 
tie gauche  du  thorax  est  sensible  à  la  pression.  Le  gargouille- 
ment et  un  souffle  caverneux  sont  constatés  à  la  base  du  pou- 
mon gauche  seulement.  Dans  les  autres  points,  la  respiration  et 
la  sonorité  sont  tout-à-fait  normales.  La  réunion  de  ces  divers 
signes  fait  présumer  et  même  prononcer  qu'il  y  avait  un  abcès 
du  rein  qui  s'était  frayé  une  voie  à  travers  le  diaphragme ,  et 
dont  le  pus  était  expulsé  par  les  bronches  [Emulsioii;  décoction 
blanche;  nn  julcp  calmant;  cataplasme  laudanisé ;  bouillon, 
soupe). 

Le  4  juin,  il  y  a  eu  peu  d'amendement  dans  les  divers  symp- 
tômes ;  le  malade  a  un  peu  reposé  durant  la  nuit.  L'expectora- 
lion  continue,  mais  elle  est  moins  abondante  et  plus  vis- 
queuse. La  peau  est  un  peu  froide  ;  le  pouls  est  petit,  fréquent; 
U  s'élève  à  I  lo  pulsations  par  minute.  Diarrhée  ;  sécheresse  et 


RlCNALES-PULMONArRl^S.  3 1  7 

félidilé  de  la  bouche;  respiralion  laborieuse.  Le  ventre  est 
moins  douloureux;  le  gargouillement  et  le  souffle  caverneux 
se  font  entendre  dans  la  moitié  inférieure  du  poumon  gauche. 
*I1  n'y  a  qu'une  couche  légère  de  matière  purulente  dans  les 
urines  [Dècoctionhlanche,  5oo  grammes;  èmiilsion  ;  julep ,  bis; 
cataplasmes  laudanisès;  le  huitième  de  la  portion  d'alimens). 

Le  5,  le  ventre  est  souple,  la  respiration  et  les  mouvemens 
du  tronc  sont  peu  faciles  j  la  douleur  dans  le  flanc  gauche  a 
beaucoup  diminué  depuis  l'évacuation  du  pus  qui  s'est  mani- 
festée le  2  juin. 

Le  6,  les  crachats  contiennent  toujours  du  pus,  mais  ils  ont 
changé  d'aspect:  ils  sont  devenus  jaunes,  épais  et  visqueux, 
au  lieu  d'être  grisâtres  et  liquides ,  comme  dans  les  premiers 
jours. 

Le  7  juin,  le  malade  a  bien  reposé  durant  la  nuit;  la  toux 
est  moins  fréquente,  la  peau  plus  naturelle  et  le  pouls  plus  dé- 
veloppé; il  y  a  toujours  un  dépôt  purulent  dans  les  urines  et  de 
la  diarrhée.  Les  signes  stétlioscopiques  sont  les  mêmes,  et  les 
bruits  morbides  limités  au  poumon  gauche. 

Jusqu'au  1 5  juin,  l'état  de  Fleury  reste  à-peu-près  station- 
naire  ;  il  se  plaint  surtout  de  la  sécheresse  et  de  la  fétidité  de 
la  bouche,  et  d'une  soif  vive.  Les  crachats  et  la  toux  dimi- 
nuent; l'expectoration  est  jaunâtre,  mêlée  de  pus,  adhérente 
aux  parois  du  vase  et  très  fétide  ;  les  urines  sont  moins  abon- 
[«   dantes;  elles  contiennent  une  plus  grande  proportion  du  pus. 

Le  16,  le  malade  s'affaiblit  beaucoup;  il  est  constamment  dans 
I;  le  décubitus  dorsal;  la  fièvre  est  continue,  la  diarrhée  plus 
abondante  ;  il  rend  involontairement  les  fèces  ;  il  ne  peut  exé- 
It  cuter  aucun  mouvement;  les  dents  et  la  langue  se  couvrent  d'un 
enduit  brunâtre;  le  pharynx  est  douloureux,  la  déglutition 
difficile  et  la  voix  presque  éteinte  {Décoction  blanche,  500  gram- 
mes ;julep  double  ;  cataplasme  laudanisé  sur  le  ventre;  diète). 
Le  16  juin,  la  douleur  dans  le  flanc  gauche  est  presque  nulle. 
Il  mais  l'oppression  est  extrême;  le  malade  ne  peut  se  faire  en- 
I1  tendre;  il  est  épuisé  par  une  diarrhée  abondante,  la  perle 
|«   complète  du  sommeil  et  une  fièvre  continue. 

Le  17,  il  y  a  recrudescence  dans  l'expectoration  puj-ulen te  ; 


3l8  FISTULES 

le  pus  est  rendu,  comme  la  première  fois,  en  grande  quantité  • 
il  est  aussi  grisâtre  ,  séreux  et  très  fétide  ;  les  quintes  de  toux  se 
succèdent  rapidement,  et  chaque  fois  elles  sont  suivies  dé 
l'expulsion  d'un  flot  de  pus  liquide. 

Il  est  à  présumer  que,  la  poche  d'où  jaillissait  le  pus  s'étanl 
vidée  une  première  fois ,  l'orifice  qui  la  faisait  communiquer 
avec  une  bronche,  s'était  oblitéré,  et  que  la  collection  s'était 
reproduite ,  puisqu'elle  s'était  ouverte  une  seconde  fols  dans 
les  tuyaux  bronchiques.  Il  est  naturel  d'expliquer  ainsi  la  suc- 
cession de  ces  phénomènes ,  si  l'on  observe  que  nous  avons  vu 
deux  fois  le  dépôt  purulent  foriné  dans  les  urines,  diminuer 
lorsque  l'expectoration  était  très  abondante  ,  et  augmenter 
lorsque  la  proportion  du  pus  évacué  par  les  bronches,  était 
moins  grande. 

Le  j8,  le  malade  est  dans  un  état  de  faiblesse  et  d'épuisement 
extrême,  il  ne  peut  plus  parler  ni  faire  aucun  mouvement;  les 
lèvres  et  les  dents  sont  fuligineuses;  le  pouls  est  à  peine  sen- 
sible et  la  peau  froide.  Il  meurt  à  quatre  heures  du  soir. 

Autopsie  du  cadavre.  —  Abdomen.  Il  existe  des  adhérences 
anciennes  et  formées,  à  l'aide  d'un  tissu  cellulaire  dense  et 
presque  fibreux,  qui  unissent  la  face  inférieure  du  diaphragme, 
la  face  postérieure  de  l'estomac,  la  rate  et  la  partie  supérieure 
du  rein  ;  celui-ci  adhère  encore  aux  attaches  du  diaphragme,  en 
~  arrière  au  carré  lombaire  et  aux  fibres  supérieures  du  psoas  ;  de 
telle  sorte  qu'on  ne  peut  l'isoler  sans  produire  des  déchirures 
musculaires.  On  n'aperçoit  que  la  partie  inférieure  du  rein 
cachée  au  sein  de  ces  adhérences.  Elle  donne,  au  toucher,  la 
sensation  d'un  calcul  logé  dans  le  bassinet  très  dilaté,  et  elle 
offre  l'apparence  d'une  poche  à  parois  minces ,  et  formée  par 
la  membrane  fibreuse  et  le  bassinet  dilaté,  que  remplissent 
le  calcul  et  un  liquide  purulent. 

Après  l'ouverture  de  l'abdomen  et  du  thorax,  le  rein,  la  rate, 
le  diaphragme  et  l'estomac  furent  laissés  en  place,  et,  avant  de 
déchirer  les  adhérences,  on  fit  l'expérience  suivante  :  une  inci- 
sion fut  pratiquée  à  l'uretère  gauche  ;  une  sonde  étant  intro- 
duite dans  cette  ouverture ,  l'insufflation  par  l'uretère  fit  jaillir 
du  pùâ  par  la  bronche  dii  même  côté.  Après  avoir  versé  de 


RÈNALKS-PULMON  AIRES.  3ig 

l'eau  dans  eelle  bronche,  si  on  insuffle  l'uretère,  on  voit 
bouillonner  le  liquide  qui  est  ainsi  chassé  de  la  bronche. 

Tous  les  organes  adhérens ,  le  rein ,  l'estomac ,  la  rate ,  le 
diaphragme,  le  carré  lombaire,  une  partie  du  psoas,  et  même 
deux  cotes,  étant  enlevés  d'une  seule  pièce  pour  rechercher  le 
point  précis  de  communication  entre  la  poche  rénale  et  le  pou- 
mon, on  fend  la  partie  supérieure  de  l'uretère,  qui  était  dilaté, 
épaissi  et  noirâtre  à  l'intérieur.  Le  bassinet,  également  dilaté, 
à  parois  denses  et  résistantes,  est  rempli  par  un  calcul  rugueux 
et  inégal  à  sa  surface ,  qui  envoie  des  prolongemens  dans  tous 
les  calices.  Il  faut  débrider  l'orifice  de  ces  calices  pour  en  extraire 
le  calcul ,  dont  les  branches  ,  égales  au  nombre  des  calices ,  se 
!  terminent  en  forme  de  petites  massues.  Les  mamelons  et  la 
substance  corticale  sont  presque  entièi-ement  atrophiés,  de 
telle  sorte  que  l'enveloppe  fibreuse ,  qui  forme  une  coque  assez 
épàisse,  est  eu  contact  avec  le  pus  et  les  [prolongemens  des 
calculs  qui  s'irradient  jusqu'à  la  périphérie  de  l'organe.  Les 
débris  de  la  substance  rénale,  qui  subsistent  au  milieu  de 
celle  désorganisation  ,  et  la  membrane  du  bassinet  qui  les  re- 
c  couvre,  offre  la  teinte  noire  ardoisée  des  inflammations  chro- 
I  niques.  Au  sommet  du  rein  et  à  l'extrémité  d'un  calice  aussi 
i  dilaté,  on  trouve  une  petite  perforation  à  bords  lisses  et  arron- 
è  dis,  de  six  millimètres  de  diamètre;  elle  fait  communiquer  la 
cavité  du  bassinet  et  des  calices  avec  une  petite  excavation 
sous-diaphragmatique  ,  qui  communique  elle-même  avec  te 
poumon  par  une  perforation  du  diaphragme  de  six  à  huit 
millimètres  au  plus  :  celle-ci  existe  à  l'extrémité  de  la  branche 
j  gauche  de  l'aponévrose  centrale  du  muscle.  Avant  d'avoir  in- 
I  cîsê  ces  parties,  on  pouvait,  pour  mettre  à  nu  les  orifices  de 
communication ,  faire  passer  une  sonde  d'enfant  du  bassinet 
dans  une  bronche  qui  s'ouvre  dans  l'excavation  pulmonaire , 
et  réciproquement.  Autour  du  conduit  fistuleux  ,  le  tissu  pul- 
monaire du  lobe  inférieur  présente  de  l'induration  et  de  l'en- 
gouement dans  une  assez  grande  étendue  ;  les  lobes  moyen  et 
supérieur  son l  aussi  un  peu  infiltrés  de  sérosité  ;  mais  ils  cré- 
pitent dans  un  grand  nombie  de  points,  et  ils  ne  présentent 
que  quelques  noyaux  tuberculeux  fort  peu  avancés  et  non  ra- 


3ao 


FISTULES 


mollis;  les  feuillets  de  la  plèvre  gauche  sont  injectés  et  rugueux 
à  leur  surface  ;  la  plèvre  et  le  poumon  du  côté  droit  sont  dans 
un  état  parfait  d'intégrité;  il  n'y  a  d'épanchenaent  dans  au- 
cune des  cavités  de  la  poitrine. 

Le  péritoine  est  épaissi  et  blanchâtre  dans  les  points  qui 
circonscrivent  les  adhérences  ;  celles-ci  ont  limité  les  collec- 
tions de  manière  à  prévenir  tout  épanchement  pleurélique  ou 
abdominal.  Le  muscle  psoas  est  creusé  d'une  cavité  doublée 
d'une  fausse  membrane  et  remplie  de  pus,  qui  communique 
avec  un  foyer  formé  dans  le  tissu  cellulaire  extra-rénal,  et  in- 
dépendant des  collections  qui  existent  dans  le  rein  lui-même  et 
dans  le  poumon.  L'uretère  est  dilaté  et  adhère  au  psoas  ;  il  a  le 
volume  du  doigt  indicateur  jusqu'à  son  embouchure  dans  la 
vessie. 

Le  rein  droit  présente  une  dépression  profonde  à  la  partie 
moyenne  de  son  bord  convexe  ;  il  existe  une  tache  d'un  blanc 
jaunâtre  et  des  traces  de  cicatrices  au  fond  de  cette  dépression; 
le  tissu  est  induré  dans  le  pourtour  de  ces  lésions ,  et  l'on  re- 
connaît les  vestiges  d'une  ancienne  inflammation;  il  n'existe 
aucune  trace  d'une  affection  plus  récente  dans  la  substance 
rénale.  ,     '   •  . 

On  peut  inférer,  des  lésions  observçes  .sur  ces  deux  organes, 
que  toute  l'urine  excrétée  par  le  jnalade  vehait  du  rein  droit , 
tandis  que  le  pus  était  fourni  en  totalitg  par^e  rein'gauche. 
Elles  nous  ont  prouvé  que  le  rein  gauche  ne  contriboait  en 
aucune  manière  à  la  sécrétion  urins^ire  ;  elles  nous  expliquant 
encore  pourquoi  nous  avons  cherché  vainement  aîi  micros- 
cope, et  à  l'aide  des  réactifs,  à  constater  la  présence  de.cristaec 
d'acide  urique,  ou  de  quelques  autres  élémens  de  l'urine  dans 
les  matières  expectorées. 

Le  bassinet  et  l'uretère  sont  un  peu  dilatés  à  droite  comme  ' 
à  gauche  ;  la  membrane  interne  de  ces  conduits  est  légèrement 
injectée. 

La  vessie  offre,  pour  toute  altération,  une  injection  d'un 
brun  noirâtre  ;  on  a  peine  à  reconnaître  les  traces  de  l'opéra- 
lion  de  la  taille  qui  a  été  pratiquée  sur  cet  organe  il  y  a  dix- 
huit  ans.  La  prostate  et  le  canal  de  l'urètlu-e  sont  sains. 


I 


RÉNALTIS-PTTLMONAIRFS.  32  1 

Le  cœur  et  le  cerveau  ne  présentent  rieu  à  noter.  Le  tube 
digestif  est  sain  ;  toutefois  on  remarque  une  injection  assez  vive 
à  ses  deux  extrémités,  au  pharynx  et  au  commencement  de 
l'œsophage ,  et  au  gros  intestin:  il  y  avait  eu,  durant  la  vie, 
des  symptômes  inflammatoires  limités  à  ces  portions  du  tube 
digestif. 

§  762.  Déjà  de  Haen  avait  rapporté  un  fait  non  moins  cu- 
rieux. 

Obs.  Vllf-         Depuis  l'âge  de  la  ans ,  tnmeur  au  côté  gauche  sous  les 

fausses  eûtes  ;  accès  féliriles  à  diverses  reprises  ;  dépût  purulent  dans  l'u- 
rine; disparition  et  réapparition  alternntives  de  ce  dépôt,  et  d'une  fièvre 
hectique  pendant  l'espace  de  six  ans.  —  Mort  après  une  dyspnée  extrême 
et  une  expectoration  ichorenso  et  fétide.  —  Destruction  presque  complète 
du  lobe  inférieur  et  d'une  partie  du  lobe  supérieur  du  poumon 
gauche;  grande  caverne,  contenant  du  pus  à  la  base  de  ce  poumon; 
perforation  du  diaphragme  et  communication  de  cette  caverne  avec  le 

'    bassinet  distendu  (De  Haen.  Rafio  medendi,  in-12.  Parisiis,  1778,  vol. 3, 
p,  io3,  cap.  I,  de  calcule). 

a  Juvenis  variolas  mobillosque,  ut  refert,  numquam  passus, 
anno  œtatis  la,  fe^bi-è  primum  tertiana,  postmodum  quartana 
laboravitj.fèbreauteriftibei;.,  tumorem  se  habere  animadvertit 
in  laterelœvo  dofsi(.,.m^Xjinfra  spurias  costas,  eumqueperpe- 
tuum. 'Çer  .idem,téip]^B  gerpetuo  vexatus  fuit  ulcusculis  oris 
inte^f,<'gtlttu»'isque«  Hsee"tamen  non  impediverunt  quin  anni 
i^^'^caVnea  subirel,  et, 4  aprilis  laurea  ApoUinea  condecora- 

Àunq  ^768,  adventante  vere,  quotidiana  eum  febris  cum  ob- 
î  Itfso  lumbi  sinistri  dolore  prehendit  :  excepit  hanc  continua  7 
dierum,  cum  violento  lumborum  dolore,  melhodo  antiphlogis- 
ticse  cedens. 

Porro,  sub  hujus  febris  fînem  tenax,  fœtida,  acpellucensfere, 
èt  fundo  matulse  afllxa  matcries  adparuit,  si  multas  horas 
urina  in  matula  quievisset.  In  nocturna  autem  urina  duntaxat, 
nunquam  in  diurna,  dudum  licet  reposita,  observabatur  haec 
materies.  Apyrexiam  duodecim  dierum  continua  excepit  quin- 
que  dierum  febris;hancque  heclica,  cum  cnormibus  noctp  svdo- 
III.  21 


322  FISTITMiS 

ribus.  Gum  res  ipsi  angusta  domi  esset,  in  nosocomium  eum  re- 
cepi  10  aprilis  1768.  Post  11  dies  pus  cum  urina  prodire  cœpit 
continuavitque;  a  quo  tempère  hectica  febris  imminuta,  et  tan- 
dem 20  maii  sic  ablata  est,  ut  pauco  cum  dolore,  tum  pondère 
lumborum,  nosocomio  valedixerit.  Nitrosa  paregorica  emulsa, 
enemata  oleosa ,  lenia  nonnunquara  eccoprolica,  et  totius  al- 
ihœœ  cum  addito  syrupo  violarum  decocta,  unice  ferre  poluit, 
unice  profuere. 

Eadem  aestale  ad  physicatum  iu  Carinthiam  profectus,  tan- 
tam  opem  a  nioUi  corporis,  atque  a  necessariis  ad  dissita  loca 
ilineribus  se  tulisse  testabatur,  ut  omnis  doloris  ssepe  expers 
fuerit.  Interea  duxituxorem,  fortunamqueVienn£B,quam  in  Ca- 
rinlhia,  majorem  sperans,  hue  appulit,  altum  102  graduum  do 
micilium  incoluit,  quos  gradus  sccpius,  diuturnioreque  tempore 
singulis  diebus  conscendeus,  demum  domi  manere,  et  anno 
1772,  mense  martio  febre  continua  laborare  cepit.  Plusquara 
fraternam  opem  et  amorem  illitunc  contulit  egregius  medicus 
el  magnificusarchiaterSlunlzer,  quocum  saepius  deinde  aegrum 
vidi.  Defaerat  ab  aliquo  tempore  purulenta  urina,  Eo  tempore 
magna  pectoi^s  observata  inflammalio,  anxietasquc  est.  Quae 
sensim  imminula,  quando  aprili  mense  in  siugula  eaque  abun- 
dantissima  urina  pus  confertim  prodiit,  primo  leviter,  paula- 
tim  vcro  tam  horrende  fœtens,  ut  abjicienda  urina  prolinus 
fuerit. 

Tandem  elpustussf  prodiit,  idque  tenue,  saniosum,  aliquando 
ichorosum,  fuscum,  ssepe  lividum ,  fœtore  intolerabili,  cum 
anxietate  inexplicabili ,  febre  hectica ,  marcore,  insoraniis,  im- 
potentia  motus  uUius,  nec  respirandi  facultale  concassa,  uisi 
in  lecto  super  transversum  asserem,  pulvinari  tectum,  corpus 
pronaret.  Ineunte  maio  mense  obiit.  Sequenti  die  anatomen  fe- 

cinjus  Lobus  pulmonis  sinistri  inferior  consumplus  fere, 

una  cura  lobi  superioris  interiore  portione ,  sic  ut  tolum  hoc 
cavum  repletum  esset  pure,  inler  lobi  reliquias  paucas  locale... 
Rcn  sinister  monstrosae  molis,  excavatus  penilus,  ut  vix  quid 
rjus  parenchymatis  superesset. 

Notandum  hic  est  magnum  diaphragmatis  foramen  ,  quod  a 
renispure,  rcnem  mole  sua  diaphragmât!  hoc  in  loco  conli- 


RÉNALES-PULMONAIRES.  323 

guum,  cum  eodem  primum  conneclente,  deinde,  consumpto 
rené,  et  diaphragma  sensim  cxedenle.pulmonem  tandem  consu- 
mente,  factum  est.  Ita  ut  ren  cura  pulmone  unicum  saccum  sine 
ullo  interraedio  sepiraento  formaret. 

Ureter  pure  copioso ,  in  vesicara  saepe  non  influente,  in  for- 
mam  intestinalem  conversas. 

Ureteris  ejusdera  capacitas  naturalis  vesicam  ingressuri. 

Obs.  IX.        Chute  de  cheval  sur  le  côté  gauche,  suivie  de  douleur  fixe 

aiguë,  dans  ce  même  cAté;  plus  lard,  toux  et  expectoration.  Douze  ans 
après,  douleurs  atroces  an  côté  gauche,  expectoration  du  pus  sanguinolent 
et  grumeleux;  fièvre  hectique  ;  mort. —  Rein  gauche  transformé,  en  poche 
purulente , contenant  des  hydatides;  abcès  sous-diaphragmatique,  com- 
muniquant, par  une  perforation  du  diaphragme,  avec  une  cavité  située  à 
la  base  du  poumon  gauche. —  (Othmar  Hcer.  De  renum  morbis,  in-4,  Halie, 
i^go,  p.  27)  (Cas  communiqué  par  P.-F. Meckel). 

^ 

Vir  quidam  ab  equo  in  terram  duram  ,  in  latus  sinistrum 
delapsus,  dolore  6x0,  acuto,  aliquot  postea  dies  sensu 
ponderis  lateris  affiecti,  et  posl  aliquot  tempus  tussi,  cum 
expectoratione  corripiebatur ,  nec  tamen  viribus  mullum 
exhauslus ,  sat  facile  negotia  sua  tum  equo  ,  tum  pedibus  per 
duodecim  annos  curabat:  postea  vero  febri  hectica,  alro- 
cissiraisque  doloribus  lateris  sinistri  correptus  ,  aucta  expec- 
oratione ,  pus  sanguinolentum ,  gruraosum  ,  pulmones  reso- 
utos  referens  expuens ,  tabe  confectus ,  tandem  moritur. 

Sectioue  instituta,  inveniebalur  ren  sinister  magnitudiue 
lapitis  infanlis,  arclissime  cum  diaphragmate,  et  pulmones 
'um  pleura  cohaerentes ,  ita  ut  omnia  viscera  abdominalia , 
xceptis  inlestinis,  simul  cum  diaphragmate ,  pulmone  ,  et 
orde  exscindenda  fuerint;  loco  renis  sinistri  inveniebalur 
accus  mirœ  maguitudinis ,  membrana  crassa  confectus  ,  ma- 
lam  copiam  puris  albidi ,  crassi  continens ,  pelvis ,  ureterque 
ncrassatus,  auguslatiis  ;  exactiori  examine  inveniebatur  in 
raperficie  posteriori ,  et  regione  inferiori  pulmonis  sinistri 
uptura ,  per  cujus  aperturam  digitus  immissus ,  ad  margincm 
nteriorem  alœ  inferioris  pulmonis  sinistri ,   in  cavitatem 
nagnam  ibidem hœrentem, liberrime protrudebalur;  exhujus 

ai. 


3î>4  FISTTTLr.S 

cavitalis  fiinilo  ,  per  aperturam  circularem  in  aliam  secundam 
cavilalera  ducebatur,  qua;  in  diaphragmate ,  inter  ejus  sub- 
stantiam,  super  apiceinsuperioremrenistamenormiter  dégéné- 
ra ti  inveniebatur,  supraque  capsulam  suprarenalem  sinistram 
et  in  toto  ambitu  partis  sinistrœ  diaphragmatis  extendebalur  • 
renipse  in  saccum  enormem ,  uti  jam  diximus,  degeneratus  , 
superiori  majori,  et  inferiori  minori  cavo  gaudebat,  quse 
tamen  nec  inter  se,  neccuin  illa  in  diaphragmate  communica- 
bant;  in  omnibus  his  quatuor  descriptis  cavitatibus,  pus  co- 
piosissimum  ,  crassum  ,  albidum  hydatidibus  intermixtum  , 
plane  illisimile  contentum  erat,  quod  sputo  rejiciebatui-. 

A  l'occasion  de  cette  observation ,  Olhmar  Heer  fait  la  re- 
marque suivante  :  Inaudita  fere  hœc  destructio  ,  cerlissime 
effectus  inflammationis  harum  partium  post  lapsum  ex  equo 
ortœ  erat,  facileque  ex  hac  explicatur  :  nec  tamen  mente  fere 
concipi  potest,  quomodo  per  duodecim  annos  œger  vitam  sat 
bonam  trahere  poluit, 

Obs.  X.  —  Douleur  dans  la  région  lombaire  droite;  toux  et  douleur  au 
oâtc  droit  de  la  poitrine;  gargouillement  à  la  base  du  poumon  droit; 
expectoration  purulente  ;  mort  Rein  droit ,  transformé  en  poclie  pu- 
rulente, adhérent  au  diaphragme  et  aux  parties  voisines;  adhérence 
du  poumon  droit  au  diaphragme;  perforation  de  ce  muscle  (Sposer. 
Abcès  du  rein  qui  s'est  frayé  un  chemin  par  le  foie  et  le  poumon.  Gazette 
méd.  de  Paris,  1840,  pag.  Sog). 

Pierre  Bary,  âgé  de  19  ans,  tailleur,  fut  pris,  sans  cause 
connue,  d'une  douleur  dans  la  région  lombaire  droite  accom- 
pagnée de  frissons,  suivis  de  chaleur. 

Le  i3  février  (quinzième  jour  de  la  maladie),  il  entra  à  l'hô- 
pital dans  l'état  suivant  :  toux  sèche,  anorexie,  chaleur,  soif; 
langue  couverte  d'un  enduit  jaune,  sèche  à  la  pointe;  peau 
pâle,  chaude  et  sèche;  pouls,  90,  un  peu  tendu;  selles  nor- 
males ;  urine  brûlante ,  brune.  Le  malade  en  se  couchant  sur  ■ 
le  dos  éprouve  le  sentiment  d'une  tension  et  d'une  pression  i 
désagréable;  en  se  mettant  sur  le  côté  droit,  il  se  plaint  d'unei 
douleur  obtuse  dans  l'hypocondre  droit,  et  la  toux  devienti 
plus  fréquente.  Le  médecin,  croyant  avoir  affaire  à  un  etat| 


i 


RÉNA.LES-PULMONAIRES.  325 

rhumatismal,  suivi  d'une  fièvre  catarrhale  gastrique,  prescri- 
vit une  potion  nitrée  avec  du  tartre  slibié. 

Le  i5  et  le  i6  ,  toux  plus  fréquente  ;  pouls,  loo. 
Le  17,  douleur  très  vive,  en  inspirant,  vers  l'angle  inférieur 
de  l'omoplate  droite  (.huit  ventouses,  loc.  dol.;  nitre  dans  une 
décoction  de  guimauve;  5  centigrammes  de  calomel  trois  fois 
par  joiir;  cataplasme  narcotique  et  èmollient). 

Le  18,  fièvre  continue,  douleur  plus  forte  dans  l'hypochon- 
li  dre  et  la  région  lombaire  droite.  L'application  d'un  vésica- 
toire  fut  suivie  d'une  légère  amélioration;  la  douleur  était 
\  moins  vive ,  l'expectoration  plus  facile,  et  la  toux  moins  fré- 
quente ;  la  fièvre  continua  ;  la  peau  était  brûlante,  sèche  ;  l'urine 
rare.  Le  malade,  en  toussant  un  peu  fortement  ou  en  inspirant 
profondément,  fit  entendre  un  gargouillement  qui  s'étendait 
depuis  l'angle  supérieur  de  l'omoplate  droite  jusqu'à  l'hypo- 
chondre  du  même  côté.  Une  hydropisie  générale  qui  se  déclara, 
fit  des  progrès  très  rapides. 

Le  37 ,  Bary  expectora,  dans  de  courts  intervalles ,  après 
quelques  quintes  de  toux  violente,  à-peu-près  un  kilogramme 
I  et  demi  dé  véritable  pus  épais,  d'un  gris  verdâtre.  Imraédiate- 
j  ment  après,  il  eut  une  transpiration  générale  très  copieuse. 
Le  28  et  le  29 ,  toux  plus  rare ,  expectoration  purulente  fa- 

<  cile,  fièvre  lente,  sueurs  colliquatives,  diminution  notable  de 
l'œdème  de  la  figure  et  des  pieds;  pouls  plus  tendu,  dur,  io5; 

\  langue  rouge.  Toute  autre  position  que  sur  le  côté  gauche  pro- 
[1  voquait  la  toux  et  la  douleur  au  côté.  Après  l'emploi  de  la 
«  crème  de  tartre  soluble  (aïo  grammes),  d'oximel  scillitique  (i5 
I  grammes),  dans  une  décoction  de  guimauve  (210  grammes), 
}  l'œdème  des  extrémités  disparut  complètement,  le  bas-ventre 
k  s'alTaissa  et  devint  plus  mou;  pourtant  l'urine  n'était  pas  plus 

<  copieuse. 

Du  1"  au  3  mars,  toux  toujours  plus  rare,  sans  expectora- 
If  tion;  respiration  plus  brève,  difficile;  gargouillement  très  pro- 
I  noncé  dans  l'endroit  indiqué  ci-dessus  ;  pouls  plus  petit  et  plus 
fréquent;  constipation;  urine  tout-à-fait  nulle;  face  livide, 
extrémités  des  doigts  bleues. 
Mort  dans  la  nuit  du  4. 


326  HÉMOBRIIA.GIES  RÉNALES. 

Aiitopste ,  faite  trente  heures  après  la  mort  : 
Plèvres,  cœur,  péricardcj  poumon  gauche,  lobe  supérieur  du 
poumon  droit  à  l'état  normal;  lobe  inférieur  du  poumon  droit 
adhérent  à  la  plèvre  costale,  aux  muscles  intercostaux  vers  le 
dos,  et  au  diaphragme.  En  voulant  détacher  ce  dernier,  on  fit 
uqe  déchirure  qui  laissa  échapper  un  peu  de  pus  ;  60  à  90 
grammes  de  sérosité  se  trouvaient  dans  la  poitrine.  En  ouvrant 
le  bas-venti-e  pour  soulever  la  partie  du  diaphragme  adhérente 
au  poumon,  on  vit  que  le  lobe  droit  du  foie  adhérait  aussi  in- 
timement à  la  face  inférieure  du  muscle ,  et  plus  bas  au  colon 
transverse ,  et  se  continuait  à  l'aide  d'exsudations  plastiques 
le  long  du  colon  ascendant  jusqu'au  rein ,  avec  lequel  il  ne 
formait  qu'un  tout  non  interrompu.  Le  rein  droit,  pour  ainsi 
dire  enveloppé  dans  une  masse  gélatineuse ,  adhérait  à  la  co- 
lonne vertébrale  et  aux  côtes,  au  moyeu  d'une  substance  char- 
nue, et  représentait  en  quelque  sorte  une  vessie  membraneuse 
du  volume  d'un  fortpoing;  ce  sac  était  rempli  d'un  pus  bien 
lié ,  jaune,  et  ce  n'est  que  vers  la  partie  du  côté  des  vertèbres 
qu'on  reconnaissait  encore  quelques  vestiges  de  la  substance 
corticale.  Le  rein  gauche  ,  le  lobe  gauche  du  foie,  la  vésicule 
peu  remplie  de  bile,  le  pancréas,  la  rate,  les  intestins,  à  l'ex- 
ception du  colon  transverse  et  ascendant,  étaient  à  l'état  nor- 
mal. 240  à  3oo  gi-ammes  de  sérosité  se  trouvaient  dans  le  bas- 
ventre. 

Il  est  évident,  dit  l'auteur,  que  cette  maladie  a  commencé 
par  une  inflammation  du  rein  droit,  qui  a  été  méconnue;  de 
là  une  suppuration  qui  s'est  propagée  le  long  du  colou  as- 
cendant jusqu'au  l'oie,  et  s'est  frayé  un  passage  à  ti  avers  le  dia- 
phragme jusqu'au  lobe  inférieur  du  poumon  droit.  Le  pus  a 
donc  remonté  ,  contre  toutes  les  lois  de  la  physique,  jusque 
dans  les  bronches ,  d'oti  il  a  été  rendu  par  l'expectoration. 

Hémorrhagies  rénales. 

§  763.  Quoique  les  pathologisles  aient  souvent  confondu  ! 
dans  une  description  générale,  sous  le  nom  à.' hématurie, 
tous  les  cas  d'urine  sanguinolente  ou  toutes  les  émissions  de 


I 


HÉMORRHAGiES  hénales  {cavact.  analom.). 

sang  par  les  voies  urinaires,  j'ai  cru  devoir  agir  autrement  et 
séparer  nettement  les  hémorrhagics  rénales  des  hémorrliagies 
provenant  des  uretères  et  de  la  vessie. 

Les  conditions  dans  lesquelles  une  quantité  de  sang,  plus  ou 
moins  considérable,  se  mélange  avec  l'urine  au  moment  oii 
elle  se  forme  dans  les  reins,  ou  après  qu'elle  est  versée  dans  les 
bassinets ,  sont  si  nombreuses,  si  variées  et  si  différentes  dans 
leur  origine  et  leur  terminaison ,  que  non-seulement  j'ai  cru 
nécessaire  de  faire  toiis  mes  efforts  pour  distinguer  les  hémor- 
rhagics rénales  des  affections  des  uretères  et  de  la  vessie  qui 
peuvent  être  accompagnées  d'hématurie  ,  mais  encore  d'établir 
plusieurs  divisions  dans  les  hématuries  rénales  dont  j'ai  formé 
trois  groupes  distincts  : 
1°  Hémorrhagies  rénales  symptomatiques  des  lésions  des  reins; 
2°  Hémorrhagies  rénales  symptomatiques  d'affections  géné- 
rales; 

3°  Hémorrhagies  rénales  essentielles. 

Les  hémorrhagies  comprises  dans  chacune  de  ces  séries ,  sont 
tellement  distinctes  les  unes  des  autres,  que,  si  j'eusse  essayé  de 
faire ,  darrs  une  même  description,  un  exposé  de  leurs  causes 
de  leur  marche,  de  leurs  symptômes,  de  leur  terminaison ,  dé 
\  leur  traitement,  je  serais  inévitablement  arrivé  à  un  aperçu 
vague  et  de  peu  de  valeur  pratique.  ' 

Je  décrirai  d'abord  les  lésions  que  le  sang  infiltré  ou  épan- 
che dans  le  rem ,  dans  les  calices  et  le  bassinet,  détermine  dans 
ces  organes;  j  exposerai  ensuite  les  caractères  à  l'aide  desquels 
on  constate  la  présence  du  sang  ou  de  ses  élémens  organiques 
dans  lunne;  enfin,  j'.ndiquerai  les  accidens  que  le  sang 
qu.de  ou  coagulé  peut  déterminer  dans  les  uretères  et  la  ves' 

nais  ^  hémorrhagies  ré- 

nales   quelle  qu'en  soit  l'origine;  viendra  ensuite  la  descrio 

l'ext  i:ur  dX"  "T^'"^-^"--  ^«         peut  s'épancher  à 

■  3ub  ances  ou  V^'t    "  '  ^^"^ 

peut  saccuZl    r  '''''''''''           -1--;  il 

avec  :  r   "         ^  -i*^^^ 


i 


328  HÉMORRIIAGIES  RÉNALES  {cUVacl,  UnalOIH.). 

i"  Les  cas  dans  lesquels  le  sang  s'épanche  à  l'extérieur  des 
reins  sont  assez  rares;  le  plus  souvent  ces  hémorrhagies  sont 
produites  par  une  violence  extérieure,  par  une  chute,  par 
une  contusion  ou  par  un  instrument  piquant. 

Dans  quelques  cas  de  périnéphrite,  on  a  trouvé  le  pus  qui 
avoisinait  le  rein ,  rouge  ou  rougeâtre ,  et  mélangé  d'une  grande 
quantité  de  sang. 

Dans  ces  hémorrhagies  exlra-rènales ,  la  quantité  de  sang 
épanché  est  quelquefois  très  considérable  et  fait  tumeur  dans 
la  région  des  reins,  dans  les  lombes  et  dans  le  flanc;  souvent 
cependant  on  a  méconnu  pendant  la  vie  ces  épanchemens  san- 
guins lorsqu'ils  étaient  peu  considérables,  et,  dans  d'autres 
cas,  lorsqu'on  n'a  pas  eu  recours  à  la  percussion.  Le  sang,  or- 
dinairement épanché  derrière  le  péritoine,  peut  être  en  quan- 
tité assez  considérable  pour  déplacer  la  portion  correspondante 
du  gros  intestin  ;  d'auties  fois  il  s'infiltre  dans  le  tissu  cellulaire 
environnant  et  dans  les  plis  du  péritoine,  d'autres  fois  enfin, 
il  s'épanche  en  même  temps  dans  la  cavité  périlonéale.  C'est 
presque  toujours  par  suite  d'une  plaie  ou  d'une  déchirure  du 
rein  et  surtout  des  gros  vaisseaux  rénaux,  que  s'opèrent  de  telles 
hémorrhagies. 

a°  Parfois  le  sang  s'extravase  entre  la  surface  du  rein  et  sa 
capsule  fibreuse.  Cet  état  a  lieu  ordinairement  dans  les  mala- 
dies de  la  substance  même  des  reins,  et  surtout  dans  le  cas  de 
forte  congestion  sanguine  de  ces  organes  ;  en  général,  la  quan- 
tité de  sang  épanché  est  peu  considérable  (Atlas.  Pl.  xxxiu, 
fig.  I). 

5°  Le  sang,  en  s'infiltrant  ou  en  s'épanchant  dans  la  substance 
même  des  reins  ,  peut  donner  lieu  à  plusieurs  apparences ,  à 
des  pétéchies,  à  des  ecchymoses,  et  à  des  dépôts  de  sang  plus 
ou  moins  considérables. 

On  observe  des  pétéchies  dans  les  membranes  extérieures  des 
reins, à  la  surface,  dans  les  substances  corticale  et  tubuleuse, 
et  dans  l'épaisseur  de  la  membrane  muqueuse  du  bassinet  et 
des  calices  (Atlas.  Pl.  xxxiii,  fig.  4).  Ces  pétéchies  se  for- 
ment surtout  dans  certaines  fièvres  éruptives  malignes ,  dans  la 
variole  et  la  scarlatine  hémorrhagiques ,  dans  certaines  fièvres 


HÉMORRHAGiES  héniles  {ccimct.  a/icitom.).  329 

typhoïaes,  dans  le  purpura,  dans  le  scorbut,  etc.  Il  ne  faut 
pas  confondre  avec  ces  pétcchics  un  piqueté  rouge  qu'on  ob- 
-  serve  quelquefois  à  la  surface  des  reins  dans  la  première  pé- 
riode de  la  néphrite  simple  et  surtout  de  la  néphrite  albumi- 
neuse;  enfin  il  est  impossible  de  les  confondre  avec  les  glan- 
a  dules  deMalpighi,qui  dans  certaines  affections  rénales  donnent 
h  à  la  coupe  de  la  substance  corticale  un  aspect  piqueté,  particu- 
lier,  ni  enfin  avec  le  gros  piqueté  rouge  inflammatoire, qu'on 
rencontre  si  souvent  à  la  surface  interne  du  bassinet  dans  la 
pyélite  aiguë 

On  voit,  jnais  rarement,  une  sorle  de  néphrite  pétéchiale 
(Atlas.  Pl.  XXXiv,  fig.  7  et  8) ,  dans  laquelle  de  petits  dépôts 
r.  de  pus  sont ,  au  lieu  d'être  cernés  par  le  tissu  du  rein  injecté  , 
c  comme  cela  a  lieu  habituellement ,  entourés  de  véritables  épan- 
.;  chemens  sanguins  disposés  en  auréole. 

Des  ecchymoses  peuvent  être  renconli-ées  dans  la  substance 
corticale  ,  dans  la  substance  tubuleuse  et  dans  le  bassinet. 
Les  traces  de  leur  existence  antérieure  sont  souvent  indi- 
j  quées  par  des  taches  ardoisées  plus  ou  moins  profondes.  Ces 
4  taches  sont  plus  communes  dans  la  substance  corticale  que 
i  dans  la  substance  tubuleuse,  oti  les  ecchymoses  se  forment 
aussi  plus  rarement. 

On  observe  aussi  des  infiltrations  sanguines  dans  le  tissu 
cellulaire  de  la  fissure  du  rein  et  du  bassinet  (Atlas.  Pl.  xXxiii, 
fig.  5  et  8  ;  Pl.  xxxiv,  fig.  3). 

L'hémorrhagie  des  reins  se  monlre  quelquefois  sous  une 
forme  très  remarquable  :  c'est  une  sorte    apoplexie  rénale.  A 
la  surface  extérieure  du  rein  affecté,  on  aperçoit  des  éminences 
noueuses,  irrégulières  et  bosselées;  les  unes  d'un  noir  foncé, 
les  autres  d'une  couleur  chamois,  plus  ou  moins  pure  ou  bi- 
garrée de  parties  noires  :  toutes  ou  presque  toutes  ces  éminen- 
ces sont  entourées  par  des  lignes  d'un  brun  foncé.  A  la  loupe, 
la  substance  du  rein  paraît  envahie  et  gonflée  par  du  sang 
noir;  son  tissu  est  grenu  :  nulle  part  on  n'aperçoit  de  caillots 
sanguins  ni  de  lacunes  résultant  de  l'absorption  du  liquide. 
Le  sang  est  infiltré  et  combiné  intimement  avec  la  substance 
léuale  (Atlas.  Pl.  xxxiv,  fig.  i  et  a). 


33o  HÉMORRHAGiEs  RÉNA.LES  {caracl,  aïiatom,). 

Le  sang  ainsi  infiltré  dans  le  rein  prend  plus  tard  un  aspect 
jaunâtre,  analogue  à  celui  des  dépôts  fibrineux  qu'on  rencon- 
tre dans  la  rate.  Cette  altération  jaunâtre,  qui  siège  principa- 
lement dans  la  substance  corticale  ,  est  alors  entourée  par  une 
ligne  rouge  irrégulière.  Dans  quelques  endroits  on  trouve  de 
petits  îlots  jaunâtres  isolés  des  masses  principales.  Ou  ne  peut 
exprimer  le  pus  de  ces  masses  ;  l'humeur  qu'on  obtient  par  la 
pression,  offre  le  plus  souvent,  au  microscope,  une  foulejde 
petits  globules  sanguins  ,  mais  point  de  globules  purulens. 

4°  Du  sang  peut  s'épancher  dans  la  cavité  des  calices  et  du 
bassinet,  et  être  ou  non  rejeté  au-dehors  avec  l'urine.  Cette 
hémorrhagie  arrive  par  suite  de  violences  extérieures,  des  con- 
tusions, de  l'équitation ,  ou  par  suite  des  maladies  des  reins  ou 
du  bassinet,  dans  le  cancer,  dans  la  pyélite  bémorrhagique , 
ou  dans  les  pyélites  calculeuses ,  par  exemple.  D'autres  fois, 
celte  hémorrhagie  survient  sans  qu'il  existe  aucun  corps  étran- 
ger dans  l'intérieur  des  conduits  de  l'urine,  et  sans  que  la  sub- 
stance du  rein  en  paraisse  altérée.  Chez  un  colon  atteint  de 
l'hématurie  endémique  de  l'Ile-de-France,  et  mort  d'une  phlé- 
bite, j'ai  trouvé  les  reins,  à  l'autopsie,  parfaitement  saius;  en 
pressant  les  mamelons  de  la  substance  tubuleuse ,  on  pou- 
vait en  exprimer  un  liquide  sanguinolent  semblable  à  celui 
qu'il  avait  rendu  pendant  la  vie. 

Lorsque  le  sang  s'amasse  dans  les  bassinets  ou  les  calicei, 
presque  toujours  un  obstacle  mécanique  ou  un  corps  étranger 
(calculs,  acéphalocystes,  etc.)  s'est  opposé  à  l'écoulement  du 
sang  par  l'uretère  ;  mais  il  y  a  des  cas  rares  oii  le  rein  a  été 
trouvé  ainsi  distendu  sans  que  ces  conduits  eussent  été  ob- 
strués autrement  que  par  des  caillots  de  sang.  La  distension 
produite  par  cette  accumulation  de  sang  dans  le  bassinet  peut 
devenir  considérable  si  elle  s'opère  lentement  et  graduelle- 
ment. Parfois  le  sang  est  mêlé  à  une  quantité  considérable  de 
sérosité;  d'autres  fois  il  est  pur  et  le  plus  souvent  coagulé  ; 
d'autres  fois  il  est  considérablement  altéré ,  et  semblable,  pour 
la  couleur,  à  du  marc  de  café  j  parfois  il  est  mélangé  de  ma- 
tières puriformes ,  de  détritus  de  dégénérescences  diverses, 
d'acéphalocysles,  de  calculs,  etc.  Dans  ces  cas,  la  sidjslance 


HÉMORRHAGIES  RÉNALES  {sympLÔmes).     33 1 

rénale  peut  être  réduite  à  une  poche  inembraneuse ,  ou  être 
notablement  altérée  et  enflammée.  Le  bassinet  et  une  partie  ou 
la  totalité  de  l'uretère  peuvent  être  également  déformés  et  plus 
ou  moins  altérés. 

§  765.  SijmptôTnes.—  V\XT\n&  peut  être  plus  ou  moins  char- 
gée de  sang  dans  plusieurs  maladies  des  reins,  des  uretères, 
de  la  vessie,  de  la  prostate  et  de  l'urèlhre  {hématuries  symyto- 
maiiques).  Pendant  le  cours  de  quelques  maladies  générales, 
une  certaine  quantité  de  sang  peut  exister,  mélangée  avec  l'u- 
rine. Enfin ,  il  est  un  certain  nombre  d'hématuries  qui  ne  peu- 
vent être  rattachées  à  une  lésion  de  l'appareil  urinaire  ni  à  une 
li  maladie  déterminée ,  et  que  l'on  désigne  sous  le  nom  d'héma- 
turies essentielles^ 

J'ai  déjà  exposé  avec  détail  les  caractères  physiques  et  chi- 
miques à  l'aide  desquels  on  peut  constater  la  présence  du  sang 
»ou  de  ses  élémens  organiques  (albumine,  fibrine,  globules  san- 
guins) dans  l'urine  ($  203)5  j'ai  indiqué  comment,  à  la  simple 
«inspection  microscopique,  on  pouvait  distinguer  les  urines 
«d'apparence  sanguinolente ,  des  urines  qui  contiennent  réelle- 
•ment  du  sang  ou  des  globules  sanguins. 

L'urine  sanguinolente  se  coagule  parla  chaleur  et  précipite 
par  l'acide  nitrique ,  et  elle  offre  au  microscope  des  globules 
sanguins,  c'est-à-dire  des  globules  d'un  120'  de  millimètre 
nviron,  lenticulaires,  jaunâtres,  paraissant  avoir  un  noyau 
||  central,  se  dissolvant  immédiatement  dans  l'acide  acétique, 
nsolubles  dans  l'eau  et  dans  l'acide  nitrique.  Au  bout  d'un 
nrtain  temps,  ces  globules  deviennent  irréguliers  dans  l'urine, 
;l  quelquefois  s'y  décolorent. 

L'urine  peut  être  plus  ou  moins  chargée  de  sang.  On  a  vu  des 
;as  dans  lesquels  les  malades  semblaient  uriner  du  sang  pres- 
que pur,  des  caillots  fîbrineux  considérables  se  formant  dans 
n  fond  du  vase  qui  avait  servi  à  recevoir  le  liqxiide.  Toutefois 
le  véritables  pissemens  de  sang  pur  ou  presque  pur  ne  sont 
)rdinairement  observés  chez  l'homme  que  dans  le  cas  de 
)laie  ou  de  déchirure  de  l'urèthre.  Lorsque  le  sang  provient 
les  reins,  les  malades  rendent  plus  ordinairement  des  caillots 
le  sang  cl  de  l'urine  sanguinolente  qu'un  liquide  ayant  les  ca-: 


3^2  HÉMORllHAGIES  RlîNALLS  {syinplôinas). 
ractères  physiques  du  sang.  Dans  les  hématuries  rénales  abon- 
dantes, le  sang  se  coagule  le  plus  souvent  dans  son  trajet,  soit 
dans  ]a  cavité  des  uretères,  soit  dans  la  vessie.  Cette  coagula- 
tion s'opère  de  manière  qu'un  grand  nombre  de  globules  san- 
guins restent  enchevêtrés  dans  les  caillots  fibrincux,  qui,  lors- 
qu'ils sont  expulsés  au-dehors,  sont  plus  souvent  noirâtres  que 
décolorés. 

Il  peut  arriver,  au  contraire ,  que  l'urine  contienne  si  peu  de  fi- 
brine et  un  si  petit  nombre  de  globules  sanguins,  qu'elle  offre  à 
peine  une  teinte  rose-pâle  au  moment  de  l'émission,  et  qu'on  n'a- 
perçoive pas,  dans  le  sédiment,  de  petits  caillots  fibrineux.  A  la 
vérité,  de  telles  urines  ne  sont  jamais  parfaitement  transparentes 
comme  l'urine  saine,  mais  quelquefois  elles  offrent  une  teinte  ro- 
sée si  douteuse,  qu'on  ne  pourrait  affirmer  qu'elles  contiennent 
une  certaine  quantité  de  sang,  ou  au  moins  de  ses  principaux 
élémens,  si  l'inspection  microscopique  ne  démontrait  dans  ces 
urines  un  certain  nombre  de  globules  sanguins.  Si  on  remplit 
un  tube  long  de  5  à  6  pouces  et  de  lo  lignes  de  diamètre  avec 
ces  urines,  le  petit  nombre  de  globules  sanguins  qu'elles  con- 
tiennent, se  précipitent  au  fond  du  tube,  oii  ils  forment  un 
dépôt  rougeàtre  qui  sui'raonte  les  autres  élémeùs  du  sédiment , 
et  notamment  le  pus,  lorsqu'il  en  èxiste.  Dans  ces  urines, 
toujours  plus  ou  moins  chargées  d'albumine,  quelquefois  il  n'y 
a  pas  de  traces  de  fibrine  coagulée  ;  d'autres  fois  on  y  aperçoit , 
à  l'œil  nu,  et  mieux  à  l'inspection  microscopique,  desiilamens 
d'apparence  fibrineuse.  Ces  urines,  qui  sont  si  peu  chargées  de 
sang  que  leur  couleur  n'en  indique  pas  la  présence,  sont  ordinai- 
rement rendues,  soit  à  la  fin  des  hématuries,  soit  dans  le  cours 
de  la  néphrite  albumineuse ,  soit  dans  la  dernière  période  des 
diverses  espèces  d'hématuries ,  lorsqu'elles  se  terminent  d'une 
manière  favorable.  Entre  ces  deux  états  extrêmes  (urine  ex- 
trêmement chargée  de  sâng  et  urine  qui  en  contient  à  peine) , 
il  y  a  une  foule  d'états  intermédiaires  qui  peuvent  se  présen- 
ter non-seulement  dans  l'espace  de  plusiêurs  jours  pendant 
le  cours  d'une  hématurie ,  mais  encore  dans  les  diverses 
émissions  d'urine  d'une  même  journée.  A  cette  occasion,  j 
crois  devoir  faire  remarquer  qu'on  ne  peut  juger  rigoureuse- 


HKMORpHAGIES  RT^NALES  {sjmp(omes).  333 

ment  de  l'abondance  du  sang  rendu  journellement  dans  une 
liéinorrhagie  rénale,  sur  la  simple  inspection  d'une  ou  deux 
émissions  d'urine.  J'ai  vu  des  cas  dans  lesquels  l'urine  ,  alors 
qu'un  énorme  caillot  était  contenu  dans  la  vessie ,  paraissait 
peu  chargée  de  sang.  Il  peut  même  arriver,  dans  une  hémor- 
rhagie  rénale ,  que  l'urine  reprenne  brusquement  une  couleur 
naturelle,  si  l'uretère  du  rein,  d'où  provient  l'hémorrhagie, 
^  vient  à  être  obstrué  par  un  caillot  fibrineux,  par  un  calcul  ou 
par  tout  autre  corps  étranger^  le  rein  du  côté  opposé  fournis- 
sant seul  l'urine  qu'on  examine. 
Quelle  que  soit  la  cause  qui  ait  donné  lieu  ù  une  hémorrha- 
iigie  rénale,  il  n'est  pas  toujours  possible  de  se  rendre  compte 
des  différences  qu'on  observe  dans  la  quantité  de  sang  rendu 
dans  un  même  jour  ou  dans  plusieurs  jours  successifs.  Toute- 
fois ,  en  examinant  comparativement ,  pendant  un  certain 
temps,  toutes  les  émissions  d'urine  qui  avaient  eu  lieu  dans 
les  vingt-quatre  heures  chez  des  individus  atteints  de  pyélite 
i  calculeuse  ou  du  cancer  du  rein  ,  j'ai  remarqué  plusieurs  fois 
que  l'urine  rendue  trois  heures  après  le  repas  était  ordinaire- 
ilient  plus  chargée  de  sang. 
m  est.^ussi  très  difficile  de  prévoir  la  durée  d'une  hémor- 
brhagie  rénale.  Si  l'hématurie  s'arrête  quelquefois  au  bout  de 
deux  ou  trois  jours,  dans  la  pyélile  calculeuse,  et  quelque- 
fois au  bout  de  quélques  heures  dans  la  colique  néphrétique , 
je  l'ai  vue,  dans  d'autres  circonstances,  persister  pendant  des 
mois  entiers.  Dans  le  cancer  du  rein,  l'hémorrhagie  rénale 
fpeùt  être  habituelle  ou  se  montrer  presque  insensiblement  et 
à  de  longs  intervalles.  Dans  le  cancer  hématode,  elle  est  plus 
habituelle  que  dans  toute  autre  espèce  de  cancer.  Les  hé- 
morrhagies  rénales  critiques  n'ont  quelquefois  que  plusieurs 
heures  ou  quelques  jours  de  durée.  Les  hémorrhagies  ré- 
nales périodiques  supplémentaires  peuvent  avoir  une  marche 
plus  ou  moins  longue,  suivant  qu'elles  sont  combattues  par 
l'art  ou  abandonnées  à  la  nature.  Il  en  est  qui  se  répètent 
J  tous  les  mois  à  période  fixe,  comme  la  menstruation  chez  les 
s  femmes. 

Dans  les  liémorrhagies  rénales  symplomatiq'U»s,  c'est  moins 


334    hiSmorrhagies  rénamîs  {symptômes). 

l'hémorrhagie,  que  la  maladie  clonl  elle  est  la  suite  ou  la  con- 
séquence, qui  doit  fixer  rattentioii  des  patliologistes.  Cepen- 
dant j'ai  vu  des  cas  de  cancer  du  rein,  avec  hématurie,  dans 
lesquels  les  hémorrhagies  avaient  été  si  abondantes  et  si  répé- 
tées ,  que  la  mort  n'avait  pas  tardé  à  être  la  conséquence  de  l'a. 
némie  et  de  la  prostration  de  forces  qu'elles  avaient  entraînées. 
Je  rapporterai  un  cas  d'héraorrhagie  rénale  essentielle  (Obs.  n), 
qui  s'est  terminé  par  la  mort ,  évidemment  par  le  seul  fait  de 
la  déperdition  trop  abondante  du  sang. 

L'anémie  et  l'affaiblissement  progressif  ne  sont  pas  les  seuls 
accideus  qui  peuvent  résulter  des  hémorrhagies  rénales.  Si  l'hé- 
morrhagie  a  débuté  ,  avec  violence,  ou  si  plus  tard  elle  est  de- 
venue tout-à-coup  très  abondante,  le  sang  coagulé  peut  obstruer 
les  conduits  exci'éteurs  de  l'urine  et  se  faire  difficilement  j  our 
au  dehors.  J'ai  rapporté  ailleurs  le  cas  fort  curieux  d'un 
homme  chez  lequel ,  à  la  suite  de  l'obstruction  du  goulot  de 
l'uretère  par  du  sang  coagulé  ,  le  bassinet  et  les  calices  se 
dilatèrent  progressivement  au  point  de  former  une  considé- 
rable dans  le  flanc  (voyez  :  lora.  i  ,  pag.  a8o  ,  OjiS.  vi). 

Ou  peut  lire  dans  les  auteurs  un  assez  grand  nombre  de 
cas  d'hématurie  dans  lesquels  des  caillots  fîbrineux  (en  ob- 
struant momentanément  l'urelère)  ont  donné  lieu  à  des  dou- 
leurs analogues  aux  coliques  néphrétiques,  à  une  vive  anxiété, 
parfois  avec  refroidissement  des  mains,  et  plus  tard,  si  l'ob- 
struction se  prolonge ,  à  la  distention  de  l'uretère ,  du  bassinet 
et  des  calices.  On  connaît  plusieurs  exemples  dans  lesquels 
de  semblables  concrétions  ayant  la  forme  d'un  ver  lombrique 
ou  d'un  strongle,  ont  été  expulsées  au  dehors  après  avoir  oc- 
casioné  de  vives  douleurs  dans  le  trajet  de  l'uretère  à  la  vessie 
ou  en  traversant  l'urèlhre  (miàtus  cruentus  vermiformis,  Win- 
ler).  On  a  vu,  dit-on,  l'urine  creuser  dans  leur  partie  moyenne 
ces  concrétions,  qui,  devenues  tubuleuses,  ont  permis  le  passage 
de  l'urine.  Enfin  le  sang  provenant  des  reins  versé  abond^'u- 
ment  dans  la  vessie  y  occasionne  divers  accidensj  les  malades 
éprouvent  souvent  de  fréquens  besoins  d'uriner;  ils  ne  peu- 
vent rendre  l'urine  que  goutte  à  goutte  et  avec  difficulté,  et  par- 
fois même  l'émission  de  l'urine  est  complètement  impossible. 


HÉMORRHAGIES  RÉNALES  {syViptÔmes).  335 

En  de  tels  cas,  la  vessie  distendue  forme  quelquefois  au-dessus 
lu  pubis  une  saillie  appréciable  à  la  percussion;  d'autres  fois , 
a  vessie  contient  très  peu  d'urine  et  en  est  remplie  en  grande 
partie  par  des  caillots  de  sang  dont  il  faut  opérer  ou  favoriser 
'expulsion  en  les  divisant  avec  la  sonde  ou  en  pratiquant 
îles  injections. 

i  Après  cet  aperçu  sur  les  hémorrhagies  rénales ,  sur  les  ca- 
■actères  physiques  et  chimiques  de  l'urine  plus  ou  moins  char- 
ée  de  sang,  et  sur  les  accidens  que  peut  occasioner  ce  li- 
uide  lorsqu'il  vient  à  se  coaguler  dans  le  bassinet,  dans  l'u- 
etère,  dans  la  vessie  ou  dans  le  canal  de  l'urèthre,  je  crois 
\evoir  faire  quelques  observations  sur  les  circonstances  qui 
tutorisent  à  penser  que,  dans  une  hématurie,  le  sang  provient 
ses  reins  et  non  des  uretères,  de  la  vessie,  de  la  prostate  ou  de 
!  urèlhre.  Je  décrirai  ensuite  les  principales  espèces  d'hémorr  ha- 
ies rénales. 

Dans  les  hémorrhagies  rénales,  les  malades  éprouvent  or- 
inairement,  dans  un  côté  des  lombes,  ou  dans  les  deux 
.jlés ,  une  sentiment  de  pesanteur  ou  une  douleur  plus  ou 
oins  vive,  surtout  à  la  pression  ;  mais  ce  symptôme  peut 
manquer,  surtout  dans  les  cas  d'hémorrhagies  rénales  essen- 
Ues,  ou  d'hémorrhagies  rénales  symptomatiques  d'affections 
.  uérales. 

D'autres  circonstances  peuvent  faire  soupçonner  que  l'hé- 
Uurie  provient  des  x'eins,  savoir  :  une  lésion  matérielle  évi- 
tite  de  ces  organes,  ou  une  affection  générale  dans  laquelle 
I  observe  fréquemment  des  hémorrhagies  rénales,  ou  bien 
core  l'absence  de  toute  lésion  des  organes  excréteurs  de 
line. 

J  e  ne  connais  que  peu  de  cas  dans  lesquels  le  sang  puisse  pro- 
iiir  des  uretères;  les  seuls  que  j'aie  observés  étaient  des  cas  d'u- 
érite  calculeuse  (voy.  :  MjILAdies  des  uiietéhes)  ;  et  dans  deux 

« 

i  OÙ  les  pertes  de  sang  furent  très  nombreuses  et  très  abon- 
nies, il  y  avait  dans  l'intérieur  des  uretères,  notamment  dans 
voisinage  d'un  calcul ,  des  végétations  fongueuses  d'oli  prô- 
nait le  sang  en  très  grande  partie.  Pendant  la  vie  il  avait  été 
possible  de  décider  si  le  sang  provenait  du  rein  ou  de  l'ure- 


33G     niÎMORnHAGiriS  riîn,vt.ks  (sj-mpiumes). 

tère;  ces  deux  parties  ayant  été  rendues  flouloureuses,  l'uretère 
par  la  présence  du  calcul,  le  rein  par  la  rétention  de  l'urine 
dans  le  bassinet.  Ces  cas  d'uretérile  calculeuse  rapprochés  des 
cas  de  pyélite  calculeuse  étant  comparativement  rares ,  toutes 
les  fois  qu'une  hématurie  est  accompagnée  d'une  douleur  dans 
le  rein  et  l'uretère ,  il  y  a  lieu  de  penser^  toutefois  sans  pouvoir 
l'affirmer,  qu'elle  provient  plutôt  du  rein  que  de  son  conduit 
excréteur. 

Si  on  excepte  les  cas  de  fongus  de  la  vessie,  de  cystite  calcu- 
leuse, et  de  tubercules  de  la  vessie  avec  cystite,  maladies  dont 
le  diagnostic  en  général  n'offre  pas  de  très  grandes  difficul- 
tés ,  il  y  a  peu  de  cas  dans  lesquels  on  puisse  supposer  que 
le  sang  rendu  avec  l'urine  est  fourni  par  la  vessie.  Cependant 
on  voit  quelquefois  des  hématuries  provenant  des  reins  simuler 
des  hématuries  provenant  de  la  vessie,  et  vice  versa  (i).  J'a- 
joute que,  lorsque  l'hématurie  est'vésicale,  elle  est  bien  rare- 
ment essentielle;  et  qu'elle  est  presque  toujours  précédée  des 
symptômes  propres  à  d'autres  maladies  de  la  vessie,  à  la  cys- 
tite simple  ou  calculeuse,  au  cancer,  etc.  Cependant  on  a  cité 
quelques  cas  d'hématurie  remplaçant  un  flux  hémorrhoïdal  et 
dans  lesquels  la  douleur  et  les  principaux  accidens  parais- 
saient circonscrits  dans  l'hypogaslre. 

Lorsque  le  sang  provient  de  l'urèthre,  il  s'écoule  sans  émis- 
sion d'urine,  et  l'urine  extraite  de  la  vessie  par  la  sonde,  n'est 
pas  chargée  de  sang  excepté  dans  le  cas  où  la  lésion  est  voisine 


(i)  P.  Frank  rapporte  que  chez,  un  homme,  atteint  d'hématuries  abon- 
dantes et  répétées  avec  rétraction  dit  testicule  droit  et  dijjlcitlté  de  mouvoir  h  i 
cuisse  correspondante ,  les  deux  reins  étaient  sains;  il  y  avait  un  cancer  de  lal 
vessie  qui  n'avait  point  été  soupçonné  {Ouvr,  cité,  art.  hématurie'). 

Hippocrate  indique  comme  des  phénomènes  communs  aux  ulcérations) 
des  reins  et  de  la  vessie,  l'émission  du  sang  ou  du  pus  avec  l'urine  (Si  quis) 
sanguinem  aut  pus  mingat,  renum  aut  vcsic-e  cxnlcerationem  signiCcat. 
Aphor.  Sect.  iv,  aph.  n5),  et  il  ajoute  ailleurs  avec  raison  :  «  Si  quis  sango 
nem  et  pus  mingat,  et  squamas ,  et  odor  gravis  sit ,  vcsice  ulcerationcm 

8ignificat(/^/;Aor.iS'ecf.  iv,  aph.  8i).  Il  y  a  quelques  exceptions  à  cette  règle 

mais  elles  sont  très  rares. 


IIIÎMORIUIAGIES  RKINALÏÏS  {sj/nplomcs).  X^rj 

du  col  de  la  vessie  et  dans  ceux  oii  le  sang,  ne  pouvant  s'écouler 
au  dehors  par  suite  d'un  obstacle ,  reflue  dans  la  cavité  de  cet 
organe.  Enfin  (et  cette  observation  est  uniquement  pour  les 
élèves) ,  chez  les  femmes  pendant  la  menstruation  et  chez  celles 
j  qui  ont  des  pertes  utérines ,  l'urine  se  charge  plus  ou  moins 
de  sang  en  traversant  la  vulve. 

Ces  remarques  générales  indiquent  la  marche  à  suivre  pour 
s'assurer  si  le  sang  rendu  avec  l'urine ,  provient  ou  non  des 
reins.  Si  l'hémorrhagie  est  rénale,  pour  en  déterminer  la  nature 
et  le  traitement,  il  restera  à  rechercher  à  laquelle  des  trois 
.  catégories  indiquées  plus  haut(§  7^3),  l'hémorrhagie  appartient, 
t  et  le  rang  qu'elle  y  occupe.  Cette  connaissance  résultera  né- 
t  cessairement  d'une  étude,  d'abord  individuelle,  puis  comparée 
rdes  élémens  dont  ces  groupes  se  composent. 

§  766.  Dans  les  cas  d'héraorrhagie  rénale  où  le  sang ,  soit 
par  suite  de  sa  coagulation,  soit  parce  qu'un  corps  étranger  ou 
toute  autre  cause  oblitère  ou  rétrécit  la  cavité  de  l'uretère  , 
cne  peut  s'écouler  dans  la  vessie,  le  rein,  disténdu  outre 
[•mesure  par  le  sang  et  l'urine  accumulés  dans  le  bassinet,  peut 
ffformer  tumeur  dans  la  région  lombaire.  J'ai  déjà  rapporté, 
1(§  339,  Ous.  VI,  tom.  I,  p.  a8o)  un  exemple  de  cette  distension 
du  rein  par  du  sang.  Walter  (i)  a  cité  aussi  un  cas  fort  remar- 
:|uable  d'héraorrhagie  dans  la  cavité  du  bassinet  et  des  calices 
lilatés ,  observé  chez  une  jeune  fille  atteinte  de  pyélite  calcu- 
leuse.  Par  suite  de  cette  hémorrhagie  et  de  la  désorganisation 
des  deux  reins ,  la  maladie  se  termina  -par  une  mort  subite. 
N'oici  le  fait  :  Une  jeune  fille,  domestique  chez  un  bi'asseur, 
ivait  éprouvé  pendant  un  grand  nombre  d'années  une  très 
ortc  douleur  dans  la  région  des  reins.  Elle  rendait  peu  d'u- 
ine,  mais  elle  ui  inait  habituellement  du  pus  mêlé  de  sang  et  de 
ible  fin.  La  position  de  cette  jeune  fille  ne  lui  permettait  pas 
le  se  traiter  convenablement.  Le  ventre  prit  du  développe- 
nent;  la  douleur  augmenta;  cependant  la  malade  continuait 
i  faire  son  service.  De  vieilles  matrones  et  même  des  méde- 
ins  croyaient  que  cette  jeune  fille  était  enceinte;  mais  elle 


(i)  Walter.  Eiiùtre K rnnkheiten  derNieren  und Uariil>lase,in-i,  Berlin,  S. 5. 

m.  22 


338     iiÉMORRAGJEs  RÉNALES  {sjnipiômes). 

tomba  morte  subitement.  A  l'autopsie  du  cadavre,  on  trouva 
l'abdomen  développé  comme  chez  une  femme  enceinte  de  six 
à  sept  mois.  On  sentait  extérieurement,  à  droite  et  à  gauche  du 
ventre,  une  tumeur  qui  s'étendait  de  la  région  des  fausses  côtes 
jusqu'à  rS  iliaque  du  colon  et  à  la  région  iliaque;  elle  s'éten- 
dait même  jusque  vei's  la  région  inguinale.  Ces  deux  tumeurs 
donnaient  au  loucher  à-peu-près  la  même  sensation;  seule- 
ment la  gauche  était  plus  tendue  et  un  peu  plus  dure  que  la 
droite.  A  l'exception  de  ces  tumeurs,  il  n'y  avait  rien  de  re- 
marquable à  l'extérieur  du  corps,  A  l'ouverture  du  bas-ventre, 
les  deux  tumeurs  visibles  à  l'extérieur  apparurent  tout  d'abord. 
Elles  avaient  fortement  repoussé  le  colon.  Ces  tumeurs  étaient 
formées  par  les  reins  ;  les  autres  viscères  ne  paraissaient  pas 
altérés,  et  on  les  enleva  pour  mieux  observer  les  reins.  Le  rein 
droit  était  d'unecouleur  rouge-brun;  le  volume  en  était  considé- 
rablement augmenté.  La  substance  en  était  très  molle  et  friable, 
de  soric  qu'en  la  maniant  on  la  déchirait  facilement.  A  l'inté- 
rieur, il  était  comme  rongé,  et  sa  cavité  remplie  d'une  quantité 
énorme  de  sang  coagulé ,  de  pus  et  de  substance  rénale  désor- 
ganisée. Ce  mélange  extraordinaire,  semblable  à  une  véritable 
bouillie ,  enveloppait  deux  calculs  qu'on  n'avait  pas  aperçus 
avant  d'avoir  enlevé  cette  matière.  Les  deux  calculs,  cause  de 
celle  désorganisation  du  rein,  avaient  une  couleur  noire;  le  plus 
volumineux  pesait  deux  gros,  et  le  plus  petit  deux  scrupules. 
Quelques-uns  des  gros  vaisseaux  rénaux  avaient  été  rongés  par 
le  pus.  Par  suite  de  celte  destruction,  le  sang  s'était  épanché 
dans  la  cavité  du  rein,  et  avait  mis  fin  subitement  à  la  vie  de  Ja 
malade.  Le  rein  gauche,  le  bassinet  et  l'uretère  avaient  l'ap- 
parence d'une  vessie  distendue,  élastique  au  toucher.  Ce  rein 
oflrail  de  larges  éminences,  et  l'uretère  des  circonvolutions  très 
considérables.  Le  liquide  contenu  dans  la  poche  rénale  était 
clair,  transparent,  et  d'une  couleur  jaune  pâle,  sans  odeur,  et 
la  quantité  en  était  de  deux  pintes  et  demie.  La  substance  rénale 
était  complètement  détruite.  A  la  partie  inférieure  de  l'uretère 
du  côté  gauche,  on  trouva  un  calcul  gros  comme  une  petite 
noix,  qui  empêchait  complètement  le  passage  de  l'urine  dans 
la  vessie. 


HÉMORTIHAGIES  RÉNALES  (l"  grOUpé). 

Covfper  (i)  rapporte  aussi  un  cas  dans  lequel  le  rein  était 
distendu  et  rempli  de  sang.  Pendant  la  vie,  douleur  à  la  région 
rénale  gauche ,  engourdissement  de  l'extrémité  inférieure  du 
même  côté,  envies  de  vomir,  et  sédiment  noir  dans  l'urine,  qui 
se  coagulait  quand  on  l'exposait  à  la  chaleur.  Le  rein  gauche, 
formé  de  kystes ,  pesait  cinq  livres  et  contenait  un  sang  fluide 
et  grumuleux. 

Martineau  (2)  a  publié  un  cas  plus  extraordinaire  encore 
cpe  les  précédens.  Ayant  fait  la  paracentèse  pour  une  tumeur 
volumineuse  de  l'abdomen ,  il  s'en  écoula  dix  pintes  anglaises 
d'un  liquide  sanguinolent.  L'avitopsie  fit  voir  plus  tard  que 
ce  liquide  était  contenu  dans  le  rein^  énormément  distendu. 

§  767.  Premier  groujpe  :  Uèmorrhagies  rénales  symptomati- 
ques  des  Usions  des  reins.  —  On  voit  souvent  surrenir  des  héma- 
turies, à  la  suite  des  plaies  (§  87  5)  (.5),  des  déchirures  (§  SSg)  (4), 
des  conhisions,  des  compressions  ou  des  commotions  (§  338)  (5), 
des  reins. 

Indépendamment  des  cas  que  j'ai  indiqués  ou  rapportés  avec 
détail  dans  une  autre  partie  de  cet  ouvrage,  on  pourra  con-!- 
sulter  quelques  observations  antérieurement  publiées  (6). 

Dans  les  cas  d'héraorrhagies  rénales  qui  surviennent  k  la 
suite  de  plaies,  de  contusions,  on  observe  quelquefois,  en  même 
temps  que  l'hémorrhagie ,  des  symptômes  de  néphrite  aigué, 
de  péritonite,  etc.  En  de  tels  cas,  le  traitement  des  lésions  pri- 
mitives et  secondaires  doit  être  pris,  sans  doute,  eji  grande 

(1)  Philos.  Transactions,  vol.  xix. 

(2)  ■Med.  comment.,  vol.  ix. 

(3)  Voyez  plusieurs  observations  cousignées  :  tom.  r,  obs.  i,  p.  34i.  —  Tom. 
I,  obs.  II,  p.  342.  — Tom.  I,  obs.  it,  p.  345.  —  Tom.  i,  obs.  v,  p.  347. 

(4)  Tom.  I,  obs.  VII,  p.  282. 

(3)  Voyez  tom.  i,  obs.  i,  p.  275.  —  Tom.  i,  obs.  ir,  p.  276.  —  Tom.  i, 
obs.  m, p.  277.  —  Tom.  i,  obs.  iv,  277.  —  Tom.  i,  obs.  v,  p.  278.  —Tom. 
obs.  VI,  p.  280.  —  Tom.  I,  obs.  xiii,  p.  292. 

(6)  Rivière  parle  d'un  bomme  atteint  de  gravelle,  et  qui  rendait  des 
urines  sanguinolentes,  toutes  les  fois  qu'il  était  obligé  de  monter  à  chev»! 
{fibs.  med.  Cent,  n,  obs.  xiii). 

22. 


3/(6       HÉMORRflAGIES  RKNALKS  (l"  grOUpe). 

considération  ;  mais  l'hémoirhagie  rénale,  soit  comme  phéno- 
mène, soit  comme  complicalion  de  ces  lésions  ,  présente  des 
Indications  particulières.  Telle  plaie  ou  telle  contusion  des  reins 
est  suivie  de  si  peu  de  douleur  et  si  complètement  exempte  de 
fièvre  qu'on  s'abstiendrait  certainement  d'émissions  sanguines, 
si  l'urine  n'était  pas  chargée  de  sang.  Dans  d'autres  cas ,  à  la 
suite  d'une  plaie  des  reius,  les  saignées  peuvent  avoir  été  telle- 
ment multipliées  qu'on  doive  chercher  à  arrêter  la  perte  du 
sang  par  l'application  de  la  glace  sur  le  flanc,  par  l'usage  de 
boissons  glacées  et  par  l'extrait  de  ratanhia.  Toutefois  il  ne 
faut  pas  oublier  que  la  coagulation  du  sang  dans  le  goulot  des 
calices  ou  dans  l'uretère  peut  elle-même  être  la  source  de 
nouveaux  accidens(§  766);  de  sorte  que,  dans  un  cas  particulier, 
pour  l'administration  des  hémostatiques,  on  se  guidera  d'après 
le  degré  d'alFaiblissement  du  malade  et  le  mode  d'excrétion  de 
l'urine. 

§  768.  Les  inflammalions  des  reins  sont  assez  souvent  sui- 
vies du  passage  d'une  certaine  quantité  de  sang,  ou  de  plusieurs 
de  ses  élémens  organiques  dans  l'urine.  Si  ce  phénomène  du 
j)isseme7ii  clc  sang  est  plus  fréquent  dans  la  néphrite  traitrna- 
tiquc,  que  dans  toutes  les  autres  espèces,  il  est  beaucoup 
moins  rare  dans  ces  dei'nières,  même  dans  la  néphrite  sim- 
ple {i),  qu'on  ne  le  pense  communément. 

D'un  autre  côté,  rien  n'est  plus  fréquent,  par  exemple,  que 
le  passage  d'une  certaine  quantité  de  sang  dans  l'urine  du- 
rant le  cours  de  la  néphrite  albiimineuse ,  surtout  à  son  début 
et  à  la  suite  de  la  scarlatine  (2).  Au  début  de  cette  espèce  de 
néphrite,  la  quantité  de  sang  est  quelquefois  si  considérable 

(1)  Voyez  tom.  1,  obs.  i,  p.  341. —  Tom.  i ,  obs.  11,  \>.  842 — Tom.  i,  obs.  v, 
p.  347.  —  Tom.  1 ,  obs.  I,  p.  207.  —  Tom.  1,  obs.  11,  p.  sSg.  —  Tom.  i, 
obs.  IV,  p.  261.  —  Tom.  i,  obs.  v,p.  282.  —  Tom.  i,  obs.  viii,  p.  266.  — 
Tom,  I,  obs.  IX,  p.  268.  —  Ton),  i,  obs.  x,  p.  269.  —  Voyez ,  pour  la  né- 
phrite simple  aiguë,  tom;  i,  oLs.  Lxxxvii,  p.  ôSa,  et  pour  la  néphrite  simple 
chronique,  tom.  i,  obs.  xxi,  p.  387,  tom.  i,  obs.,  xxxiv,  p.  409.  Tom.  i, 
obs.  xcvii,  p.  60g.  —  Tom.  I,  obs.  cm,  p.  614. 

(2)  Vojç/.,  tom.  ii,obb.  I,  p.  iCo.  — Tom,  ir,  obs.  11,  p.  lOi.  —  Tom.  h 


H.  SYMPTOMATIQUJÎS  DE  LÉSIONS  DES  REINS.  34  I 

que  les  observateurs  ont  comparé  l'urine  à  de  la  laviircdc  chair. 
Dans  la  période  chronique  de  la  néphrite  albumineuse,  en 
examinant  les  légers  sédiraens  de  l'urine  au  microscope,  on  y 
trouve  souvent  des  globules  sanguins  :  et,  dans  les  paroxysmes 
de  cette  maladie,  la  proportion  de  ces  globules  est  telle  que 
l'urine,  habituellement  pâle  et  décolorée,  prend  \me  teinte  rose 
ou  brunâtre  qu'on  a  comparée  à  du  cidre  tué  ou  à  du  bouillon 
de  bœuf. 

Dans  la  néphrite  rhumatismale  ny^uè  /û  n'est  pas  rare,  non 
K  plus,  d'observer  une  certaine  quantité  de  sérum  et  de  globules 
sanguins  dans  l'urine,-  mais  je  n'ai  jamais  vu  dans  cette  affec- 
tion l'urine  sanguinolente  (i)  comme  dans  la  néphrite  albu- 


mineuse. 


J'ai  vu  plusieurs  fois  survenir  de  véritables  hémorrhagies 
rénales  dans  des  cas  de  néphrite  youUeusc  (2),  accompagnées 
i<  de  coliques  néphrétiques. 

La  formation  de  pétéchies  et  de  dépôts  de  sang  dans  les 
*  rems  avec  développement  d'ecchymoses  et  de  pétéchies  dans  le 
»  bass.net  et  une  véritable  hématurie  rénale,  sont  des  phénomènes 
t  communs  dans  les  néphrites  ^Tir poisons  morhidcs. 

$769.  La  pyélite  calculcusc  esl  assez  fréquemment  accom- 
pagnée d'hématurie  (3);  .nais  dans  ce  cas  l'urine  est  nou-seule- 
»meut  chargée  de  sang,  mais  encore  d'une  certaine  quantité  de 
.  pus.  Les  proportions  du  pus  et  du  sang,  dans  l'urine,  sont  très 

obs.  p  ton>.  u.  obs.  x,  p.  .8..  -  To..  „,  obs.  xv„,  p.  .00.  _ 
W  V.  oL.  xx..,  p.  .:3.-  To..  „,  p.  448.  iden.  -  To..  xr,  obs.  .xx 
et  Lxxi,  p.  462  et  463. 

(TZ.  t     "7  -ïéte^inée  par  «ne  affection  rhn.atis.ole. 

[£puo.,.e,tr.d.  franç.  par  Goudnreau,  ton,,  ir,,  p.  366). 
(s)  Voyez,  tom.  n,  obs.  i,  p.  54, 

^'tr  ''''''  '"^'^"'^"^^  -  ^^'-^-'^ = 
r:;  -Tst  t~        '  - 

portés       By  o      \,TT  ''"^^'^  '^té  rap- 

I         P-r  B,sbop  ,„  Medical/acts  and  observ.  vol.  vi„,  p. 


342     HÉMonmiAGiKs  RiÎNALiîS  (i"  gtoupe). 

variables  et  très  inégales  au  début  ou  à  la  fin  de  ces  hémor- 
rhagies  intercurrentes.  En  de  tels  cas,  le  malade  a  presque 
toujours  rendu  aiitérieurement  de  petits  calculs;  il  a  éprouvé 
des  accès  de  colique  néphrétique  et  des  douleurs  habituelles 
dans  la  région  des  reins  ;  le  pissement  de  sang  est  survenu  à  la 
suite  d'un  exercice  violent,  et  il  est  accompagné  des  autres 
symptômes  de  la  pyélite  calculeuse,  (Ç  644).  Ordinairement  ces 
pissemens  de  sang  symptomatiques  de  graviers  ou  de  calculs 
ne  sont  pas  de  longue  durée;  cependant  on  les  a  vus  durer  des 
mois  entiers.  Dans  quelques  cas,  le  sang  est  mêlé  de  mucils  ou 
de  pus,  et  de  ce  mélange  résulte  un  liquide  qui  ressemble  à  de 
la  lavure  de  chair  ou  à  du  pus  rougeâtre. 

Il  survient  des  hématuries  dans  d'autres  pyélites,non  calcu- 
leilses.  Ènfin  il  est  des  pyélites  que  j*ai  décrites  sous  le  nom  de 
pyélite  hémorr  ha  gigue  (§  666),  et  dont  l'hématurie  est  un  des 
principaux  symptômes.  Plusieurs  fois  aussi  on  a  vu  la  pré- 
sence des  strongles  dans  les  reins  occasioner  des  héma- 
turies. 

Quant  aux  dégénérescences  des  reins,  le  cancer  est  incompa- 
rablement, de  toutes,  celle  qui  est  le  plus  fréquemment  accom- 
pagnée d'urine  sanguinolente.  Dans  ce  cas,  indépendamment 
de  globules  sanguins^  on  aperçoit  quelquefois  dans  l'urine  une 
foule  de  lamelles  et  de  globules  d'apparence  graisseuse,  mais 
qui  diffèrent  des  globules  graisseux,  eu  ce  qu'ils  disparaissent 
promplement  par  le  contact  de  l'air,  et  surtout  en  ce  que  l'éllier 
se  charge  peu  ou  point  de  graisse,  lorsqu'on  le  mélange  avec 
l'uriné.  Ces  urines  sanguinolentes,  provenant  de  reins  atleints 
de  cancer,  tiennent  quelquefois  en  suspension  de  petits  corps 
filiformes,  qui,  dans  un  cas  oti  je  fus  appelé,  avaient  fftil 
soupçonner  l'existence  de  spiroptères  dans  les  voies  urinaires 
{Voyez  :  Canceii). 

La  dégénérescence  tubercitleiise  des  reins  est  rarement  accom- 
pagnée d'urine  sanguinolente,  si  on  excepte  toutefois  les  cas 
dans  lesquels  il  existe  en  même  temps  une  dégénérescence  tu- 
beiculouse  des  uretères  et  de  la  vessie  ( Toyc*. ïubbbcuuîs  dus 
reins). 

Le  petit  nombre  de  remarques  que  j'aurais  à  faire  sur  les 


.    HÉMORRHAGIES  RÉNALES  (a""  groupe).  343 

I  hématuries  syraptomaliques  de  ces  lésions  organiques  des  reins 
seront  plus  à  leur  place  dans  l'histoire  de  ces  lésions. 

§  770.  Deuxième  groupe  :  Hémorrhagies  rénales  synifiioma- 
iiques  d'affections  générales.  —  Dans  le  purpura,  l'urine  se 
chai-ge  souvent  d'une  petite  quantité  de  sang.  On  a  rapporté 
^  qxielques  exemples  de  véritables  hématuries  survenues  dans 

II  le  purpura  hœmorrhagîca  (i).  Dans  des  cas  analogues,  j'ai  con- 

•  staté  que  la  disparition  des  élémens  organiques  du  sang  a  quel- 

•  quefoislieu,  dans  l'urine,  d'une  manière  partielle  et  succes- 

■  sive;  la  fibrine  disparaît  peu-à-peu,-  puis  les  globules  sanguins; 
<  el  l'urine  reste  quelquefois  encore,  pendant  assez  long-temps, 
i  chargée  d'albumine. 

Parmi  les  observations  les  plus  remarquables  d'hématuries , 
'  survenant  avant  ou  après  d'autres  hémorrhagies  ,  comme  effet 
ou  comme  symptôme  d'une  disposition  générale,  je  citerai  le 
,  cas  d'un  jeune  homme,  âgé  de  21  ans,  auprès  duquel  je  fus 
s  appelé  par  M.  Littré  (a).  Chez  ce  jeune  homme,  le  sang  fut 
versé  par  quatre  surfaces  muqueuses  ,  par  celles  des  voies 
aériennes,  des  fosses  nasales,  des  voies  digealives  et  par  celles 
:  des  voies  urinaires.  Latour  (3)  cite  un  cas  analogue  :  celui  d'une 

■  jeune  fille  de  i5  ans  qui,  pendant  quatre  ans,  rendit  du  saug 
par  toutes  les  voies,  qui  plus  tard  fut  atteinte  d'une  suppression 
d'urine  pendant  huit  jours,  suppression  remplacée  ensuite 
■par  une  hématurie. 

Dans  ces  maladies  hémorrhagiques ,  l'hématurie  peut  cesser 
pendant  quelques  jours,  pour  se  reproduire  ensuite,  sans  cause 
,  appréciable.  Dans  de  tels  cas,  on  a  vu  l'excrétion  (Î<î  l'urlue 
I  suspejidue  pendant  quelques  jours. 

(1)  Combes,  Casës  oj purpura  hœmorrhagica  (Edinb.  med,  and  surg.  journ. 
1821,  vol.  xvri,  i833).-  Kift  (Arthur)  Case  o/hœmorrhea  petechialis  (Ediuh. 

'   mcd.  and  surg.  joiirn.  vol.  xxvn,      :]ï.— -a^rty,  Edinb.  med.  and ^urgic. 
.   joumaU^oX.  xxxiv,  p.  Sg.—  llogerson,  Med.  and  pitjsic.  jouni.  vol.xi.iu. 
—  G.  Johnson,  Med.  and  surg.  joiirn.n.  72. 

(2)  Littré.  Observation  suivie  de  réflexions  s  ur  V liémorrhagie  essentidb 
ifiaieiie  médicale  de  Paris, 

(3)  Latour.  Traité  philos,  etméd,  des  hémorrhagies,  loin.  11,  p.  36. 


344      HÉfllORRH  AGlKS  UliNALES  (a""  grOUpé) , 

Les  exemples  d'hématurie,  daTis  le  scorhut,  sont  beaucoup 
plus  rares  que  dans  le  purpura.  Je  n'ai  point  eu  l'occasion  d'ob- 
server cetle  espèce  d'hématurie,  ce  qui  n'est  point  étonnant, 
n'ayant  soigné  qu'un  très  petit  nombre  de  personnes  atteintes 
de  scorbut.  Dans  deux  cas  bien  caractérisés  de  cette  maladie 
et  dans  lesquels  il  n'y  avait  point  eu  d'hématurie ,  les  reins 
m'ont  présenté,  après  la  mort,  une  altération  remarquable. 
Ils  étaient  criblés  d'un  grand  nombre  de  pétéchies  situées  à  la 
surface  et  dans  l'épaisseur  de  la  substance  corticale,  qui  était 
ti'ès  molle  et  d'un  blanc  jaunâtre  {Voyez  :  Anémie  des  reins).  Il 
y  avait  aussi  quelques  péléchies  dans  le  bassinet  j  la  substance 
lubuleuse  était  saine. 

Un  grand  nombre  de  substances  injectées  dans  les  veines 
sont  évacuées  avec  l'urine.  Dans  la  transfusion  du  sang,  on  a 
observé  un  phénomène  non  moins  curieux  :  Sur  cinquante  ani- 
maux soumis  à  la  (rans fusion  du  sang,  dit  P.  Frank,  on  en  a 
vu  vingt  attaqués  d'hématurie  (O- 

%  771.  Dans  les  fièvres  eruptives,  dans  la  variole  (2),  dans 
la  rougeole  et  la  scarlatine  ,  on  observe  quelquefois  des  hé- 
morrhagies  rénales,  en  même  temps  que  des  péléchies  à  la  sur- 
face du  corps.  Cette  espèce  d'hématurie  est  regardée  avec  raison 
comme  un  symptôme  très  grave  (3).  Après  la  mort,  on  trouve 
des  ecchymoses  dans  le  bassinet  (Atlas,  Pl.xxxiii,  fig.  7),  et  des 
pétéchies  dans  la  substance  corticale.  Ces  cas  ne  sont  pas  l'ares. 

(1)  Frank  (P.).  Epitome.  trad.  franc.,  par  Goudarean,  toni.  m,  p.  368. 

(2)  Plusieurs  auteurs  ont  fait  mention  de  l'hématurie  Tariolcuse  qui  est 
du  plus  fâcheux  augure.  Voyez  :  Foreest ,  Olis.  et  car.  meii.  t.  11,  p,  248. 
—  Sydenham.  Opéra,  t.  i,  pag.  234,  iii-4,  Geneva»,  1769.  —  V.nrrer. 
Mém.  sur  quelques  moyens  de  soulagement  dans  les  petites-véroles  les  plus 

fâcheuses. —  Journ.  de  Vaudermonde,  in-12,  1756,  t.  v,  p.  i54. 

(3)  Les  hématuries  qui  surviennent  chez  des  variolés,  par  une  cause  acci- 
dentelle et  indépendante  du  contagium,  sont  beaucoup  moins  grave  et  ne  sont 
point  accompagnes  de  pétéchies  à  la  peau.  Le  docteur  Brown  rapporte  que 
Nedhnm,  après  avoir  porté  un  pronostic  très  fâcheux  sur  l'état  d'une  dame 
atteinte  de  la  variole  et  dont  les  urines  étaient  sanguinolentes ,  découvrit 
que  le  pissemcnt  de  sang  avait  été  produit  par  un  gravier  descendu  du 
rein  dans  la  ves,sie. 


H.  SYMPTOMATIQOES  b'AFFECT.  GÉNÉRALES. 

M.  le  docteur  Barlh  m'a  montré  deux  reins  (i),  dont  les  ca- 
lices et  les  bassinets  étaient  largement  et  profondément  ecchy- 
mosés,  dans  un  cas  de  variole  hémorrhagique  {hematuria  va- 
riolosa).  J'ai  cité  un  exemple  analogue  d'ecchymose  profonde 
du  bassinet,  et  que  j'ai  obsérvé  dans  un  cas  de  scarlatine  hé- 
morrhagique  (Atlas,  Pl.  xxxiii,  fig.  7)-  Dans  de  semblables 
cas,  l'urine  contient  presque  toujours  de  l'albumine  et  des  glo- 
bules sanguins. 

(i)  Liegois  (Virginie),  âgée  de  t8  ans,  domestique,  bien  constituée,  d'un 
embonpoint  moyen ,  et  bahituellement  bien  portante,  avait  vu  ses  règles 
pour  la  première  fois  dans  les  derniers  jours  de  novembre  1837,  lorsqu'elles 
furent  supprimées  par  une  frayeur,  au  troisième  jour'  de  leur  durée.  Cette 
jeune  fille,  qui  n'avait  point  été  vaccinée ,  s'étant  trouvée  en  rapport  avec 
des  personnes  qui  avaient  la  variole  ,  fut  prise  ,  le  10  décembre ,  de  pro- 
dromes fébriles  avec  douleur  lombaire  et  vomissemens.  Entrée  à  l'Hôtel- 
Dieu  le  i3,  elle  ne  présentait  encore  aucune  trace  d'éruption,  mais  elle  ac- 
cusait des  douleurs  à  l'Iiypogastre  et  aux  reins;  la  région  lombaire  droite 
était  douloureuse  à  la  pression;  le  pouls  donnait  104  pulsations  par  minute. 
Le  14,  au  matin,  on  aperçut  .\  la  figure,  sur  le  tronc  et  les  membres,  uu 
assez  grand  nombre  de  saillies  coniques,  rougeâtres,  très  petites.  Le  fond  de 
la  bouclie  présentait  une  rougeur  uniforme.  Les  douleurs  des  lombes  persis- 
taient; elles  augmentèrent  d'intensité  dans  la  journée,  au  point  que,  le  soir, 
elles  .irradiaient  à  la  malade  des  cris  et  des  pleurs.  Le  pouls  battait  loS  pul- 
sations par  minute.  Le  i5  ,  nu  matin,  les  douleurs  lombaires  persistaient  avec 
la  même  acuité;  Téruptiou  de  la  veille  avait  fait  peu  de  progrès;  de.  plus, 
on  apercevait  sur  la  face,  le  tronc  et  les  membres  ,  un  grand  nombre  de 
taches  rouges,  et  la  malade  avait  un  peu  de  coryza;  pouls  à  112  [Fingt 
sangsues  aux  lombes).  Le  soir,  soulagement  des  douleurs  ;  mais  le  malaise 
est  toujours  grand  ,  la  fièvre  intense.  La  malade  passe  la  nuit  dans  l'agita- 
tion; elle  se  plaint  encore  beaucoup  de  ses  reins  et  succombe,  le  16,  à  sept 
bcurcs  du  matin  sans  agonie. 

A  l'autopsie,  ou  ti  ouva,  sur  toute  la  surface  du  corps,  des  taches  rougeâ- 
tres, irrégulières  ;  cinq  ou  six  pustules  varioliques  bien  conformées  près  des 
parties  génitales;  une  rougeur  vive  et  de  petites  tacbes  blanchâtres  dans  le 
larynx  ;  une  rougeur  foncée  parsemée  de  quelques  petites  ecchymoses  et  de 
quelques  taches  bUnchâtrc»  dans  la  trachée.  Un  grand  nombre  de  petites 
ecchymoses  sur  la  plèvre  pulmonaire. 

Le»  reins  étaient  volumineux,  celui  du  côté  droit,  pourvu  de  deux  ure- 
tère», prcsenlait  f  sa  surface  un  grand  nombre  de  petites  ecchymoses,  que 


346     HÉMOimUAGIES  RÉNALES  (2""  groupé). 

A  la  suite  de  la  scarlatine,  on  observe  quelquefois  de  vé- 
ritables hématuries  (i),  et  bien  plus  souvent  encore  des 
urines  chargées  d'albiunine  el  de  globules  sanguins,  et  qui 
sont  ordinairement  les  premiers  symptômes  d'une  hydropisie 
générale  (2).  , 

On  observe  quelquefois,  dans  la  fièvre  javnc,  des  urines  san- 
guinolentes (3)  et  noirâtres.  Plusieurs  auteurs  ont  observé  de 
véritables  hématuries. 


l'on  retrouvait  aussi  dans  l'épaisscttr  de  la  substance  corticale.  Les  calices 
étaient  envahis  par  une  eccbymosê  tellement  prononcée,  qu'au  premier 
abord  on  aurait  cru  à  l'existence  d'un  caillot  sanguin  dans  ces  cavités. 
Cette  coloration  noirâtre  s'étendait  à  un  demi-pouce  environ,  dans  l'in- 
térieur des  deux  uratères;  onr  'les  parties  ccobymosécs  la  membrane  in- 
terne était  moins  lisse  que  dans  l'état  normal.  Dans  les  calices  et  le  ba»sinet 
du  i-ein  gauche,  il  y  avait  nue  dizaine  d'ecchymoses  d'une  demi-ligne  à  une 
ttgne  de  diamètre.  La  vessie  offrait,  à  sa  face  interne»  environ  BoLxaotc 
petites  eochymosos  ,  les  unes  d'un  rouge  vif,  les  autres  violacées. 

D«ni  l'intestin  grêle,  les  follicules  isolés  étaient  très  développés.  Les  pla- 
tï«e»  ^  Peyer  étaient  saillantes  ;  il  y  avait  une  infinité  do  petites  cccby- 
moMes  dans  l'épaisseur  de  la  membrane  muqueuse  du  gros  intestin. 

■(t)  John  Paul.  Case  of  scerletjevef  sHcceededttyjiroJtisehemoriiiagies  (Edinb. 
med.  and  sarg.  jottlrnal,  vol»  xxvir,p.  55),..-  bcbicmanu.  <}bs.  sur  me  hé- 
maiurie  (Bibliotli.  nicd.  t.  txis,  p.  laS). 

(a)  Voyez:  tom.  11,  p.  447' 

(3)  "M.  Dcvèzc  a  trouvé  de  l'urine  sanguinolente  dans  la  vessie  après  là 
mort  {Traité  de  la  Jièvre  jaune,  in-8,  Paris,  1820,  p.  59).  M.  RocUoUi  pense 
que  l'hématurie  est  un  phénomène  rare  dans  la  fièvre  jaune,  et  il  n'en  a 
observé  qu'un  exemple  [Reclierclies  sur  la  Jièvre  j'aime,  in-8,  Paris,  182», 
p,  l53)  :ily  avait  déjà  suppression  d'nrihe  depuis  une  dizaine  d'heures.  Le 
malade  rendit,  à  diverses  reprises,  environ  trois  palettes  de  sang  put'. 
MM.  Bailly,  Friinçois  et  Pariset  ne  parlent  pas  de  véritable  hématurie,  «nais 
disent  que  deux  ou  trois  fois,  ils  ont  trouvé  dans  l'intérieur  de  la  vessie  imc 
matière  noire,  visqueuse,  qu'ils  regardent  comme  du  sang  altéré.  —  Litiing 
(Journal  rte  médecine,  mal  l^SS,  t.  viir,  p.  4i3)  dit  que  le  sédiment  de  l'urine 
dans  la  fièvre  jaune  était  quelquefois  brun,  et  qu'on  observait  des  nriues 
sanguinolentes,  le  troisième  jour. —  l'ouppé  Dcspoi  les  [/iist.  ries  maladies  ite 
Saint-Domingue,  1. 1,  p.  194).  —  Caillot  {Traité  Je  la Jlcvre  jaune,  p.  gg)  fa'' 
aussi  mention  de  véritables  liémalurles  dans  la  lièvre  jauuc.  M.  Rorboui  * 


H.  SYMPTOMATIQUES  d'aFFECT.  GÉNÉRALES. 
J'ai  noté  ailleurs  (§  470)  que  ,  dans  la  fièvre  typhoïde,  les 
reins  étaient  quelquelbis  atteints  d'inflaramalion  ;  dans  celle 
maladie  le  sang  peut  aussi  transsudcr  en  quantité  plus  ou 
moins  considérable  dans  les  voies  urinaires  (t)- 


trouvé  dans  quelques  cas  de  fièvre  j«une  les  reins  gorgés  de  sang,  et  M.  Pari- 
set  a  vu  des  ecchymoses  sur  la  membrane  interne  de  la  vessie. 

(i)  Hauser,  âgé  de  28  ans,  d'une  constitutioa  forte,  d'un  tempérament 
sanguin,  exerçant  depuis  quelques  mois  la  profession  de  serrurier  à  Paris, 
fut  pris  le  25  février  i838,  sans  cause  connue,  d'une  fièvre  intense,  accom- 
pagnée de  céphalalgie  et  d'un  dévoiement  considérable.  Lorsqu'il  fut  amené 
à  l'hôpital  de  la  Charité,  le  5  mars,  il  était  dans  l'état  suivant  : 
Face  colorée,  exprimant  la  stupeur  et  la  souffrance;  langue  sèche  ,  blanche 
i  au  centre  et  rouge  sur  ses  bords;  décubitus  dorsal,  faiblesse,  prostration, 
ç  peau  chaude  et  sèche;  pouls  fort  et  rapide  (120  pulsations  par  minute); 

céphalalgie  intense.  Etourdissemens  ,  vertiges,  lorsqu'on  le  fait  asseoir  sur 
»  son  lit.  Délire  pendant  la  nuit.  Râle  sibilant  dans  toute  l'étendue  de  la  poi- 
trine; petite  toux  sèche,  ou  accompagnée  de  l'expectoration  dè  quelques 
(  crachats  visqueux.  La  pression  du  ventre,  surtout  dans  la  région  du  cœcum, 
e  détermine  une  douleur  assez  vive.  Depuis  hier  matin,  un  grand  nombre  de 
»  selles  liquides;  sur  l'abdomen  et  la  partie  antérieure  de  la  poitrine,  quelques 
t  taches  rosées,  lenticulaires,  disparaissant  à  la  pression  {Saignée  de  ït.  onces  ; 
:  lis.  de  gomme  idulcorée  ;  potion  gommeuse).  Le  sang  de  la  saignée  n'est  pas 
»  diffluent  ;le  caillot  en  est  solide,  mais  sans  couenne.  Le  8  (nouvelle  saignée), 
même  état  du  sang.  Le  9,  la  langue  est  plus  humide,  le  pouls  est  plus  petit 
(loS  pulsations);  les  taches  rosées  se. sont  multipliées  sur  la  peau  du  ventre 
et  de  la  poitrine;  le  dévoiement  a  un  peu  diminué  (toà  12  selles  dans  les 
vingt-quatre  heures). 

Le  i3,  langue  sèche,  recouverte  d'une  croûte  bruuâtre;  bouche  à  demi 
i.ntr'ouverte;  œil  terne,  regard  fixe;  face  violette  ;  frémissemens  musculaires, 

1 soubresauts  dés  tendons;  ràle  sibilant;  murmure  respiratoire  peu  sensi- 
ble à  la  base  de  chaque  poumon.  Délire  pendant  la  nuit. 
Les  urines  sont  rosées  et  légèrement  acides.  Examinées  au  microscope, 
elles  présentent  un  grand  nombre  de  globules  sanguins.  Traitées  par  la  chaleur 
I  et  l'acide  nitrique,  elles  donnent  un  précipité  d'albumine.  Endolorissement 
général  du  ventre,  qui  ne  permet  pas  de  constater  si  l'hypogastre  est  le  siège 
d'une  douleur  spéciale. 

Le  i6,  5i  respirations  à  la  minute;  pouls  irrégulier;  une  pulsation  plu? 
'    forte  et  plus  lente  pour  deux  lûus  faibles  et  plus  rapides;  128  pulsations^ 
pendant  la  nuit,  le  délire  a  été  accompagne  do  mouvemen»  désordonnés  qui 


3/j8      HÉMORUIIAGIES  RÉJNALES  (2"'=  groUpe). 

Je  termine  en  mentionnant  simplement  certaines  causes  qui 
après  avoir  agi  sur  l'organisme,  et  en  particulier  sur  le  sang' 
déterminent  des  hématuries  presque  toujours  fort  légères'. 
Ainsi,  on  a  vu  des  individus  f.appés  de  la  foudre  rendre  de 


ont  obligé  le  veilleur  à  lier  le  malade  dans  son  lit.  Depuis  hier,  selles  in- 
volontaires. Le  malade  n'avait  plus  la  force  de  se  lever  pour  aller  à  la  selle 
ce  qu'il  avait  fait  jusqu'à  ce  jour;  à  cinq  heures  du  soir,  mort. 
Autopsie  du  cadavre,  trente-six  heures  après  la  mort. 

Etat  extérieur,  —  Cadavre  d'un  homme  Lien  conformé  ,  peu  amaigri.  Au- 
cune trace  des  taches  rosées  qui  avaient  persisté  jusqu'à  l'agonie. 

Poitrine.  La  trachée  et  les  bronches  sont  pleines  d'écume ,  et  leurs  plu.» 
petites  ramifications  de  mucu.s.  La  membrane  muqueuse  est  injectée,  et  pré- 
sente quelques  ecchymoses.  Les  deux  jioumons  sont  gorges  d'une  grande 
quantité  de  sang  noir  ;  point  d'adhérences  pleurétiqucs.  Le  cœur  est 
flasque  ,  ses  cavités  contiennent  une  petite  quantité  de  sang  fluide,  d'un 
rouge  noir.. 

Ahdamen.  Le  foie  est  brun  et  d'uuc  grande  moUes.se,  qui  permet  de  plon- 
ger le  doigt  dans  son  tissu,  s.nns  beaucoup  d'efforts.  La  rate  a  deux  fois  et 
demie  son  volume  normal  ;  elle  est  rouge  et  très  ramollie.  Les  follicules 
de  l'estomac  et  du  duodénum  sont  partout  très  apparens  ;  ce  qui  donne 
à  cette  membrane  muqueuse  un  aspect  grenu.  Dans  l'intestin  grêle,  vers  le 
commencement  de  l'iléon,  on  voit  quatre  ou  cinq  plaques  enflammées, 
légèrement  turgescentes;  vers  la  fin  de  l'iléon,  les  plaques  sont  plus  volumi- 
neuses; élevées  d'une  ligne  ou  deux  au-dessus  de  la  surface  intestinale,  elles 
ressemblent  à  des  ulcères  fongueux  ;  les  unes  sont  larges  comme  des  pièces 
de  10  sous  ;  les  antres  comme  des  pièce»  de  5  francs.  Elles  sont  parsemées  de 
petites  ulccratious,  au  fond  desquelles  on  voit  le  tissu  cellulaire  sous-mu- 
fjueux  gangrené,  et  les  fibres  musculaires  de  l'intestin  injectées  de  sang;  les 
bords  de  ces  plaques  sont  plus  durs,  plus  élevés  que  leur  centre.  Auprès  de 
la  valvule  iléo-cœcale,  trois  de  ces  plaques  su  touchent  ou  se  confondent  par 
leurs  bords.  La  valvule  elle-même  est  saine,  et  au-delà  daus  le  cœcum  et  dans 
tout  le  reste  du  gros  intestin  il  n'existe  point  d'altérations.  Les  ganglions 
mésentériques  sont  gros  comme  des  avelines  et  injectés  de  sang  noir.  Au- 
dessous  du  péritoine  du  petit  bassin,  le  tissu  cellulaire  sou.s-sércux  est  infil- 
tré de  sang;  les  membranes  séreuse  et  museuleuse  de  la  vessie  sont  séparées 
par  du  sang  qni  a  rougi  les  mailles  celluleuses  qui  les  unissent;  la  mem- 
brane muqueuse  de  la  vessie  offre  plusieurs  larges  ecchymoses,  qui  s'étendent 
jusque  dans  l'urèthre,  auquel  elles  donnent  une  couleur  lie-de-vin;  il  y 


♦ 


H.  SYMPTOM/VTIQUKS  d'aFFÉCT.  GÉNÉRALES. 

i  l'urine  par  l'urèllire  (i).  Certains  médicamens  acres,  donnés  à 
;  grande  dose,  produisent  quelquefois  des  hématuries  :  c'est  ainsi 
.  qne  les  cantharides  (a)  déterminent  des  pissemens  de  sang,  soit 
lorsqu'elles  sont  administrées  à  l'intérieur  d'une  manière  in- 
i  considérée,  soit  dans  quelques  cas  rares,  après  l'application  des 
L  larges  vésicatoirea.  Le  baume  du  Pérou  paraît  être  dans  le 
;  même  cas.  Par  une  mauvaise  plaisanterie,  dit  P.  Frank  (3), 
on  fit  prendre  à  une  personne  du  baume  du  Pérou  pour 
.  du  chocolat  :  au  bout  de  quelques  heures,  il  survint  une 
hématurie. 

On  a  attribué  des  hématuries  à  l'usage  immodéré  de  l'ail  (4), 
ides  ognons,  des  asperges  et  des  poreaux;  je  n'ai  rien  vu  de 
s  semblable. 

Je  n'ai  jamais  observé  de  véritables  hématuries  comme  effet 
!  de  l'empoisonnement  saturnin.  Dans  le  seul  cas  de  colique 
.  saturnine,  que  j'ai  vu  compliqué  d'une  véritable  hématurie,  le 
pisseraent  de  sang  a  diminué  graduellement  pendant  le  traite- 
ment de  la  colique  (5).  Mais  plusieurs  fois  j'ai  remarqué,  dans 
l'e)npoisouneinent  saturnin  ,  que  l'urine  était  chargée  d'une 
certaine  quantité  d'albumine.  Il  est  vrai  que  le  plus  ordinai- 


a  dans  les  bassinets  quelques  petits  eccbymoses.  Les  reins  sont  volumineux 
et  gorgca  de  saug  noir. 
T£te.  Cerveau  sain. 

(l)  Gazelle  des  kofilaux,  iS3l,j>,  i58. 

(a)  Paré,  OEuvres,  livre  xvri,  cliap.  54 —  Foreest,  Ohs.  et  cur.  med., 
n,  p.  122. 

(3)  P;  Franli,  Epiiome,  t.  irr,  p.  366. 

(4)  Foreest,  Olis.  et  cur.  med.,  t.  ii,  p.  126. 

(5)  Rouelle,  âgé  de  21  ans,  entra  à  l'hôpital  do  la  Charité,  le  29  j.mvier 
838 ,  pour  y  être  traité  d'uue  colique  de  plomb.  11  travaillait  depuis  deux 
ois  dans  une  fabrique  de  céruse,  à  Clicby-la-Garenne ,  lorsqu'il  fut  pris, 

>1  y  a  Luit  jours,  de  coliques  et  de  crampes  dans  les  jambes.  11  continua  de 
îravaiUer  à  la  fabricatiou  de  la  ccruss,  jusqu'à  la  veille  de  son  entrée  à 
'hôpital.  Le  29,  dans  la  soirée ,  frisson  général  accompagné  de  tremble- 
entel  do  claquement  des  dents;  pouls  plein  et  vibrant  (76  pulsa- 
lons'i;  coliques  continuelles ,  augmentant  par  accès;  crampes  dans  les 
arabes.  Langue  blauebc.  Voraissemens  bilieux.  Constipation.  Ces  symptômes 


35o      HÉMORRHAGIES  RÉNALKS  groupe). 

rement  l'urine  a  continué  d'être  albuinineusc  apr(';s  la  «uéri- 
son  de  la  colique  (x),  et  il  est  possible  que,  dans  ces  cas,  il  exis- 
tât quelque  affection  des  reins.  J'ai  rapporté  un  cas  (tome  u 
psge  191)  dans  lequel  le  malade  ,  qui  devint  hydropique  ,  était 
évidemment  atteint  d'une  néphrite  albumineuse  chronique. 
§  77*-  Troisième  groupe    flémprrhayies  rénales  essenlieUes. 


ont  cédé,  dans  l'espace  de  sii  jours,  à  l'.idministration  de  cinq  lavemcns  des 
peintres  et  de  six  gouttes  et  demi  d'huile  de  crotoo  tiglium. 

Pend.nntle  cours  de  celte  colique  des  peintres,  les  urines  furent  sangui- 
nolentes ,  et  nous  découvrîmes,  àl'aidç  de  l'inspection  microscopique, 
qu'elles  contenaient  un  grand  nombre  de  globules  sanguins  ;  traitées  par  la 
chaleur  et  par  l'acide  nitrique,  elles  offraient  un  coagulum  albumineax.  An 
reste,  l'empoisonnement  saturnin  ne  parait  avoir  agi,  dans  ce  cas,  que  comme 
cause  occasionnelle  de  l'hématurie.  Bien  antérieurement,  dans  le  courant  de 
mois  de  juillet  183; ,  Rouelle,  alors  employé  aux  travaux  d'un  chemin  de 
for,  avait  ariné  pendant  quatre  ou  cinq  jours  du  sang  presque  pur,  à  la  suite 
d'une  insolation  prolongée  et  de  fatigues  excessives.  Cotte  hématurie  ne  fat 
accompaguéu  ,  ui  do  douleurs  rcnaleiii  ni  de  douleurs  vésicalcs,  et  céda  su 
repos  et  aux  boissons  émoUicntes. 

Le  t5  janvier  i833,  avant  d'avoir  ressenti  les  atteintes  de  la  colique  de 
plomb  pour  laquelle  il  est  venu  a  l'hôpitiil.  Rouelle  a  do  nouveau  rendu  des 
urines  sanguinolentes.  Cette  deuxième  hématurie,  comme  la  première,  n'a 
puiut  été  accompagnée  de  douleurs  rénales  ou  de  douleurs  vésicalcs.  Elle  a 
diminué  insensibirmcut,  même  pendant  la  durée  de  la  colique  de  plomb,  et 
lorsque  le  malade  est  sorti  de  l'hôpital,  le  23  février  i838,  il  n'y  avait  plus 
de  globules  sanguins  dans  les  urines.  Ce  malade  nous  assura  qu'il  n'avait 
jamais  fait  d'excès  de  boisson,  ui  d'excès  vénériens,  et  qu'il  n'avait  jamais  été 
sujet  aux  hcmorrhoïdes,  aux  bémoptysies,  ni  aux  épistaxis.  En  183.1,  il  a  ta 
une  blennorrhagie  qui,  après  avoir  duré  deux  ou  trois  mois ,  s'est  terminée 
par  une  orcliite.  Ces  deux  affections  ont  été  traitées  avec  soin,  d'abord  par 
les  antipblogistiques,  puis  par  lesmercuriaux 

(i)  Petry  (Julien),  âgé  de  28  ans,  peintre  en  bâtimens,  et  qui  avait  été  at-  | 
teint,  à  plusieurs  reprises,  de  coliques  de  plomb,  fut  reçu  dans  mon  service  | 
à  l'hôpital  delà  Charité,  le  9  novembre  1840.  Les  premiers  jours  de  son 
séjour  à  rhûpital,  les  urines  étaient  fortement  colorées,  pesaient  ioi4.t>» 
contenaient  une  quantité  notable  d'albumine.  La  proportion  d'albumme 
dans  l'urine  diminua  rapidement,  et,  le  21  novembre,  les  urines,  rcdevennes 
limpides,  pesaient  ici 8,5,  et  n'en  offraient  aucune  trace.  Tous  les  accident 
de  l'intoxication  saturnine  ayant  cessé,  le  malade  sortit  de  riiôpit?l. 


HÉMORTIHAGIES  RENALES  (3"'  grOUpe).  35 1 
-Les  hémorrhagies  rénales  essentielles  sont  à  Paris,  et  je  crois 
en  Europe  .  des  aflections  très  rares.  Il  paraît ,  au  contraire , 
que  les  hématuries  indépendantes  d'allections  locales  ou  gé- 
nérales, ne  sont  pas  rares  dans  les  régions  tropicales. 

Le  traitement  des  hémorrhagies  rénales  essentielles  est  en 
grande  partie  subordonné  aux  causes  qui  les  produisent  et 
aux  conditions  dans  lesquelles  elles  se  développent.  Cette  cou-^ 
sidéralion  m'a  déterminé  à  traiter  séparément  des  hémorrha- 
gies rénales  conlznues ,  des  hémorrhagies  rénales  essentielles 
intermitlentes  ou  périodiques,  des  hémorrhagies»  rénales  essen' 
lielles  supplémentaires ,  des  hémorrhagies  rénales  essentielles 
critiques,  enfin  des  hémorrhagies  rénales  essentielles  endé- 
miques. 

§  775.  Hémorrhagies  rénales  essentielles,  continues.  —  Les 
deux  observations  suivantes  me  paraissent  propres  à  don- 
ner une  idée  de  deux  états  extrêmes ,  eu  égard  à  leur  iné- 
gale gravité,  dans  lesquels  peuvent  se  présenter  les  hémorrha- 
gies rénales  esse7itielles,  continues  (i),  ou  au  moins  telles  en 


(i)  La  proportion  des  cas  d'bémorrliagies  rénales,  et  même  d'bématuries 
ymptomatiques,  est  sans  doute  plus  considérable  , que  celle  des  hématuries 
essentielles.  Mais  Cullen  ebt  allé  trop  loin  lorsqu'il  s'est  ainsi  exprimé  : 

u  On  dit  que  l'hématurie  est  survenue,  sans  aucun  autre  syojptAme  d'une 
affection  de»  reins  ou  des  conduits  de  l'urine;  comiBe  cette  hémorrhagie  est 
.irrlvée  à  des  personnes  plétlioriqnes  et  a  reparu  à  des  périodes  fixes,  on  l'a 
regardée  dans  ce  cas  comme  un  exemple  d'hématurie  idiopathique,  et  de  la 
iiatare  des  hémorrhagies  actives  dont  j'ai  parlé  plus  haut. 

<<  Je  ne  puis  positivement  nier  l'existence  de  ce  cas;mais  je  dois  faire  obser* 
ver  quel'oa  en  trouve  très  peu  d'exemples  dans  les  écrits  des  médecins  ;  que 
ni  mes  amis  ni  moi  n'en  avons  vu  aucun,  et  que  les  observations  que  l'on  a  rap- 
portées peuvent  être  erronées,  en  ce  que  j'ai  fréquemment  vu  l'hématurie 
survenir  sans  aucun  symptôme  qui  indiquât  en  même  temps  l'existence  d'une 
autre  affection  des  reins  ou  des  voies  urinaires:  néanmoins,  comme  l'hémor- 
rh.igie  avait  été  précédée  on  suivie,  peu  de  temps  après,  des  accès  de  la  né- 
l)liralgie  calcnleuse,  cela  a  suffi  pour  me  rendre  probable  que  l'hématurie 

ctait  due  à  une  plaie  produite  par  la  présence  de  1)^  pierre  dans  quelque 

partie  des  voies  urinaires  »  (Cullcu,  Élémens  de  médecine  pratique,  trad.  de 

Bosquillon,in-8.  Pans,  1787,  tom.  ir,  p.  ifa). 


352     iiiîMOP.RHAGri'S  niî.vAT.Fs  (j"""  groupe). 

apparence.  La  douleur  dans  le  rein  gauche  chez  un  des  ma- 
lades (Obs.  i  )  ne  permet  pas,  sans  doute,  d'affirmer  que  cet 
organe  n'avait  éprouvé  aucune  altération  de  tissu;  mais  une 
semblable  douleur  ne  prouve  pas  non  plus  que  l'hématurie  ne 
fut  point  essentielle.  Quant  aux  lésions  observées  dans  l'autre 
cas  (Obs.  Il),  elles  étaient  évidemment  le  résultat  d'une  in- 
flammation chronique,  dont  l'hémorrhagie  était  probablement 
indépendante. 

Obs.  I.  —  Hémorrhagie  légère  essentielle  provenant  probablement  du  rein 
gauche;  guérison  prompte  par  l'usage  des  antipblogistiques. 

A.  CIliban,  âgé  de  71  ans,  forgeron,  entra  à  l'hôpital  de  la 
Charité,  le  a4  janvier  1882.  Cn  malade,  d'une  bonne  constitu- 
tion ,  fit,  il  y  a  six  ans  ,  un  eflort  qui  lui  répondit  douloureu- 
sement dans  la  région  du  rein  droit.  Plus  tard,  il  reçut  un  coup 
de  pied  de  cheval  dans  la  poitrine,  à  la  suite  duquel  il  cracha 
le  sang;  il  fut  trailé  à  l'hôpital,  et  sortit  guéri  au  bout  de 
quinze  jours.  Celte  année,  il  a  fait  une  chute,  qui  l'a  obligé  à 
garder  le  lit.  Depuis  cet  accident,  il  ne  s'est  pas  aperçu  qu'il 
souffrît  plus  d'un  côté  des  lombes  que  de  l'autre.  Il  a  fait 
antérieurement  quelques  excès  de  boisson,  mais  il  assure  s'en 
être  abstenu  depuis  trois  ans. 

Suivant  lui,  sa  maladie  ne  date  que  de  quatre  ou  cinq  jours. 
Depuis  cette  époque,  douleurs  dans  la  région  du  rein  di'oit, 
survenue  sans  cause  connue  et  presque  subitement.  Depuis 
quatre  jours,  urines  sanguinolentes;  vomissemens  abondans, 
suivis  d'une  douleur  dans  le  rein  gauche  ;  point  de  graviers 
dans  l'urine.  V  . 

Le  25,  douleur  aiguë  avec  Beflsaliqn  de  chaleur  dans  la  région 
du  rein  gauche,  sans  douleui''îaans.lç  testicule:  mais  le  malade 


souffert  dans  le  trajet  de  l'ur^lèîîé^tju'il  indique  assez  exacte- 
ment avec  la  main.  L'hypochond^^|^che  résonne  à  la  percus- 


sion, comme  lorsque  la  raie  et  le  i^^n'ont  point  augmenté  de 
volume.  Depuis  quatre  jours,  l'urine^j  elienible,  poxtr  la  cou- 
leur, à  dusirop  de  groseille  ;  son  sédiment  est  formé  d'une  cou- 
che blanche,  aurdessS  de  laquelle  est  une  couche  rouge,  formée 
par  du  san;^.  Bouche  araère,  envies  de  vômir  après  l'ingestion 


I 


II.  ESSENTIELLES  (s/joradiqucs).  353 

des  boissons,  sensibilité  à  l'hypogastre,  s'étendant  vers  la  région 
du  cœcum  et  dans  celle  de  i'S  iliaque  de  colon.  Pouls  régulier, 
donnant  80  pulsations  par  minute  ;  sensibilité  morbide  au- 
dessous  de  la  clavicule  droite,  s'éteridant  en  arrière  des  deux 
côtés  du  thorax  {Tisane  de  chiende?it  et  réglisse;  julep;  cata- 
plasme sur  la  région  du  rein  gauche  ;  lavemens  ;  1 5  sangsues 
>i  sur  le  rein  gauche  ). 

1  Le  26,  la  douleur  des  lombes  est  moins  forte;  les  urines  sont 
v  moins  rouges  [Tisane  de  chiendent  et  de  réglisse;  hains;  cata- 
tplasmes;  lavemens;  lait,  soupe). 

Le  37 ,  le  malade  dit  avoir  éprouvé,  la  veille,  une  douleur 
•dans  l'aine  et  dans  le  testicule  gauches  ;  la  douleur  du  rein 
.gauche  persiste.  Emission  fréquente,  mais  peu  abondante  des 
urines,  qui  sont  toujours  sanguinolentes.  Le  sédiment,  un  peu 
t  moins  considérable,  est  toujours  formé  de  deux  couches,  l'une 
.  blanche,  l'autre  sanguinolente  (Deuxième  application  de  saiig- 
tsues  sur  le  rein  gauche;  tisane  de  lin;  cataplasme  ;  lave- 
*ment). 

Le  a8,  la"  douleur  du  testicule  et  celle  du  rein  gauche  ont 
r  cessé  j  les  urines  sont  toujours  sanguinolentes  ,  mais  elles 
^ontplus  abondantes  et  déposent  moins.  Le  malade  n'éprouve 
jilus  aucune  douleur  en  urinant;  pas  de  nausées;  ventre  souple, 
indolent  {Tisane  de  chiendent  et  de  lin;  cataplasme). 
I    Le  29,  les  urines,  moins  rouges  ;  "douleur  dans  la  région  lom- 
"  baire  gauche. 

Le  3o,  la  douleur  du  flanc  gaupRe  est  à-peu-près  nulle,-  l'u- 
ine  est  peu  colorée  {Tisane  de  chiendent  et  de  Un;  hain  de 
meds). 

Le  3i  ,  les  urines  s^nt  .toijt-à-fait  limpides;  le  malade  ne 
soufFre  plus  dans  la  région  dès  reins  {Lavement  d'amidon;  ti- 
sane de  chiendent  et  de  rè^Jt^^  émulsion). 

Le  i"  février j  urines*^taîelles  ;  point  de  douleur  dans  la 
région  lombaire  gauche 

Le  4,  les  urines  coMi]ji\pnt  d'être  tout-à-^it  naturelles.  Le 
iialade  sort  guéri,\  îq  février  iS^a. 

'  '  '  > 

■  m 


35/|       H^MORBHAGIES  RÉTiALT'S  gWUpe). 


Ons.  IF.  —  Héniorrhag'ics  rénales  très  abondantes;  anémie  et  affaihlissemeat 
l)rogrcssifs,  malgré  l'emploi  d'une  foule  de  remèdes;  mort.  Légères  traces 
d'inflammation  chronique  dans  le  rein  gauche. 

Courtin ,  |gé  de  26  ans,  menuisier,  né  à  Dunkerque,  entra 
à  l'hôpital  Saint-Antoine,  dans  les  premiers  jours  de  septembre 
1^36,  pour  s'y  faire  traiter  d'une  hématurie  qui,  déclarée  trois 
nioisaupai-avanl,  sans  cause  connue  ou  appréciable,  n'avait  pas 
cessé  depuis  cette  époque.  M.  Guersent  fils,  chirurgien,  aux 
soins  duquel  il  était  confié,  et  qui  avait  eu  l'obligeance  de 
)n'appeler  auprès  de  ce  malade,  me  donna  sur  ce  cas  les  ren- 
seignemens  suivans  :  A  plusieurs  reprises,  depuis  le  séjour  à 
riiôpilal,  le  mnlade  a  déclaré  qu'il  n'avait  point  reçu  de  coup 
sur  la  région  des  lombes,  point  fait  d'efforts  violens;  qu'il 
n'avait  pas  fait  de  chute  sur  la  région  des  reins;  qu'il  n'avait 
jamais  éproxivé  de  suppression  d'urine,  ni  rendu  des  sables  ou 
des  graviers,  ou  des  matières  purulentes  ou  d'apparence  laiteuse 
mélangées  avec  l'urine  ;  qu'il  n'avait  point  éprouvé  de  douleurs 
dans  les  régions  rénales,  ni  daus  la  vessie j  que  l'appareil  uri- 
naire  n'avait  point  été  exposé  à  des  excitations  anomales;  en 
résumé,  que  le  pissement  de  sang  était  la  seule  maladie, et  que 
le  malade  n'avait  éprouvé  et  n'éprouvait  aucune  douleur  daùs 
l'appareil  urinairc;  seulement  Courtin  avait  ajouté  que  les 
années  précédentes  il  avait  eu  de  l'réquens  saignemens  de  nez, 
qui,  daris  aucun  cas,  n'avaient  été  accompagnés  de  taches  à  li 
peau.  M.  Guerseut  ajouta  que  les  accidens  éprouvés  par  ce 
malade  depuis  son  séjour  à  l'hôpital ,  étaient  parfaitement 
en  rapport  avec  les  déclarations  qu'il  avait  faites.  En  eflet, 
l'exploration  de  la  région  des  reins  n'avait  fourni  aucun  indice 
de  néphrite  ;  celle  de  la  vessie  n'avait  donné  également  que 
des  signes  négatifs,  soit  de  l'inflammation  de  cet  organe,  soit 
de  la  présence  d'un  corps  étranger. 

Le  9  septembre,  le  malade  était  dans  l'état  suivant  :  la  peau 
avait  une  pâleur  anémique,  comme  à  la /suite  des  hémorrhagies 
abondantes  tt  répétées  ;  les  lèvres  et  les  gencives  étaient  déco- 
lorées ;  la  langue  était  pâlej  l'appétit  peu  prononcé;  les 
selles  régulières,  mais  la  respiration  était  fréquente;  le  pouls 


H.  EssENTiEtjLEs  {sporadiqms).  355 

lonnait  io8  pulsations  par  minute;  en  appliquant  l'oreille  à  la 
égion  précordiale,  on  entendait  un  très  léger  bruit  de  souffle 
correspondant  au  premier  temps,  comme  chez  les  chlorotiquea. 
'  Le  malade  avait  vomi  dans  la  matinée ,  pour  la  première  fois. 
Les  facultés  intellectuelles  étaient  intactes. 

L'urine  était  fortement  sanguinolente  ;  le  vase  dans  lequel 
elle  avait  été  reçue,  contenait  un  assez  gi-and  nombre  de  caillots 
•de  sang;  les  plus  considérables  formaient  de  petites  masses 
:  irrégulièrement  arrondies,  du  volume  d'une  olive  ou  d'une 
noix.  La  dimension  et  la  forme  de  ces  caillots  indiquaient 
^qu'ils  s'étaient  formés  dans  le  vase  oii  le  sang  s'était  coagult'i. 
JIntre  ces  caillots,  on  en  voyait  plusieurs,  allongés  en  forme  de 
fVers ,  de  deux  pouces  environ  de  longueur  ,  formés  par  la 
fcfibrine  qui  s'était  coagulée  très  probablement  dans  les  ure- 
itères.  Ces  caillots  étaient  décolorés.  Quant  à  la  quantité  de 
isang  rendue  en  vingt-quaire  heures  ,  il  paraît ,  d'après  la  dé- 
idaration  du  malade,  et  à  en  juger  aussi  d'après  l'aspect  aiié- 
iimique  du  corps,  qu'elle  était  considérable;  on  nous  assura 
ique  chaque  jour  on  relirait  du  vase  une  assez  grande  quantité 
•  de  caillots.  La  région  du  rein  gauche  était  douloureuse  à  la 
•pression  même  légère;  on  nous  assura  que  cette  douleur  ne 
s'était  déclarée  que  depuis  quelques  jours ,  et  postérieurement 
à  un  calhétérisme  pratiqué  pour  explorer  l'état  de  la  vessie. 
Cependant  l'introduction  du  cathéter  avait  été  facile  et  non 
I  douloureuse  ;  l'exploration  de  la  vessie  n'avait  point,  non  plus, 
provoqué  de  douleurs  :  de  sorte  qu'il  était  possible  qu'il  n'y 
,    eût  pas  un  rapport  immédiat  entre  cette  opération  et  la 
manifestation  de  la  douleur  dans  la  région  du  rein.  Au  mo- 
ment de  son  invasion ,  cette  douleur  s'était  propagée  le  long 
'  •  de  l'uretère,  dans  le  testicule  et  dans  la  cuisse  du  même  côté; 
mais  elle  était  maintenant  bornée  à  la  région  rénale.  Du  reste, 
le  rein  gauche  ne  paraissait  pas  avoir  des  dimensions  plus 
considérables  que  dans  l'état  sain.  La  vessie  n'était  point  dour 
'  loureuse  à  la  pression  et  n'était  point  distendue.  La  prostate, 
'  explorée  par  le  rectum,  n'était  point  volumineuse;  il  n'y  avait 
1    point  d'hémorrhoïdes. 

La  persistance  de  l'héraoïrhagie  depiuis  trois  mois;  l'absence 

2.3. 


356    iriîMORRHAGiEs  uênalks  (3""  groupe). 

de  douleurs  dans  la  région  du  rein  et  dans  celle  de  la  vessie 
pendant  plusieurs  mois,  et  leur  apparition  depuis  quelques 
jours  seulement;  l'absence  de  graviers,  de  matières  purulentes 
ou  puriformes  dans  l'urine;  enfin  l'absence  des  autres  signes 
propres  à  la  néphrite  ou  à  la  pyélilc,  ne  permettaient  pas  de 
rapporter  cette  liémorrhagie  à  une  lésion  inflammatoire  du 
rein.  D'un  autre  côté,  l'âge  du  sujet  et  l'absence  d'une  tumeur 
dans  la  région  rénale,  éloignaient  l'idée  d'un  cancer;  l'existence 
d'un  foDgus  de  la  vessie  paraissait  encore  moins  probable.  L'é- 
poque éloignée  à  laquelle  avaient  eu  lieu  les  épistaxis,  et  l'ab- 
sence de  toute  autre  liémorrhagie  que  celle  des  voies  urinaires 
ne  permettaient  pas  de  s'arrêter  à  la  pensée  d'une  maladie  hé- 
morrbagique  analogue  au  purpura.  Les  cas  d'hématurie  essen- 
tielle ,  marchant  vers  une  terminaison  fatale ,  étant  des  plus 
rares  ,  je  restai  incertain  .stir  la  nature  de  ce  cas,  tout  en  in- 
clinant vers  l'hypothèse  d'une  lésion  matérielle,  , 

Lors  de  l'entrée  du  malade  à  l'hôpital,  M.  Guersent  avait 
fait  pratiquer  une  saignée  du  bras;  des  limonades,  le  ratanhia, 
des  applications  réfrigérantes  ,  et  d'autres  moyens  encore 
avaient  déjà  été  employés  inutilement  dans  le  but  d'arrêter 
rhémorrhagie.  On  n'avait  pas  mieux  réussi  en  appliquant  un 
moxa  sur  la  région  rénale  gauche  et  en  faisant  des  injections 
alumineuses  dans  la  vessie.  Tout  présageait  une  mort  pro- 
chaine,  et  elle  eut  lieu  le  17  septembre.  J'assistai  à  l'autopsie 
du  cadavre,  qui  fut  faite  le  lundi  19,  à  neuf  heures  du  matin, 
et  je  m'empressai  de  rédiger  les  résultats  de  l'autopsie. 

État  extérieur.  Décoloration  profonde  de  la  peau,  qui  est 
d'un  blanc  jaunâtre.  Point  de  contracture  des  membres;  la 
bouche  est  pleine  d'écume. 

Tête.  Le  cerveau  est  assez  consistant ,  mais  humide  ;  à  ia 
coupe,  le  pointillé  formé  par  les  vaisseaux  divisés  est  rose 
pâle.  Des  caillots  fibrineuX'  existent  dans  les  sinus  cérébraux 
de  la  base  du  crâne.  Le  cervelet  est  sain  comme  le  cerveau. 

Poitrine.  Les  poumons  sont  pâles  etïïprteraent  engoués  de 
sérosité  qui  flue  à  la  section  et  surtout  à  la  pression.  Les  bron- 
ches n'offrent  point  de  rougeur;  les  veines  pulmonaires  con- 
tiennent des  caillots  fibrineux.  Il  n'y  a  pas  de  sérosité  dans  la 


H.  ESSENTIELLES  (sporadiques).  357 

plèvre  droite  ni  dans  le  péricarde  ;  mais  il  y  en  a  environ 
une  demi-pinte  dans  la  gauche.  Le  cœur  présente  une  dilata- 
îion  assez  remarquable  du  ventricule  gauche.  Les  valvules 
iont  saines.  Les  cavités  des  oreillettes  contiennent  des  cail- 
.ots  fîbrineux. 

,  Abdomen,  Le  foie,  assez  volumineux,  dépasse  les  fausses 
::ôtes  de  trois  travers  de  doigt ,  surtout  pi'ès  de  l'épigastre  ;  la 
irate  est  saine;  l'œsophage  est  sain;  l'estomac  est  énormément 
ililaté  par  des  gaz,  et  les  veines  gastriques  se  dessinent  à  tra- 
ders ses  parois  sous  la  forme  de  lignes  bleuâtres ,  formées  par 
ii'imbibition  de  sang  transsudé  ;  la  membrane  muqueuse  de 
Bestomac  est  ramollie.  Ces  phénomènes  paraissent  dus  à  la 
imtréfaction.  Les  veines  intestinales  sont  aussi  très  apparentes 
tur  plusieurs  portions  de  l'intestin  grêle.  Le  gros  intestin 
».'ofiFre  rien  de  particulier.  Le  pancréas  est  sain. 
L  Le  rein  gauche,  plus  volumineux  que  dans  l'état  normal,  pèse 
»QViron  cinq  onces;  la  membrane  fibreuse  en  est  tellement 
bdhérenteen  plusieurs  points,  qu'on  ne  peut  la  séparer  du  rein 
uns  en  déchirer  la  surface.  Extérieurement,  la  substance  cor- 
icale  est  généralement  décolorée ,  et  sur  quelques  points  elle 
it  d'un  blanc  mat  jaunâtre,  sans  offrir  la  plus  légère  trace  des 
Uits  polygones  veineux  qu'on  observe  à  la  surface  du  rein 
in.  Cette  anémie,  légèrement  jaunâtre,  était  tout-à-fait  ana- 
fjue  à  celle  que  j'ai  observée  dans  plusieurs  cas  de  néphrite 
ironique.  On  observe  en  outre  à  la  surface  du  rein  plusieurs 
^pressions  irrégulières  à  fond  rougeâtre,  comme  à  la  suite 
s  néphrites.  Il  y  [a  dans  le  bassinet  dois  caillots  fibrineux, 
rraiformes. 

A  la  coupe ,  la  substance  corticale  est,  sur  plusieurs  points, 
un  jaune  morbide.  La  substance  tubuleuse  n'est  point  sensi- 
oraent  altérée.  Quant  à  la  membrane  muqueuse  du  bassinet, 
R  est  trois  fois  au  moins  plus  épaisse  que  dans  l'état  naturel, 
surface  eu  est  rugueuse,  inégale,  d'une  teinte  jaunâtre,  par- 
née  de  petits  points  rouges.  Les  orifices  de  plusieurs  calices 
tu  évidemment  rétrécis.  Il  n'y  a  sur  la  membrane  interne  du 
ssinet  ni  déchirures,  ni  ulcérations  qui  eussent  pu  fournir 
emorrhagie.  Le  rein  placé  sous  l'eau,  de  l'air  insulHé  dans 


358      HÉMORRHAGIES  HENALES  (S™  groUpe). 

la  veine  rénale  s'échappe  seulement  par  les  ouvertures  de  ce 
vaisseau  produites  par  la  section  ;  il  n'y  a  d'ailleurs  daus  le 
bassinet  aucune  ouverture  accidentelle  par  oîi  le  sang  artériel 
ou  veineux  ait  pu  jaillir.  L'uretèife  de  ce  côté  est  plus  dilaté 
que  celui  du  côté  droit,  et  la  membrane  muqueuse,  jusque 
près  de  la  vessie ,  offre  une  altération  analogue  à  celle  du  bas- 
sinet. 

Le  rein  droit,  décoloré,  de  dimension  ordinaire,  pèse  quatre 
onces  environ,  et  n'offre  pas  de  taches  jaunes,  ni  de  dépressions 
comme  le  rein  gauche.  A  la  coupe ,  les  deux  substances  pa- 
raissent Saines.  La  membrane  muqueuse  du  bassinet  est  épais- 
sie, granulée  à  Sa  surface.  Cette  altération  se  continue  daus  le 
comniencement  de  l'uretère.  La  veine  rénale  droite  ne  contient 
pas  de  caillots;  mais  il  en  existe  un  petit  dans  celle  du  côté 
gauche.  Les  capâules  sutrénales  sont  saines.  La  vessie  contient 
peu  d'urine,  non  sanguinolente,  Sails  mucus  apparent ,  sans 
caillots  fibrinëtix.  Sur  la  membrane  muqueuse,  on  voit  deux 
fietites  taches  rougeS,  éloignées  des  orifices  des  uretères.  Dans 
tous  les  autres  points,  elle  a  son  aspect  normal. 

En  résumé,  les  altérations  observées  chez  cet  homme  prou- 
vent qu'il  a  succombé  à  une  hémorrhagie  rénale ,  puisqu'il 
existait  des  caillots  fibrineUx  dans  la  cavité  du  bassinet  du 
rein  gauche.  Lè  rein  droit,  le  bassinet  et  l'Uretère  du  même 
côté  ne  contenaient  point  de  caillots,  et  on  ne  peut  dire  si  une 
partie  du  sang  était  fournie  par  ce  rein. 

L'augmentation  de  volume  du  rein  gauche ,  les  dépressions  I 
observées  à  sa  surface,  l'anémie  jaune  d'une  partie  de  la  sub- 
stance corticale  ,  l'épaississenient  et  l'aspect  de  la  menibraile  ! 
toUquetisè  du  bassinet ,  étaient  le  résultat  d'une  inflammation  | 
chronique,  à  laquelle  l'hémorrhagie  avait  probablement  suc- j 
cédé ,  gan^  en  être  Une  dépendance.  L'examen  de  la  vessie  a| 
prouvé  qu'elle  n'avait  aucune  part  à  l'hémorrhagie. 

5  774.  Des  cas  analogues  aii  précédent  sont  très  rares;  mais,  1 
si  on  considérait  comme  essctitidles  toutes  lés  hématuries  qui  , 
riè  peuvent  être  rattachées,  pendant  la  vie  des  malades ,  à  uncj 
âffèttièn  locàlé  ou  géuéràle  déteriftinée,  il  me  serait  facile  dcj 
l^at»pcl«r  plusieurs  exemples  de  semblables  hémorrhogies^ 


H.  ESSENTIELLES  {sporudiques).  359 

i!  Ainsi,  Horst  (i)  rapporte  qu'un  enfant  âgé  de  8  ans,  d'une 
t  constitution  grêle,  ayant  habituellement  peu  d'appétit  et  une 
V  soif  insatiable ,  pissait  très  souvent  du  sang  sans  éprouver 
t  ^oeune  douleur  aux  lombes ,  ni  même  en  virinant. 

D'autres  cas  sont  peut-être  encore  plus  concluans;  je  veux 
I  parler  de  certaines  hématuries  survenues  après  des  accès  de 
a  folère.  Joseph  Peigne,  âgé  de  66  ans,  fut  reçu  dans  les  salles  de 
l'hospice  de  Bicêtre,  pour  y  être  traité  d'un  pissément  de  sang 
ij  as3ez  considérable,  survenu  presque  immédiatement  après  un 
H  violent  accès  de  colère.  Des  douleurs  hypogastriques  des  plus 
\  vives  avaient  précédé  l'apparition  du  sang;  le  malade  s'était 
f  plaint  aussi  de  ténesme  du  côté  de  la  vessie ,  de  chaleur  et  de 
r  douleur  dans  toute  la  longueur  du  canal  de  l'urèlhre.  Le  sang 
r  rendu  par  les  urines  était  d'abord  assez  rouge  ,  après  quoi  il 
f  prit  une  couleur  beaucoup  plus  foncée  ;  la  région  des  reins  était 
h  h  siège  d'une  pesanteur  insolite  et  d'une  chaleur  assez  pronon- 
>  cée;  le  malade  disait  aussi  y  éprouver  de  temps  à  aiitre  quel- 
-  ques  douleurs  assez  vives.  On  prescrivit  le  repos  au  lit,  la 
diète  absolue,  l'usage  des  bains  chauds,  et  de  tisanes  mucilagi- 
neuses.  Le  lendemain ,  on  eut  recours  à  ime  application  de 
sangsues  dans  la  région  du  périnée,  et  on  continua  d'ailleurs  les 
autres  moyens  prescrits  la  veille.  Le  troisième  jour,  le  malade 
éprouvait  déjà  un  mieux  très  marqué,  ses  urines  conleuaieiil 
moins  de  sang.  Il  n'éprouvait  plus  autant  de  ténesme ,  ni  de 
chaleur  du  coté  de  la  veçsie.  Le  jour  suivant,  le  mieux  se  sou- 
tint, et  cependant  ,o^  np  se  relâcha  pas  de  1^  sévérité  du  ré- 
i  giin«  ;  les  tisanes  mucilagipeuses  furent  continuées.  Le  cin- 

>  quièine  jour,  le  malade  était  comme  en  parfaite  santé,  ses 
urines  sortaient  hbrement  et  sans  aucune  espèce  de  douleurs , 

1     elles  ne  contenaient  plus  aucune  quantité  de  sang;  plus  de 

>  ténesme,  plus  de  chaleur,  plus  de  pesanteur  dans  la  région 
lombaire;  l'appétit  se  prononce,  et  le  malade  demande  des  ali- 

:    mens.  On  commence  par  lui  accorder  quelques  potages  ;  apriis 

,        {i)  Hoïst.  Opéra  tntdica.  Lib.  iv.  De  moibU  iniimi  ventris,  pag.  aaô. 
Obs.  lu.  Goudie,  in-4.,  i66i. 


36o      HÉMOliRHAGIES   IIIÎJVALES  ('3'"  gtOUpe). 

quoi,  on  lui  permet  des  alimens  plus  solides.  Il  sort  des  salles 
et  reprend  ses  occupations  accoutumées  (i). 

§  775.  Je  n'ai  point  observé  d'héraorrhagies  rénales  pério- 
diques, et  à  en  juger  par  le  très  petit  nombre  de  faits  connus, 
si  on  excepte  les  cas  d'héraorrhagies  supplémentaires ,  soit  des 
règles,  soit  des  hémorrhoïdes,  et  les  cas  d'hématuries  liés  à  des 
lièvres  intermittentes,  les  cas  d'hématurie  périodique  doivent 
être  extrêmement  rares. 

G.  Frank  (2)  affirme  que  de  Ilouest  lui  rapporta  avoir  vu,  à 
Sédan ,  un  boucher ,  qui ,  tous  les  mois,  rendait  du  sang  par  la 
verge.  Cette  circonstance  ayant  été  divulguée,  elle  excita  un  tel 
dégoût,  que  personne  ne  voulut  plus  aller  acheter  chez  lui. 

Salmuth  cite  un  fait  analogue  (3). 

Plusieurs  autres  auteurs  parlent  de  cas  pareils,  sans  rappor- 
ter les  détails  nécessaires.  Ainsi,  on  lit  encore  dans  Chopart  (4) 
un  exemple  d'hématurie,  à  période  mensuelle,  qui  fut  com 

(1)  Journal  général  des  hôpitaux  civils  et  militaires.  In-fol.,  7  janvier 
182;),  t.  it,  p.  27. 

(2)  Epliemer.  nat.  cur.,  dec.  11,  aou.  vi,  ob.  83,  p.  174. 

(3)  Un  miniblrc  protestant  étnit  sujet  depuis  plusieurs  annéesà  une  héma- 
turie périodique,  comme  meustruellc.  Cette  liémorrbagie  étant  devenue  plus 
abondante  et  paraissant.^  des  époques  incommodes,le  pasteur  demanda,  pour 
la  guérir,  un  remède  à  une  certaine  femme.  Celle-ci  lui  prépara  une  potion 
dont  elle  lui  garantit  le  succès  pour  le  rétablissement  de  la  santé.  Le  mi- 
nistre la  prit,  et  l'écoulement  de  sang  fut  supprimé  ;  mais,  bientôt  après,  le 
malade  fut  saisi  d'oppression,  d'une  grande  difficulté  de  respirer,  et  mourut 
peu  de  jours  après  (Salmuth.  Cent.,  obs.  47).  Christophe  Burgmann  dit  aussi 
avoir  observé  un  pissement  de  sang  périodique  dans  une  femme. 

(4)  Chopart,  Traité  des  maladies  des  'voies  urinaires,  t.  11,  p.  58.  — 
Cette  observation  a  été  rapportée  avec  moins  de  détails  dans  le  Bulletin  des 
sciences  médicales,  juin  i8oç).  Lebœuf  raconte  un  cas  plus  extraordinaire 
encore  ;  c'est  celui  d'un  jeune  berger  qui,  depuis  deux  ans,  était  sujet  à  une 
évacuation  de  sang  par  la  verge  et  dont  les  retours  étaient  réglés  comme  ceux 
de  la  lune.  Cet  écoulement  durait  deux  jours  et  donnait  environ  quatre  onces 
de  sang  vermeil.  Le  retour  de  cet  écoulement  n'était  précédé  d'aucune  dou- 
leur, soit  dans  les  reins,  soit  dans  les  parties  de  la  génération  ;  il  commen- 
çait ordinairemeut  .i  se  manifester  dans  la  nuit.  Cet  individu,  dont  les  seins 
étaient  très  développés,  n'était  pas  le  seul  qui  fut  sujet  à  cet  écoulement  pe- 


H.  EssEWTiFXLEs  {pèriocUqucsy  36  r 

muniqué  à  la  Société  médicale  d'Emulation,  en  1809,  par  le 
1  docteur  Chaumelon. 

Le  nommé  Grosjean,  soldât,  né  en  1778,  tomba,  à  l'âge  de  19 
i  ans,  dans  un  état  de  langueur,  d'abattement  et  de  malaise, 
.  semblable  à  celui  qui  précède,  chez  les  filles,  la  première  crup- 
,  tien  menstruelle.  Une  tumeur  parut  à  la  région  hypogas trique  ; 
1  quinze  jours  après,  elle  s'accompagna  de  douleurs,  et  il  se  ma- 
nifesta une  dysurie  insupportable.  L'opération  de  la  sonde 
,  ayant  été  pratiquée,  il  sortit  une  grande  quantité  d'urine  mêlée 
de  sang  en  partie  fluide  et  en  partie  coagulé.  Alors  la  tumeur 
liypogastrique ,  la  douleur  et  la  dysurie  disparurent  comme 
>.par  enchantement.  Depuis  ce  temps,  Grosjean  a  toujours  joui 
d'une  bonne  santé,  et  chaque  mois,  il  rend  par  l'urèthre  dix  à 
><douze  onces  d'un  sang  très  pur.  Cet  écoulement  a  la  plus 
grande  analogie,  ou  plutôt  une  ideotité  parfaite  avec  le  flux 
menstruel  :  des  phénomènes  semblables  en  précèdent,  accom- 
pagnent et  suivent  l'apparition ,  et  il  est  influencé  par  les 
imêmes  circonstances.  C'est  ainsi  qu'une  fois,  entre  autres,  cet 
Khomme,  à  l'époque  de  son  écoulement  périodique,  fut  obligé 
(de  traverser  une  rivière  à  la  nage;  le  flux  se  supprima,  le  ma- 
Jade  éprouva  une  vive  douleur  aux  lombes,  une  céphalalgie 
Tcruelle,  et  resta  six  mois  faible  et  languissant,  tourmenté  par 
des  nausées,  des  vomissemens  et  de  fréquentes  attaques  de 
ysui'ie,  qui  exigeaient  l'emploi  de  la  sonde,  et  se  terminaient 
ar  l'évacuation  d'une  urine  sanguinolente.  Grosjean  est  d'un 


riodique  ;  il  avait  un  père  et  quiuze  frères  qui,  cotome  lui,  avaient  régulière- 
nent  tous  les  mois  un  écoulement  sanguin  par  la  verge  {Journal  de  rnéd.,  t.  v, 
C756,  p.-28o). 

I  Le  docteur  JuuUietton  rapporte  un  cas  tout-à-fait  analogue  au  précédent  : 
|i  Jean  Bcroclic,  de  la  commuae  de  Bonat,  arrondissement  de  Guéret,  con- 
prit  de  1814,  est  sujet  depuis  l'âge  de  i5  ans,  à  une  bémorrhagic  périodique 
|3t  régulière  par  la  verge.  Elle  se  renouvelle  du  aS  au  3o  de  chaque  mois  et 
dure  trois  à  quatre  jours.  Ce  jeune  liouimc  est  d'une  constitution  grêle  et 
lible.  Sa  conformation  se  rapprocbe  un  peu  de  celle  de  la  femme  ;  il  a  le» 
buisses  un  peu  plus  écartées,  le  bassin  un  peu  plus  évasé,  et  la  poitrine  plus 
resserrée  que  uc  le  comporte  sou  sexe  (Journal  de  médecine  de  Corvisart, 
[ioronx  et  Boycr.  avril,  i8i3,  p.  Say). 


362      HÉMORRHAQIES  RÉPÎALES  (3"'  groupe). 

tempérament  lyraphatico- sanguin,  comme  la  plupart  des 
femmes  ;  il  possède  d'ailleurs  tous  les  aliribuls  de  la  virilité  • 
leçt  grand,  vigoureux,  a  la  voix  mâle,  la  figure  ornée  de  barbe 
les  mamelles  non  proéminentes,  les  parties  de  la  génération 
très  biep  développées  ;  il  est  inarié  et  père  de  deux  enfans  sajij» 
et  robustes. 

§  776.  Pierre  Frapk  cite  le  cas  suivant  comme  un  exemplç 
de  diviation  des  règles  par  Ips  voies  urinaires. 

ÏJne  femme,  d'une  constitution  faible,  qui  perdait  abondam- 
mept  deux  fois  par  mois,  mère  cependant  de  sept  enfans  venus 
à,  terme,  jouissait  depuis  trente  ans  d'une  assez  bonne  santé; 
fille  qe  se  plaignait  que  d'une  faiblesse  dans  les  reins.  A  l'é- 
poque où  les  règles  avaient  coutume  de  paraître ,  elle  éprouva 
un  léger  mouvemeut  fébrile ,  avec  chaleur  le  soir ,  rémission 
dans  la  matinée.  Au  bout  de  deux  jours,  ces  symptômes  se 
disfsipèrent ,  saps  amener  l'écoulement  menstruel.  Il  se  mani- 
festa une  douleur  très  forte  aux  lombes ,  qvec  tension ,  senti- 
ment général  dp  faiblesse,  surtout  dans  les  extrémités  infé- 
rieur'^s ,  qui  refusaiept  de  soutenir  le  corps  ;  amertume  de  la 
bpi^cbe,  pansées ,  vomituritions.  Bientôt  elle  ressentit  de  fré- 
quentes envies  d'priner  ;  l'urine  s'écoulait  en  petite  quantité  à- 
la-fois,  sans  ardeur,  mêlée  de  sang;  son  accumulation  dans 
la  vessie  occasionait  un  sentiment  de  pesanteur  vers  les  parties 
génitales,  et  aprps  son  excrétion,  le  sang  se  précipitait  en  abon- 
dance au  fopd  du  vase.  Ces  symptômes  continuaient  depuis  dix 
jours,  lorsque  son  médecin  lui  prescrivit  une  saignée  et  un 
laxatif  avec  la  pulpe  de  casse.  Ces  remèdes  les  firent  dispa- 
raître, à  l'exception  de  l'hématurie,  qui  éprouva  seulement  une 
diminution.  C'est  à  celte  époque  que  la  malade  se  fil  trapspot? 
ter  à  l'Institut  Clinique  ;  elle  présenta  à  notre  examen  les  symp- 
tômes suivans  :  couleur  livide  à  l'angle  interne  des  yeux;  rou- 
geur des  joues;  gencives  fongueuses  et  saignantes  au  moindre 
frottement,  décollées  ;  dents  vacillantes  ;  haleine  fétide;  séche- 
resse de  la  peau  ;  douleur  à  la  région  des  reins  ;  sentiment  de 
suffocation  par  intervalles;  pouls  petit,  sans  être  fréquent; 
qVSBUté  considérable  de  sang  dans  les  urines.  On  prescrivit 
rémulsion  arabique  et  le  petil-l^il  pour  bq^sso^.  1(6  aoiy»!^ 


H.  ESSENTIELLES  [supplémentaires) .  363 

malade  fut  tranquille.  Le  lendemain  matin,  elle  remplit  un 
grand  vase  d'urine  ;  la  partie  la  plus  épaisse  du  sang  fournit  un 
dépôt  considérable;  la  sérosité  surnageait  au,-dessus  du, caillot 
comme  de  l'huile.  On  mit  la  malade  à  l'usage  d'une  décoction 
de  quinquina,  et  de  l'eau  aiguisée  avec  de  l'acide  aulfurique. 
Le  troisième  jour  de  l'entrée  à  la  Clinique ,  urines  renduça 
en  plus  grande  quantité,  avec  les  mêmes  cî(ractèresi  quelques 
douleurs  dans  les  lombes  ;  pouls  petit  et  fréquent  (  Décoction 
de  quinquina  ;  fctit-laii  alumine^  régime  pius  nourrissant]. 
Après  dîner,  légère  horripilation ;  quatre  selles  accompagnées, 
de  l'excrétion  des  urines  ;  douleurs  qui  s'étendent  d'une  hanchq 
à  l'autre.  Le  soir,  sueur;  la  quantité  de  sang  est  moindre;  le^ 
douleurs  des  hanches  disparaissent, 

Le  quatrième  jour,  pouls  presque  naturel  {Mêmes  remèdes]^ 
Le  cinquième  jour  ,  la  malade  remplit  deux  vase^  d'urine  ; 
au  fond  du  premier ,  on  voit  une  petite  quantité  de  sang  noi" 
râtre ,  et  sorti  depuis  long-temps  de  son  vaisseau  ;  le  second 
contient  un  sédiment  puriforme.  Il  survient  d*ps  l'hypo-^ 
chondre  gauche  une  douleur  qui  augmente  par  la  pression  ; 
mais  la  sueur  et  deux  selles  qui  paraissent  le  soir,  dissipent  ce 
symptôme. 

Au  bout  de  quelques  jours,  cette  femme  sort  de  la  Clinique 
parfaitement  rétablie. 

§  777.  Il  faut  rapprocher  de  cette  observation  le  fait  suivant, 
raconté  par  Chopart  : 

Obs.  in. —  Gaérison  d'uD  ancien  ulcère,  suivie  de  divers  .iccidens;  .nppariT 
lion  des  règles  vers  la  vingt-neuvième  année;  bcmaturie  suspendant  les 
règles  pendant  plusieurs  mois.  Retour  des  règles;  puis  nouvelle  héma- 
turie suivie  d'une  nouvelle  suspension  des  règles.  Ces  alternatives  se  ré- 
pétant pendant  longues  années;  mort  à  5i  ans;  absence  de  lésions  maté- 
rielles dans  les  voies  nrinaires  (Chopart.  Traité  des  mal,  des  voies  uri- 
naires,  t.  ir,  p.  58).  ' 

a  Une  demoiselle,  qui  n'était  pas  encore  réglée  à  l'âge  dç 
17  ans,  eut,  à  la  partie  antérieure  et  inférieure  de  la  jambe 
droite ,  un  ulcère  variqueux  qui  fourniesait  du  sang  tous  le* 
meis  peudaal  trois  ou  quatre  jours.  Tant  que  dura  C€t  écoule*; 


364      HÉMORRHAGIES  RENALES  (3'""  groUpe). 

ment ,  elle  jouit  d'une  parfaite  santé.  Onze  ans  après  cette  pre- 
mière époque  ,  le  libia  ,  qui  était  dénudé  ,  s'exfolia ,  l'écoule- 
ment sanguin  s'arrêta  ,  l'ulcère  guérit.  Il  survint  alors  des 
maux  de  lêle ,  des  anxiétés,  et  surtout,  par  intervalles,  cet 
orgasme  qui  annonce  et  prépare  les  évacuations  critiques.  Le» 
saignées ,  les  fomentations ,  les  martiaux ,  les  boissons  ga- 
zeuses, etc.,  n'eurent  d'autre  effet  que  d'occasioner ,  ou  au 
moins  de  favoriser  une  sorte  d'éruption  érysipélateuse  sur 
tout  le  corps j  laquelle  cessa  au  moyen  de  quelques  saignées, 
tant  du  bras  que  du  pied.  Vers  la  vingt-neuvième  année  ,  les 
règles  parurent ,  mais  elles  furent  peu  copieuses,  elles  gardè- 
rent entre  elles  des  intervalles  de  cinq  à  six  mois.  La  malade 
traînait  alors  une  vie  languissante  ;  la  digestion  était  difficile, 
le  sommeil  agité,  avec  des  bourdonnemens  dans  la  tète.  A  33 
ans,  elle  faisait  encore  usagé  des  apéritifs  et  des  martiaux,  à 
cause  de  l'irrégularité  de  ses  règles  et  de  leur  petite  quantité. 
Un  pissement  de  sang  assez  léger  leur  succédait  et  continuait 
alternativement  pendant  trois  ou  quatre  mois.  Il  augmentait 
successivement  sans  aucune  interruption;  puis  il  s'arrêtait,  et 
les  règles  reparaissaient.  Cet  état  a  duré  près  de  dix-huit  ans. 
La  malade  a  pris  beaucoup  de  remèdes  pour  arrêter  le  pisse- 
ment de  sang  :  les  pilules  alui):iiueuscs ,  les  boissons  acidulées 
avec  l'eau  de  Rabel.  Lorsque  cet  écoulement,  par  les  voies  uri- 
uaires,  sr'arrêtait  ou  diminuait,  elle  éprouvait  des  douleurs 
violentes  à  la  tête,  un  sentiment  gravatif  dans  tous  les  mem- 
bres,- elle  avait  alors  recours  à  des  pilules  savonneuses  qui 
rappelaient  celle  espèce  de  flux  naturel.  On  lui  donna  aussi 
des  antiscorbuliques  :  cependant  ses  gencives  étaient  fermes  et 
saines,  ses  dents  blanches  et  bien  affermies  dans  leurs  alvéoles, 
il  ne  paraissait  sur  son  corps  ni  taches  exan thématiques,  ni 
marques  d'ecchymoses  ,  et  le  sang  qui  s'écoulait  avait  une 
louable  consistance.  Agée  de  45  ans,  celle  demoiselle  s'est  ma- 
riée, et  a  continué  l'usage  de  différens  remèdes  pour  arrêter  le 
pissement  de  sang.  Quelque  temps  après,  elle  perdit  le  som- 
meil, elle  eut  des  envies  fréquentes  d'uriner;  sa  peau  était 
sèche  ;  la  fièvre  survint  avec  des  frissons ,  les  agitations  du 
corps  furent  plus  considérables.  Les  urines,  qui  étaient  rare- 


n.  ESSENTIELLES  {supplémentaires).  365 

ment  claires ,  ne  donnaient  pas  de  sédiraens  graveleux.  La 
malade  se  plaignait  souvent  d'une  pesanteur  dans  les  lombes  ; 
qui  s'étendait  vers  la  région  hypogastrique.  Elle  consulta 
j  M.  François,  chirurgien  à  Pontigny,  en  Champagne.  Il  porta 
une  sonde  dans  la  vessie,  et  n'y  reconnut  pas  de  pierre.  Les 
douleurs  devinrent  violentes  par  la  difficulté  de  rendre  les 
i  urines;  leur  cours  fut  intercepté  par  des  caillots  de  sang;  on 
en  procura  la  sortie  au  moyen  d'une  algalie  qu'on  laissa  dans 
la  vessie  pendant  plusieurs  jours.  Pensant  que  le  pissement 
'.  de  sang  provenait  d'un  ulcèi-e  variqueux  de  ce  viscère,  on  y  fit 
■des  injections  avec  une  décoction  d'orge,  de  lin,  de  miel  rosat, 
et  un  peu  d'eau-de-vie ,  ce  qui  procura  quelque  soulagement. 
-Lorsque  le  sang  recommençait  à  couler  en  abondance,  il  se  re- 
;  formait  des  caillots,  qui,  s'engageant  dans  l'urèthre,  intercep- 
taient la  sortie  des  urines,  et  nécessitaient  l'introduction  de  la 
sonde.  Malgré  les  pertes  de  sang  par  les  voies  urinaires ,  celle 
femme  a  conservé  son  embonpoint  ;  mais  il  avait  une  apparence 
jiiorbifîque  ;  la  peau  était  pâle  et  la  graisse  mollasse.  Elle  est 
morte  à  l'âge  de  5i  ans.  A  l'ouverture  de  son  corps,  ou  n'a 
•l  ouvé  aucune  marque  d'affection  particulière.  La  vessie  était 
petite  :  elle  contenait  environ  trois  onces  d'urine  brunâtre.  Il 
n'y  avait  ni  ulcération ,  ni  fongus  ,  ni  varices.  Les  autres  voies 
urinaires  étaient  saines.  Les  vaisseaux  rénaux  ont  seulement 
•paru  plus  volumineux  qu'à  l'ordinaire.  » 

§  778.  Dans  l'observation  suivante,  il  y  a  sans  doute  plus 
d'une  incertitude  à  l'égard  de  la  nature  et  d  u  si 
imaturie  ;  mais,  d'un  autre  côté,  le  fait  de  l'existence  antérieure 
d'épistaxis  habituelles,  auxquelles  succèdent  plus  tard  une 
ihématurie  dont  les  attaques  se  renouvellent  fréquemment  pen- 
(|dant  plusieurs  années,  m'a  déterminé  à  rapprocher  ce  cas  des 
ihématuries  supplémentaires. 

Durand,  âgée  de  49  ans,  marchande  des  quatre  saisons,  en- 
itra,  le  =8  novembre  i83G,  à  l'hôpital  de  la  Charité. 
'  Celte  femme  raconte  qu'elle  fît,  à  l'âge  de  10  ans  et  demi  une 
«bute  sur  des  échalas,  et  l'un  de  ces  échalas  la  blessa  aux  par- 
ties génitales.  A  la  suite  de  cet  accident,  elle  eut  une  Inconti- 
raence  d'urine.  A  part  cette  infîrmilé  et  les  hémorrhagies  dont 


366    hi5norrhagies  banales  (3""  groupe). 

nous  allons  p&rler ,  jamais  elle  n'était  malade.  Elle  vivait  {,  la 
campagne,gardanl les  vaches  ou  ramassant  du  bois  dans  la  forêt. 

La  menslmation,  peu  abondante ,  et  qui  durait  de  deux  à 
quatre  jours,  se  fit  toujours  régulièrement  depuis  l'âge  de  i5  ans 
jusqu'à  l'âge  de  3^  ans.  A  20  ans ,  sans  cause  connue  ,  celte 
femme  fut  prise  d'épistaxis  qui  persislèrent  jusqu'à  l'âge  de 
3o  ans.  Elle  afarme  que ,  pendant  cette  longue  période ,  elle 
rendit,  presque  tous  les  jours,  un  verre  ou  un  demi -verre 
de  sang.  Ces  hémorrhagies  altérèrent  fort  peu  sa  santé. 
Quelquefois  seulement,  elle  était  pâle  et  affaiblie  momentané- 
mtnt.  EIIb  Se  rtiarià  à  ag  ans ,  et  n'eut  pas  d'enfans.  Les  épis- 
tàxis  cessèrent  à  3o  ans,  sans  que  leur  suppression  déterminât, 
pendant  trois  à  quatre  années,  aucun  changement  défavorable 
dans  l'éconxjmie. 

Jusqu'alors  l'îticontinence  d'urine  avait  été  le  seul  accident 
du  côté  -des  voies  urinaires  :  toutefois,  de  temps  à  autre,  la  ma- 
lade éprouvait  dans  la  région  de  la  vessie  et  de  l'utérus  des 
élancemcns  douloureux,  mais  jamais  de  douleurs  daus  les 
Tfeins,  jamais  dcïafig  ni  de  glaires  dans  l'urine,-  quelquefois 
il  y  avait  unie  assrZ  forte  proportion  de  sable. 

A  34  ans  en^•i^on  survint  une  hématurie  qui  se  renouvela 
tous  les  jours  pendant  six  mois.  Cette  hématurie  ne  put  être 
attribuée  à  auctjtie  cause  évidente;  elle  cessa  pendant  deux 
ans,  puis  reparut  pendant  cinq,  puis  cessa  une  année;  et,  de- 
J)'iiis  un  an^  elle  disparaît  Une  huitaine  ou  une  quinzaine 
de  jours,  pour  reparahre  pendant  autant  de  temps.  Ni  sa  mère, 
ni  sa  soéUr,  ni  Son  père,  n'eurent  jamais  d'hémorrhagie  pareille. 
Quant  à  elle,  jamais  elle  n'eut  d'hémorrhoides,  ni  d'hémopty- 
Sié ,  ni  d'hématénièse  ;  point  de  taches  à  la  peau ,  point  d'allé- 
ï^tion  scorlîUtiqïre  des  gencives. 

Quelquefois  le  sang  se  coagule  dans  la  vessie;  alors  il  y  a 
rétention  ,  et  la  malade  a  Coutume  d'exposer  les  parties  géni- 
tales à  la  vapetir  de  l'eau  de  morelîe  et  de  tète  de  pavot,  et  les 
urines  t-eparaissent ,  entraînant  avec  elles  des  caillots  qui  ont 
In  forme  âc  sanysuei. 

Elle  n'a  pas  remarqué  que  le  retour  de  l'hématurie  fi\t  flè- 
tetwinée  par  ancnne  action  extérieure,  évidente. 


H.  EssKNTi ELLES  {siipplémeMaires).  3617 

Point  de  douleur  à  la  région  des  reins  ou  le  long  des  uretères, 
même  à  la  pression  ;  élancemens  dans  la  vessie^ 

Par  le  toucher  vaginal,  on  apprécié  le  volume  de  l'utérus,  qui 
paraît  petit;  les  lèvres  du  museau  de  tanche  sont  lisses,  égales, 
d'une  bonne  consistance.  L'espace  qui  sépare  le  clitoris  de  l'o- 
rifice de  l'urèthre  semble  plus  allongé  qu'à  l'ordinaire,  et  pré- 
ntfe  comme  un  tissu  blanchâtre  parfois  inégal  (  traces  d'aU- 
iennes  cicatrices).  L'orifice  de  l'urèthre,  situé  très  bas  et  fort 
ten  arrière,  est  comme  perdu  au  milieu  de  cinq  ou  six  végétâu 
Ions  dures,  grosses,  disposées  en  rayons,  qtii  n'ont  nullement 
l'aspect  des  végétations  syphilitiques,  et  qui  ont  une  graildé 
lureté.  En  faisant  uriner  la  malade,  on  voit  le  liquide  suinter 
lu  milieu  de  ce  champignon,  et  on  peut  avec  beaucoup  dé 
pine  introduire  la  sonde.  Cette  Sonde,  introduite  évidemment 
ians  la  vessie,  puisque  l'urine  s'échappe  de  son  extrémité  n'a 
.ns  une  direction  droite;  il  semble  que  le  canal  de  l'urèthre'àoil 
lévié.  La  vessie  a  un  volume  normal,  et  les  mouvement  de  U 
i'Hide,  bien  que  très  douloureux,  ne  font  apprécier  aucune 
umeur,  m  aucune  altération  organique  de  ce  réservoir 

Les  unnes  sont  rendues  en  une  vingtaine  de  fois  par  vingt- 
tuatre  heures  :  elles  sont  troubles  et  abondantes,  et  de  plus 
contiennent  une  proportion  assez  considérable  de  san-  elles 
ont  acdes,  et  ont  Une  odeur  urineuse  très  prononcée.  ialléèS 

"  r         T'"^"""  •'"^^  légère  phi- 

3oH.oh  d  albumxne.  Les  règles  n',m  pas  paru  depuis  l'âg!  de 

Les  digestions  sont  bonnes;  les  selles  régulières 

>e  i>  pâleur  et  de  I  amaigrissement. 

Dès  1,  lendemain,  la  proportion  tlu  sang  dl,„i„Ua   et  Iroi* 
o-s  apr.,       „rt„e,  avaient  la  cotdeur  n°ormair;.  C 
..l..<.ue,  elles  passent  rapidement  au  rdse,  ..  „  ,roJ^ 

•.XtutT'"'  -»^«  c.t„pm«e„.»6„. 

°  •  '<=  reproduire  de  temps  J  ,m„. 


368      UltMORUHAGinS  RlîiVAI.KS  (3""'  g/'OUpe). 

§  779.  On  a  aussi  désigné  sous  le  nom  d'hématuries  sup- 
plementaïres  certains  pissemens  de  sang  survenus  après  une 
suppression  du  flux  hémorrhoïdal ,  et  qui  le  plus  souvent 
affectent  dans  leur  retour  une  certaine  régularité.  Chopart(i) 
cite  le  fait  suivant  d'après  les  Actes  des  curieux  de  la  nature: 

Un  homme  de  lettres,  âgé  d'environ  53  ans,  qui  avait  beau- 
coup d'embonpoint,  et  dont  le  tempérament  tendait  à  l'affec- 
tion hypochondriaque,  eut  pendant  un  grand  nombre  d'années 
un  flux  hémorrhoïdal  modéré,  qui,  loin  de  l'incommoder,  con- 
tribuait au  bon  état  de  sa  santé.  Cette  évacuation  s'arrêta  d'elle- 
même.  Il  eut  pendant  l'automne  un  frisson  et  des  mouvemens 
fébriles  accompagnés  d'inflammation  aux  amygdales.  Après 
une  saignée  du  bras  ,  il  parut  soulagé  ;  mais  la  nuit  suivante  , 
il  lui  survint  un  pissemenl  de  sang  :  il  en  rendit  plus  d'une 
livre  sans  aucun  mélange  d'autre  liqueur,  sans  aucun  senti- 
ment de  pesanteur  ni  de  tension  douloureuse  au  foie ,  aux 
reins  et  à  la  région  hypogastrique.  Ce  phénomène  jeta  le  ma- 
lade dans  la  plus  grande  consternation.  Les  trois  jours  qui 
suivirent,  son  urine  ressemblait  à  de  l'eau  dans  laquelle  on 
aurait  lavé  des  chairs  d'un  animal  nouvellement  tuéj  l'excrétion 
ne  pouvait  s'en  faire  sans  qu'il  ne  ressentît  des  douleurs  aiguës 
à  la  verge  :  l'urine  s'arrêtait  quelquefois  lout-à-coup ,  et  ne 
sortait  plus  que  goutte  à  goutte,  comme  dans  la  strangurie,  ce 
qui  fit  présumer  au  malade  qu'il  avait  une  pierre  dans  la  ves- 
sie. Il  usa  pendant  quelque  temps  de  remèdes  émoUiens,  puis 
de  lithontriptiques,  et  il  n'en  reçut  aucun  soulagement.  Enfin, 
l'ardeur  et  les  douleurs  s'étant  fait  sentir  plus  vivement  en- 
core qu'auparavant,  il  rendit  en  urinant  quantité  de  caillots 
de  sang,  qui  ressemblaient  par  leur  forme  à  des  foies  de  bro- 
chet. L'instant  d'après,  toutes  ses  douleurs  cessèrent,  l'urine 
parut  claire  et  colorée  comme  dans  l'état  naturel,  sans  aucun 
mélange  de  sang.  Le  malade  se  crut  guéri  ;  mais  il  se  flatta  trop 
tôt,  car  deux  mois  après,  cette  dilEcullé  d'uriner,  accompagnée 
d'un  sentiment  douloureux,  lui  revint  comme  la  première  fois. 


(l)  Cliopart.  Des  mal.  des  voies  urinaires,  f.  ir,  p.  60.  —  Ephem.  nat,  car, 
Dec.  I,  ann.  viii,  Obs.  xxrir,  p.  4a- 


H.  ESSENTitîLLES  {supplémentaires).  369 

Il  a  été  sujet  à  cette  incommodité,  sans  que  les  retours  eussent 
des  périodes  réglées  et  que  les  symptômes  fussent  les  mêmes. 
Il  rendait  d'abord  une  grande  quantité  de  sang  pur  et  bril- 
lant, sans  mélange  d'urine,  sans  douleurs  de  reins  :  ce  sang  se 
£  coagulait  très  promptement.  L'urine  paraissait  ensuite  teinte 
ide  sang  noir,  et  ne  changeait  de  couleur  que  lorsque  les  cail- 
lots étaient  sortis  de  la  vessie.  Il  est  inconcevable  combien  le 
malade  en  a  rendu  par  cette  voie.  Il  a  pris  différens  remèdes  : 
des  styptiques,  des  astringens,  des  consolidans,  des  altérans, 
sans  en  éprouver  aucun  soulagement.  Les  saignées  n'ont  pas 
.  mieux  réussi.  Ce  qui  a  paru  surprenant,  c'est  que  l'hémorrlia- 
gie  était  d'autant  plus  abondante,  que  les  saignées  étaient  plus 
fréquentes.  L'application  de  sangsues  ne  lui  a  pas  élé  plus 
tutile;  c'est  pourquoi  on  lui  conseilla  de  s'abstenir  de  tout  re- 
mède et  de  laisser  agir  la  nature.  On  jugea  que  cette  héraor- 
rhagie  était  une  crise  salutaire  qu'il  était  dangereux  d'arrêter, 
la  surabondance  de  sang  pouvant,  par  l'effet  des  remèdes,  se 
rporter  sur  quelque  viscère  et  mettre  le  malade  en  danger  de 
périr.  Il  abandonna  le  soin  de  sa  guérison  à  la  nature.  Depuis 
fcelemps,à  l'exception  de  cette  hémorrhagie ,  sa  sânté  a  élé 
nussi  bonne  qu'elle  pût  être,  jouissant  d'un  sommeil  tranquille 
letde  toutes  ses  fonctions  naturelles  comme  dans  l'état  le  j)lus 
fdésirable.  Les  retours  du  pisseraent  de  sang  étaient  annoncés 
par  une  pesanteur  dans  tous  les  membres,  par  un  sentiment  de 
tristesse  et  de  mélancolie  ;  mais,  dès  que  l'hémorrhagie  cessait, 
ces  symptômes  disparaissaient,  et  le  malade  reprenait  sa  gaîlé 
•ordinaire.  » 

5  780.  Latour  d'Orléans  (i)  rapporte  aussi  un  cas  d'héma- 
turie supplémentaire  d'hémorrhoïdes  ;  le  malade  fut  traité 
lavec  succès  par  les  fleurs  de  soufre.  Un  autre  cas  d'hématu- 
^►ie  remplaçant  un  (lux  hémorrhoïdal  supprimé,  rapporté  par 
Me  docteur  Chastaingt  (2),  a  quelque  ressemblance  avec  ces 
observations;  mais  il  paraît  que  les  attaques,  ou  plutôt  les 
caroxysmes  de  l'hématurie,  étaient  bien  inoins  régulières. 

(1)  Latour.  Traité  philos,  et  méd.  des  hémorrhagies ,  t.  n,  p.  25. 

(2)  NoweU,hiUioihi<^ue  médicale,  i8a6,  t.  iv,  p.  36a. 

24 


HIÊMORRHAGIES  RÉNALES  (3""  groupe). 

Les  saignées ,  loin  de  diminuer  l'hémorrhagie ,  l'aggravèrent. 

L'auteur  de  l'observation  suppose  que  la  source  du  sang 
était  dans  la  vessie ,  dont  les  veines  seraient  devenues  vari- 
queuses. 

§  78  t.  Voici  deux  observations  non  moins  curieuses  et  qui 
appartiennent  à  une  autre  série  de  faits  : 

M.  Elliotson  (1)  a  vu,  chez  une  personne,  qui  avait  eu  anté- 
rieurement une  fièvre  d'accès^,  une  hématurie  iniermiltente 
guérie  par  le  sulfate  de  quinjne.  Le  sang  était  toujours  rendu 
dans  la  période  de  froid.  Un  cas  analogue  est  rapporté  par  le 
docteur  Gergères  (2)  :  un  jeune  homme,  capitaine  de  navire, 
jouissant  habituellement  d'une  bonne  santé,  fut  pris  pendant 
deux  heures  de  frissons  très  vifs,  après  lesquels  se  développa  une 
forte  chaleur  :  pendant  cette  période ,  le  malade  eut  besoin  d'u- 
riner; mais,  au  lieu  d'uiine,il  rendit  par  l'urèthre  une  grande 
quantité  de  sang.  Quelques  heures  après,  une  sueur  s'établit,  et 
le  malade  se  crut  guéri.  Le  lendemain,  à  la  même  heure,  retour 
des  mêmes  accidens  fébriles  et  de  l'évacuation  du  sang.  M.  Ger- 
gères prescrit  un  traitement  émollient  tant  interne  qu'externe. 
Les  symptômes  cédèrent  encore  à  la  même  heure  que  dans  le 
premier  accès.  Le  troisième  jour,  les  mêmes  phénomènes  se  re- 
produisirent encore  avec  plus  de  violence.  Dès-lors  on  s'em- 
pressa, vers  la  fin  de  l'accès,  d'administrer  le  sulfate  de  quinine 
à  la  dose  de  vingt-cinq  grains  ;  ce  moyen  mit  fin  à  tous  les  ac- 
cidens, et  en  empêcha  le  retour. 

Antérieurement,  Stewart  (3)  avait  publié  l'observation  d'une 
hématurie  périodique,  traitée  sans  succès,  depuis  huit  mois, 
par  la  diète  et  le  régime  antiphlogistique,  et  qui  guérit  dans 
l'espace  de  trois  mois  par  le  quinquina  et  les  toniques.  Le 
sixième  mois  de  ce  traitement,  le  malade  était  complètement 
rétabli. 

§  78a.  On  a  vu  des  hématuries  survenir  vers  la  fin  des  ma- 

(1)  Nanmann,  Handbuch  der  medicinischen  Klinik,  B.  vr,  S.  52. 

(2)  Journal  de  la  Société  royale  de  médecine  de  Bordeaux,  2"  livrais.,  iSSj. 

—  Gazette méd.  de  Paris,  i838,  p.  i5i. 

(3)  Comment,  med.  Opéra  periodica  dei  cilladini  Brugnatelli  8t  V.  H.  Brert. 

—  Recueil  périodique  de  Sédillnt,  t.  rtr,  p..  1 


H.  ESSENTIELLES  (criti'ques).  371 

ladies  aiguës  et  leur  servir  de  crise.  Foreest  rapporte  l'ob- 
servation suivante  ,  d'après  Amatus  Lusitamis  ■  Un  jeune 
homme  très  robuste  et  très  coloré,  atteint  d'une  fièvre  in- 
flammatoire très  intense,  avait  été  plusieurs  fois  saigné,  jus- 
qu'au septième  jour  ,  pendant  le  traitement  de  cette  mala-» 
die.  Ce  jour  même  il  virina  beaucoup  de  sang.  Amatus  , 
appelé  par  les  parens  qu'effrayait  un  tel  accident ,  conjectura 
d'après  l'état  du  malade  qu'il  s'était  opéré  une  crise  salutaire 
par  les  voies  urinaires.  Il  tranquillisa  les  assistans,  et  prédit 
une  guérisou  prochaine,  qui  eut  en  effet  lieu  peu  de  jours 
i  après  (i)- 

Plus  rarement,  on  a  vu  des  maladies  anciennes  et  rebelles, 
telles  que  des  accès  d'asthme,  cesser  après  une  hématurie  de 
I  quelques  jours  de  durée.  Latour  (2)  rapporte  le  fait  suivant  : 
<  «M.  de  Cossoles,  âgé  d'environ  40  ans,  était  atteint  d'asthme, 
et  n'en  était  incommodé  que  dans  son  lit.  Aussitôt  qu'il  se  cou- 
chait, il  éprouvait  une  grande  oppression,  une  toux  continuelle 
et  une  expectoration  si  abondante ,  que  les  forces  se  seraient 
épuisées  dans  les  premiers  paroxysmes,  si  le  malade  s'était  ob- 
stiné à  rester  dans  son  lit  ;  dès-lors  la  source  de  crachats  au- 
tait  été  inépuisable,  et  la  faculté  de  s'en  débarrasser  aurait 
manqué.  Aussi ,  dès  l'insulte  d'une  forte  dyspnée ,  il  quittait 
|>  son  lit,  et,  quelques  instans  après, tous  les  accidens  disparais- 
saient; ainsi  le  malade  pouvait  provoquer  son  asthme  en  se 
couchant,  et  l'arrêter  en  se  levant.  Il  avait  consulté  beaucoup 
de  médecins  sur  cette  affection  déjà  ancienne  ;  les  béchiques 
incisifs  de  toute  espèce  lui  avaient  été  donnés  inutilement  j  on 
avait  employé  en  vain  les  révulsifs  irritans  sur  divers  endroits 
sympathiques  de  la  poitrine,. ainsi  que  les  purgatifs  ,  les  diu- 
rétiques, les  diaphorétiques  et  même  les  caïmans.  Un  docteur 
voulut  faire  l'essai  du  quinquina  ,  à  cause  du  périodisrae  noc- 
turne de  l'asthme  ;  les  remèdes  antérieurs  n'avaient  pas  rem- 
pli l'objet  qu'on  s'en  était  proposé  ;  celui-ci  fit  beaucoup  de 


(t)  Yôycz  :  nn  cas  de  pneumonie  terminé  par  une  béinaturie,  1. 1,  p.  Syg» 
58o,  582. 

(2)  Latour,  ouvr.  cité,  t.  ii,  p.  128. 

24. 


'■^7'^     nÉi\roRnirAGiEs  rï^kales  (3""  groupe). 

mal.  De  lui-même  le  malade  songea  à  prendre  l'habitude  de 
ne  plus  se  coucher  :  il  établit  dans  sa  chambre  un  fauteuil  de 
repos.  La  toilette  de  nuit  était  une  camisole  et  un  pantalon 
d'une  peau  d'agneau  apprêtée,  dont  la  laine  en  dedans  tenait 
le  malade  très  chaudement.  Il  piit  tellement  l'habitude  de 
passer  ainsi  les  nuits,  que  jamais  il  ne  se  coucha  dans  son  lit 
pendant  plus  de  dix-huit  mois  ;  c'est  ainsi  qu'il  pallia  sa  ma- 
ladie^  sans  pouvoir  en  déraciner  le  principe.  Il  éprouvait  tou- 
jours une  disposition  à  l'asthme  ;  mais  il  tenait  le  moyen  d'en 
prévenir  les  paroxysmes,  et  de  se  préserver,  par  conséquent, 
de  SCS  grands  accidens.  Sans  cause  connue ,  après  une  aussi 
longue  rémission  ,  il  ressentit  tout-à-coup  des  douleurs  vives 
des  reins,  et  une  slrangurie  violente  qui  le  fit  beaucoup  souf- 
frir, et  qui  nous  fil  juger  que  peut-être  un  calcul  en  était  la 
cause  ;  mais  ces  accidens  se  terminèrent  par  une  hématurie. 
Dès  le  moment  de  l'irritation  des  reins  et  de  la  vessie,  sa  poi- 
trine reprit  ses  fonctions  faciles ,  et  avec  une  telle  liberté ,  que 
couché  horizontalement  dans  son  lit,  le  malade  respirait  et  re- 
posait sans  éprouver  la  moindre  gène.  Le  jour,  il  pouvait  se 
promener  et  monter  un  escalier,  sans  exciter  sa  primitive 
dyspnée.  Je  fus  appelé,  et,  considérant  attentivement  la  série 
des  accidens ,  j'imaginai  qu'un  mouvement  fluxionnaire  hé- 
morrhoïdal  avait  établi,  ou  des  varices,  ou  un  mode  conges- 
lionnaire  quelconque  dans  le  poumon,  d'où  dépendait  l'asthme  ; 
mais  jamais  le  malade  n'avait  eu  des  hémorrhoïdes,  et  De  Haen 
dit  :  Conjecturando  forte  aliqiiid  tolerabile  'proferimus  ali- 
qiiando.  Cependant  l'excitation  forte  de  la  vessie,  et  l'hémor- 
fhagie  qui  en  avait  été  la  suite,  avaient  guéri  l'asthme  comme 
par  enchantement.  Cette  dérivation  naturelle  dans  les  voies 
urinaires ,  de  la  cause  existant  primitivement  dans  la  poi- 
trine, me  fit  estimer  que,  pour  préserver  à  jamais  le  malade  de 
l'asthme ,  l'art  devait  ici  imiter  la  nature  j  ainsi ,  l'hématurie 
déjà  à  sa  terminaison,  je  conseillai  ensuite,  tous  les  quatre 
mois,  pendant  plus  d'un  an,  l'application  de  huit  sangsues  à 
l'anus.  Je  persuadai  au  malade  qu'elles  exciteraient  une  effu- 
sion sanguine  qui  ferait  dériver  dans  les  hémorrhoïdes  le  mou- 
vement fluxionnaire,  qui,  sans  cette  précaution,  pouvait  encore 


H.  ESSENTIELLES  (endémiques).  378 

reprencU'e  sa  direction  vicieuse  vers  la  poitrine.  Il  suivit  exac- 
tement mes  conseils.  Plus  de  deux  ans  et  demi  ensuite,  il 
éprouva  un  vomissement  de  sang  considérable.  Je  le  vis  fort 
inquiété  de  cet  accident  nouveau.  «  Docteur,  me  dit-il,  vos 
soins  me  sont  plus  importans  que  jamais.  Jadis  j'eus  une  perle 
de  sang  salutaire  j  vous  jugerez  celle-ci  tout  autrement  d'après 
la  voie  dangereuse  qu'elle  prend.  »  Le  malade  avait  éprouvé 
une  fièvre  intermittente  longue,  qui  avait  déterminé  une  con- 
gestion sanguine  à  la  rate,  encore  alors  très  engorgée,  mais 
dont  le  volume  était  diminué  de  moitié  depuis  l'hémfitémèse , 
selon  la  remarque  du  malade  lui-même.  Par  conséquent,  je  ne 
fis  rien  pour  diminuer  cette  hémorrhagie,  qui  me  confirma 
l'opinion  que  j'avais  eu  de  l'origine  hémorrhoïdale  de  l'asthme. 
Je  me  bornai  à  favoriser  les  évacuations  par  les  lavemens  avec 
la  décoction  des  plantes  apéritives ,  par  l'usage  intérieur  du 
petit-lait  et  du  bouillon  d'herbes.  A  mesure  que  les  déjections 
alvines  firent  couler  le  sang,  la  rate  se  déprima.  Ce  flux  cessa 
ensuite  de  lui-même.  Pour  eu  empêcher  enfin  le  retour,  ainsi 
que  celui  de  l'asthme ,  l'application  réitérée  de  sangsues  aux 
vaisseaux  hémorrhoïdaux  ,  les  eaux  de  Ségray,  près  de  Pithi- 
viers,  pour  boisson  ordinaire,  celles  de  Vichy  le  matin  ,  réus- 
sirent bien,  et  remplirent  d'ailleurs  l'indication  que  présentait 
le  dérangement  organique  de  la  rate.  » 

5  783.  Hématurie  endémique  des  régions  tropicales. 

La  recherche  de  la  fréquence  ou  de  la  rareté  de  certaines 
maladies  ,  et  en  particulier  des  affections  des  voies  urinaires 
dans  les  différentes  régions  du  globe ,  est  une  étude  aussi  in- 
téresante  pour  le  physiologiste  qu'instructive  pour  le  patho- 
légiste ,  surtout  si  on  complète  cette  étude  par  la  connais- 
sance des  modifications  plus  ou  moins  profondes  que  ces 
maladies  reçoivent  de  l'influence  des  différens  climats.  Les 
praticiens  du  continent ,  que  le  hasard  ou  leur  réputation 
appelle  à  traiter  ces  affections  chez  des  colons  venus  en  Eu- 
rope, comprennent  vite  que  cette  étude  n'est  point  un  objet 
de  pure  curiosité  ;  car  seule  elle  peut  les  éclairer  sur  des 
circonstances  particulières  et  caractéribliques,  relatives  à  la 


HiÎMOr.nHAGlES  RÉNALES  (3""  gl'OUpé). 

nature  de  ces  maladies  et  au  traitement  que  leiu'  origine  exo- 
tique rend  nécessaire. 

S'il  en  élait  besoin,  ces  remarques  seraient  justifiées  par 
l'étude  d'une  maladie  dont  l'existence  n'est  nieulionnée  ni 
dans  nos  ouvrages  classiques  de  pathologie  (i),  ni  dans  les 
encyclopédies  ou  les  dictionnaires  de  médecine  ;  affection  que 
j'ai  lieu  de  croire  peu  connue  du  plus  grand  nombre  des  pra- 
ticiens, je  veux  parler  de  l'hématurie  endémique  (2)  de  l'Ile- 
de-France,  de  l'Ile-Bourbon  et  du  Brésil,  que  j'ai  observée  chez 
plusieurs  colons  venus  à  Paris. 

'  (i)  On  a  lieu  d'être  ùtonné  que  le  docteur  Marsball  ne  parle  pas  de  l'héniatu- 
rie  de  rile-dc-France  dans  son  Esquisse  de  géographie  médicale  {Sketch  0/ 
the  geograp/iical  distribution  of  diseuses,  Ediab.  nied.  and  surg.  journal, 
t.  sxxvi.  p.  33o). 

(2)  Je  ne  sache  pas  que  l'hématurie  sous  forme  endémique  Al  observée 
chez  l'homme,  en  France,  ni  même  dans  les  contrées  méridionales  de  l'Eu- 
rope; mais  on  assure  qu'on  a  vu  des  hématuries  régner  endémiquement,  dans 
quelques  localités,  chez  les  animaux  domestiques.  Toutefois,  il  faut  distinguer 
les  hématuries  réellement  enrfeWyuej  et  dépendant  des  lieux,  de  celles  qui 
sont  le  résultat  de  certaines  nourritures  communes  à  un  même  troupeau  ou 
aux  animaux  domestiques  d'une  même  contrée.  Ainsi  J.  P.  Frank  {Médecine 
firatique,  trad.  de  P.  M.  Goudarean ,  t.  m,  p.  366)  assure  que  le  cystus 
lauri/olius  occ.isionnc  le  pisscment  de  sang  chez  les  brebis,  et  que  différentes 
espèces  de  renoncules  produisent  le  même  accident  chez  les  vaches.  M.  Hur- 
trcl-d'Arboval  dit  avoir  vu  toutes  les  vaches  d'une  exploitation  atteintes  d'Iié- 
uiaturic  pour  avoir  ni:ii:gé  des  feuilles  d'if  {Dici.  de  mcd.  vétérin.,  art.  I/é- 
mattirie).  M.  J.  C.  Favrc  a  décrit,  sous  le  nom  de  hématurie  des  feuilles,  un 
pisscment  de  sang  qui  a  lion,  dit-il,  chez  le  gros  bétail  surtout  au  prin- 
temps, et  qui  a  pour  cause  ordioairc  le  pâturage  dans  les  taillis  et  les  brous- 
sailles {Recueil  de  méd.  ■vélérin.  pratique,  iSi'],  juillet,  août,  septembre,  etc.). 

Chez  l'homme,  l'iicuiaturic  sous  forme  épidémiqne  doit  cire  également  fort 
fare  en  Europe.  A  ce  sujet,  le  passage  suivant  de  Reil  est  la  seule  observa- 
tion que  je  puisse  citer  :  «  J'ai  vu  une  fois,  dit-il,  l'hématurie  régner  épi - 
0  démiquement  comme  maladie  aiguë.  C'étaient  surtout  des  hommes  jenues 
<T  et  bien  portaus  qui  en  étaient  atteints  ,  du  reste  sans  accideus  fâcheux;  ils 
«  guériss.iient  rapidement.  •■  {Fieberlhere ,  t.  m,  p.  124,  2"  cdit.)- 

M.  Drouard  {de  P Hématurie  dans  l'espèce  bovine.  Héc.  de  méd.  vélérin. 
prat.,  octobre  1837)  dit  que  chez  les  vaches  l'hcmaturie  est  très  fréquente 
*u  printemps,  sans  l'indiquer  comme  épidémique. 


H.  ESSENTIELLES  {endémiques).  875 

Je  vais  rappeler  brièvement  les  principales  observations 
«faites  sur  cette  maladie  par  les  médecins  français  qui  ont 
.••exercé  à  l'Ile-de-France. 

Ch.  Chapotin  (i)  s'exprime  ainsi  dans  sa  To-pographïc  de 
, l'Ile-de-France  : 

a  A  l'Ile-de-France,  l'enfant,  quel  que  soit  sou  sexe,  est 
;aUeint,  dès  l'âge  le  plus  tendre,  d'hématuries  qui  annoncent 
la  faiblesse  de  la  membrane  muqueuse  des  reins.  Chez  les  uns, 
elles  sont  continuelles  et  légères;  chez  les  autres ,  elles  revien- 
ment  par  intervalle,  avec  difFérens  degrés  de  force  :  elles  sont 
rordinaiiement  sans  douleur  et  sans  aucune  lésion  de  la  santé, 
U  serait  dangereux  de  les  supprimer;  on  doit  se  borner  à  for- 
Itifier  la  constitution  de  l'individu  par  les  moyens  connus  , 
isurtout  par  l'usage  fréquent  des  bains  froids,  de  la  natation. 

«  Elles  se  dissipent  ordinairement  à  l'époqvie  de  la  puberté, 
leouvent  aussi  elles  se  prolongent  au-delà  de  ce  terme  ;  elles 
■sont  fréquemment  remplacées  par  des  attaques  de  coliques 
•néphrétiques,  qui  paraissent  dépendre  tantôt  d'une  sécrétion 
muqueuse  trop  abondante ,  tantôt  de  l'engorgement  des  vais- 
seaux sanguins  de  cette  partie,  ou  de  la  présence  de  calculs 

r rénaux. 
«  J'ai  vu  chez  des  sujets  replets  ces  organes  affectés  d'engor- 
»eraens  sanguins,  à  l'époque  oli  le  système  veineux  abdominal 
prédomine  chez  l'homme  ;  alors  suivaient  des  suppressions 
d'urine  ou  des  hématuries,  actives,  très  graves,  qui  n'étaient 
llissipées  que  par  des  saignées  copieuses  ou  par  un  dégorge- 
ment abondant  des  vaisseaux  hémorrhoïdaux,  soit  naturel, 
loit  produit  par  des  sangsues.  Cette  maladie  était  sujette  à  ré- 
àdive,  et  se  terminait  quelquefois  par  une  néphrite.  » 
i  Chapotin  rapporte  en  outre  l'observation  très  curieuse  d'un 
jeune  créole  qui ,  après  avoir  éprouvé  dans  son  enfance  un 
pissement  de  sang  ,  eut  plus  tard  un  pissement  d'urine  albu- 
nineuse  et  graisseuse.  Je  reproduirai  plus  loin  cette  obser- 
vation. 

«  («)  Chapotin  (Ch.),  Tofiograpliie  médicale  de  l' Ile-de-France,  iu-<i.  Pa- 
lis, 1812. 


HIîMOMHAGIES  i\t]\rALES  (3""  gfOUpe). 

Un  de  mes  anciens  élèves,  M.  Salesse  (i),  né  à  l'Ile-de-Prance, 
où  il  exerce  aujourd'hui  la  médecine  avec  distinction,  a  fait 
connaître,  dans  sa  dissertation  inaugurale  ,  plusieurs  exem- 
ples de  cette  hématurie  endémique,  à  laquelle  il  assigne  les 
caractères  suivans  : 

«  Les  trois  quarts  des  enfans  de  l'Ile-Maurice  (Ile-de-France) 
en  sont  atteints.  La  masturbation ,  les  mets  épicés ,  en  sont  les 
causes  déterminantes;  la  maladie  a  été  aussi  attribuée  à  une 
mauvaise  qualité  de  l'eau  employée  pour  boisson. 

a  Lorsque  le  sang  rendu  provient  des  reins  (Obs.  xii,  le 
malade  est  sujet  aux  coliques  néphrétiques  ;  ou  il  a  rendu  des 
graviers,  ou  bien  il  peut  arriver  qu'il  n'ait  jamais  rien  éprouvé. 
L'urine  qu'il  rend  est  mélangée  avec  le  sang  ;  la  couleur  est  la 
mêmedepuislepremier  jet  jusqu'aux  dernières  gouttes;  il  rend 
quelquefois  des  caillots  de  sang,  et  les  caillots  sortent  quelque- 
fois au  commencement,  tantôt  à  la  fin  de  ses  urines.  La  seule 
douleur  qu'il  ressente  se  porte  à  l'extrémité  du  gland.  Après 
un  excès,  soit  dans  les  plaisirs  de  l'amour,  soit  dans  ceux  de  la 
table ,  son  urine  est  plus  foncée  en  couleur  ;  il  en  est  de  même 
après  une  longue  course ,  ou  le  lendemain  d'un  bal ,  etc.  Il 
urine  peu. 

«  Quand ,  au  contraire ,  le  sang  provient  de  la  vessie ,  le  ma- 
lade éprouve  une  douleur  assez  vive  dans  cette  région  et  à 
l'anus  ;  le  périnée  est  le  siège  d'une  pesanteur  et  d'une  tension 
désagréables  ;  le  malade  n'a  jamais  rendu  de  graviers  ni  eu  de 
coliques  :  chez  lui ,  les  excès  peuvent  produire  l'efl'et  contraire 
et  rendre  les  urines  moins  sanguinolenlesl,  Ous.  iv).  Il  éprouve 
souvent  le  besoin  d'uriner,  et  à  chaque  fois  il  émet  une  petite 
quantité  d'urine;  il  est  sujet  aussi  à  rendre  des  caillots  de  sang; 
quelquefois  le  sperme  épanché  est  sanguinolent. 

«  Les  personnes  affectées  de  cette  hématurie  sont  en  général 
d'une  faible  constitution  ;  elles  ont  le  teint  pâle  ». 

M.  Salesse  ne  fait  pas  mention  des  urines  albumineuses 
graisseuses  [  urines  laUeuses ,   Chapotin,   vrincs  chyieuscs, 

(i)  Salesse  (Antoiuc-Émilien),  Diss,  tut- l'hématurie  ou  pissement  de  sang, 
iu-4.  Paris ,  i83i. 


H.  ESSENTIELLES  [endémîques) :  877 

•  Proul)  que  Chapotin  a  signalées ,  et  que  j'ai  moi-même  ob- 
»  servées  à  la  suite  de  cette  singulière  hématurie. 

Je  mets  immédiatement  sous  les  yeux  du  lecteur  plusieurs 
r  exemples  de  cette  hématurie. 

§  784.  Première  série. —  Cas  simple  d'hématurie  endémique. 
-  — Dans  les  faits  de  cette  première  série,  l'existence  d'une  urine 
.  habituellement  sanguinolente ,  souvent  sans  cause  occasion- 
K  nelle  appréciable,  et  sans  autres  signes  de  lésions  matérielles 
■  de  l'appareil  urinaire ,  paraît  constituer  uniquement  la  raa- 
I  ladie. 

;■  Obs.  IV.—  Hématurie  continue  chez  un  enfant  (Ile-de-France)  ;  diminution 
de  la  perte  du  sang  par  le  bain  froid.  —  Voyage  en  France,  continuation 
des  accidens.  —  Santé  assez  bonne  (Docteur  Salesse). 

M.  A.  E.  avait  depuis  l'âge  de  7  ans  une  hématurie  idiopa- 
\  ihique  continue.  Obligé  de  beaucoup  marcher,  il  évacuait 
i  chaque  jour  au  moins  une  once  de  sang  avec  les  urines  ;  par- 
le fois  il  rendait  aussi  des  caillots  qui  sortaient,  tantôt  au  com- 
I  mencement  de  ses  urines ,  tantôt  à  la  fin  :  jamais  il  n'a  éprouvé 

I  de  douleurs  du  côté  des  reins  ;  seulement  une  petite  pesanteur 

II  au  périnée  se  faisait  sentir.  Malgré  tout  ce  qu'il  fit,  l'hématurie 
«continua,  sans  augmentation.  Il  remarquait  pourtant  qu'après 
t  un  bain  froid  le  sang  semblait  diminuer.  A  ar  ans,  il  fit  un 
■vvoyage  en  France,  avec  l'espoir  qu'après  un  séjour  de  quel- 
iques  années  son  hémaUirie  cesserait;  point  du  tout,  elle  con- 
i  tinua ,  sinon  plus  fortement ,  du  moins  avec  une  douleur  plus 
t  grande  lorsqu'il  urinait.  Cette  douleur  alla  en  augmentant,  et 
jse  fixçi  au  périnée,  où  il  éprouva  une  tension  et  une  pesanteur 
l|  incominodes.  Les  envies  d'uriner  devinrent  plus  fréquentes,  bien 
I  que  les  urines  fussent  plus  abondantes.  Sa  santé  fut  en  général 
«toujours  la  même;  il  ne  maigrissait  pas  :  cependant  n'ayant 
(jamais  tant  souffert  de  son  hématurie ,  il  s'en  effraya ,  et  alla 
iconsulterle  professeur  Andral ,  qui  lui  ordonna  une  tisane  as- 
«tringen le  composée  principalement  de  ratanhia.  Après  huit  ou 
Idix  jours  de  cette  médication  ,  les  douleurs  s'apaisèrent,  l'urine 
s  contint  moins  de  sang  ;  mais  il  lui  survint  une  fièvre  intermit- 
Iteulc  qui  nécessita  Temploi  du  sulfate  de  quinine.  Sa  fièvre 


HÉMORRIIAGIES  RÉNALES  (3""  groupe). 

passée ,  il  discontinua  le  remède  prescrit  par  M.  Andral ,  et  son 
hématurie  revint  comme  auparavant.  Pensant  avoir  une  pierre 
dans  la  vessie,  il  consulta  le  professeur  Roux,  qui,  après  l'a- 
voir sondé  ,  lui  assura  n'avoir  rien  trouvé  :  seulement  il  lui  dit 
que  la  vessie  était  très  petite.  L'exploration  de  la  vessie  fut  très 
sensible  à  M.  E.  Depuis ,  il  eut  plusieurs  accès  de  fièvre  inter- 
mittente, et  à  chaque  accès  les  urines  devinrent  moins  rouges. 
M.  E.  est  toujours  dans  le  même  état,  il  piend  d'ailleurs,  tous 
les  deux  ou  trois  jours,  des  bains  qui  lui  font  à  chaque  fois 
éprouver  un  grand  soulagement. 

Chose  remarquable ,  lorsqu'il  fait  une  grande  course  à  pied, 
qu'il  fait  un  excès  de  table ,  ou  qu'il  se  livre  avec  incontinence 
aux  plaisirs  de  l'amour,  son  urine  devient  claire  pour  quelques 
jours;  mais  alors  il  éprouve  en  urinant  une  légère  chaleur  ou 
col  de  la  vessie.  Quand  il  lui  arrive  d'avoir  des  pollutions  noc- 
turne ,  la  tache  que  la  liqueur  séminale  laisse  à  son  drap  est 
entourée  d'un  cercle  sanguinolent.  M.  E.  est  d'un  tempérament 
bilieux ,  d'une  petite  stature  ;  il  se  plaint  de  maux  de  têle  quand 
son  écoulement  diminue  ;  il  ne  rend  jamais  de  graviers,  ni  ne 
souflre  des  reins. 


Obs.  V.  —  Hématurie  coatiuue  depuis  l'eufance  (Ile-de-France),  saus  al- 
tération notable  de  la  santé  (Docteur  Salesse). 

M.  N.  est  affecté  depuis  son  enfance  d'une  hématurie  idiopa- 
thique  continue  ;  il  n'a  jamais  souffert  des  reins  ni  de  la  vessie , 
et  cependant  il  émet  du  sang  noir  avec  son  urine;  très  souvent 
il  rend  aussi  des  caillots  de  sang.  Depuis  le  premier  jet  jusqu'à 
la  dernière  goutte  ses  urines  conservent  la  même  couleur  noire. 
Il  est  à  Paris  depuis  trois  ou  quatre  ans,  et  son  hématurie  est 
toujours  la  même  :  seulement  elle  tend  à  augmenter  après  quel- 
ques excès.  Il  a  eu  une  gonorrhée,  qui  n'a  agi  en  rien  sur  son 
affection.  Du  reste  ,  il  jouit  d'une  bonne  santé  ;  il  est  d'un  tem- 
pérament bilieux ,  d'une  figure  pâle ,  et  d'une  haute  stature. 


II.  ESSENTIELLES  {endémiques).  879 


Obs.  VI.  —  Hématurie  continue  (ne-de-FMncc),  —  Voyage  en  France. — 
Cessation  des  aeeidens  qui  so  reproduisent  au  retour  à  l'Ile-de-France 
(Docteur  Salcssc). 

M.  D.,  pendant  qu'il  habitait  son  pays,  était  affecté  d'une 
hématurie  idiopalhique  continue.  Venu  en  France  pour  ses 
jtuden,  il  vit  après  quelque  temps  de  séjour  son  hématurie 
^:es3er;  elle  ne  revint  pas  pendant  six  à  sept  ans  qu'il  resta  à 
Paris  ;  retourné  à  l'île  Maurice ,  quelques  mois  après  son  arrivée 
lion  hématurie  reparut^  et  dure  jusqu'à  présent. 

Obs.  VU.         Hématurie  continue  (Ile-de-France).  —  Voyage  et  séjour  eu 

France.  —  Cessation  des  accidens  (Docteur  Salesse^. 

'  M.  H.,  pendant  qu'il  habitait  sa  patrie  ,  était  atteint  d'une 
lématurie  idiopathique  continue.  Jamais  il  n'avait  souffert  de 
a  veasie.  Venu  à  Paris  pour  faire  ses  études ,  après  quelques 
nois  de  séjour  son  hématurie  disparut,  sans  qu'il  advînt  d'acci- 
idens  :  il  y  est  encore,  sa  santé  est  fort  bonne. 

)es.  VIII. — Hématurie  continue  contractée  par  un  Européen,  pendant  son 
séjour  à  rUe-de-France.  —  Retour  en  France.  —  Guérison  (Docteur  Sa- 
Icsse). 

M.  L.,  Européen,  habita  l'Ile-Maurice  pendant  quelques  an- 
'  lées  ;  il  fut  pris  d'une  hématurie  idiopathique  continue  qui 
l  ura  tout  le  temps  qu'il  resta  dans  le  pays.  De  retour  en  France, 
\  en  fut  débarrassé  j  il  urine  maintenant  parfaitement  clair  sans 
pparence  de  sang  dans  les  urines. 

)iis.  IX.  —  Hématurie  continue  (Ile-de-France).  —  Voyage  et  séjour  en 
France.  —  Cessation  des  accidens  (Docteur  Salesse). 

M.  D.,  pendant  qu'il  habitait  l'île  Maurice,  son  [pays  natal, 
tait  sujet  à  une  hématurie  idiopathique  continue.  Arrivé  en 
rance  pour  faire  son  droit,  son  hématurie  augmenta  considé- 
iblemcnl-,  il  consulta  le  professeur  Rostan,  qui  ordonna  de 
iiendrc  des  boiasons  rafraîchissî^nles  et  astringentes.  Il  n'y  a 


38o       HÉMORRHAGIES  HÉNALliS  {^""  gtOUpe). 

que  peu  de  temps  qu'il  en  est  entièrement  débarrassé.  Il  a  deur 
frères  à  i'Ile-Maurice ,  qui  sont  aussi  sujets  à  cette  maladie.  Ce 
jeune  homme  doit  retourner  dans  deux  ans  dans  son  pays  :  je 
suis  fortement  disposé  à  croire  que,  comme  la  personne  qui 
fait  le  sujet  de  la  troisième  observation ,  il  éprouvera  une  re- 
chute. 

Obs.  X,  —  Hématurie  continue  (Ile-de-France);  gonorrbée.  — Usage  du 
baume  de  copaLu.  —  Cuérison  de  la  gonorrliée  et  do  rbcmaturie  (Doc- 
teur Salcsse). 

M.  N.  était  pris  d'une  hématurie  idiopalhique  continue;  il 
l'avait  encore  assez  forte ,  lorsqu'après  un  coït  impur  il  fut  pris 
de  gonorrhée  ;  son  hématurie  augmenta.  Il  fil  usage  des  remèdes 
propres  à  la  gonorrhée  :  aussitôt  celle-ci  guérit!,  son  hématurie 
cessa  aussi  et  n'a  plus  reparu  depuis. 

Obs.  XI.  —  Hématurie  continue,  devenue  périodique  (Ile-de-France)  et 
abandonnée  à  clle-mcme  (Docteur  Salcsse). 

M.  M.  fut  affecté  dans  sa  jeunesse  d'un  hématurie  idiopa- 
lhique continue  ;  cette  affection  cessa  insensiblement,  et  dispa- 
rut totalement  lorsqu'il  atteignit  l'âge  de  la  virilité,  et  se  chan- 
gea en  une  espèce  de  menstruation  de  sang  caillé  qu'il  rend 
périodiquement  par  la  verge.  Lorsque  cette  menstruation  ne 
revient  pas  régulièrement,  M.  M.  est  tourmenté  de  violens 
maux  de  tête,  d'élourdissemens.  Il  consulta  un  des  plus  habiles 
praticiens  de  l'IIe-Maurice,  qui  lui  donna  le  sage  conseil  de  ne 
rien  faire  pour  arrêter  cette  évacuation  et  de  laisser  agir  la  na- 
ture. 

§  785.  Deuxième  série.  —  Hètnahirie  continue  avec  gravcUe 
vriquc.  —  Outre  le  pissement  de  sang ,  dans  les  observations 
suivantes  on  a  constaté  l'existence  de  la  gravelle  urique. 

La  nature  du  sédiment  de  l'urine  n'est  pas  suffisamment  in-  ■ 
diquée  dans  les  observations  précédentes  ;  peut-être  était-il  I 
également  formé  d'acide  urique.  Cette  supposition  n'est  pas  | 
sans  quelque  probabilité ,  puisque  j'ai  constaté  ,  par  l'inspec-  1 
tion  microscopique,  l'existence  d'un  semblable  dépôt  chez  un| 
jeune  enfant  de  l'Ile-de-France  atteint  d'une  hématurie,  ei  quil  j 


H.  ESSENTIELLES  {cndcmîques).         38 1 

^l'éprouvait  point  de  coliques  néphrétiques ,  et  chez  son  père  , 
rlont  l'urine  était  albuniino-graisseuse  (  3"  Série  ,  Obs.  iii). 

L'existence  de  la  gravelle  ayant  été  formellement  constatée 
dans  quelques  cas ,  et  non  mentionnée  dans  quelques  autres  , 
l'ai  cru  devoir,  au  moins  provisoirement,  distinguer  les  deux 
r.éries  de  faits  l'une  de  l'autre. 

5.3BS.  Xn.  —  Hématurie  continue  chez  un  enfant  (Ile-de-France)  —  Co- 
liques néphrétiques,  graviers  (Docteur  Salesse). 

M.  L.  à  l'âge  de  8  à  9  ans  eut  une  hématurie  idiopalhique 
jion  continue,  qui  augmentait  beaucoup  lorsqu'il  faisait  usage 
►ies  mets  fortement  épicés ,  tels  que  ceux  qu'on  assaisonne  de 
»oivre  et  de  piment,  etc.  Elle  continua  jusqu'à  l'âge  de  i5  à  j4 
HHS,  toujours  d'une,  manière  périodique.  A  cette  époque  il  com- 
mença à  éprouver  de  fortes  coliques  néphrétiques,  qui  reve- 
naient chaque  semaine.  A 16  ans,  son  hématurie  devint  continue, 
:t  ses  coliques  continuèrent  avec  la  même  fréquence  j  à  18  ans, 
(ors  de  son  arrivée  en  France,  les  coliques  disparurent  entiè- 
rement; il  employa  contre  son  urineraent  de  sang  différens 
iballiatifs ,  tels  que  des  bains ,  du  chiendent  ;  il  se  nourrit  d'une 
iilimentation  peu  excitante ,  de  légumes  ;  rien  ne  put  le  faire 
ïesser,  seulement  il  airainua  un  peu.  Ses  urines  offrent  la 
.  nême  couleur  depuis  le  commencement  du  jet  jusqu'à  la  fin  ;  par 
e  refroidissement ,  elles  laissent  déposer  7in  sédiment  roiigeâtre 
juiest  rtigueux  au  toucher.  Il  y  a  environ  4  ans  qu'il  est  en 
'^ance ,  son  hémorrhagie  a  toujours  la  même  intensité  :  il  rend 
.ïussides  caillots  de  sang  avec  les  urines.  Il  eut  pendant  quel- 
que temps  plusieurs  amygdalites;  des-lors  son  hématurie  partit 
KTioins  forte.  Lorsqu'avec  celte  inflammation  il  lui  arrivait  de 
iaire  quelque  excès ,  son  urine  se  chargeait  d'une  plus  grande 
Huantité  de  sang,  en  même  temps  que  son  amygdalite  dimi- 
nuait. M.  L.  eut  aussi  une  forte  angine  :  celte  fois,  son  écou- 
lement de  sang  cessa  entièrement;  aussitôt  après  la  guérison 
■le  son  angine ,  son  urine  se  chargea  de  plus  en  plus  de  sang , 
3t  revint  comme  elle  avait  été  auparavant.  Croyant  alors  avoir 
la  pierre ,  il  se  fit  sonder;  le  chirurgien  qui  le  sonda  ne  trouva 


382     niîMORRHA.Giii;s  RÉNA-LKS  Çi'""  groupe). 

rien  dans  la  vessie;  seulement  elle  fut  reconnue  être  d'une 
petite  dimension. 

Ods.  Xlir. — Enfant  de  neuf  ans,  né  à  rilc-de-Francc,  altoint  d'une  liéma- 
turie  continue  et  de  gravelle  uiique.  —  Le  père  do  Venfant  offrant  de 
l'urine  albumincusc  et  graisseuse. 

Dans  les  premiers  jours  du  mois  d'avril  dernier  (i838),  M.  le 
docteur  Arvei'S  nous  fit  appeler^  M.  Bouvier  et  moi ,  pour  exa- 
miner, avec  lui,  un  jeune  garçon  âgé  de  9  ans,  et  qui  depuis 
i5  mois  était  atteint  d'une  hématurie  continue.  La  maladie  de 
cet  enfant  s'était  déclarée  à  l'Ile-de-France  j  oii  il  est  né,  et 
l'hématurie  avait  été  précédée  d'un  écoulement  à  la  surface  du 
gland  et  par  la  verge ,  qui  aurait  été  considéré  par  le  médecin 
et  par  le  père  de  l'enfant  comme  une  véritable  chaude-pisse, 
contractée  à  la  suite  d'un  rapport  impur,  si  l'âge  el  les  habitudes 
de  l'enfant  eussentpermis  de  s'arrêter  à  cette  opinion.  Un  mois  et 
demi  après  l'invasion  de  cette  hémorrhagie  ,  qui  avait  sensible- 
ment altéré  sa  constitution,  cet  enfant  s'embarqua  avec  ses 
parens,  originaires  du  pays,  pour  venir  en  France.  Dans  les 
premiers  jours  de  la  traversée  on  lai  lit  prendre  des  pilules  dont 
le  copahu  formait  la  base,  et,  soit  mfluence  de  ce  remède  ou 
effet  de  la  traversée,  les  accidens  cessèPent,  mais  ils  se  repro- 
duisirent lorsque  l'embarcation  passa  l'équateui'.  On  fil  de 
nouveau  prendre  à  l'enfant  des  pilules  de  copahu ,  à  la  vérité 
différentes  des  premières  dont  la  recette  manquait  :  la  guérison 
obtenue  une  première  fois  ne  se  reproduisit  pas. 

La  famille  du  jeune  malade,  peu  de  temps  après  son  arrivée 
en  France,  se  rendit  à  Paris,  et  l'enfant  fut  confié  aux  soins 
éclairés  de  M.  Arvers.  Depuis  lors,  et  jusqu'à  ce  jour,  l'en- 
fant a  uriné  une  quantité  plus  ou  moins  considérable  de  sang 
chaque  jour,  et  cependant  sa  santé  générale ,  surtout  dans  ces 
derniers  temps,  s'est  améliorée ,  et  le  petit  malade  a  acquis  le 
développement  que  présentent  la  plupart  des  enfans  de  son 
âge;  et  à  part  l'altération  de  l'urine  et  des  maux  de  tête,  sa 
santé  n'a  offert  aucun  dérangement  notable.  L'urine  n'était 
point  également  chargée  de  sang  tous  les  jours  et  à  toutes  les 
heures  de  la  journée;  elle  était  quelquefois  en  apparence  peu 


II.  EssENTiELLLES  {cndémiques).  383 

différente  de  l'urine  saine.  L'émission  de  l'urine  n'a  été  dou- 
loureuse que  dans  un  petit  nombre  de  cas ,  et  probablement 
par  suite  de  la  présence  d'un  caillot  de  sang  engagé  dans  le  col 
de  la  vessie.  Les  émissions  d'urine  en  24  heures  ne  sont  pas 
fréquentes. 

Lorsque  j'ai  vu  l'enfant,  sa  santé  générale  paraissait  bonne  ; 
le  ton  de  sa  chair,  sans  être  coloré,  n'était  point  pâle  comme 
dans  la  chlorose  ou  dans  l'anémie  consécutive  aux  pertes  de 
;  sang;  les  balteraens  du  cœur  étaient  réguliers,  sans  bruit  mor- 
bide ;  le  premier  temps  seulement  présentait  un  très  léger  bruit 
de  souffle ,  ou  au  moins  paraissait  plus  prolongé  que  dans  l'é- 
itat  normal.  La  respiration  était  pure ,  la  bouche  était  saine , 
fies  lèvres  et  les  gencives  n'étaient  point  décolorées,  le  sommeil 
tétait  régulier ,  l'appétit  était  bon,  les  forces  musculaires  assez 
(développées.  En  résumé ,  l'hématurie  paraissait  renfermer  en 
.  elle  tous  les  accidens. 

J'ai  examiné  avec  M.  Guibourt  trois  échantillons  de  l'urine 
,de  l'eufant  :  l'un  était  de  l'urine  i-endue  au  réveil  5  l'autre  était 
ide  l'urine  rendue  deux  heures  après  le  déjeuner;  le  troisième 
tétait  de  l'urine  rendue  trois  heures  et  demie  après  le  dîner. 
;Ges  trois  échantillons  d'urine  étaient  acides,  et  ne  contenaient 
^)as  sensiblement  plus  de  matière  grasse  que  l'urine  saine  ; 
lans  tous  il  y  avait  une  quantité  notable  d'albumine  et  un 
grand  nombre  de  cristaux  piismatiques  et  rhomboïdaux  d'a- 
cide urique,  visibles  au  microscope.  L'urine  rendue  deux  heures 
après  le  déjeuner  était  rougeâtre  ,  sanguinolente ,  et  contenait 
un  grand  nombre  de  globules  sanguins.  Le  lendemain,  le  sé- 
diment de  cette  urine  paraissait  être  uniquement  composé  de 
ces  globules  et  de  cristaux  d'acide  urique. 

Une  certaine  quantité  des  trois  échantillons  de  l'urine  de 
cet  enfant  ayant  été  conservée  pendant  quinze  jours  dans  de 
petites  fioles  bien  bouchées,  mais  contenant  une  très  petite 
quantité  d'air,  il  s'est  dégagé  une  odeur  très  prononcée  d'hy- 
drogène sulfuré  de  l'intérieur  de  ces  petits  vases,  lorsque  nous 
les  avons  débouchés.  Du  papier  blanc  mouillé  et  imbibé  d'une 
solution  d'acélale  de  plomb  a  bruni  très  sensiblement  après 
avoir  été  appliqué  un  moment  sur  le  goulot  de  ces  petits  vases. 


384      HÉMORRHAGIIÎS  RKNALES  (3""  grOUpc). 

Celte  urine,  qui  était  encore  acide,  et  rougissait  tiès  sensible- 
ment le  papier  de  tournesol ,  et  qui  ne  bleuissait  pas  le  papier 
rougi  par  un  acide ,  contenait  donc  une  matière  organique  qui 
elle-même  contenait  du  soufre,  à  moins  qu'on  n'aime  mieux 
supposer  que  l'bydrogène  sulfuré  provenait  d'un  sulfate  dé- 
composé lui-même  par  suite  de  l'altération  de  la  matière  ani- 
male. Cette  dernière  supposition  me  paraît  loulefob  moins 
fondée  que  la  première  ;  car  l'm-ine  ordinaire ,  qui  contient 
toujours  des  sulfates,  abandonnée  à  elle-même  dans  un  vase 
clos  avec  une  petite  quantité  d'aii-,  ne  donne  pas  lieu  à  la  pro- 
duction de  l'hydrogène  sulfuré  (i). 

Malgré  la  continuité  de  cette  hématurie,  la  santé  de  cet  en- 
fant n'était  non-seulement  point  altérée  ,  mais  encore  son  dé- 
veloppement paraissait  se  faire  d'une  manière  aussi  régulière 
que  chez  les  enfans  de  son  âge.  Espérant  d'ailleurs  que  le  sé- 
jour en  France  pourrait  suspendre  cetffe  hémorrhagie  chez  c^' 
enfant,  comme  cela  a  eu  lieu  chez  plusieurs  colons  atteints  de 
la  même  maladie,  mes  honorables  confrères,  MM.  Arvers,  Bou- 
vier et  moi,  nous  avons  pensé  qu'il  ne  fallait  pas  d'abord  op- 
poser un  traitement  très  actif  à  cette  hématurie  ,  sans  cepen- 
dant l'abandonner  entièrement  à  elle-même.  Nous  avons  cru 
en  outre  que  la  présence ,  dans  l'urine  ,  d'une  grande  quantité 
de  cristaux  isolés  d'acide  urique  et  de  petits  cristaux  d'acide 
urique  aggloméré  (gravelle)  constituaient  un  état  morbide  qui 
devait  être  combattu,  quoiqu'il  ne  fût  point  accompagné  de 
cohques  néphrétiques ,  circonstance  que  le  peu  de  volume  des 
graviers  explique  suffisamment.  D'après  ces  motifs ,  nous  ayons 
conseillé  :  i°  de  faire  prendre  à  l'enfant,  le  matin,  à  jeun,  une 
petite  quantité  d'eau  de  Vichy;  2°  de  lui  faire  prendre,  un  peu 
avant  le  dîner ,  une  dose  de  sous-carbonate  de  fer  ;  5°  enfln  de 
recourir  aux  balsamiques,  aux  pilules  de  térébenthine,  et  même 
aux  pilules  de  copahu,  à  petite  dose,  si  le  pissenient  de  sang 
venait  à  augmenter. 


(i)  MM.  Baudrimont  et  M.ilagutti  ont  trouvé  du  soufre  dans  des  calculs 
de  cystine;  je  regrette  de  n'avoir  pas  recherclié  dans  ce  cas  si  l'urine  n6 
contenait  p»5  une  certaine  quantité  de  cette  substance.  ^ 


H.  ESSENTIELLES  {enclémiques).  385 

)Obï.  XIV.— Hématurie   vec  gravelle  d'acide  urique ,  suivie  de  pétéchies, 
chez  un  colon  de  l'Ile-de-France. 

M.  Ferdinand  W   est  né  à  l'Ile-de-France;  il  est  âgé 

ide  2  2  ans.  Dès  sa  dixième  année,  il  a  commencé  à  ressentir 
ides  coliques  néphrétiques;  jusqu'à  l'âge  de  i6  ans,  elles  étaient 
Ipeu  fréquentes;  elles  le  sont  ensuite  devenues  beaucoup  plus 
ijusqu'à  l'âge  de  20  ans  oii  elles  ont  tout-à-fait  cessé.  Il  est  à 
iremarquer,  écrivait  le  consultant,  que  celte  maladie  affecte  les 
itrois  quarts  des  jeunes  gens  qui  sont  nés  dans  ce  pays;  que 
itçhez  la  plupart  elle  cesse  à  l'âge  de  ao  à  24  ans;  mais  que 
d'autres  en  sont  incommodés  le  reste  de  leurs  jours.  Les 
rpremières  coliques  néphrétiques  furent  suivies  d'un  pissement 
tde  matière  semblable  à  du  sable ,  mêlée  de  petits  graviers  de 
ila  nature  de  celui  que  le  malade  remet  avec  le  présent  exposé. 
JJn  de  ces  grwers  s'est  «ngagé  dans  le  canal  de  l'urèthre,  et 
P)^;être  extrait  qu'ayec  une  petite  pince. 
A  i^âge  de  16  ans,'  le  malade  eut  une  gonorrhée  qui  dispa- 
iraissait  un  certain  temps  et  reparaissait  ensuite;  elle  fut  suc- 
Kessivement  traitée  avec  du  sublimé ,  dont  le  malade  ne  prit 
«qu'un  très  petit  nombre  de  doses  ,  et  ensuite  avec  du  sirop  de 
iLarrey ,  dont  il  prit  environ  une  demi-bouteiUe  ;  après  quoi  il 
i-ut.  obligé  d'en  suspendre  l'usage,  à  cause  des  violentes  dou- 
ceurs de  tête  qu'il  éprouva.  Cette  maladie  ne  fut  ensuite  trai- 
.tée  qu'avec  des  tisanes  de  plantes  du  pays,  des  boissons  ra- 
fraîchissantes,  de  l'essence  de  salsepareille,  des  prises  de  baume 
le  copahu,..et  enfin  des  injections  de  sulfate  de  zinc  et  d'o- 
«xum^;  elle  disparut  à  la  suite  de  ces  remèdes,  et  cessa  tout-à- 
:  au.  11.  y  a  environ  un  an,  avec  une  nouvelle  gonorrhée  se 
nanifesta  un  pissement  de  sang,  qui  a  commencé  à  s'affaiblir 
epu.s  le  mozs  de  mai  de  cette  année,  époque  à  laquelle  le  ma- 
de  arriva  en  France.  Ce  qui  détermina  le  voyage  du  malade 
t.urope,  ce  fut  un  état  extraordinaire  de  faiblesse  et  de  déla- 
.rement  d  estomac  accompagné  de  diarrhée,  qui  devint  de  plus 
"ofs  de  f  ''^''^'^^  de  son  embarquement' au 

il  ementT      '''''  '""^'^  ^«  ^"'^l--      de  dé- 

cent d  estomac,  accompagné  de  diarrhée,  commença  à  la 


386    hémorAEïaôies  kémales  (3""  groupe). 

suite  de  saignées  abondantes  qui  furent  ordonnées  par  les  mé- 
decins à  cause  de  très  violens  maux  de  tête  et  de  fièvre  que  le 
malade  éprouva  vers  le  commencement  d'octobre  i835.  Les  mé- 
decins né  prescrivirent  d'abord  pour  remède  à  ces  faiblesses  et  à 
cette  diarrhée  d'autre  traitement  qu'un  régime  alimentaire  très 
doui  ;  cependant  ils  ordonnèrent  des  bains  froids  ;  mais  à 
peine  le  malade  en  éUt-il  pris  uti,  qu'il  lui  sortit,  au  bas  des 
jambes,  des  taches  rouges,  avec  une  démangeaison  le  soir.  Cet 
état  dura  jusqu'au  mois  de  février,  oii  les  médecins,  qui  ne 
donnaient  plus  aucun  remède,  conseillèrent  un  voyage  en  Eu- 
rope. A  bord  du  vaisseau,  les  faiblesses  d'estomac  et  la  diar- 
rhée cessèrent;  mais  les  taches  prirent  un  nouveau  caractère  : 
elles  se  portèrent  successivement  aux  jambes,  aux  cuisses,  aux 
avant-bras  et  au  cou;  elles  étaient  rouges  le  malin,  devenaient 
violettes  vers  le  soir,  en  se  prononçant  en  relief.  Une  dé- 
mangeaison très  forte ,  et  ensuite  des  douleurs  ou  des  crampes 
les  accompagnaient.  La  traversée  dura  trois  mois  ;  le  malade 
arriva  à  Bordeaux  au  mois  de  mai  de  cette  année  dans  cet  état, 
auquel  se  joignait  Une  très  grande  faiblesse.  Depuis  lors,  ces 
taches,  conservant  toujours  à-peu-près  le  même  caractère, 
ont  cependant  considérablement  diminué.  Lorsque  le  malade 
est  arrivé  à  Bordeaux,  elles  lui  couvraient  presque  entièrement 
les  membres;  à  présent,  elles  sont  iûfinimejit  plus  petites  et 
beaucoup  plus  éparses.  - 

Quelques  jours  après  son  arrivée  à  BofdeatK^  le  malade  fut 
aflecté  d'une  toux  fréquente,  qui  semblait  prôfenir  principa- 
lement de  la  gorge  :  elle  cessa  au  bout  de  six  semaines  ;  raàb 
elle  n'est  pas  absolument  passée  ;  elle  f  evjent  surtout  lorsque 
le  malade  prend  des  alimens,  fait  plus  d'e<ercice,  ou  prend 
des  bains,  dont  il  a  essayé  de  faire  usage,  mais  qu'il  a  été 
obligé  d'interrompre  par  ce  motif. 

Le  malade  éprouve  des  envies  d'uriner'très  fréqué^lfes ,  en- 
viron toutes  les  demi-heures ,  la  nuit  comme  le  jour  :  cette  i 
envie  est  provoquée  par  un  chatouillem^t  dans  la  verge ,  qui 
devient  de  plus  en  plus  difficile  à  supporter^  just^à  ce  que  de  f 
besoin  ait  été  satisfait.  Le  malade  ne  selivr^à  auogne  espèce  j 
d'exercice;  mais  quand  il  lui  arrive  d'aller      voilure,  le  ch»- 


H.  ESSENTIELLES  {enclémiques).  38,^ 

louilleraent  cp,ii  le  foi-ce  à  uriner  devient  alors  plus  fréquent 
et  plus  insupportable. 

Le  35  septembre  i836  ,  époque  à  laquelle]  e  fus  consulté,  je 
conseillai  l'usage  des  ferrugineux,  du  ratanliia  et  du  bi-carbo- 
nate  de  soude ,  et  un  régime  analeptique.  J'ai  appris  que  la 
santé  du  malade  s'était  améliorée  j  mais  j'ignore  si  la  disposi- 
tion à  la  gravelle  a  été  détruite ,  et  si  l'hématurie  s'est  repro- 
duite. C'est  le  seul  cas  où  j'ai  vu  celte  espèce  d'hématurie 
s'accompagner  de  péléchies. 

S  786.  Troisième  série.  —  UèmatuHc  endémiqtie.  — 
Urine  chyleuse. 

ÔBS.  XV.— Hématurie  continue  chez  un  jeune  créole  (De-de-Francé). 
sùMe  d'urine  d'apparence  laiteuse  (r);  guérison  par  la  teinture  de  cani 
tharides  (Chapotin). 

Un  jeune  créole,  d'une  faible  conslilulion ,  avait  été  sujet, 
dans  son  enfance,  au  pissement  de  sang,  qui  ne  cessa  qu'à  l'âge' 
de  quatorze  ans;  il  avait  toujours  joui  d'une  bonne  santé  jus^ 
e  qu'à  dix-sept  ans,  où  il  prit  en  dix-huit  mois  un  accroissement 
»  assez  rapide.  Peu  de  temps  après,  il  éprouva  de  vives  douleurs 
c  dans  les  lomlîes  ;  elles  se  dissipèrent  après  deux  ou  trois  jours 
.  de  durée,  et  furent  immédiatement  suivies  d'un  écoulement 
.  d'urine  sembiâlile  à  du  lait. 

^  Cet  étaf  du^lt  depuis  deux  mois  lorsque  je  fus  appelé  :  on 
.  n  avait  adounistré  que  de^  moyens  relâchans  :  il  était  extrême^ 
I  ment  maigre  et  faible,  n'éprouvait  aucune  douleur,-  le  teint 
.  était  pâle,  la  figure  «ouverte  de  boutons;  il  n'avait  aucun  dé- 
gout  pour  les-^imens,  mais  un  fréquent  besoin  de  boire  •  les 
digestions  étaient  mauvaises;  il  avait  toujours  cinq  à  six  séues 
dans  les  vingt-quatre  heures,  la  peau  souple  et  humectée ,  des 
su€4^  copie uses^près  le  moindre  exercice. 
Les  urines,  en  moindre  quantité  que  les  boissons,  présen- 
•  t..nt,  des  qu'elles  étaient  bien  refroidies,  une  masse  bLrchâ- 

a5. 


388      nÉMORRHAGIES  HÉNALKS  (3"'  groupe). 

Ivc,  coagulée  et  imitant  parfaitement  le  lait  caillé,  avec  une 
odeur  faible  et  fade.  Ce  coagulum  pressé  laissait  échapper  une 
sérosité  blanchâtre  qui,  soumise  à  une  analyse  exacte,  a  fourni 
une  assez  forte  quantité  de  fibrine.  L'eau  bouillante  et  l'ac- 
tion de  l'acide  sulfurique  ont  démontré  la  prédominance  de 
l'albumine;  la  gélatine  y  était  en  plus  faible  quantité.  Il  n'y 
avait  presque  point  d'acide,  et  peu  de  sels  ordinaires  à  l'urine. 

Je  le  mis  aussitôt  à  l'usage  d'alimens  pris  uniquement  dans 
le  règne  animal,  en  y  joignant  du  vin,  des  amers,  du  quinquina 
combiné  avec  les  ferrugineux  et  l'extrait  de  bile.  Ces  moyens 
continués  pendant  dix  jours  ont  ranimé  les  forces,  sans  que 
les  urines  aient  varié.  J'ai  augmenté  les  doses  de  quinquina  , 
en  y  mêlant  un  peu  d'aloès ,  et  j'ai  fait  faire  des  frictions  sur 
les  régions  lombaires  et  ombilicales  avec  un  Uniment  savon- 
neux et  spiritueux ,  que  j'ai  remplacé  six  jours  après  par  un 
liniment  volatil,  rendu  stimulant  par  l'addition  de  la  teinture 
de  cantharides. 

Les  digestions  étaient  meilleures ,  quoiqu'il  y  eût  toujours 
deux  ou  trois  selles  le  matin  ;  le  malade  devint  plus  fort,  plus 
gai,  il  faisait  de  l'exercice,  son  teint  était  plus  clair.  Il  avait 
nioins  de  boutons  sur  la  figure ,  la  soif  était  moins  forte;  ce- 
pendant les  urines  offraient  peu  de  changement. 

Je  me  déterminai  alors  à  administrer  intérieurement  la  tein- 
ture de  cantharides.  Je  commençai  par  trois  gouttes  le  matin 
et  autant  le  soir ,  dans  une  tasse  d'eau  de  riz.  Ce  remède  a  été 
continué  pendant  dix  jours,  et  porté  progressivement  à  la  dose 
de  vingt  gouttes  par  jour.  Peu-à-peu  les  urines  ont  repris  leur 
état  naturel. 

D'abord  la  fibrine  a  disparu ï  puis  l'albumine,  puis  la  géla- 
tine; les  urines  acquéraient  une  couleur  jaunâtre,  proportion- 
née à  la  diminution  de  ces  substances  et  à  l'augmentation  de 
l'urée.  Le  douzième  jour  de  l'emploi  des  cantharides ,  elles 
étaient  d'un  jaune  assez  foncé ,  avec  une  odeur  encore  fade  ; 
enfin,  depuis  ce  moment,  elles  reprirent  insensiblement  tous 
leurs  caractères.  Le  malade  éprouva  plusieurs  soirs  de  suite  un 
peu  d'oppression,  que  j'attribuai  à  l'action  du  remède;  je  sus- 
pendis le  traitement,  et  mis  le  malade  quelques  jours  après  a 


H.  ESSENTIELLES  (cndémiques).  889 

l'usage  seul  des  amers,  en  conseillant  une  bonne  nourriture,  le 
séjour  à  la  campagne  et  les  bains  froids. 

La  santé  s'est  parfaitement  rétablie  et  s'est  soutenue  sans 
aucune  altération  pendant  deux  ans,  après  lesquels  il  survint, 
à  la  suite  de  plusieurs  imprudences,  des  accès  de  coliques  né- 
phrétiques ;  les  urines  reparurent  une  fois  blanchâtres.  Le 

:  repos  et  une  conduite  plus  régulière  suffirent  pour  dissiper 

c  ces  accidens. 

Trois  cas  semblables  ont  été  guéris  par  les  mêmes  moyens; 
cependant  ils  sont  rares,  et  on  rencontre  plus  fréquemment  de 

c  ces  affections  avec  accroissement  de  l'irritabilité  des  reins,  qui 

i  ne  sécrètent  dans  ce  cas  qu'une  petite  quantité  d'urine  dans 

l  laquelle  l'urée  prédomine. 

(  Obs.  XVI. — Hématurie  à  l'Ile-de-France;  douleur  dans  le  rein  droit  :  exa- 
men de  l'urine  dont  une  partie  a  un  aspect  laiteux  ou  chyleux ,  et  con- 
tient une  quantité  considérable  d'albumine  et  de  matière  grasse  ;  influence 
de  l'exercice  sur  la  productioa  de  l'bémorrbagie  ;  influence  du  repos  sur 
sa  cessation. 

M.  E.  H....,  âgé  de  at  ans,  né  à  l'Ile-de-France,  de  parens 
r  robustes  et  exempts  de  toute  maladie  constitutionnelle,  fut  af- 
(>  fecté,  dès  le  bas-âge  et  sans  cause  appréciable,  d'une  hématurie 
f  continue  ;  l'urine  qu'il  rendait ,  limpide  pendant  les  premiers 
<  jets,  finissait  par  devenir  sanguinolente,  et  les  dernières  gouttes 
il  étaient  fortement  colorées  en  rouge.  A  quatorze  ans,  M.  H.... 
)|  éprouva  quelques  légères  douleurs  néphrétiques  vers  le  côté 
I  droit  ;  mais  il  ne  rendit  pas  de  sable  par  le  canal  de  l'urèthre, 
Net  les  urines  ne  subirent  aucun  changement.  En  i833,'en 
i  faisant  un  effort  considérable  pour  soulever  un  corps  pe- 
N  sant,  il  ressentit  une  vive  douleur  dans  le  rein  droit,  et  quel- 
f  ques  heures  après  il  fut  pris  d'un  urinement  de  sang  qu'une 
t  longue  course  à  cheval  faite  le  même  jour  rendit  plus  abon- 
i  dant.  Il  consulta  un  médecin,  qui  lui  ordonna  des  bains  géné- 
•<  raux  et  des  tisanes  asiringentes.  Après  un  mois  de  régime  et 
I  de  soins,  la  douleur  de  côté  disparut,  les  urines  redevinrent 
k  limpides ,  el  M.  H....  recouvra  entièrement  la  santé.  En  i835, 
I  il  quitta  rile-de-France ,  et  quelque  temps  après  son  arrivée 


SqO      IlÉMORIUIAGrES  lllïNALES  (3°"  gtOUpe). 

à  Paris,  il  se  livra  avec  ardeur  à  l'étude  de  la  pharmacie.  Il  y 
a  six  mois,  à  la  suite  d'un  travail  fatigant,  il  éprouva  de  fortes 
douleurs  dans  le  rein  droit,  et  les  urines  se  montrèrent  trou- 
bles, sanguinolentes,  blanchissant  à  leur  surface  et  lais- 
sant quelquefois  déposer  une  matière  analogue  à  la  lavure  de 
chair  ;  vingt-cinq  sangsues  furent  appliquées  sur  la  partie 
douloureuse;  le  malade  prit  des  bains  entiers,  se  mit  à  l'usage 
des  boissons  émollientes,  et  au  bout  de  trois  semaines  de  re- 
pos se  trouvant  rétabli,  se  livra  à  ses  occupations  de  pharma- 
cien. 

Dans  les  premiers  jours  d'août,  M.  H,...  fut  de  nouveau  af- 
fecté de  douleurs  rénales;  les  urines,  qui  étaient  transparentes, 
redevinrent  troubles,  sanguinolentes.  Le  malade  perdit  l'ap- 
pétit et  devint  triste,  et,  attribuant  son  indisposition  à  la  fa- 
tigue de  spn  état ,  il  quitta  Parisf  et  alla  passer  deux  mois  chez 
Ijn  de  ses  parens  à  Sainl-Malo.  ]Le  voyage  augmenta  la  douleur 
de  rein,  et  Turinemeut  de  sang  se  ippntra  plus  abondant. 

M.  H  se  fit  poser  quatre-vingt  sangsues  sur  le  côté,  à  trois 

reprises  différentes  et  dans  l'espace  de  quinze  jours;  il  se  mit 
à  la  tisane  de  ratanhia ,  et  garda  la  chambre  près  de  cinq  se- 
maines que  durèrent  ces  nouveaux  accidens. 

Le  22  octobre,  les  douleurs  de  rein  reparurent,  mais  ensui- 
vant une  marche  intermittente  ;  elles  se  manifestaient  entre 
onze  heures  et  midi ,  duraient  toute  l'après-dîner,  la  nuit,  cl 
se  dissipaient  vers  le  iniilin.  Les  urines  oflraient  en  même  temps 
des  troubles  remarqaiibles  ,  apparaissant  h  des  heures  déter- 
minées comme  les  douleurs.  Transparentes  et  limpides  dans 
la  matinée,  elles  devenaient  rouges  et  sanguinolentes  vers  les 
onze  heures,  et  dans  toutes  les  émissions  suivantes  elles  con- 
servaient ce  caractère,  cette  coloration  morbide  jusqu'au  len- 
demain. 

Le  malade  prit  des  bains  et  des  tisanes  astringentes,  la  dou- 
leur de  côté  disparut;  mais,  l'hématurie  faisant  de  nouveaux 
progrès,  il  se  décida  à  me  consulter,  le  29  octobre  i836. 

Cinq  onces  de  son  urine  rendue  en  ma  présence,  le  ag  oc- 
tobre,  à  deux  heures  de  l'après-midi,  furent  mises  dans  im 
bocal  bien  bouché;  à  neuf  heures  et  demie  du  soir,  on  distin- 


H.  ESSENTIELLES  {endêmiques) .  Sgi 

guait  déjà  à  la  surface  de  la  liqueur  une  couche  d'uo  blonc 
laiteux.  Le  lendemain,  à  onze  heures,  lorsque  nous  en  fîn^ps 
l'examen,  M.  Guibourt  et  moi,  nous  constatâmes  de  nouveau 
•que  la  liqueur  s'était  séparée  en  deux  couches  dislindes  :  la 
supérieure,  qui  occupait  un  peu  plus  que  la  moitié  de  la  co- 
lonne du  liquide,  était  opaque,  d'un  blanc  jaunâtre,  sans  odeur 
sensible  ;  la  couche  inférieure  de  la  colonne  était  foi-mée  par 
une  liqueur  rouge  de  groseille,  opaque,  au  fond  de  laquelle 
on  remarquait  deux  caillots,  dont  l'un  était  d'un  rouge  brun, 
comme  un  caillot  de  sang  ordinaire  ,  et  l'autre  blanc  et  plus 
léger.  Nous  diimes  examiner  séparément  ces  deux  parties  de 
l'urin*. 

La  liqueur  blanche  fut  extraite  du  bocal  à  l'aide  d'une  pi- 
f  pelte,  et  on  n'en  laissa  dans  le  bocal  que  la  quantité  nécessaire 
pour  que  la  portion  extraite  ne  contînt  rien  de  la  couche  in- 
férieure. Deux  onces  environ  furent  ainsi  enlevées  du  bocal. 

Cette  liqueur  blanche  rougissait  le  papier  de  tournesol;  pa^- 
lebullition,  elle  formait  un  coagulura  blanc  ,  soUde,  et  le  li- 
quide  restait  blanchâtre  et  trouble,  probablement  parce  qu'une 
I  partie  des  principes  auxquels  l'urine  devait  son  opacité  de- 
>  meurait  en  suspension.  Traitée  par  l'acide  acétique,  la  liqueur 
1  laiteuse  n'éprouva  point  de  cliangemens  appréciables  :  elle  se 
»  serait  inévitablement  troublée  si  elle  eût  contenu  de  la  matière 
caséeuse.  Après  avoir  été  traitée  et  agitée  avec  l'étJicr  sulfuri- 
que,  la  liqueur  laiteuse  s'éclaircit;  l'éliier  fut  soutiré  avec  une 
pipette ,  évaporé  sur  le  poêle ,  et  refroidi  dans  une  capsule  de 
V  verre,  qui  devint  opaque  à  son  fond,  oii  on  pouvait  recon- 
naître à  l'œil  nu,  et  mieux  encore  à  la  loupe,  une  matière 
grasse  figée,  d'un  beau  jaune,  et  qui  huilait  fortement  le 
papier. 

Cette  urine  laiteuse,  filtrée  dans  un  filtre  double,  était  aussi 
trouble  après  qu'avant  l'opération.  D'un  autre  côté,  la  liqueur 
I  rouge  qui  formait  la  couche  inférieure  du  liquide,  également 
1  fiUree,  passau  rouge  à  travers  le  filtre  ;  la  fillration  n'était  donc 
pas  un  moyen  de  séparer  les  parties  d'apparence  laiteuse  et  le 
parties  sanguinolentes  de  l'urine. 

déjà  du  que  la  partie  blanche  de  l'unne  ne  pré- 


!S 


Sqi     uémorriiagies  rénales  (3""  groupe). 

sentait  pas  de  grumeaux  lorsqu'on  la  traitait  par  l'acide 
acétique ,  preuve  qu'elle  ne  contenait  point  de  caséum  ;  une 
petite  quantité  de  lait ,  traitée  par  l'acide  acétique ,  se  coagu- 
lait sur-le-champ ,  et  du  lait  étendu  d'eau  ou  d'urine  donnait 
de  même  des  grumeaux.  En  outre,  le  lait  étendu  d'eau  et  CUré 
donnait  une  lique\ir  parfaitement  transparente ,  tandis  que 
l'urine  blanclie  ou  d'apparence  laiteuse,  filtrée  après  l'addilioni 
de  l'acide  acétique,  restait  aussi  opaque  qu'avant  cette  double 
opération. 

Cette  urine  sanguinolente  et  d'apparence  laiteuse  différait 
des  urines  sanguinolentes  et  purulentes,  en  ce  que  dans  ces  der- 
nières le  pua  par  le  repos  se  dépose  sous  forme  d'un  sédiment 
blanc  compacte,  tandis  que,  dansl'urinequi  aélél'objetdenotre 
examen,  la  partie  laiteuse  se  trouvait  à  la  partie  supérieure  du 
liquide.  Après  avoir  été  traitée  par  l'élher  et  être  devenue  trans- 
parente, la  couche  laiteuse  se  comportait  comme  les  urines 
albumineuses  ordinaires,  et  se  coagulait  par  l'acide  nitrique  et 
la  chaleur.  Cette  liqueur  ayant  été  traitée  trois  fois  par  l'éthor 
Bulfurique,  pour  qu'on  la  privât  totalement  de  matière  grasse„ 
est  devenue  tout-à-fait  transparente ,  et  a  pris  une  teinte  lé- 
gèrement citrine.  Traitée  par  l'acide  acétique,  cette  liqueur  ne 
s'est  point  troublée  ;  soumise  à  l'action  de  la  chaleur ,  elle  est 
devenue  opaque ,  et  a  pris  une  teinte  légèrement  laiteuse.  La 
coagulation  de  l'albumine  s'est  faite  d'une  manière  lente  :  l'u- 
rine s'est  peu  troublée  d'abord  ;  mais  le  trouble  a  augmenté 
très  sensiblement  par  l'ébullition  prolongée.  Nous  soumîmes 
également  à  l'action  de  la  chaleur  la  même  urine,  à  laquelle  on 
avait  ajouté  une  petite  quantité  d'acide  nitrique,  et  la  coagu- 
lation de  l'albumine  fut  beaucoup  plus  prompte  et  plus  mar- 
quée. 

La  liqueur  rouge  formée  par  la  couche  inférieure  de  1  urmc 
présentait  au  fond  du  vase  un  caillot  de  sang  noir.ltre  et  une 
sorte  de  caillot  blanc  opaque,  un  peu  plus  élevé  dans  la  h- 
queur.  Celte  liqueur  rouge,  décantée,  était  opaque;  elle  a  ele 
mélangée  d'élher  sulfurique,  agitée  et  ensuite  laissée  en  repos. 
L'élher  a  pris  une  teinte  jaune  en  dissolvant  la  matière  grasse 
que  conlenail  également  celte  portion  de  l'urine  ,  el  celte  hu- 


n.  ESSENTIELLES  {endéiiiiques) .  SqB 

I  racur  est  devenue  transparente ,  mais  en  conservant  une  cou- 
I  leur  rougeâtre. 

Le  caillot  rouge  a  été  traité  de  même  par  l'éther  sulfurique, 
,  et  il  s'est  liquéfié.  Le  caillot  blanc,  également  traité  par  l'é- 
i  ther,  a  disparu,  et  l'éther  a  pris  une  teinte  légèrement  jau- 
I  nâtre. 

Je  prescrivis  pour  le  lendemain  matin  une  saignée  de  douze 
onces  et  de  la  tisane  de  raisin  d'ours ,  et  je  demandai  que  le 
malade  urinât  dans  un  bocal  séparé  chaque  fois  qu'il  éprou- 
»  verait  le  besoin  de  rendre  l'urine.  Le  lendemain,  on  me  mon- 
;  Ira  six  bocaux  dans  lesquels  l'urine  avait  été  reçue  à  des  heures 
t  différentes.  Les  urines  rendues  la  veille,  à  quatre,  six  et  neuf 
\  heures  du  soir,  étaient  d'un  rouge  brique  très  foncé,  et  la 
c  couche  supérieure  du  liquide  était  d'un  blanc  laiteux.  Ces 
i  urines  n'avaient  point  d'odeur  bien  prononcée  ;  elles  étaient 
:  neutres.  Dans  leur  dépôt,  il  y  avait  des  caillots  de  sang  assez 
»  volumineux.  L'urine  rendue  à  quatre  heures  du  matin,  moins 
c  colorée  que  les  précédentes,  ne  présentait  point  à  sa  surface 
I  l'aspect  laiteux  qu'offraient  celles  des  émissions  précédentes. 
1  L'urine  des  deux  émissions  du  matin  ,  de  six  et  sept  heures , 
t  était  transparente  et  citrine;  traitée  par  l'acide  nitrique  et  la 
(  chaleur ,  elle  se  troublait  à  peine  ;  elle  ne  rougissait  pas  sensi- 
\  blement  le  papier  bleu  de  tournesol ,  et  ne  bleuissait  pas  le 
p  papier  rougi  par  un  acide. 

La  saiguce  fut  pratiquée  dans  la  matinée.  Le  sang  tiré  par  la 
*  veine  n'avait  pas  l'aspect  laiteux;  malheureusement  il  ne  fut 
I  pas  conservé ,  et  ne  put  être  examiné  au  microscope  ni  chimi- 
%  quement. 

Le  lcndemain  du  jour  oii  la  saignée  fut  pratiquée ,  j'examinai 
l'urine  du  malade,  afin  de  m'assurer  si  cette  émission  sanguine 
t  avait  eu  quelque  influence  sur  la  sécrétion  urinaire.  Or,  cette 
I  intiuence  avait  été  des  plus  remarquables  :  l'urine  était  devenue 
«jaune,  transparente ,  comme  celle  d'un  homme  en  santé  ;  elle 
*.  était  acide,  et  l'odeur  urineuse  était  très  développée.  La  pesan- 
I  teur  spécifique  de  l'urine  était  très  peu  considérable,  1,0121. 
»  Soumise  à  l'élnillilion  ,  elle  devenait  légèrement  louche  ;  mais 
l'acide  nitrique  la  troublait  à  peine.  Evaporée  presque  jusqu'à 


HÉMORRHAGIES  RENALES  (3""  g/'OUpe), 
«iccité,  elle  a  offert  une  cristallisatiou  saline,  et.cn  oulre  une 
partie  sirupeuse  qui  s'est  prise  en  masse  par  l'acide  nitrique 
comme  l'extrait  d'urine  ordinaire.  ' 

Le  malade  resta  toute  la  journée  et  le  lendemain  au  lit ,  et 
l'urine  cessa  d'être  sanguinolente ,  et  n'eut  pUis  les  caractères 
de  l'urine  albumine-graisseuse;  mais  elle  resta  neutre.  Elle 
n'offrait  pas  de  coagulum  sensible  ou  de  grumeaux  par  l'acide 
nitrique  et 'la  chaleur.  La  tisane  de  raisin  d'ours  et  le  repos 
furent  continués.  Disparition  complète  des  accidens.  Quelques 
semaines  après  ,  à  la  suite  de  fatigues  ,  l'urine  devint  de  nou- 
veau sanguinolente  et  albumino-graisseuse  ;  et,  après  plu- 
sieurs jours  de  repos,  les  accidens  se  suspendirent  de  nou- 


veau. 


Ons.  XVII.  —  Colon  de  rUe-de-France,  atteint  d'une  liéniaturie  continue 
dans  son  enfance;  dans  l'âge  mûr  l'urine  devient  albumino-graisseuse  et 
dépose  de  l'acide  uriquc  cristallisé. 

Le  père  de  l'enfant  atteint  d'hématurie  continue  et  de  gra- 
velle  urique,  dont  j'ai  rapporté  l'histoire  (2*  Série,  Ons,  n), 
âgé  d'une  quarantaine  d'années,  né  lui-même  à  l'Ile-de-France, 
après  avoir  éprouvé  dans  son  enfance,  comme  tous  les  enfans  du 
pays,  de  légères  atteintes  d'hématurie  ,  est  venu  en  France,  est 
entré  à  l'Ëcole-Militaire,  et  a  servi  pendant  plusieurs  années 
sans  éprouver  le  plus  léger  accident  du  côté  des  voies  urinai- 
res.  En  1814  ,  étant  retourné  à  l'Ile-de-France,  il  y  fut  pris 
d'un  dérangement  très  remarquable  de  la  sécrétion  urinaire , 
qui  existe  encore  aujourd'hui  (urine  chyleuse  deProut)  et  ne 
paraît  pas  exercer  d'influence  fâcheuse  sur  l'état  de  la  con- 
stitution ,  M   ayant  toutes  les  apparences  d'une  santé  ro- 
buste. 

Cette  altération  de  la  sécrétion  urinaire ,  lors  de  son  inva- 
sion ,  a  été  accompagnée  de  coliques  néphrétiques  et  d'urines 
glaireuses  (au  moins  le  malade  l'assure).  Un  autre  fait  curieux, 
c'est  que  le  malade ,  qui  est  sujet  à  la  goutte ,  assure  que ,  lors- 
qu'il en  éprouve  un  accès ,  l'urine  cesse  d'être  trouble  et  lai- 
teuse ,  et  qu'elle  devient  transparente  comme  celle  d'un  homme 
bien  porUul- 


H.  EssivNTiELLES  {endémiques).  SgS 

Je  reviens  à  l'allération  de  l'urine.  Cette  humeur  n'ayant  pas 
la  même  apparence  et  les  mêmes  caractères  à  toutes  les  heures 
du  jour,  j'ai  examiné  comparativement  celles  de  trois  émissions 
d'un  même  jour  :  i°  l'urine  rendue  au  réveil ,  a"  l'urine  rendue 
1  deux  heures  après  le  déjeuner ,  et  3°  l'urine  rendue  trois  heu- 
>res  et  demie  après  le  dîner. 

L'urine  rendue  au  réveil  ^tait  uniformément  trouble , 
d'un  blanc  légèrement  rosé  ,  avait  l'odeur  urineuse  ;  elle  était 
;  acide,  et,  le  neuvième  jour  après  l'émission ,  elle  rougissait 
!  eucore  sensiblement  le  papier  bleu  de  tournesol.  Celte  urine 
vavait  été  conservée  dans  un  flacon  bien  bouché ,  qu'elle  rera- 
tplissait  presque  complètement,  à  une  température  de  ii"  de 
Réaumur.  Sa  pesanteur  spécifique  était  de  a"  1/2  de  l'aréomètre 
ide  Beaumé;  cette  urine  coagulait  par  la  chaleur  et  l'acide  ni- 
r  trique  ,  et  le  coagulura  ,  examiné  au  microscope,  avait  l'appa- 
frence  de  l'albumine  coagulée. 

Traitée  par  l'élher,  cette  urine,  au  bout  de  vingt-quatre 
i«heures ,  devenait  transparente.  J'ai  dit  qu'abandonnée  à  elle- 
nniême,  elle  restait  trouble  dans  toute  l'étendue  de  la  colonne  du 
kliquide,  et  que  la  matière  grasse  ne  formait  point,  comme  je  l'ai 
iTu  dans  ^eux  autres  cas  (3*  Série,  Obs.  iietiv),  une  couche 
icrémeuse  à  la  surface. 

Cette  urine  filtrée  restait  trouble. 

Examinée  au  microscope,  elle  offrait  un  assez  grand  nombre 
«de  cristaux  d'acide  urique,  et  un  très  petit  nombre  de  globules 
ntrès  rares ,  blancs,  jaunâtres,  et  de  la  dimension  des  plus  petits 
Iglobules  du  sang.  Ayant  examiné  une  goutte  de  cette  urine 
t rendue  transparente  par  l'éther,  j'y  ai  distingué  à  peine  deux 
«on  trois  globules,  qui  évidemment  étaient  indépendans  delà 
kinalière  grasse. 

Le  troisième  échantillon,  rendu  trois  heures  et  demie  après 
fie  dîner,  offrait  à-peu-près  le  même  caractère  que  le  précédent. 

Le  second  échantillon,  provenant  d'une  émission  d'urine 
<deux  heures  après  le  déjeuner,  était  blanchâtre  comme  de  l'u- 
I  line  à  laquelle  on  viendrait  d'ajouter  une  petite  quantité  de 

•  lait.  Une  goutte  de  celle  urine,  examinée  au  microscope ,  offrait 

•  quelquefois,  mais  pas  toujours,  un  ou  deux  globules  de  la 


3g6      IIÉMORRHAGIES   RÉNALES  (3""  grOLipé). 

forme  et  de  la  dimension  des  globules  sanguins  ;  on  y  distin- 
guait en  outre  de  petites  lamelles  membraneuses  et  un  grand 
nombre  de  petits  cristaux  jaunâtres ,  prismatiques  et  rhom- 
boïdaux  d'acide  urique.  Le  sédiment  de  cette  urine  paraissait 
entièrement  composé  de  ces  cristaux ,  sans  apparence  de  ma- 
tière amorphe. 

Cette  urine  trouble ,  opaque ,  mise  dans  un  tube  et  traitée 
par  l'éther,  était  complètement  transparente  au  bout  de  vingt- 
quatre  heures.  Une  couche  blanche  formée  de  matière  grasse 
parsemée  de  petits  cristaux  d'acide  urique ,  formait  une  sorte 
de  septum  entre  la  partie  supérieure  de  la  colonne  de  l'urine 
et  la  couche  d'éther  qui  lui  était  contiguë.  La  colonne  de  l'élher 
ayant  été  enlevée  avec  la  pipette  et  mise  dans  des  verres  de 
montre,  'après  l'évaporation  spontanée  de  l'éther,  la  surface 
de  ces  verres  est  restée  imprégnée  de  matière  grasse,  reconnais- 
sable  à  son  aspect,  à  l'œil  nu  et  à  la  loupe ,  et  à  son  action  sur 
le  papier  non  collé  qu'elle  huilait. 

li'urine,  débarrassée  de  la  matière  grasse  par  l'éther  et  de- 
venue transparente,  traitée  par  l'acide  acétique,  ne  s'est  point 
troublée  ;  elle  ne  contenait  donc  point  de  caséum  :  mais,  comme 
les  urines  albumineuses,  elle  a  fourni  un  coagulum  considéra- 
ble lorsqu'on  l'a  traitée  par  l'acide  nitrique  ou  la  chaleur.  Cette 
même  urine,  débarrassée  de  la  matière  grasse  par  la  chaleur, 
évaporée  à  consistance  sirupeuse ,  traitée  à  froid  par  l'acide 
nitrique,  a  donné  de  beaux  cristaux  de  nitrate  d'urée. 

Abandonnée  à  elle-même  et  à  la  température  de  l'atmo- 
sphère pendant  quinze  jours  ,  celte  urine  ne  s'est  point  sensi- 
blement éclaircie ,  elle  est  restée  trouble  et  blanchâtre.  Le  sé- 
diment ,  composé  de  cristaux  d'acide  urique  et  de  matière 
grasse  qu'ils  avaient  entraînée  dans  leur  précipitation,  était 
blanchâtre  :  on  remarquait  à  la  surface  de  l'urine  un  crénior 
épais  d'un  blanc  mit,  qui,  examiné  au  microscope  et  traité 
par  l'éther,  a  été  reconnu  pour  de  la  matière  grasse  non  glo- 
buleuse, mélangée  de  cristaux  d'acide  urique.  La  liqueur  of- 
frait quelques  globules  de  nouvelle  formation,  ayant  l'appa- 
rence de  ceux  du  ferment.  Point  de  globules  iiuiqueux  ou  pu- 
ruleus ,  point  de  globule»  rappelant  ceux  da  lait. 


H.  ESSENTIELLES  [endémiques).  897 

Eu  résumé,  il  résulte  de  ces  recherches  que  cette  urine  dif- 
férait principalement  de  l'urine  saine,  en  ce  qu'elle  contenait: 

"  une  quantité  considérable  de  matière  grasse  qui  lui  donnait 
-  aspect  laiteux,  matière  grasse  qui  ne  se  montrait  point  sous 
lorme  de  globules  ;  2°  une  quantité  notable  d'albumine;  S"  des 
uristaux  d'acide  urique  au  moment  de  l'émission. 
'  M.  P...  a  été  atteint,  à-peu-près  à  l'époque  à  laquelle  le  dé- 

angement  de  la  sécrétion  urinaire  s'est  déclaré,  d'un  aflaiblis- 

iement  considérable  de  la  vue,  qui  paraît  dépendre  d'une 
Mmaurose,  et  contre  lequel  on  a  essayé  dans  le  temps  divers 
(Remèdes  conseillés  dans  cette  affection ,  tels  que  purgatifs  , 
iélon,  etc.  Cet  affaiblissement  de  la  vue  n'a  point  faitdepro- 
érès  sensibles  depuis  quelques  années  :  aujourd'hui  l'œil  droit , 
j-peu-près  impropre  à  la  vision,  et  dont  la  pupille  est  con- 
tractée et  immobile  sous  l'inûuence  de  différens  degrés  de 
Rumière,  est  moins  affecté  que  le  gauche  ,  dont  la  pupille, 
iiabituellement  resserrée  ,  est  encore  contractile. 
?  M.  P...,  pensant  que  l'altération  de  la  sécrétion  urinaire 
l  iait  peu  grave,  puisqu'elle  n'altérait  ni  ne  dérangeait  les  prin- 
cipales fonctions,  ne  nous  a  demandé  aucun  remède.  La  cé- 
t:ité  paraît  indépendante  de  cette  viciation  de  l^  sécrétion  uri- 
naire. L'urine  cesse  d'èUe  oj)aque  pendant  les  accès  de  goutte 
auxquels  M.  P...  est  sujet  ;  mais  on  n'a  pas  constaté  si  elle 
•  .onlenait  alors  ou  non  de  l'albumine  ou  des  cristaux  d'acide 

irique. 

Des  cas  analogues  ont  été  observés  au  Brésil ,  et  M.  Caffîe  a 
nublié  l'histoire  d'un  de  ces  cas  fort  remarquables,  pour  lequel 
il  gous  consulta,  M.  Orfila  et  moi.  La  rareté  de  ces  faits  m'en- 
igage  à  le  reproduire  ici  : 

►Obs.  XVIII.  — Urine  tour-à-toursangainolente  et  d'apparence  laiteuse  chez  un 
Brciilicn  :  voj'îigc  en  Europe  ;  persistance  des  accidens  ;  altération  du  sang 
en  r.ipport  avec  celle  de  l'urine  (MM.  Caffe,  Orfila,  Rayer). 

M.  J.  Y.  de  Costa  ,  âgé  de  22  ans,  est  d'un  développement 
n'i^iiher,  d'un  tempérament  lymphatique  nerveux;  visage  for- 
lenient  marqué  par  les  cicatrices  de  la  variole  ;  les  cheveux, 
fnsés,  sont  d'un  chàlain  clair  j  denture  symétrique  ,  forte  et 


nÉMORRHAGIES  m^NAT.ES  (3""  gfOUpe). 

bien  conservée;  la  taille  est  de  i  mètre  80  cent.,  et  apa  poids 
total  est  de  126  livres;  les  pulsations  de  l'artère  radiale  sont 
presque  toujours  régulières ,  et  donne  70  pulsations  par  mi- 
nute. 

La  sauté  de  M.  V.  a  toujours  paru  bonne,  et  j'ai  plusieurs 
fois  observé  que  les  impressions  morales,  gaies,  influent  sur 
le  retour  des  urines  à  leur  état  naturel ,  ce  qui  me  portait  à 
croire  que  leur  altération  si  souvent  capricieuse  était  due  à  une 
perturbation  de  l'action  nerveuse  dans  la  sécrétion  urinaire, 
perturbation  exclusive  de  lésions  organiques. 

Pendant  mon  séjour  récent  à  Londres,  j'eus  souvent  occa- 
sion de  m'entretenir  de  ce  fait  remarquable  avec  les  profes- 
seurs sir  Astley  Cooper,  Marshall  Hall,  Carsw^ell,  Clarck,  etc., 
et  je  n'obtins  aucune  idée  nouvelle;  la  thérapeutique  que  je 
mettais  en  usage  ne  fut  pas  changée. 

Les  précautions  les  plus  minutieuses  furent  prises  pour  que 
l'analyse  des  urines  fût  exacte.  Le  malade  a  émis  ses  urines 
dans  le  laboratoire  de  M.Guibourt,  et  à  trois  époques  différen- 
tes de  la  journée  :  i"  le  matin  pour  opérer  sur  les  urines  de  la 
nuit;  2"  immédiatement  après  le  repas,  l'urine  de  la  boisson  ; 
5"  urines  de  la  digestion,  ou  cinq  heures  après  le  repas. 

La  matière  grasse  contenue  dans  l'urine  était  semblable  à 
la  graisse  ordinaire  ;  elle  se  saponifiait  par  la  potasse  :  on  pou- 
vait encore  appi'écier  une  très  faible  proportion  de  margarale 
de  potasse. 

Les  médecins  soussignés,  consultés  par  M.  J.  Y.  de  Costa 
sur  la  nature  et  le  traitement  de  sa  maladie^  croient  d'abord 
devoir  en  rappeler  sommairement  les  principales  circonslagces. 

M.  V-  est  âgé  de  22  ans;  il  est  né  à  Rio- Janeiro,  où  il  a  tou- 
jours habité  jusqu'au  moment  de  son  départ  pour  l'Europe,  i3 
mai  i836. 

Le  consultant  eut  huit  frères,  dont  quatre  sont  morts  dans 
la  première  enfance.  Pour  lui,  il  a  toujours  eu  une  parfaite 
santé;  toutefois,  depuis  l'âge  de 4 ans  jusqu'à  celui  de  10  ans 
environ,  il  aurait  souvent  éprouvé,  sur  les  membres  inférieurs 
des  éruptions  que  le  malade  caractérise  d'érysipèles  erratiques, 
qui  réparaissaient  périodiquement  toutes  les  semaines. 


H.  ESSENTIELLES  {eiidémiques).  3i^9 

Le  régime  de  vie  de  M.  V.  fut  toujours  très  substantiel , 
composé  de  viandes  des  animaux  adultes  et  très  peu  de  lé- 
gumes. 

Invasion  de  la  maladie.  —  Il  y  a  quatre  ans,  tout-à-coup, 
après  une  course  un  peu  longue,  sans  symptômes  précurseurs, 
sans  douleurs,  émission  d'urines  blanches,  d'apparence  lai- 
teuse; usage  de  boissons  nitrées  et  repos. 

Un  an  après,  douleurs  aiguës  au  niveau  des  régions  lombaires 
et  dans  la  région  de  la  vessie  ;  douleurs  tellement  intenses  que 
le  malade  se  tenait  à  genoux ,  se  courbait  fortement  en  avant  au 
moment  de  l'émission  des  urines  ,  alors  d'une  épaisseur  telle 
qu'elles  avaient  peine  à  sortir  de  l'urèlhre  ;  elles  formaient  une 
masse  homogène,  molle  et  continue;  en  outre  elles  étaient 
quelquefois  mélangées  de  beaucoup  de  sang.  Ces  douleurs 
aiguës  durèrent  environ  une  quinzaine  de  jours.  On  appliqua 
5o  sangsues  à  l'hypogastre  et  au  périnée ,  et  on  fit  prendre  des 
bains  émoUiens,  de  l'eau  nitrée  pour  boisson,  plus  tard  de 
l'eau  de  Sedlilz  et  de  l'eau  de  mer. 

La  diminution  des  douleurs  fut  lente  et  progressive  ;  elle  ne 
cessèrent  complètement  qu'après  trois  mois.  Les  urines  étaient 
rendues  tantôt  blanches,  laiteuses;  tantôt  naturelles,  tantôt 
sanguinolentes. 

Depuis  cette  époque,  il  est  souvent  arrivé  que  deux  au  trois 
mois  se  soient  passés  sans  que  les  urines  présentassent  le 
moindre  aspect  laiteux ,  qui  se  reproduisait  de  nouveau  sans 
cause  appréciable. 

L'exercice  de  l'équitation ,  au  dire  du  malade ,  a  paru  sou- 
vent favoriser  le  retour  passager  des  urines  à  leur  état  normal. 

Pendant  les  soixante  jours  de  navigation  pour  se  rendre  en 
Europe ,  les  urines  ont  été  naturelles. 

Pendant  les  mois  d'avril,  mai  et  juin  ,  les  urines  étaient  gé- 
néralement meilleures. 

♦Pendant  neuf  mois  consécutifs,  et  dans  la  même  année,  le 
malade  s'est  soumis  à  une  nourriture  exclusivement  composée 
de  poulardes  au  riz  et  de  lait  de  brebis ,  il  fit  aussi  usage  d'une 
grande  quantité  de  térébenthine. 
Dans  le  mois  de  juillet  18^6  ,  le  malade  est  arrivé  à  Paris  dans 


4oO      HÈMORRHAGIES  RÉNALKS  (3°"  grOUpe). 

le  but  de  se  faire  traiter  d'une  maladie  qui,  si  elle  n'altérait 
pas  visiblement  sa  sauté,  restait  slalionnaire,  et  pouvait  lui 
inspirer  des  craintes  pour  l'avenir. 

Nous  avons  déjà  dit  que  l'urine  avait  été  naturelle  pendant 
les  soixante  jours  de  traversée,  mais  l'un  de  nous,  M.  Gaffe, 
auquel  M.  V...  avait  été  adressé  du  Brésil  à  Paris,  constata, 
aussitôt  après  l'arrivée  du  malade,  l'existence  d'une  urine  lai- 
teuse ,  et  autres  faits  dont  le  détail  doit  suivre.  Il  conseilla  d'a- 
bord les  boissons  faites  avec  la  décoction  des  bourgeons  du 
sapin  du  nord,  alternée  avec  les  eaux  de  Vichy,  les  bains  de 
Barèges,  la  soustraction  au  froid  ,  un  vêtement  de  flanelle  sur 
tout  le  corps  et  immédiatement  sur  la  peau.  Plus  tard,  M.  Cafl'e 
recourut  à  la  décoction  de  racine  de  raifort ,  aux  pilules  com- 
posées de  sulfate  de  fer  et  de  sous-carbonate  de  potasse  ;  la  dose 
de  ces  médicaniens  fut  élevée ,  et  par  dose  croissante. 

Ces  moyens  ne  parurent  pas  avoir  une  influence  marquée  et 
surtout  persévérante. 

Vers  la  fin  de  septembre ,  le  malade  partit  pour  la  Belgique; 
de  là  fit  une  course  à  Londres,  oii  M.  Gaffe,  qui  s'y  trouvait  à 
la  même  époque,  eut  occasion  de  le  rencontrer.  Ou  continua 
l'usage  des  préparations  ferrugineuses ,  et  le  voyage  parut  plu- 
tôt avoit  une  influence  heureuse  sur  la  santé  de  M.  V...  ;  cepen- 
dant les  urines  étaient  redevenues  laiteuses  quelques  jours 
avant  son  retour  à  Paris. 

Peu  de  temps  après  son  retour,  M.  Gaffe  nous  réunit  en  con- 
sultation, et  nous  fit  part  des  observations  déjà  indiquées,  et 
de  quelques  autres  que  nous  allons  rappeler  : 

1°  Deux  ou  trois  fois  seulement  les  urines  ont  paru  plus 
abondantes  que  les  liquides  ingérés. 

2°  La  couleur  laiteuse  de  l'urine  a  prftenlé  de  nombreuses 
variations  d'intensité  quelquefois  dans  un  même  jour,  et  de 
telles  variations  dans  l'espace  d'une  semaine ,  que  tantôt  l'u- 
rine paraissait  naturelle,  tantôt  ressemblait  à  du  liitly  sans  que 
de  pareils  changemens  si  rapprochés  pussent  être  expliqtiés 
par  des  écarts  de  régime  ou  par  toute  autre  cause. 

3"  L'urine  a  été  un  certain  nombre  de  fois  sauguinolente, 
surtout  avant  l'emploi  des  préparations  ferrugineuses. 


H.  liSSENTfr.LLTis  {endémiques).  4oi 

4°  L'émission  de  l'urine  n'était  point  douloureuse ,  et  s'opé-» 
rait  facilement. 

5°  L'urine,  malgré  son  aspect  laiteux  ,  avait  l'odeur  et  le 
goût  ordinaires  ;  elle  fut  plusieurs  fois  goûtée  par  le  malade  sur 
l'invitation  du  médecin. 

6°  La  santé  paraissait  assez  bonne,  mais  le  malade  disait 
qu'il  se  sentait  moins  bien  portant  lorsque  l'urine  avait  l'appa- 
n  rence  laiteuse  la  plus  prononcée. 

7°  Les  fonctions  digestives  étaient  parfaitement  régulières; 
l'appétit  était  très  grand,  et  la  quantité  de  nourriture  prise 
chaque  jour  était  vraiment  considérable. 

8°  Le  sommeil  et  les  principales  fonctions  étaient  en  tout  ré- 
guliers. 

9°  Presque  toujours  après  les  rapports  sexuels,  l'urine  a  paru 
\  devenir  plus  naturelle. 

L'urine  de  M.  V...  ayant,  comme  nous  l'avons  déjà  dit ,  l'ap- 
V  parence  des  urines  désignées  sous  le  nom  d'urines  laiteuses ,  et 
1  d'une  espèce  d'urine  que  M.  W.  Prout  a  décrite  sous  le  nom 
d'urine  chyleuse,  les  soussignés  crurent  devoir  prier  M.  Gui- 
Kbourt,  professeur  à  l'école  de  pharmacie,  de  faire  l'analyse  de 
tces  urines ,  et  cela  avec  d'autant  plus  de  confiance ,  qu'il  venait 
trécemment  d'examiner  un  cas  analogue  chez  un  homme  de  l'Ile- 
<de-France  traité  par  l'un  de  nous,  M.  Rayer. 

Nous  croyons  devoir  reproduire  ici  textuellement  la  note  de 
IM.  Guibourt,  pleinement  confirmative  de  l'opinion  que  nous 
nous  étions  formée  sur  la  nature  de  l'urine  de  M.  V... 

«L'urine  de  M.  V...  est  tantôt  blanche  comme  du  kit,  d'au- 
tres fo>s  d'un  rouge.de  sang.  D'autres  fois  encore,  le  malade 
Irrend  une  urin^  j^^e  et  transparente  qui  ne  paraît  pas  différer 
de  1  unne  saine., 

«  L'urine/rouge  de  sang,  étant  abandonnée  au  repos ,  se  sé- 

Zr  «  =       '^""^  '  ^'"^  et  opaque, 

P  ressemblât  a  un  caillot  de  sang ,  occupe  le  fond  du  vasef  le  li- 

arme  ^'^^V^^^^-^^  laiteuse,  comme  la  première 

rte~:^^  ^^^""^^^     ~  - 
«  L'urine  blanche  et  d'apparence  laiteuse  contient  quelque- 

III.  2  ' 

26 


40:?      H^MOBRHAGIES  RÉîrA.LES  (3""  gVOUpe). 

fois  une  si  grande  quanlité  de  matières  grasses,  qu'elle  vient 
former  à  la  surface  une  couche  semblable  à  de  la  crème ,  qui 
occupe  le  cinquième  de  la  hauteur  du  liquide;  mais  ordinaire- 
ment il  eu  a  beaucoup  moins. 

«  Dans  tous  les  cas ,  l'urine  laiteuse  étant  mise  en  contact  avec 
de  l'éther  sulfurique ,  s'éclaircit,  et  l'éther  se  colore  en  jaune. 
En  remplaçant  une  ou  deux  fois  le  liquide  surnageant  par  du 
nouvel  éther,  on  épuise  l'urine  de  la  matière  grasse ,  et  elle  de- 
vient parfaitement  transparente  j  elle  est  alors  jaune  si  elle  était 
primitivement  d'un  bjanc  laiteux,  et  légèrement  rougeâtre  ai 
elle  était  rouge  sanguinolent. 

«  Il  est  prouvé  par  là  que  l'urine  laiteuse  ne  devrait  son  opa- 
cité qu'à  la  matière  grasse  que  l'éther  a  dissoute,  et  qu'on  ob- 
tient facilement  par  l'évaporation  de  celui'ci. 

«  J'ai  dit  que  le  liquide  opaque  et  rouge,  précipité  au  fond 
de  l'urine  sanguinolente,  ressemblait  à  un  caillot  de  sang;  mais 
cette  apparence  est  trompeuse.  En  traitant  cotte  masse  par  l'é- 
ther, on  la  rend  à  l'instant  même  liquide  ,  entièrement  transpa- 
rente et  d'un  beau  fouge  vif;  ce  liquide  ne  contient  donc  que 
de  la  matière  colorante  de  sang,  et  sans  Hbrine. 

tt  L'urine  laiteuse,  devenue  transparente  par  le  moyen  de 
l'éther,  soumise  à  l'ébullition,  forme  un  abondant  coaguluin 
d'albumine. 

«  L'acide  nitrique  la  coagule  également;  l'acide  acétique  ne 
la  trouble  pas  :  elle  contient  donc  de  l'albumine  et  non  de  la 
caséine.  La  dénomination  d'urine  laiteuse  ue  s'applique  donc 
qu'à  l'apparence ,  aux  caractères  physiques  du  liquide  et  non 
pointa  sa  nature. 

«  Une  expérience  antérieure  nous  a  démontré  que  l'ttritte 
d'apparence  laiteuse  différait  de  la  nature  du  lait.  Celui-ci  étîiçt 
étendu  d'eau  de  matière  à  offrii'  l'opacité  de  l'urine,  les  deux 
liquides  ont  filtré,  également  troubles  et  blancs, à  travers  le 
papier;  mais ,  de  l'acide  acétique  ayant  été  ajouté  à  ces  deux 
liquides ,  l'urine  d'apparence  laiteuse  n'a  éprouvé  aucune  alté- 
ration, et  reste  laiteuse  çomrae  aupaiavant;  tandis  que  le  lait 
coagulé  et  filtré  est  devenu  transparent. 

«  L'oïipe  l^ijeuse ,  débarrassée  de  la  matière  grasse  pas'  de 


M.  essentiellï:s  (cndéiniques).  4°^ 

l'élher,  après  avoir  été  coagulée  par  le  calorique,  et  copcenlrée 
eaviron  à  moitié,  a  été  filtrée  et  refroidie;  mélangée  alors  d'a- 
cide nitrique  ,  elle  a  formé  une  belle  cristallisation  de  nitrate 
d'urée.  Ainsi  ce  liquide,  débarrassé  de  ses  principes  étrangei'S , 
paraissait  redevenir  de  l'urine  ordinaire. 

«  IJn  résumé,  l'urine  de  M.  V-..  diffère  de  Vurine  ordinaire, 
•en  ce  qu'elle  contient  une  grande  quantité  d'albumine  et  de 
matière  grasse,  auxquelles  se  joint  par  intervalle  la  matière 
colorante  du  saug,  sans  fibrine,  w 

En  comparant  le  résultat  de  cette  analyse  avec  ceux  que. 
M.  Prout  a  obtenus  des  urines  qu'il  désigne  sous  le  nom  de  chy- 
J,euses,  on  i-econnaît  aussitôt  que  celte  dénomination  convient 
au  cas  pour  lequel  nous  sommes  consultés.  En  effet ,  si  on  ajou- 
it^it  une  certaine  quantité  de  chyle  à  l'urine  (Yoy.  composition 
icl^imique  du  chyle ,  Berzelius,  Orfila  ,  etc.)^  on  obtiendrait  une 
vrine chargée  d'albumine,  d'une  matière  grasse  et  d'une  cer-r 
■  tîiine  proportion  de  malièi-e  coloi'ante  de  sang.  D'un  autre  côté, 
•  malgré  ce  qpi  a  été  dit  sur  la  présence  du  caaéum  dans  l'urino 
ilaiteuse,  il  est  fort  douteux  qu'on  en  ait  jamais  renconiré,  et 
d'ailleurs,  dans  le  cas  qui  nous  occupe,  il  n'en  existait  pas. 

Les  résultats  de  cet  examen  fait  sur  les  urine?  de  M.  Y..., 
i  'absence  des  douleurs  dans  les  régions  rénales,  la  connaissance 
lur  nous  acquise  de  plusieurs  cas  analogues  dans  lesquels  il 
l  y  avait  point  de  lésion  matérielle  des  reins,  l'analogie  noix 
noins  évidente  de  ce  cas  avec  les  hématuries  de  l'Ile-de-France, 
it  qui  sont  quelquefois  suivies  d'urines  laiteuses  5  toutes  ces 
ircQnstances  nous  firent  penser  qii'il  serait  extrêmement  im- 
lortgnt  de  rechercher  si  le  sang  lui-même  n'offrirait  pas  un 
tat  particulier,  et  spécialement  celte  apparence  laiteuse  que 
quelques  palhologistes  paraissent  avoir  observée  dans  des  con- 
fiions morbides  encore  indétei-rainées,  M.  Gaffe  pratiqua  donc 
i  son  malade  une  saignée  au  bras  de  quatre  onces ,  et  M.  Gui- 
wm-t  voulut  bien  en^ççre  ^e  charger  de  faire  l'analyse  de  ce 
ang. 

Le  sang,  abandonné  dans  un  vase  fermé,  s'est  pris  en  une 
nasse  gélatineuse,  tremblante,  sans  aucune  apparence  de 
■ouenne  blanche  k  U  surface  j  loin  de  là,  ce  sang,  agité  dans 

26, 


/|04      ITÉMOnnHAGIES  RJSIVALKS  (3"""  gl'OUpe). 

le  flacon  après  24  heures  de  repos ,  est  redevenu  complètement 
liquide  ;  ce  qui  semble  indiquer  une  absence  complète  de  fi- 
bi'ine. 

Ce  sang  liquide  a  été  mêlé  à  deux  parties  en  volume  d'alcool 
rectifié,  afin  qu'il  se  coagulât.  Le  coagulum  a  été  soumis  à  la 
presse  et  desséché  5  il  pesait  alors  sept  gros  et  demi ,  ou  près 
du  quart  du  poids  du  sang.  Il  était  pulvérulent  et  d'un  rouge 
pâle  et  blanchâtre,  tandis  que  le  coagulum  d'un  sang  normal, 
préparé  de  même ,  est  sous  la  forme  d'une  matière  dure,  vi- 
treuse, et  d'un  rouge  brun  très  intense.  Il  est  évident,  d'après 
cela,  que  le  coagulum  de  ce  sang  brésilien  contient  proportion- 
nellement moins  de  matière  colorante  que  celui  du  sang  nor- 
mal ;  mais  cela  peut  tenir  à  ce  qu'il  renferme  plus  d'albumine. 
11  est  en  effet  bien  remarquable  que  ce  coagulum  desséché  dé- 
passait la  quantité  de  matière  solide  indiquée  jusqu'ici  par 
toutes  les  analyses  du  sang;  et,  comme  il  ne  contenait  que  peu 
ou  pas  de  fibrine,  son  excès  de  quantité  doit  porter  principa- 
lement sur  l'albumine. 

Une  égale  quantité  (sept  gros  et  demi)  de  coagulum  de  ce 
sang  malade  et  de  sang  normal  a  été  pulvérisée  et  traitée  par 
l'élher  au  moyen  de  la  méthode  de  déplacement.  Dès  le  pre- 
mier moment,  une  grande  différence  s'est  manifestée  :  les  trois 
premières  gouttes  d'éther  provenant  du  sang  brésilien  ont 
laissé  sur  un  verre  de  montre  une  couche  très  apparente  de 
matière  grasse,  blanche,  opaque  et  nacrée;  les  trois  premières 
gouttes  provenant  du  sang  normal  ont  laissé  seulement  quel- 
ques points  circulaires  d'une  matière  grasse  plus  transparente. 
La  totalité  de  l'éther  provenant  du  sang  brésilien  a  laissé  oSf-,ao 
(quatre  grains  environ)  de  matière  grasse,  solide,-  opaque  et  ci- 
reuse. La  totalité  de  l'éther  provenant  du  sang  normal  a  fourni 
oS'-jH  d'un  résidu  coloré,  partie  gras,  partie  salin,  et  attirant 
l'humidité  de  l'air. 

Il  résulte  évidemment  de  ces  expériences  que  le  sang  de  M-  V- 
diffère  du  sang  ordinaire,  en  ce  qu'il  contient  moins  de  fibrine, 
mais  plus  d'albumine  et  de  matière  grasse,  et  qu'il  se  rapproche 
en  conséquence  par  ses  caractères  de  la  composition  du  chyle. 

En  résumé ,  dans  notre  opinion ,  l'altération  do  la  sécrétion 


H.  ESSENTIELLES  (endémiqucs). 

urinaire,  observée  chez  M.  V.,  est  manifeslement  spus  la  dé- 
pendance d'un  état  particulier  du  sang,  et  cet  état  consiste  eu 
ce  que  la  transformation  du  cliyle  versé  dans  le  sang  se  fait 
d'une  manière  incomplète ,  c'est-à-dire  en  un  vice  de  l'héma- 
tose. 

Les  cas  d'urine  laiiettse  sont  encore  peu  nombreux  dans  la 
science,  et  plusieurs  de  ces  faits  ont  été  observés  d'une  manière 
trop  incomplète.  La  part  de  l'influence  du  régime ,  des  divers 
traitemens,  et  aussi  du  temps,  etc.,  sur  leur  terminaison,  n'a 
pu  être  appréciée  assez  rigoureusement  pour  que  nous  puis- 
sions ici  donner  des  règles  de  traitement  aussi  positives  que 
I  pour  une  maladie  moins  rare. 

Cependant  nous  rappellerons  :  i"  que  les  malades  dont 
M.  Prout  a  rapporté  brièvement  l'histoire,  ont  souffert  plu- 
sieurs années  sans  altération  manifeste  de  la  santé. 

a"  Les  hématuries  observées  à  l'Ile-de-France,  et  quelquefois 
suivies  d'urine  dite  laiteuse ,  ne  sont  pas  regardées  comme 
graves. 

3°  D'après  une  discussion  élevée  à  l'Académie  de  Rio- Janeiro 
(avril  i836,  Revista  medica  fluminense),  il  paraît  que  cette 
j  maladie  es»  assez  fréquente  dans  cette  ville,  surtout  chez  les 
I  femmes ,  et  que  sa  gravité  n'est  pas  en  rapport  avec  sa  résis- 
1  tance  aux  agens  thérapeutiques. 

4°  Dans  le  petit  nombre  de  faits,  observés  en  Europe,  d'u- 
rine laiteuse,  qui  était  réellement  chjleuse  d'après  l'analyse, 
et  non  purulente ,  la  maladie ,  quoique  rebelle  et  de  longue 
durée,  n'a  pas  été  grave;  toutefois  on  l'aurait  vue,  d'après 
quelques  auteurs  ^  dégénérée  en  diabète. 

En  suite  de  l'opinion  émise  plus  haut  sur  l'altération  de  la 
sécrétion  urinaire,  de  sa  liaison  avec  un  état  particulier  du 
sang  et  un  vice  de  l'hématose  ,  et  d'après  les  résultats  les 
i  mieux  observés,  et  les  expériences  thérapeutiques  faites  dans 
I  une  maladie  aussi  rare,  nous  croyons  devoir  conseiller  le  trai- 
I  tement  suivant  : 

1"  Pendant  plusieurs  mois,  tous  les  matins,  à  jeun,  M.  V.:^ 
prendra  six  pilules  suivantes  : 
Prenez  sous-carbonate  de  fer  un  gros. 


4o6      UKMOUIUIACIES  RÉNALES  (3""  gWUpe). 

Poudre  de  quinquina  rouge  un  scrupule. 
Cannelle  pulvérisée  dôuze  grains. 

Mêlez  selon  l'art  et  faites  atec  quantité  sufllsanle  de  mélange 
24  pilules. 

52°  Une  heure  avant  de  dîner,  boire  une  once  de  vin  de 
quinquina. 

3°  Trois  fois  par  semaine  prendre  un  bain  presque  frais 
d'une  demi-heure  de  durée,  additionné  de  deux  onces  de  sul- 
fure de  potasse. 

4'  Le  soir,  au  moment  de  se  coucher,  M.  V...  prendra  >.4 
grains  de  sous-carbonate  de  fer  dans  du  pain  à  chanter  ou 
dans  de  la  compote. 

5"  Les  médecins  qui  dirigeront  au  Brésil  lé  tMitèJhent  de 
M.  V...  pendant  deux  ou  trois  mois  consécutifs,  ne  devront  le 
suspendre  que  dans  le  cas  oh  il  se  présenterait  des  signes  d'ir- 
ritation gastro-intestinale  (  Ce  qui  est  peU  probable);  nous 
croyons  pouvoir  ajoutef  qUe  ,  dans  ttOife  opinion ,  les  modifi- 
cations ultérieiires  ne  devraient  porter  que  sur  le  choix  d'autres 
préparations  ferrugineuses  ou  de  quinquina,  dans  la  substi- 
tution de  bains  alcalins ,  savonneux ,  à  ceux  de  sulfure  de  po- 
tasse. 

6°  Le  régime  alimentaire,  dans  une  semblable  affection,  doit 
être  essentiellement  choisi  parmi  les  viandes  do  bœuf  et  de 
mouton  rôties  et  grillées. 

9°  Là  boisson  orditiait-c  Sera  un  vin  généreux  coupé  avec  de 
l'eau  ferrée. 

8°  On  devra  faire  concoui  ir  au  succès  du  traitement  tous  le* 
moyens  hygiéniques  propres  à  fortifier  la  constitution  ;  dans  la 
Saison  des  bains  de  mer,  M.  V.  eti  prendra  une  trentaine,  que 
l'on  rte  prolongera  pas  au-delà  de  quelques  minutes. 

9°  La  dysurie  qui  a  lieu  lors  du  passage  d'une  certaine  quan- 
tité de  sang  dans  les  urines ,  ou  lorsqu'elles  sont  fortertienl 
chargées  de  chyle,  est  due  à  une  cause  entièrement  mécanique, 
qui  cesse  d'elle-même  par  la  sorlie  des  caillols,  ou  peut  encore 
nécessiter  l'emploi  du  cathétérisme.  Ces  accidens  sont  particu- 
liers à  une  seule  circonstance  de  la  tMaladic,  et  tous  étrangers 
à  sa  nature. 


H.  r.ssENTiEtLES  {endémiqucs).  407 

^  587.  Cette  toaladie  paraît  être  fréquente  au  Brésil;  elle  A 
î  flié  l'attention  de  la  Société  de  médecine  de  Rio-.latieiro  ,  qui 
!  a  nommé  une  commission  pour  l'étudier  d'une  tnaiiicre  spc- 
1  ciftle. 

La  Revista  medica  flutninense  a  publié  les  diverses  opiniotis 
«qui  ont  été  émises  à  ce  sujet;  et  je  dois  la  traduction  de  ce  do- 
TCUment  à  l'obligeance  de  M.  Caffe. 

Société  de  médecine  de  Rio-Janciro.  Séance  du  20  août  i833. 
>^ Discussion  Sur  le  diabète  laiteux.  Le  docteur  Simoni  (mé- 
«deéin  de  l'hôpital  de  la  Miséricorde)  déclare  avoir  souvent 
^observé  celte  maladie  dans  cette  -ville,  et  principalement  à 
l'hépital.  On  la  rencontre  dans  les  deux  sexes,  mais  bien 
M|>lns  souvent  chez  les  femmes.  Elle  apparaît  et  cesse  souvent 
rtoul-à-coup  sans  cause  connue.  La  durée  en  est  variable;  elle 
(dure  des  mois,  des  années,  et  elle  est  également  suivie  de 
plus  grands  intervalles  pendant  lesquels  elle  disparaît;  d'autres 
jfois,  elle  dure  des  jours )  et  même  seulement  des  heures,  de 
c sorte  que,  dans  son  apparition  ,  sa  marche,  ses  progrès  et  sa 
durée,  elle  présente  une  irrégularité  capricieuse  :  ce  qui  fait 
«que  M.  Simoni  la  considère  comme  Une  affection  nerveuse  des 
rorgânes  iirinaires,  qui  en  jDérvertit  la  sécrétion;  d'ailtarit  plms 
rqu'elle  ne  se  lie  pas  constamment  à  des  affections  hiorbides  du 
l'tissu  de  ces  mêmes  organes  appréciables  par  l'auiopsie,  ou  par 
d'autres  phénomènes  pathologiques  qai  en  indiquent  la  souf- 
france. En  un  cas  j  il  trouva  le  tissu  cellulaire  des  reins  altéré 
en  couleur,  volume  et  consistance.  Dans  ce  cas,  le  tissu  des 
«deux  reins  était  un  peu  plus  blanchâtre,  plus  nlou  et  plus  vo- 
lumineux que  de  coutume  ;  il  y  avait  des  taches  encore  plus 
blanches  dans  les  cas  oii  cette  maladie  a  été  le  plus  opiniâtre; 
nlle  a  paru  céder  aux  préparations  de  fer,  de  valériane  et  de 
la  plante  nommée  ordinairement  quiiilefcuille ;  dans  d'autres 
cas,  elle  a  résisté  à  tous  les  remèdes,  et  a  disparu  quand  on 
l'espérait  le  moins  et  lorsqu'on  avait  abandonné  tous  les  moyens 
thérapeutiques;  de  sorte  qu'il  y  a  du  doute  si  la  cure  est  due 
ou  non  à  l'action  des  remèdes  employés. 

M.  Sobrini  (aussi  médecin  à  la  Miséricorde)  a  vu  plusieurs 
lois  celte  maladie  à  l'hôpilul  et  eu  ville  ;  il  la  trouve  plus  spé- 


4o8  nÉMORRHAGlES  RENALES  (3'"'  groUpe). 
ciale  à  ce  pays  qu'à  l'Europe,  ou  elle  paraît  inconnue,  ou  au 
moins  tellement  rare,  qu'il  n'en  est  presque  pas  fait  mention 
dans  les  auteurs  ;  que  le  seul  auteur  où  il  se  trouve  quelque 
chose  sur  ce  sujet,  est  le  célèbre  Pierre  Frank,  dans  son  Traité 
de  médecine  pratique  ;  mais  que  le  diabète  laiteux  ou  flux  cé- 
liaque  ou  urinaire,  dont  il  parle,  n'est  pas  notre  maladie,  bien 
que  désignée  par  le  même  nom.  Comme  preuve  de  ce' qu'il 
avance,  il  lit  ce  que  dit  Frank  à  ce  sujet  (i).  Il  ajoute  ensuite 
que  la  dénomination  de  diabète  laiteux  est  peu  juste,  que  le 
nom  de  diabète  albumineux  est  plus  convenable;  que  l'urine 
présente  l'odeur  de  blanc  d'œuf;  que  le  liquide  donne  de  l'hy- 
drogène sulfuré  par  la  putréfaction  et  se  coagule  par  la  cha- 
leur; que  la  cause  de  la  maladie  est  aussi  difficile  à  déterminer 


(i)  Je  mots  sous  les  yeux  du  lecteur  le  passage  de  l".  Frank  auquel  M.  So- 
briui  fait  allusion  : 

<■  Le  diabète  laiteux  des  auteurs ,  ou  flux  cœliaque  urinaire ,  nous  pa- 
ie raît  consister  dans  une  urine  lilancbàtrc  que  l'on  rend  quelquefois  dans 
«  la  plus  parfaite  santé,  lorsqu'on  fait  une  promenade  fatigante  à  la  suite 
o  d'un  repas  copieux.  Le  mélange  du  pus  avec  les  urines  peut  encore  eu 
<■  imposer  pour  du  cbylc  à  beaueou})  de  médecins.  Cependant  nous  ne  uious 
o  pas   l'existence  du  diabète  laiteux  ;  un  septuagénaire  vient  de  nous  en 
<<  donner  In  preuve  à  l'hûpital  do  Pavic.  Ce  malade  avait  porté  pendant 
n  assez  Jong-tcmps  un  fardeau  très  lourd  sur  les  épaules;  liuit  jours  après 
"  cet  effort,  il  éprouve  une  douleur  intense  vers  les  dernières  vertèbres  des 
«  lombes,  quelques  mouvemens  fébriles  par  intervalles,  avec  exacerbation 
«  le  soir;  il  se  plaint  d'une  soif  très  vive  et  rend  une  grande  quantité  d'urine 
u  semblable  à  dulail.  Durant  plusieurs  mois,  il  a  rendu  chaque  jour  seize  ou 
vingt  livres  de  ce  liquide  douceâtre,  quantité  bien  supérieure  à  celle  de 
u  la  boisson,  quoiqu'il  bût  abondamment.  La  soif  inextinguible  et  la  faim 
<■  qui  le  dévoraient,  le  marasme  qui  avait  pris  la  place  de  son  embonpoint, 
>.  comparés  avec  la  quantité  des  urines,  prouvaient  que  la  consomplinn  de- 
a  pendait  du  diabète  et  non  d'un  foyer  purulent.  On  trouve,  chez  les  auteurs, 
«  de  semblables  exemples  de  diabète  cliyleux  qu'il  serait  difficile  d'attribuer 
«  à  une  suppuration  interne. 

{Traité  de  Médecine  pratique  de  P.  Frank,  trad.  de  J.  M.  C.  Goudareaii, 
t.  m  ,  p.  23.  ) 

Cette  espèce  do  diabète  doit  être  fort  lare  en  France;  je  ne  l'ai  pas  encore 
observée. 


H.  ESSENTIELLES  {endèmiques) .  409 

que  celle  du  diabète  sucré  ;  qu'il  n'a  jamais  eu  l'occasion  de 
faire  l'aulopsie  cadavérique,  pour  voir  si  les  reins  se  trouvent 
sensiblement  altérés,  ce^ui  lui  paraît  peu  probable ,  à  la  vue 
des  alternatives  d'améliorations  et  de  disparitions  que  présente 
.la  maladie,  ce  qui  n'aurait  pas  lieu  s'il  y  avait  une  altération 
organique;  que  ce  vice  de  sécrétion  est  souvent  accompagné 
de  douleurs  vagues  dans  les  régions  lombaires,  de  dysurie  ou 
même  d'ischurie;  qu'il  est  plus  considérable  après  la  digestion 
,  et  moindre  le  matin  j  que  la  coagulation  de  quelque  partie  du 
liquide  par  le  refroidissement  dépend  peut-être  du  manque  de 
l'influence  de  la  vie;  que  les  bains  d'eau  salée  et  les  prépara- 
tions de  fer  sont  le  meilleur  remède.  Quelques  autres  ont  été 
employés  inutilement,  et  principalement  le  traitement  auti- 
phlogislique  et  révulsif.  Chez  un  individu,  il  essaya  en  vain 
les  vésicaloires  couverts  de  résine  de  noix  d'acajou,  pour  em- 
pêcher le  stimulus  des  cantharides  sur  les  voies  urinaires  : 
souvent  tous  ces  remèdes  étaient  inutiles ,  et  la  maladie  conti- 
nuait long-temps,  et  cessait  capricieusement  sans  cause  appré- 
ciable. Il  y  a  cette  différence  entre  le  diabète  laiteux  de 
Frank  et  des  médecins  d'Europe  avec  celui-ci,  que  le  mal  peut 
;se  prolonger  long-temps  sans  détériorer  l'économie  ou  même 
.sans  incommoder  le  malade,  et  cesser  tout-à-coup  sans  aucune 
médication.  Il  rapporte  le  cas  d'un  jeune  homme  chez  lequel 
la  maladie  se  termina  de  cette  manière,  après  avoir  duré  plus 
<  de  six  mois  et  avoir  résisté  à  toutes  les  médications. 

AI.  Pieiss  dit  n'avoir  vu  cette  maladie  ni  chez  les  vieillards  ni 
chez  les  eiifans,  rarement  chez  les  jeunes  gens ,  mais  très  sou- 
vent dans  l'âge  viril,  et  plus  souvent  chez  les  femmes  que  chez 
es  hommes,  surtout  dans  les  lempéramens  nerveux.  Il  rap- 
porte le  cas  d'une  dame  douée  de  ce  tempérament,  chez  la- 
quelle, après  l'emploi  d'un  grand  nombre  de  moyens  théra- 
peutiques ,  la  maladie  cessa  par  l'usage  d'une  infusion  de  va- 
ériane.  Il  dit  que  la  plus  grande  partie  des  personnes  qu'il  a 
vues  atteintes  de  cette  infirmité,  jouissaient  d'une  bonne  santé, 
sans  éprouver  d'autre  incommodité  J  que  chez  quelques-unes 
l'unne  sortait  parfois  déjà  eu  caillots,  et  alois  occasionnait  à 
l'individu  une  notable  incommodité  parla  difficulté  de  l'émis- 


4io  HÉMonnHAGîÊS  ni5NALiïS  {y"'  groupe). 
sion.  Dans  un  cas  ,  l'usage  de  venilhas  fut  utile  pout  en  favo- 
riser l'excrétion.  Dans  d'autres  cas,  l'urine  se  montre,  â  In  sor- 
tie, ayant  la  consistance  et  la  couleur  du  café  au  lait,  et  elle  se 
•  coagule  bientôt,  comme  il  l'observa  chez  un  individu  d'ailleurs 
robusle  et  sain.  Quant  à  la  nature  de  la  maladie,  il  pense  qu'elle 
est  encore  Irès  obscure  et  doit  être  étudiée  ;  que  la  dénomina- 
tion de  maladie  nerveuse  ne  peut  lui  être  appliquée,  parce 
qu'elle  est  quelquefois  accompagnée  de  phénomènes  phlogi.sii- 
ques,  bien  qu'il  ue  la  considère  pas  comme  l'effet  simple  d'une 
phlogose. 

M.  Vallados,  professeur  de  chimie  médicale,  est  aussi  d'opi- 
nion que  notre  maladie  est  spéciale  à  dé  pays,  et  qu'elle  n'a 
rien  de  commun  avec  le  diabète  laiteux  des  médecins  d'Eu- 
rope, d'autant  plus  que  les  pathologistes  français  n'en  parlent 
pas.  Il  a  observé  quatre  cas  de  cette  affection,  deux  chez  des 
hommes  et  deux  chez  des  femmes.  Une  des  femmes  était  une 
négresse  enceinte;  la  femme  se  rétablit,  après  raccouchement, 
sans  remède.  L'autre  femme  était  également  une  négresse ,  et 
chez  elle  la  maladie  céda  à  l'usage  d'une  décoction  de  la  plante 
appelée  qiitnie feuille.  Un  des  hommes  fat  guéri  avec  la  dé- 
coction de  l'herbe  nommée  vulgairement  omour  des  champs. 
Le  dernier  cas,  il  l'observa  avec  M.  Reiss,  qui  vient  de  le  ciler. 
Il  ajoute  que  le  caractère  du  diabète  est  une  grande  quantité 
d'urine,  et  que,  dans  la  maladie  dont  il  s'agit ,  il  n'y  a  pas  aug- 
mentation de  quantité  ,  mais  seulement  perversion  de  qualité. 
Relativement  à  la  nature  de  la  maladie ,  elle  est  encore  très  ob- 
scure. 8elon  une  expérience  faite  par  Paulo  Candido,  on  trouve 
dans  ces  urines  la  présence  de  l'acide  urique  et  de  l'urée.  Le 
traitement  est  variable  :  celui  qui  réussit  chez  un  individu 
réussit  rarement  chez  un  autre  ;  et  le  moyen  qui  a  réussi  une 
première  fois  est,  sauS  succès  dans  la  rechute ,  qui  est  fré- 
quente. 

Le  docteur  Simoni  dit  que  le  coagulum  que  présentent  les 
urines  n'est  pas  toujours  le  même.  Parfois  l'urine  sort  liquide 
et  limpide,  de  couleur  naturelle,  et,  peu  après,  elle  devietit 
entièrement  coagulée,  conservant  la  même  transparetice  et  un 
aspect  tremblant  de  gélatine  ;  parfois  elle  est  trouble  et  opa-^ 


If.  ESSENTIELLES  {endéjïiiquùs). 

Lie  ,  el  le  coagulurtl  prend  la  même  couleur  :  d'autres  fois  elle 
si  dense,  opaque,  et  plus  ou  moins  blanchâtre  ;  elle  ressemble 
(  dii  lait  :  le  coagulum  est  âUssi  semblable  à  celui  du  lait.  Elle 
ist  quelquefois  homogèrie;  d'autres  fois  mêlée  avec  d'autres 
.lubslaftces,  telles  que  du  mucus,  du  pus,  du  sang  el  des  corpS 
ransparens,  d'une  couleur  roUgeâtre,  qui ,  en  sortant  par  Tu- 
èthre,  causent  ainsi  de  fortes  douleurs,  surtout  lorsqu'ils  eii- 
raînent  avec  eux  des  portions  de  coagulum  dense,  épais  comme 
lu  blanc  d'œuf,  déjà  formé  dans  la  vessie. 

Les  urines  restent  quelquefois  limpides  et  transparentes 
près  être  sorties ,  d'autres  fois  elles  se  coagulent.  Ce  coaguluni 
l'apparence  gélatineuse  ou  albumineusë  ;  il  èe  forme  ordinâi- 
ement  peu  de  temps  après  l'émission  des  UrineS,  ett  raison  du 
ilus  ou  moins  prompt  refroidissement  de  ce  liquide.  Exposé 
u  feu,  au  lieu  de  prendre  une  consistance  plus  grande,  comme 
•n  l'observe  avec  l'albumine  ,  le  coagulum  se  fond,  et  il  reste 
hns  le  liquide  de  petits  filamens  d'une  substance  blatlclle,  qtit 
t  probablertient  de  l'albumine  coagulée  :  peut-être  l'albumine 
la  gélatine  existent  en  même  temps  dans  les  urines  des  ma- 
icles  affectés  de  cette  maladie,  et  donnent  lieu  aUx  coagulum 
ni  se  forment  dans  deux  états  opposés  de  températures.  Des 
xpériences  très  exactes  devraient  l'indiquer. 

M.  Maia  dit  avoir  observé  cette  maladie  chez  Une  négresse. 
iU  qualité  et  la  quantité  de  l'tirine  se  trouvaient  altérées;  la 
lalade  urinait  en  grande  abondance.  La  maladie  céda  à  l'usagô 
e  la  qin'ntefcuillc.  Il  pense  que  la  nature  du  coagulum  est 
Ibumineuse,  et  explique  la  production  de  cetle  substance  dans 
s  urines  par  la  théorie  de  ceux  qui  supposent  que ,  dans  le 
||  ang  ,  existent  formées  toutes  les  substances  de  la  sécrétion , 
t  que  les  organes  ne  font  que  les  séparer  et  les  laisser  passer, 
l'exclusion  des  autres.  Dans  ce  cas,  le  rein,  par  une  priva- 
on  de  sa  sensibilité,  laisse  passer  dans  l'urine  l'albumine  du 
tng. 

M.  îloza  déclare  que  celte  maladie  n'est  point  un  diabète  ;  ce 
om  ne  convient  que  dans  les  cas  où  il  y  a  altération  de  qua- 
Ic  el  augmentation  dans  la  quantité  des  urines.  Cette  circon- 
lancc  ne  ac  reucoulre  pas  ordinairement  d.tns  celle  maladie. 


4 12  HÉMORRHAGIES  RÉNALES  Çi""  gf'OUpe). 
Il  l'a  observé  chez  une  lemme  âgée  de  60  ans;  la  maladie  céda 
à  l'usage  des  bains  d'eau  salée  et  de  l'eau  de  Vichy.  Il  l'a  obser- 
vée aussi  chez  un  individu  débauché;  elle  avait  été  précédée  de 
rétrécissement  de  l'urèthre ,  paraissant  dû,  dans  le  principe,  à 
une  affection  catarrhale  de  la  vessie.  Examinée  ensuite  avec 
beaucoup  d'attention,  l'urine  contenait  du  coagulum  globu- 
laire, rougeâtre,  et  parfois  de  couleur  azurée.  Les  rétrécisse- 
ment furent  surmontés  presque  tous  par  la  suppression  opérée 
par  des  cordes  de  boyaux  introduites  dans  le  canal  de  l'urè- 
th  e.  L'usage  de  la  salsepareille,  du  sirop  de  Cuisinier,  fut  suivi 
de  la  cessation  de  la  maladie,  qui  reparut  deux  ans  après, 
l'individu  ayant  recommencé  sa  vie  déréglée.  La  quintrfctnlle 
a  été  quelquefois  utile  dans  celte  maladie,  selon  l'expérience 
de  M.  Roza;  mais  le  meilleur  remède  et  le  plus  généralement 
approuvé  est  l'usage  des  bains  salés.  Il  rapporte  qu'une  dame 
était  sujette  à  cette  affection  tous  les  huit  jours  qui  précédaient 
son  flux  menstruel. 

M.  Sobrini  dit  qu'il  n'y  a  pas  augmentation  de  la  quantité 
de  l'urine ,  ce  qui  constitue  le  diabète ,  mais  altération  de  celte 
même  urine,  et  formation  de  principes  différens  de  ceux  qui 
lui  sont  naturels.  Dans  le  diabète  laiteux  du  Brésil ,  la  quantité 
des  urines  ,  au  lieu  d'augmenter,  diminue  quelquefois. 

M.  Simoni  fait  observer  que  ,  chez  une  négresse  qu'il  a  long- 
temps traitée  à  la  Miséricorde  ,  et  que  M.  Sobrini  vit  et  Iraila 
en  diverses  occasions,  les  accès  ou  les  répétitions  de  celle  ma- 
ladie précédèrent  presque  toujours  les  accès  d'épilepsie  ou  d'é- 
rysipèle  éléphantiaque  dont  elle  était  fréquemment  accompa- 
gnée, ou  suivaient  ces  mêmes  accès.  Cette  malade  avait  eu  une 
affection  syphilitique  qui  lui  fit  perdre  le  nez ,  et  elle  ne  parais- 
sait pas  entièrement  guérie. 

MM.  Vallados  et  Roza  contestèrent  la  convenance  du  nom  de 
diabète  donné  à  celte  maladie,  et  soutinrent  sa  différence  es- 
sentielle avec  les  véritables  diabètes,  non-seulement  par  la 
quantité  et  la  qualité  des  urines,  mais  aussi  par  les  phéno- 
mènes et  les  conséquences  pathologiques  de  cette  affection  sin- 
gulière. 

M.  Meirelhes  dit  f|u'il  a  observé  celte  maladie  chez  une  femme 


H.  rssrKTiELLEs  [endéiniqucs].  4'3 

sujette  à  des  attaques  périodiques  d'érysipèles  de  quinze  en 
quinze  jours,  et  chez  laquelle  les  accès  el  la  maladie  ont  cessé 
dans  un  voyage  qu'elle  fil  en  Europe.  La  maladie  s'est  l'epro- 
duite  aussitôt  que  cette  femme  est  revenue  dans  ce  pays. 

Il  a  cherché  en  vain  dans  beaucoup  d'auteurs  la  description 
de  cette  maladie  ;  dansTouvrage  de  M.  Thénard,  il  se  trouve 
)nenlionnée  une  analyse  d'urine  que  l'auleur  nomme  laiteuse , 
et  qui  est  bien  différeiile  de  la  maladie  en  question  (().  M.  Mei- 
rfllhes  remarque  que  la  plus  grande  partie  des  individus  alTectés 
de  cette  maladie  sont  sujets  aux  érysipèles  et  ont  le  tempéra- 
nieut  lymphatique.  Tant  que  ces  individus  restent  au  lit,  les 
urines  se  conservent  limpides;  mais,  dès  qu'ils  se  lèvent  et 
s'exposent  au  froid,  elles  deviennent  coagulables ;  el  chez  des 
individus  cette  coagulation  s'opère  même  dans  la  vessie,  et  oc- 
casionne des  douleurs  eldes  incommodités  dans  l'émission  des 
urines.  Ces  individus  n'urinent  jamais  de  la  même  manière,  la 
quantité  et  la  qualité  des  urines  variant  j  toutefois  il  y  a  pres- 
que toujours  du  sang;  quelquefois  elles  ont  une  couleur  de 
café.  Il  a  fait  analyser  les  urines  de  personnes  affectées  de  cette 
maladies  par  M.  Blanc,  phamacien  français  à  Rio;  il  a  trouvé' 
qu'elles  coutenaient  une  matière  caséeuse.  Il  rapporte  le  cas 
d'un  jeune  Portugais  d'un  tempérament  lymphatique  qui  souf- 
frait beaucoup  de  celle  maladie  ;  il  urinait  une  partie  du  jour 
du  sang  pur,  qui  se  coagulait;  d'autres  fois  de  l'urine  claire  , 
d'autres  fois  couleur  de  café  au  lait  et  très  trouble.  Il  pense  que 
les  bains  de  mersont  constamment  le  meilleur  remède,  il  n'a  vu 
qu'un  cas  exceptionnel  à  cette  règle.  Les  toniques  ,  en  général, 
sont  avantageux,  et  parmi  eux  le  quinquina  uni  à  l'acide  sul- 
furique. 

Sur  la  demande  de  quelques  membres,  on  nomme  une  com- 


(i)  Voici  le  passage  auquel  M.  Meirelhes  fait  .nllusion  : 
"  II  paraît  que  l'on  a  vu  quelquefois  l'uriue  blanche  comme  du  lait,  qn'il 
s'en  séparait  une  sorte  tle  crème  par  le  repos,  qu'elle  se  coagulait  par 
lebullitiou,  que  le  caillot  avait  les  propriétés  du  caséum,et  cédait  à  l'éther 
-  une  matière  grasse.  «  (Thénard,  Traité  de  Chimie,  l'aris,  i836,  t.  v, 
()   18?..)  ' 


4l4     HÉMORBHAGir.s  niiCfAT-Ps  (3""  groupé). 

mission  cliargée  d'examiner  p:u  lir.ulièremRi!i  cr.iio  nialaclio  ei 
de  faire  sur  cUe  uu  mémoire  circonslaiicié.  ]\JiVÎ.  YqUadois,  gp- 
brini  el  Soulié  ont  été  nominés  membres  de  cette  commission. 

Ces  urines  chyletises  ,  improprement  désignées  sous  le  noijj 
de  lailcitses,  qui  ont  été  observées  à  l'Ile-de-Frauce  et  au  Bré- 
sil ,  ont  peut-êU-e  aussi ,  k  en  juger  d'après  le  passage  suivant  de 
Chalmers,  été  observées  à  la  Caroline  du  Sud  (i). 

«  L'urine  est  quelquefois  pâle  comme  du  lait  et  de  l'eau, 
«  pendant  plusieurs  jours  et  plus  spécialement  chez  les  petits 
«  garçons  au  dessous  de  sept  ans;  on  pense  généralement  que 
a  cet  état  4e  l'urine  indique  la  présence  des  vers ,-  pour  moi , 
«  c'est  plutôt  une  preuve  d'acidité  ,  quoique  je  ne  conteste  pas 
«  que  d'autres  causes  ne  puissent  leur  donner  cçlte  couleur.  » 
L'apparence  lajteuse  de  l'urine  n'est  pas  décisive  ;  la  présence 
çle  l'albumine  et  d'une  matière  grasse  n'4  pas  été  constatée. 
D'un  autre  côté  on  a  donnéle  nom  d'urine  laiteuse  4  des  urines 
phospliatiques.  Toutefois  il  faut  remarquer  que  ces  urines  ont 
été  rendues  par  des  enfans  et  pendant  les  chaleurs  de  l'été. 

Oe  semblables  urines  çhjleuses  et  albumino-graisseu§es,  si 
fréquentes  dans  certains  pays  chauds,  ont  été  observées,  quoi- 
que rarement  et  isolément ,  en  Europe  (2). 

§788.  KÉsuatii. — L'hématurie  qui  règne  sous  forme indémique 
k  l'Ile-de-France  (île  Maurice),  spécialement  chez  les  ënfans, 
sp  montre  sous  trois  formes  principales  :  j"  l'hématurie  simple; 
2°  l'hématurie  avec  gravelle  urique  ;  3°  l'hématurie  avec  uriije 
çhyleuse  ou  avec  urine  albumineuse  et  graisseuse. 

J'^i  plusieurs  fois  constaté ,  sur  des  habitans  de  Paris ,  nés  m 
france,  la  transformation  d'un  pissement  de  sang  en  une  urine 
albumineuse  ;  mais  la  transformation  d'un  pissement  de  sang 
enuneurine  chyleuse,  ou  en  une  urine  albuuiino-graisseuse , 
d'apparence  laiteuse,  ne  s'est  présentée  à  moi  jusqu'à  ce  jour 
que  che2  des  individus  nés  dans  les  régions  tropicales.  Cette 

(1)  Chalmers  (L.).  An  account  of  the  weather  and  disseases  of  Soulh-Ca- 
roliitfi,  in-S.  vol.  i.  Lond.  l'j.'jG,  p.  64. 

(2)  Rayer.  Recherches  sur  les  urittes  chjleuses,  laileitses  et  huileuses  oh- 
servies  en  Europe  (l'Expérience,  1. 1  p.  657). 


H.  ESSENTIELLES  (endémiques) .      ,  4» 5 

.transformation  est  rare  en  Europe.  Sans  doute  dans  des  pyé- 
ites  ou  des  cystites  calculeuses,  on  voit  des  urines  blanches, 
lurulentes,  succéder  à  des  urines  sanguinolentes  ;  mais  l'urine 
purulente  est  bien  distincte  de  l'urine  chyleuse.  Examinée  au 
nicroscope ,  l'urine  purulente  offre  des  globules  de  pus  ;  l'urine 
byleuse  offre  des' globules  qui  ont  l'apparence  des  globules 
anguins,  ou  bien  elle  ne  eontient  pas  de  globules  (urine  albu- 
ino-graisseuse).  L'urine  purulente  abandonnée  à  elle-même 
ffre  un  sédiment  purulent  caractéristique,  au  dessus  duquel 
lie  devient  plus  transparente.  L'urine  chyleuse,  au  contraire, 
este  opaque  dans  toute  la  longueur  de  la  colonne  du  liquide, 
t  au  bout  de  quelques  jours  offre  un  crémor  de  matière  grasse. 
Sous  le  rapport  étiologique,  il  faut  rapprocher,  de  l'hématu- 
ie  de  l'Ile-de-France ,  l'hématurie  qu'éprouvent  quelquefois 
es  Européens  dans  la  haute  Egypte  et  la  Nubie,  et  d'autres 
léraorrhagies  observées  dans  les  régions  tropicales.  M.  A.  J. 
venoult(i)  s'exprime  ainsi  au  sujet  de  l'hématur-ie  de  la  haute 

Egypte. 

«  Cette  hémorrhagie  des  plus  opiniâtres  se  manifesta  parmi 
!s  soldats  de  l'armée  française  lors  de  la  conquête  de  la  haute 
'gyple ,  en  l'an  vïi.  Elle  parut  affecter  plus  particulièrement 
s  cavaliers  (a),  n'épargna  pas  môme  les  chevaux  ;  ses  ravages 
•  portaient  principalement  sur  les  plus  jeunes. 

a  Dans  ces  contrées  très  élevées,  bornées  par  des  déserts 
rides,  la  chaleur,  augmentant  dans  une  progression  douce  et 
f^ale,  est  quelquefois  insupportable  pour  des  sujets  non  accli- 

(i)  Rçnonlt  (A.  J.).  Notice  sur  l'hémalurie  qu'éprouvent  les  Européens  dans 
haute  Égypte  et  la  ijubie.  (Joum.  général  çLe  Médecino  et  do  Chirurgie; 
'1.  xvit.  J).  366.) 

(a)  En  Europe,  çt  3Qus  l'iaauçBce  dVue  tçmpérature  peu  «leyé*,  (w 
ivaliers  sont  quelquefois  qttejnts  Aémgturiçs  (Araa,  £  mi  sur  Shéma^ 
rie  dans  les  miUlaires  U  cheval.  Diss.  Paris,  i8ri,  «-4);  mais  U  çst 
ident  que,  dans  la  relation  de  M.  Renoult,  l'hématurie  dépendait  d'uuç 
itrc  cause  que  de  l'exercice  du  cheval,  quoique  cet  exercice  favorisât  l'io- 
.s.on  de  cette  mr.ladie ,  qui  chez  quelques  individus  s'est  prolongée 
dcûnunent,  et  lorsqu'il»  n'claieut  plus  soumis  à  l'iafluencc  des  causes 
a  lavn  eQt  produite. 


4r6    TiiÎMOimiiAGirs  nicPTALKs  (5""'  groupe). 

matés  :  alors  des  sueurs  continuelles  et  très  abondantes  dimi- 
nuent singulièrement  la  quantité  des  urines;  celles-ci  devien- 
nent épaisses  et  sanguinolentes,  souvent  même  les  derniers 
jets  sont  de  sang  pur.  Le  malade  ressent  des  douleurs  vives 
dans  la  région  de  la  vessie;  ces  douleurs  se  propagent  jusqu'à 
l'extrémité  du  gland.  Il  éprouve  de  fréquentes  envies  d'uriner; 
les  dernières  contractions  de  la  vessie  s'accompagnent  de  sen- 
sations les  plus  vives  et  les  plus  cuisantes,  accidens  que  j'ai 
vus  quelquefois  suivis  de  dysurie. 

(c  Après  un  examen  alteulif,  j'ai  cru  pouvoir  attribuer  la 
cause  de  celte  maladie  à  une  trop  abondante  transpiration ,  se- 
condée par  des  mai  cbes  forcées  et  par  une  équitalion  longue 
et  pénible  sur  des  chevaux  vifs  et  fougueux.  Dans  ces  circon- 
stances ,  en  effet  ,  les  urines  deviennent  rares  ,  épaisses  et  irri- 
tantes; leur  âcreté  doit  se  faire  parliculièrement  sentir  sur  les 
veines  qui  rampent  le  long  des  parois  internes  de  la  vessie, 
près  de  son  col  et  sur  celles  de  l'urèlhre ,  ce  qui  donne  lieu  à 
des  varices  ;  il  peut  même  en  résulter  des  inflammations- opi- 
niâtres des  membranes  de  la  vessie,  comme  je  l'ai  vu  plusieurs 
fois  par  l'ouverture  de  quelques  cadavres. 

«Dans  le  traitement  de  cette  maladie ,  j'obtins  des  succès 
momentanés  de  l'usage  des  boissons  abondantes  et  surtout  du 
repos.  J'ai  remarqué  que  les  bains  de  vapeucs,  fort  en  usage 
dans  le  pays,  n'avaient  pas  d'heureux  résultats,  sans  doute  à 
cause  de  l'abondante  transpiration  qu'ils ^dîterminàienl  ;  les 
bains  de  rivière  m'ont  paru  mieux  convenir. 

«  L'emploi  de  ces  moyens  pendant  un  mois  suffisait  pour 
faire  disparaître  les  symptômes  de  cette  înaladiçj  mais,  aussi- 
tôt que  le  sujet  était  obligé  de  reprendre  ses  exercicfes,  et  sur- 
tout l'équitalion ,  les  urines,  devenues  moins  c(^)ieuses  et  plus 
acres  ,  donnaient  lieu  à  de  nouvelles  douleurs,  à  ud  sentiment 
de  pesanteur  dans  la  région  de  la  vessie,  «a  FWmtturie  repa- 
raissait. Les  lieux,  les  circonstances,  l'activité  constante  de 
l'armée,  ne  permettant  que  l'emploi  des  moyens  palliatifs 
dont  je  viens  de  parler,  je  me  trouvai  forcé  de  négliger  quel- 
ques-uns des  préceptes  de  mon  premier  maître.  Desault,  sur 
la  cure  radicale  de  celte  maladie  ;  d'ailleurs  l'emploi  des  sondes 


n.  ESSENTiFXLES  [endémiques).         4' 7 

de  gomme  élastique  chez  des  malades  portés  sur  des  litières 
tramées  à  dos  de  chameau,  et  qui  suivaient  tous  les  mouvemens 
.  de  l'armée,  me  parut  plutôt  aggrasrer  la  maladie  comme  nou- 
velle cause  irritante. 

«  C'est  ainsi  qu'un  trop  long  séjour  dans  ces  contrées  a  donné 
i  à  cette  maladie  le  temps  de  prendre ,  chez  quelques  sujets,  un 
c  caractère  tellement  opiniâtre ,  que ,  depuis  deux  ou  trois  ans 
c  qu'ils  sont  rentrés  en  Europe,  ils  ont  inutilement  cherché  leur 
I  guérison  dans  l'usage  des  moyens  le  plus  sagement  indiqués  : 
l« les  boissons  émoUientes,  les  bains,  et  surtout  les  sondes  élas- 
'.  tiques,  en  ont  guéri  quelques-uns  ;  maisj  chez  un  assez  grand 
ijombre,  l'hématurie  est  devenue  si  rebelle,  qu'elle  ne  leur 
laisse  que  la  triste  perspective  d'une  vieillesse  toujours  souf- 
frante ». 

Cette  influence  des  climats  chauds  sur  la  production  de 
l'hématurie  n'a  rien  qui  doive  étonner.  Dans  ces  climats,  la 
fréquence  d'autres  hémorrhagies  a  été  plusieurs  fois  remar- 
quée. Bofltius  (i)  signale  les  héraoptysies  comme  très  fréquen- 
tes dans  les  Indes.  Blumenbach  (2)  assure  que  la  plupart  des 
Européennes  transportées  dans  la  Guinée  y  périssent  d'hémor- 
rhagies  utérines  ou  autres.  Toutefois,  en  reconnaissant  cette 
influence  du  climat ,  il  restera  à  expliquer  pourquoi  le  moli- 
nien  hémorrhagique  se  montre  à  l'Ile-de-France  sous  la  forme 
d'une  hématurie  ;  dans  l'Inde ,  sous  celle  d'une  hémoptysie  ; 

( et,  à  la  Guinée,  le  plus  souvent  sous  une  troisième  forme  ; 
pourquoi  les  hématuries  de  l'Ile-de-France  cessent,  en  géné- 
ral, après  la  puberté;  pourquoi  elles  sont  souvent  accompa- 
gnées de  la  gr^velle  urique  ;  enfin,  il  restera  encore  à  en  expli- 
:juer  lar  transformation  assez  fréquente  en  urine  chyleuse. 

En  Europe  et  dans  les  climats  tempérés ,  c'est  dans  la  vieil- 
lesse qu'on  observe  le  plus  souvent  l'hématurie  ;  le  contraire  a 
ieu  à  l'Ilè-de-France  ,  oii  le  pissement  de  sang  attaque  sur- 

(1)  BoDtii  (Jacobi)  ,  De  medicina  Indorunt,  libri  it,  cap.  vir.  De  quibus- 
lam  pu);nonuii\  vitiis,  quae  hic  grassantur,  ac  primnm  de  hsemoptysi. 

(2)  Blumenbach,  Diss.  de  generis  humani  varietate  nativa,  Gœtting.  1775, 

*^  III.  ay 


4l8       HÉMORRHAGIES  RENALES  (3°"  grOUfe). 

tout  les  enfaas.  Toutefois ,  il  n'y  a  peut-être  pas  autant  d'op- 
position entre  les  deux  faits  qu'on  pourrait  le  croire  au  pre- 
mier abord.  En  Europe ,  les  hématuries  des  vieillards  sont 
presque  toutes  syraplomaliques  de  lésions  matérielles  des  voies 
urinaires,  du  cancer  des  reins  ou  de  la  vessie ,  d'affections 
calculeuses,  etc.;  elles  hématuries  essentielles  n'y  sont  pas  assu- 
rément plus  fréquentes  chez  les  vieillards  que  chez  les  enfans. 

Dans  l'hématurie  endémique  de  l'Ile-de-France,  les  enfans 
rendent  quelquefois  une  si  petite  quantité  de  sang  qu'il  ne  se 
forme  pas  de  caillots ,  et  l'émission  de  l'urine,  n'éprouvant  au- 
cun obstacle ,  se  fait  sans  douleur.  Alors  l'urine  a  une  teinte 
rosée ,  analogue  à  celle  qu'on  peut  produire  artificiellement  en 
ajoutant  à  l'urine  saine  une  très  petite  quantité  de  sang.  Aban- 
données à  elles-mêmes,  ces  urines,  légèrement  sanguinolentes, 
offrent,  au  bout  de  quelques  heures,  un  sédiment  rougeâtre 
dans  lequel  il  est  facile  de  reconnaître,  à  l'aide  du  microscope , 
les  globules  sanguins. 

Dans  ces  cas  ,  oii  la  maladie  est  tout-à-fait  bénigae,  si  on 
examine  toutes  les  émissions  de  la  journée  ,  l'urine,  à  de  cer- 
taines heures,  contient  peu  ou  point  de  globules  sanguins  et 
point  de  caillots  fibrineui  ;  mais  le  plus  souvent  elle  donne, 
par  l'acide  nitrique  ou  la  chaleur,  des  grumeaux  d'albumine 
coagulée. 

Parfois  même  il  arrive  (au  moins  on  me  l'a  assuré)  que  l'u- 
rine a,  pendant  plusieurs  jours,  toutes  les  apparences  de 
l'urine  saine  ,  et  qu'elle  devient  ensuite  de  nouveau  sanguino- 
lente sans  cause  appréciable.  A  ce  faible  degré,  la  maladie 
gêne  peu  les  enfans,  qui  continuent  leurs  jeux  et  leurs  études, 
et  conservent  toutes  les  habitudes  de  la  santé. 

Lorsque  l'hémorrhagie  est  plus  considérable,  des  caillots 
peuvent  se  former  dans  l'uretère  ou  dans  la  vessie,  et  donner 
lieu  aux  accidens  qui  accompagnent  la  rétention  de  l'urine  ou 
la  difficulté  de  sou  émission.  Ces  héinorrhagies  abondantes  se 
répétant,  les  enfans  deviennent  pâles  et  languissans,  et  le  dé- 
veloppement de  la  constitution  est  ralenti.  Si  j'en  juge  d'après 
les  l'enseignemens  que  j'ai  recueillis,  ou  d'après  ceux  qui  m'ont 
été  transmis  sur  cette  maladie,  il  est  rare  que  les  pertes  de 


H.  ESSENTIELLES  (enclémiques).  4^9 

sang  soient  portées  à  un  tel  degré  qu'elles  rendent  la  consti- 
tution cachectique,  et  que  les  malades  soient  atteints  consé- 
cutivement d'hydropisie  générale  ou  d'cedèmes  très  prononcés, 
ainsi  que  je  l'ai  plusieurs  fois  observé  à  la  suite  d'hématuries 
déterminées  par  des  cancers  de  la  vessie,  etc.  Je  remarquerai 
même  à  cette  occasion  que  le  passage  du  sang  ou  de  l'albumii^ 
dans  les  urines  chyleuses  ,  même  en  quantité  considérable  ^  ne 
donne  jamais  lieu  à  des  anasarques  aussi  prononcées  que  celles 
qu'on  observe  dans  la  néphrite  albumineuse  :  affection  dans 
laquelle l'hydropisie  se  déclare  quelquefois  avant  que  la  con^ 
slitution  se  soit  profondément  détériorée.  La  présence  de  l'al- 
bumine dans  l'urine  est,  comme  je  l'ai  déjà  dit,  un  phénomène 
icommun  à  plusieurs  altérations  de  ce  liquide;  altérations  chi- 
miquement distinctes  les  unes  des  autres  par  la  proportion  des 
élémens  naturels  ou  accidentels  de  l'urine,  et  qui  correspondent 
à  diverses  maladies  des  voies  urinaires,  ou  à  des  altérations  du 
sang  qui  n'ont  pas  toutes  la  même  gravité  et  la  même  influence 
sur  la  production  d'une  hydropisie. 

J'ai  déjà  fait  remarquer  que,  daijs  celte  espèce  d'hématurie 
endémique ,  le  sédiment  de  l'urine  était  pi'esque  eatière- 
ment  composé  de  sang ,  ou  au  moins  de  globules  sanguins 
et  d'acide  urique  cristallisé.  Ces  cristaux,  en  s'aggloméranj , 
donnent  quelquefois  lieu  à  de  petites  masses  cristallines  [gra~ 
vellc  iiriqtte  )  ,  qu'on  voit  à  l'œil  nu  dans  ces  sortes  de  dé- 
pôts. La  présence  de  ces  graviers  peut  donner  lieu  à  des  co- 
liques néphrétiques,  et  apporter  un  obstacle  momentané  au 
passage  de  l'urine,  soit  de  l'uretère  dans  la  vessie,  soit  de  Ja 
vessie  à  travers  le  canal  de  l'urèthre.  J'ignore  si ,  par  suite  de 
la  fréquence  de  celte  espèce  de  gi-avelle  chez  les  enfans  de  l'Ile- 
de-France,  on  y  voit  plus  souvent  qu'ailleurs  les  adultes  et  les 
vieillards  atteints  de  calculs  urinaires  foi-més  d'acide  urique, 
ou  si  la  facilité  avec  laquelle  ces  graviers  sont  ordinairement 
rejetés  au- dehors  avec  l'urine,  fait  qu'ils  n'ont  pas  d'influence 
très  notable  sur  la  proportion  des  calculs  urinaires. 

Au  reste  ,  en  examinant  avec  soin  les  sédimens  de  l'urine  à 
l'œil  nu ,  ou  mieux  encore  à  la  loupe  ou  au  microscope,  on  dis- 
tinguera les  cas  dans  lesquels  les  douleurs  des  reins,  de  l'urè- 

27. 


420    HÉMonnuAGiEs  RÉNALES  (3""  groupe). 

thre,  rfe  la  vessie,  etc.,  sont  produites  par  les  graviers,  de  ceux 
dans  lesquels  elles  sont  déterminées  par  des  caillots  sanguins 
engagés  dans  ces  conduits.  J'ajoute  que  ,  lorsqu'elles  sont  occa- 
sionées  par  une  inflammation  concomitante  des  voies  urinai- 
res  ,  l'examen  microscopique  de  l'urine,  en  démontrant  la  pré- 
sence d'un  grand  nombre  de  globules  muqueux  ou  purulens  mé- 
langés avec  des  globules  sanguins,  dévoilerait  cette  complication. 

§  789.  Dans  une  troisième  forme  de  la  maladie  {urine  chylcuse), 
l'apparence  de  l'urine  est  des  plus  remarquables.  En  effet,  en 
vingt-quatre  heures^  dans  un  même  jour,  les  malades  rendent 
le  plus  souvent  deux  espèces  d'urines  :  l'une,  examinée  à  l'œil 
nu  et  au  microscope,  offre  tous  les  caractères  d'une  urine  san- 
guinolente (globules  sanguins,  caillots  librineux  ,  albumine)  • 
l'autre,  qui  paraît  être  en  général  formée  quelques  heures  après 
la  digestion ,  est  d'un  rouge  pâle  ;  et ,  abandonnée  à  elle-même, 
elles  se  séparent  en  deux  parties  ,  dont  l'une,  inférieure,  paraît 
sanguinolente,  tandis  que  l'autre,  supérieure,  est  louche  et 
d'un  blanc  laiteux  ou  complètement  opaque.  Si  on  examine  au 
microscope  une  certaine  quantité  de  cette  urine  d'un  blanc  lai- 
teux ,  quelquefois  on  n'y  aperçoit  ni  globules  sanguins,  ni  ma- 
tière grasse  en  globules  ;  d'autres  fois,  au  conlraire  ,  on  y  re- 
marque un  assez  grand  nombre  de  globules  jaunâtres  ,  aplatis, 
tout-à-fait  semblables  aux  globules  sanguins,  se  dissolvant 
comme  eux  dans  l'eau  et  l'acide  acétique.  Quant  à  la  matière 
grasse  ,  elle  ne  se  présente  point  sous  forme  globuleuse.  Je  n'ai 
point  observé,  non  plus  ,  de  globules  grenus  de  pus;  mais  on 
pourrait  y  en  rencontrer  s'il  y  avait  une  inflammation  conco- 
mitante des  voies  urinaires. 

Si  on  traite  par  l'éther  une  certaine  quantité  de  cette  urine 
cliyleusc  contenant  ou  non  des  globules  sanguins,  elle  devient, 
au  bout  de  quelques  heures,  complètement  transparente,  et 
l'éther  employé ,  soumis  à  l'évaporation  spontanée  sur  des 
verres  de  montre,  y  laisse  déposer  une  quantité  considérable 
de  matière  grasse. 

L'urine,  ainsi  débarrassée  de  la  matière  grasse,  traitée  par 
l'acide  nitrique  et  la  chaleur,  donne  des  grumeaux  ou  un  coa- 
guhim  d'albumine. 


H.  ESSENTiELLÈs  (endémiqués) .  (^n 

Celle  même  urine,  après  la  coagulation  de  l'albumine  par  la 
chaleur ,  filtrée  et  évaporée  à  consistance  sirupeuse ,  traitée  à 
froid  par  l'acide  nitrique,  donne  un  magma  ou  des  cristaux  de 
nitrate  d'urée. 

En  examinant  cette  urine  chyleuse  comparativement  avec 
un  mélange  d'urine  saine  et  du  chyle  rosé  recueilli  dans  le  ré- 
servoir de  Pecquet  chez  un  cheval ,  l'analogie  de  ces  deux  li- 
queurs, de  l'urine  chyleuse  artificielle  et  de  l'urine  chyleuse  de 
l'homme,  m'a  paru  desplusfrappantes.  Dans  l'un  et  l'autre  do  ces 
liquides,  on  distinguait  des  globules  qui  ofl'raient  le  cai-actère 
des  globules  sanguins  ;  dans  l'un  et  l'autre,  il  y  avait  de  l'al- 
bumine et  une  petite  quantité  de  fibrine;  enfin  tous  deux  con- 
tenaient une  quantité  considérable  de  matière  grasse. 

Quant  aux  urines  albumino-graisseuses ,  elles  ressemblaient 
à  une  urine  dans  laquelle  on  aurait  ajouté  les  élémens  organi- 
ques du  chyle,  moins  ses  globules.  Cette  espèce  d'urine  chy- 
leuse, considérée  dans  ses  rapports  avec  le  chyle,  était  évidem- 
ment analogue  aux  urines  albumineuses  qui  dérivent  du  sang. 

Dans  un  cas  cité  plus  haut  (3°  Série,  Obs.  xvin),  et  dans  un 
autre  que  j'ai  rapporté  ailleurs  (ij,  il  a  été  constaté  que  cette 
espèce  d'hématurie  avec  urine  chyleuse  coïncidait  avec  une 
altération  parliculière  du  sang  dont  la  constitution  se  rappro- 
chait beaucoup  de  celle  du  chyle  du  canal  thoracique.  Des  re- 
cherches ultérieures  prouveront  jusqu'à  quel  point  celte  liai- 
son ,  que  je  crois  probable ,  est  constante. 

Plusieurs  individus  offrant  cette  urine  chyleuse,  jouissaient 
en  apparence  d'une  bonne  santé  :  un  seul,  à  ma  connaissance, 
et  dont  j'ai  rapporté  l'histoire,  était  atteint  d'une  goutte  se- 
reine ;  affection  tout  exceptionnelle ,  qui  ne  m'a  pas  paru 
avoir  de  liaison  avec  l'altération  de  l'urine  et  l'altération  pro- 
bable du  sang.  Deux  des  malades  qui  offraient  une  urine  chy- 
leuse étaient  sujets  à  la  goutte  ;  et  chez  tous  la  coïncidence 
d'une  gravelle  urique  ou  d'un  sédiment  d'acide  urique  cris- 
tallisé dans  l'urine  a  été  noté.  Ce  cas,  et  d'autres  cas  analogues, 


(i)  Rayer,  Rec/fcrc/iei  sur  les  urines  chyleuses,  laiteuses  et  huileuses ,  oh- 
$€rvéet  en  Europe,  (L'expérieuce ,  t.  r,  p.  657.) 


4^2      HlîMORBHAGIES  RÉNA^LES  (3*"°  grOUpe). 
dans  lesquels  certaines  dispositions  morbides  de  la  constitu- 
tion se  sont  manifestées  par  des  formes  maladives  différentes 
et  dans  des  appareils  d'organes  différens ,  appartiennent  à  un 
ordre  de  faits  que  les  pathologistes  et  les  thérapeutistes  ne 
peuvent  trop  méditer. 

Une  des  circonstances  les  plus  remarquables  de  l'hématurie 
endémique  de  l'Ile-de-France  est  sans  contredit  cette  trans- 
formation, plusieurs  fois  observée,  de  l'urine  sanguinolente  en 
une  urine  chyleuse,  ou  en  une  urine  albumineuse  et  grais- 
àieuse.  Depuis  que  mon  attention  s'est  spécialement  dirigée  vers 
l'étude  des  maladies  des  reins,  j'ai,  il  est  vrai,  plusieurs  fois 
constaté  la  transformation  de  l'urine  sanguinolente  dans  la 
néphrite  albumineuse,  dans  le  purpura  et  le  scorbut  avec  hé- 
maturie, en  une  urine  albumineuse  ;  et  il  y  a  plusieurs  années 
que  j'ai  signalé  ce  fait  à  ma  visite  à  l'hôpital  de  la  Charité. 
Ûans  l'hématurie  endémique  ,  ou  au  moins  dans  quelques  cas 
de  celte  hématurie,  lorsque  l'urine  perd  son  apparence  san- 
guinolente et  qu'elle  prend  un  aspect  laiteux  ou  chyleux,  non- 
seulement  elle  contient  de  l'albumine,  mais  encore  une  quan- 
tité considérable  de  matière  grasse.  Or,  sur  plus  de  deux  cents 
malades  atteints  de  néphrite  albumineuse  avec  hydropisie  (ma- 
ladie de  Bright)  que  j'ai  observés  avec  soin,  pas  un  ne  m'a 
présenté  une  urine  laiteuse  ou  chyleuse  ;  chez  plusieurs  ,  l'u- 
rine, légèrement  trouble  comme  le  petit  lait  non  clarifié,  con- 
tenait certainement  plus  de  matière  grasse  que  l'urine  saine. 
Mais  chez  aucun  la  proportion  de  la  matière  grasse  n'était  assez 
considérable  pour  donner  à  l'urine  un  aspect  laiteux  ou  chyleux. 

D'un  autre  coté  ,  en  lisant  avec  soin  la  relation  des  cas  d'u- 
rines laiteuse  ou  chyleuse  observés  en  Europe  (  après  avoir 
écarté  ceux  qui  ne  sont  autre  chose  que  des  cas  d'urine  puru- 
lente ) ,  on  ne  trouve  pas  que  cet  aspect  laiteux  ou  chyleux  de 
l'urine  ait  été  précédé  d'une  véritable  hématurie.  M.  Prout,  eu 
particulier,  qui  a  étudié  avec  le  plus  grand  soin  cette  altéra- 
tion de  l'urine,  ne  fait  pas  mention  du  pissemenl  de  sang,  soit 
avant,  soit  pendant,  soit  après  l'émission  des  urines  chyleuses. 

§  79<''  l'hématurie  endémique  de  l'Ile-de-France  soit 
simpïe  ou  compliquée  de  gravelle  d'acide  urique,  ou  qu'elle  soit 


H.  ESSENTIELLES  {cndémiques).  4^3 

remplacée  par  une  urine  chyleuse ,  celte  maladie  aflfecte  tou- 
jours une  marche  chroniq^ie.  L'héraorrhagie  cesse  quelquefois 
pendant  plusieurs  jours  ou  plusieurs  semaines  ;  puis  elle  se  re- 
produit et  se  prolonge  pendant  plusieurs  années  ,  présentant 
de  temps  à  autre  des  inlermissions  ou  des  rémissions  plus 
ou  moins  marquées.  Le  grand  nombre  d'individus  qui  sont 
attaqués  de  cette  affection,  depuis  l'enfance  jusqu'à  la  puberté, 
indique  évidemment  une  influence  du  climat;  mais  ,  d'un  autre 
côté,  la  prolongation  de  l'hématurie  quelquefois  pendant  plu- 
sieurs années  après  une  émigration  ou  un  voyage  en  Europe, 
prouve  incontestablement  que  la  maladie  devient  constitu- 
tionnelle. Aussi  est-il  quelquefois  arrivé  que  cette  espèce  d'hé- 
maturie endémique  est  devenue  périodique ,  comme  certaines 
hématuries  indépendantes  du  climat,  que  les  pathologistes 
désignent  aussi  sous  le  nçm  de  constitutionnelle ,  et  dont  la 
suppression  accidentelle  ou  opérée  par  l'art  a  été  suivie  le  plus 
souvent  d'accidens  plus  ou  moins  graves. 

L'hématurie  endémique  de  l'Ile-de-France  occasionne  rare- 
ment des  accidens  assez  graves  pour  déterminer  la  mort.  J'i- 
gnore si"  des  autopsies  d'individus  morts  de  cette  maladie  ont 
été  faites  par  des  médecins  de  l'Ile-de-France ,  et  s'ils  ont  con- 
staté avec  soin  l'état  analomique  des  voies  urinaires.  M.  Salesse 
possède  toutes  les  connaissances  nécessaires  pour  remplir  uti- 
lement cette  lacune ,  et  je  ne  doute  pas  qu'il  ne  la  fasse  dispa- 
raître un  jour. 

dette  maladie  s'améliorant  presque  toujours  par  le  séjour 
des  colons  en  France,  je  n'ai  été  qu'une  fois  dans  le  cas  de  faire 
des  recherches  analogues. 

Dans  un  cas  d'hématurie  avec  urine  chyleuse  (  3"  Série , 
Obs.xvi),  le  sang,  examiné  superficiellement,  ne  pai'ut  pas 
présenter  d'altération  notable  ;  mais,  dans  un  autre  cas  tout-à- 
fait  analogue ,  le  sang  offrait  une  déviation  notable  de  son  état 
normal;  il  contenait  moins  de  fibrine,  plus  d'albumine  et  de 
matière  grasse  que  le  sang  sain ,  et  se  rapprochait  du  chyle  par 
ses  caractères  physiques  et  sa  composition. 

Lorsqu'on  voit  à  l'Ile-de-France  un  enfant  pris  d'hématurie, 
non-seulement  la  nature  de  la  maladie  est  bientôt  reconnue  par 


4^4      HÉMOIIRHAGIES  RiNALES  (3""  glVUpe). 

le  médecin  ,  mais  il  esl  rare  même  que  les  parens  de  l'enfant  ne 
la  reconnaissent  pas  eux-mêmes,  tant  le  fait  est  vulgaire.  J'ai 
acquis  la  preuve  ,  au  contraire  ,  qu'à  Paris  la  véritable  nature 
de  cette  hémalurie  échappe  souvent  aux  médecins  consultés 
par  les  colons  atteints  de  cette  affection  ;  et  je  me  rappelle  que 
j'éprouvai  moi-même  quelque  étonnement ,  lorsque  l'un  de  ces 
jeunes  colons  me  dit  que  presque  tous  les  enfans  de  l'Ile-de- 
France  étaient  atteints  de  pissement  de  sang.  Je  crois  donc  devoir 
insister  sur  les  circonstances  qui  caractérisent  l'hématurie  en- 
démique; j'écarte  d'abord,  à  dessein  ,  le  fait  de  son  origine,  et 
je  demande  si  l'on  voit ,  en  France  par  exemple,  chez  les  enfans, 
une  hématurie  indépondante  de  violences  extérieures,  de  corps 
étrangers  dans  les  voies  urinaires  (les  faits  de  la  première  Série 
sont  dans  ce  cas),  persister,  pendant  plusieurs  mois  ou  plu- 
sieurs années  quelquefois  ,  sans  douleur  et  sans  altération  no- 
table de  la  constitution?  Je  demande  si  on  y  observe,  à  la  suite 
des  hématuries  ciironiques  ,  le  changement  remarquable  d'une 
urine  sanguinolente  en  une  urine  chyleuse  ou  d'apparence  lai- 
teiise  ? 

Chez  les  enfans  atteints  de  gravelle  et  de  calculs  d'acide  uri- 
que  ,  l'urine  est  quelquefois  sanguinolente  comme  dans  l'hé- 
maturie endémique  de  l'Ile-de-France.  Dans  les  deux  cas,  elle 
donne  un  dépôt  dans  lequel  on  remarque  un  grand  nombre  de 
cristaux  d'acide  urique  ;  mais  ,  je  le  répète  ,  chez  les  enfansnés 
en  Europe,  après  la  cessation  des  coliques  néphrétiques  pro- 
duites par  un  calcul,  on  n'observe  pas,  comme  à  l'Ile-de-France, 
une  certaine  quantité  de  sang  dans  l'urine ,  tous  les  jours  et 
pendant  plusieurs  mois  ou  plusieurs  années,  et  cela  quelque- 
fois sans  dérangement  notable  de  la  constitution.  D'ailleurs, 
chez  les  colons,  l'invasion  de  la  maladie,  sans  causes  occasion- 
nelles ,  appréciables ,  à  un  âge  oti  les  enfans  en  sont  fréquem- 
ment attaqués  dans  le  pays  oii  elle  règne  d'une  manière  endé- 
mique, sa  persistance  malgré  une  foule  de  remèdes,  sa  dimi- 
nution pendant  la  traversée  d'un  voyage  en  Europe  ,  sa  guéri- 
son  par  le  séjour  sur  le  continent ,  sa  reproduction  fréquente 
après  le  retour  à  l'Ile-de-France,  sont  des  caractères  qui  spéci- 
iieiit  suffisamment  cette  affection. 


H,  ESSENTIELLES  {endémiques).  4^5 

Le  pronostic  de  l'hématurie  endémique  de  l'Ile-de-France 
n'a  pas  le  même  degré  de  gravité  dans  toutes  les  formes  de  la 
maladie.  Les  accidens  qu'occasionne  l'hématurie  simple  sont 
moins  douloureux  que  ceux  que  produit  l'hématurie  avec  gra- 
velle  urique,  et,  autant  que  j'en  puis  juger  d'après  un  petit 
nombre  d'observations,  la  transformation  d'une  urine  sangui- 
nolente en  une  urine  chyleuse  indique  une  altération  plus 
profonde  de  la  constitution.  Cependant  j'ai  rapporté  l'obser- 
vation d'un  homme  d'une  quarantaine  d'années  qui  paraît 
jouir  d'une  très  bonne  santé ,  quoique  son  urine  soit  habituel- 
lement albumino-graisseuse. 

§  ygr.  Les  observations  et  les  expériences  faites  à  l'Ile-de- 
France  et  en  Europe  sur  le  traitement  de  l'hématurie  endé- 
mique de  l'Ile-de-France  peuvent  être  ainsi  résumées  : 

Abandonnée  à  elle-même  {méthode  expectante) ,  cette  hémor- 
rhagie  habituelle,  compliquée  ou  non  de  gravelle,  guérit  spon- 
tanément ,  sans  émigration ,  au  bout  de  plusieurs  mois  ou  de 
plusieurs  années ,  lorsqu'elle  n'est  pas  assez  abondante  pour 
détériorer  la  constitution. 

De  continue  qu'elle  était  dans  son  principe,  cette  hématurie 
devient  quelquefois  périodique  ,  forme  sous  laquelle  plusieurs 
médecins  du  pays  conseillent  de  la  respecter. 

A  rile-de-France  ou  sur  le  continent,  la  saignée  combinée 
avec  l'administration  des  boissons  acidulées,  avec  l'emploi  du 
ratanhia  et  l'aide  du  repos ,  a  suspendu  pour  quelque  temps 
l'hémorrhagie. 

Mais  les  émissions  sanguines,  quelquefois  nécessaires  au  dé- 
but de  cette  hématurie,  ou  dans  son  cours  eu  quelques  cas 
exceptionnels ,  sont  formellement  contre-indiquées  dans  une 
foule  de  cas  oii  des  pertes  de  sang  répétées  ont  détérioré  la  con- 
stitution. De  tels  remèdes  ,  dans  de  semblables  conditions  ,  ne 
sont  que  des  palliatifs,  dont  l'emploi  ne  saurait  être  justifié  par 
l'amélioration  momentanée  qu'ils  ont  quelquefois  procurée. 
Lorsque  les  enfans  sont  devenus  pâles  et  languissans  après  ces 
sortes  d'hémorrhagies ,  les  préparations  ferrugineuses  sont 
utiles;  les  bons  effets  de  ces  préparations  sont  favorisés  par 
une  nourriture  substantielle  et  un  exercice  modéré. 


426      HlJMORnHA.GIES  RÉNALES  (3""  grOUpe). 

Des  individus  atteints  de  ce  piaseraent  de  sang  ayant  con- 
tracté une  blennorrhagie,  le  copahu  employé  contre  cette 
dernière  aflFecliou  en  a  non-seulement,  procuré  la  guérison , 
mais  encore  celle  de  l'hématurie. 

Lorsque  l'hématurie  endémique  de  l'Ile-de-France  est  com- 
pliquée de  gravelle  d'acide  urique,  il  faut  associer  aux  moyens 
précédemment  indiqués  les  poudres  et  les  boissons  alcalines 
jusqu'à  ce  que  le  dépôt  de  l'urine  abandonnée  à  elle-même  ne 
contienne  presque  plus  d'acide  urique  cristallisé. 

La  dégénéralion  de  cette  hématurie  en  une  urine  chyleuse 
ou  en  une  urine  albumineuse  et  graisseuse  a  été  combattue  avec 
succès  par  la  teinture  de  cantharides;  ce  que  la  théorie  n'eût 
certainement  pas  indiqué  a  priori. 

Lorsque  cette  hématurie  résiste  aux  moyens  précédemment 
indiqués,  l'émigration  est  le  meilleur  moyen  que  l'on  puisse 
conseiller  pour  faire  cesser  la  maladie.  Il  faut  soustraire  l'en- 
fant à  l'influence  des  causes  qui  la  produisent.  En  effet,  il  a 
suffi  à  quelques  individus  de  quitter  l'Ile-de-France  et  de 
venir  habiter  en  Europe  un  pays  tempéré,  sans  s'assujétir  à 
aucun  remède,  pour  obtenii-  la  guérison  de  leur  hématurie. 
Il  est  vrai  que  chez  plusieurs  colons  la  guérison  n'a  été  que 
temporaire,  la  maladie  s'est  déclarée  de  nouveau  peu  de  temps 
après  leur  retour  à  l'Ile-de-France ,  ou  bien  ils  ont  présènté 
line  autre  altération  de  l'urine  (urine  chyleuse,  ou  urine  al- 
bumineuse et  graisseuse  ).  Il  faut  même  reconnaître  qu'un 
voyage  en  France  n'est  pas  un  moyen  infaillible;  que  chez 
plusieurs  colons  la  maladie  a  continué  sans  être  sensiblement 
modifiée  par  le  changement  de  climat,  mais  alors  aussi  la 
plupart  des  remèdes  ont  échoué ,  ou  l'amélioration  s'est  dé- 
clarée si  tardivement  et  si  obscurément,  que  les  causes  en  sont 
restées  indéterminées. 

Les  observations  des  médecins  du  Brésil  sontconfonnes 
à  celles  des  médecins  de  l'Ile-de-France  sur  le  traitement  de  l'u- 
rine chyleuse  ;  ils  s'accordent  poui-  recommander  les  bains 
froids  salés  ,  les  toniques,  les  ferrugineux,  les  astringens,  tout 
en  reconnaissant  que  la  cessation  de  la  malddie  est  quelquefois 
indépendante  de  raclion  des  remèdes. 


H.  ESSENTIELLES  (endêmiques) .  437 

M.  Quevenne  (i)  a  publié  l'histoire  très  détaillée  d'une 
femme  uée  à  l'Ile-Bourbou  en  1761  et  que  j'ai  été  dans  le  cas 
de  voir,  en  mars  iSôg,  avec  M.  Velpeau  et  M.  Rivière  son  mé- 
decin ordinaire.  Cette  femme  âgée  de  78  ans,  avait  rendu  des 
urines  dites  laiteuses  (  albumino-graisseuses) ,  depuis  l'âge  de 
a5  ans  jusqu'à  l'âge  de  76  ans  ;  ces  urines  se  prenaient  quel- 
i  (juefois  en  gelée  et  contenaient  souvent  une  assez  grande  quan- 
tité de  sang.  A  l'âge  de  70  ans,  et  pendant  plusieurs  mois  de 
suite  les  urines  furent  natui  elles,  et  la  malade  se  crut  guérie.  Au 
.  commencement  de  iSSjy  cette  femme  quittaBourbon  ;  il  y  avait 
.  alors  xm  an  que  ses  urines  étaient  naturelles.  Après  environ  un 
!  mois  et  demi  de  navigation  les  premiers  symptômes  de  la  ma- 
I  ladie  reparurent  avec  une  nouvelle  intensité  ;  les  urines  devin- 
rent plus  troubles  que  jamais,  et  les  forces  diminuèrent  avec 
'  l'appétit. 

Depuis  son  arrivée  en  France,  madameB...  a  eu  plusieurs  in- 
flammations de  poitrine ,  qui  ont  été  combattues  avec  succès 
:  par  les  saignées  locales,  les  dérivatifs ,  les  boissons  émoUientes 
•  et  la  diète.  La  constitution  de  cette  urine  alburaino-graisseuse . 
t  était  tout-â-fait  analogue  à  celle  que  j'avais  observée  dans  les 
cas  rapportés  plus  haut;  mais  je  m'étais  borné  dans  mes  expé- 
riences à  indiquer  les  principaux  élémens  de  ces  urines  albu- 
mino-graisseuses. M.  Quevenne  a  donné  une  analyse  quantita- 
tive de  l'urine  qu'il  a  observée  et  dont  voici  les  résultats  : 

A  l'examen  microscopique  celle  urine  présentait  1°  des  glo- 
bules sanguins  altérés.  2°  Des  globules  ayant  l'aspect  de  globules 
de  mucus  ou  de  pus,  3°  Des  lamelles  d'épithélium. 

A  l'analyse  elle  a  donné  : 

1°  Huile  grasse  aromatique   1,90 

2°  Albumine   0,70 

3°  Matières  extractives  et  salines  se  divisant  en  par- 
lie  exlractive  soluble  dans  l'alcool  etlactate  d'urée.    .  1,20 

A  reporter   3,8o 


(1)  Journal  des  connaissances  médico-chintrgicales ,  iSSg. 


4^8 


HÉMOnnUAGlES  RÉNALES. 


Report.     .     .    .    ,    ;  3 
4°  Partie  extractive  insoluble  dans  l'alcool  elaeis  con- 
sistant en  chlorures,  phosphates  <t  sulfates  et 

acide  urique  

5»  Eau   e 

  :  95,10 

100,00 

5  793.  Je  terminerai  ce  chapitre  par  quelques  remarques  et 
un  petit  nombre  d'observations  sur  l'apoplexie  rénale,  sorte 
d'hémorrhagie  dans  laquelle  le  sang  s'épanche  en  quantité  plus 
ou  moins  considérable  dans  la  substance  des  reins,  quelquefois 
sans  donner  lieu  à  une  hématurie. 

Ces  dépôts  de  sang  dans  les  reins  ont  été  observés  dans  une 
des  trois  conditions  indiquées  plus  Iiaut  (§  765).  J'ai  vu  les 
deux  reins  d'un  enfant  nouveau-né,  décolorés,  anémiques  dans 
presque  toute  leur  étendue  et  une  de  leurs  extrémités  occupée 
par  un  très  grand  nombre  de  grosses  pétéchles  :  les  bassinets, 
les  uretères  et  la  vessie  ne  contenaient  point  de  sang.  Chez 
un  vieillard  dont  l'urine  n'était  point  sanguinolente,  j'ai  trouvé, 
au-dessous  de  la  membrane  fibreuse  d'un  des  reins  ,  une  forte 
cuillerée  à  café  de  sang  liquide;  il  y  avait  de  petits  corps  car- 
tilagineux dans  la  substance  lubuleuse.  Chez  un  adulte,  j'ai 
observé  un  cas  tout-à-fait  semblable.  Chez  un  enfant  mort  de 
tétanos,  avec  gangrène  d'un  des  orteils,  et  qui  n'avait  point 
éprouvé  d'hématurie ,  le  rein  droit  présentait  à  sa  surface  un 
grand  nombre  d'ecchymoses  noires,  isolées  sur  quelques  points 
etconfluentes  sur  quelques  autres.  Ces  ecchymoses  pénétraient, 
à  plusieurs  lignes  de  profondeur,  dans  la  substance  corticale. 
Le  tissu  cellulaire  de  la  scissure  du  rein  était  infiltré  de  sang. 
Le  rein  du  côté  opposé  offrait  une  altération  analogue,  mais 
à  un  moindre  degré. 

Il  est  rare  de  trouver  des  pétéchies,  des  ecchymoses,  de  petits 
foyers  sanguins  dans  la  substance  tubuleuse ,  dont  le  tissu  est 
moins  vasculaire  et  plus  serré  que  celui  de  la  substance  corticale. 

Le  tissu  cellulaire  qui  accompagne  les  vaisseaux  du  rein  ou 
qui  entoure  cet  organe  peut  être  largement  infiltré  de  sang. 

5  794.  M.  le  docteur  Bazin  m'a  fait  remettre  un  rein  dont  les  al* 
tératious,  fort  remarquables,  appartenaient  à  l'apoplexie  rénale. 


APOPLEXIE  RÉNA.T,E. 

Ce  rein,  beaucoup  plus  volumineux  qu'un  rein  sain,  pesait  six 
onces  et  six  gros;  il  avait  quatre  pouces  et  demi  de  long,  trois 
pouces  environ  de  large  et  un  pouce  et  demi  d'épaisseur.  A  la 
face  postérieure  de  ce  rein,  on  remarquait  un  grand  nombre  de 

j  plaques  proéminentes,  d'un  jaune  fauve,  irrégulières  à  leur 
contour,  et  séparées  les  unes  des  autres  par  de  petites  bandes 
ou  de  petits  îlots  de  substance  rénale  saine.  Si  on  incisait  ces 
plaques  suivant  leur  épaisseur,  la  substance  corticale  parais- 

fi  sait  infiltrée  d'une  matière  jaune,  solide.  A  la  circonférence  de 

L  la  coupe,  on  remarquait  une  ligne  brune,  noirâtre.  Cette  matière 

j,  jaune,  examinée  au  microscope,  avait  une  apparence  grenue, 
sans  forme  déterminée,  et  des  globules  sanguins  étaient  enche- 
vêtrés dans  son  épaisseur.  On  n'y  observait  pas  de  globules  de 

;  pus  et  on  ne  voyait  pas  de  grains  purulens  à  la  surface  du  rein. 
Le  rein  du  côté  opposé  offrait  des  altérations  analogues. 
Le  malade  avait  présenté  quelques  dérangemens  des  fonc- 
tions urinaires,  mais  il  n'existait  ni  rétrécissement  de  l'urèthre, 

i  ni  calcul  des  reins  ou  de  la  vessie,  ni  rétention  d'urine  pen- 

.  dant  la  vie. 

§  795.  Dans  le  cas  suivant,  l'altération  des  reins  était  plus 
I  remarquable  encore  : 

Baillet  (Etiennette) ,  âgée  de  49  ans,  brunisseusc ,  d'une 
^  grande  stature  et  de  beaucoup  d'embonpoint ,  malade  depuis 
\  une  quinzaine  de  jours,  entra  à  l'Hôtel-Dieu,  le  i"  mars  18 îg. 

Sa  maladie  avait  débuté ,  sans  cause  connue ,  par  des  dou- 
1  leurs  dans  le  bas-ventre  et  dans  les  membres  inférieurs  ;  les 
j  jambes  étaient  devenues  enflées  et  noirâtres.  Trois  ou  quatre 
J  jours  avant  son  admission  à  l'hôpital,  il  s'était  joint,  aux  pre- 
r  miers  accidens,  de  l'oppression,  avec  toux  et  crachats  peu  aboii- 
i  dans.  La  malade  avait  une  expression  de  souffrance  ;  les  douleurs 
\  persistaient}  mais  les  jambes  n'étaient  ni  enflées  ,  ni  noirâtres. 
I  Celte  femme  avait  de  l'oppression,  de  la  toux  et  rejetait  quelques 
c  crachats  muqueux,  verdâlres.En  arrière,  à  la  base  de  la  poi- 
t  trine,  on  entendait  quelques  bulles  de  râle  sous-crépitant  ;  le 
|,  pouls  donnait  96  pulsations  par  minute.  Aucune  médication 
»  active  ne  fut  mise  en  usage,  et  à  la  visite  du  3  mars,  la  malade 
»  venait  de  succomber. 


43o  HÉMORRHAGIES  RlîPrALKS. 

A  l'autopsie  du  cadavre  ,  faite  le  lendemain  ,  M.  le  doc- 
teur Barth ,  ayant  remarqué  que  les  reins  offraient  une  al- 
tération rare,  m'apporta  ces  deux  organes.  Le  rein  droit  de 
grandeur  naturelle,  offrait  à  sa  surface  extérieure  un  mélange 
fort  remarquable  de  plaques  brunâtres,  foncées,  et  d'autres 
d'une  couleur  de  chamois.  Les  premières  formaient  des  es- 
pèces de  nodosités,  granulées  et  dures  au  toucher,  et  elles  res- 
semblaient (parla  forme  seulement)  à  certains  groupes  de  tu- 
bercules crus  qu'on  rencontre  quelquefois  dans  les  poumons. 
Les  plaques  jaunâtres  étaient  également  saillantes,  mais  moins 
inégales  ;  toutes  étaient  cernées  par  une  ligne  irrégulière 
d'un  rouge  brun  foncé.  11  y  avait  à  la  surface  du  rein  de  seize  à 
vingt  de  ces  plaques  brunes  et  jaunâtres,  quelques-unes  très 
petites,  d'autres  de  la  dimension  d'une  pièce  de  vingt  soas.  Une 
très  large  plaque  était  située  transversalement  sur  la  face  pos- 
térieure du  rein.  Cette  plaque,  qui  était  jaunâtre  et  entourée 
d'uu  liséré  rouge,  ressemblait  parfaitement  aux  plaques  qu'on 
voit  quelquefois  à  l'extérieur  de  la  rate  et  qui  sont  formées  par 
des  dépôts  fibrineux.  Les  autres  plaques,  plus  petites,  étaient 
presque  toutes  irrégulièrement  ovalaires. 

A  la  coupe  du  rein,  ou  était  frappé  de  la  ressemblance  de  ces 
masses  avec  les  masses  fibrineuses  qu'on  rencontre  plus  souvent 
dans  la  rate.  La  coupe  des  bosselures  rouges,  foncées,  présentait 
wae  infiltratio7i  sangiiine,  noire  et  dui  e,  de  la  substance  rénale 
et  principalement  de  la  substance  corticale.  Ces  noyaux  faisaient 
saillie ,  à  la  coupe ,  comme  à  l'extérieur  du  rein ,  et  se  termi- 
naient quelquefois  subitement;  d'autres  fois  leur  teinte  se  fon- 
dait graduellement  dans  la  substance  rénale  plus  ou  moins  in- 
jectée. Quelques-unes  de  ces  petites  masses  noires  et  toutes 
celles  qui  étaient  jaunâtres  à  l'extérieur,  formaient  un  tissu 
jaune  ,  d'aspect  fibrineux  ,  dans  lequel  cependant  on  pou- 
vait encore  distinguer  des  traces  de  l'organisation  primitive  du 
tissu  infiltré.  Cette  matière  jaune  était  légèrement  granulée,  et 
sa  circonférence  était  cernée  par  une  ligne  ondulée,  d'un  rouge 
foncé.  La  substance  lubuleuse  était  gorgée  de  sang  par  places  j 
mais  la  substance  corticale  était  pi-esque  exclusivement  le  siège 
des  dépôts  jaunes.  Ces  dépôts  se  tiouvaient  principalement 


APOPLEXIE   RICNALE.  4^1 

près  de  la  surface  de  la  substance  corticale  ;  d'autres  étaient 
profondément  situés.  Plusieurs ,  sous  forme  de  petits  îlots  jau- 
nes, cernés  par  une  ligne  rouge  foncée,  existaient  entre  les  cônes 
dans  les  prolongemens  de  la  substance  corticale.  De  petites 
s  stries  de  substance  corticale  saine  se  voyaient  dans  IHnlé- 
r  rieur  de  quelques  noyaux  apoplectiques.  La  veine  et  l'artère 
?  rénales  étaient  saines.  Le  bassinet  et  l'uretère  ne  présentaient 
;  rien  de  particulier. 

Le  rein  gauche  offrait  la  même  altération  que  le  rein  droit  ; 
n  mais  l'apparence  en  était  un  peu  différente  :  l'infiltration  san- 
j  guine  était  plus  étendue;  les  deux  substances  du  rein  étaient  af- 
E  fectéesj  les  noyaux  apoplectiques  étaient  moins  durs;  cependant 
.1  on  pouvait  les  écraser  sans  en  exprimer  beaucoup  de  liquide. 
1  Les  masses  fibrineuses  étaient  rares. 

L'artère  rénale  contenait  un  caillot  fibr  ineux ,  blanchâtre  et 
ramifié,  mais  non  adhérent  à  ses  parois.  Les  divisions  de  la 
V  veine  rénale  étaient  parfaitement  libres  et  vides  ;  leurs  parois 
t  étaient  teintes  de  sang;  le  bassinet  et  l'uretère  étaient  sains. 
Les  autres  organes  n'offrirent  aucune  altération. 
§  796.  Les  hémorrhagies  dans  la  substance  des  reins  existent 

0  quelquefois  en  même  temps  qu'une  inflammation  suppurative 
c  de  ces  organes.  M.  le  docteur  Mitivier,  médecin  de  la  Salpé- 

1  trière  ,  m'a  fait  voir  un  cas  de  ce  genre ,  fort  remarquable  : 

H..,,  âgée  de  5a  ans,  apparence  d'une  bonne  constitution, 
1  fut  admise,  en  1813,  dans  la  division  des  aliénées  de  la  Salpé- 
I  trière.  Elle  avait  pris  en  affection  un  jeune  chat,  auquel  elle 
l  brisa  le  rachis  dans  un  mouvement  de  colère.  Depuis  elle  s'é- 
I  tait  procuré^n  autre  chat  qu'elle  ne  pouvait  pas  quitter  un  seul 
;  moment.  Ses  accès  de  folie  étaient  irréguliers ,  et  ils  étaient 
1  principalement  caractérisés  par  des  propos  incohérens ,  des 
vociférations. 

Depuis  deux  ou  trois  jours,  elle  se  plaignait  de  céphalalgie, 
('  de  malaise  général  et  d'inappétence.  On  pensa  qu'un  accès 
i  allait  se  manifester  ;  mais  le  lendemain  ,  i4  mars  iSSg ,  cette 
I  femme  parut  dans  l'abattement,  se  plaignit  de  céphalalgie  et 
<  d'un  malaise  général.  Il  y  avait  de  la  fièvre  ;  3o  sangsues  furent 
appliquées  au  siège.  Le  même  jour,  à  dix  heures  et  demie  du 


/i32  HÉMORRHAGIES  RÉNA.LES. 

soir,  tout-à-coup,  agitation,  perte  de  connaissance,  mouvemens 
convulsifs  :  mort  le  lendemain  à  cinq  heures  et  demie  du  matin. 

Autopsie  du  cadavre  ,  aà  heures  après  la  mort. 

Téte  et  rachis.  Les  os  du  crâne  et  les  vaisseaux  inlra-cràniens 
n'offrent  rien  de  notable.  Il  y  a  une  assez  grande  quantité  de  la 
sérosité  demi  transparente  dans  le  tissu  cellulaire  sous-arach- 
noïdien  et  dans  la  pie-mère.  Sur  la  convexité  des  hémisphères 
du  cerveau,  et  spécialement  sur  le  lobe  postérieur  du  côté 
gauche,  on  trouve  sur  la  pie-mère  de  petites  taches  rouges,  cir- 
culaires ,  isolées ,  et  offrant  la  plupart  à  leur  centre  un  petit 
noyau  blanchâtre,  ferme  et  consistant.  La  plus  large  de  ces 
taches  est  située  à  la  réunion  du  lobe  postérieur  avec  le  moyen, 
près  de  la  scissure  interlobulaire  et  au-dessus  du  corps  calleux. 
Dans  ce  point  la  pie-mère  est  adhérente,  et,  lorsqu'on  veut  la 
détacher,OM  enlraîne  avec  elle  la  pulpe  cérébrale.  Ou  voitalors 
manifestement  un  caillot  de  sang  noirâtre  qui  pénètre  dans  l'é- 
paisseur de  la  circonvolution,  et,  en  projetant  un  jet  d'eau  sur 
ce  point,  on  mit  à  découvert  une  petite  cavité  à  parois  anfiac- 
tueuses  et  rosées,  remplie  par  du  sang  coagulé  et  qui  aurait  pu 
contenir  un  haricot.  Dans  l'étendue  d'une  ligne  et  demie  envi- 
ron au  pourtour  de  ce  petit  foyer,  la  substance  cérébrale  était 
ramollie,  grisâtre  et  rosée  par  point. 

Non  loin  de  ce  foyer  hémorrhagique,  mais  plus  en  dehors  et 
en  arrière,  en  détachant  la  pie-mère,  nous  enlevâmes  en  même 
temps  une  petite  couche  de  substance  corticale,  ramollie  et 
comme  purulente.  Un  jet  d'eau  projeté  sur  celte  partie  du  cer- 
veau y  rendait  très  apparens  une  foule  de  filamens  grisâtres, 
rosés.  Cette  altération  ne  s'étendait  pas  à  la  substance  médul- 
laire.  Il  y  avait  çàet  là,  à  la  surface  externe  de  la  pie-mère,  de 
petits  corps  blancs  jaunâtres,  analogues,  pour  le  volume  et  pour 
la  forme,  aux  glandes  de  Pacchioni,  mais  d'une  plus  grande  con- 
sistance. Quelques-unes  avaient  déprimé  la  substance  cérébra- 
le, de  manière  à  y  former  de  petites  loges,  Dans  tous  les  points 
correspondant  aux  taches  rouges  déjà  décrites ,  il  y  avait  un 
petit  coagulum  ,  du  volume  de  la  tête  d'une  grosse  épingle,  noir 
et  comme  incrusté  dans  l'épaisseur  des  circonvolutions. 
.Trois  petits  dépôts  sanguins  analogues  existaient  à  gauche 


I 
i 


APOPLEXIE  RENALE.  433 

dans  le  centre  ovale  de  Vieussens.  De  l'eau,  versée  sur  ce 
point,  chassait  le  petit  caillot,  et  à  sa  place  on  voyait  une 
petite  cavité  à  parois  rosées,  fermes  et  parfaitement  circon- 
scrites, sans  altération  de  couleur  ou  de  consistance  de  la  pulpe 
<  cérébrale  environnante. 

Un  seul  petit  caillot  existait  dans  la  substance  blanche  de 
l'hémisphère  droit  du  cervelet,  près  du  corps  rhomboïdal.  La 
•  membrane  du  quatrième  ventricule  était  épaissie,  demi-trans- 
;  parente.  II  y  avait  peu  de  sérosité  dans  les  ventricules. 

Les  plexus  choroïdes  étaient  très  volumineux ,  d'un  gris  sale 
t  et  comme  boursouflés.  La  moelle  épinière  et  ses  enveloppes 
I  n'offraient  rien  de  remarquable. 

Thorax.Le  péricarde  était  rempli  de  sérosité  lactescente  et  de 
]  productions  merabraniformes,  blanchâtres,  recouvrant  la  face 
inlei'ne,  tant  du  feuillet  pariétal  que  du  feuillet  viscéral  de  cette 
t  enveloppe.  Le  cœur,  près  de  son  sommet ,  semblait  comme 
1  érodé  en  deux  points;  le  tissu  charnu  du  cœur,  décoloré,  était 
i  d'un  gris  jaunâtre  et  ramolli.  Pas  d'altération  appréciable  ni 
i  aux  orifices,  ni  aux  valvules  du  cœur.  L'oreillette  droite  était 
!  remplie  par  des  caillots  jaunâtres'. 
Les  poumons  étaient  sains. 

Abdomen.  Le  foie  était  très  volumineux,  sans  présenter  d'al- 
i  tération  notable;  un  sang  noir  et  poisseux  ruisselait  de  ce  vis- 
c  cère  quand  on  y  pratiquait  des  incisions.  On  voyait  dans  le 
j  jéjunum  des  taches  rouges,  dont  l'une,  du  diamètre  d'une  pièce 
i  de  vingt  sous  ,  ressemblait  à  une  ecchymose.  La  membrane 
I  muqueuse  n'était  pas  altérée  dans  l'intervalle  des  taches.  Le 
r  reste  de  l'intestin  était  remarquable  par  sa  blancheur. 

Le  rein  droit,  volumineux,  fortement  lobulé,  était  générale- 
I  ment  d'un  louge  assez  vif.  On  voyait  à  sa  surface  une  foule 
0  de  points  d'un  rouge  très  foncé ,  du  volume  de  la  tête  d'une 
\  petite  ou  d'une  grosse  épingle ,  et  qui  correspondaient  à  de 
p  petits  dépôts  de  sang  dans  la  substance  corticale.  Près  de  ces 
g  grains  noirs,  on  remarquait  d'autres  points  jaunâtres  ,  formés 
ipar  une  gouttelette  de  pus.  On  voyait  également,  à  la  surface 
Ide  ce  rein,  de  petits  points  purulens  entourés  par  une  auréole 
r  rouge  ou  rosée.  La  membrane  externe  étant  détachée  du  rein,  il 
III.  28 


H^MORRHiVpiES  nÉPîA^LES  {historique). 

restait  à  la  face  interne  de  celle  membrape  des  taches  rojjges 
assez  nombreuses. 

À  la  coupe ,  on  voyait  dans  l'intérieur  du  rein  la  même  ap- 
parence qu'à  l'extérieur,  c'esl-à-dire  un  mélange  de  points 
d'un  rouge-brun  noirâtre,  gros  comme  un  grain  de  millet,  et  des 
points  purulens  plus  pelils  encore,  Il  y  avait  dans  U  gubalance 
tubuleuse  un  assez  grand  nombre  de  points  purulens,  et  seu- 
lement quelques  petits  déppts  de  saiig.  Rieji  autre  de  bien  no- 
table. Le  bassinet,  grigâlre,  était  sillonné  par  yne  foule  de  pe- 
tits vaisseaux,  la  plupart  veipeqx  et  bleuâtres.  L'artère  et  la 
veine  rénales  étaient  saiqes. 

Le  rein  gauche  présentait  les  nièmeg  al^çr^tige^  gyg  Iq  rein 
droit. 

Tous  les  autres  viscères,  examinés  avec  sojn,  ne  présentèrent 
rien  de  notable.  Il  n'y  avait  à  la  surface  du  corps  ni  pétéçhies, 
ni  ecchymoses. 

Histotique. 


§  797.  L'attention  toute  pBrliçuUère  que  les  anciens  appor- 
taient à  l'examen  des  apparences  de  l'urine  dans  les  maladies, 
les  conduisit  à  upter  soigneusemept  les  conditions  daps  les- 
quelles on  observe  à&^inssemens  de  sang  ou  des  urines  sangui- 
nolentes. Hippocrate  {')  dit  que  çer(iiipps  hémprrh9gies  provieu- 
neul  des  reins  (aip-at  oùpç'etv) ,  et  d'autres  de  la  vessie.  Quant  à  la 
cause  de  ces  pisseraens  de  sang,  c'e^t,  d'après  Hippocrate,  une 
riqHure  de  veine ,  opérée  goit  par  un  gravier,  soit  par  une  ul- 
cération du  rein,  spit  même  par  d'autres  causes.  Pour  Hippo- 
crate, le  pissemept  de  sang  (oupr.utç  aîjAHT(i<5'nc)  et  les  urines  san- 
guinolentes («5pci  al(AaT«J6?i)  sont  généralement,  sinon  toujours, 
l'indice  d'une  lésion  des  reins  ou  de  la  vessie  (2).  Toutefois,  on 
a  assez  généralement  pensé  qu'Hjppocrate,  en  disant  que,  daps 
les  maladies  de  la  rate ,  les  urines  étaient  semblables  à  de  |a 

(i)  Hippocratis  Opéra  omtiia,  Apli.  iv,  77  et  7g. 

(a)  in-fol.  Franrofurti,  1621.  de  intem,  affect.,  p.  5/,o. 


i 


HÉWQI^i^H^GiiîS  iiFWALES  {historique).  ^35 

lavure  de  chair  (r),  avait  voulu  dire  fjue  l'urine  élajt  saugui- 
Wplente  dans  ces  afFections.  Et  c'est  probablement  d'après  ce 
passage,  ainsi  interprété,  que  les  médecins  arabes,  et  ceux  qui 
écrivirent  dans  le  xyi""  et  le  xvii*  siècles,  avancèrent  que  l'urine 
pouvait  être  sanguinolente  par  maladie  de  la  rate,  et  même  par 
maladie  du  foie  ;  mais  il  est  très  probable  qft'en  parlant  de 
l'apparence  de  l'urine  dans  les  maladies  de  la  rate,  Hippocrate 
fait  allusion  aux  urines  rouges  et  aux  dépôts  briquetés  qu'on 
observe  à  la  fin  des  accès  de  fièvre  intermittente ,  ou  dans  plu- 
sieurs maladies  du  foie ,  et  notamment  dans  la  cirrhose.  Quant 
aux  maladies  de  la  rate ,  je  ne  puis  dire  qu'une  chose  ,  savoir^ 
que  l'urine  n'a  nullement  les  caractères  d'une  urine  sanguino- 
lente dans  les  engorgemens  de  ce  viscère  à  la  suite  des  fièvres 
ir^terraittentes. 

Pour  Gelse  ,  l'urine  sanguinolente  (  urina  çruenta  )  esf 
aussi  l'indice  d'une  affection  des  voies  urinaires.  C'est  un  des 
signes  de  la  blessure  des  reins  (a),  des  maladies  de  la  vessie  (3), 
et  notamment  des  calculs  vésicaux,  cas  dans  lequel  l'urine, 
tantôt  sanguinolente  et  tantôt  purulente,  est  repdue  avec  dnu- 
leur  et  goutte  à  goutte. 

Rufus  (4)  distingue  aussi  les  hémorrhagies  qui  proviennent 
des  reins  de  celles  qui  proviennent  de  la  vessie.  Dans  le  pre- 
mier cas,  il  attribue  l'urine  sanguinolente  à  la  dèhililè 
rçijis;  et,  suivant,  dit-il,  qu^les  ouvertures  par  lesc^uelles  le 
s^ng  ^'écoule  sont  plus  ou  moins  larges  ,  l'urine  contient  soit 
la  partie  la  plus  ténue  du  sang ,  soit  des  caillots  semj^lâbles 
au  poumon  de  mer.  Rufus  mentionne  la  faiblesse  et  la  pâleur 
cpnsécutives  à  des  hémorrhagies  rénales  abondantes,  les  in- 
convéniens  du  coït,  etc. 

Ggrame  Hippoci'ate,  Archigène  (5)  pense  que  les  hémorrha- 

(i)  Ihid.  Epid,,  lib.  4.  Epid.,  lib.  7. 

(a)  Celsas,  de  re  medica,  lih.  v,  signa  percossorum  rennm,  p.  209,  in-i8. 
Paris,  1823,  cur.  Fouquier  et  Raticr. 
(H)  Jbid.,  lib.  II,  scct.  vu,  p.  5l. 

(4)  Rufiu.//t  Aetii  tetrabibl.,  sermo  11,  p.  Sga. 

(5)  Arcbigcnes,  In  Aetii  tetrabibl,,  sermo  m,  p.  SgS. 

28. 


/(36      HKJMOnnHAGirs  rknales  {hislorique). 

gies  rénales  sont  le  résultat  de  la  rupture  d'une  veine;  que  les 
pissemens  de  sang  sont  plus  communs  dans  l'âge  mûr  et  chez 
les  jeunes  gens  qui  abusent  des  plaisirs  vénériens.  Il  recom- 
mande la  saignée  et  l'application  de  ventouses  pour  les  cas  où 
l'hémorrliagie  coïncide  avec  une  inflammation  des  reins.  Puis 
il  indique  d'autres  remèdes  pour  les  cas  où  le  pissement  de 
sang  est  lié  à  une  ulcération  de  cet  organe. 

Galien  (i)  rattache  ;iussi  particulièrement  les  pissemens  de 
sang  et  les  urines  sanguinolentes  à  une  lésion  des  voies  uri- 
naires.  Il  parle  de  grumeaux  de  sang  qu'on  observe  dans  l'u- 
rine chez  les  individus  qui  sont  atteints  d'alTeclions  calculeuses, 
et  il  rapporte  (i)  un  cas  de  cliule  suivie  de  pissement  de  sang, 
puis  de  rétention  d'urine,  produite  par  la  rétention  du  sang 
dans  la  vessie;  cas  dans  lequel  les  yeux  de  la  sonde  furent 
bouchés  par  le  sang. 

En  résumé,  pour  le  plus  grand  nombre  des  médecins  grecs 
et  latins,  la  présence  du  sang  dans  l'urine  était  l'indice  d'une 
afTection  des  voies  urinaires  avec  rupture  d'une  veine  ;  mais 
Arétée  (5)  avait  fait  une  remarque  importante,  savoir,  qu'on 
observait  quelquefois ,  chez  des  individus  d'une  constitution 
particulière,  un  pissement  de  sang,  qu'il  compare  au  flux  hé- 
morrhoïdal. 

Hippocratë,  Galien  et  Celse  avaient  particulièrement  signalé 
le  pissement  de  sang  comme»  symptôme  des  lésions  des 
reing  et  de  la  vessie  ;  Rufus  avait  admis  que  la  faiblesse 
des  re^ns  était  une  cause  de  pissement  de  sang;  Arétée  avait 
décrit  une  hématurie  liée  comme  les  hémorrlioïdes  à  un  état 
particulier  de  la  constitution  :  pour  les  médecins  arabes,  le 
pissement  de  sang  {miclns  samjinnis  ;  et  l'urine  sanguinolente 
{urina  sanguinca)  eurent  la  même  signification.  Ils  firent  en 
outre  mention  de  l'urine  sanguinolente  dans  quelques  maladies 


(1)  Oalcni.  Opéra,  cliissis  iv,  t.  ir,  p.  ^G,  in-fol.  Basilc.T,  i562. 

(2)  /4iV/.,i).  79. 

(3)  Arcfwi.  De  causis  et  sij^nis  aciit.  et  iliutumnr.  iiwih,,  p.  53,  in-fol. 
Liigd.  Bainv.,  1735. 


Al 


HÉMORRHAGIES  RENALES  {jlistonqiie).  4^7 

aiguës  (0  et  dans  des  cas  de  pléthore  ;  mais  en  donnant  plus  de 
développement  à  certaines  opinions  peu  fondées  des  médecins 
grecs  et  latins,  ils  contribuèrent  à  les  répandre,  comme  on  peut 
s'en  convaincre  en  consultant  comparativement  ce  qu'ils  ont 
écrit  sur  les  urines  sanguinolentes  dans  les  maladies  de  la  rate, 
sur  les  urines  semblables  à  de  la  lavure  de  chair  dans  les  ma- 
ladies du  foie  (a)  j  sur  les  pissemens  de  sang  provenant  des 
parties  supérieures  ;  sur  les  urines  sanguinolentes ,  suite  de 
faiblesse  des  reins  (31  ;  avec  ce  qu'ont  écrit  les  meilleurs  auteurs 
de  la  renaissance  ,  Fernel  (4)  et  Foreest,  par  exemple,  sur  les 
causes  des  hémorrhagies  rénales. 

J'ai  déjà  dit  que  certains  pissemens  de  sang  avaient  été  at- 
tribués à  des  maladies  de  la  rate.  A  l'appui  de  cette  opinion , 
Martin  Bogdan  (5)  cite  un  cas  d'hématurie  qu'il  croyait  produit 
par  la  compression  que  la  rate  tuméfiée  exerçait  sur  le  rein 
gauche.  Pour  moi,  le  fait  n'est  pas  concluant,  et  j'ajoute  que 
j'ai  vu  quelques  cas  de  déformation  du  rein  résultant  de  la 
compression  opérée  par  la  rate  engorgée  ou  par  d'autres  tu- 
meurs, et, sans  qu'il  en  soit  jamais  résulté  d'hémorrhagie.  J'ai 
fait  figurer  deux  de  ces  cas  d'aplatissement  du  rein  (Atlas, 
Pl.  xxxix,  fig.  4.  —  PI-  XL,  fig.  4). 

(i)  ATÏcenne.    Libri  in  rc  medica  omnes,  lib.  r,  fen  ii,  scct.  3,  p.  i4ii  in- 
fo). Venetiis,  1614. 

(a)  Ibid.,  lib.  iii,  fen  xix,  tract.  2,  p.  884. 

(3)  Ibid.,  lib.  ni,  fen  xviii,  tract,  i,p.  852. 

(4)  Fernel.  Universa  met/icjna,  patliologia ,  lib,  vj,  cap.  xiii,p.  54g,  in- 
fol.  Colonise  Allobrognm,  i679:«Qu,'Bcunque  bnjus  aline  cau'sae  tradi  soient,  ut 
rcnuiri  imbecilUtas,  simplex  eorum  apertio,  y'econf  infirmilas,  plctbora,  men- 
sium  aut  bxmorrbuVdum  suppressio  ».  Toutefois  dans  un  autre  passage, Fernel 
combat  l'opinion  des  mcdccias  qui  attribuent  certains  pissemens  de  sang  à 
des  maladies  du  foie.  Plus  tard,  Rensner  (Scbcnck.  Obs,  med.  rar.,  p.  468) 
crut  pouvoir  combattre  à  son  tour  l'opinion  de  Fernel,  se  fondant  sur  la 
taniéfaction  qu'il  disait  avoir  observée  dans  la  région  du  foie  dans  quelques 
cas  de  pisscment  de  sang  et  sur  les  avantages  de  la  saignée.  Pour  la  solu- 
tion de  la  question,  je  n'ai  pas  besoin  d'.njonter  que  ces  deux  remarques 
n'ont  aucunement  la  valeur  que  Reusner  leur  attribue. 

(5)  Cite  par  Bonct,  Seimlcretiim,  t.  u,  p.  572. 


438     liiâiôiiRHAGiES  niÎNALEs  {hislorïqué). 

HouUier  dit  avoir  vu  deux  jeunes  gens  qui  urinaient  du 
sang  pour  s'être  livrés  à  des  excès  vénériens;  il  cite  un  cas  d'hé- 
maturie dans  lequel  lë  pissement  de  sang  suppléait,  tous  les 
mois,  les  règles  supprimées  (i).  Le  commentateur  d'HouUier 
renouvela  l'opinion  consignée  dans  les  auteurs  arabes,  que  le 
sang  provenant  de  la  poitrine  pouvait  être  expulsé  par  les  reins. 

t)odoens  (2)  publia  un  cas  de  pissement  de  sang  qu'il  attri- 
fcua  à  la  faihlessc  des  reins,  cause  admise  par  îlufus. 

Marcel  Donati  (3)  rapporta  un  exemple  bien  caractérise 
d'héraorrhagie  ayadt  lieii  à-la-fois  par  les  voies  urinaires  et 
par  d'autres  voies.  Sylvius  remarqua  que  le  pissement  de  sang 
[miciio  cruenta)  était  quelquefois  une  crise  qu'il  ne  fallait  pas 
àrrèter  :  Nisi  vàcuaiiOne  immodica  vires  dcjiciant. 

L'auteur  de  la  première  collection  anatomico-pathologiquê , 
Sckenck  (4),  cita  un  cas  dans  lequel  un  individu  pléthoriqiié 
avait  rendu  à-la-fois  du  sang  par  les  voies  urinaires  et  par 
l'intestin.  Le  même  auteur  parle  d'une  réligieuse,  qui,  ses 
règles  ayant  été  suppriméés  pendant  quelques  mois,  éùt  des 
pissemens  de  sang  abondans.  Plus  tard,  des  exemples  ana- 
logues d'hématuries  supplémentaires  et  interinittentes  ont  été 
rapportés  par  divers  observaléiirs.  (5) 

Il  est  rare  que  la  perle  du  sang  dans  les  hématuries  soit 
assez  considérable  pour  occasioner  une  mort  subite.  Au  cas 
que  j'ai  rapporté  (§  766,  p.  337),  on  peut  ajouter  le  suivant,  ra- 
conté par  Fabrice  de  Hildén  (6)  :  «Un  noblé  de  Lausanne, 


(1)  Hollerii  Opéra,  pag.  406,  in-fol.  Paris,  1664. 

(2)  Dodonœi.  JUed.  obs.  exempta  rara,  obs.  xxxii',  p.  56,  in-i8,  Harder- 
Vici,  i52i. 

(3)  Marcel  Donati  cité  par  Lordat,.  Traité  des  hémorrhagies,  in-8,  Paris, 
1808,  p.  93. 

(4)  Schenck.  Obs,  nied.  rar.,  in-fol.  Lugdnni,  1744,  p.  468. 

(5)  Christophe  Burgmann,  in  Commerc.  litter.  Woremberg,  i'^33,it.  38^. 
—  Henri  van  Heer,  in  Act.  nal.  cur,,  vol.  m,  obs.  3i. —  Valerius,  cité  par 
Schenck,  obi.  med,,  p.  468.  —  De  Houst,  in  Ephem.  nat,  cur.,  dec.  u,  nn.  6, 
p.   174»  —  Van  Wenk,  ibid,,  dec.  ii,  an.  6,  p.  aSg. —  Kaiman,  in  Act.  nat, 

cur.,  vol.  VI,  obs.  3. —  Le  Boeof,dans  l'artcien  Journal  de  Médecine,  t.  v,  p.  80. 

(6)  Fabric.  Hildani,  Cent,  vi,  obs.  45. 


lïÉMORRÎÏiCIES  RÉNALES  (hlStoriqilé). 

parlant  en  public  à  ses  vassaux,  tomba  en  défaillance,  et  mou- 
rut d'un  pisseraent  de  sang  qu'il  avait  depuis  trois  semaines, 
et  dont  il  n'avait  pas  parlé  par  pudeur.  » 

ïi'opinion  que  certaines  bémorrhagies  rénales  étaient  dijes  à 
la  faiblesse  des  reins,  fut  reproduite  par  Fofeest  (i),  à  l'occa- 
aîon  dû  cas  d'une  fenlme  qui  rendait  de  l'urine,  tantôt  noire, 
tantét  trouble  et  mêlée  de  sang.  Poreest  partagea  aussi  l'opi- 
nion ancietineraent  émise  èl  qvii  attribuait  certains  pissemens 
de  sang  à  une  affection  dti  foie.  Entraîné  par  des  vues  hypotbé- 
tiqùesi  11  attribua  à  la  chaleur  du  foie  et  à  la  faiblesse  des  reins 
la  présence  du  sang  dans  l'urine  d'une  femme  atteinte  d'un 
tancer  au  sein.  Mais  à  côté  de  ces  hypothèses  se  trouvent  des 
observations  intéressantes  :  un  cas  d'hématurie  supplémentaire 
cl'hémorrboïdes ,  des  remarques  sur  l'hématurie  qu'occasion- 
nent quelquefois  les  chutes  sur  les  lombes;  sur  les  pisse- 
mens de  sang  que  déterminent  les  cantharides  ;  enfin  d'autres 
rèmarques  sur  les  pissemens  de  sang  occasionés  par  les  calcu- 
les des  reins. 

t)*autrès  observateurs  citèrent  des  cas  d'hématurie  plus  ou 
moins  intéressans.  Blaés  (a)  rapporta  un  cas  d'urine  sanguino- 
lènte  et  purulente  due  à  la  présence  des  calculs  dans  les  reins  j 
^liiis  (5)  observa  de  semblables  urines  dans  un  cas  de  fistule 
lombaire;  mais  les  recueils  les  plus  riches  en  faits  relatifs  aux 
pissemens  de  sang  et  de  maladies  des  reins  sont  les  ouvrages 
de  l'h.  Bonet  (4).  On  y  lit  le  cas  d'un  enfant  atteint  d'un  exan- 
thème et  chez  lequel  on  trouva  après  la  mort  du  sang  épanché 
autour  des  reins;  puis  un  cas  de  pissement  de  sang  habituel 
cliez  un  goutteux;  un  exemple  de  guérison  de  varices,  suivie 
de  pissement  de  sang  ;  un  cas  d'urine  sanguinolente,  puis  puru- 
lente, attribué  à  l'action  de  l'aloès  ;  un  cas  de  pissement  de  sang 
abondant,  revenant  tous  les  deux  mois  ou  à  de  plus  longs  in- 

(1)  Foresti.  Obs.  et  curât,  med..  U  n,  p.  iig,  in-fol.  Rothomagi,  i653< 

(2)  Blasii.  Obs.  med.,  cap.  4,  p.  468. 

(3)  'Willis.  De  urinis,  cité  par  Bonet,  Sepulcretum,  t.  u,  p .  690. 

(4)  Bonet.  Sepulcretum,  in-iol.,  Lugdnni,  1700,  t.  11,  p.  68g. —  Medicina 
teptfntrionalis,  lib.  u,  scct.  29,  de  urinis,  1. 1,  p.  822,  in-fol.  Genevœ,  1686. 


44o       HÉMORRHAGIES  RÉNALES  {hisloriqué). 

tervalles,  chez  un  homme  d'une  cinquantaine  d'années,  sans 
dérangement  notable  de  la  santé. 

Les  observations  deSydenham(i)  appelèrent  l'attention  sur 
une  autre  série  de  faits,  sur  les  urines  sanguinolentes  dans  les 
vario4es  hémorrhagiques  {variolœ  nigrœ). 

SchefFer  (2)  rapporta  un  cas  fort  remarquable  d'hémorrhagie 
rénale  coïncidant  avec  des  calculs  rénaux.  Un  homme ,  après 
avoir  joué  à  la  balle  avec  beaucoup  d'action,  fut  pris  d'une 
hématurie  qui  continua  abondamment  pendant  l'espace  de  huit 
jours.  Cette  hématurie  s'arrêta  ;  mais  elle  se  reproduisait  par 
le  plus  léger  exercice.  Des  douleurs  rénales  se  firent  sentir;  le 
ventre  se  développa,  et  le  malade  mourut  plusieurs  années 
après  l'accident.  A  l'ouverture  du  corps,  on  trouva  une  énorme 
tumeur  qui  cachait  presque  tous  les  viscères  du  bas-ventre,  à 
l'exception  du  colon,  qu'elle  avait  soulevé.  Cette  tumeur ,  for- 
mée par  le  rein  gauche,  avait  quatre  pieds  deux  pouces  de  cir- 
conférence dans  son  plus  grand  diamètre,  et  trois  pieds  dix 
pouces  dans  son  plus  petit.  A  la  coupe ,  il  en  sortit  diverses 
matières  de  couleur  jaune  ou  d'un  blanc  grisâtre,  et  plusieurs 
calculs  gros  comme  le  pouce  et  rudes  à  leur  surface.  Dans 
l'intérieur  de  la  tumeur ,  on  trouva  cinq  à  six  livres  de  sang 
coagulé.  Il  y  avait  plusieurs  calculs  dans  l'intérieur  de  cette 
poche. 

Frédéric  Hoffmann  (3)  rapporta  plusieurs  cas  intéressans  de 
pisseraent  de  sang ,  dans  sa  dissertation  :  De  hemorrhagia  ex 
nrinariis  viis ,  notamment  des  cas  qu'il  attribue  à  la  pléthore 
ou  à  la  répercussion  d'une  éruption  scabieuse.  Hoffmann  pense 
que  les  hémorrhagies  qui  proviennent  des  reins  sont  peu  dou- 
loureuses (  quod  si  sanguis  sincerus  confertim  et  sine  dolore 
mingitur,  ex  renum  substantia  vasculosa  sanguinem  illum  pro- 
diisse  sciendum  )  ;  mais  ce  caractère  est  loin  d'être  constant.  La 
remarque  d'Hoffmann  n'est  vraie  qu'autant  qu'elle  fait  seule- 

(1)  Sydenbam.  Opéra  medica.,  tom.  i,  pag.  a34.  Epist.  ad  Gnl.  Cole. 

(2)  Ephenu  nat.  cur,,  dec.  1.  an  9  et  to;  obs.  cii,  p.  258,  1680. 

(3)  Hoffman  (Fred.).  Opéra  omnia,  t.  iv,  pavs  1',  Doct.  haemorrhagiarum , 
iu-fol. Gcuevac,  1761,  p.  aSi. 


HÉMORRHAGiEs  RÉNALES  {historique).     44 1 

meut  allusion  à  l'absence  des  symptômes  de  maladies  de  la 
vessie  dans  les  cas  simples  d'hémorrhagie  rénale. 

On  trouve  dans  Morgagni  quelques  remarques  sur  les  urines 
sanguinolentes  dans  les  maladies  des  voies  urinaires.  Morgagni 
rapporte  un  exemple  d'urine  légèrement  sanguinolente , 
chez  un  homme  sur  le  dos  duquel  était  tombé  un  morceau  de 
bois  qui  avait  fracturé  plusieurs  vertèbres  lombaires  (i).  Il  cite 
le  cas  d'un  enfant  atteint  de  calcul  dans  la  vessie ,  et  dont  l'u- 
rine était  sanguinolente  (2).  licite  encore  (3)  le  cas  d'une  femme 
dont  les  urines  étaient  sanguinolentes  et  fétides ,  et  chez  la- 
quelle existait  un  ulcère  au  col  de  l'utérus  et  des  calculs  dans 
un  des  reins. 

Après  avoir  analysé  et  comparé  les  diverses  conditions  dans 
lesquelles  on  avait  observé  du  sang  dans  l'urine,  Sauvages  (4) 
créa  le  genre  Eèmaturte,  qu'il  divisa  en  quinze  espèces  {ff. 
sponianea,  H.  violenta  ex  vomiUt,  H.  decepttva,  H.  purulenta , 
H.  calculosa,  H.  in  exanthematicis ,  H.  ejaciilatoria,  H.  siilla- 
titia,  H.  kœmorrhotdalù,  H.  spuria,  H.  nigra,  ff.  catatnenialïs, 
ff.  a  irons fusione ,  H.  iraumatica,  H.  a  vcrme).  Deux  de  ces 
espèces  {à.  decepttva,  H.  spuria)  ne  sont  pas  des  héraorrhagies, 
mais  les  autres  espèces  correspondent  généralement  à  des  con- 
ditions morbides  assez  bien  déterminées.  Toutefois,  plusieura 
des  espèces  de  Sauvages  ne  constituaient  réellement  que  des 
variétés,  et  la  distribution  des  hématuries  adoptée  plus  tard  par 
Pinel(5)  (H.  constitutionnelle,  H.  accidentelle,  H.  succédanée, 
H.  critique,  H.  symptomatique  )  est  évidemment  plus  régulière 
et  plus  pratique. 

Les  pertes  de  sang  abondantes  et  répétées  par  les  voies  uri- 
naires peuvent  être  suivies  non -seulement  d'anémie,  mais 
encore  dans  quelques  cas  rares  d'une  véritable  hydropisie. 


(1)  Morgagni.  De  sed.  et  eaus.  morb.,  epist.  iv,  §  26. 
(a)  Ibid.,  epist.  XLii,  §  8. 

(3)  Ibid.,  XLi,  §  i3. 

(4)  SauTagcs.  Nosologia  ««W/c»,  t.  u.  p.  3oo,  in.4.  Amstclodami,  1768. 
{5)]Dtctwnnairedes  sciences  médicales,  art.  Hématurie. 


44*     fiÉMÔftiiriAÈiÉs  niÎNALES  {historique). 

Van  Swieten  (i)  rapporte  qu'un  écuyer  qui  se  plaisait  à  domp- 
ter des  chevaux  fougueux ,  eut  un  pissement  de  sang  si  abon- 
dant, qu*il  en  rendit  près  de  huit  livres  tout  liquide  en  peu 
d'heures,  puis  il  sortit  des  caillots  en  causant  beaucoup  de 
dôiileurs.  Après  aVoir  observé  lè  repos  èt  pris  des  remèdes 
eônvéuables ,  il  échappa  à  Un  Û  grand  danger,  et  vécut  sans 
incomtriodités  pendant  plusieurs  années.  Mais,  méprisant  les 
cbriseils  qu'on  lui  doiinâit  pour  sa  santé,  il  eiit  une  hémorrha- 
glë  plus  forte  ét  plus  longue  que  la  précédente,  et  mourut  hy- 
dropiqûe.  Dàiis  d'autres  cas  analogues  au  précédent,  les  mâ- 
ladès  sont  morts  anèmiqùés  sans  hydropisie  (Obs.  iï). 

J'ai  déjà  dit  que  les  habilans  des  pays  chauds  étaient  parti- 
iiUliêrèment  sujets  aux  pissèmenS  de  sang  ;  je  croîs  dêvoir 
ajoUlef  ici  qùë  ce  tait  n'avait  pas  échappé  à  Desauli  (a).  «Nous 
àvôns  gdéri  dé  cette  raalàdié ,  dit-il ,  plusieurs  soldâts  reve- 
faànt  des  gfàndes  îndés.i) 

J'aî  parlé  plus  haut  d'hémorrîiagiès  fenâles  ààiis  lesquelles  on 
avait  observé  l'expulsion  de  caillots  vèrmîformes.  tîn  des  exem- 
ples les  plus  èxtraordinâireS  de  cès  concréiîons  sanguines  est  ce- 
lui quia  été  communiqué  par  TrOnchin  (3)  àl'AcadémiedesScién- 
cês  de  Paris  :  tïri  liommé  de  Soans,  très  connu  à  Amsterdam,  assez 
sanguin  et  un  peu  mélancolique,  ayant  eu  une  hémiplégie  dont 
il  était  assez  bien  rétabli ,  sujet  depuis  plusieurs  années  à  la 
gràvelle,  et  qui  avait  rendu  environ  une  once  de  graviers  a-la- 
fois,  fut  tout-à-coup  saisi  d'une  rétention  d'urine,  après  un 
violent  exercice  lîu  corps.  Au  bout  de  peu  de  temps,  et  après 
de  vives  douleurs  dans  l'urèthre,  il  sortit  de  ce  Canal  Un  corps 
noirâtre  de  la  grosseur  d'une  plume  d'oie  et  de  la  figure  d*un 
vèr.  Ce  corps,  long  de  vingt  pouces,  ayant  été  tiré  doucement 
il  sortît  dè  l'urine  mêlée  avec  beaucoup  de  sang.  tJn  quart 
d'heure  après ,  il  en  vint  un  second  d'une  aune  de  longueur. 
Depuis  ce  temps-là,  pendant  quatre  jours  et  quatre  nuits,  il 


^i)  Van  Swieten.  Comment,  in  aphorismos  BoeTbaàTê,^  1422,  t.  v,  ji.  i5l, 
(a)  Ccsault.  OEùtres  clilrurg.,  t.  m,  page  3g. 
(3)  Académie  des  sciences  de  Paris,  année  i 


HÉMORRHÀCitES  HÉNÀLES  {Mstoriqué).  ^43 

sortit  presque  toutes  les  demi-lieures  de  pareils  corps  inégaux 
en  longueur,  et  dont  le  plus  long  avait  jusqu'à  douze  aunes. 
C'était  visiblement  du  sang  auquel  l'uretère  avait  servi  de 
filière.  Il  était  très  brun ,  et  devenait  plus  vif  en  couletir  dès 
(ju'il  était  exposé  à  l'air  •  sà  surface  reprenait  alors ,  par 
liuances  Successives,  sa  coùlètlr  hatûrëlle,  et  la  conservait  en- 
Stilté  dans  l'èsprit-dé-vin  ;  de  plus ,  ce  sang  y  acquérait  une 
grande  ténacité. 

Si  dans  un  assez  grand  nombre  de  maladies  l'urine  contient 
de  l'albumine  avec  ou  sans  globules  sanguins ,  les  véritables 
héraorrhagies  rénales  sont  rares  à  Paris.  Pierre  Frank  (i)  a 
fait  la  même  rémarque  à  Viènne  :  sur  191 3  malacies  traités  par 
l&î  pendant  sept  ans,  un  seul  a  été  atteint  d'hématurie;  et 
iUr  i3,4Ô7  individus  morts  dans  l'hôpital  général  de  Vienne , 
tih  Seul  a  été  emporté  pat  une  hématurie  ;  énfin,  sur  4.,Ooo  in- 
dividus atteints  de  maladies  graves  et  rarés ,  choisis  au  grand 
hôpital  de  Paviè  et  traités  à  l'Institut  Clinique,  daûs  l'e&pace 
de  dix  ans,  Frank  n'a  vu  que  six  cas  d'hématurie  spontanée. 
J'ai  déjà  dit  que  dans  les  pays  chauds  la  proportion  des  cas 
fl'hématurie  était  beaucoup  plus  conSidérablé. 

J'ai  fait  remarquer  que  les  anciens  admettaient  que,  dans  les 
hialadieS  de  la  rate  ,  l'urihe  était  quelquefois  sànguinolenteii 
Cette  opinion,  propagée  pâr  les  Arabes  et  reproduite  pat"  les 
hleilleurs  auteurs  de  la  renaissance,  paraît  avoir  été  adniisë  par 
Pierre  Frank,  un  des  plus  grands  praticiens  des  temps  mo- 
dëmès.  «c  L'hématurie,  dit-il,  est  ôrdinairèraènt  mortelle  dans 
les  fièvres  àsthéniqùes,  dans  la  variole.  Cependant,  nous  avons 
VU  Un  enfant  àtteinl  de  cettê  dernière  iualadiê  rendre  des 
urlttïs  prêstjûe  noirés  èt  sanglantes  sans  aucunes  suites  fâ- 
chfetises;  mais  il  portait  une  inmciir  de  la  raté,  et  dans  les  ôh- 
Slruclioris  dë  ce  viscère  lës  tirinèS  noires  ne  sont  pas  ûn  tnaû- 
Vâîs  signé.  »  Malgré  une  si  grande  aulbrité,  une  foule  d'obsèr- 
Valions  rrl'àiltorisent  à  penser  qu'une  telle  influence  sur  Ptirinè 
dë  la  pât-t  de  la  fatè  à  besoin  d'être  prouvée  par  de  houvèaux 
fkits. 


(1)  P.  Frank.  Ejntome,  trad.  franc.,  t.  m,  p.  867. 


444 


HYPÉB.ÉMIE  DKS  UEINS. 


Hypérémie  des  reins. 

§  798.  L'hypérémie  des  reins  se  rencontre  dans  plusieurs 
maladies  locales  des  reins,  dans  des  affections  d'autres  organes, 
ou  dans  des  affections  générales.  Elle  peut  êlre  générale  ou 
partielle  ;  elle  peut  affecter  un  ou  plusieurs  des  tissûs  du  rein 
seulement;  elle  peut  se  borner  à  certaines  portions  de  cet  or- 
gane, en  envahissant  ces  deux  substances,  ou  bien  être  limitée 
à  l'un  de  ses  éléinens.  L'hypéréniie,  au  lieu  d'être  uniforme 
dans  un  rein,  n'en  attaque  parfois  que  certaines  portions,  tan- 
dis que  d'autres  restent  avec  leur  couleur  ordinaire,  ou  même 
sont  frappées  d'anémie.  On  doit  distinguer  ces  hypérémies  des 
colorations  livides  que  les  reins  éprouvent  par  l'imbibition  ca- 
davérique du  sang  ;  colorations  le  plus  souvent  uniformes , 
d'autres  fois  disposées  sous  forme  de  bandes  ou  de  lignes,  et 
qui,  presque  toujours,  sont  accompagnées  d'une  odeur  de  pu- 
tréfaction. 

J'ai  vu  plusieurs  fois  les  bouts  des  mamelons  considérable- 
ment gonflés  et  d'un  rouge  pourpre,  sans  que  cette  rougeur  fût 
partagée  par  les  autres  portions  de  la  substance  tubuleuse,  ou 
par  la  substance  corticale.  Cette  apparence  existe  souvent  chez 
les  phthisiques.  Plus  souvent  encore,  dans  une  portion  delà 
substance  corticale ,  pâle ,  anémique ,  on  trouve  un  pointillé 
rouge  très  marqué  et  régulier,  dû  à  une  injection  très  pronon- 
cée des  glandules  de  Malpighi.  D'autres  fois,  ce  sont  les  stries 
vasculaires  de  la  substance  corticale,  ou  de  la  substance  tubu- 
leuse, qui  deviennent  d'un  rouge  très  marqué,  et  qui  se  déta- 
chent fortement  sur  un  fond  comparativement  pâle.  Enfin, 
dans  d'autres  circonstances,  c'est  le  réseau  vasculaire  superfi- 
ciel qui,  en  conservant  sa  disposition  polygonale,  est  beaucoup 
plus  fortement  injecté  que  d'habitude;  quelquefois  même  des 
vaisseaux  superficiels  se  dessinent  sous  la  forme  d'étoiles,  à  la 
surface  des  reins  ;  d'autres  plus  volumineux  se  déploient  en 
arborisations  sur  la  capsule  fibreuse  et  dans  la  graisse  qui 
l'entoure. 

i  799.  Quelquefois  on  rencontre  des  hypérémies  des  reins 


HYPÉRÉMIE  DES  REINS.  445 

par  cause  locale.  Ainsi,  dans  la  phlébite  rénale,  quand  la  mort 
arrive  peu  de  temps  après  le  début  de  l'afTection,  on  trouve  le 
rein  gonflé,  dur  et  d'un  rouge  foncé  (Atl,as,  Pl.  xxxiii,  fig.  6). 
L'Iiypérémie  qu'on  observe  dans  la  première  période  des  di- 
verses espèces  de  néphrites,  simple  (i),  albumineuse  (a),  par 
poisons  morbides,  etc.,  ne  doit  pas  être  détachée  de  la  descrip- 
tion de  ces  afFeclions  rénales  (Voyez  :  NiPHBiTEs).  Parfois  aussi 
ou  observe  l'hypérémie  des  reins  dans  certaines  hématuries. 

§  800.  Parmi  les  maladies  des  autres  organes  qui  peuvent  dé- 
terminer l'hypérémie,  celles  du  cœur  (3)  sont,  de  toutes,  celles 
qui  exercent  le  plus  d'influence.  Le  plus  souvent  alors,  l'hypé- 
rémie est  générale  :  les  reins  sont  d'un  rouge  foncé,  ou  d'une 
couleur  de  porphyre,  qui  donne  un  aspect  brun  ou  noirâtre  à 
leurs  enveloppes  extérieures  (§  5fii). 

Parfois  la  substance  corticale  est  fortement  congestionnée, 
tandis  que  la  substance  tubuleuse  est  d'une  couleur  naturelle, 
ou  même  tout-à-fait  pâle.  Plus  souvent  c'est  la  substance  tu- 
buleuse qui  est  hypérémiée,  surtout  vers  la  base  des  cônes  dans 
le  voisinage  des  arcades  vasculaires;  quelquefois  alors  la  sub- 
stance tubuleuse  offre  une  couleur  rouge  foncé ,  et  se  détache 
fortement  de  la  substance  corticale. 

Non-seulement  on  observe  ces  hypérémies,  soit  de  la  totalité 
du  rein ,  soit  d'une  de  ses  substances ,  dans  les  maladies  du 
cœur  et  des  gros  vaisseaux;  mais  on  les  rencontre,  quoique 
plus  rarement,  dans  les  maladies  de  l'appareil  digestif,  dans 
les  maladies  du  foie,  dans  la  pneumonie,  la  pleurésie,  la  bron- 
chite intense,  le  rhumatisme  aigu,  etc.  Quelquefois  même  on 
les  a  vues  dans  des  maladies  qui  n'avaient  occasioné  aucun 
dérangement  notable  de  la  circulation  générale ,  dans  des  af- 
fections chroniques  de  diverses  natures. 

(1)  Tome  1,  obs.  tu,  p.  465;  obs.  Lxi,  p.  5oo;  obs.  i,xxi,  p.  53oj 
obï,  ixxit,  p.  535;  obs.  ixxiv,  p.  545  ;  obs.  lxxix,  p.  563  ;  p.  5^0  ;  obs.  xcv, 
p.  5g8  ;  obs.  xcTi,  p.6o5. 

(2)  Tome  II,  obs.  viii,  p.  1^5;  obs.  ix,p.  177;  obs,  x,  p.  i8aj  oba.  xti, 
p.  tgG;  obs.xxxviii,  p.  294;  p.  434;  obs.  Lxix,  p.  434;  p.  454. 

(3)  Tome  11,  obs.  xxxiy,  p.  ajS. 


La  mrgesçençe  spnguiiiq  des  reins  a  plé  oh^cryép  phçz  ^pg 
gujets  morts  subitement,  et  gujiout  d'asphyxie.  On  voit  quel- 
quefois aussi  le  rein  se  gonfler,  s'hypérpmier  sous  l'influeuçe 
de  certains  poisons  morbides  ,  sans  offrir  aucune  apparence 
d'inflammation.  Ces  hypérémies  seinbjent  dyes  à  deq  jiltérations 
particulières  du  sang.  Dans  le  charbon  des  animaux,  les  reins 
livides,  mollasses,  sont  gorgés  de  sang,  et  exhalent  bientôt  une 
odeur  ipfeçte. 

Pqns  l'bypprémie  des  {eii^?,  l'uriue  est  quelquefois  chargée 
d'albumine,  et  peut  pontenir  des  globules  sanguins. 

Le  traitenient  de  l'hypérémie  des  reins  est  entièrement  su- 
bordonné ^ux  conditions  qui  donnant  beu  à  1^  fluxion  san- 
guine ou  à  la  st^sp  du  sang  (Voyez  :  NipiiRiTEs  ;  ÏIémorkha.- 

GlES  RÉNALES  ,  etc). 


Observations  particulières. 

§  8pi.  Je  n'ajouterai  qu'un  seul  fait  aux  exemples  d'hypé- 
réwiedes  rein§  déjà  publiés  j  fait  remarquable,  en  ce  que  Vhy- 
pèréppie  ^  élp  observée  dan^  plu3ieui"s  organes,  che?  un  hpnmie 
épuisé  par  de  longues  souffrances ,  pt  mort  surtout  par  suite 
d'une  longue  sibstinençp  : 

Çarny,  âgé  de  ans,  gaiçon  de  peine,  entra  à  l'hôpital  de 
lia  Chfirité  le  ?i  février  i836.  Cpt  hoinme  fait  l'emonter  à  cinq 
mois  Ips  prpiuiers  symptômes  iie  ^^i  nialadie.  A  cett£  époque , 
ses  digestiops  se  (rpublèrept;  elles  étaient  lentps,  pénibles ,  et 
s'accompagnaient  de  voraissemens.  Ces  mêmes  accidens  s'ag- 
gi'gvprent  pendant  son  séjour  à  l'hôpital.  Soumis  à  un  régime 
s^yèrf  I  il  renchérissait  encore  sur  la  diète  forcée,  pt  dans  les 
quinze  derniers  jours  dp  s.4  vie  ,  il  fallait  presque  le  violenter 
pour  le  décider  à  prendre  un  bouillon  dans  la  journée.  On 
peut  dire  qu'il  est  mort  d'inanition.  Il  en  était  venu  à  ce  point 
de  maigreur ,  que  ïe  ventre  était  tout-à-fait  creux,  et  que  l'on 
touchait  la  colonne  vertébrale  absolument  comme  si  le  doigt 
n'en  fiât  séparé  que  par  la  peau  des  parois  abdominales. 

Jamais  de  maladies  des  voies  urinaires.  Mort  le  4  avril  i836. 

Aulopsie  du  cadavre.  Presque  tous  les  organes,  mais  surtout 


f 


les  reins  et  le  foie,  préseptaient  i^ne  hypérémie  remarc^uable. 
Les  deux  reins  étaient  gorgés  de  sang;  toute  leur  substance 
était  d'un  rouge  foncé,  absiolument  comme  si  elle  avait  été  teinte 
avec  du  sang.  Dans  la  substance  corticale,  dans  la  substancp 
Jubuleuse  et  dans  les  mamelons,  cette  rougeur  était  des  plus 
prononcées,  mais  plus  mate  dans  les  tululi.  Du  reste ,  le  vo- 
lume et  la  consistance  des  reins  étaient  naturels ,  et  il  n'y 
avait  rien  autre  à  noter  dans  l'appareil  urinaire. 

Tout  le  tube  intestinal ,  surtout  le  gros  intestin  offrait  UOP 
teinte  rosée.  L'estomac  était  ramolli  dans  presque  toute  sopi 
étendue;  il  ne  restait  d'intact  de  la  membrane  mucjueuse  qu'ion 
espace  irrégulier,  une  sorte  d'îlot  ovale,  tout  près  de  l'orifice 
supérieur  de  l'estomptc  ;  daqs  tous  les  autres  poipts,  cette  mein- 
îjrane  était  d'un  gris  noir,  njoUe,  et  s'enlevait  avec  la  plus 
^•ande  facilité ,  non  par  lambeaux  plus  ou  moins  larges ,  mais 
en  détritus . 

Anémie  des  reins. 


§  .Soa.  Vanémie  peut  exister  dans  ui^  seul  rein  qv^.  dans  Jes 
j^ux  reips  à-la-fpis  j  elle  peijt  être  partielle  qu  générale ,  com- 
plète ou  incpraplàte, 

|j'anéini§  ne  constitue  presque  jamais  une  lésion  primitive 
des  reins.  C'est  tantôt  une  condition  dépendante  d'une  ané- 
mie générale  ;  c'est  tantôt ,  au  contraire ,  la  conséquence  de 
diverses  altérations  des  reins  qui  s'opposent  plus  ou  nioins  à 
ce  que  le  sang  pénètre  normalement  leur  substance. 

L'anémie  des  reins  existe  rarement  seule,  et  indépepdam- 
ment  d'avitres  altérations  rénales ,  hop  les  cas  oii  ellp  e§t  simp)[e 
pbénoraène  d'une  anémie  générale.  Lorsqu'elle  e§t  4ue  ^  mi 
élat  local  de  la  circulation  rénale,  elle  est  presque  toujours  ac- 
compagnée d'autres  lésions  des  reins  ;  c'est  pour  cela  que  les 
modifications  que  l'urine  peut  recevoir  de  l'anémie  rénale , 
considérée  en  elle-^êrae ,  et  indépendamment  de  l'affaiblisse- 
ment général  de  la  constitution,  ou  de  lésions  rénales  con- 
comitantes, sont  si  difficiles  à  apprécier.  A  cet  égard,  je  pe 
puis  fournir  aucun  indice ,  aucune  donnée. 


« 


448  AM^MIE  DES  REINS. 

Bien  que  la  coloration  naturelle  des  reins  soit  généralement 
connue,  il  est  à-peu-près  impossible  de  dire  le  point  oii  la  dé- 
coloraiion  des  reins  doit  être  considérée  comme  une  anémie. 
Les  reins  qui  offrent  une  anémie  douteuse  ou  incomplète,  sont 
ordinairement  désignés  sous  le  nom  de  reins  peu  colorés  ou 
pâles.  Le  nom  d'anémie  est  plus  généralement  appliqué  aux 
reins  d'un  blanc  laiteux  ou  jaunâtre. 

§  8o3.  Plusieurs  états  morbides  des  reins  peunrent  donner 
lieu  à  une  anémie  partielle  ou  générale  de  ces  organes.  De  toutes 
les  causes  qui  amènent  cet  état,  la  plus  fréquente,  sans  contre- 
dit, est  l'inflammation.  C'est  un  phénomène  remarquable  que 
ces  décolorations  rénales ,  qu'on  observe  surtout  dans  la  sub- 
stance corticale,  plus  sujette  à  être  enflammée  que  la  sub- 
stance tubuleuse.  Dans  la  néphrite  simple  (i)  et  dans  la  né- 
phrite albumineuse  (a),  c'est  chose  ordinaire  qu'un  mélange  de 
plaques  ou  de  taches  rouges  hypérémiées ,  et  de  plaques  d'un 
blanc  jaune  plus  ou  moins  anémiques,  et  qui  donnent  aux  reins 
l'aspect  marbré  ou  piqueté  (3). 

Il  est  commun  de  voir,  dans  les  périodes  avancées  de  la  né- 
phrite albumineuse,  les  reins  offrir  extérieurement  une  teinte 
jaunâtre,  générale,  avec  une  altération  particulière  de  la  sub- 
stance corticale.  Il  n'est  pas  rare  enfin  d'observer,  soit  à  la 
suite  de  la  néphrite  simple,  soit  après  la  néphrite  albu- 


(t)  Tome  1,  obs.  l,  p.  4^3;  obs,  Li,  p.  462;  obs.  xc,  p.  Sqo;  obs,  ci, 
p.  60g  ;  obs.  cm,  p.  624. 

(2)  Tome  II.  obs.  xvui,  p,  2o3  ;  obs.  xxi,  p.  209  ;  obs.  «svi,  p.  227  ; 
obs,  xxTin,  p.  241;  obs.  XXIX,  p.  246;  obs.  xxxvi,  p.  285;  obs^jjjjigjî),  p.  286  ; 
obs.  xxxix,  p.  298;  obs,  XL,  p.  3o2;  obs.  XLi,  p.  309;  ob^y^,"  p.  3i2j 
obs.  xLiT,  p.  527  ;  obs.  xlvi,  p.  33o;  obs.  xlvii,  p.  332;  fiit^xLyat,  p.  335; 
obs.  XLix,  p.  337;  obs.  LU,  p.  349;  obs.  lui,  p.  3^^  oDÎj^|ï.T,  p.  368; 
obs.  Lvii,  p.  37g  ;  obs.  lix,  p.  389;  obs,  lx,  p.  379;  obs.  lxt.  p. 

p.  455;  obs.  Lxxv,  p.  478.  ^ 

(3)  Tome  u,  obs.  xxtïi,  p.  23r;  obs.  liv,  p.  364;  obs.  lvi,  p. 
obs.  LViu,  p.  383;  obs.  lix,  p.  389;  obs.  Lxu,p.  402;  obs.  Lxiv,  p.  407, 
obs,  ixvj,  p.  4i5  ;  obs.  tvm,  p.  422  ;  obs.  i.xxiv,  p.  476  ;  obs.  lxxtui,  p.  49°; 
obs,  j.xxix,  p.  49^' 


ANKmE  DES  REINS.  449 

mineuse,  des  reins  indurés,  généralement  décolorés,  anémi- 
ques, à  difierens  degrés,  surmontés  ou  non  d'étoiles  vascu- 
laires. 

5  8o4.  Les  anémies  jaunes  des  reins  doivent  être  distinguées 
des  colorations  jaunes ,  dues  à  des  infiltrations  de  pus  ou  à 
des  dépôts  fibrineux  décolorés.  Mais  cette  distinction  n'est  pas 
toujours  facile,  excepté  pour  les  cas  d'infiltrations  purulentes 
qui  ,  à  l'inspection  microscopique  ,  présentent  des  globules  de  . 
pus.  Lorsque  le  sang  pénèlro  difficilement  ou  ne  pénètre  pas 
dans  les  ramifications  des  vaisseaux  des  reins,  l'anémie  est  sui- 
ï  vie  ou  accompagnée  d'atrophie.  De  semblables  reins  sont  dif- 
t  ficilement  injectés,  et  l'inspection  microscopique  des  vaisseaux 
i  en  fait  reconnaître  l'obstruction. 

Quant  à  l'anémie  jaunâtre  ,  consécutive  k  l'inflammation ,  je 
■  crois  que  cette  coloration  jaune  tient  souvent  à  la  décoloration 
»  et  à  l'altération  des  globules  de  sang  infiltrés,  quoique  je  n'aie 
pas  encore  un  assez  grand  nombre  d'observations  pour  affirmer 
d'une  manière  positive  que  les  choses  se  passent  toujours  comme 
je  viens  de  l'indiquer.  Ce  phénomène  a  quelque  analogie  avec 
ij  la  décoloration  jaune  qu'on  observe  à  la  peau,  à  la  suite  de  pé- 
téchies  et  d'une  foule  d'inflammations  de  forme  et  de  nature 
diverses. 

S  8o5.  L'anémie  des  reins  peut  résulter  d'autres  causes  :  de 
la  rétention  de  l'urine  ,  du  pus  ou  d'une  humeur  séreuse  dans 
lila  cavité  dea  bassinets  et  des  calices.  Lorsque  le  rein  est  ainsi 
comprimé  de  dedans  en  dehors,  si  ces  conduits  ne  cèdent 
pas  ou  cèdent  peu,  les  mamelons  s'affaissent,  et  il  s'ensuit 
une  atroph^  de  la  substance  tubuleuse  et  souvent  de  la  sub- 
stance coplieale.  Dans  ces  cas,  la  substance  corticale  prend 
80uveûr^;4||flpinte  analogue  à  celle  de  la  chair  de  veau  (Atlas, 
Pl.  xxx*,*!^:^  ou  une  teinte  un  peu  plus  jaunâtre,  et  la  sub- 
tance Jub^Mfcé,^^ient  d'un  rose  pâle. 

I^'a>itres  causes  ^ui  agissent,  au  contraire,  en  comprimant 
le  r^in  de  dehors  en  dedans,  des  abcès  par  congestion,  des  tu- 
■ÊÊtfiu-s  de  la  rate  ou  du  foie,  ou  du  gros  intestin,  etc.,  peuvent 
anss^  occasioncr  une  anémie  partielle  ou  générale  des  reins. 
Enfin  les  obstructions  des  artères  rénales  sont  une  dernière 


450  ANÉMIE  DES  REINS. 

cause  d'anémie.  Comme  on  voit,  l'absence  du  sang  dans  les 
reins  et  l'anémie  qui  en  est  la  suite ,  peuvent  dépendre  de  lé- 
sions très  différentes.  Ces  décolorations,  bien  rarement  sim- 
ples, sont  presque  toujours  accompagnées  d'autres  lésions  ré- 
nales. 

D'autres  causes  de  l'anémie  des  reins ,  telles  que  la  diminu- 
tion de  la  quantité  totale  du  sang  par  les  saignées  ou  par  les 
hémorrhagies ,  agissent  sur  toute  l'économie.  L'anémie  ré- 
nale peut  être  aussi  la  suite  de  maladies  long-temps  prolon- 
gées ou  d'états  cacbçctiques.  Chez  des  sujels  morts  d'hémor- 
rhagie  on  a  trouvé  les  reins,  comme  les  autres  organes,  dans 
un  état  d'anémie  bien  prononcé.  Les  reins  des  plithisiques 
sont  assez  souvent  exsangues  et  décolorés ,  soit  d'une  ma- 
nière générale,  ce  qui  a  lieu  le  plus  souvent,  soit  partiellement, 
cas  oîi  ils  offrent  des  marbrures  rougeâtres  sur  un  fond  déco- 
loré (Atlas,  Pl.  xxxii,  fig.  5  et  6).  La  même  remarque  s'ap- 
plique aux  anémies  des  reins  qu'on  observe  chez  des  sujets 
morts  après  d'autres  maladies  de  langueur. 

Dans  les  maladies  chroniques  du  foie,  accompagnées  d'icètre, 
il  n'est  pas  très  rare  de  rencontrer  des  reins  d'une  couleur 
jaune-pâle  ;  circonstance  qui  est  due  à  ce  que  les  reins,  plus 
ou  moins  privés  de  sang ,  laissent  mieux  apercevoir  que  des 
organes  plus  ou  moins  rouges ,  la  teinte  jaune  iclérique  com- 
muniquée à  tous  les  viscèi-es  (Atlas  ,  Pl.  xxxii,  fig.  2). 

Il  y  a  d'autres  anémies  rénales,  différentes  des  simples  ané- 
mies que  je  viens  de  signaler,  et  qui  se  distinguent  par  une 
teinte  jaune  bien  tranchée.  On  les  observe  dans  certaines  ma- 
ladies aiguës,  surtout  dans  les  résorptions  purulentes,  dans  la 
fièvre  typhoïde,  dans  certaines  gangrènes  des  poumons.  On 
les  voit  aussi  dans  quelques  maladies  chroniques,  surtout  dans 
le  cancer.  Je  les  ai  observées  également  dansi|nuelques  cas  de 
scorbut,  avec  ramollissement  des  gencives ,  av'ec  de  larges  ec- 
cbymoses  dans  les  muscles  et  dans  le  tissu  cellulaire  des  mem- 
bres inférieurs ,  et  avec  des  pétéchies  dans  plusieurs  organes. 
Dans  ces  cas,  les  reins  ont  une  teinte  jaune  particulière  qu'on 
peut  comparer  à  celle  de  l'argile  jaune  ou  du  café  au  lait,  ott 
à  celle  de  certains  foies  gras. 


AJNÉMIE  DES  REINS. 


45i 


Observations  particulières. 

§  806,  L'étude  des  décolorations  des  reins  étant  beaucoup 
plus  compliquée  que  celle  de  Thypérémie,  j'ai  cru  devoir  con- 
signer ici  les  observations  suivantes  comme  pièces  à  l'appui 
des  remarques  générales  présentées  plus  haut. 

Les  décolorations  des  reins  sont  de  natures  diverses,  et  mal- 
heureusement tout  est  à  découvrir  en  ce  qui  touche  les  chan- 
geraens  qu'elles  peuvent  apporter  dans  la  sécrétion  de  l'u- 
aine. 

§  807.  L'anémie  des  reins  peut  être  quelquefois  le  résultat 
à'une  perte  de  sang  plus  ou  moins  considérable  ou  d'une  diète 
sévère,  prolongée.  Chez  un  enfant  de  ao  mois,  mort  d'une  colite 
aiguë,  très  intense,  qui  s'était  entée  sur  une  inflammation 
chronique  de  l'intestin,  et  auquel  on  avait  appliqué  des  sang- 
sues à  deux  jours  d'intervalle  et  deux  ventouses  scarifiées  sur 
la  région  lombaire  le  cinquième  jour,  j'ai  trouvé  les  deux  reins 
d'un  blanc  jaunâtre  comme  du  lait  teint  par  quelques  gouttes 
de  café.  Les  poumons  étaient  anémiques  et  offraient  quelques 
pétéchies  à  leur  partie  postérieure.  Le  foie,  d'une  coloration 
assez  foncée,  présentait  quelques  bandes  anémiques.  La  rate 
était  d'une  teinte  ardoisée  assez  foncée.  Le  cœur  contenait  du 
sang  noir  et  des  caillots  fibiineux,  décolorés;  le  cerveau  était 
très  humide ,  et  les  ventricules  contenaient  une  assez  grande 
quantité  de  sérosité. 

§  808.  Voici  un  exemple  d'anémie  d'un  des  reins  déterminée 
par  une  comjtrcssion  exercée  sur  cet  organe.  Chez  un  individu 
atteint  d'un  grand  abcès  froid,  lombaire,  du  côté  droit,  pro- 
venant d'une  carie  vertébi-ale,  le  rein  contigu  était  d'un  blanc 
légèrement  jaunâtre ,  sans  diminution  notable  de  volume.  Le 
rein  et  l'uretère  étaient  collés  fortement  contre  les  parois  de 
l'abcès.  A  l'extérieur  et  à  l'intérieur,  le  rein  était  remarquabk 
par  une  pâleur  jaunâtre.  La  poche  purulente  s'étendait  un  peu 
au-dessus  du  rein  et  se  prolongeait  en  bas  jusqu'au  pli  de 
l'aine.  L'urine  n'avait  pas  été  examinée  avec  soin  pendant  la 

29. 


/jTji  ANÉMIE  DES  REINS. 

vie,  Pt  il  eût  t^lé  d'ailleurs  d'autant  plus  difficile  d'apprécier  la 
modification  que  l'état  du  rein  aurait  pu  lui  communiquer 
que  le  rein  du  côté  opposé  était  parfaitement  sain. 

§  809.  Chez  les  phthisiques ,  on  observe  quelquefois  une 
anémie  des  reins  plus  ou  moins  prononcée.  Deux  reins  d'un 
phthisique  avaient  leur  volume  naturel  et  une  bonne  consis- 
tance. La  substance  corticale  était  très  pâle  dans  la  plus  grande 
partie  de  son  étendue  ;  mais  la  substance  tubuleuse  n'était 
point  décolorée.  En  comprimant  entre  les  doigts  la  substance 
corticale,  on  n'en  exprimait  ni  sang,  ni  sérosité.  Les  uretères 
et  les  veines,  ainsi  que  le  bassinet ,  n'offraient  rien  de  particu- 
lier. La  membrane  fibreuse  adhérait  assez  fortement  à  la  sub- 
stance du  rein.  Je  pourrais  produire  ici  un  assez  grand  nombre 
de  faits  analogues. 

Dans  d'autres  cas ,  l'anémie  porte  sur  les  deux  substances. 
Les  deux  substances  des  deux  reins  d'une  femme  morte  de 
phlhisie  pulmonaire  étaient  plus  fermes  que  dans  les  cas  ordi- 
naires. Les  deux  reins  de  cette  jeune  femme  étaient  aussi  très 
pâles,  et  cette  décoloration  s'étendait  aux  deux  substances.  Le 
tissu  des  reins  était  d'ailleurs  d'une  bonne  consistance.  Chez 
un  troisième  malade,  également  phthisique,  les  deux  reins 
ollraienl  une  exemple  d'anémie  des  plus  remarquables.  Celte 
anémie  était  générale.  Les  substances  corticales  et  tubuleuses 
étaient  décolorées.  On  ne  pouvait  en  extraire  du  sang  par  la 
pression.  A  l'extérieur,  la  substance  corticale  offrait  quelques 
légères  arborisations.  La  membrane  interne  du  bassinet  était 
d'un  blanc  laiteux,  sans  apparence  de  vaisseaux.  J'ai  plusieurs 
fois  observé  chez  les  phthisiques  cette  anémie  du  bassinet,  mais 
jamais  d'une  manière  aussi  remarquable.  Les  veines  rénales 
étaient  presque  vides. 

Chez  une  femme  de  49  ans,  morte  de  phlhisié^pulmonaire  au 
dernier  degré,  les  deux  reins  étaient  complètement  anémiques. 
La  face  postérieure  de  l'un  d'eux  offrait  seulement  encore 
quelques  indices  du  réseau  vasculaire  extérieur.  Le  droit  pesait 
trois  onceS)  le  gauche  trois  onces  cinq  gros.  La  substance  cor- 
ticale était  moins  décolorée  dans  le  rein  gauche. 

dette  anémie  des  reins  chez  les  phthisiques  est  d'un  gris  bleuâ- 


ANÉMIE  DES  REINS.  ^b'd 

tre  et  bien  distincte  des  anémies  jaunes  qu'on  observe  dans  cer- 
tains états  de  la  néphrite  albumineuse. 

§  810.  Dans  des  cas  de  cancer  d'un  des  viscères  de  l'abdo- 
men, soit  de  l'utérus  ou  de  l'estomac,  etc.,  j'ai  plusieurs  fois  ob- 
servé une  altération  des  reins  principalement  caractérisée  par 
une  décoloration  jaune  de  leurs  substances.  Chez  une  femme 
morte  d'un  cancer  de  l'utérus  et  de  la  vessie,  avec  perforation 
de  ce  dernier  organe,  le  rein  droit  était  petit  j  le  péritoine,  qui 
en  couvrait  la  face  antérieure,  était  épaissi  et  d'une  teinte  noire 
ardoisée;  le  tissu  cellulaire  sous-jacent,  beaucoup  plus  dense  et 
également  teint  en  noir,  était  dur,  résistant,  et  ne  se  détachait 
que  difficilement  de  la  membrane  du  rein.  Celle-ci  était  très 
épaisse  et  également  d'un  beau  noir.  Les  deux  substances  du 
rein  étaient  d'un  jaune  pâle.  Cette  décoloration  était  uniforme, 
de  sorte  que  les  deux  substances  n'offraient  qu'une  même 
teinte.  Le  bassinet  était  très  large,  ainsi  que  l'uretère,  qui  pré- 
sentait intérieurement  des  brides.  Inférieuremeiit,  ce  conduit 
s'ouvrait  dans  une  végétation  cancéreuse.  L'uretère  et  le  bas- 
sinet s'étaient  dilatés  par  suite  de  l'obstacle  que  l'urine  avait 
éprouvé  dans  son  cours.  Le  bas-fond  de  la  vessie  était  cancé- 
reux, et  le  col  de  la  matrice  était  détruit.  L'uretère  du  côté  op- 
posé n'était  point  dilaté.  Le  rein,  quoique  plus  volumineux 
que  celui  du  côté  gauche,  offrait  une  décoloration  jaunâtre 
des  deux  substances. 

J'ai  observé  cette  anémie  jaune  dans  un  autre  cas  de  cancer  de 
la  vessie.  B...  (Geneviève),  âgée  de  49  ans,  s'était  assez  bien  por- 
tée jusqu'au  mois  de  juillet  i83o.  Réglée  à  i5  ans,  la  mens- 
truation avait  continué  à  s'opérer  chez  elle  jusqu'à  l'âge  de  47 
ans,.d'une  manière  assez  régulière,  sauf  quelques  retards  par 
suite  de  chagrins  et  des  progrès  de  l'âge.  Elle  vivait  dans  un 
état  voisin  de  l'indigence  et  se  nourrissait  assez  mal.  Lors  de 
la  révolution  de  juillet  i83o,  un  homme  fut  tué  près  d'elle  ;  de- 
puis ce  temps  les  perles  utérines,  qui  existaient  auparavant, 
augmentèrent,  et  la  malade  s'aperçut  que  ses  urines  étaient 
fortement  teintes  de  sang;  ce  qu'elle  attribua  à  la  perte  utérine. 
Elle  continua  à  rendre  par  les  urines  une  certaine  quantité 
de  sang;  puis  après,  ses  force»  diminuèrent;  elle  éprouvait 


454  an:émie  des  reins. 

parfois  des  douleurs  assez  vives  dans  le  bas-ventre.  Celte 
femme  ne  suivit  aucun  traitement  méthodique  ,  et  après 
dix  mois  de  souffrance,  voyant  son  état  s'empirer  de  jour 
en  jour,  elle  se  décida  à  entrer  à  l'hôpital  de  la  Charité,  le  i4 
mai  i83i, 

L'aspect  de  la  face  est  celui  d'une  femme  épuisée  par  des  nom- 
breuses hémorrhagies;  elle  a  aussi  une  teinte  un  peu  jaunâtre 
qui  fait  soupçonner  un  cancer,  surtout  un  cancer  de  l'utérus. 
Douleurs  dans  les  lombes  ,  surtout  du  côté  droit;  l'abdomen 
est  peu  sensible  à  la  pression,  excepté  vers  l'épigastre  ;  le  col  de 
la  matrice  est  un  peu  gros  et  mou;  la  lèvre  postérieure  du  mu- 
seau de  tanche  dépasse  l'antérieure  de  deux  ou  trois  lignes. 
La  pression  sur  le  col,  lorsqu'on  le  refoule  en  haut  et  d'arrière 
en  avant,  détermine  plus  de  douleur  que  dans  tous  les  autres 
sens  (^Tisane  gommeuse  ;  extrait  de  ratanhia  24  grains  ;  lait 
bouillon).  Le  i6,  douleur  dans  la  région  lombaire  et  surtout 
du  côté  droit;  les  m  ines  sont  rares  et  sanguinolentes  ;  le  pouls 
est  fréquent;  point  de  diarrhée.  Le  cathétérisme  de  la  vessie 
est  douloureux  et  ne  fait  pas  découvrir  de  calcul.  La  ma- 
lade sortit  de  l'hôpital  dans  l'état  oli  elle  se  trouvait  lors- 
qu'elle y  était  venue.  Le  4  juillet,  la  malade  revient  à  l'hôpi- 
tal ;  ses  forces  sont  complètement  épuisées  ;  une  odeur  fétide 
s'exhale  de  son  lit;  parfois  elle  urine  involontairement.  Les 
jambes  et  les  pieds  sont  œdématiés;  le  cathétérisme  déter- 
mine une  douleur  encore  plus  vive.  Urine  d'une  odeur  très 
forte ,  épaisse ,  chargée  de  sang,  plusieurs  caillots  sanguins 
noirâtres.  Douleur  dans  le  bas-ventre,  se  propageant  aux 
lombes  et  surtout  à  droite  ;  un  peu  d'œdème  aux  grandes  lè- 
vres {Un  grain  d'extr.  gain-  d'opium). 

Le  8,  mort  à  trois  heures  du  matin.  ^ 
Autopsie  du  cadavre  trente-et-une  heures  âpres  la  mort. 
—  Télc.  Un  peu  de  sérosité  dans  les  anfractuosilés  céré- 
brales. Dure-mère  pâle  ;  substance  du  cerveau  très  décolorée. 
Il  ne  s'écoule  pas  une  goutte  de  sang  des  incisions.  Du  reste , 
consistance  naturelle  des  deux  substances;  point  de  sérosité 
cpancliée  dans  les  ventricules  latéraux. 

;  Raehis.  A  la  surface  de  l'arachnoïde,  une  petite  plaque 


ANÉMIE  DES  REIN^.  455 

blanche;  vers  la  partie  inférieure  et  postérieure  de  la  moelle,- 
substance  blanche  et  grise  très  décolorées. 

Membres.  Les  muscles  ont  une  bonne  couleur  et  une  bonne 
consistance. 

Poitrine.  Poumons  décolorés  et  œdémateux  ;  bronches  pâles 
et  jaunes  ;  membrane  muqueuse  du  larynx  pâle;  cœur  décoloré 
et  volumineux» 

Ventre.  Estomac  pâle  ;  intestins  sains  ;  le  foie  est  jaune,  sans 
être  gras  ;  veines  hépatiques,  vides,  pâles,  petites^  d'une  teinte 
grisâtre.  Rein  droit  sain;  rein  gauche  plus  volumineux  d'un 
bon  tiers  que  dans  l'état  sain  ;  graisse  jaunâtre  déposée  dans  le 
tissu  cellulaire  de  la  scissure.  Cet  organe  dépouillé  de  sa  mem- 
btane  propre  offre  une  teinte  café  au  lait  un  peu  foncée ,  et  se 
laisse  facilement  pénétrer  par  le  doigt.  Du  reste ,  aucune  trace 
de  dégénérescence  cancéreuse.  La  vessie  contient  de  l'urine 
trouble  et  brune,  dans  laquelle  nage  un  caillot  du  volume  d'un 
œuf  de  poule.  Vers  l'angle  du  trigone  du  côté  gauche,  tumeur 
cancéreuse  pédiculée  du  volume  d'une  grosse  noix.  Veines 
vésicales  contenant  des  caillots  anciens  et  en  partie  déco- 
lorés. 

§  8ii.  Voici  un  autre  cas  dans  lequel,  pour  opérer  l'altération 
du  rein,  il  y  avait  indépendamment  de  la  cachexie  cancéreuse 
une  autre  cause  ,  une  compression  exercée  par  le  muscle  psoas 
altéré.  Garbier,  âgée  de  60  ans,  exerçant  la  profession  de  coutu- 
rière, entra  à  l'hôpital  de  la  Charité,  le  9  juin  i836.  Teinte  jaune 
sale  de  la  peau.  Il  y  a  quatre  ans,  des  hémorrhagies  utérines  fort 
abondantes,  suivies  de  pertes  blanches,  se  déclarèrent  et  ont  per- 
sévéré pendant  deux  années  de  suite.  Les  lèvres  du  col  de  l'utérus 
sont  remplacées  par  des  bourrelets  inégaux,  durs,  déchirés. 
Ecoulement  utérin  fétide.  L'utérus  est  comme  soudé  aux  par- 
ties environnantes.  La  malade  est  au  dernier  degré  du  ma- 
rasme. Au  cœur,  bruit  de  souffle,  au  premier  temps,  plus  in- 
tense à  la  base  que  partout  ailleurs,  mais  ne  se  prolongeant  pas 
dans  l'aorle.  Mort  deux  jours  après  l'admission  à  l'hôpital. 

Autopsie  dît  cadavre.  Le  corps  de  l'utérus  est  doublé  de 
volume  ;  dans  les  deux  tiers  supérieurs,  le  tissu  en  est  hypertro- 
phié. Mais  dans  le  tiers  inférieur ,  il  est  toul-à-fait  converti  en 


456  ANÉMIE  DES  REINS, 

une  substance  squirrheuse,  d'un  blanc  mat,  dure,  criant  sous 
le  scalpel.  A  l'extérieur,  c'est  un  détritus  noirâtre  ou  gris  noir, 
dont  l'odeur  est  horrible  ;  toute  la  cavité  du  col  est  ramollie, 
les  lèvres  sont  à  moitié  détruites.  Tout  autour  de  l'utérus,  le 
tissu  cellulaire  épaissi  a  contracté  des  adhérences ,  de  sorte 
que  l'utérus  est  comme  soudé  aux  parties  environnantes.  Les 
ovaires,  les  ligamens  larges ,  les  trompes  sont  augmentés  de 
volume.  La  trompe  droite  est  dilatée  en  forme  de  kyste.  Le 
psoas  fait  tumeur  et  saillie  vers  le  petit  bassin  ;  on  sent  de  la 
fluctuation  dans  ce  muscle,  et  dans  toute  son  étendue;  depuis  son 
union  avec  le  muscle  iliaque,  jusqu'à  l'arcade  crurale,  il  est 
rempli  par  une  substance  blanchâtre,  parfaitement  homogène, 
analogue  à  du  fromage  mou,  et  qui  n'est  autre  chose  que  de  la 
matière  encéphaloïde  ramollie.  Les  uretères  étaient  sains  ;  la 
lèvre  postérieure  de  l'ulérus  était  très  allongée  et  dépassait  la 
lèvre  antérieure  de  huit  lignes;  les  ovaires  étaient  flétris  et 
contenaient  une  matière  jaiuie  et  de  petits  kystes. 

§  8ia.  Chez  pli\sieurs  amputés,  morts  de  phlébite  avec  dépôts 
purulens  dans  les  poumons  et  teinte  ictérique ,  j'ai  trouvé  les 
reins  volumineux,  très  mous  et  décolorés,  sans  la  plus  légère 
trace  de  dépôt  de  pus,  ni  de  putréfaction.  L'urine  contenue  dans 
les  bassinets  était  jaune.  Je  rapprocherai  de  ce  cas  celui  d'une 
femme  âgée  de  4o  ans,  qui  mourut  d'une  méningite  caractérisée 
par  une  nappe  de  pus  dans  le  tissu  cellulaire  sous-arachnoïdien 
de  la  convexité  du  lobe  gauche  du  cerveau  et  d'une  péricardite 
(pus  et  pseudo-membranes);  maladie  survenue  à  la  suite  d'un 
érysipèlc  de  la  face.  Les  deuxreinsanémiques,  d'une  teinlejaune 
assez  pi'ononcée ,  étaient  parsemés  de  taches  bleuâtres ,  pété- 
chiales  ,  qui  pénétraient  d'une  à  deux  lignes  dans  la  substance 
corticale.  Les  pétéchies  étaient  plus  nombreuses  à  la  face  posté- 
rieure qu'à  la  face  antérieure  des  reins,  et  elles  étaient  irrégu- 
lièrement arrondies.  Le  rein  gauche  pesait  4  onces  3  gros  j  le 
droit  4  onces  a  gros. 

Les  urines  ,  recueillies  trente-et-uue  heures  après  la  mort , 
étaient  albumineuses  ;  pendant  la  vie,  elles  ne  l'avaient  pas  été. 

§  8i3.  Dans  le  cas  suivant,  la  décoloration  jaune  des  reins 
était  aussi  due  à  une  altération  du  sang:  une  femme,  à  la 


HYPERTBOPHIli;  DES  REINS.  4^7 

suite  d'une  pneumonie,  avait  été  prise  d'une  afFection  scorbu- 
tique, caractérisée  par  une  injection  et  un  ramollissement  des 
gencives,  par  de  larges  ecchymoses  dans  les  muscles  et  le 
tissu  cellulaire  sous-culané  des  membres  inférieurs  ,  par  des 
ecchymoses  et  des  ulcérations  noirâtres  dans  l'intestin  grêle  et 
le  gros  intestin,  par  de  nombreuses  pétéchies  dans  le  mésentère 
et  dans  les  plèvres,  par  l'anémie  pulmonaire  et  par  des  ecchy- 
moses et  de  l'engouement  dans  d'autres  points;  et  qui  offrait 
en  outre  un  énorme  foie  gras  d'un  jaune  d'argile  pâle.  Les  deux 
reins  décolorés  avaient  une  teinte  jaune  analogue  à  celle  du 
foie.  La  substance  corticale  se  déchirait  lorsqu'on  en  détachait 
la  membrane  fibreuse. 

§  814.  Chez  une  femme,  âgée  de  65  ans,  morte  d'une  gian- 
grène  du  poumon  précédée  d'hémoptysie  et  survenue  à  la 
suite  d'une  pneumonie  maligne,  le  tiers  inférieur  du  rein 
gauche  avait  conservé  sa  teinte  et  sa  couleur  natiirelles ,  mais 
tout  le  reste  était  jai/nc  et  ramolli.  Le  rein  droit,  généralement 
jaune  et  ramolli,  pesait  quatre  onces  et  demie  ;  le  rein  gauche 
cinq  onces  un  gros.  Il  y  avait  quelques  péléchies  dans  les  bas- 
sinets. Par  la  pression ,  on  ne  faisait  point  sortir  de  l'extrémité 
des  mamelons  plus  d'urine  que  dans  les  cas  ordinaires. 

§  8i5.  Enfin  dans  \ictère,  indépendamment  de  leur  teinte 
jaune,  les  reins,  chez  un  vieillard  mort  ictérique,  ofiraient  dans 
leur  substance  corticale  une  icinlejujinevcrdâtre  et  paraissaient 
pourvus  de  moins  de  sang  que  dans  l'état  sain.  La  substance 
tubuleuse  paraissait  saine.  La  graisse  qui  entoure  Je  bassinet 
était  jaune.  Point  de  coloration  jaune  des  bassinets.  Indépen- 
damment de  cette  teinte  jaune  des  bassinets,  il  y  avait  dans  la 
substance  corticale  uu  assez  grand  nombre  de  granulations 
d'uné  teinte  un  peu  bleuâtre;  la  surface  des  reins  était  par- 
faitement lisse. 

Hypertrophie  des  reins. 


§  816.  Les  reins  augmentent  quelquefois  notablement  de 
volume ,  en  conservant  leur  structure  et  leur  apparence  uor- 


458  HYPERTHOPniE  DES  REINS. 

maies.  Ce  développement  anomal  des  reins  constitue  leur  hy- 
pertrophie, qu'on  ne  doit  pas  confondre  avec  leur  gonflement 
par  congestion  sanguinè,  ou  avec  d'autres  augmentations  de 
poids  et  de  volume  occasionées  par  diverses  maladies.  Ces 
changemens,  dans  le  volume  des  reins,  coïncident  avec  d'au- 
tres cbangeraens  dans  leur  texture,  qui  est  alors  plus  ou  moins 
altérée. 

L'hypertrophie  peut  être  générale  ou  partielle  ;  elle  peut 
s'observer  dans  les  deux  reins  à-la-fois,  ou  dans  un  seul,  sur- 
tout dans  des  cas  d'absence  ou  d'atrophie  du  rein  du  côté  op- 
posé (  Atlas  ,  Pl.  xxxvn ,  fîg.  i  ).  Dans  presque  tous  les  cas 
d'absence  d'un  des  reins ,  le  rein  du  côté  opposé  est  notable- 
ment augmenté  de  volume  et  de  poids  ;  souvent  même  il  pèse 
à  lui  seul  autant  que  les  deux  reins  d'un  sujet  du  même  âge. 
Dans  ce  cas ,  la  somme  des  substances  rénales  est  réunie  dans 
un  seul  rein,  et  le  calibre  de  l'artère  rénale  unique  est  souvent 
double  de  celui  d'une  artère  rénale  ordinaire.  L'épaisseur  de 
la  substance  rénale  est  aussi  très  augmentée;  enfin,  le  poids  de 
ce  rein  solitaire,  chez  un  adulte,  est  de  huit  à  neuf  onces,  poids 
double  de  celui  d'un  des  reins  lorsqu'il  en  existe  deux.  Cette 
loi  de  l'exagération  du  développement  d'un  des  reins,  lorsqu'il 
est  unique ,  présente  bien  rarement  des  exceptions ,  hors  les 
cas  oli  le  volume  d'un  des  reins  a  pu  être  diminué  par  une 
maladie  intercurrente.  Ainsi,  j'ai  vu  le  rein  gauche  manquer 
complètement,  et  le  rein  droit,  induré  et  mamelonné  à  sa  sur- 
face, n'avoir  pas  plus  de  la  moitié  du  volume  du  rein  d'un  su- 
jet du  même  âge. 

Il  est  très  ordinaire  aussi  de  trouver  un  des  reins  volumi- 
neux et  hypertrophié,  chez  des  sujets  qui  ont  un  rein  très 
petit  et  comme  rudimentaire.  Dans  ce  cas,  le  poids  des  deux 
reins  peut  être  égal  à  celui  des  deux  reins  sains  régulièrement 
développés  chez  un  individu  du  même  âge.  Aussi ,  cet  état 
n'est-il  accompagné  d'aucun  dérangement  de  la  sécrétion  uri- 
naire  pendant  la  vie. 

Il  n'est  pas  aussi  commun  de  rencontrer  un  des  reins  hy- 
pertrophié, dans  les  cas  d'atrophie  non  congénitale  ou  peu  an- 
cienne de  son  congénère  (  Atlas  ,  Pl.  xxxvii,  fig.  i  ).  Cepen- 


HYPERTROPHIE  DES  REINS. 

dant,  presque  toujours ,  lors  de  l'altération  profonde  d'un  des 
reins ,  si  son  congénère  n'est  point  envahi  lui-même  par  la 
même  affection,  et  surtout  s'il  reste  sain  jusqu'à  la  mort,  ame- 
née par  une  autre  cause  au  bout  de  plusieurs  mois  ou  de  plu- 
s  sieurs  années,  on  trouve  ce  dernier  manifestement  plus  lourd, 
;  plus  volumineux  qu'un  rein  normal  d'un  sujet  de  même  âge  et 
il  de  même  stature. 

Il  est  rare  qu'on  observe  le  développement  supplémentaire 
^  d'un  des  reins  dans  le  cas  oii  la  maladie  désorganisatrice  de 
*  son  congénère  l'a  envahi  lui-même,  quoiqu'à  un  moindre 
i  degré. 

Non-seulement  on  voit  ce  développement  supplémentaire 
i  d'un  des  reins  se  faire  lorsque  le  rein  du  côté  opposé  man- 

que ,  ou  lorsqu'il  a  été  arrêté  dans  sa  nutrition ,  ou  lorsque 
f  sa  structure  profondément  altérée  l'a  rendu  plus  ou  moins  im- 
:  propre  à  remplir  ses  fonctions  ;  mais  lorsque  la  désorganisa- 
1  tion  d'un  des  reins  a  été  partielle ,  les  parties  saines  peuvent 
;  s'hypertrophier  d'une  manière  remarquable,  souvent  au  point 
(  de  déterminer  une  déformation  du  rein  très  apparente  et  quel- 
c  quefois  très  bizarre,  résultant  de  la  disposition  et  du  mélange 
t  des  parties  atrophiées  et  comme  étranglées,  et  des  parties  bos- 
s  selées  et  gonflées  qui  ont  subi  une  hypertrophie  manifeste. 

L'hypertrophie  absolue  et  non  relative  des  deux  reins  est 
.  quelquefois  une  affection  congénitale ,  et  dont  la  cause  nous 
1  échappe,  mais  elle  coïncide  toujours  avec  un  développement 
f  anomal  et  proportionnel  des  artères  rénales  (Atlas,  Pl.  xxxvii, 

fig.  I). 

L'hypertrophie  des  reins  peut  être  aussi  la  conséquence  d'é- 
'  tats  morbides  ,  accompagnés  d'une  exagération  de  la  sécrétion 
urinaire,  saine,  ou  plus  ou  moins  altérée.  J'ai  fait  figurer  plu- 
?  sieurs  cas  d'hypertrophie  des  reins  observée  chez  des  diabéti- 
1  ques  (Atlas,  Pl.  xxxvn,  fig.  2,  3,  4). 

Dans  le  diabète  sucré  ,  l'hypertrophie  porte  principalement 
I  sur  la  substance  corticale ,  sur  la  substance  sécrétante  des  reins 
(  (Atlas,  Pl.  xxxvii,  fig.  4).  Celte  substance,  exagérée  dans  son 
i  développement,  est  notablement  hypércmiée,  d'autres  fois  elle 
<  est  pâle;  enfin,  et  c'est  le  cas  le  plus  ordinaire,  elle  paraît, 


46o  IIYPERTIIOPIIIE  DES  REIKS. 

quant  à  l'injection  sanguine,  toul-à-fait  dans  l'état  sain.  Dans 
de  tels  reins,  on  ne  peut,  je  le  répète,  distinguer  rien  d'anomal 
si  ce  n'est  l'exagération  du  développement  de  leur  substance. 
La  coupe  a  un  aspect  toul-à-fait  naturel  ;  seulement  à  la  base 
des  reins  et  dans  leurs  intervalles,  le  développement  de  la  sub- 
stance corticale  est  évidemment  exagéré ,  le  calibre  des  vais- 
seaux plus  développé,  et  les  glandules  de  Malpighi  plus  appa- 
rentes. 

L'exagération  de  la  sécrélion  de  l'urine  paraît  être  l'effet  de 
l'hypertrophie  des  reins. 

S  817.  Chez  le  fœtus,  on  a  trouvé  plusieurs  fois  les  reins  hy- 
pertrophiés ;  on  a  même  cité  un  cas  dans  lequel  ils  étaient  telle- 
ment volumineux,  qu'ils  apportaient  obstacle  àlaccouchemenl. 


Historique  et  observations  par  ticulières, 

5  818.  L'hypertrophie  des  reins  résultant  d'un  vice  originel 
et  congènilal  a  été  plusieurs  fois  observée.  Ainsi  ou  a  quelque- 
fois trouvé,  chez  les  acéphales,  les  reins  plus  volumineux  que 
dans  l'état  naturel.  On  a  vu,  dans  des  cas  rares,  les  reins 
offrir  un  volume  considérable,  chez  l'm/a/ii,  au  moment  de 
sa  naissance.  L'observation  suivante  m'a  parU  assez  intéressante 
pour  être  reproduite  ici,  bien  qu'il  soit  à  regretter  que  l'état 
des  substances  corticale  et  tubuleuse  des  reins  n'ait  point  été 
décrit  avec  soin  (i)  : 

«Une  femme,  d'une  apparence  cachectique, quin'avait  jamais 
eu  d'enfans,  et  qui  avait  eu  un  avorlement,  était  arrivée,  d'aprè  s 
son  calcul ,  à  la  fin  du  septième  mois  d'une  grossesse ,  lorsque 
de  fortes  douleurs  pour  accoucher  se  déclarèrent,  vingt-quatre 
heures  après  que  les  eaux  se  furent  écoulées.  Le  travail  de 
l'accouchement  ne  faisant  point  de  progrès  exigea  la  présence 


(i)  Des  obstacles  à  l'accoucbement  par  le  volume  énorme  des  reins  du 
fœtus,  par  le  professeur  Osiander,  à  Gottingue  [Gemeinsame  Deuisclie  Zeit- 
schrijï  far  Geburtkuntle,  etc.,  par  MM.  André,  à  Breslau,  Busch,  à  Marbourg, 
etc.,  tom.  1. —  Siebold.  Journal fùr  Geburlliûlfe  et  B.  ni,Sl.,  1,  S.. 3io). 


IITPERT1\0PH[E  DES  RF.INS.  4^1 

.  d'un  accoucheur.  Osiander  fat  appelé,  et  trouva  les  parties  géni- 
;  taies  externes  très  étroites,  reconnut  que  l'enfant  présentait  les 
fesses,  et  que  les  pieds,  redressés  vers  le  Ironc,  étaient  appliqués 
contre  sa  face  antérieure.  Osiander  alla  chercher  un  des  pieds 
,  avec  la  main  gauche,  et  trouva  le  corps  du  fœtus  tellement  dé- 
1  veloppé,  qu'il  le  crut  atteint  d'une  ascite.  L'autre  pied,  n'ayant 
pu  être  ramené  en  dehors,  ne  se  présenta  que  lorsque  les  fesses 
'  furent  engagées;  alois  le  bras  gauche  fut  facilement  débar- 
rassé; mais  le  bras  droit  étant  trop  comprimé,  Osiander  se  vit 

0  obligé  de  donner  une  direction  oblique  au  corps  de  l'enfant , 

1  dont  le  ventre  se  trouvait  en  avant.  Il  exerça  cette  manœuvre 
il  à  l'aide  d'une  main  placée  sur  le  dos ,  tandis  que  l'autre  était 
9  appliquée  sur  la  poitrine.  La  tête  fut  ensuite  débarrasséee , 
(  et  un  fœtus  féminin  non  viable  ,  dont  le  corps  avait  un 
r  volume  monstrueux,  fut  amené  au-dehors,  et,  après  avoir 
(  présenté  quelques  mouveraens  irréguliers ,  resta  mort ,  malgré 
t  tous  les  moyens  employés  pour  le  rappeler  à  la  vie.  A  l'ouver- 
!  ture  du  corps,  on  reconnut  qu'il  n'existait  point  d'ascite,  mais 
«  que  presque  toute  la  cavité  du  ventre  était  occupée  par  deux 
I  tumeurs  solides,  bleuâtres,  ayant  la  forme  des  reins.  C'était  en 
f  effet  les  deux  reins  du  fœtus  augmentés  de  volume,  qui  divisaient 
1  l'abdomen  en  deux  monticules  latéraux,  et  qui  s'étendaient 
I  du  bassinet  jusqu'au  dessous  du  foie.  Ce  dernier  était  extrê- 
î  mement  petit ,  refoulé  en  haut ,  et  d'un  rouge  plus  clair  qu'à 
1  l'ordinaire.  Le  cœcura  et  son  appendice  verraiculaire  étaient 
i  attachés  au  rein  droit  par  leur  partie  supérieure.  Le  colon 
I  descendant  était  réuni  avec  le  péritoine,  qui  couvrait  la  partie 
:  antérieure  du  rein  gauche.  Le  canal  intestinal  était  extrêrae- 
I  ment  étroit.  L'utérus  et  les  ovaires,  à  l'état  normal,  étaient  at- 
1  tachés  au  rein  par  des  adhérences  du  péritoine.  L'enfant  pesait 
(  trois  livres  et  demie,  avait  quinze  pouces  de  longueur,  et  sans 

aucun  vice  de  confirmation  et  de  structure,  si  on  excepte  cet 
K  énorme  volume  des  reins. 

S  819,  Je  n'ai  rien  à  ajouter  aux  remarques  que  j'ai  faites 
f  plus  haut ,  sur  le  plus  grand  développement  des  reins  chez  les 
i  diabétiques  {voyez  :  Diabète);  sur  l'augmentation  de  poids  et 
>  de  volume  d'un  des  reins  lorsque  son  congénère  vient  à  être 


4^2  ATROPHIE  DES  REINS, 

détruit  ou  atrophié ,  etc.  ;  et  je  ne  sais  jusqu'à  quel  point  peut 
être  fondée  une  opinion  ancienne  relative  au  développement 
considérable  des  reins,  chez  les  personnes  adonnées  aux  plai- 
sirs sexuels  (i). 

Atrophie  des  reins. 

§  820.  Les  reins  peuvent  s'atrophier  dans  un  grand  nombre 
de  circonstances.  L'atrophie  peut  être  générale  ou  partielle; 
elle  peut  porter  à-la-fois  sur  les  deux  substances  ou  spéciale- 
ment elmêmeuniquement  sur  l'une  d'elles. 

On  a  trouvé ,  plusiciirs  fois ,  chez  les  nouveau-nés  {atrophie 
congénitale)  un  des  reins  extrêmement  petit,  sans  que  cette 
petitesse  pût  être  expliquée  d'une  manière  satisfaisante  par 
l'état  des  vaisseaux.  Dans  d'autres  cas,  au  contraire ,  l'atro- 
phie des  deux  reins  ou  de  l'un  d'eux  était  en  rapport  avec  le 
faible  développement  des  artères  rénales.  Le  rapport  entre  le 
volume  des  reins  et  celui  de  ses  vaisseaux  m'a  paru  très  évi- 
dent dans  quelques  cas ,  où  l'inégal  développement  des  artères 
rénales  était  accompagné  de  l'inégal  développement  des  reins 
(Atlas,  PI.  xxxvii ,  fig-  j). 

D'autres  atrophies  ne  reconnaissent  pas  pour  cause  un  arrêt 
de  développement  des  artères  rénales.  J'ai  vu  mainte  fois  les 
artères  rénales  avec  leurs  dimensions  naturelles  dans  des  reins 
dont  les  substances  étaient  amincies.  L'atrophie  est  souvent 
alors  le  résultat  de  la  compression  qu'exercent  sur  le  bassi- 
net, ou  des  calculs  ou  les  calices  distendus  et  dilatés  par  de  l'uri- 
ne, par  du  pus,  par  des  acéphalocystes.  Ces  cas  doivent  être  rangés 
en  deux  catégories  :  l'une  comprend  ceux  où  une  lésion  des  con- 
duits excréteurs  de  l'urine,  ayant  eu  lieu  dans  lespremiei  s  temps 
de  la  vie,  a  empêché  la  croissance  normale  de  l'organe}  c'est  uue 

(i)  Rosiniua  Lentilins  dit  avoir  trouvé  les  reins  supra  modum  et  regdam 
longe  maximi  in  anatome  salacissimœ  mulieris.  Th.  Barlholiu  dit  avoir  trouvé  les 
reins  plus  volumineux,  in  silaccoribus  {^Anat,  nov.  ,Ub.  i,  cap.  18),  Snlmuth 
assuro  aussi  avoir  trouvé  les  reins  d'un  volume  considérable  cbcz  un  homme 
très  ardent  pour  les  plaisirs  vénérienne»  (Salmutb,,  c«b<.  i,  obs.xxu). 


ATROPHIE  DES  REINS.  463 

sorte  d'arrêt  de  développement  j  le  rein  est  très  petit  et  bosselé 
comme  chez  le  fœtus  (Atlas.  Pl.  xxxv.  fig.  i)  :  l'autre  se  com- 
pose de  cas  où  un  rein  bien  développé  chez  l'adulte  a  diminué 
de  volume  plus  tard  par  suite  d'une  maladie  du  bassinet  ou  de 
l'uretère ,  tout  en  conservant  la  forme  et  les  apparences  d'un 
rein  sain,  ou  bien  ne  paraissent  plus  qu'une  sorte  d'appendice  au 
bassinet  qui  est  très  développé  (Atlas.  Pl.  xxxv.  fig.  3  et  4). 

Parfois  encore  on  ne  trouve ,  ni  dans  les  vaisseaux ,  ni  dans 
les  bassinets  et  les  calicesj  ni  dans  les  parties  environnantes,  au- 
cune modification  qui  explique  le  mode  de  formation  de  certaines 
atrophies.  Plusieurs  altérations  des  reins  et  des  parties  voisi- 
nes peuvent occasioner,  en  comprimant  ces  organes,  une  atro- 
phie partielle  ou  générale  ;  diverses  tumeurs  du  foie  ou  de  la 
rate ,  de  larges  abcès  des  lombes ,  les  capsules  surrénales  dis- 
tendues ,  peuvent  aussi  déterminer  des  atrophies  partielles  et 
des  déformations  des  reins. 

Des  tumeurs  développées  dans  les  substances  rénales  ,  des 
poches  hydatiques,  des  kystes,  et  surtout  des  kystes  urinai- 
res,  etc.>  affaissent,  condensent  les  substances  rénales  et  en 
déterminent  l'absorption.  La  rétention  de  l'urine ,  du  pus  ou 
d'une  humeur  séreuse  dans  les  bassinets  et  les  calices  ,  dans  le 
cas  d'hydronéphrose  ou  de  pyélite  chronique ,  détermine  aussi 
l'atrophie  des  substances  rénales  (Voyez  :  Pyélite  ;  hydroné- 
jphrose).  Dans  ce  dernier  cas  ,  les  reins  finissent  par  être 
convertis  en  une  poche  dont  les  parois ,  en  apparence ,  char- 
nues et  jaunâtres,  sont  formées  de  trois  couches,  dont  la 
moyenne  est  la  substance  du  rein  transformée  en  une  espèce 
de  membrane,  tandis  que  l'interne  est  constituée  par  le  bassi- 
net et  les  calices  dilatés ,  et  l'externe  par  les  membranes  exté- 
rieures des  reins.  Lorsque  les  substances  rénales  sont  ainsi  ré- 
duites et  atrophiées,  et  que  la  poche  n'a  pas  acquis  de  grandes 
dimensions ,  le  poids  n'en  égale  point  quelquefois  le  dixième 
d'un  rein  sain. 

Parfois  des  portions  d'un  rein  ainsi  atrophié  échappent,  en 
partie ,  à  la  compression  qu'exerce  le  liquide  amassé  dans  le 
bassinet  et  les  calices,  et  se  dessinent  à  l'extérieur  de  la  tu- 
meur sous  forme  de  bosselures  charnues  plus  ou  moins  volu- 


46/|  ATROPHIE  DES  UEINS. 

mineuses.  D'autres  fois  des  portions  plus'ou  moins  considérables 
des  reins  reçoivent  exclusivement  l'inQuetice  de  la  compres- 
sion exercée  de  dedans  en  dehors ,  et  s'atrophient  complète- 
ment, tandis  que  d'autres  parties  du  même  rein  restent  à-peu- 
près  intactes  surtout  si  les  calices  correspondans  sont  oblitérés 
rétrécis  ou  peu  dilatés. 

Les  parties  atrophiées  sont  remplacées  par  une  poche  tout- 
à-fait  analogue  à  un  kyste,  et  composée  de  la  membrane  d'un 
ou  de  plusieurs  calices  dilatés ,  des  débris  des  parties  de  la 
substance  rénale  et  d'une  portion  de  la  membrane  fibreuse  des 
reins  (Atlas.  Pl.  xxxv,  fig.  8  et  9). 

L'atrophie  peut  se  borner  à  une  des  substances  des  reins,  et 
particulièrement  à  la  substance  corticale.  On  voit  alors,  à  l'ex- 
térieur du  rein,  des  bosselures  irrégulières  de  dimensions  va- 
riées, formées  par  la  substance  corticale  des  reins  restée  in- 
tacte. La  surface  des  reins  est  sillonnée  dans  tous  les  sens  par 
des  dépressions  ou  des  espèces  de  scissures  à  fond  grisâtre,  oii 
la  substance  corticale  a  disparu  à-peu-près  complètement,  et 
oîi  elle  a  été  remplacée  par  un  tissu  grisâtre  cellulo-fibreux 
très  mince.  D'autres  fois,  cette  atrophie  partielle  de  la  substance 
corticale  se  montre  sous  l'apparence  d'une  cicatrice,  et  il  n'est 
pas  rare  alors  de  trouver,  ce  qu'on  voit  également  dans  d'autres 
cas  d'atrophie  de  la  substance  corticale ,  un  développement 
considérable  de  très  petits  kystes  dans  la  substance  corticale 
altérée.  Ces  atrophies ,  avec  dégénérescences  enkystées  de  la 
substance  corticale,  peuvent  être  ou  non  consécutives  à  des 
inflammations  partielles  de  cette  substance. 

Quelquefois  on  ne  découvre  aucune  cause  qui  ait  pu  déter- 
miner cette  espèce  d'airophie  ;  mais  d'autres  fois,  surtout  chez 
les  chevaux ,  on  voit  qu'elle  correspond  à  une  altération  par- 
tielle de  la  substance  lubuleuse,  devenue  rouge  et  imperméable. 
J'ai  également  constaté,  chez  l'homme  et  les  animaux ,  le  rap- 
port de  certaines  atrophies  partielles  avec  une  lésion  fort  re- 
marquable de  la  substance  tubuleuse.  Les  bouts  de  plusieurs 
mamelons  étaient  aplatis  et  infaltrés  d'une  matière  d'apparence 
muqueuse  ou  colloïde,  transparente,-  elles  parties  de  la  substance 
corticale  qui  correspondaient  aux  cônes  de  ces  mamelons  altérés, 


ATROPHIE    DES  RKI^fS,  /|65 

étaient  déprimées;  on  voyait,  à  la  surface  ilu  rein,  des  îlots  de 
substance  corticale  disposés  sur  un  fond  grisâtre  fibreux  où  la 
substance  corticale  était  complètement  atrophiée  (voy.  I'Aïlas, 
Pl.  XXXV,  fig.  6  et  7).  J'ai  figuré  un  rein  de  cochon,  comme 
un  exemple  remarquable  de  ces  atrophies  partielles  de  la  sub- 
stance corticale  dans  des  points  correspondans  à  la  base  des 
cônes  de  la  substance  tubuleuse. 

§  821.  L'atrophie  d'un  des  reins,  étant  presque  toujours  ac- 
compagnée d'un  développement  supplémentaire  du  rein  du  côté 
opposé,  ne  donne  lieu  par  elle-même  à  aucune  altération  de 
la  sécrétion  urinaire  appréciable  pendant  la  vie,  ni  à  aucun 
symptôme  particulier  ;  mais  lorsque  les  deux  reins  sont  atro- 
phiés dans  une  étendue  considérable,  il  en  résulte,  non-seule- 
ment un  dérangement  de  la  sécrétion  de  l'urine,  mais  encore 
des  phénomènes  particuliers  qui,  le  plus  souvent,  dépendent 
d'une  afl'ection  du  système  nerveux  :  des  mouvemens  convulsifs, 
une  sorte  de  tremblement,  suivis  de  convulsions  et  enfin  du 
coma  sont,  de  tous  les  phénomènes,  ceux  qu'on  observe  le  plus 
ordinairement. 

Presque  toujours  l'apparition  de  ces  phénomènes  est  le  sym- 
ptôme d'une  mort  prochaine,  que  quelques  jours  auparavant 
il  eût  été  impossible  de  prévoir. 

Historique  et  observations  particulières. 

§822.  Il  existe  dans  la  science  une  foule  d'exemples  à'atro- 
phïes  des  reins,  survenues  à  la  suite  des  lésions  les  plus  variées. 

Bartholin  (i)  a  trouvé  les  reins  à  peine  aussi  volumineux 
qu'une  châtaigne.  Warthon  (a)  les  a  vus  être  seulement  du  poids 
d'une  drachme.  Blaes  (3)  les  a  trouvés  en  suppuration,  et  ayant  à 
peine  la  dimension  d'une  noix  de  galle.  Eustachi  (4)  a  vu  un  des 


(1)  'Khodii.  Mantissa anal., ohs.  xxvn,p.  2/5. 

(2)  Wartbon.  Adenographia,  p.  96. 

(3)  Blasii.  Obs.  medic,  part,  v,  obs.  vij,  p.  73. 

(4)  Bondi.  Sepidcr.  anat.,  lib.  111,  sect.  xxil ,  obs,  16. 

IH.  3o 


466  ATROPHIE  DES  REIITS. 

reins  à  peine  aussi  gros  qu'un  marron.  Morgagni  (i)  a  noté  plu- 
sieurs cas  d'atropliie  des  reins,  et  dans  l'un  d'eux  il  a  trouvé  le 
rein  droit  tellement  petit,  qu'il  avait  à  peine  la  dimension  de  la 
capsule  surrénale  j  le  gauche  était  plus  grand  qu'à  l'ordinaire. 
Timœus  (2)  a  trouvé  les  deux  reins  très  moMs,  et  à  peine  aussi 
grands  qu'une  noix  de  galle.  Clieston  (3)  rapporte  que  cliez  uu 
homme  qui  avait  souffert  de  violentes  douleurs  dans  la  région 
des  reins ,  le  rein  droit ,  une  fois  aussi  grand  qu'à  l'ordinaire , 
renfermait  une  pierre  de  onze  drachmes ,  ayant  exactement  la 
forme  du  bassinet  et  de  l'entonnoir  j  et  que  le  rein  gauche,  plus 
petit  de  la  moitié  qu'à  l'ordinaire ,  paraissait  formé  de  deux 
membranes  avec  une  substance  spongieuse  intermédiaire  ;  état 
qui  pai-aissait  être  le  résultat  non  d'une  suppuration,  mais 
d'une  simple  atrophie  de  la  substance  du  rein. 

Delestang  (4)  a  trouvé  le  rein  droit  d'un  jeune  homme  de 
aa  ans,  de  la  dimension  d'un  œuf  d'oie;  le  gauche  avait  à  peine 
le  volume  d'un  œuf  de  pigeon ,  etc. 

Quelques  exemples  d'atrophie  des  reins  indiqueront  les  prin- 
cipales conditions  dans  lesquelles  elle  se  développe, 

§8a3.  Atrophie  par  inégalité  des  artères,  — On  observe  quel- 
quefois une  inégalité  très  grande  dans  le  volume  des  deux 
reins,  c'est-à-dire  une  véritable  atrophie  de  l'irn  et  une  hyper- 
trophie de  l'autre,  par  suite  d'une  différence  congénitale  dans 
le  développement  des  deux_^artères  rénales.  Une  femme,  morte 
de  péritonite  à  l'hôpital  de  la  Charité  ,  m'a  offert  un  exemple 
remarquable  de  cette  disposition  (5).  Le  diamètre  de  l'artère 
rénale  du  côté  droit  était  d'un  tiers  plus  considérable  que  ce- 
lui de  l'artère  rénale  du  côté  gauche  ;  le  rein  droit  pesait  six 
onces  et  le  rein  gauche  deux  onces ,  de  sorte  que  la  différence 
entre  les  poids  des  deux  reins  était  plus  considérable  encore 


(1)  Morgagni.  De  sed.  et  caus.  morb,  Epist.  XL,  §  12.  —  Epist.  xir,  §  a. 
—  Epist.  XI,,  §  22,  23,  24.  —  Epist.  ur,  §  2.  —  Epist.  xuv,  §  i5. 

(2)  Cité  par  Lieotaud.  Anal.~med,,  obs.  1608,  p.  3l5. 

(3)  Cheston.  Patholog.  Obs.  and  inquiries,  p  26. 

(4)  Act.  phys.  medic,  Hafn.,  t.  111,  p.  i3. 

(5)  J'ai  £guré  un  cas  analogue,  Atlas,  Pl.  xxxvii,  £g>  i. 


ATROPHIE  DES  REINS.  467 

que  celle  qu'on  observait  entre  les  calibres  des  deux  artères 
n'aurait  pu  le  faire  supposer.  La  somme  du  poids  des  deux  reins 
fhuit  onces)  étant  au  reste  celle  qu'auraient  fournie  deux  i-eins 
d'une  femme  du  même  âge,  il  n'y  avait  réellement  d'anomal 
que  le  mode  de  répartition  des  substances  rénales.  Les  scis- 
sures qui  rappellent  la  disposition  primitivement  lobée  du 
rein  étaient  peu  marquées  dans  le  rein  droit  hypertrophié;  elles 
étaient  au  contraire  bien  dessinées  dans  le  rein  gauche,  qui 
semblait  avoir  éprouvé  un  arrêt  de  développement.  A  la  loupe, 
les  deux  reins  n'offraient  que  les  différences  qu'entraînent  iné- 
vitablement l'atrophie  et  l'hypertrophie  de  ces  organes. 
■  Plusieurs  auteurs  ont  avancé  que  des  hommes  chez  lesquels 
.on  avait  trouvé  les  reins  peu  volumineux ,  s'étaient  montrés 
peu  enclins  aux  plaisirs  de  l'amour.  Les  artères  testiculaires 
naissant  des  artères  rénales,  il  se  pourrait  que  dans  un  certain 
nombre  de  cas  on  eût  réellement  observé  (1)  la  coïncidence 
d'un  arrêt  de  développement  des  reins  et  des  testicules. 

§  824.  Atrophie  par  compression  de  dedans  an  dehors.  — 
L'atrophie  d'un  des  reins  est  souvent  la  conséquence  d'une  ré- 
tention d'urine  ou  de  pus  dans  le  bassinet  et  les  calices  (voyez  : 
Pyélite;  hydhonéphrose)  5  rétention  d'urine  déterminée  par 
un  obstacle  au  cours  de  l'urine. 

Ob«.  I.  —  Cancer  de  l'utérus;  obturation  plus  ou  moins  complète  de 
l'extrémité  vésicale  de  l'uretère  gauche  ;  atrophie  du  rein  corres- 
pondant. 

P.  Popot,  vermicellière,  âgée  de  4^  ans,  entrée  à  l'hôpital 
de  la  Charité,  le  4  mars  i838,  a  été  réglée  à  l'âge  de  11  ans 
et  demi ,  et  a  cessé  de  l'être  ,  il  y  a  5  mois  seulement.  L'écou- 
lement menstruel,  qui  n'a  jamais  duré  plus  de  2  à  jours,  a 
toujours  été  plus  ou  moins  irrégulicr  dans  son  apparition.  A 
l'âge  de  n  ans,  cette  femme  est  accouchée  d'une  fille.  Depuis 

(i)  Timœus  fait  mention  d'un  baron  suédois  qui,  pendant  toute  sa  vie, 
n'avait  point  eu  de  rapports  ni  de  désirs  sexuels,  et  chez  lequel  les  reins 
forent  trouvés  flasques  et  «i  petits  j  qu'ils  n'avaient  que  le  volume  d'une 
noix  de  gland  (lU).  m,  cas  8). 

3o. 


468  ATROPHIE  DES  REINS. 

CCI  accouchement ,  elle  a  éprouvé  des  douleurs  liypogaslriques 
qui  ont  nécessité  à  diverses  reprises  l'application  des  sangsues 
aux  parties  génitales.  Du  reste  ,  elle  a  été  habituellement  bien 
portante  ,  si  ce  n'est  à  l'âge  de  Sa  ans  ,  ou  elle  a  été  retenue  au 
lit  pendant  uu  mois  par  des  pertes  utérines.  Malade  surtout 
depuis  un  an ,  P.  P.  a  éprouvé  d'abord  de  vives  douleurs  dans 
les  reins  et  dans  le  bas-ventre,  qui  ont  été  combattues  par  une 
nouvelle  application  de  sangsues  aux  cuisses.  Quelques  jours 
après,  écoulement  pendant  i5  jours,  par  le  vagin,  de  sang 
moitié  fluide,  moitié  en  caillolsj  deux  saignées  du  bras.  Des 
perles  utérines  de  i5  jours  de  durée  se  sont  répétées  chaque 
mois.  Depuis  celte  époque  la  malade  a  commencé  à  pâlir 
et  à  dépérir,  et  bientôt  elle  a  perdu  toul-à-fait  le  sommeil. 
Depuis  6  mois  tout  écoulement  de  sang  a  cessé  et  a  fait  place 
à  un  écoule  lient  blanc  rarement  mêlé  de  stries  sanguinolentes. 
Ces  pertes  r  uges  oublanches  n'ont  jamais  été  fétides,  et  mainte- 
nant encore  elles  sont  sans  odeur. 

Depuis  4  à  5  mois  la  malade  est  obligée  pour  uriner  de  faire 
eflbrt  comme  pour  aller  àlagarderobe.  Elle  urine  peu  à-la-fois, 
mais  souvent;  et  plus  d'une  fois  ses  urines  ont  été  troubles  et 
sédiinenleuses.  Jamais  elles  n'ont  clé  sanguinolentes  ni  chargées 
de  graviers.  Depuis  près  de  deux  mois  la  malade  éprouve  une  soif 
.•irdente  ([u'clle  se  garde  bien  de  satisfaire  complètement,  afin 
de  s'épargner  des  excrétions  urinaires  trop  fréquentes  qui  la 
Faligueraienl. 

Le  4  mars  i838,  face  pâle,  lèvres  décolorées,  chairs  flasques. 
Ala  carotide  droite,  bruit  de  souffle,  pouls  petit,  facilement  dé- 
pressible  (-6  pulsations  par  minute),  constipation  habituelle  ; 
douleur  à  l'hypogastre,  où  l'on  sent  une  tumeur,  grosse  comme 
une  petite  orange,  col  utérin  très  abaissé,  béant  et  surmonté 
de  saillies  dures,  comme  squirrheuses.  Après  le  toucher,  écou- 
lement de  sérosité  purulente,  mêlée  de  quelques  stries  san- 
guines. 

Les  urines,  claires  comme  de  l'eau  de  roche,  d'une  assez  faible 
pesanteur  spécifique  (ion) ,  neutres  au  moment  de  l'émission , 
ne  laissent  déposer  ni  sels,  ni  mucus  par  le  refroidissement. 
Elles  ne  sont  troublées  ni  parla  chaleur,  ni  par  l'acide  nitrique 


ATROPHIE  DES  REINS.  4% 

{Tisane  de  chiendent  nitrée;  24  grains  de  carbonate  de  fer  ;  ca- 
taplasmes sur  le  ventre,-  injections  ;  lavemens  èmoUiens). 

Le  3o ,  petite  quantité  de  liquide  dans  le  péritoine  et  d'œdèma 
autour  des  malléoles.  Les  urines  toujours  claires  et  sans  nuage, 
même  long-temps  après  l'émission,  traitées  de  nouveau  par  ïa 
.  chaleur  et  l'acide  nitrique,  prennent  une  légère  teinte  opaline, 
1  Les  jours  suivans  l'œdème  fait  des  progrès  aux  jambes ,  aux 
<  cuisses;  puis  la  face  devient  bouffie ,  enfin  les  extrémités  su- 
:  périeures  elles-mêmes  s'œdématient.  La  faiblesse  augmente 
c  chaquejour.  La  malade  s'éteint  Iei6avrilà  dixheures  du  matin. 
Autoi)sic  du  cadavre,  vingt-quatre  heures  après  la  mort. 
État  extérieur.  Infiltration  générale. 

Tête.  Le  cerveau  et  ses  membranes  ne  présentent  aucune 
altération. 

Poitrine.  Adhérences  pleuréliques  anciennes  au-devant  et 
;  sur  les  côtés  des  poumons,  qui  sont  engoués  de  sang  et  de  sé» 

rosité  à  leur  partie  inférieure  et  postérieure.  Bronches  saines. 

Cœur  sain.  Le  péricarde  contient  près  de  deux  onces  de  séro- 
;  site  citrine. 

Abdomen.  Le  péritoine  est  pâle  et  contient  près  d'un  demi- 
'  litre  de  sérosité  citrine ,  sans  mélange  de  fausses  membranes. 
Le  foie,  d'une  consistance  et  d'un  volume  ordinaires,  offre  une 
coloration  brun  jaunâtre.  La  rate  est  d'un  rouge  pâle,  et  sans 
altération. 

L'estomac  et  la  partie  supérieure  de  l'intestin  grêle  sont  sains. 
L'extrémité  inférieure  du  rectum  est  comprimée  de  droite  à 
gauche  par  un  noyau  squirrheux,  irrégulier,  enchatonné  dans 
le  tissu  cellulaire  et  les  aponévroses  du  petit  bassin.  La  coin- 
pression  exercée  par  cette  tumeur  est  telle  que  l'intestin  permet 
difficilement  l'introduction  du  doigt  indicateur. 

Les  ganglions  mésenlériques,  gros  comme  des  avelines,  sont 
durs,  blanchâtres,  et  d'une  consistance  squirrheuse.  Le  petit 
bassin  est  presque  rempli  par  la  matrice,  les  ovaires  et  le  tissu 

'  cellulaire  induré  qui  entoure  ces  organes.  Les  uretères  sont 
dilatés  et  distendus  par  l'urine.  Le  rein  droit,  une  fois  plus  vo- 
lumineux qu'il  ne  devrait  être,  est  d'un  jaune  pâle,  et  très  ferme, 

I  et  il  pèse  sept  onces;  son  bassinet  est  assez  dilaté  pour  admettre 


ATROPHIE  DES  REINS. 

un  œuf  de  poule.  L'uretère  a  le  volume  du  doigt  indicateur 
La  substance  corticale  et  la  substance  tubuleuse  sont  également 
hypertrophiées.  La  surface  de  la  première  est  bosselée  et  parse- 
mée de  quelques  petits  kystes  urinaires. 

Le  rein  gauche  a  à  peine  la  moitié  du  volume  du  rein  droit- 
il  est  surmonté  de  bosselures  et  de  quelques  kystes.  Ses  deux 
substances  sont  considérablement  atrophiées.  La  substance 
corticale  a  une  demi-ligne  d'épaisseur  au  plus,  au  niveau  de 
la  base  des  cônes.  Ceux-ci  sont  tous  plus  ou  moins  aplatis  de 
leur  sommet  à  leur  base,  et  le  tissu  de  plusieurs  offre  une  ra- 
réfaction remarquable.  Les  calices  sont  larges  à  pouvoir  lo- 
ger des  noisettes.  L'uretère  de  ce  côté  est  un  peu  plus  volumi- 
neux que  celui  du  côté  opposé.  Ces  deux  conduits  adhèrent  sur 
les  côtés  de  la  matrice  et  à  la  partie  postérieure  de  la  vessie  au 
moyen  d'un  tissu  cellulaire  induré.  La  vessie  est  saine,  excepté 
dans  un  point  de  sa  partie  postérieure  oii  elle  adhère  à  l'utérus. 
L'extrémité  inférieure  de  l'uretère  du  côté  droit,  comprise  entre 
l'utérus  et  la  vessie,  et  le  noyau  squirrheux,  est  tortueuse  et 
rélrécie  en  quelques  points,  de  telle  sorte  qu'à  travers  ce  canal 
l'urine  ne  s'écoule  que  goutte  à  goutte.  L'extrémité  vésicale  de 
l'uretère  du  côté  gauche  est  remplie ,  dans  l'espace  de  deux 
pouces,  par  un  bouchon  de  nature  squirrheuse. 

L'uiine  contenue  dans  l'uretère  bouché,  examinée  compara- 
tivement avec  celle  qui  s'est  accumulée  dans  l'uretère  impar- 
faitement obturé ,  a  été  trouvée  plus  albumineuse.  Èlle  conte- 
nait aussi  une  plus  grande  proportion  de  globules  purulens. 

La  matrice,  grosse  comme  une  pomme,  est  squirrheuse.  Le 
col  de  l'utérus  est  presque  complètement  détruit  par  une  ulcé- 
ration, de  la  surface  de  laquelle  on  fait  suinter  par  la  pression 
une  matière  ramollie.  La  membrane  muqueuse  du  vagin,  épais- 
sie auprès  de  cette  altération,  offre  à  sa  surface  quelques  gra- 
nulations miliaires,  blanches,  qui  paraissent  être  des  cryptes 
muqueuses  hypertrophiées  et  dégénérées. 

§  825.  J'ai  vu  plusieurs  cas  dans  lesquels  la  dilatation  de  Pu- 
reière,  provenant  du  rein  atrophié,  était  l'indice  de  l'existence 
antérieure  d'un  obstacle  au  cours  de  l'urine  qui  n'existait  plus,  i 


I 


ATROPHIE  DES  REINS. 


Obs.  II.  —  Dilatation  de  l'uretère  et  atrophie  du  rein  droit,  sans  hypertro- 
phie du  rein  gauche;  adliérences  du  péricarde  au  cœur;  traces  de  pleuré- 
sies anciennes  dans  les  deux  plèvres;  épanchement  de  sérosité  roussâtre 
dans  la  plèvre  droite;  granulations,  adhérences  du  péritoine;  épanchement 
séreux. 

Delecole,  âgée  de  34  ans,  ouvrière  en  linge,  entra  le  m 
avril  i836  ,  à  l'hôpital  de  la  Charité. 

Cette  femme,  d'un  teint  pâle ,  d'une  constitution  débilitée^ 
se  dit  malade  depuis  trois  mois.  Elle  n'a  jamais  eu  de  dartres 
etassuren'avoir  jamais  éprouvé  d'accidens  du  côté  desreins,  (i) 

II  y  a  un  épanchement  séreux  dans  le  ventre,  et  le  niveau  du 
liquide  dépasse  l'ombilic.  Depuis  un  mois  la  malade  s'est  aper- 
çue du  développement  graduel  de  l'abdomen.  En  même  temps, 
il  y  avait  vomissemens  verdâtres  et  douleurs  dans  le  ventre  , 
exaspérées  par  la  pression  (symptômes  qui  persistent).  On  re- 
cherche la  cause  de  l'hydropisie,  on  ne  la  trouve  ni  dans  le  foie, 
ni  dans  le  cœur  (2),  qui,  limité  par  la  percussion,  ne  dépasse  pas 
ses  bornes  ordinaires,  ni  dans  aucune  compression  des  veines. 
Il  n'y  a  pas  de  tumeur  dans  l'abdomen,  l'urine  n'est  point 
albumin'euse,  et  ne  donne  point  de  sédiment  briquelé;  on  rat- 
tache l'ascite  à  une  péritonite  chronique.  Les  parois  thoraciques, 
en  arrière  ,  sont  raattes  des  deux  côtés ,  et  la  respiration  s'en- 
tend faiblement.  Les  accidens  augmentent,  les  douleurs  et  les 
vomissemens  prennent  plus  de  fréquence  et  d'intensité  ;  le 
liquide  distend  le  ventre  chaque  jour  davantage;  les  extrémités 
inférieures  s'infiltrent.  Mort  le  17  mai. 

Autopsie  du  cadavre.  —  Tête,  le  cerveau  n'a  pas  été  examiné. 
Poitrine.  La  plèvre  droite  contient  un  litre  et  demi  de  sérosité 
roussâtre;  elle  est  épaissie  et  parsemée  de  plaques  rouges.  La 
plèvre  pulmonaire  a  une  épaisseur  considérable ,  mais  n'a 

(i)  L'atrophie  du  rein  droit  et  surtout  la  dilatation  de  l'uretère  du  même 
c6tc,  constatées  après  la  mort,  ne  peuvent  guère  être  expliquées  cependant 
que  par  un  obstacle  d'une  assez  longue  durée  an  passage  de  l'urine  de  l'u- 
retère dans  la  vessie.  Les  accidens  occasionés  par  cet  obstacle  auront  eu  lien 
probablement  dans  les  premières  années  de  la  vie. 

(a)  L'autopsie  démontra  cependant  qu'il  y  avait  une  ancienne  péricardilc. 


472  ATROPHIE  DES  REINS. 

d'adhérence  qu'avec  le  diaphragme.  Le  poumon  a  considéra- 
blemenl  diminué  de  volume  ,  les  lobes  moyen  et  inférieur  sont 
très  affaissés.  Le  tissu  pulmonaire  est  condensé;  quand  il  est 
incisé,  les  orifices  comprimés  des  bronches  forment  non  plus  de 
petits  cercles,  mais  des  stries  blanchâtres  très  rapprochés  les 
unes  des  autres  au  milieu  d'un  tissu  rouge  violacé.  La  coupe 
du  lobe  supérieur  du  poumon  offre  le  même  aspect,  mais  à  un 
degré  moindre;  le  tissu  en  est  moins  condensé. 

Il  n'y  a  pas  de  liquide  dans  la  plèvre  gauche,  mais  on  y  re- 
marque de  nombreuses  adhéreacès  en  haut  et  en  avant.  Les 
bronches  sont  remplies  d'un  liquide  spumeux.  La  masse  du 
poumon  est  refoulée  par  le  liquide  contenu  dans  l'abdomen. 

Le  péricarde  adhère  au  cœur  dans  toute  l'étendue  de  sa  sur- 
face. Les  valvules  du  cœur  ne  sont  point  altérées;  le  ventricule 
gauche  offre  une  hypertrophie  concentrique;  ses  parois  ont 
cinq  à  six  lignes  d'épaisseur,  et  dans  sa  cavité  on  ne  peut  intro- 
duire le  doigt.  Le  ventricule  droit  a  également  beaucoup  di- 
minué de  capacité  ,  mais  sans  épaississement  de  ses  parois. 

L'abdomen  contient  7  à  8  pintes  d'une  sérosité  roussatre, 
limpide.  Le  péritoine  pariétal  est  criblé  de  petites  granulations 
surtout  dans  le  petit  bassin.  Le  foie  est  recouvert,  à  sa  partie 
supérieure,  de  fausses  membranes;  sur  son  bord  convexe,  on 
trouve  une  petite  masse  cartilagineuse  irrégulière  au  centre  de 
laquelle  existe  une  petite  ostéide.  Le  tissu  du  foie,  d'une  teinte 
très  foncée,  est  très  humide,  et  sa  consistance  est  légèrement 
diminuée. 

Le  rein  gauche  et  l'urelère  gauche  ne  présentent  rien  de  re- 
marquable. Mais  lé  rein  droit  est  aplati,  atrophié  et  réduit  «m 
volume  d'une  omant^e.  Après  l'avoir  incisé,  on  reconnaît  que 
l'atrophie  a  porté  sur  ses  deux  substances;  le  bassinet  est  large, 
et  les  mamelons  sont  légèrement  affaissés.  L'uretère  droit, 
dilaté ,  d'un  volume  au  moins  double  de  celui  du  côlé  opposé  , 
surtout  dans  sa  partie  supérieure  ,  n'offrait,  dans  toute  sa  lon- 
gueur, ni  rétrécissement ,  ni  obstacle  d'autre  nature  au  cours 
des  urines.  La  vessie  était  saine,  et  la  communication  avec  les 
deux  uretères  était  parfaitement  libre. 

§  826.  Je  cite  l'observation  suivante  non-seulement  comme 


Ji 


ATROPHIE  DES  REINS.  4?^ 

un  exemple  d'atrophie  d'un  des  reins ,  déterminée  par  le  déve- 
loppement éHwi  calcul  dans  le  bassinet ,  mais  encore  comme  un 
cas  d'hydropisie  lié  au  dérangement  de  la  sécrétion  urinaire. 
Les  deux  capsules  surrénales  avaient  leur  volume  ordinaire. 

Obs.  III. — Atroi»Uie  du  rein  consécutive  à  des  calculs  rénaux;  graisse  au- 
tour du  bassinet  (observ.  communiquée  par  M.  Legroux). 

Madame  B....,  âgée  de  60  ans,  d'une  constitution  sèche  et 
nerveuse,  a  toujours  été  sujette  à  des  spasmes,  des  défaillan- 
ces, bien  que  sa  santé  fût,  du  reste,  assez  bonne.  Hy  a  i5  ou 
20  ans ,  elle  a  éprouvé  des  douleurs  dans  le  flanc  gauche  ;  dou- 
:  leurs  auxquelles  son  père  et  plusieurs  membres  de  sa  famille 
}  avaient,  dit-elle,  été  sujets.  Depuis  lors,  ces  douleurs  ont  sensi- 
1  bïement  diminuées,  mais  elles  n'ont  point  cessé,  et  de  temps  en 
I  temps  ont  présenté  quelques  exacerbations.  Appelé  près  de 
.  cette  dame,  au  mois  de  mai  dernier  (1837),  M.  le  docteur  Le- 
;  groux  la  trouva  atteinte  d'un  œdème  considérable  des  extrémités 
inférieures;  la  peau  était  pâle,  et  conservait  l'impression  du 
.  doigt.  La  malade,  sujette  à  des  rhumes  assez  fréquens,  à  de  la 
i  dyspnée,  dépendant  d'un  emphysème  pulmonaire ,  se  plaignait 
1  de  palpitations  ;  les  batlemens  du  cœur  étaient  assez  forts.  On 
sentait,  dans  le  flanc  gauche,  une  tumeur  dure,  en  apparence 
«  du  volume  d'un  œuf  d'autruche.  L'urine  était  remarquable  par 
i  sa  transparence  et  par  une  sorte  d'onctuosité  ;  soumise  à  l'ébul- 
lition,  elle  donnait  un  précipité  abondant,  blanc  et  grumuleux. 
Le  traitement  a  consisté,  pendant  trois  mois,  dans  l'adminis- 
t  tralion  de  diurétiques,  de  purgatifs  doux,  qui  ont  paru  produire 
)  une  diminution  notable  de  l'œdème,  sans  jamais  changer  la 
I  nature  de  l'urine.  Une  circonstance  remarquable ,  c'est  que 
i  les  aéperges ,  dont  cette  dame  faisait  un  usage  abondant ,  n'ont 
j  jamais  communiqué  la  plus  légère  odeur  à  l'urine.  Des  affec- 
!  lions  catarrhales ,  intercurrentes,  ont ,  plusieurs  fois,  obligé  de 
I  recoui  ir  à  de  légères  émissions  sanguines ,  qui  ont  toujours  été 
I  suivies  d'une  diminution  de  l'œdème  des  extrémités.  Une  pleu- 
»  résie  survenue  à  la  fin  du  mois  de  juillet  a  résisté  au  traitement 
I  antiphlogistique  et  contre-stimulant ,  et  la  malade  a  succombé 
He  2  août.  Durant  le  cours  de  celte  dernière  maladie ,  l'urine 


474  ATROPHIE  DES  REINS. 

soumise  à  l'ébuUition  fournissait  un  précipité  grumeleux  beau- 
coup plus  abondant. 

Autopsie  du  cadavve  faite  a4  heures  après  la  mort  :  Infil- 
tration des  extrémités  inférieures  ;  épanchement  considérable 
de  sérosité  citrine  dans  le  côté  gauche  de  la  poitrine.  Pseudo- 
membranes  récentes  tapissant  la  plèvre ,  qui  est  vivement 
piquetée  de  rouge;  poumon  affaissé,  à  peine  crépitant,  of- 
frant quelques  foyers  d'engorgement  sanguin  ;  épanchement 
de  sérosité,  peu  abondant,  avec  fausses  membranes,  dansla 
plèvre  droite;  poumon  emphysémateux;  cœur  un  peu  volu- 
mineux ,  mais  sans  déformation  ;  exsudation  pseudo-mem- 
braneuse à  la  partie  supérieure  du  péritoine ,  surtout  à  la  sur- 
face du  foie;  quelques  verres  de  sérosité  dans  l'abdomen; 
foie  hypérémié,  friable.  Rein  droit  hypertrophié,  doublé  de 
volume  ;  la  substance  corticale  a  la  couleur  du  café  au  lait 
clair.  La  substance  tubuleuse,  un  peu  moins  décolorée  ;  le 
tissu  est  friable  et  facile  à  écraser  par  une  légère  pression.  La 
capsule  fibreuse  peut  être  facilement  détachée. 

Le  rein  gauche  est  remplacé  par  une  masse  jaune ,  grais- 
seuse à  l'extérieur,  et  du  volume  d'un  œuf  d'autruche,  en- 
veloppée par  une  couche  cellulaire.  Sa  partie  centrale,  à  la 
loupe,  paraît  formée  par  une  substance  fibreuse,  et  graisseuse, 
traversée  par  plusieurs  tuyaux  (calices)  qui  convergent  vers  une 
cavité  centrale  (le  bassinet).  Les  substances  rénales  ont  com- 
plètement disparu.  La  plus  grande  partie  de  la  tumeur  esj 
formée  par  de  la  graisse  dont  les  lobes  sont  séparés  par  des 
lames  cellulo-fibreuses  qui  vont  se  perdre  dans  un  cordon 
fibreux  central.  Un  calcul,  brun  à  l'extérieur,  dur,  rugueux 
en  plusieurs  points,  du  volume  et  de  la  forme  d'un  doigt  à 
demi  fléchi ,  occupe  le  bassinet  et  bouche  en  partie  l'orifice 
de  l'uretère.  D'autres  petits  calculs  existent  dans  divers  points 
des  calices.  La  vessie  saine;  l'appareil  digestif  sain. 

§  827.  Atrophie  des  reins  par  une  compression  extèneure.  — 
Les  exemples  d'atrophie  des  reins  par  une  semblable  cause 
sont  assez  rares.  Toutefois  j'ai  vu  une  tumeur  cancéreuse  dé- 
veloppée dans  la  scissure  du  rein  (voy.  cancer  deskeins)  ,  la 
capsule  surrénale  transformée  en  une  tumeur  considérable 


ATROPHIE  DES  REINS. 

(voy.  Maladies  des  capsules  surrénales)  et  un  large  abcès 
lombaire,  déformer  le  rein  correspondant ,  l'aplatir  et  l'atro- 
phier à  un  degré  plus  ou  moins  considérable. 

§  8a8.  Enfin,  il  est  des  atrophies  des  reins,  sans  traces  de  lé- 
sions rénales,  sans  dilatation  des  uretères ^  sans  indices  d'un 
obstacle  antérieur  au  cours  de  l'urine,  et  sans  compression  ex- 
térieure de  ces  organes. 

Obs.  IV.         Atropine  du  rein  droit;  kystes  dans  le  rein  gauche,  catarrhe 

bronchique;  ép.mcLement  pleurélique;  ossification  des  valvules aortiques; 
masses  cancéreuses  dans  le  foie;  dégénérescence  squirrheuse  du  pan- 
créas. ' 

■  CTn  vieillard,  âgé  de  84  ans,  nommé  Markotty,  ancien  auber- 
giste, entra  à  l'hôpital  de  la  Charité  (i833)  dans  un  état  de 
maigreur  très  grande.  Ses  jambes  étaient  infiltrées,  et  depuis 
long-temps  il  était  afFecté  d'un  dévoieraent  abondant  qui  l'avait 
jeté  dans  un  état  de  faiblesse  extrême.  Depuis  xtn  grand  nom- 
byre  d'années  il  toussait  et  il  expectorait  beaucoup.  Le  pouls, 
peu  développé,  était  irrégulier,  intermittent;  les  battemens 
du  cœur  s^'entendaient  à  peine,  et  présentaient  aussi  de  l'irré- 
gularité ;  le  bruit  respiratoire  était  difficilement  perçu  des  deux 
côtés  de  la  poitrine,  surtout  du  côté  gauche.  Le  dévotement, 
très  abondant  {décoction  Manche;  potion  gommeuse). 

Le  lendemain,  à-peu-près  même  état  au  moment  de  la  visitej 
mais  peu  de  temps  après  la  respiration  devint  beaucoup  plus 
pénible;  l'expectoration  cessa  presque  entièrement}  le  côté 
gauche  de  la  poitrine  devint  mat. 

Le  jour  suivant,  la  respiration  était  encore  plus  pénible j 
l'expectoration  avait  tout-à-coup  cessé;  on  entendait  du  râle 
trachéal  ;  le  pouls  était  petit  et  irrégulier,  fréquent;  le  côté 
gauche  de  la  poitrine  rendait  un  son  tout-à-fait  mat  j  mort 
dans  la  nuit. 

\J autopsie  du  cadavre  eut  lieu  trente-six  heures  après  la  mort. 
La  surface  interne  des  bronches  était  un  peu  injectée  ;  les  deux 
poumons  étaient  sains.  Celui  du  côté  gauche  était  refoulé 
contre  la  colonne  vertébrale  par  un  épancheraent  d'au  moins 
un  litre  de  sérosité  trouble,  dans  laquelle  nageaient  des 


HYDIlONliPHROSi;. 

flocons  fibrineux  ;  d'autres  adhéraient  aux  parties  costale  et 
pulmonaire  de  la  plèvre.  11  y  avait  quelques  onces  de  liquide 
dans  la  plèvre  droite.  Les  valvules  sigmoïdes  présentaient 
une  ossification  commençante;  le  ventricule  gauche  n'était  ni 
dilaté,  ni  hypertrophié  d'une  manière  notable.  Il  y  avait 
dans  le  foie  sept  à  huit  masses  cancéreuses  du  volume  d'un 
marron,  d'une  consistance  ferme.  Les  voies  biliaires  étaient 
saines;  le  pancréas  était  dégénéré  en  un  tissu  dur,  lardacé, 
résistant  au  scalpel;  la  membrane  muqueuse  de  l'estomac,  un 
peu  ramollie,  se  détachait  facilement  des  membranes  sous-ja- 
centes.  Le  reste  du  canal  intestinal  était  sans  lésion  appré- 
ciable. 

Le  rein  droit  n'avait  pas  la  huitième  partie  de  son  volume 
ordinaire;  sa  couleur,  sa  consistance  étaient  les  mêmes  que 
celles  de  l'autre  rein;  sa  forme  était  bien  conservée,  quoiqu'il 
fût  un  peulobulé  à  sa  surface.  Le  calibre  de  l'artère  rénale  était 
à-peu-près  égal  à  celui  de  l'artère  du  rein  du  côté  opposé  ;  dis- 
position assez  ordinaire  dans  le  cas  d'atrophies  non  congéni- 
tales et  consécutives  à  diverses  lésions  rénales  ;  l'uretère  qui 
en  dépendait,  était  sain  et  libre  comme  celui  du  côté  opposé. 
Le  rein  gauche,  de  volume  normal ,  présentait  à  sa  surface  sept 
ou  huit  kystes  séreux,  de  couleur  jaune  ou  rougeâtre. 

Hydronéphrose. 

§  82g.  Lorsque  l'urine  s'accn'mule  lentementdaus  lesreins,à  la 
suite  d'un  obstacle  apport'é- ii»son  passage  dans  la  vessie,  ou  à 
son  expulsion  au  dehors,  ^oit  p^r  un-corps  étranger ,  soit  par  un 
vice  de  conformaîiôn,  îl  arrivé  •ÇftiÈtquefois  que  les  calices  et  le 
bassinet  se  dilatent,  sans  que  léurs  pajrois  s'enflamment  sensi- 
blement. Ces  collections  d'une  quantité  plus  ou  moins  consi- 
dérable d'un  liquide  primitivem"ent  ûrineux,  ej.  plus  tard  d'ap- 
parence séreuse,  dans  le  bassinet  et  les  calites  distendus  et  non 
enflammés,  ont  été  désignées  sôus  Icnom  à'hydropisie  du 
rein,  à! hydrorènale  distension.  ^' 

"Des  corps  étrangers,  libres  dans  la  cavilg  des  coij^uits  urN- 
naires  (calculs,  hydatides  )  ;  l'épaississeraent  ou  16  gonflement 


IIYDRONÉPHROSE.  4?? 

des  parois  de  ces  conduits;  des  tumeurs  saillantes  dans  leur 
intérieur;  des  brides  vasculaires  ;  l'oblitération  ou  le  rétrécis- 
sement organique  de  ces  canaux  ;  des  tumeurs  ou  des  brides 
situées  sur  leur  trajet,  ou  d'autres  dispositions  anomales  des 
parties  voisines  ;  la  rétention  prolongée  et  habituelle  de  l'urine 
dans  la  vessie  et  toutes  les  causes  qui  peuvent  la  produire; 
enfin  tout  obstacle  au  passage  de  l'urine  des  calices  dans  le 
bassinet,  du  bassinet  dans  l'uretère,  de  l'uretère  dans  la  vessie, 
donnant  lieu  à  une  rétention  complète  ou  incomplète  de  l'u- 
rine dans  un  des  reins  ou  dans  tous  les  deux,  tous  ces  états, 
dis-je,  peuvent  amener  le  développement  d'une  hydrouéphrose 
partielle  ou  générale  d'un  ou  de  ces  deux  organes. 

Lorsque  l'obstacle  au  cours  de  l'urine  existe  dans  l'uretère 
ou  dans  la  vessie ,  l'hydrorénale  distension  se  dessine  parfois 
au-dedans  de  la  scissure  du  rein  sous  la  forme  d'une  tumeur 
sphéroïde  plus  ou  moins  considérable ,  dont  les  parois  sont 
formées  par  le  bassinet  dilaté.  Le  rein,  refoulé  et  comprimé  de 
dedans  en  dehors,  diminué  de  volume,  coiffe  la  tumeur  comme 
une  espèce  de  casque,  et  présente  ordinairement  à  sa  surface 
un  certain  nombre  de  bosselures  (Atlas,  Pl.  xxii,  fig.  4  et  5). 

Chez  l'homme,  le  plus  souvent  cependant,  l'hydrorénale  dis- 
tension s'opère  à-la-fois  dans  le  bassinet  et  les  calices;  le  plus 
souvent  aussi  elle  est  générale.  Au  début,  dans  les  cas  les  plus 
simples,  la  dilatation  estlégère,,et  porte  spécialement  sur  les  pa- 
rois du  bassinet.  A  ce  degré  commençant,  le  tissu  du  rein  offre 
au  toucher  sa  résistance  normale;  plus  lard,  la  surface  de  cet 
organe  devient  bosselée,  et,  sur  ces  éraiçiences,  le  rein  paraît 
mou  et  fluctuant  sous  les  doigts;  plus.tard*encore ,  ces  bosse- 
lures, produites  par  la  dilatatio,n  et  la  distension  des  calices  et 
l'atrophie  de  la  substan,ce  rénale  correspondante,  deviennent 
plus  prononcées  :  le  rein  acquiert  surtout  en  quelques  points 
la  mollesse  d'un  kyste  rempli  par  un  liquide.  Le  plus  souvent 
aussi  le  bassinet  et,l§  commencement  de  l'uretère  distendus 
et  considérablement  augmentés  de  volume,  forment  au-dedans 
de  la  scissure  des  reujs  une  tumeur  pyriforme  dont  la  pointe 
est  en  bas  (Aii^AS,^!.  xxiv,  fig.  i,  3  et  5).  Dans  d'autres  cas, 
au  conlraire7  on  a^vu ,  par  suite  d'une  semblable  distension  ; 


478  HYDKONÉPHROSE. 

un  des  reins  acquérir  une  dimension  monstrueuse  (  Atlas  , 
Pl.  XXI ,  fig-  I  ;  pl-  xn ,  fig.  I  ) ,  ou  même  les  deux  reins  trans- 
formés en  deux  énormes  poches ,  à  la  surface  desquelles  on 
remarquait  des  îlots  de  substance  rénale  (  Atlas  ,  Pl.  xxxm 

fig.  !)• 

Dans  l'hydronéphrose ,  les  bosselures  sont  généralement  en 
rapport ,  pour  leur  dimension ,  avec  le  degré  de  l'hjdrorénale 
distension.  Lorsqu'on  a  divisé  les  reins  de  leur  bord  convexe  à 
leur  scissure,  ils  offrent  intérieurement  des  apparences  qui  va- 
rient suivant  le  degré  de  la  distension.  Lorsqu'elle  est  légère, 
on  trouve  le  bassinet  dilaté ,  les  saillies  des  mamelons  plus  ou 
moins  affaissées  ;  chaque  calice  paraît  devenir  plus  long  et 
prendre  la  forme  d'un  entonnoir,  par  suite  de  l'élargissement 
de  sa  base.  D'abord  aplatie  par  la  pression  du  liquide,  la  sur- 
face des  mamelons,  reconnaissable  à  des  stries  rouges,  conver- 
gentes, devient  concave  (Atlas,  Pl.  xxiv,  fig.  1  et  6;  Pl. xxii, 
fig.  2  et  3)  et  un  peu  rude  au  toucher,  surtout  sur  les  parties 
centrales,  qui  présentent  une  légère  dépression.  A  un  degré 
plus  avancé,  le  calice  dilaté  et  la  surface  déprimée  des  mame- 
lons forment  de  véritables  poches,  simulent  des  cavernes  dont 
les  ouvertures,  quelquefois  assez  étroites,  ont  ordinairement 
une  assez  grande  dimension  (Atlas,  Pl.  xxiv,  fig.  5  ;  Pl.  xxu, 
fig.  I,  a  et  3).  Ces  petites  cavernes  excentriques  ne  communi- 
quent point  les  unes  avec  les  autres  et  aboutissent ,  toutes  par 
leur  ouverture,  dans  une  cavité  membraneuse,  centrale,  beau- 
coup plus  grande ,  formée  par  le  bassinet  dilaté ,  avec  lequel 
elles  se  continuent  et  semblent  quelquefois  se  confondre  , 
lorsque  la  distension  est  considérable.  Dans  les  légères  dilata- 
tions, lorsqu'on  ouvre  le  bassinet,  on  aperçoit  une  série  de 
trous  arrondis,  disposés  irrégulièrement,  mais  en  général  deux 
k  deux.  La  dimension  de  ces  trous  est  très  variable  ;  ceux  de 
l'extrémité  des  reins  sont,  en  général,  plus  grands  que  les 
autres,  et  présentent  cela  de  remarquable,  que  le  fond  de  leur 
cavité  (  que  l'on  voit  beaucoup  mieux  que  celui  des  autres ,  à 
cause  de  la  plus  grande  dimension  de  leur  ouverture)  présente 
une  sorte  de  croix  blanche  produite  par  des  prolongemens  de 
la  membrane  des  bassinets,  laquelle  sépare  les  cônes  raul- 


HYDRONIÉPHROSE.  479 

liples  qui  forment  le  fond  de  ces  poches.  Plus  tard,  les  ouver- 
tures de  ces  poches  s'élargissent  encore  et  se  rapprochent  de 
plus  en  plus  du  fond  de  ces  petites  cavités,  La  surface  des 
mamelons  blanchit ,  et  on  ne  la  reconnaît  plus  qu'à  sa  forme 
arrondie  et  à  un  léger  rebord  formé  par  l'insertion  de  la 
membrane  du  bassinet  à  sqn  pourtour.  Je  me  borne  à  faire 
remarquer  ici  que,  la  diminution  de  la  profondeur  des  poches 
formées  par  la  distension  des  calices  et  par  l'élargissement 
des  ouvertures  qui  les  font  communiquer  dans  le  bassinet, 
coïncidant  avec  l'augmentation  de  volume  du  rein  dilaté,  il 

l"!  en  résulte  qu'on  aurait  d'autant  plus  de  chances  de  pénétrer 
facilement  dans  la  cavité  du  bassinet  et  d'en  extraire  un  corps 
étranger,  que  la  tumeur  formée  par  une  hydronéphrose,  serait 
plus  considérable. 
Le  bassinet  dilaté,  coupé  et  étendu  sur  une  table  ,  présenté 

;  une  infinité  de  plis  à  cause  de  sa  dilatation  sphérique  (Atlas 

'Pl.  XXIV,  fig.  I,  fig.  3.  Pl.  XXII,  fig.  I.  Pl.  xxiii,  fig.  I  et  3). 

^Sa  couleur  est  presque  toujours  d'un  blanc  pur,  opaque; 
quelquefois  aussi  il  offre  des  lignes  comme  nacrées ,  et  l'on 
n'aperçoit  presque  jamais,  dans  son  épaisseur,  de  vaisseaux 
sanguins. 

Les  substances  tubuleuse  et  corticale  des  reins,  comprimées 
Ide  dedans  en  dehors,  sont  tantôt  atrophiées  de  leur  scissure 
f'Vers  leur  bord  convexe ,  et  à  tel  point  que  j'ai  vu  des  reins 
1  d'enfant  qui  n'avaient  plus  que  le  volume  d'une  fève  ou  d'un 
I haricot,  et  des  reins  d'adulte  qui,  dépouillés  de  leurs  mem- 
>branes,  ne  pesaient  que  deux  onces  ;  et  dans  d'autres  cas  oii 

l'atrophie  s'était  faite  dans  tous  les  sens,  il  ne  restait  des  sub- 
Mstances  tubuleuse  et  corticale  que  de  légers  îlots  disséminés 
nsiir  la  tumeur  j  dans  tous  ces  cas  les  vaisseaux  des  reins  étaient 
thitn  développés  et  hors  de  proportion  avec  les  substances  ré- 
(tziflles,  dont  Tatrophie  était  consécutive  et  non  originelle. 

Après  une  hydronéphrose,  les  membranes  fibreuses  et  cel- 
iluleuses  des  reins  peuvent  éprouver  diverses  altérations.  Quant 

k  la  nature  du  liquide  contenu  dans  le  bassinet  et  les  calices 
k-dilatés,  elle  varie  suivant  que  la  tumeur  est  ancienne  ou  ré- 

nccnte,  que  l'obstacle  au  cours  de  l'urine  a  été  complet  ou  in- 


4Bo  HYORONKPnROSJ:. 

complet,  etc.  Dans  tous  les  cas,  j'ai  reconnu,  dans  ce  liquide 
de  l'urée,  et  une  quantité  notable  d'albumine,  lorsque  l'hydro- 
néphrose  était  ancienne  ;  c'était ,  au  contraire,  de  l'urine  à-peu- 
près  semblable  à  celle  qui  était  contenue  dans  la  vessie ,  lorsque 
le  passage  de  ce  liquide  provenant  du  rein  affecté  n'était  pas 
complètement  intercepté ,  et  qu'il  n'existait  point  d'inflamma- 
tion du  bassinet.  A  celte  occasion  je  crois  devoir  faire  remar- 
quer que  l'hydronéphrose  diffère,  par  des  caractères  essen- 
tiels ,  des  distensions  rénales  purulentes  qu'on  observe  dans 
lespyélites  simples  ou  calculeuses  (Voyez  :  Pr élite). 

Les  goulots  des  calices  et  leur  ouverture  dans  le  bassinet 
peuvent  être  obstrués  ou  oblitérés,  et  donner  lieu  aussi  à  des 
dilatations,  à  des  hydronépbroses  partielles,  ou  à  des  espèces 
de  kystes  ttr inaires  (A.ïlas,  Pl.  xxv,  fig.  3,  4).  Celte  altération, 
qui  est  très  rare  chez  l'homme,  est  très  commune  chez  le  bœuf 
(Atlas,  Pl.xxx,  fig.  6,  7  et  8). 

Dans  la  majorité  des  cas,  les  kystes  lobulaires  des  reins  de 
cet  animal  ont  celte  origine.  Ils  sont  susceptibles  d'un  très 
grand  développement,  car  je  les  ai  vus  égaler  et  même  surpasser 
en  volume  la  tête  d'un  enfant.  Chez  l'homme ,  comme  chez  le 
bœuf,  ces  kystes  contiennent  de  l'urine  plus  ou  moins  altérée, 
et  quelquefois  des  calculs;  quelques-uns  de  ces  kystes  commu- 
niquent avec  le  bassinet  par  une  petite  ouverture ,  à  travers 
laquelle  on  peut  introduire  une  soie  de  cochon.  A  l'aide  d'une 
légère  pression ,  on  peut  faire  passer  le  liquide  qu'ils  contien- 
nent, dans  le  bassinet ,  et  il  est  facile  ensuite  de  les  distendre 
en  insufiSant  de  l'air  dans  la  cavité  de  ce  dernier.  D'autres 
poches  urinaires  dont  l'orifice  pelvien  est  complètement  obli- 
téré, ne  communiquent  plus  avec  le  bassinet.  Alors  l'origine 
de  ces  poches  ou  de  ces  kystes  est  décélée  par  1  a  natureuri- 
neuse  du  liquide  qu'ils  enferment,  par  leur  continuité  avec  le 
bassinet  qui  s'insère  à  leui's  parois,  et,  dans  leur  inlérieur, 
par  un  petit  point  mat,  ou  un  léger  repli  qui  correspond  à  l'o- 
bliléralion  de  l'orifice  du  calice  dans  le  bassinet. 

Chez  le  bœuf,  le  bout  des  mamelons  présente  une  excavation 
quelquefois  assez  considérable ,  qui  n'existe  normalement  chez 
l'homme  qu'à  l'état  rudimentaire.  Chez  le  bœuf,  l'obstruction 


IIYDROKlïPHROSE.  4^1 

de  celle  ouverture  par  des  graviers,  s'observe  lorl  souvent  ; 
dans  les  cas  les  plus  simples  ,  cette  petite  excavation  est  remplie 
par  un  gravier  qui  l'ait  saillie  daus  le  goulot  du  calice.  Dans 
un  état  plus  avancé,  cette  espèce  de  lacune  distendue  en 
forme  de  caverne,  contient  plusieurs  petits  calculs,  mais  elle 
communique  encore  avec  le  calice.  Dans  un  état  plus  avancé , 
la  poche  s'est  agrandie,  les  calculs  sont  plus  nombreux,  ou 
la  quantité  de  l'urine  contenue  est  plus  considérable,  et  l'o- 
rifice de  communication  avec  le  bassinet  admet  à  peine  la  tête 
d'une  épingle  ;  enfin,  mais  plus  rarement,  la  cavité  est  com- 
plètement fermée,  et  l'orifice  de  communication  avec  le  calice 
est  clos  par  une  membrane  blanchâtre  d'une  assez  grande 
épaisseur.  Ces  kystes  ou  ces  poches  urinaires  ou  calculeuses 
développées  dans  la  substance  tubuleuse  sont  très  rares  chez 
l'homme.  J'en  ai  fait  figurer  un  exemple  (Atlas,  Pl.  xxv,  fig.  5). 
Dans  un  autre  cas,  une  poche  calculeuse  qui  avait  affaissé  un 
mamelon^  communiquait  par  une  très  petite  ouverture  dans 
un  calice  avec  lequel  elle  se  continuait  (Atlas,  Pl.  xxv,  fig.  8). 

On  observe  bien  rarement  de  petits  kystes  urinaires  et  cal- 
culeux  dans  la  substance  corticale  ;  j'en  ai  fait  figurer  un 
exemple  (Atlas,  Pl.  xxv,  fig.  7). 

§  83o.  Lorsqu'un  des  reins  est  seul  atteint  d'hydronéphrose 
(hydronéphrose  simple),  l'existence  de  celte  maladie  ne  peut 
être  reconnue  qu'au  moment  ou  une  tumeur  molle  et  fluctuante, 
appréciable  au  toucher,  apparaît  dans  la  région  rénale. 

Les  individus  atteints  d'hydronéphrose  d'tin  des  reins  ont 
souvent  commencé  par  éprouver  des  douleurs  plus  ou  moins 
vives  dans  la  région  lombaire  correspondante;  quelquefois  les 
douleurs  ne  se  sont  pas  bornées  à  cette  région  et  elles  se  sont 
étendues  dans  d'autres  parties  de  l'abdomen.  Toutefois  les 
symptômes  qui  précèdent  l'accumulation  de  l'urine  et  d'une 
humeur  muqueuse  dans  le  bassinet  et  les  calices  dilatés,  peuvent 
être  aussi  variés  que  les  causes  qui  sont  susceptibles  d'apporter 
obstacle  au  cours  des  ui'ines.  Quant  à  la  tumeur  rénale,  elle  est 
ordinairement  indolente,  et  le  volume  en  peut  varier  entre  celui 
du  poing  et  celui  de  l'utérus,  tel  qu'il  est  dans  les  derniers 
mois  de  la  grossesse.  On  peut  généralement  limiter.assez  exac 
III.  3r 


4^2  HYDRONÉPHROSE. 

leinent  l'étendue  et  les  dimensions  de  la  tumeur  à  l'aide  de  la 
percussion.  La  région  lombaire  reste  toujours  plus  ou  moins 
bombée ,  lorsque  les  malades  sont  assis  ou  placés  liorizontale- 
ment ,  à  quatre  pattes.  Au  toucher  cette  turaeut-  paraît  bosselée 
comme  un  gros  intestin  distendu.  Le  liquide  qu'on  trouve  dans 
la  tumeur  après  la  mort,  ou  qui  en  sort  à  la  suite  d'une  ponc- 
tion, b'a  jamais  les  qualités  de  l'urine  saine,  même  dans  les 
cas  cil  la  maladie  résulte  de  l'oblitération  des  conduits  urinai- 
reé;  mais  ce  liquide  contient  toujours  de  l'urée.  Quant  à  l'uriné 
rendue  pendant  la  vie,  elle  est  le  plus  souvent  saine,  à  moins 
qu'elle  ne  reçoive  des  caractères  particuliers  d'une  diatbèsê, 
le  rein  sain  suppléant  le  rèiii  malade  dans  sa  fonction.  Un  des 
reins  peut  même  être  transformé  en  une  énorme  poche ,  sans 
qu'il  en  résulte  le  plus  léger  dérangement  dans  les  principales 
fonctions  et  dans  la  santé  générale.  Mais  la  mort  peut  survenir 
en  peu  de  temps,  lorsque  la  sécrétion  ou  l'excrétion  de  l'ùrinè 
vient  à  être  suspendue,  pendant  un  ou  plusieurs  jours,  dans  le 
rein  sain. 

5  83i.  Dans  le  cas  d'hydronépbrose  double,  la  maladie  ne 
pèut  étl'e  reconnue  qu'autant  que  les  tumeurs  résultant  de  la 
dilatation  des  bassinets  et  des  calices  ont  acquis  des  dimensions 
assez  considérables  pour  être  appréciées  à  la  percussion  des 
hypocliondres  et  des  lombes,  ou  bien  au  toucher  lorsqu'elles 
débordent  le  bord  libre  dés  fausses  côtes.  Il  m'est  arrivé  dans 
un  cas  (Obs.  iV),  de  ne  reconnaîlré  qUe  l'une  des  tumeurs  vé- 
nales, l'aulre  étant  restée  cacliée,  en  très  grande  partie  au 
Moins,  dans  l'Iiypochondre  droit. 

Dé  semblables  tumeurs  ne  peuvent  être  confondues  par  leur 
forme  qu'avec  celles  qui  résultent  des  kystes  des  reins,  de  l'ac- 
cùmulalion  du  pus  ou  du  sang  dans  le  bassinet  et  les  calices 
dilatés;  mais  dans  l'inflammation  du  bassinet  l'urine  est  tou- 
jôiirs  plus  ou  moins  chargée  de  pus,  à  moins  que  toute  commu- 
nication soit  interceptée  entre  le  bassinet  enflamme  et  la  vessie, 
ee  qui  n'est  pas  le  cas  le  plus  ordinaire.  D'ailleurs  dans  la 
pyélile  la  tumeur  est  presque  toujours  douloureuse,  et  le  plus 
souvent  elle  est  indolente  dans  l'hydronéphrose.  Dans  les  der- 
niers temps  de  l'hydropisie  des  i'eins,  l'urine  muqueuse  et  légè- 


HYDRONÉPHROSE.  483 

rement  filante ,  rendue  par  le  malade ,  est  bien  distincte  de 
Turine  purulente  ou  de  l'urine  sanguinolente  et  purulente  de 
la  pyélite  chronique;  de  sorte  qu'après  un  examen  attentif  il 
sera  toujours  possible  de  distinguer  ces  deux  espèces  de  tu- 
meurs rénales. 

Quant  aux  caractères  qui  distinguent  les  bydronépbroses 
des  autres  tumeurs  des  régions  rénales,  on  pourra  se  guider 
d'après  les  remarques  que  j'ai  déjà  faites  à  l'occasion  des  pyé- 
lites  avec  tumeur,  et  qu'il  serait  superflu  de  reproduire  ici. 
Il  me  suffira  de  rappeler  que  des  cas  d'iiydronéphrose  ont  été 

)  pris,  pendant  la  vie,  pour  des  cas  de  grosseâse  ou  d'hydro- 

>  pisie  de  l'ovaire  (i). 

Dans  un  cas  d'hydronépbrose ,  la  poche  formée  par  le  bas- 

i  sinet  et  les  calculs  distendus  peut,  sur  un  ou  plusieurs  points 

i  devenir  le  siège  d'une  inflammation  intercurrente,  d'une  vé- 

;  rilable  pyélite,  annoncée  par  des  frissons  irréguliers,  par  de 
la  fièvre  et  des  douleurs  plus  ou  moins  vives  dans  la  tumeur; 

i.mais  je  ne  connais  pas  d'exemph,  d'hydronépbrose  terminée 
par  une  fistule  communiquant  avec  l'intestin,  ainsi  que  cela 
s'est  vu  un  assez  grand  nombre  de  fois  à  la  suite  des  pyélites 
(Voyez  :  Fistules  rénales). 

5  83i.  Dans  un  cas  d'hydronépbrose  à'nn  des  reins ,  ce  qui 

■  constitue  le  danger,  ce  qui  le  rend  nul  ou  imminent,  c'est  la 
chance  plus  ou  moins  éloignée  ou  plus  ou  moins  procbaincd'uné 
obstruction  de  l'uretère  dit  côté  opposé,  ou  de  l'inflamma- 
ilion  du  rein  du  tôté  opposé  dont  les  fonctions  sont  régaliè" 
tres.  Chez  un  malade  cité  par  Kœnig,  rafl"ection  du  rein  durait 
'  depuis  25  ans;  chez  M.  V.  (Obs.  ii)  les  premiers  accidens  s'é- 
taient déclarés  près  de  5o  ans  avant  la  mort,  qui  fui  détermi- 
née pa-r  un  calcul  engagé  dans  l'uretère  du  côté  opposé. 

^l)  Dans  uu  cas  rapporté  dans  VHisloive  de  V Académie  des  sciences 
1(1732,  n.  7,  p.  3a,  7'  ol)5.  d'un  cliapitrc  intitulé  :  Observations  a?ialoniiques), 
•Dne  tumeur  rénale  pesant  35  livres,  située  dans  le  flanc  gauclic  et  l'iiypogas- 
»tre,  fut  prise  pour  un  utérus.  Dans  l'exemple  rapporte  par  Johnson  ,  on  prit 
lia  tumeur  formée  par  le  rein  pour  nnc  hjdropisie  de  l'ovaire,  et  dans  le  cas 
i*apportépar  Howisou  la  maladie  était  coosidérét:  comme  nue  affection  tpas- 
tnodiqtte  de  l'intfstin, 

3i. 


4^4  HYDllOINKPHKOSi;, 

Dans  l'Iiydroni'ipliroso  dtithLc,  lo  danf^er  esl  proj^oriioiiué  au 
degii!  d'nlrophie  des  sul)slauces  réuales.  Tous  Jes  cas  sont  plus 
ou  moins  rapidement  mortels;  les  malades  ne  s'alitent  ordi- 
uairenient  que  peu  de  jours  avant  la  mort,  qui  a  lieu  le  plus 
souvent  d'une  manière  aussi  rapide  qu'imprévue. 

Un  nouveau -né  atteint  d'une  double  hydronéplirose  n'est 
pas  viable. 

§  833.  Dans  le  traitement  de  l'hydronéphrose,  il  faut  recher- 
cher la  cause  de  l'obstruction  de  l'uretère;  et,  si  cette  obstruc- 
tion paraît  due  à  un  calcul  et  que  par  l'examen  de  l'urine  et  à 
l'aide  d'autres  renseignenieus,  on  parvienne  à  connaîlrela  nature 
du  calcul,  on  cherchera  à  le  ramollir  ou  à  en  opérer  la  dissolution. 
Ensuite  on  éloignera  autant  que  possible  toutes  les  causes  qui 
pourraient  euilammer  la  poche  rénale  et  augmenter  la  sécrétion 
de  l'humeur  du  bassinet  et  des  calices.  Si  la  tumeur,  développée 
sans  avoir  été  précédée  de  symptômes  propres  aux  coliques  né- 
phrétiques, et  par  l'occlusiou  de  l'uretère,  peut  être  attribuée 
à  un  vice  de  conformation  ,  on  essaiera  de  faciliter  le  cours  de 
l'urine  à  l'aide  de  légèi-es  frictions,  d'une  douce  compression 
sur  la  tumeur,  en  faisant  prendre  au  malade  diverses  attitudes. 

Le  docteur  Kœnig  a  conseillé  de  pratiquer  une  ponction  à 
ces  tumeurs  hydrorénales  à  l'aide  d'un  trois-quarts,  toutes  les 
fois  qu'elles  s'élèvent  sensiblement  et  qu'elles  présentent  évi  - 
demment  de  la  Iluctualion,  ainsi  que  cela  se  fait  pour  l'hydro- 
pisie  de  l'ovaire.  Un  tel  conseil  ne  doit  pas  être  suivi  tout  d'a- 
bord, quel  que  soit  le  volume  de  l'hydronéphrose  d'un  des 
reins;  car  cette  maladie  est  compatible  avec  l'exercice  régulier 
des  principales  fonctions  ;  elle  ne  compromet  évidemment  ni 
la  santé  ni  la  vie  ;  et  d'un  autre  côlé,  après  la  ponction  on  a  vu 
la  poche  rénale  s'enflammer  ,  une  péritonite  survenir  et  les 
malades  sucçoraber  (i).  Mais  si,  tant  que  la  poche  rénale  est 

(i)  Martins  {Médical  Comment.,  vol.  ix.  —  How-ship,  ouv.  cité,  p. 3i)  fait 
mention  d'un  cas  dans  lecpiel  on  retira  d'une  semblable  tumeur,  par  la 
ponction,  dix  pintes  d'un  liquide  s.ingninulenl.  Cette  mcïme  tumeur  s'étant 
remplie  de  nouveau  ;  deux  ans  après,  ou  fit  la  même  opération,  mais  cette  fois 
on  fit  l'ouverture  de  la  tumeur  avec  une  lancette  au  lieu  d'uu  trois-quarts ,  le 
liquide  coula  dans  la  cavité  du  bas-veulre,  et  la  malade  mourut  peu  de  jours 


UYDRONÉPHiiosE  {Jiisloriqué).  485 

noa  douloureuse ,  on  doit  se  dispenser  de  recourir  soit  à  la 
ponction  ,  soit  à  l'incision  de  la  tumeur,  il  en  est  autrement 
lorsque  les  parois  de  la  poche  s'enflamment,  lorsqu'elles  pa- 
raissent se  ramollir  ou  se  perforer;  il  faut  recourir  aux  sai- 
:  gnées  locales  et  générales,  aux  bains  et  aux  cataplasmes  émol- 
1  liens,  et  en  même  temps  évacuer  par  des  lavemens  et  des  pur- 
gatifs les  matières  amassées  dans  le  gros  intestin.  Si  les  acci- 
:  dens  persistent,  s'il  survient  des  frissons,  si  la  douleur  lom- 
h  baire  est  plus  vive  ou  plus  continue,  il  devient  nécessaire 
1  alors  de  frayer  au  dehors  une  voie  au  pus  ou  à  l'humeur  sé- 
r  reuse  et  purulente  accumulée  dans  le  bassinet  et  les  calices. 

Historique  et  observations  particulières. 

§  834.  J'ai  pu  rassembler  et  comparer  un  assez  grand  nom- 
;  bre  de  cas  d'hydronéphrose.  D'après  l'auteur  d'un  mémoire 
•  sur  riiydropisie  des  reins,  inséré  dans  le  Londo7i  médical  re- 
;  fository,  vol.  xix  ,  p.  4i,  il  paraîtrait  que  Piudolphi  et  Frank 
ont  les  premiers  employé  la  dénomination  à' hydropisie  des 
reins  (i)  pour  désigner  ces  cas.  Johnston  (a)  lui  donna  le 
;  nom  de  distension  hydrorènale  (hydrorenal  distension). 

§  835.  Les  exemples  d'hydronéphrose  simple  ou  d'un  des 
t  reins  sont  moins  rares  que  ceux  d'hydronéphrose  double. 
.  Parmi  les  cas  d'hydronéphrose  simple  chez  l'adulte  ou  le 
»  vieillard,  je  citerai  les  suivans  : 

Tulp  {3j  dit  qu'un  homme  était  régulièrement  afleclé  d'is- 
churie  à  l'époque  de  la  pleine  lune ,  et  qu'après  sa  mort  on 
trouva  le  rein  gauche  aussi  grand  que  la  vessie  uriuaire.  Hal- 

après.A  l'ouverture  du  cadavre,  ou  trouva  que  le  rein  gauche,  dont  l'uretère 
était  complètement  oblitéré,  formait  un  énorme  sac  qui  renfermait  le  liquide 

'   évacué  à  chaque  opération. 

(r)  La  pyélite  chronique  suppnrée  a  élu  aussi  désignée  sons  le  nom  d'Ay- 

<  dropisie  séio-puruleiite  du  rein  (Howison.  Edinb.  med.  and  sur.  journ.,  yol. 

I  xvm,  p.  557);  cette  dénomination  me  parait  fautive. 

(2)  Med.chir.lrans.  3u]j  i8i6. 

(3)  Tulp.  (W.).  Ois.  incd.,  lib.  ii,  p.  i68,  Amslœlodami,  in-ia,  Ischuria 
luuatica. 


486  iiYDRONÉPHRosE  {liisloriqué). 

1er  (i)  rapporte  que  chez  une  femme  hydropique  il  s'était  for- 
mé, depuis  plusieurs  années,  une  tumeur  au-dessous  du 
nombril.  Après  la  mort,  on  vit  que  cette  tumeur  était  formée 
par  un  des  reins  dégénéré  en  un  sac  membraneux,  blanc,  rem- 
pli d'eau.  L'autre  rein  était  entièrement  sain  et  dans  sa  posi- 
tion naturelle. 

Mon  fils,  dit  Jean-Pierre  Frank  (2),  a  trouvé,  sur  le  cadavre 
d'un  jeune  homme,  mort  à  l'hôpital  de  \'ienne,  le  rein  gauche 
dilaté,  au  point  qu'il  remplissait  toute  la  cavité  abdominale.  Il 
contenait  plus  de  soixante  livres  d'un  fluide  plutôt  aqueux 
qu'urineux.  Il  ne  x-estait  de  sa  substance  que  la  membrane 
propre.  La  pièce  est  déposée  au  Muséum  analomiquede  Vienne. 

On  peut  rapprocher  de  ces  faits  l'observation  recueillie  par 
le  docteur  Reynaud  (3)  d'une  énorme  dilatation  du  rein  gau- 
che, transformé  en  une  poche  qui  contenait  une  grande  quan- 
tité de  liquide  plus  pâle  que  l'urine  ordinaire.  L'uretère  corres- 
pondant était  rétréci,  au  point  qu'une  épingle  pouvait  à  peine 
être  introduite  dans  sa  cavité.  Le  rein  droit  était  plus  volumi- 
neux que  d'ordinaire.  Le  malade  qui  présenta  cette  altération 
du  rein,  était  mort  accidentellement  et  des  suites  d'une  frac- 
ture de  l'orbite.  Il  est  très  probable  que  l'altération  du  rein 
gauche  n'exerçait  aucune  influence  fâcheuse  sur  la  santé  du 
malade,  le  rein  droit  le  suppléant  dans  sa  fonction. 

M.  Piorry  (4)  a  montré  à  ses  élèves,  en  1852,  un  rein  droit 
énormément  dilaté  et  ayant  un  pied  de  longueur  sur  cinq  à  six 
pouces  de  largeur;  cette  altération  était  la  suite  d'une  obstruc- 
tion de  l'uretère  correspondant  par  un  calcul. 

§  836.  La  dégénérescence  cancéreuse  de  l'utérus  est  une  des 
causes  les  plus  fréquentes  de  la  rétention  de  l'urine  dans  les 
uretères,  pl  par  suite  de  leur  dilatation,  et  de  la  dilatation  du 
bassinet  et  des  calices,  et  enfin  de  l'atrophie  du  rein. 

Chez  une  femme  de  4o  ans  qui  mourut  à  l'hôpital  de  la 


(i)  Gœttingen  gel.  Anzeigen  1777,  S.  1196, 

(a)  Frank,  De  curai\d.  homia.  tfiorbis,  vol.  vu,  secl.  1,  §  743. 

(3)  Journ.hebdomad,,  t.  i,  p.  8i  .i  8g. 

(4)  Gazelle  des  hôpilaux,  i832,  p.  45 1. 


iiYDRONÉP^ROSE  {simple).  .487 

Charité  d'un  cancer  de  l'ulérus,  la  dilatation  du  reiu  fut  portée 
à  un  tel  point ,  qu'elle  donna  lieu  à  une  tumeur  fluctuante  et 
bosselée  dans  la  région  lombaire  du  côté  droit.  Dans  ce  cas 
l'uretère  fut  comprimé  par  des  ganglions  lymphatiques  indurés 
et  augmentés  de  volume  qui  se  trouvaient  entre  l'ulcrus  et 
le  muscle  iliaqiie.  Le  rein  était  dans  le  même  état  que  dans 
les  cas  précédens  :  le  liquide  contenu  dans  le  bassinet  était 
jaunâtre  et  sans  odeur.  L'uretère  du  côté  gauche  n'était  point 
dilaté;  le  rein  correspondant  était  un  peu  pâle. 

J'ai  vu  un  autre  exemple  de  rétention  d'urine  dans  le  rein 
et  l'uretère,  chez  une  femme  atteinte  d'une  énorme  ulcération 
cancéreuse  de  l'utérus;  c'était  encoi'e  le  rein  droit  qui  était 
9^eclé,  mais  il  était  pourvu  de  deux  uretères;  un  d'eux,  très 
4ilaté,  avait  presque  la  dimension  d'un  intestin  grêle  :  c'était 
celui  qui  recevait  l'urine  de  la  partie  inférieure  du  rein;  l'autre 
çivaitsa  forme  et  son  calibre  ordinaires. 

Chez  une  troisième  femme,  morte  d  un  cancer  de  l'utérus,  les 
reins  excessivement  pâles  avaient  subi  un  commencement  de 
distension;  les  uretères,  dilatés,  gros  comme  le  petit  doigt, 
avaient  la  dimension  de  l'intestin  grêle  d'un  enfant.  Le  bassinet 
du  rein  gauche  était  tellement  plein  de  liquide  que  les  mame- 
lons étaient  complètement  affaissés. 

§  837.  Chez  des  nouveau-nès  on  a  plusieurs  fois  observé  des 
cas  d'hydionéphrose  d'un  des  reins.  Bonet  (i)  cite  dans  son 

(1)  «  Ante  sex  circîter  septimanas  accessit  me  cliirurgus ,  indicans  nlons- 
trosum  fcBtum  pridie  natum  esse,  etc.  Cum  corpusculum  detegerem,  vidi  in- 
gentcm  tumorcm  in  abdominis  regione  sub  bypochondrio  sinistro,  et  facta 
4i$secaudi  copia  adsumpsi  iuibi  comitem  clariss.  dom.  BorricLium,  a  quo 
rogatus  cujusaam  partis  tumorem  illnm  esse  crcderein  ?  accusavi  iicuem  :  ille 
vcro  bcpatis  boc  vitium  esse  indicavit. 

Aperto  abdomine  cum  magnâ  circuraspectione,  invenimus  hepar  mole  suâ 
natoralcm  quantitatem  non  exoedere,utnec  ventriculum,  nec  lienem  :  cum- 
que  intestina  tenuia  non  statim  apparerent,  credebamus  primo  intnitu  naturam 
involucro  membranoso  eadcm  obvolvisse,  et  a  reliquis  abdominis  visccribus 
séparasse.  Sed  cum  eadcm  repcriremus  detrusa  versus  os  ilium  dcxtrum,  in 
■lias  incidimus  cogitationes  :  nam  veûis  magnis  per  superficiem  spnrsis 
praditus  erat  lumor,  et  in  cjus  parte  superiore  aliquid  ïubicundi,  instar  pla- 


488  HYBRONÉPiiKosE  {simple). 

Sepulcrclum,  le  cas  d'un  enfant  nowveau-né ,  dont  le  l  ein 
droit,  transformé  en  une  membrane  épaisse,  formait  une  tu- 
meur sensilile  extérieurement.  L'uretère  de  ce  rein  était  com- 
plètement obstrué. 

Obs.  I.  —  Hydrouéphiosu  du  rein  gauclie  dira  un  nouvcau-nô;  oblité- 
ration de  l'uretère  correspondant.  -  (Billard.  Traité  des  mal.  des  nou- 
veau-nés, j).  434,  iu-8;  Paris). 

Jules  Martin,  âgé  de  quatre  jours,  entre  le  23  février  à  l'in- 
firmerie. Il  est  fort,  ses  tégumens  sont  très  colorés  ;  il  porte  à  la 
région  lombaire  une  tumeur  arrondie,  molle  au  toucher,  offrant 
à  son  centre  une  excoriation  rougeâtre,  et  à  sa  circonférence 
un  bourrelet  dur,  rouge,  inégal.  L'enfant  resta  à  l'infirmerie 
pendant  un  mois;  durant  ce  temps,  il  maigrit  et  s'étiole  insen- 
siblement; il  a  le  dévoiement  et  des  vomissemens  abondans  , 
son  cri  est  toujours  faible  et  sa  circulation  très  lente.  Enfin,  il 
meurt  le  ai  mars.  On  trouva  à  l'ouyerlure  du  cadavre  un 
épanchement  considérable  de  sérosité  dans  les  ventricules  la- 
téraux, le  long  du  rachis  et  dans  la  tumeur  qui  existait  à  la 
région  lombaire  au  niveau  d'un  écartement  des  apophyses  épi- 
neuses des  dernières  vertèbres  lombaires  et  des  premières 
sacrées.  L'appareil  digestif  n'offrait  rien  de  remarquable,  mais 
l'appareil  urinaire  présentait  la  disposition  suivante.  Le  reiu 
gauche  consistait  en  une  masse  ,  grosse  comme  un  œuf 
d'oie,  de  lobules  seini  -  transparens  irrégulièrement  agglo- 
mérés, et  qui  formaient  autant  de  petits  kystes  pleins  d'un 
fluide  blanc  et  inodore.  Ces  kystes  communiquaient  tous  entre 

ceutae  uteriuœ  npparebat  :  uude,  quaoquam  masculus  essot  fœtas,  sperabamns 
uternm  hic  nos  inventiiros  et  in  eo  ferlasse  fœtiira;  coque  inagis  quod  in  fine 
cprncreinus  pnrticulam,  qualis  est  ala  vespertilionum,  cum  tuba  et  teste  iu 
mulioribus.  Sed,  apcrto  tumore,  inTenimus  enm  repletnm  fuisse  copia  seri  in- 
genti  :  ven.is  cxaminando  deprebendimus  cas  e  trunco  cav.is  .^tatim  sub  liepalc 
originem  traliere,  tandemque  deprebendimus  rencm  dexirum  iu  cjusmodi 
molein  cxcrevisse  et  tumorem  illum  efformasse ,  qui  tamen  rcn  et  a  figura 
<ii.4uaturali  et  a  substantia  plurimum  discrep;ibat,  cum  crassissiui.f  luembrnuic 
erat  admodum  similis  ;  iircter  quoqiie  dexter  plané  erat  in)pervius(Joau.  van 
Home.  inEpislol,  fi.irlliul.  cent.  3,ejijst.  Si.  —.Souet. Sepulcret.,  1. 11, p. 290). 


HYDRONÉPHROSE  [simple).  4^9 

eux  ;  les  plus  voisins  du  bassinet  s'ouvraient  dans  ce  réservoir, 
qui. lui-même  était  rempli  d'un  Iluide  semblable  au  précédent. 
Le  rein  n'offrait  aucune  trace  de  sa  texture  naturelle.  Cepen- 
dant, vers  sa  scissure,  on  remarquait  vine  couche  de  tissu  cellu- 
laire assez  épaisse  et  comme  condensée.  C'était  dans  ce  tissu 
que  venait  se  terminer,  en  s'oblitérant,  la  veine  etl'artère  rénale. 
J'ai  cherché  vainement  la  connexion  de  l'uretère  avec  le  bas- 
sinet; celui-ci  formait  un  véritable  cul-de-sac  sans  débouché. 
L'uretère  était  bien  développé  près  de  la  vessie,  où  il  s'ouvrait 

i  comme  à  l'ordinaire;  mais  en  remontant  vers  le  rein,  on  le 
voyait  dégénérer  en  deux  petits  cordons  très  minces,  bifurqués 

,  et  nullement  perforés,  et  près  du  bassinet  ces  filamens  se  mul- 
tipliaient et  s'appliquaient  au  rein  en  forme  de  patte  d'oie. 
Le  rein  droit  était  plus  développé  qu'à  l'ordinaire;  la  vessie 

1  très  peu  dilatée  contenait  de  l'urine  trouble,  dans  laquelle  se 

i  trouvait  une  grande  quantité  de  petits  graviers,  fins  comme  du 

•  sable;  les  poumons  étaient  un  peu  gorgés  de  sang  ,  les  ouver- 
,  lures  fœtales  étaient  oblitérées. 

§  838.  Le  cas  d'hydronéphrose  d'un  des  reins  le  plus  reraar- 
.  quable  qu'on  ait  observé  jusqu'à  ce  jour,  est  peut-être  celui 

•  qui  est  rapporté  par  M.  Glass  (i).  La  mère  de  la  jeune  fille 
i  chez  laquelle  le  cas  fut  observé,  avait  été  hydropique  pendant 
s  sa  grossesse;  l'enfant  naquit  avec  le  ventre  rempli  d'eau; 
;  mais  du  reste  elle  était  saine.  Quoique  la  maladie  fit  des 
(  progrès  à  mesure  que  l'enfant  se  développait,  elle  atteignit 
i  l'âge  de  23  ans.  Le  ventre  était  extrêmement  gros  ;  mesuré  après 
1  la  mort,  il  avait  six  pieds  quatre  pouces  de  pourtour  et  un  peu 
I  plus  de  quatre  pieds,  depuis  le  cartilage  xyphoide  jusqu'aux  os 
I  pubis.  Huitmois  avant  sa  mort,  les  règles  de  cette  jeune  fille  ces- 
s  sèrerit  En  ouvrant  le  ventre,  il  sortit  environ  trente  gallons  de 
l  liquide  (un  gallon  contient  quatre  pintes  de  Paris),  de  couleur 
i  café.  Un  grand  sac  membraneux,  qui  avait  contenu  ce  liquide, 
«  était  en  partie  adhérent  à  la  paroi  antérieure  de  l'abdomen  et  en 
«  occupait  toute  la  capacité.  Pour  son  aspect,  sa  couleur,  son  épais- 

(r)  Philosopli.  iransact.,  vol.  xr.iv,  n.  482,  p.  337.  —  Howship.  Ouv.  cité 
\  p.3i-33. 


49»  HYDKOWÉPHUOSE  {shiplé). 

seur,  Je  nombre,  la  grandeur  çtla  dislributiou  de  ses  vaisseaux 
sanguins,  ce  sac  ressemblait  à  l'utérus  d'une  vache  sur  le  point 
de  mettre  bas.  Toute  la  surface  interne  était  rude,  comme 
■écbaudée  ,  et  renfermait  encore  une  certaine  quantité  de 
liquide  couleur  c^fé.  Antérieurement  et  à  gauche,  on  découvrit 
l'orifice  d'un  conduit  qui  entrait  obliquement  dans  la  cavité 
du  sac,  et  dans  lequel  on  pouvait  facilement  enfoncer  le  tuyau 
d'une  plume  d'oie.  Ce  canal  passait  dans  l'étendue  de  douze 
pouces,  entre  les  membranes  du  sac,  dans  une  direction  obli- 
que, de  bas  en  haut  et  de  gauche  à  droite ,  puis  il  se  recourbait 
en  bas  et  passait  entre  les  duplicatures  du  ligament  large  de  la 
matrice  pour  s'insérer  dans  la  vessie. 

Le  rein  gauche,  ses  vaisseaux  sanguins  et  son  uretère  étaient 
dans  l'état  naturel.  La  vessie  était  très  petite,  mais  saine. 

Il  n'existait  aucun  vestige  du  rein  droit,  et  très  probablement 
^  tumeur  n'était  autre  chose  que  le  rein  droit  lui-même;  car 
elle  recevait  de  l'aorte  et  de  la  veine  cave  des  vaisseaux  qui  se 
distribuaient  sur  les  parois  de  ce  sac. 

§  83g.  Les  deux  observations  suivantes  n'offrent  pas  moins 
d'intérêt.  Dans  l'une,  la  mort  fut  la  suite  prompte  et  inévitable 
de  l'obstruction  des  deux  uretères  par  deux  calculs;  dans  l'au- 
tre, l'hydronéphrose  était  compliquée  d'une  dégénérescence 
cancéreuse  de  la  vessie  et  d'un  des  uretères. 

Obs.  II.  —  HydroDépbrosc  très  considérable  formée  dans  le  rein  droit,  à 
la  suite  de  l'obstruction  de  l'uretère  par  un  calcul;  anurle  complète  à  la 
suite  de  l'obstruction  de  l'uretère  gauche  ;  mort  (Atlas,  Pl.  xxi). 

M.  V  ,  âgé  de  64,  avait  ressenti,  à  l'âge  de  22  ans,  dans 

la  région  du  rein  droit  une  douleur  qui  se  propageait  obli- 
quement vers  la  vessie  en  suivant  la  direction  de  l'uretère; 
cette  douleur  persista  et  augmenta  de  plus  en  plus,  et  les 
iirines  étaient  parfois  sanguinolentes,  et  même  quelquefois 
d'une  teinte  noirâtre;  le  malade  était  pâle  et  maigre.  Peu-à- 
çeu  l'ufine  cessa  d'être  sanguinolente  et  reprit  ses  caractères 

ordinaires,  et  la  santé  de  M.  V        devint  très  bonne;  et, 

pendant  une  longue  suite  d'années,  il  jouit  d'une  santé  floris- 
sante. Pendant  l'hiver  de  1828,  il  contracta  une  bronchite  qui 


HYDRONÉPiiRosE  {simple).  /191 

persista  plusieurs  mois,  et  au  printemps  dei833  une  névralgie 
sciatique. 

M.  V   commença  vers  l'année  1820  à  acquérir  de  l'em- 
bonpoint qui  augmenta  de  plus  en  plusj  le  volume  du  ventre 
prit  un  accroissement  fort  remarquable,  et  dans  les  derniers 
temps  surtout  ce  volume  du  ventre  le  gênait  considérablement 
dans  la  marche. 

Le  18  septembre  i834,  M.  V        éprouva  dans  le  ventre 

un  malaise  qui  l'obligea  à  s'aliter  ;  des  douleurs  se  faisaient 
sentir  dans  tout  l'abdomen ,  mais  surtout  vers  la  région  du  rein 
gauche.  Cette  région  était  douloureuse  au  toucher:  le  malade 
n'urinait  point ,  n'avait  même  aucune  envie  d'uriner ,  et  la  ves- 

sie  n'était  point  distendue.  Pendant  dix  jours  M.  V  n'eut 

aucun  besoin  d'uriner ,  et  au  bout  de  ce  temps  seulement  il 
iiendit  deux  verres  d'une  urine  citrine.  En  examinant  le 
ventre,  M.  Hamel  et  moi,  nous  constatâmes  Ja  présence 
d'une  tumeur  volumineuse  qui  s'étendait  obliquement  de 
l'hypochondre  droit  vers  la  fosse  iliaque  gauche.  Cette  tu- 
meur présentait  une  fluctuation  obscure  :  nous  pensâmes  qu'elle 
était  formée  par  le  rein  droit  distendu  (ce  que  l'examen  du 
corps  après  la  mort  confirma).  L'état  du  malade  devint  de  plus 
en  plus  grave.  La  langue  se  couvrit  d'un  enduit  limoneux.  Les 
traits  s'altérèrent,  les  nuits  furent  agitées  ,  le  pouls  s'affaiblit; 
il  survint  des  hoquets  et  le  malade  expii-a  le  i5  octobre  1834, 
à  neuf  heures  du  matin. 

A  l'ouverture  du  corps,  nous  trouvâmes  le  rein  droit  prodi- 
gieusement distendu  et  converti  en  une  poche  remplie  de  sept 
livres  onze  onces  d'un  liquide  filant;  la  tumeur  avait  i6  pouces 
de  long  de  bas  en  haut;  la  longueur  de  son  bord  convexe  était 
de  2^ pouces,  et  celle  de  son  bord  concave  de  i6  pouces;  la 
tumeur  avait  7  pouces  6  lignes  d'épaisseur  à  son  milieu.  L'u- 
retère, dilaté  à  son  origine,  se  rétrécit  bientôt  subitement,  et 
dans  cette  espèce  d'étranglement  on  sentait  un  petit  calcul  en- 
gagé dans  ce  conduit,  qu'il  avait  complètement  obsti'ué.  Au- 
dessous  de  cet  obstacle ,  l'uretère  reprenait  ses  dimensions  or- 
dinaires. 

Le  rein  gauche  était  considérablement  gonflé  et  rouge  j  le 


49^  HYDRONÉPHUOSE  (simple). 

bassinet  était  notablement  dilaté  et  arborisé  ;  l'uretère  gauche 
comme  celui  du  côté  droit,  contenait  un  pelitcalcul,  arrèléà  5 
pouces  environ  du  bassinet.  La  vessie  était  saine,  elles  autres 
organes  de  l'abdomen  étaient  dans  l'état  naturel. 

L'altération  du  rein  droit  rend  parfaitement  compte  de 
l'ancienne  maladie  de  M.  V...,  et  de  la  cause  de  sa  mort, 
devenue  inévitable  par  la  gravité  de  l'affection  du  rein  gauche 
(le  seul  qui  fut  en  état  de  fonctionner  à  la  suite  de  l'obstruc- 
tion de  l'uretère). 

Ob».  III.  —  Hydronéphrose  du  rein  gauclie;  obstruction  de  l'uretère  cor- 
respondant par  un  calcul;  dilatation  de  çc  conduit;  tumeurs  fongueu.ses 
développées  sur  sa  membrane  interne  et  dans  la  vessie  (Atlas,  Pl.  nu 
fig.  I  et  a). 

Un  homme  d'une  cinquantaine  d'années  admis  à  l'hôpiial 
de  la  Charité  dans  le  service  de  Lerminier,  portait  une  lumeur 
fluctuante,  peu  douloureuse,  dans  le  flanc  gauche.  Cette  lumeur 
s'affaissa,  et  l'urine  devint  sanguinolente.  Mon  opinion  fut  que 
celle  tumeur  était  formée  parune  distension  durein.  Cethomme 
mourut  quelque  temps  après,  et  j'assistai  à  l'ouverture  du 
corps. 

Autopsie  du  cadavre.  Taille  de  5  pieds  8  pouces  ,  maigreur 
très  grande,  ventre  plat  (on  ne  sent  plus  distinctement  la  tu- 
meur dans  le  flanc  gauche). 

La  tête  ne  fut  pas  ouverte. 

Poitrine.  Une  lâche  laiteuse  sur  la  paroi  antérieure  du  pé- 
ricarde; deux  grands  verres  de  sérosité  trouble  dans  la  plèvre 
gauche;  quelques  points  hépatiscs  dans  le  lobe  inférieur  du 
poumon  gauche  ;  poumon  droit  engoué  dans  totile  sa  partie 
postérieure,  d'oii  beaucoup  de  sérosité  s'écoule  par  l'incision. 

Abdomen-  Foie  sain,  raie  petite,  estomac  contracté.  Legrand 
épiploon  se  prolonge  très  bas,  le  colon  Iransverse  descend  jus- 
qu'au pubis,  le  colon  descendant  est  vide.  Une  sonde  est  facile- 
ment introduite  dans  la  vessie,  et  on  n'y  sent  ni  brides  ni  calculs. 
Une  poche  formée  aux  dépens  du  rein  occupe  l'hypochondre  gau- 
che,refoule  la  rate  en  haut  sous  le  diaphragme,  et  desceudjus- 
qu'à  trois  travers  de  doigt  du  niveau  de  l'épine  iliaque.  Cette 


il 


HYPROivrPHROSF.  (simple). 

tumeur  est  lliictuanle.  Le  volume  de  l'uretère  est  plus  consi- 
dériible  que  celui  du  pouce  d'un  adulte.  La  vessie  ,  grosse 
comme  le  poing,  contient  de  l'urine.  La  capsule  surrénale, 
lout-à-fait  saine,  est  placée  sur  la  face  antérieure  de  la  poche 
rénale,  près  de  sa  partie  supérieure.  Cette  poche  a  près  de 
huit  pouces  de  hauteur.  Dans  son  intérieur  ou  trouve  une 
certaine  quantité  d'une  matière  brunâtre,  peu  épaisse ,  sans 
odeur.  L'uretère  contient  la  même  matière. 

L'intérieur  de  la  poche  n'offre  ni  injection,  ni  dépôt  de  ma- 
tière blanchâtre  ou  purulente.  Sur  plusieurs  points  de  la  face 
interne  delà  tumeur,  on  voit  des  plaques  de  fibrine,  jaunâtres, 
décolorées  et  adhérentes  à  la  poche.  Les  substances  rénales 
ont  complètement  disparu  par  suite  de  la  distension  du  bassinet 
et  des  calices.  Les  calices  sont  transformés  en  loges,  de  gran- 
deur variable ,  qui  viennent  aboutir  au  bassinet  qui  n'est  pas 
dilaté  en  proportion.  Les  parois  de  l'uretère  ont  à-peu-près 
ia  largeur  et  l'épaisseur  de  l'aorte.  A  la  face  interne  de  ce  con- 
duit et  supérieui-ement,  on  voit  plusieurs  petites  fongosités 
dont  le  volume  varie  depuis  celui  d'une  tête  d'épingle  jusqu'à 
celui  d'un  petit  pois. 

La  membrane  muqueuse  de  l'urelère  dilaté  est  assez  consis- 
tante pour  pouvoir  èlre  facilement  disséquée  dans  toute  l'éten- 
due de  ce  conduit.  Les  petites  tumeurs  fongueuses  sont  implan- 
tées sur  cette  membrane  ;  au-dessous  d'elle,  la  membrane  fi- 
breuse de  l'uretère  a  l'apparence  du  tissu  fibreux  des  artères 
sans  en  avoir  l'élasticité.  On  peut  le  séparer  assez  facilement  en 
plusieurs  couches  (Atlas,  Pl.  LUI,  fig.  3).  L'épaisseur  de  cette  tuni- 
que fibreuse  étaitconsidérable.  Dans  l'intérieur  de  l'uretère,  près 
de  son  embouchure  dans  la  vessie  ,  existe  un  calcul,  semblable 
poUr  le  volume  à  une  noix  de  galle,  coloré  en  noir  :  près  de  ce 
calcul  on  voit  de  petites  fongosités,  rouges  et  molles,  et  que 
leur  vascularilé  et  la  continuité  de  leur  tissu  avec  la  mem- 
brane de  l'uretère  ne  permettent  pas  de  confondre  avec  la  fi- 
brine déposée  en  quelques  points  sur  les  parois  de  ce  conduit. 

La  membrane  interne  de  la  vessie  présente  de  petites  fongo- 
.sités  vers  les  orifices  des  uretères,  plus  du  côté  gauche  que  du 
côté  droit,  et  tout  près  de  l'orifice  de  l'uretère  gauche. 


/|94  HYDRONÉPHROSE  (double). 

Le  calcul,  situé  à  l'extrémilé  inférieure  de  l'uretère,  qu'il 
obstruait  complètement  ,  avait  neuf  lignes  de  longueur  ;  il 
était  ovale,  noir  et  surmonté  d'aspérités;  sa  couche  corti- 
cale se  brisa  d'elle-même  et  paraissait  composée  de  sang 
desséché.  La  masse  du  calcul  était  grisâtre  et  composée  de 
phosphate  de  chaui.  L'urèthre  était  sain. 

Le  rein  droit  d'un  volume  ordinaire,  grenu  à  aa  surface, 
présente  quelques  points  injectés  et  d'autres  anémiques.  Les 
membranes  du  fein  s'enlèvent  difficilement  et  entraînent  avec 
elles  un  peu  dê  substance  corticale;  l'urelère,  le  bassinet  et  le 
calice  étaient  sains. 

5840.  Les  cas  A'hijdrnnèjihrosc  doulle  ne  sont  pas  très  rares, 
soit  chez  l'homme,  soit  chez  les  animaux. 

Ruysch  (i)  a  rapporté  un  cas  de  double  hydronéphrose , 
observé  sur  une  brebis.  J'ai  trouvé  une  semblable  altération 
chez  un  chién.  P.  Jalon  (2)  a  observé  une  double  hydroné- 
phrose, chez  un  enfant  de  10  ans,  auquel  un  chirurgien  avait 
extrait  à  l'âge  de  7  ans  un  calcul  an'êté  dans  l'urèlhre  et  qui 
avait  produit  une  rétention  d'urine. 

On  lit  àansV  flisioire  de  la  Société  royale  de  Médecine  (Années 
1780-1781  ,  page  272)  un  cas  de  double  hydronéphrose,  ob- 
servé chez  une  femme,  âgée  de  4o  ans.  L«  rein  droit  formait 
une  masse  molle,  membraneuse,  qui  avait  huit  pouces  de  long 
et  cinq  pouces  de  large.  La  partie  supérieure  delà  tumeur  pré- 
sentait des  bosselures  semblables  à  des  cii  convoi ulions  in- 
testinales- Cette  tumeur  contenait  une  grande  quantité  de 
sérosité  et  quatre  calculs  assez  gros.  Elle  parut  composée  de 
plusieurs  cellules  membraneuses  qui  s'ouvraient  les  unes  dans 
les  autres.  Pour  découvrir  le  rein  gauche,  dont  on  n'apercevait 
pas  de  traces,  il  fallut  suivre  l'uretère,  lequel  conduisit  presque 
près  du  diapliragine  à  un  petit  sac  membraneux  qu'on  recon- 
nut être  le  rein-  Ce  sac  renfermait  quelques  cellules,  et  avait  un 

(1)  Rnyscllii.  Muséum  anatoinicum,\>.  r46.Tlieca  C.Repertor.  5,  n.  4  et  5 
{expansio  renum  -  hernia  rcnalis). 

(2)  Jalon  (P.).  Obs.  de  urina:  incontinentia. — Ei>bera.nat.  cur.Doc.  2,  ann.  2, 
obs.  129,  pag.  290. 


HTDRON^PHROSE  [doubk).  49^ 

peu  plus  d'épaisseur  et  de  consistance  que  n'en  avaient  leà 
membranes  du  rein  droit.  On  y  voyait  quelques  restes  de  mame- 
lons déformés,  mais  il  n'étaitplus  possible  de  distinguer  les  deux 
substances  qui  constituent  le  rein.  Les  membranes  de  ce  sac 
contenaient  de  la  sérosité  et  un  calcul  de  la  grosseur  d'un  pois» 
Hallé  (i)  a  observé  un  cas  d'hydronéphrose  double  chez  Une 
femme  âgée  d'une  quarantaine  d'années.  Cette  hydronéplirosè 
avait  été  occasionée  par  des  calculs  rénaux  j  déux  ans  avant  là 
mort  de  la  malade  on  avait  reconnu  une  tumeur  dans  le  (làll& 
droit.  La  mort  survint  après  des  accidens  graves,  que  l'auteur 

<  désigne  sous  le  nom  de  fièvre  maligne,  et  qu'il  attribue  plutôt 
à  à  de  violens  chagrins  éprouvés  par  la  malade  qu'à  la  double 
a  afiFection  des  reins. 

%  841.  Une  double  hydronéphrose  peut  être  la  suite  d'uil 
r  ince  de  conformation  des  uretères  qui  apporte  un  obstacle  plus 
.  ou  moins  considérable  au  cours  de  l'urine. 

<  Obs,  IV.  —  Hydronéphrose  double,  suite  d'un  yice  de  conformation  de* 

uretères  (Atlas,  Pl.  xxni). 

î"rancois.Ham,  âgé  de  17  ans,  entra  à  l'hôpital  de  la  Charité, 
1  le  il  janvier  i836.  te  malade  d'une  constitution  chétive,  ra- 
i  chitique,  amaigrie,  ne  paraît  pas  avoir  plus  de  i3  à  14  ans;  ses 
i  jambes  sont  arquées,  et  il  est  obligé  de  se  servir  de  béquilles 
[  pour  marcher.  Son  enfance  a  été  presque  continuellement  ma- 
I  ladive,  bien  qu'il  ne  puisse  préciser  aucune  affection  dont  il  ait 
'  été  atteint,  une  exceptée  sur  laquelle  nous  allons  insister  tout- 
là-l'heure.  Il  n'a  jamais  eu  de  jaunisse^  ni  de  fièvre  intermit- 
tente, ni  d'attaque  de  nerfs. 

Il  accuse  une  douleur  dans  la  région  rénale  gauche,  seule- 
ment en  avant,  douleur  qui  existe  depuis  sept  ans,  qui  s'est 
■  montrée  à  différentes  reprises  par  crises,  quelquefois  ac- 
'compagnée  de  vomissemens.  Plusieurs  applications  de  sahg- 
fisues  ont  été  faites  loco  dolcnli,  et  on  voit  sur  le  flanc  gauche  les 
)petites  cicatrices,  résultant  des  piqûres;  jamais  ce  jeune 
l'homme  n'a  rendu  de  graviers;  l'excrétion  de  l'urine  n'a  jamais 


(t)  Hist,  detaSoc.  royalcde  Médécine,  178901  1781,11.  272. 


49^^  HYDUOlVJÎPHnoSK  {douhhi). 

été  suspeudue,  ni  douloureuse;  il  se  rappelle  avoir  uriné  du 
sang  noir  il  y  a  deux  ans  environ ,  au  milieu  d'une  crise  plus 
violente  que  les  autres  ,  et  qui  fut  accompagnée  de  vomisse- 
inens.  L'hématurie  a  continué  pendant  trois  jours  ;  jamais  il  n'a 
éprouvé  de  douleurs  du  côté  droit. 

A  part  celte  affection ,  aucun  organe  ne  paraît  particulière- 
ment malade;  la  respiration  se  fait  bien;  la  circulation  ne  pré- 
sente rien  d'anomal  ;  le  tube  digestif  semble  sain  ;  il  y  a  seu- 
lement de  la  constipation. 

En  pressant  sur  le  ventre,  dans  la  région  du  flanc  gauche, 
on  détermine  une  légère  douleur.  Le  ventre  est  arrondi  et  plus 
volumineux  qu'à  l'ordinaire.  Le  flanc  gauche  est  saillant.  On 
fait  placer  ce  jeune  homme  à  quatre  pattes;  et  à  côté  des  vertè- 
bres, la  région  lombaire ,  au  lieu  d'offrir,  comme  dans  l'état 
sain ,  une  sorte  de  gouttière  ,  est  bombée ,  et  présente  une 
voussure.  On  presse  le  flanc  et  on  y  sent  de  la  fluctuation;  ou 
le  percute  latéralement  et  antérieurement,  et  le  son  est  mat  dans 
une  étendue  grande  au  moins  comme  la  paume  de  la  main.  On 
ne  détermine  aucune  douleur  dans  la  tumeur  en  pressant  for- 
tement avec  les  doigts  le  long  de  la  colonne  vertébrale;  point 
de  douleur  dans  les  bourses,  ni  dans  la  cuisse  gauche.  Le  côté 
droit  est  complètement  indolent.  Les  urines,  très  légèrement 
acides,  sont  ti'ansparentes  ,  peu  colorées,  absolument  sembla- 
bles pour  la  couleur  à  de  la  limonade  ;  traitées  par  la  chaleur 
et  l'acide  nitrique,  elles  ne  se  troublent  pas.  Je  portai  pour 
diagnostic  :  hydronéphrose  du  côté  gauche.  Le  i4  janvier,  on 
constate  àvec  encore  plus  de  précision  la  présence  d'une  tu- 
meur dans  le  flanc  gauche. 

Les  ui'ines,  examinées  de  nouveau  le  iC  janvier,  sont  tou- 
jours claires  et  ont  la  couleur  d'une  limonade.  La  quantité  est 
ordinaire;  l'émission  n'en  est  point  douloureuse;  elles  sont 
légèrement  acides  :  traitées  par  l'acide  nitrique  et  la  chaleur, 
elles  se  troublent  très  légèrement.  Même  état  des  autres 
fonctions. 

Le  21  janvier,  sans  cause  connue,  rétention  d'urine.  A  la 
visite  du  matin,  le  malade  n'avait  pas  uriné  depuis  la  veille, 
trois  heures  de  l'après-midi.  La  vessie  remonte  jusqu'à  l'oni- 


MYDBONKPHROSE  {(huhîé).  Zl'97 

bilic.  Une  soude  pénètre  dans  la  vessie  sans  rencontrer  d'ob- 
stacles, et  l'on  extrait  un  grand  bassin  d'urine  semblable,  pour 
la  couleur,  à  l'humeur  que  l'on  retire  de  certaines  asciles,  ou 
à  une  solution  gorameuse  un  peu  filante  ,  de  saveur  extrême- 
ment fade  et  n'ayant  nullement  l'odeur  urineuse.  On  constate 
la  présence  d'un  peu  d'albumine  dans  cette  singulière  urine. 

Pendant  les  cinq  jours  suivans,  on  fut  obligé  de  sonder  le 
malade  deux  fois  en  vingt -quatre  heures.  Une  fois  seule- 
ment il  urina  seul  avec  beaucoup  d'efforts,  mais  sans  dou- 
leur. La  proportion  du  liquide  rendu  fut  au  moins  triple  de 
celle  des  boissons  ingérées.  Douleurs  dans  le  ventre  {trois 
,  applications  de  sangsues ,  la  première  de  douze ,  la  deuxième 
de  six,  la  troisième  de  huit;  bains  de  siège);  amendement  dans 
■les  douleurs ,  mais  faiblesse  générale  plus  grande. 
;    Le  96  janvier,  au  matin, '.on  trouve  le  malade  couché  sur  le 
kcôté ,  les  yeux  à  demi  fermés ,  la  face  profondément  altérée , 
rayant  de  l'écume  à  la  bouche,  accusant,  par  ses  cris,  des  dou- 
leurs qu'il  dit  être  générales,  mais  beaucoup  plus  vives  que  par- 
'.out  ailleurs,  dans  l'épaule  et  le  bras  droit-  Les  pupilles  sont  très 
iilatées,  mais  elles  se  contractent  à  l'approche  de  la  lumière  ;  la 
respiration  est  haute  et  suspi rieuse,  sans  râle;  pouls  petit, 
fréquent  (iio  pulsations);  le  ventre  n'est  point  douloureux. 
En  palpant  la  tumeur  du  flanc  gauche,  ou  reconnaît  qu'elle  a 
:onsidérablement  diminué  de  volume  ;  elle  ne  fait  plus  de  saillie 
en  arrière ,  sur  les  côté.<t  de  la  colonne  vertébrale.  Les  douleurs 
mt  commencé  au  milieu  de  la  nuit;  il  n'y  a,  du  reste,  ni 
Vissons ,  ni  hoquet,  ni  vomisseraens  :  les  selles  ont  été  natu- 
elles;  rien  enfin  n'annonce  une  rupture  delà  poche  dans  le  pé- 
ritoine, dans  l'intestin  ou  dans  le  tissu  cellulaire  ;  rien  non 
plus  ne  semble  pouvoir  expliquer  l'intensité  et  la  gravité  des 
lymptômes. 

Le  a 7  janvier  ,  à  la  visite  du  soir  ,  l'affaissement  était 
noindre;  ce  matin,  l'amélioration  est  en  apparence  encore 
ilus  notable;  le  malade  a  uriné  seul  et  il  a  dormi  un  peu;  la 
louleur  du  bras  a  disparu;  il  n'a  eu  ni  hoquets  ni  vomisse- 
nens  ;  respiration  moins  pénible  et  moins  haute  ;  pouls  moins 
)etit  et  moins  fréquent;  l'urine  a  une  odeur  ammoniacale  pro- 
III.  3a 


/198  HYDRONÉPHROSE  (double). 

noncée(le  malade  avait  peut-être  uriné,  malgré  mes  recom- 
mandations, dans  un  urinai  mal  lavé). 

Le  28  janvier,  à  la  visite  du  soir,  face  rouge ,  fièvre  ardente. 
Ce  matin,  agonie  ,  tremblement  des  mâchoires ,  face  bleuâtre 
yeux  à  demi  fermés,  affaissement  complet ,  respiration  suspi- 
rieuse,  élevée,  avec  gros  râle  muqueux  dans  toute  la  poitrine 
et  qui  s'entend  même  à  distance.  Mort  à  raidi. 

Autopsie  du  cadavre.— âbdomm.  A  l'ouverture  du  bas-ventre 
il  ne  s'échappe  point  de  liquide.  On  n'aperçoit  aucune  trace 
d'inflammation  dans  le  péritoine.  Le  colon  transverse  a  sa  posi- 
tion naturelle  ;  l'intestin  grêle  est  refoulé  du  côté  droit  par  une 
tumeur  qui  a  son  siège  à  gauche,  et  au-devant  de  laquelle 
passe  le  colon  descendant.  Après  avoir  enlevé  l'intestin,  on 
aperçut  une  tumeur  qui  s'étendait  de  haut  en  bas ,  depuis  la 
dixième  côte  jusqu'à  deux  travers  de  doigts  au-dessus  de  l'épine 
iliaque  antérieure  et  supérieure.  Dans  toute  sa  longueur  le 
colon  ascendant  lui  était  accolé.  Au  niveau  du  tiers  inférieur 
de  la  tumeur  cet  intestin  est  rétréci  de  manière  à  ne  plus  pré- 
senter que  le  volume  d'une  grosse  corde,  et,  cela,  dans  l'éten- 
due d'un  demi-pouce  environ.  Dans  le  sens  transversal,  la  tu- 
meur présente  son  plus  grand  diamètre  à  la  partie  moyenne 
environ  de  sa  hauteur,  et  se  rapproche  beaucoup  de  la  ligne 
médiane,  vers  laquelle  s'avance  du  côté  droit  une  tumeur  à- 
peurprèa  de  même  forme  que  la  précédente ,  mais  qui  lui  est 
bien  inférieure  en  volume.  Entre  ces  deux  tumeurs,  se  trouve  la 
troisième  portion  du  duodénum,  ainsi  que  le  commencement 
de  l'intestin  grêle. 

Les  reins  étaient  transformés  en  deux  poches  d'un  inégal  volu- 
me. A  droite  la  tumeur  du  rein  paraissait  être  à  un  degré  moins 
avancé  de  dégénérescence  que  la  tumeur  rénale  du  côté  gauche. 

La  poche  formée  par  le  rein  gauche ,  avait  environ  7  pou- 
ces de  hauteur,  5  pouces  et  demi  dans  la  plus  grande  lon- 
gueur, et  2  pouces  et  demi  environ  d'épaisseur.  Pour  l'aspect 
de  la  tumeur,  figurez  -  vous  une  vessie  aplatie,  bosselée  el 
remplie  de  liquide.  La  poche  se  compose  de  deux  parties 
continues:  l'une  est  le  rein  proprement  dit,  qui  a  subi  une 
dilatation  énorme;  l'autre  est  le  bassinet,  dont  la  disten- 


HTDRONJîPiiROSE  (doubk). 

sion  est  proportionnellement  plus  grande  encore.  La  substance 
rénale  est  complètement  disparue.  Le  rein  dégénéré  n'est  plus 
qu'une  poche  membraneuse ,  mais  ayant  conservé  sa  forme 
primitive,  avec  de  nombreuses  bosselures  représentant  les 
lobes  dont  le  rein  se  composait.  Les  parois  de  la  poche  étaient 
blanchâtres,  très  minces  en  quelques  points,  semi-transparentes. 
Dans  deux  ou  trois  bosselures  l'absorption  de  la  substance 
corticale  n'a  pas  été  complète,  et  il  en  reste  quelques  débris 
.  d'une  ligne  environ  d'épaisseur.  Ces  bosselures  ont  une  cou- 
ï  leui'  brun-rougeâtre.  Toute  la  poche  est  distendue  par  du 
':  liquide;  elle  se  laisse  déprimer,  et  l'on  y  sent  de  la  fluctua- 
:  lion  j  on  perçoit  aussi  en  quelques  endroits  la  sensation  de 
1  brides  extérieures  qui  traversent  la  tumeur  ;  dans  les  sillons  des 
I  bosselures,  on  trouve  quelque  peu  de  tissu  cellulaire  jaunâtre  ; 
;  la  partie  supérieure  de  la  tumeur  est  surmontée  par  la  capsule 
surrénale ,  qui  est  aplatie,  et  n'offre  ,  du  reste  ,  rien  de  reraar- 
,  quable. 

La  seconde  partie  de  la  poche  (le  bassinet)  est  également 
;  distendue  par  le  liquide.  Elle  est  blanchâtre,  et  d'un  blanc  plus 
mat,  partout  uniforme,  sans  saillies,  sans  bosselures.  Les  pa- 
rois du  bassinet  semblent  être  devenues  plus  solid(!S ,  plus  ser- 
rées. De  la  partie  inférieure  de  la  tumeur  part  l'uretèi'e,  qui  a  ses 
.  dimensions  ordinaires. 
:  La  poche  ouverte  à  sou  côlé  externe,  dans  toute  sa  hauteur, 
il  s'en  écoule  à-peu-près  une  pinte  d'un  liquide  transparent, 
:  blancjaune,  dont  l'analyse  sera  donnée  plus  loin.  Dans  ce  liquide 
on  ue  voit  flotter  aucune  fausse  membrane  j  partout  il  est 
homogène  ;  seulement  on  y  rencontre  de  petits  grains  pres- 
que noirâtres,  arrondis,  assez  semblables  à  des  grains  de 
plomb  ordinaire  ou  extrêmement  fin  3  ils  s'écrasent  sous  le 
doigt.  Ces  grains  sont  agglomérés  au  fond  de  loges  que  nous 
-  allons  décrire.  L'iulcrieur  de  la  poche  est  divisé  en  plusieurs 
i  loges  (calices  dilatés)  communiquant  entre  elles  par  l'intermé- 
«  diairc  du  bassinet.  Les  parois  de  la  poche  sont  formées  par  la 
'  tunique  fibreuse  du  rein,  et  par  la  membrane  du  bassinet  et 
I  des  calices,  distendues  et  d'un  blanc  mat.  Cette  couleur  blan- 
I  che  est  très  prononcée,  et  ressemble  à  la  teinte  des  intestins 

32. 


5oO  HYURONKPHROSK  (cloub/e). 

qui  ont  long-temps  macéré  dans  le  liquide  d'une  ascile.  Aucune 
rougeur,  aucune  arborisation  sur  les  parois  de  cette  poche,  qui 
ne  contient  ni  pus,  ni  sang,  ni  fausse  membrane;  enfin  aucune 
trace  de  pyélite. 

Quant  à  la  cause  de  la  rétention  du  liquide  dans  la  poche 
rénalie  ,  la  voici  :  lorsqu'on  injecte,  de  bas  en  haut,  un  liquide 
par  l'uretère ,  au  point  oii  il  a  été  séparé  de  la  vessie,  ce  liquide 
arrive  dans  la  poche,  non  directement  et  par  un  orifice  large  et 
en  entonnoir  comme  à  l'état  normal,  mais  après  avoir  serpenté 
dans  l'espace  d'un  pouce  sous  la  tumeur  ;  ensuite  il  pénètre  dans 
la  poche  par  une  ouverture  d'une  ligne  environ  d'étendue,  bri- 
dée par  une  bande  linéaire  ,  tout-à-fail  semblable  à  une  val- 
vule veineuse,  et  sort  par  un  jet  petit  et  contourné.  Lorsqu'au 
contraire  l'on  verse  l'eau  dans  l'intérieur  de  la  poche ,  elle  y 
reste  et  ne  s'échappe  point  par  l'uretère.  Remarquez  cependant 
que  l'obstacle  ne  devait  point  être  complet  pendant  la  vie, 
puisque  jamais  avant  l'entrée  du  malade  à  l'hôpital,  il  n'y  avait 
eu  de  rétention  d'urine  et  que  la  rétention  d'urine  des  derniers 
jours  n'avait  pas  lieu  dans  le  rein,  car  avec  la  sonde  on  retira 
tous  les  jours  de  la  vessie  une  quantité  énorme  de  liquide.  Il  y 
avait  donc  là  un  rétrécissement  de  l'orifice  interne  de  l'ure- 
tère ,  rétrécissement  résultant  non  d'un  travail  inflammatoire , 
mais  d'un  vice  de  conformation,  et  qui  pendant  la  vie  n'ap- 
portait qu'un  obstacle  incomplet  à  l'arrivée  de  l'urine  dans  son 
réservoir  naturel. 

Le  rein  droit,  également  transformé  en  poche,  est  moins 
volumineux  que  le  gauche.  Du  reste,  les  mêmes  lésions  s'y  ren- 
contrent, seulement  à  un  degré  moins  avancé.  Ainsi,  la  hau- 
teur de  la  poche  rénale  n'est  que  de  cinq  pouces  ;  la  largeur 
d'un  peu  moins  de  trois  pouces ,  l'épaisseur  d'un  pouce  et 
demi.  Sur  la  portion  de  la  poche  qui  correspond  au  rein,  il 
reste  beaucoup  plus  d'îlots  de  la  substance  corticale  que  sur 
le  rein  du  côté  opposé.  Ces  petits  îlots  ont  la  couleur  brun- 
rougeâlre  de  la  substance  corticale  un  peu  altérée.  Du  tissu 
cellulaire  jaune  et  assez  épais  comble  les  intervalles  qui  sépa- 
rent les  îlots  des  calices  dilatés  et  disposés  en  loges.  Le  liquide 
contenu  dans  la  poche  est  en  apparence  de  même  nature  que 


HYDRON^PHROSE  {doublé).  5oi 

celui  qui  était  renfermé  dans  la  poche  rénale  du  côté  opposé  j, 
on  en  retire  un  verre.  Même  teinte  complètement  blanche  de 
la  membrane  interne  du  bassinet  et  des  calices;  aucun  vestige 
d'inflammation  récente. 

L'uretère  est  dilaté  comme  le  tuyau  d'une  grosse  plume  à 
écrire;  ses  membranes  sont  amincies  et  transparentes.  Vers 
son  orifice  supérieur  il  présente  un  petit  coude  avec  étran- 
glement ,  qui  gène  le  cours  de  l'urine  dans  son  intérieur,  mais 
qui  ne  l'arrête  point  tout-à-fait.  Injectée  de  bas  en  haut,  l'eau 
pénètre  dans  le  bassinet  par  une  très  petite  ouverture  de  la 
dimension  d'un  point  lacrymal.  Il  y  a  donc  de  ce  côté  un  ré- 
trécissement considérable  qui  a  produit  des  effets  moins  mar- 
qués que  celui  du  côté  opposé ,  puisque  la  substance  du  rein 
est  moins  complètement  atrophiée.  Il  n'y  avait  pas  rétention 
habituelle  d'urine  dans  le  bassinet ,  malgré  l'obstacle  i  puisque 
la  dilatation  et  la  désorganisation  du  rein  étaient  moins  pro- 
noncées que  du  côté  opposé. 

Tête  et  rachis.  Concrétion  fibrineuse  dans  le  sinus  longi- 
tudinal supérieur.  Du  côté  gauche ,  quelques  adhérences  ano- 
males entre  les  deux  feuillets  de  l'arachnoïde.  Le  tissu  cellu- 
laire sous-arachnoïdien  n'est  point  infiltré  ;  le  cerveau  est  assez 
ferme,  et  il  n'y  a  que  très  peu  de  sérosité  dans  les  ventricules 
latéraux. 

La  moelle  épinière,  examinée  avec  beaucoup  de  soin,  ne 
présente  rien  d'anomal.  Il  n'y  a  dans  le  canal  rachidien  qu'un 
peu  de  sérosité  au  niveau  de  la  queue  de  cheval;  mais  elle  a 
dû  s'y  porter  par  la  position  donnée  au  cadavre. 

Poitrine,  Le  cœur  a  un  petit  volume  ;  à  la  partie  antérieure 
du  ventricule  droit  on  remarque  une  plaque  allongée  ;  il  y  a 
quelques  points  cartilagineux  dans  la  valvule  mitrale,  et  un 
petit  caillot  décoloré  dans  le  ventricule  droit. 

La  partie  supérieure  du  poumon  gauche  oflfre  un  commen- 
cement d'engouement,  moins  manifeste  dans  tout  le  reste  de 
l'étendue  de  ce  même  poumon,  quoiqu'il  paraisse  congestionné. 
Dans  le  poumon  droit,  cet  état  de  congestion  ne  se  remarque 
qu'à  la  partie  inférieure.  Il  y  a  un  peu  d'emphysème  dans  le 
bord  antérieur  des  deux  poumons.  Les  bronches  ont  une  rou- 


502  HYDIlOKliPHnoSE  (doubk). 

geur  assez  vive,  et  ne  contiennent  qu'tine  très  petite  quantité  de 
mucus. 

M.  Guibourt  a  bien  voulu  analyser  les  liquides  contenus 
dans  chacune  des  poches  rénales  et  celui  que  nous  trouvâmes 
dans  la  vessie. 

Le  liquide  contenu  dans  le  rein  droit  était  trouble ,  d'une 
odeur  d'œufs  gâtés,  formant  par  le  repos  un  dépôt  blanc, 
abopdant;  le  liquide  surnageant,  très  peu  coloré,  filtrant  diiïï- 
cilement  et  filtrant  trouble  (pes.  sp.  i,  0114).  L'action  delà 
teinture  de  tournesol  est  nulle.  La  matière  qui  reste  sur  le 
filtre  a  la  forme  d'un  mucilage  liquide,  retient  l'eau  avec 
opiniâtreté  et  ne  la  cède  pas  au  papier  gris  par  la  pression. 
Ce  mucus  desséché  exhale  une  odeur  d'urine  et  cède  à  l'élher 
une  forte  proportion  de  matière  grasse  ,  fusible  à  une 
basse  température,  et  que  l'on  doit  considérer  comme  de 
la  graisse  ordinaire  mélangée  avec  le  principe  huileux  aro- 
matique de  l'urine. 

Le  liquide  fillré  a  été  chauffé  au  bain-marie;  il  est  devenu  beau- 
coup plus  trouble  qu'il  ne  l'était;  mais  la  matière  précipitée,  au 
lieu  d'avoir  la  consistance  concrète  de  l'albumine  coagulée, 
*vait  la  forme  de  filamens  muqueux.  La  liqueur  a  été  filtrée , 
puis  évaporée,  et  elle  a  formé,  jusqu'à  la  fin,  des  couennes  que 
j'attribue  à  un  mélange  de  mucus  et  d'albumine.  Le  produit 
de  l'évaporalion  attirait  peu  l'humidité,  ce  qui  le  distinguait 
de  l'extrait  d'urine  ordinaire;  cependant,  y  ayant  ajouté  une 
petite  quantité  d'eau,  il  eu  est  résulté  un  peu  de  liquide 
sii'upeux  qui  s'est  pris  en  une  masse  grenue  par  son  mélange 
.avec  l'acide  nitrique.  Ce  liquide  contenait  donc  une  forte  pro- 
portion d'urée  ,  dont  la  présence  pouvait  être  prévue  d'ailleurs 
par  son  odeur  d'urine;  car  il  est  à  remarquer  que  l'urée  et 
J'huile  odorante  de  l'ui'ine  se  suivent  dq  telle  sorte  qu'on  peut 
jusqu'à  un  certain  point  jugei-  de  la  quantité  de  l'une  parcelle 
de  l'autre. 

Le  liquide  contenu  dans  le  rein  gauche  était  rougeâtie  et 
transparent;  il  avait  formé  un  dépôt  rouge  paiaissant  être  du 
sang  altéré.  La  liqueur  filtrée  pèse  1,0051;  elle  à  une  faible 
odeur  d'urine  ;  elle  semble  rougir  légèrement  la  teinture  de  tour- 


HYDRONÉPHROSE  (double).  5o3 

»  tlesol ,  mais  cette  teinte  peut  résulter  du  mélange  de  sa  propre 
.  couleur  avec  celle  de  la  teinture. 

Le  liquide  chauffé  se  trouble  fortement  et  forme  un  abon- 
dant précipité  d'albumine  coagulée,  qui  cède  à  l'éther  un  peu 
.  de  matière  grasse,  chargée  de  la  matière  odorante  de  l'urine. 

Le  liquide  filtré  et  évaporé  est  en  partie  sirupeux  et  couen- 
!!  neux;  la  partie  liquide  mélangée  d'acide  nitrique  se  prend  en 
.  une  masse  cristalline  tout-à-fait  dure  et  solide.  Pour  m'assu- 
-  rer  davantage  que  cette  propriété  était  bien  due  à  l'urée,  j'ai 
étendu  d'eau  le  produit  évaporé ,  j'ai  filtré  et  évaporé  de  nou- 
t  veau;  mais  le  liquide  s'étant  encore  fortement  troublé  par  la 
j'  présence  de  l'albumine,  j'y  ai  ajouté  un  peu  d'acide  tartri- 
q  que;  j'ai  fait  bouillir,  j'ai  filtré,  j'ai  évaporé  en  consistance 
$  sirupeuse  ,  et  j'ai  traité  par  l'alcool  rectifié.  Celui-ci  évaporé , 
a  m'a  alors  produit  un  extrait  odorant  salin  et  déliquescent  qui 
î  offrait  tous  les  caractères  de  l'extrait  d'urine  ,  et  qui  s'est  tou- 
;  jours  pris  en  masse  solide  et  cristallisée  par  l'acide  nitrique. 

Le  liquide,  contenu  dans  la  vessie,  avait  une  couleur  jaune 
f  foncée,  une  odeur  franche  et  forte  d'urine.  Action  nulle  sur  le 
»  tournesol  ;,dépôt  blanc  beaucoup  moins  abondant  que  celui  du 
l  liqt^ide  contenu  dans  le  rein  gauche.  Ce  liquide,  évaporé, 
f  forme  un  précipité  bien  caractérisé  d'albumine  coagulée  ;  filtré 
»  ét  concentré  ,  il  donne  un  extrait  couenneux.  Il  est  évident, 
t  après  l'examen  du  liquide  précédent,  que  cet  aspect  couenneux 
f  de  l'extrait  était  dû  à  de  l'albumine  coagulée,  divisée  dans 
!  l'extrait  d'urine.  Cet  extrait,  ti'aité  par  un  peu  d'eau,  a  formé 
»  un  liquide  sirupeux  qui  s'est  pris  en  masse  grenue  par  l'acide 
I  nitrique. 

Il  résulte  de  cet  examen  que  les  trois  liquides  contenaient 
!  les  principes  de  l'urine ,  et  notamment  l'urée  qui  en  est  la  par- 
I  tie  la  plus  caractéristique. 

S  842.  Les  exemples  de  double  hydronéphrose,  chez  des  en- 
I  fans  nouvcau-nès ,  sont  des  cas  rares. 

M.  Moreau  (i)  a  montré  à  l'Académie  de  médecine  ,  le  cada 

(t^  Nouvelle  biblioth.  médicale,  i8a8,  tom.  m,  pag.  i45.  —  Archives  gêné- 
1  raies  de  médecine,  t.  xtii,  p.  29g. 


5o4  HYDRONÉPHROSE  (double). 

vre  d'une  petite  fille  grèle ,  née  trois  semaines  environ'  ayant 
terme,  d'une  mère  bien  portante,  et  morte  trente  heures  après 
la  naissance.  L'abdomen  était  distendu  outre  mesure.  Près 
d'un  litre  de  sérosité  cilrine  était  épanché  dans  le  péritoine- 
l'intestin,  contracté  et  n'ayant  guère  que  le  volume  d'un  lom- 
bric, ne  contenait  point  de  méconium  ;  la  vessie,  distendue 
jusqu'au  point  de  monter  au-dessus  de  l'ombilic,  avait  ses 
parois  épaissies ,  parsemées  de  points  rouges,  et  des  colonnes 
charnues  aussi  prononcées  que  certaines  vessies  d'adulte;  les 
uretères,  très  distendus,  avaient  le  volume  du  petit  doigt;  les 
reins  étaient  très  volumineux  et  simulaient  deux  vastes  kystes 
pleins  de  liquide. 

S  843.  L'observation  suivante  recueillie  par  Billard  est  en- 
core plus  complète  et  plus  intéressante. 

0ns.  V.  —  Oblitération  congénitale  de  l'arètlirc  entrainant  une  énorme 
dilatation  de  la  vessie ,  l'élargissement  des  uretères  et  la  dilatation  des 
deux  rein». —  (Billard.  Traité  des  maladies  des  noureau-nés,  i"  édition, 
page  436). 

En  disséquant  le  cadavre  d'un  enfant  mort-né ,  que  M.  Dcl- 
pèche ,  docteur  médecin  à  Paris,  avait  remis  à  M.  Baron,  le 
10  juin  t8a6,  je  remarquai  ce  qui  suit  :  La  tète  était  un  peu 
volumineuse,  les  membres  étaient  très  maigres,  les  tégumens 
flasques  et  un  peu  violacés;  le  ventre  excessivement  ballonné 
formait  une  tumeur  arrondie  très  saillante,  et  présentait  une 
sorte  de  cône  arrondi ,  dont  l'ombilic  était  le  sommet.  L'im- 
plantation du  cordon  ombilical  était  très  large  ;  palpant  cette 
tumeur,  on  y  sentait  évidemment  un  fluide.  Le  cadavre  offrait 
du  reste  tous  les  caractères  de  celui  d'un  enfant  né  à  terme. 

On  trouva^  en  ouvrant  l'abdomen,  une  vaste  poche  qui  rem- 
plissaittoute  cette  cavité,  les  circonvolutions  intestinales  étant 
réfoulées  en  arrière  et  en  haut.  Sur  les  parties  latérales  et  un 
peu  antérieures  de  cette  poche,  se  trouvaient  appliquées  et 
étalées  les  vésicules  séminales  dont  le  conduit  séminifère  très 
allongé  et  très  mince  se  rendait  à  la  partie  inférieure  et  laté- 
rale du  kyste  oii  se  trouvaient  les  testicules.  Enfin  près  du 
sommet  de  ce  prétendu  kyste  et  directement  entre  les  deux 
vésicules  séminales,  le  rectum  très  gros  et  distendu  par  une 


HYDRONÈPHROSE  [douhle).  5o5 

grande  quantité  de  méconiura ,  venait  s'appliquer  et  adhérait 
solidement,  en  s'oblitérant,  à  la  paroi  de  cette  poche  volumi- 
neuse, qu'on  reconnut  être  la  vessie  énormément  distendue  par 
un  fluide  blanc,  inodore,  qui  ne  verdissait  pas  le  papier  de 
tournesol ,  et  dans  lequel  flottait  des  mucosités  blanches  fi- 
lantes, comme  celles  des  catarrhe»  vésicaux;  la  paroi  interne 
de  cette  vessie  était  blanche  et  tapissée  d'une  couche  de  mucus 
adhérent.  L'orifice  interne  de  l'urèthre  n'existait  pas;  en  son- 
dant le  canal ,  je  pus  faire  passer  le  mandrin  d'une  sonde 
de  femme  jusqu'à  un  demi-pouce  seulement,  et  je  reconnus 
par  la  dissection ,  que  ce  canal ,  se  rétrécissant  graduellement 
à  partir  du  sommet  de  la  verge,  allait  en  s'oblitérant  et  finis- 
sait par  ne  plus  consister  qu'en  un  filament  allongé,  étroit,  et 
perdu ,  pour  ainsi  dire ,  dans  le  tissu  cellulaire  du  périnée.  Je 
n'ai  pas  pu  reconnaître  la  prostrate ,  à  moins  qu'on  n'ait  voulu 
prendre  pour  cet  organe  une  sorte  de  tissu  rougeâtre ,  appli- 
qué sur  la  vessie  derrière  l'insertion  du  rectum.  Les  uretères 
s  s'ouvraient  parfaitement  bien  dans  la  vessie;  leur  diamètre 
i  était  large ,  et  ils  se  rendaient  en  s'élargissant  insensiblement 
j  jusqu'au  rein,  qui,  de  chaque  côté,  était  à-peu-près  gros  comme 
i  unœufdepoule,  etofiraitlamème  structure  lobuleuse  que  dans 
I  le  cas  cité  plus  haut  (Obs.  i).  Cependant  les  lobules  étaient 
r  moins  gros ,  moins  transparens ,  et  se  trouvaient  en  partie  re- 
i  couverts  de  substance  corticale  ;  mais  les  calices  et  le  bassinet 
,  étaient  beaucoup  plus  larges  et  plus  distendus  qu'ils  n'ont 
.c  coutume  de  l'être.  Un  fluide  blanc  et  inodore  remplissait  les 
1  lobules  vésiculeux  qui  communiquaient  tous  ensemble  et 
!  s'ouvraient  dans  le  bassinet.  L'ouraque  ne  consistait  qu'en  un 
1  très  petit  conduit  oblitéré. 

Il  n'y  avait  pas  d'auus ,  et  le  rectum ,  examiné  à  l'intérieur, 
.  oflrait  un  cul-de-sac  complet  bien  adhérent  à  la  vessie;  les 
autres  organes  ne  présentaient  rien  de  remarquable. 
Ainsi  donc,  chez  cet  enfant,  l'oblitération  del'urèthre  semblait 
1  avoir  causé  l'hydropisie  de  la  vessie,  et  celle-ci  l'hydropisie  des 
I  reins,  dont  le  développement  normal  avait  été  entravé  ou  même 
'  suspendu.  La  vessie,  en  se  distendant,  et  en  acquérant  le  vo- 
1  lume  considérable  qu'elle  a  présenté,  semble  avoir  subi  une  aorte 


5o6  HYDROITÉPHROSE  {doublé). 

de  mouvement  de  bascule  d'arrière  en  avant  et  de  bas  en  haut 
de  sorte  que  son  bas-fond  se  trouvait  être  son  sommet,  et  en- 
traînant dans  ce  mouvement  toutes  les  parties  qui  lui  sont 
adliérentes  inférieurement,  elle  les  avait,  pour  ainsi  dire 
extraites  du  bassin;  de  là  les  vésicules  séminales  et  le  rec- 
tum situés  et  adhérons  à  sa  partie  supérieure  ;  de  là  l'ouverture 
des  uretères  à  ses  parties  latérales  et  antérieures.  Ainsi,  plu- 
sieurs infirmités  sont  résultées  d'un  premier  vice  de  confor- 
mation, auquel  ont  en  quelque  sorte  pris  part  non-seulement 
les  parties  d'un  même  appareil,  mais  encore  les  organes  qui 
n'avaient  avec  ses  parties  que  des  rapports  de  contiguïté. 

Celle  observation  et  quelques  autres  déjà  publiées  prouvent 
que  les  excrétions  du  fœtus,  au  moins  celles  des  voies  uri- 
naires,  sont,  dans  l'état  normal,  probablement  déposées  dans 
les  eaux  de  ramnios,  puisque,  lorsqu'il  survient  un  obstacle 
au  cours  de  ce  fluide ,  il  reflue  dans  ses  réservoirs  et  les  dis- 
tend outre  mesure ,  ainsi  que  cela  s'observe  chez  les  adultes. 

§  844.  Je  n'ajouterai  qu'une  remarque  à  ce  que  j'ai  dit  des 
kystes  vnhat'res.  Chez  une  femme  morte  de  phlébite  utérine, 
trois  semaines  après  l'accouchement,  non-seulement  de  petits 
abcès  existaient  dans  la  rate  et  les  poumons,  mais  encore  ily  avait 
à  l'extrémité  supérieure  du  rein  gauche  une  poche  purulente,  qui 
ne  communiquait  ni  avec  le  tissu  graisseux  extérieur  du  rein,  ni 
avec  le  bassinet.  Cette  poche  s'élevait  au-dessous  du  diaphragme, 
et  formait  une  tumeur  du  volume  d'un  très  gros  œuf  de  poule. 
Le  rein,  ouvert  de  sa  partie  convexe  à  la  scissure,  parut  sain 
dans  les  trois  quarts  de  son  étendue.  La  poche  contenait 
du  pus  liquide  et  des  grumeaux  blanchâtres.  Par  sa  face  ex- 
terne, cette  poche  était  en  rapport  immédiat  avec  la  membrane 
propre  du  rein,  dont  elle  pouvait  être  séparée  par  la  dissection. 
Cette  poche  ne  pouvait  être  qu'un  kyste  urinaire  ou  un  kyste 
séreux  enflammé  et  plein  de  pus.  Cette  dernière  supposition 
m'a  paru  la  moins  probable.  Les  kystes  séreux  des  reins  peu- 
Vent  bien  s'enflammer,  mais  ils  ne  sont  presque  jamais  soli- 
taires ;  en  outre ,  ils  font  plus  souvent  saillie  à  l'extérieur  du 
rein  qu'ils  n'atrophient  ses  deux  substances  ;  enfin  ils  ne  pré- 
sentent point  les  petites  dépressions  que  nous  remarquâmes  là 


KYSTES  DES  REINS.  5o'J 

oii  le  kyste  se  continuait  évidemment  avec  le  bassinet;  Tout 
porte  à  croire  que  cette  poche  était  réellement  un  kyste  uri- 
naire  enflammé.  Un  autre  foyer  purulent  était  limité  en  haut 
et  en  dehors  par  la  membrane  propre  du  rein,  détachée  et  dé- 
collée ,  communiquant  avec  le  kyste  urinaire.  La  production 
de  cet  abcès  au-dessous  de  la  membrane  propre  du  rein ,  pa- 
raissait avoir  été  la  suite  de  la  rupture  du  kyste.  Dans  ce  foyer, 
on  voyait  des  filamens  celluleux,  irréguliers,  comme  il  y  en  a 
.  ordinairement  dans  les  abcès  formés  au-dessous  de  la  raem- 
':•  brane  propre  du  rein.  Le  bassinet  était  parfaitement  sain  dans 
I  toute  son  étendue ,  et  les  orifices  des  calices ,  hors  un  ,  avaient 
\  leur  forme  et  leur  dimension  normales.  Les  substances  corti- 
i:  cale  et  tubuleuse  étaient  saines,  excepté  dans  un  point  de  la 
s  substance  corticale,  où  il  existait  un  petit  dépôt  de  lymphe 
f  plastique. 

Le  rein  droit,  du  poids  de  trois  onces  trois  gros ,  était  légè- 
I  rement  anémique  ;  lorsqu'il  fut  fendu ,  on  reconnut  dans  son 
t  épaisseur  un  petit  kyste  solitaire  du  volume  d'une  noix,  et  qui 
I  avait  les  caractères  des  kystes  urinaires.  Plusieurs  orifices  des 

<  calices  du  bassinet  de  ce  même  rein  étaient  évidemment  plus 
}  petits  que  dans  l'état  normal,  disposition  anatomique  qui  est 

<  upe  prédisposition  à  de  semblables  kystes. 

Kystes  des  reins. 

§  845.  Les  kystes  des  reins  sont  de  petites  vésicules  ou 
•j  poches  accidentelles  qui  contiennent  une  matière  morbide, 
'  ordinairement  liquide,  des  acéphalocystes ,  ou  de  l'urine  plus 
■:  ou  moins  altérée. 

La  dégénérescence  enkystée  est  très  commune  dans  les  reins. 

Les  kystes  des  reins  doivent  être  divisés  en  kystes  simples , 
en  kystes  acéphalocysliques  et  en  kystes  urinaires  (Voyez 
.  Hydronèphrose). 

Kystes  simples. 


S  8/i6.  Les  kystes  simples,  beaucoup  plus  communs  que  les 


5o8  KYSTES  SIMPLES  DÈS  REINS. 

autres  espèces  de  kystes,  contiennent  presque  toujours  un  li- 
quide diaphane,  légèrement  jaunâtre,  ordinairement  albumi- 
neuï,  tenant  en  solution  une  petite  quantité  de  sels  qu'on  ren- 
contre habituellement  dans  le  sang  et  dans  les  autres  liquides 
animaux.  Au  lieu  de  sérosité  (kystes  séreux),  on  trouve  quel- 
quefois dans  des  kystes  qui  ont  la  même  structure  que  les 
précédens,  une  matière  jaunâtre  ou  brunâtre,  tremblotante, 
gélatiniforme,  ou  qui  a  les  principales  propriétés  physiques 
du  mucus.  Parfois  une  matière  beaucoup  plus  dense,  solide, 
semblable  au  cristallin ,  quoique  moins  transparente ,  remplit 
complètement  la  cavité  de  ces  poches  accidentelles  et  leur 
donne  la  résistance  de  productions  morbides  solides.  J'ai  vu 
un  semblable  kyste  rempli  d'une  matière  blanche ,  argentine , 
qui  fut  reconnue,  par  l'analyse,  pour  de  la  cholestérine.  Par- 
fois encore  on  trouve,  dans  de  semblables  kystes,  les  élémens 
du  sang  déposés  sous  la  forme  d'une  sérosité  plus  ou  moins 
sanguinolente,  ou  bien  une  matière  mélaniforme  qui  paraît 
être  du  sang  altéré. 

D'autres  fois  ces  kystes  contiennent  un  liquide  lactescent,  une 
sanie  puriforme,  ou  du  véritable  pus,  bien  lié  et  jaunâtre. 
Enfin,  on  trouve  quelquefois  la  cavité  de  ces  kystes  presque 
vide,  leurs  parois  singulièrement  déformées,  et  en  même  temps 
la  substance  rénale  voisine  indurée  ;  disposition  qui  parait  être 
consécutive  à  la  résorption  d'une  partie  ou  de  la  totalité  de 
l'humeur  du  kyste. 

Les  kystes  simples  des  reins  se  développent  dans  trois  par- 
ties bien  distinctes  :  i°  dans  la  substance  corticale;  -2°  dans  le 
tissu  cellulaire  qui  entoure  les  vaisseaux  rénaux;  3°  enfin, 
dans  la  substance  tubuieuse. 

1°  Les  kystes  simples  de  la  substance  corticale  sont  les  plus 
communs  de  tous;  niais  ils  acquièrent  rarement  un  volume 
considérable.  Ils  se  développent  ordinairement  à  la  surface  des 
reins;  cependant  on  les  trouve  par  fois  comme  ensevelis  dans 
la  substance  corticale,  sans  que  leur  présence  soit  indiquée 
à  l'extérieur  par  aucune  apparence  anomale.  Ordinairement 
leurs  parois  sont  minces ,  parfaitement  transparentes  et  in- 
colores, et  ne  sont  point  sillonnées  de  vaisseaux  ou  de  ces 


KYSTES  SIMPLES  DES  REINS.  Sog 

bandes  blanchâtres,  en  forme  d'arcades,  si  remarquables  sur 
les  parois  des  kystes  urinaires  (Atlas.  Pl.  XXV,  fig.  »  )•  Quel- 
quefois cependant,  soit  par  l'adhérence  intime  des  kystes  sim- 
ples, séreux,  à  la  capsule  fibreuse  des  reins  ou  par  d'autres 
causes  peu  connues ,  la  surface  externe  de  ces  kystes  peut  de- 
venir  complètement  opaque  (  Ati,a.s.  Pl.  xxvii,  fig.  6),  et  être 
parcourue  en  différens  sens  par  des  ramifications  vasculaires, 
On  voit  quelquefois  aussi  des  vaisseaux  sanguins  sur  les  parois 
parfaitement  transparentes  de  quelques  kystes  séreux  (  Atlas. 
Pl.  xxvn,  fig.  6). 

La  surface  intérieure  des  kystes,  légèrement  blanchâtre, 
parfaitement  lisse,  ressemble  à  celle  d'une  membrane  séreuse. 
.  La  substance  corticale  contiguë  est  à-peu-près  également  re- 
.  foulée  en  tous  sens  lorsqu'ils  sont  d'un  petitj  volume ,  et  un 
peu  plus  en  largeur  qu'en  profondeur  lorsqu'ils  ont  des  di- 
mensions plus  considérables.  L'aspect  lisse,  poli,  uniforme 
du  fond  de  ces  kystes  et  l'absence  des  brides  sur  leurs  parois 
font  un  contraste  frappant  avec  les  nervures  qu'on  voit  ordi- 
nairement dans  l'intérieur  des  kystes  séreux  qui  se  développent 
dans  le  tissu  cellulaire  des  vaisseaux  urinaires. 

Les  kystes  séreux  de  la  substance  corticale  paraissent  se 
lidévelopper  avec  rapidité,  et  en  nombre  considérable,  à  la 
isuite  de  certaines  afi'ections  rénales ,  surtout  après  la  néphrite 
tsimple  et  après  la  néphrite  albumineuse.  En  efiet,  lorsque  ces 
^maladies  ont  persisté  pendant  quelque  temps,  on  rencontre 
itaonvent,  à  la  surface  et  dans  l'épaisseur  de  la  substance  cor- 
iiticale  des  deux  reins ,  un  très  grand  nombre  de  petites  vésir 
acnles  ou  de  petits  kystes  séreux.  Dans  les  atrophies  des  reins 
«consécutives  à  la  distension  du  bassinet,  ou  produites  par 
l d'autres  causes,  la  substance  corticale  prend  souvent  une 
(teinte  jaunâtre  abricot,  et  présente  quelquefois,  à  sa  surface 
lou  dans  son  épaisseur,  de  petites  vésicules  (Atlas.  Pl.  xxvi, 

fig.  3).  Plus  rarement  dans  des  circonstances  analogues,  il  se 

[développe  de  véritables  kystes  d'une  plus  grande  dimension 

.  (Atlas.  Pl.  xxvi ,  fig.  4  ). 

Certaines  altérations  de  la  substance  corticale  des  reins ,  le 

(plus  souvent  conséculiveaWà.  d'ancieaiies  néphrite» ,  déterrais 


5 10  KYSTES  SIMPLES  DES  REINS. 

nent  aussi  (peut-être  par  suite  de  l'alropliie  qui  leur  succède) 
la  formation  d'un  grand  nombre  de  petits  kystes,  la  plupart 
remplis  d'une  matière  gélatiniforme ,  jaunâtre.  On  voit  sou- 
vent aussi  de  semblables  vésicules  à  la  surface  des  reins  sur 
des  dépressions  qui  ont  l'apparence  d'anciennes  cicatrices. 

D'autres  fois  on  voit  des  kystes  dans  des  points  altérés  par 
une  inflammation  chronique  et  sans  aucune  apparence  d'a- 
trophie de  la  substance  corticale  (Atlas.  Pl.  xxvi,  lîg.  6). 

Il  y  a  enfin  des  cas  oii,  sans  affection  rénale  antécédente, 
appréciable  ,  les  deux  reins  sont  atteints  d'une  véritable  de- 
gènèrescence  enkystée,  générale,  de  la  substance  corticale,-  dé- 
générescence qui  peut  être  portée  à  un  si  haut  point,  qu'il  ne 
reste  presque  plus  de  trace  des  substances  rénales  :  alors ,  les 
fonctions  urinaires  sont  presque  suspendues  ou  perverties, 
et  des  lésions  fonctionnelles  graves  d'autres  appareils  ,  surtout  ) 
de  l'appareil  cérébro-spinal,  déterminent  la  mort.  J'ai  fait  figurer 
un  exemple  très  remarquable  de  celle  dégénérescence  (Atlas. 
Pl.  xxvr ,  fig.  1  et  a).  Les  kystes,  en  général  assez  petits,  étaient 
lellement  serrés  les  uns  contre  les  autres  que  la  structure  rénale 
était  complètement  désorganisée.  En  pareil  cas,  le  volume  des 
reins  augmenle  considérablement,  et  on  peut  quelquefois  sen- 
tir, dans  les  régions  rénales,  de  véritables  tumeurs  bosselées. 

a°  Les  kystes  qui  naissent  dans  le  tissu  cellulaire  des  vais- 
seaux rénaux  sont  beaucoup  plus  rares  que  les  kystes  de  la 
substance  corticale.  Ils  peuvent  prendre  un  grand  dévelop- 
pement en  atrophiant  la  substance  rénale  contiguë.  Au  reste, 
par  leur  apparence  extérieure ,  ils  ressemblent  aux  kystes  de 
la  substance  corticale  et  contiennent  toujours  de  la  sérosité 
plus  ou  moins  limpide.Leur  surface  intérieure, lisse  et  bleuâtre, 
ressemble  aussi  à  celle  des  kystes  corticaux  ;  mais  ces  poches, 
au  lieu  d'être  régulièrement  ovoïdes,  comme  celles  des  kystes 
séreux  corticaux,  présentent  souvent,  dans  leur  contour,  des 
prolongemeus  plus  ou  moins  irréguliers,  et  elles  offrent  inté- 
rieui'ement  des  réli'écissemens  et  des  dilatations.  D'autres  fois 
les  kystes  des  arcades  vasculaires  prtînncnt  une  forme  irré- 
gulièrement allongée  et  s'enfoncent  perpendiculairement  jus- 
«}ue  dans  la  profondeur  du  reia.  Presque  toujours  on  voit. 


I 


KYSTES  SIMPLES  DES  REINS.  5ll 

>  sur  les  parois  de  ces  kystes,  ramper  de  grosses  veines  bleuâtres, 
qui  forment  des  anses  et  des  arcades  anastoraotiques.  Lorsque 

cices  kystes  prennent  un  grand  développement,  ils  peuvent 
soulever  la  paroi  correspondante  du  bassinet  (surtout  lorsqu'il 

s  est  un  peu  large),  et  faire  une  saillie  aplatie  et  fluctuante  dans 
sa  cavité,  sans  intéresser  en  aucune  façon  l'intégrité  de  ses 
parois.  Quelquefois  aussi  un  de  ces  kystes  se  montre  dans  la 
scissure  du  rein ,  sous  la  forme  d'une  vessie  allongée  irrégu- 
lièrement conique  (Atlas.  Pl.  xxvxi,  fig.  a),  qui,  lorsqu'on 
saisit  le  rein  ,  comme  pour  exprimer  le  liquide  contenu  dans 
le  bassinet,  s'allonge  considérablement,  devient  plus  large  et 

V  plus  bombée. 

Ces  kystes  sont  ordinairement  transparens  et  superficiels  sur 
I  un  de  leurs  côtés ,  tandis  que  l'autre  est  revêtu  par  la  substance 
t  rénale  correspondante.  On  voit  quelquefois  de  semblables 
kystes ,  après  avoir  atrophié  la  substance  rénale  à  la  manière 
des  kystes  urinaires,  isoler  plus  ou  moins  complètement  l'une 
de  l'autre,  les  deux  extrémités  du  rein,  et  former,  dans  leur 
intervalle,  une  poche  fluctuante  en  partie  recouverte  d'une 
eoache  de  substance  corticale,  le  plus  souvent  anémique 
é(Atlas.  Pl.  XXVII ,  fig.  3). 

Quoique  ces  kystes  des  gaines  celluleuses  des  vaisseaux  ré- 
naux soient  ordinairement  transparens  dans  leur  partie  sail- 
lante à  l'extérieur,  ils  ofî"rent,  parfois,  dans  leur  intérieur, 
de  légères  brides  blanchâtres  ,  et  plus  rarement  des  appendices 
f  cfUi  forment  des  cloisons  incomplètes  et  opaques  que  l'on  peut 
apercevoir  à  l'extérieur. 

Quelquefois  ces  kystes  surmontent  la  substance  rénale  presque 
à  angle  droit  (Atlas.  Pl.  xxvii ,  fig.  a). 

Ces  kystes  sont  quelquefois  uniques,  d'autres  fois  plus  ôtt 
Ittloins  nombreux.  Quelquefois  ces  kystes  sont  irrégulièrement 
[disséminés  à  la  surface  du  rein  (Atlas.  Pl.  xxvii,  fig.  2).  D'autres 
Ifois  ils  présentent,  dans  leur  disposition,  une  certaine  régu- 
llarité  (Atlas.  Pl.  xxvii,  fig,  1),  qui  dépend  de  ce  que  ces  kystes 
lté  forment  dans  les  arcades  vasculaires ,  entre  les  cônes  de  la 
isubstance  tubuleuse  et  la  substance  corticale.  Il  est  rare  de 
lYoir  cette  disposition  des  kystes  exprimée  d'une  manière  plua 


5ja  KYSTES  SIMPLES  DES  HEINS. 

frappante  que  dans  un  cas  quej'ai  fail  figurer  (Atlas.  Pl.  xxvu 
fig.  i).  Kn  incisant  soigneusement  les  reins  des  personnes 
avancées  en  âge,  souvent  on  trouve  de  grosses  lacunes  irrégu- 
lières, des  espèces  de  sinus  remplis  de  sérosité,  dans  le  tissu 
cellulaire  qui  entoure  les  vaisseaux ,  ou  bien ,  au  lieu  d'un 
simple  sinus,  on  y  découvre  de  petits  kjsles  multiloculaires , 
terminés  par  une  sorte  de  queue  dont  l'extrémilé  se  perd, un 
peu  plus  loin ,  dans  le  tissu  cellulaire, 

3»  Les  kystes  de  la  substance  tubuleuse,  toujours  très  petits, 
sont  des  espèces  de  vésicules  qui  ne  dépassent  piesque  jamais 
le  volume  d'un  grain  de  chenevis ,  et  qui  contiennent  ordi- 
nairement une  matière  séreuse  ou  gélatiniforme. 

§  847.  On  rencontre  fréquemment  des  kystes  simples  dans 
les  reins  des  vieillards  ;  on  les  observe  plus  rarement  dans  les 
reins  des  adultes  et  des  enfans  ;  cependant  on  les  a  vus  même 
chez  les  nouveau-nés  (Atlas.  Pl.  xxvi,  fig.  4)« 

Les  kystes  simples  des  reins  n'occasionnent  aucun  accident 
lorsqu'ils  sont  peu  nombreux,  ou  d'un  très  très  petit  volume  et 
disséminés  dans  la  substance  corticale;  mais  ces  kystes  donnent 
lieu  à  des  accidens  graves  et  quelquefois  même  à  la  mort,  lors- 
qu'ils ont  entraîné  l'atrophie  complète  ou  presque  complète  des 
substances  rénales,  ou  bien  encore  lorsqu'ils  viennent  acciden- 
tellement à  s'enflammer. 

Si  les  reins,  eu  éprouvant  la  dégénérescence  enkystée,  avaient 
augmenté  beaucoup  de  volume,  il  serait  peut-être  possible  de 
reconnaître  celte  altération  pendant  la  vie,  chez  un  sujet  maigre 
dont  les  régions  rénales  pourraient  être  facilement  explorées. 
Les  bosselures  de  la  surface  des  reins,  ainsi  altérés,  ne  pour- 
raient être  confondues  qu'avec  celles  des  reins  atteints  d'hydro- 
néphrose,  mais  cette  dernière  altération  est  toujours  précédée 
d'accidens  particuliers  qu'entraîne  la  rétention  de  f  urine  dans 
le  rein. 

Lorsque  les  kystes  séreux  des  reins  s'enflamment ,  l'humeur 
qu'ils  contiennent  se  trouble,  devient  lactescente  par  suite  de 
son  mélange  avec  le  pus.  Cette  inflammation  des  kystes  séreux 
est  bien  rarement  primitive,  le  plus  souvent  elle  a  lieu  dans 
des  cas  de  néphrite  générale  :  cas  dana  lesquels  l'inflammation 


KYSTES  SIMPLES   DES  HEINS.  5l3 

envahit,  non-seulerncnt  les  substanc!>s  rénales,  mais  encore  les 
kystes  développés  dans  leur  épaisseur;  à  la  suite  de  la  suppu- 
ration de  ces  kystes  du  bassinet  et  des  calices,  on  a  vu  survenir 
f'  tous  les  accidens  d'une  résorption  purulente- 

$  848.  Les  préparations  iodées  ont  été  plusieurs  fois  em- 
ployées avec  succès  contre  la  dégénérescence  enkystée  des  ovai- 
res, mais  la  dégénérescence  enkystée  des  reins  est  un  mal  sans 
remède,  lorsqu'elle  est  arrivée  au  point  oh  elle  peut  être  recon- 
nue ou  soupçonnée  pendant  la  vie. 

Historique  et  observations  particulières. 

§  84g.  Les  kystes  simples  ou  séreux  des  reins  sont  connus 
Il  depuis  long-temps  des  médecins  anatomistes  (i).  On  sait  que 
'  F.  Plater  (a)  a  attribué  à  leur  rupture  certaines  hydropisies 
«ascites,  opinion  qui  a  été  reproduite  par  plusieurs  médecins 
et  même  par  Morgagni  (3).  On  lit  dans  une  foule  d'auteurs  des 
jexemples  de  kystes  ou  d'hydatide?  développés  dans  les  reins; 
■mais  plusieurs  cas  et  même  des  plus  remarquables  ne  sont  pas 
irapportés  avec  assez  de  soin  pour  permettre  de  dire  qu'il  s'agit 
de  kystes  simples  et  non  d'hydronéphrose,  oubien  de  la  réunion 
de  ces  deux  altérations.  A  ce  sujet,  je  renvoie  à  quelques  obser- 
ations  rapportées  par Boehmer  (4),  Sandifort(5),Gonradi(6),  etc. 
Mais  on  peut  citer,  comme  des  exemples  remarquables  de 
égénération  enkystée  des  reins  ,  une  observation  insérée 
ans  le  journal  de  Hufeland  (7),  et  d'autres  cas  observés  par 

(l)  Voyez  :  Willis.  Pathologia  cerebri,  cap.  11,  pag.  58.  —  Sonet.  Sepulc. 
naiom,,  t.  11,  lib.  m,  sect,  xxi,  obs.  5,  43. —  Seger.  Mùc.  nat.  cur.,  dec.  i, 
inn.  II,  obs.  53. —  Bose.  Progr.  de  rené  per  hjrdalides  penitus  destructo,  Lips. 
780,  — 'Van  CoeTeren.  Spécimen  ohsera),  académie,  cap.  vu,  §  4,  p.  gS,  etc. 
(a)  Plater.  Obs,,  lib.  m,  p.  640. —  Pract.,\ih.  m,  cap.  3. 
I  j  (3)  Morgagni.  De  sed.  et  caus,  morb.,  epiat.  xxvm,  art.  41. 

(4)  Boehmer.  Obs.  anal,  rar.,  fasc.  11.  Praefat.  p.  6,  obs.  iv. 

(5)  Sandifort.  Obs.  anat.pat/i.,  lih.iij,  cap.  r,  p.  aS. 
(  (6)  Conradi  C/iirurg,  Bemeikung,  in  Amemann's  Magazin  fur  die  Jfuud- 

rzn.  B,  I. 

■■  (7)  Hnfelands.  Jnumal  derprakt.  Heilk.  B.  xtrr,  St.  iir,  S.  7 1. 

m.  33 


5l4  KYSTES  SIMPLES  DES  REINS. 

Fabrice  de  Hilden  (i),  M.  How8hip(2),  et  M.  Bouillaud  (3).  Il 
faut  aussi  rapporter  aux  kystes  séreux  des  reins  et  non  aux 
hydalides,  deux  observations  de  Scheffer:  dans  l'une,  il  s'agit 
d'une  femme  dont  les  reins,  gonflés  d'une  manière  extraordi- 
naire ,  paraissaient  formés  par  l'aggrégation  de  capsules  ou 
kystes  qui  contenaient  une  matière  gélatineuse  de  diverses 
couleurs.  Le  chirurgien  Rollet  a  observé  la  même  altération 
sur  les  reins  d'une  femme  qui  avait  été  trouvée  morte  dans  la 
rue  et  dont  le  corps  ne  présentait  de  traces  d'aucune  autre  ma- 
ladie. 

Les  cas  de  dégénérescence  enkystée  complète  des  deux  reins 
sont  rares  ;  notés  par  les  anatomico-pathologistes ,  ils  ont  à 
peine  attiré  l'attention  des  médecins.  Darles  (4)  l'a  observée  sur 
le  cadavre  d'un  homme  mort  à  l'âge  de  4o  ans,  après  avoir  mené 
une  vie  très  sédentaire  et  éprouvé  plusieurs  .attaques  de  né- 
phrite. On  trouva  les  reins  d'un  volume  égal  à  celui  de  la  tète 
d'un  enfant  qui  vient  de  naître  ;  ils  avaient  une  forme  à-peu- 
près  globuleuse  et  un  peu  allongée.  Le  droit  s'étendait  dans 
l'épigaslre  derrière  l'estomac  et  descendait  jusqu'au-dessous  du 
cœcumj  le  gauche  montait  jusqu'au  diaphragme,  derrière  la 
rate,  et  descendait  jusqu'à  la  région  iliaque.  Dans  toute  l'éten- 
due de  la  surface  de  ces  organes,  on  voyait  des  vésicules  très 
nombreuses,  d'un  volume  et  d'une  forme  très  variés.  Les  vési- 
cules étaient  aussi  minces  que  des  membranes;  quelques-unes 
ne  contenaient  qu'un  liquide  limpide  ou  légèrement  çitrin; 
d'autres,  plus  épaisses,  mais  transparentes ,  renfermaient  une 
liqueur  plus  ou  moins  brune  ;  d'autres  entièrement  opaques 
étaient  remplies  d'une  sorte  de  pus  terne,  blanchâtre,  de  mau- 
vais aspect.  Toutes  à  l'intérieur  offraient  le  poli  brillant  et  la 
couleur  des  membranes  séreuses;  elles  formaient  autant  de 
kystes  distincts  et  séparés  les  uns  des  autres  par  du  tissu  cel- 
lulaire. Il  ne  restait  aucune  trace  de  la  substance  corticale  du 

(1)  Fabrice  de  Hilden.  Cent,  ii,  obs.  65,  p.  r36. 

(2)  Ho'vrship.  Ouv.  àté,  p.  37. 

(3)  Journal  complémentaire  des  sciences  médicales,  t.  xxxi,  p.  n. 

(4)  Journal  de  Médecine  de  Corvisart,  Leroux  et  Boycr,  t.  xyir,  p.  Soi. 


KYSTES  SIBIPLES  DES  REINS.  5l5 

r  rein;  on  retrouvait  seulement  une  portion  des  calices  qui  réunis 
formaient  les  bassinets.  Ceux-ci  aussi  bien  que  les  uretères  et  la 

.  vessie  étaient  parfaitement  sains  et  ne  contenaient  aucun  calcul. 
S  85o.  Les  exemples  de  dégénérescence  enkystée  des  reins 
chez  les  nouveau-nés  sont  assez  rares.  Littre  (i)  rapporte  que , 
chez  un  fœtus  gros  et  gras ,  toutes  les  parties  étaient  saines  et 
avaient  leur  conformation  ordinaire,  excepté  les  reins.  Ce  fœ- 

;  tus  était  mort  dans  le  ventre  de  sa  mère,  pendant  le  travail  de 
l'accoucbement,  qui  fut  long  et  laborieux.  Les  deux  reins,  plus 

T  grands  qu'à  l'ordinaire,  ressemblaient  à  une  grappe  de  raisin, 

;  c'est-à-dire  qu'ils  paraissaient  composés  de  vésicules  membra- 

0  neuses  de  différente  grosseur,  de  figure  ronde  ou  ovale,  serrées 
d  le3  unes  contre  les  autres  et  pleines  d'une  liqueur  semblable  à 
d  de  l'eau  un  peu  épaisse  et  d'une  odeur  urineuse. 

Les  veines  et  les  artères  émulgentes  au-dedans  et  au-dehors 
c  des  reins  étaient  plus  grosses  que  de  coutume  ;  les  uretères,  de- 
;  puis  la  vessie  jusqu'à  un  pouce  près  des  reins,  étaient  creux  à  l'or- 
.  dinaij'e  et  avaient  une  ligne  et  d«raie  de  diamètre.  Les  parois  du 

1  bassinet  dans  les  reins,  à  l'endroit  du  centre,  étaient  fortement 
c  collées  «nsemble  dans  la  largeur  de  quatre  lignes.  Le  reste  des 
c  deux  bassinets  était  creux  et  rempli  de  la  même  liqueur  que  les 
\  vésicules.  Les  vésicules  qui  composaient  ces  viscères  étaient 
a  jittachées'  les  unes  aux  autres  par  plusieurs  sortes  de  vaisseaux. 
I  Les  plus  petites  étaient  rougeâtres,  et  les  plus  grosses  blanches. 
1  Les  premières  étaient  opaques  et  les  autres  transparentes.  En-- 
;  fin,  les  petites  vésicules  avaient  leurs  parois  plus  épaisses  que 
i  les  grosses. 

^  Othmar  Heer  (a)  a  rapporté  aussi  un  exemple  fort  remar- 
quable de  dégénérescence  enkystée  des  reins  d'un  nouveau-né, 
et  on  en  lit  un  autre  dans  la  Revue  médicale  (3) ,  çt  une  troi- 
sième  a  été  rapporté  par  €arus  (4). 

(1)  LiUre.  Acad.  roy.  des  Sciences  (Blbliotb.  choisie  de  médecine,  par 
Planque,  t.  xxn,  p.  8). 

(2)  Otbmar  Heer,  £)«  remun  morbis,  in.4.  Halse,  i79o,p.  3ai,  fig. 

(3)  Revue  tnédicale,  i83o,  Paris,  t.  xxri,  p.  406. 

(4)  Gemeins.  deutsc/ie  Zeitshr./iir  Gtbur($htuide.  B.  iib  Heft.  i. 

33. 


5i6 


KYSTES  SIMPLES   DES  REINS. 


Ods.  f.  —  Df'gcnéiesccnce  enkystée  des  deux  reins,  chez  une  femme 
altcinte  d'un  cancer  utérin.  —  Symptômes  cérébraux  préciirseum  de  la 
mort  (Obs.  recueillie  par  M.  Lecomte).  (Atlas.  Pl.  xxvx,  fig.  i). 

Baussant,  Marie-Anne,  âgée  de  Sg  ans,  demeurant  rue  de 
l'IIôtel-de- Ville,  n.  r38,  atteinte  depuis  deux  ans  d'un  cancer 
utérin,  entra  le  8  septembre  i836  à  l'hôpital  de  la  Pitié,  salle 
Sninle-Geneviève,  n°  7  (service  de  M.  Clément). 

Cette  femme  étnit  dans  l'état  suivant  :  amaigrissement  gé- 
néral voisin  du  marasme;  teinte  jaunâtre  de  toute  la  peau; 
insomnie;  sentiment  de  malaise;  soif  modérée;  ventre  souple 
non  douloureux;  urines  peu  abondantes,  roages  ,  laissant 
déposer  une  matière  d'un  blanc  jaunâtre  :  le  doigt  indicateur 
inlroduit  dans  le  vagin,  on  reconnaît  une  destruction  coni- 
plèle  de  tout  le  col  de  l'utérus.  Toute  la  partie  postérieure  et 
supérieure  du  vagin  est  également  détruite  dans  presque  toute 
son  épaisseur;  le  toucher  détermine  une  douleur  très  vive, 
et  il  s'écoule  du  vagin  une  sanie  rougeâtre  excessivement  fé- 
tide. 

M.  Clément  ayant  jugé  cette  affection  au-dessus  des  res- 
sources de  l'art,  prescrivit  quelques  palliatifs.  L'amaigris- 
sement fil  des  progrès;  trois  semaines  après  environ,  il  se 
développa,  à  la  région  parolidienne  droite,  une  tumeur  qui, 
au  bout  de  quelques  jours,  présenta  une  fluctuation  mani- 
feste. Cette  tumeur,  incisée ,  laissa  écouler  un  pus  de  mau- 
vaise nature,  sanieux  et  très  fétide.  Dans  le  fond  de  l'incision, 
on  apercevait  une  tumeur  de  la  grosseur  d'une  pomme  de  rei- 
nette ,  qui  en'  peu  de  jôurs  fit  des  progrès  rapides ,  s'ulcéra  et 
détruisit  en  môme  temps  les  tégumens  qui  l'entouraient.  La 
malade,  arrivée  au  dernier  degré  de  marasme,  succomba  le 
i5  octobre  i836.  Cette  femme  n'a  offert  de  symptômes  céré- 
braux que  quatre  jours  avant  sa  mort.  Les  trois  premiers  jours 
du  délire  s'est  manifesté;  le  quatrième  elle  est  tombée  dans 
un  coma  profond,  précurseur  de  la  mort. 

Autopsie  dit  cadavre,  trente-six  heures  après  la  mort.  — 
Éiat  extérieur.  Raideur  cadavérique  peu  prononcée;  teinte 
jaunâtre  cancéreuse  de  la  peau. 


KYSTES  SIMPLES  DBS  REINS.  Bl'J 

Potlnne.  Les  organes  renfermés  dans  la  cavité  ihoracique 
•  ne  présentent  aucune  altération. 

Abdomen.  Quelques  adhérences  du  rectum  avec  le  corps  de 
l'utérus;  l'urèthre,  la  vessie  et  les  uretères  ne  présentent  rien 
.  de  remarquable.  La  partie  postérieure  et  supérieure  du  va- 
il  gin  était  détruite  par  une  vaste  ulcération  qui  avait  désorga- 
iinisé  la  cloison  recto-vaginale  jusqu'à  la  partie  externe  de  la 
3  membratie  muqueuse  du  rectum.  Le  col  de  l'utéius  était  en- 
tièrement détruit;  son  corps  présentait  une  induration  squir- 
rheuse  sans  augmentation  de  volume  ;  ses  annexes  étaient 
sains,  et  tous  les  autres  organes  de  la  cavité  abdominale  étaient 
à  l'état  normal,  excepté  les  ganglions  lymphatiques  de  la  ré- 
gion lombaire  ,  qui  étaient  squirrheux. 

M.  Lecomte  m'ayant  remis  les  reins,  je  les  examinai  avec 
soin  :  ces  organes  offraient  une  dégénération  enkystée  des  plus 
extraordinaires.  Le  rein  gauche  pesait  environ  lo  onces.  Il 
avait  6  pouces  de  longueur,  a  pouces  et  9  lignes  de  largeur, 
et  a  pouces  d'épaisseur  à  la  scissure.  Vu  de  tous  côtés,  il  pa- 
raissait entièrement  formé  par  une  agglomération  de  kystes; 
il  ne  restait  plus  réellement  de  traces  de  la  substance  corti- 
cale, qui ,  sur  tous  les  points ,  était  remplacée  par  des  kystes 
de  dimension  et  de  couleurs  variables.  Les  uns ,  c'était  le  plus 
petit  nombre,  n'avaient  que  le  volume  d'une  tète  d'épingle; 
plusieurs  avaient  la  dimension  d'un  grain  de  raisin  ou  d'une 
balle  à  fusil.  Ces  kystes  contenaient  des  matières  de  consis- 
u  lance  très  variable;  les  unes  étaient  aqueuses,  les  autres 
lavaient  la  consistance  du  beurre,  ce  qui  donnait  à  la  surface 
ides  reins  un  aspect  bosselé  ,  irrégulier  et  marqué  de  dif- 
tférentes  couleurs.  Dans  plusieurs  kystes ,  la  matière  était 
«jaunâtre 4  dans  d'autres  d'un  jaune  d'or  ou  d'un  jaune  grais- 
Mseux,  ou  d'un  jaune  de  bile  humaine,  ou  enfin  d'un  jaune  bru- 
Knâtre  comme  la  matière  fécale  liquide;  enfin,  plusieurs  de 
*ces  kystes  contenaient  une  matière  noire  qui  ressemblait  à  du 
isaijg  liquide,  altéré.  Traitée  par  l'acide  nitrique,  l'humeur 
ide  ces  kystes  se  prenait  eu  masse  et  formait  un  coagulum  très 
)épais,  coloré  en  jaune.  A  la  surface  du  rein,  les  limites  de 
ices  kystes  étaient  indiquées  par  des  lignes  polygonales,  blan- 


5l8  KYSTES  SIMPLES  DES  REINS. 

châtres,  comme  du  tissu  cellulaire  condensé.  Le  rein,  divisé  par 
une  incision  pratiquée  de  son  bord  convexe  à  sa  scissure  et 
examiné  avec  le  plus  grand  soin,  me  parut  formé  par  une 
agglomération  de  kystes,  séparés  par  des  lignes  celluleuses  ou 
tout-à-fait  contiguës,  sans  communication  de  leurs  cavités  •  de 
manière  qu'autour  de  l'un  d'eux  on  pouvait  vider  tous  les 
kystes  sans  qu'il  s'affaissât.  En  pratiquant  un  grand  nombre 
âe  ctiupes  dans  une  foule  de  directions  de  cette  masse  en- 
kystée, partout  je  trouvai  des  kystes  et  nulle  trace  des  sub- 
stances corticale  et  tubuleuse.  Le  bassinet  était  petit.  Après 
avoir  fendu  les  calices  suivant  leur  longueur,  au  lieu  des  ma- 
melons que  leur  extrémité  embrasse  ordinairement ,  on  trou- 
vait un  kyste  qui  faisait  plus  ou  moins  saillie  dans  leur  in- 
térieur ;  l'uretère  était  très  petit.  Les  vaisseaux  de  ce  rein  ne 
purent  être  injectés;  de  sorte  que  je  ne  puis  rien  dire  sur 
ta.  disposition  des  arcades  vasculaires  et  des  branches  qu'elles 
fournissent  ;  mais  ayant  fait  injecter  l'autre  rein  dans  lequel 
la  dégénérescence  enkystée  était  moins  complète,  j'ai  con- 
staté que  l'injection  n'avait  pénétré  que  dans  les  parties  non 
atrophiées  de  la  substance  corticale.  Je  n'ai  point  distingué 
de  vaisseaux  dans  les  lignes  polygonales  celluleuses  qui  cir^ 
coriscrivaient  les  limites  des  kystes.  Vu  extérieurement,  ce 
rein  paraissait  aussi  entièrement  transformé  en  kystes  ;  on  ne 
découvrait  pas  de  traces  de  la  substance  corticale;  mais  à  la 
loupe,  je  reconnus  qu'il  restait  encore  quelques  îlots  dé  cette 
substance  et  un  certain  nombre  de  tuhtdi  intacts-  Le  bassinet 
et  l'uretère  de  ce  rein  étaient  moins  rétrécis  que  ceux  du 
rein  du  côté  opposé.  La  sécrétion  urinaire  avait  lieu  à  l'aide 
de  ces  débris ,  qui  n'auraient  pas  tardé  à  complètement  dis- 
paraître :  malheureusement  on  oublia  de  m'apporler  le  peu  d'u- 
rine que  contenait  la"  vessie. 


KYSTES  SIMPLES  DES  REINS. 


5l9 


Obs.  II.  —  Reins  farcis  d'un  si  grand  nombre  de  kystes  que  leur  sub- 
stance corticale  était  presque  entièrement  détruite;  symptômes  cérébraux 
attribués  peudant  la  vie  à  une  méningite;  mort  (Cas  communique  par 
M.  le  docteur  Bchicr)  (A.tlas.  PI.  xxvi.  fig  2). 

Une  femme ,  d'un  âge  avancé ,  était  depuis  quelque  temps  à 
l'hôpital  de  la  Pitié ,  pour  une  légère  affection  de  l'estomac  , 
lorsqu'elle  fut  prise ,  du  soir  ait  lendemain,  de  symptômes 
cérébraux,  fort  graves  :  Coma  continu  >  yeux  convulsés  en 
haut ,  commencement  de  résolution  générale.  Le  lendemain 
matin ,  symptômes  aggravés  j  résolution  complète  et  générale 
de  tous  les  membres;  cette  femme  n'entend  plus  ce  qu'on 
lui  dit;  yeux  toujours  convulsés  en  haut;  pupilles  dilatées  ; 
tâle  trachéal.  Mort  à  deux  heures. 

A  l'ouvertxire  du  cadavre  on  trouva  les  deux  reins  dans  un 
état  presque  complet  d'atrophie  avec  développement  d'une 
quantité  énorme  de  kystes.  Catarrhe  de  la  vessie  ;  urine  char- 
gée et  donnant  un  dépôt  assez  épais. 

Quatre  onces  de  sérosité  (i)  environ  étaient  déposées  dans  les 
ventricules  latéraux  du  cerveau  qui  étaient  élargis  ;  il  y  en 
avait  aussi  dans  la  pie-mère ,  dans  laquelle  on  observait  çà  et 
là,  à  la  convexité  des  hémisphères,  une  matière  gélatiniforme 
transparente  ;  les  glandes  de  Pacchioni  étaient  nombreuses. 
Les  méninges  n'offraient  aucune  injection.  Quelques  petits 
points  blanc  jaunâtre  existaient  entre  la  pie-mère  et  l'arach- 
noïde près  de  la  grande  scissure  du  côté  gauche.  Il  y  avait  un 
peu  plus  de  sérosité  que  d'ordinaire  dans  le  canal  rachidien. 

§  8i)i.  Dans  la  plupart  des  observations  de  dégénérescence 
enkystée  des  reins,  recueillies  jusqu'à  ce  jour,  il  est  seulement 
fait  mention  des  accidens  cérébraux  qui  ont  précédé  ou  an- 
noncé la  mort  ;  car  bien  rarement  on  a  pu  se  procurer  des  ren- 
seignement exacts  sur  l'étal  antérieur  des  malades.  Ces  rensei- 

(1)  L'altération  des  reins  n'ayant  été  reconnue  qu'à  l'ouverture  du  bas- 
ventre,  qui  fut  faite  après  celle  de  la  tête,  cette  sérosité  ne  put  être  recueil- 
lie; si  elle  l'eût  été,  nous  aurions  procédé  à  la  recherche  de  l'nrée  dans  ce 
liquide. 


D20  ICySïJiS   SIMPLES  UKS  IIEINS. 

gnemens,  on  les  trouve  exposés  avec  beaucoup  de  soin  dans  une 
observation  publiée  par  Corvisart  et  Leroux. 

Obs.  UI.  —  Tumeurs  des  reins  formées  par  des  kystes  ;  accidens  céré- 
Lraiix;  mort  (Journal  de  médecine,  chirurgie ,  •pharmmcie,  etc.,  tom.  xu, 
p.  399,  an  XII,  par  MM.  Corvisart  et  J.-J.  Leroux). 

Guillaume  R... ,  âgé  de  .'19  ans ,  homme  de  loi ,  d'un  tempé- 
rament lymphatico-sanguin  et  un  peu  bilieux,  d'un  caractère 
ouverl ,  mais  susceptible,  d'une  constitution  assez  robuste , 
naquit  à  Paris  de  parens  sains,  et  vécut  toujours  d'une  ma- 
nière sédentaire  et  assez  réglée.  Dans  son  enfance,  il  n'éprouva 
d'autres  maladies  remarquables  que  la  variole  et  la  rougeole. 
Vers  l'âge  de  18  ans  ,  il  devint  sujet  à  de  fréquentes  coliques 
venteuses  ,  dans  lesquelles  la  région'  épigastrique  était 
douloureusement  distendue  :  il  se  sentait  alors  oppressé  et 
presque  suffoqué,  jusqu'à  ce  qu'une  éructation  tumultueuse 
vînt  le  soulager.  Rarement  il  rendait  des  vents  par  en  bas.  II 
attribuait  ordinairement  ces  coliques  à  l'usage  des  légumes, 
quoiqu'en  général  ses  facultés  digestives  fussent  assez  énergi- 
ques. 

A- peu-près  vers  le  même  âge,  il  devint  sujet  à  des  palpita- 
tions assez  violentes  à  la  région  du  cœur:  pendant  qu'elles  du- 
raient, il  y  avait  anxiété,  gêne  de  la  respiration.  Il  leur  opposa 
long-temps  sans  succès  des  caïmans,  des  spiritueux,  etc.  Dans  la 
suite,  sur  l'avis  d'un  de  ses  amis  qui  en  avait  eu  de  semblables 
qui  s'étaient  dissipées  peu-à-peu ,  il  prit  le  parti  de  les  sup- 
porter patiemment ,  espérant  de  les  voir  cesser  avec  l'âge. 

Les  retours  de  ces  coliques  et  de  ces  palpitations  n'offrirent 
point  de  correspondance  marquée  avec  les  affections  morales 
auxquelles  le  malade  était  sujet;  naturellement  vif  etemporté , 
son  effervescence  se  calmait  promplement :  cependant,  à  la 
suite  de  mouvemens  de  vivacité,  il  fut  quelquefois  pris  d'ac- 
cès passagers  de  lièvre.  Il  éprouva  aussi ,  principalement 
dans  l'âge  mûr,  quelques  fièvres  continues  peu  graves.  Vers 
l'âge  de  Sg  ans,  il  fut  pris  d'une  sorte  de  fièvre  ardente  très 
intense;  il  y  avait  environ  dix  jours  qu'il  en  était  attaqué  ,  et 
il  y  avait  même  eu  du  délire ,  lorsque  la  journée  du  10  août 


KYSTES   SI3IPLES  DES  REINS.  521 

I  179a  arriva.  Frappé  par  le  premier  tumulle  et  s'en  étant  fait 
.  expliquer  la  cause,  malgré  son  état  il  fait  les  plus  grands  ef- 
forts ,  se  lève,  se  rend  à  son  poste,'  y  reste  en  permanence, 
livré  aux  agitations  et  à  l'enthousiasme  qu'inspiraient  ces  évè- 
:  nemens;  et  lorsque  tout  fut  fini,  il  se  trouva  quitte  de  la  fièvre. 

Vers  l'âge  de  40  ans,  et  même  quelques  années  auparavant, 
:  il  commença  à  acquérir  un  embonpoint  considérable;  l'obésité 
,  du  ventre  était  surtout  remarquable.  Vers  la  même  époque  ,  il 
è  devint  sujet  à  des  hémorrhoïdes  internes  fluentes,  dont  le 
[1  retour  avait  lieu  deux  ou  trois  fois  chaque  année ,  tantôt  à  une 
a  saison ,  tantôt  à  l'autre  :  il  était  averti  la  veille,  de  leur  retour, 
f  par  une  sorte  de  malaise  fébrile;  le  flux  était  très  abondant  et 
p  remplissait,  à  chaque  fois,  presque  la  moitié  d'un  pot  de 
e  chambre. 

A-peu-près  vers  le  même  temps,  les  palpitations  de  cœur 
a  cessèrent  de  paraître;  les  coliques  venteuses  devinrent beau- 
e  coup  plus  rares,  et  bientôt  elles  cessèrent  entièrement. 

Pendant  les  années  qui  suivirent  et  qui  correspondent  à 
e  celles  de  la  révolution ,  R...  fut  singulièrement  agité  par  les 
é  évèneraens  :  il  partagea  les  impressions  des  circonstances  les 
pplus  orageuses;  il  occupa  des  places  assez  importantes,  puis 
k  se  vit  réduit  à  de  minces  emplois. 

Au  commencement  de  l'an  m ,  il  éprouva  sans  causes  con- 
Dnues,  deux  attaques  assez  intenses ,  d'une  très  vive  douleur 
taux  lombes ,  avec  vomissemens  (il  a  dit  depuis  qu'il  avait  eu 
«vers  la  fin  de  1791,  une  attaque  à-peu-près  semblable).  Au 
nmois  de  prairial  de  la  même  année,  peu  de  jours  après 
'  l'affaire  de  Grenelle  ,  qui  l'avait  beaucoup  affecté ,  il  éprouva 

•  une  troisième  attaque  beaucoup  plus  vive  que  les  précédentes, 
liet  qu'il  nous  décrivit  depuis  de  la  manière  suivante  : 

Une  nuit,  il  se  réveilla  avec  quelques  douleurs  obscures, 
k assez  étendues,  mais  cependant  bornées  aux  deux  régions 

•  lombaires.  Au  bout  d'environ  deux  heures  ,  les  douleurs  ces- 
lisèrent,  et  furent  aussitôt  remplacées  par  une  douleur  unique, 
imais  d'une  violence  tout- à-fait  insupportable,  qui  se  fixa  sur 
lia  région  du  rein  droit,  et  dans  un  espace  très  circonscrit  (On 
k  n'a  point  demandé  s'il  y  avait  un  engourdissement  de  l'extré- 


522 


KYSTES  SIMPLES  DES  BÉINS. 


mile  affectée,  ou  rétraction  du  testicule).  Tout  le  reste  de 
l'abdomen  était  sans  douleur.  Bientôt  se  déclarèrent  des  vo- 
missemens d'une  matière  verte  très  amère,  accompagnés  de 
beaucoup  d'eflorts ,  d'angoisses,  de  convulsions  dans  tous  les 
membres.  Ces  vomissemens  se  répétèrent  fréquemment  pen- 
dant douze  à  quinze  heures.  Dans  les  intervalles,  la  douleur 
continuait  avec  une  extrême  intensité,  avec  chaleur,  soif  vive, 
mais  sans  mal  de  tête,  ni  jaunisse;  elle  augmentait  parla  pres- 
sion. Il  n'y  avait  point  de  déjections,  ni  de  tranchées  intesti- 
nales :  les  urines  coulaient  à-peu-près  comme  dans  l'état  natu- 
rel. Au  bout  d'environ  seize  heures  (depuis  l'invasion  de  la 
douleur  du  rein  droit) ,  l'accès  cessa  presque  tout-à-coup. 

Après  cette  attaque ,  il  y  eut  une  selle  qui  ne  présentait  rien 
de  particulier  ;  le  malade  se  remit  assez  promptement. 

Depuis  cette  époque,  jusqu'au  commencement  de  l'an  x,  il 
eut  deux  ou  trois  attaques  semblables ,  mais  moins  intenses , 
dans  l'intervalle  desquelles  il  jouit  d'une  assez  bonne  sanlé, 
seulement  dans  l'an  viii ,  il  éprouva  sous  le  sein  droit  une 
douleur  très  vive  qui  augmentait  par  la  pression,  gênait  la 
respiration  ,  mais  n'était  point  accompagnée  de  toux  ni  d'ex- 
pectoration. Cette  douleur  dura  trente  jours,  au  bout  desquels 
on  appliqua  sur  la  partie  souffrante  un  emplâtre  de  ciguë,  et 
cinq  jours  après  la  douleur  avait  disparu. 

Au  mois  de  vendémiaire  an  x,  il  eut  une  attaque  'des  plus 
vives  et  en  tout  semblable  à  celle  décrite  ci-dessus.  Les  souf- 
frances étaient  telles  qu'il  fut  sur  le  point  de  se  détruire  avec 
un  mauvais  couteau  qu'il  portait. 

Après  cette  attaque,  l'appétit  se  trouva  beaucoup  diminué, 
les  digestions  devinrent  pénibles,  et  accompagnées  de  senti- 
ment de  pesanteur,  et  de  rots  non  acides.  Cependant  le  régime 
du  malade  était  simple  et  frugal  :  il  buvait  beaucoup  d'eau 
vineuse,  dînait  avec  de  la  soupe,  du  bouilli  ou  quelques  légu- 
mes; ne  soupait  point.  Il  ne  prenait  plus ,  dépuis  deux  ans,  de 
café ,  quoiqu'il  y  eût  été  habitué  auparavant.  Il  eut,  quelque 
temps  après ,  ses  hémorrhoïdes. 

Le  9  germinal ,  nouvel  accès ,  après  lequel  l'appétit  dimi- 
nua de  plus  en  plus ,  les  digestions  devinrent  de  plus  en  plus 


KYSTES  SIMPLES  DES  REINS.  523 

difficiles  et  furent  habituellement  accompagnées  de  rots  et  de 
nausées.  Il  commença  à  éprouver  pendant  les  nuits  de  la  cha- 
leur et  du  malaise.  Son  embonpoint ,  et  qui  était  beaucoup 
moindre  depuis  quatre  ans ,  diminua  encore  davantage.  En 
floréal,  il  eut  de  nouveau  ses  hémorrhoïdes.  Le  19  floréal,  il 
ne  prit  dans  la  journée  que  de  la  soupe  et  un  œuf  frais.  Dans 
la  nuit  suivante ,  il  s'éveilla  avec  les  premières  douleurs  lom- 
baires. La  douleur  du  rein  droit  et  les  vomissemens  succédè- 
rent: L'accès  dura  près  de  24  heures.  Les  urines  étaient  un 
peu  rouges  et  troubles.  Un  lavement  amena  une  selle,  avec 
quelque  soulagement.  Dans  tous  ces  accès,  il  faisait  Usage  de 
lavemens  et  de  beaucoup  de  thé  ,  il  prenait  aussi  quelquefois 
des  gouttes  d'Hoffmann.  Ces  moyens  semblaient  produire  quel- 
que soulagement.  Après  l'accès,  il  éprouva  un  désir  de  boissons 
acides, qu'il  aimait  d'ailleurs  nalurelleraent,ainsi  que  les  alimens 
de  même  goût.  Les  deux  jours  suivans,  il  fut  assez  tranquille,  ét 
n'eut  qu'une  selle  chaque  jour.  Le  4  prairial,  il  fut  pris  d'un  dé- 
Voiement  qui,  le  5,  fut  accompagné  de  quelques  coliques.  Le  6, 
il  rendit ,  avec  des  épreintes  très  douloureuses,  des  frissons  et 
des  nausées  vaines,  quelques  selle?s*nglantes  et  liquides.  Eu 
les  examinant ,  il  reconnut  qu'elles  étaient  composées  de  glai- 
rés  blanchâtres  disposées  en  fragmens,  qu'il  comparait  à  des 
follicules  de  séné,  et  mêlées  d'un  sang  qui  teignait  fortement 
tout  en  rouge ,  lorsqu'il  agitait  le  vase.  Le  7  au  soir,  les  selles 
Sanguinolentes  cessèrent,  et  avec  elles  tout  dévoiement.  Le  ma- 
lade resta  ti'ès  affaibli.  Ses  digestions  devinrent  de  plus  en 
plus  pénibles.  Il  éprouvait  à  la  région  épigastrique  un  senti- 
ment de  gêne,  comme  si  quelque  chose  eût  empêché  ce  qu'il 
avait  mangé  de  passer.  Les  selles  étaient  devenues  naturelles. 
Il  évitait  les  alimens  solides  et  rendait  beaucoup  de  vents  par 
en  haut.  Enfin,  dépourvu  de  secours  dans  son  domicile,  il  se 
présenta  à  l'hôpital  de  la  Charité,  oii,  admis  dans  l'une  des 
salles  de  Clinique  et  soumis  à  l'observation  le  4  prairial ,  i 
présenta  les  symptômes  suivanâ  : 

La  face,  autrefois  fleurie,  était  devenue  un  peu  bouffie.  Les 
traits  étaient  flasques,  les  conjonctives  ûn  peu  vires centes, 
l'œil  assez  vif  :  il  y  avait  une  certaine  pesanteur  de  tête  sans 


524  KYSTES  SIAIPLES   DES  IIEINS. 

céphalalgie  prononcée.  La  bouche  n'était  pas  mauvaise,  quoi 
que  la  langue  fût  un  peu  sale;  il  y  avait  inappétence,  mais  U 
soif  élait  assez  vive  et  le  malade  se  sentait  quelque  goût  pour 
le  vin,  qui,  disait-il,  le  soutenait. 

La  poitrine  ,  vaste  et  de  belles  dimensions,  n'offrait  rien  de 
bien  remarquable,  seulement  il  y  avait  un  peu  de  gêne  de  la 
respiration  ,  mais  sans  toux,  ni  expectoration.  Le  ventre  était 
volumineux,  gonflé  ,  peu  tendu  ,  indolent  même  à  l'épigastre. 
L'hypochondre  droit n'ofl'ruit  rien  de  remarquable.  On  sentait 
dans  l'hypochondre  gauche  un  corps  assez  volumineux  que  l'on 
crut  être  la  rate.  Lorsqu'on  pressait  la  région  du  rein  droit,  le 
malade  qui  avait  une  douleur  obscure  et  profonde  :  «  c'est  là  , 
disait-il,  que  je  souffre  dans  les  accès».  Les  digestions  étaient 
dans  l'état  que  nous  avons  déjà  décrit  :  il  y  avait,  depuis  la 
veille,  un  peu  de  dévoiement.  Les  urines  étaient  abondantes, 
limpides  et  presque  aqueuses. 

Les  membres  n'étaient  point  infiltrés,  mais  il  y  avait  un  peu 
d'amaigrissement.  La  peau  était  assez  fraîche  et  sans  coloration 
jaune;  le  pouls  était  développé,  souple,  sans  fréquence. 

Les  forces  étaient  ency»assez  bonnes  ,  quoique  diminuées  : 
le  moral  ne  semblait  pas  non  plus  fort  affecté.  Le  malade  j  en 
racontant  la  longue  série  de  ses  maux  et  de  ses  chagrins,  sem- 
blait les  oublier  et  se  trouvait  même  assez  gai.  Il  assurait  n'a- 
voir jamais  éprouvé  aucun  ictère,  aucune  maladie,  aucune 
douleur  dans  la  région  du  foie;  il  n'avait  non  plus  jamais 
rendu  de  graviers  par  les  urines. 

Les  i3,  i4,  i5,  16  prairial,  cet  étal  persista  sans  aucun 
changement.  Il  n'y  avait  nul  mouvement  fébrile.  Les  nuits 
étaient  assez  bonnes,  le  malade  se  levait,  mais  se  plaignait  de 
faiblesse.il  rendait  beaucoup  de  vents  par  en  haut.  Les  selles 
étaient  redevenucs  naturelles.  Dès  le  i3,  les  urines  étaient  très 
abondantes  (il  remplissait  environ  trois  fois  le  pot  de  chambre 
en  24  heures)  parfaitement  limpides,  incolores  et  presque  sem- 
blables à  de  l'eau.  Le  citoyen  Corvisiirt  se  proposait  de  mettre 
le  malade  à  l'usage  des  apéritifs ,  des  fondans,  des  savonneux, 
et  avait  ordonné,  en  attendant,  les  apozèmes  chicoracés,  et,  pour 
soutenir  ses  forces,  deux  verres  de  vin,  et  deux  soupes  au  riz. 


KYSTF.S  SIMPLES  DES  REINS.  5q5 

Le  17,  il  y  eut  de  l'orage  dans  la  soirée,  le  malade  eu  fut 
très  gêné  ,  eut  une  grande  oppression,  et  nous  dit  que,  depuis 
long-temps,  il  ressentait  beaucoup  les  vicissitudes  de  l'at- 
mosphère, et  que  les  temps  d'orage  faisaient  toujours  sur  lui 
cette  iinpression. 

Le  i8,  à  l'heure  de  la  visite  (six  heures  et  demie),  il  était 
dans  l'état  ordinaire  :  il  avait  également  rendu  une  grande 
quantité  d'urines  limpides.  Dans  la  matinée  il  fut  pris ,  sans 
cause  connue  (si  ce  n'est  peut-être  un  peu  plus  de  décourage- 
ment et  de  chagrin  qu'à  l'ordinaire  ) ,  d'un  tremblement  gé- 
néral, d'oppression,  d'anxiété  extrême;  il  délira  de  temps  en 
temps  dans  la  journée;  la  nuit  il  parut  dormir. 

Le  19,  à  l'heure  de  la  visite,  il  avait  la  respiration  haute, 
très  gênée,  avec  soupirs  profonds  de  temps  en  temps;  sa  phy- 
sionomie exprimait  l'angoisse.  Il  avait  l'esprit  assez  présent 
et  répondait  juste  aux  questions.  Le  pouls  était  petit,  serré, 
fréquent,  assez  régulier j  le  ventre  était  par  momens  élevé, 
tendu,  surtout  à  la  région  épigastrique  ;  il  y  avait  des  hoquets 
fréquens. 

Le  citoyen  Corvisart  prescrivit  la  potion  cordiale  majeure, 
un  layemejit  purgatif  et  une  infusion  de  camomille.  Quelque 
temps  après  la  visite,  le  malade  fut  pris  d'un  tremblement 
intense  et  général,  avec  sentiment  de  froid  et  de  soif^Le  reste 
de  la  journée  se  passa  comme  la  veille.  La  respiration  deve- 
nait de  plus  en  plus  stertoreuse.  Il  y  eut  quelques  selles  noi- 
râtres à  la  suite  du  lavement;  les  urines  étaient  toujours  abon- 
dantes et  aqueuses.  Dans  la  soirée,  on  observa  une  diminution 
très  sensible  dans  la  faculté  de  mouvoir  les  membres  du  côté 
gauche  :  il  ne  pouvait  serrer  la  main  de  ce  côté,  ce  qu'il  fai- 
sait fort  bien  avec  la  main  droite.  Il  y  avait  somnolence;  même 
état  dans  la  nuit;  point  d'évacuations. 

Le  20,  au  matin,  la  respiration  était  tout-à-fait  stertoreuse  , 
assez  profonde  et  rare,  parfois  suspirieuse.  Excité  de  sa  som- 
nolence ,  il  avait  l'air  égaré ,  les  pupilles  peu  mobiles,  la  vue 
incertaine,  les  yeux  un  peu  injectés,  larraoyans  ,  l'ouïe  encore 
libre  ;  il  conservait  encore  un  peu  les  fonctions  de  l'entende- 
ment, reconnaissait  le  médecin,  donnait  des  réponses  asasz  justes, 


SaÔ  KYSTES  SIMPLES  DES  REINS. 

mais  d'une  voix  entrecoupée  et  embrouillée,  les  paroles  se 
succédant  avec  une  rapidité  singulière ,  et  roulant,  pour  ainsi 
dire ,  les  unes  sur  les  autres.  Lorsqu'on  lui  disait  de  tirer  la 
langue,  il  ouvrait  la  bouche  avec  peine,  en  tremblant,  et  d'une 
manière  presque  convulsive;  la  langue  était  tremblotante,  un 
peu  brunâtre ,  et  il  ne  pouvait  la  faire  sortir.  La  chaleur  du 
coi-ps  était  moins  grande  que  dans  l'état  naturel;  le  visage 
et  les  bras  étaient  froids  ;  le  pouls  était  petit ,  mou ,  fréquent, 
un  peu  enfoncé,  assez  régulier;  la  diminution  des  mouveraens, 
dans  .l'extrémité  gauche ,  était  un  peu  moins  marquée.  Lors- 
qu'on étendait  les  doigts  de  la  main  de  ce  côté  et  qu'on  soute- 
nait en  même  temps  le  membre  dans  une  position  horizontale, 
les  doigts  restaient  étendus  et  étaient  long-temps  avant  d'en- 
trer en  flexion  ;  ils  semblaient  même  ne  se  fléchir  que  par  leur 
poids;  la  même  chose  avait  aussi  lieu,  mais  d'une  manière 
bien  moins  marquée,  pour  la  main  droite.  L'abdomen  était 
élevé,  un  peu  ballonné  à  l'épigastre,  peu  sensible.  Le  malade 
était  couché ,  en  supination ,  un  peu  penché  sur  le  côté  droit. 
La  somnolence  continuait.  On  regarda  cet  état  comme  une 
espèce  d'apoplexie  incomplète;  on  donna  le  petit -lait  avec 
deux  grains  d'émétique,  la  potion  cordiale  majeure,  et  on  fit 
appliquer  deux  larges  vésicatoires  aux  cuisses.  Même  état  dans 
la  journ<ie  ;  selles  involontaires.  Il  sentit  vivement  les  vésica- 
toires. Pendant  la  nuit,  forte  somnolence,  ou  plutôt  état  co- 
mateux; point  de  selles. 

Le  31,  après  le  pansement,  qu'il  sentit  très  vivement,  le  ma- 
lade parut  plus  excité,  ses  yeux  étaient  ouverts  et  mobiles;  il 
put  tirer  un  peu  la  langue ,  qui  était  fuligineuse  et  sèche|;  la 
respiration,  l'abdomen,  le  pouls,  la  chaleur  de  la  peau  étaient 
à-peu-près  comme  la  veille.  La  légère  paralysie  des  membres 
gauches  était  encoi-e  moins  marquée  ,  mais  la  face  était  de  plus 
en  plus  décomposée  ;  une  sorte  d'ecchymose ,  qui  était  d'abord 
à  l'œil  gauche ,  avait  passé  à  l'œil  droit.  Après  la  visite,  le  ma- 
lade éprouva  un  tremblement  général.  Dans  la  jouniée,  ex- 
cepté des  variations  fugaces  dans  les  divers  symptômes ,  il  n'y 
eut  rien  de  bien  remarquable.  Il  rendait  toujours  sous  lui  ses 
selles,  qui  étaient  peu  abondantes:  les  urines  toujours  limr 


KYSTES  SIMPLES  DES  REINS.  627 

pides  et  blanches.  Il  voulait  quelquefois  se  lever,  et  alors  tout 
son  corps  tremblait  et  était  dans  une  agitation  extrême.  Au 
soir,  la  parole  était  devenue  assez  intelligible ,  quoique  tou- 
jours précipitée  et  embrouillée.  Les  facultés  de  l'entendement 
paraissaient  assez  saines;  il  raisonnait  juste;  seulement  il  pre- 
nait pour  un  cheval  un  fauteuil  qu'il  avait  sous  les  yeux.  Cette 
1  erreur  était  la  seule  qu'on  aperçût  dans  ses  paroles.  Le  pouls 
était  faible,  enfoncé,  obscur,  peu  développé,  assez  peu  fré- 
quent. Pendant  la  nuit  un  peu  de  sommeil,  sorte  de  mal  de 
tête,  délire  fugace  vers  cinq  heiires  du  matin;  iirines  faciles, 
j  peu  abondantes,  limpides. 

Le  aa,  la  respiration  était  moins  sterloreuse,  plus  fréquente; 
i  l?i  parole  plus  facile,  quoique  toujours  un  peu  embrouillée.  Le 
I  corps  était  un  peu  plus  échaulTé,  le  visage  et  les  bras  moins 
I  froids;  les  facultés  intellectuelles  étaient  assez  saines.  Le  malade 
.  nous  dit  même  que,  pendant  les  jours  précédens,  il  s'était  senti 
.  une  forte  propension  au  sommeil ,  avec  une  sorte  de  chaleur 
>  dans  la  tête.  Il  tirait  assez  bien  la  langue,  qui  était  sèche, 
1  brune,  gercée  en  travers.  Les  mouveraens  du  bras  gauche 
i  étaient  à-peu-près  aussi  faciles  que  ceux  du  droit.  Mais  les 
yeux  étaient  toujours  égarés,  presque  hagards,  larmoyans;  la 
face  se  décomposait  de  plus  en  plus  ,  les  narines  devenaient 
aplaties.  Abandonné  à  lui-même  dans  la  journée,  il  était  al- 
ternativement dans  l'agitation  ou  la  somnolence ,  et  raarrao- 
tait  souvent  des  choses  inintelligibles.  Le  pouls  était  petite 
faible,  fréquent,  moins  obscur  que  la  veille. 

Vers  deux  heures  de  l'après-midi,  la  face  et  les  mains  étaient 
I  redevenues  très  froides:  le  reste  du  corps  était  à  peine  tiède. 

Le  malade  avait  une  sorte  de  loquacité;  ses  paroles  étaient 
I  très  précipitées  et  tellement  embrouillées ,  qu'on  n'y  pouvait 
I  rien  distinguer,  si  ce  n'est  qu'il  demandait  à  manger.  Le  pouls 
t  était  petit,  faible,  inégal,  irrégulier,  non  obscur.  Il  lirait 
t  encore  assez  bien  la  langue,  qui  était  toujours  brunâtre.  Dans 
i  la  soirée,  la  respiration  redevint  de  plus  en  plus  stertoreuse. 
i  II  parlait  haut,  criait  même,  demandait  à  manger,  puis  mar- 
I  motait  des  choses  inintelligibles  :  le  râle  se  manifesta.  Vers 
neuf  heures  du  soir,  l'agitation  était  la  plus  grande;  vers  dix 


528  KYSTKS  SIMPLES  DES  REINS. 

heures,  le  râle  cessa  lout-à-coup  ;  le  malade  parut  soitffltr  un 
moment  et  il  mourut. 

Ouverture  cadavérique  faite  douze  heures  après  la  mort  

Etat  extérieur.  La  figure  était  plombée ,  livide ,  les  traits  dé- 
composés ,  flasques  ;  l'œil  droit  était  plus  injecté  que  le  gauche; 
la  poitrine  résonnait  bien  dans  tous  ses  points;  l'abdomen 
conservait,  ainsi  que  le  reste  du  cadavre,  beaucoup  d'embon- 
point. 

Cavité  du  crâne.  Le  crâne  étant  ouvert,  le  cerveau  parut 
être  affaissé  et  ne  pas  remplir  entièrement  sa  cavité  j  les  mem- 
branes étaient  fort  humides,  mais  non  injectées. 

Il  y  avait  surtout  beaucoup  d'infiltration  à  la  partie  posté- 
rieure du  cerveau,  et  une  couche  gélatiniforme  sous  l'arach- 
noïde. Les  méninges  s'enlevaient  facilement.  La  couleur  dn 
cerveau  était  naturelle;  mais  il  était  d'une  mollesse,  d'une 
flexibilité  singulière,  surtout  dans  ses  lobes  droits,  qui  ne  se 
déchiraient  pas  facilement  et  que  l'on  pouvait  tordre  presque 
comme  du  linge  mouillé.  Les  ventricules  latéraux  ne  conte- 
naient que  peu  de  sérosité;  mais  dans  chacun  d'eux  se  trou- 
vait un  vésicule  de  la  grosseur  d'une  petite  noix  contenant  un 
fluide  très  limpide  :  ces  vésicules  étaient  comme  implantées  aux 
plexus  choroïdes.  Le  cervelet  n'avait  rien  de  remarquable  que 
son  humidité  et  son  peu  de  consistance;  il  y  avait  un  peu  de 
sérosité  à  la  base  du  crâne. 

Cavité  thoracîque.  Les  viscères  de  la  poitrine  étaient  dans 
l'état  le  plus  sain. 

Cavité  abdominale.  Les  parois  de  l'abdomen,  fort  surchar- 
gées de  graisse,  étant  ouvertes,  on  n'apercevait  que  les  circon- 
volutions des  divers  intestins,  tous  amples,  vides,  sains  et 
d'une  couleur  un  peu  grise;  l'estomac,  le  foie,  la  rate  ne  pa- 
raissaient point  :  ils  étaient  refoulés  sous  les  hypochondres 
et  vers  le  diaphragme.  En  écartant  les  intestins  grêles  et  le 
colon,  on  aperçut,  à  travers  les  graisses,  les  reins  d'un  volume 
extrêmement  considérable  et  d'une  forme  singulière  :  ce 
volume  était  cause  du  refoulement  des  viscères  épigastriques. 
Poursuivant  l'examen  de  l'épigastre,  on  trouva  le  foie  retiré 
supérieurement,  d'un  petit  volume,  comme  épuisé  [consump- 


KYSTES  SIMPLES  DES  RElIfS.  Sag 

tum  des  auteurs),  flasque,  d'une  couleur  assez  foncée,  surtout 
à  la  face  inférieure ,  sain  dans  sa  substance  ;  la  vésicule  con- 

;  tenait  un  peu  de  bile  plus  pâle  qu'à  l'ordinaire. 

La  rate ,  située  fort  haut  et  en  arrière ,  était  petite  et  n'of- 
frait aucune  remarque  intéressante.  L'estomac  avait  son  ex- 
trémité pylorique  refoulée  en  haut  et  comprimée  parle  rein 

I  droit,  qui  remontait  derrière  elle  (cette  disposition  explique 
en  partie  la  grande  gêne  des  digestions,  surtout  dans  les  der- 

j  niers  temps):  ce  viscère  était  d'ailleurs  dans  l'état  naturel, 
quant  au  volume  et  à  la  texture  de  ses  parois  ;  l'épiploon 
et  le  mésentère  n'avaient  rien  de  remarquable  qu'un  peu 

1  d'obésité. 

Les  reins,  ayant  été  dégagés  des  enveloppes  graisseuses,  abon- 
Jidantes,  molles  et  jaunes  qui  les  recouvraient  au-dessous  du 
> péritoine,  offraient  un  volume  à-peu-près  égal  à  celui  de  la 
itête  d'un  enfant  qui  vient  de  naître.  Ils  avaient  une  forme  à- 
>  peu-près  globuleuse  et  un  peu  allongée  ;  le  droit  s'étendait  dans 

l'épigastre  derrière  l'estomac,  et  descendait  jusqu'au-dessous 
ide  la  partie  supérieure  du  cœcum;  le  gauche  montait  jusqu'au 
1  diaphragme  et  derrière  la  rate,  et  descendait  presque  dans  la 
nrégion  iliaque. 

Les  surfaces  de  ces  organes ,  entièrement  semblables  l'une  et 

l'autre,  n'avaient  plus  rien  de  l'aspect  naturel.  Elles  offraienti 
1  dans  toute  leur  étendue,  un  amas  de  vésicules  très  nombreuses, 
«se  touchant  toutes,  confondues  ensemble  par  endroits,  et,  dans 

t d'autres ,  se  détachant  en  segmens  de  snhère ,  en  hémisphères 
même ,  d'une  forme  régulièrement  globuleuse ,  d'un  volume 
très  varié,  depuis  celui  d'un  œuf  de  pigeon  jusqu'à  celui  d'un 
.jrain  de  raisin,  avec  lequel  quelques-unes  avaient  beaucoup 
de  ressemblance  pour  la  teinte  et  la  transparence,  qui  variaient 
beaucoup.  Les  unes  avaient  la  couleur  grise  argentée  des 
aponévroses,  étaient  transparentes,  fort  minces,  ne  versaient 
[u'un  fluide  limpide  ou  légèrement  citrin;  d'autres,  plus 
'•paisses,  moins  transparentes,  contenaient  une  humeur  plus 
JU  moins  brune;  d'autres,  entièrement  opaques,  blanches, 
renfermaient  une  sorte  de  pus  ténu,  blanchâtre,  de  mauvaise 
mture.  Toutes,  étant  ouvertes  et  évacu»îes,  offraient  le  poli 
m.  34 


53o  KYSTES  SIMPLES  DES  REINS. 

brillant  et  la  couleur  des  membranes  séréuses ,  avec  une  légère 
injection  rosée. 

La  capacité  de  ces  vésicules  superficielles  s'étendait  plus  où 
moins  dans  le  rein  ou  plutôt  vers  d'autres  kystes,  qui  avaient 
tellement  pris  la  place  de  sa  substance ,  qu'il  n'en  existait  plus 
aucune  trace.  Tout  était  changé  en  vésicules  semblables  à 
cefles  que  nous  avons  décrites,  et  liées  entre  elles  par  un  tissii 
cellulaire  infiltré  de  séi-osité.  Les  cavités  de  chacune  de  ces 
vésicules  étaient  parfaitement  isolées  les  unes  des  autres,  et 
formaient,  comme  les  membranes  séreuses,  des  sacs  sans  ou- 
verture. Toutes  ces  vésicules  superficielles  étaient  recouvertes 
par  la  membrane  propre  da  rein ,  qui  n'avait  éprouvé  aucune 
solution  de  continuité. 

On  ne  reconnaissait  plus  la  terminaison  de  la  substance 
tubuleuse  en  mamelons ,  mais  on  retrouvait  les  restes  des  ca- 
lices :  là  s'arrêtait  la  désorganisation.  Le  bassinet  offrait  èn- 
lièrement  l'état  naturel  :  sa  capacité,  sa  forme,  sa  structure 
étaient  ordinaires.  L'uretère  qui  en  partait  était  également 
sain ,  et  la  vessie  n'offrait  non  plus  aucune  altération  remar- 
quable. Les  vaisseaux  éinulgens  étaient  absolument  dans  l'état 
ordinaire  hors  du  rein;  on  ne  suivit  pas  leur  disposition  dans 
l'intérieur. 

On  ne  trouva  dans  l'intérieur  du  rein  droit  (le  sac  ouvert , 
l'autre  ayant  été  réservé  pour  être  modelé),  ni  dans  les  canaux 
excréteurs,  aucun  calcul;  mais  il  y  avait  quelques  très  pelils 
noyaux  blanchâtres  d'une  consistance  cartilagineuse  :  le  reste 
du  cadavre  ne  présentait  rien  de  particulier. 

§  852.  L'observation  suivante  est  non-seulement  un  exemple 
remarquable  de  dégénérescence  enkystée  des  reins ,  mais  en- 
core une  nouvelle  preuve  d'un  fait  déjà  établi,  celui  des  in- 
fections purulentes  à  la  suite  deS  suppurations  dés  reins  ou 
des  kystes  développés  dans  ces  organes. 


KYSTES  SIMPLES  DES  REINS.  53 1 


Obs.  IV.  —  Douleurs  rhumatismales  légères;  iavasion  brusque  de  dyspnée 
rétention  d'urine;  urines  purulentes  rendues  par  le  cathétérismc,  qui  est 
suivi  de  convulsions;  agonie  commençant  immédiatement  après  l'opéra- 
tion; mort  vingt-quatre  heures  après.  —  Atrophie  complète  du  tissu  des 
reins,  envahis  par  des  kystes ,  dont  quelques-uns  sont  purulens  ;  pneumonie 
lobulaire. 

Finot,  âgé  de  48  ans,  tailleur,  entra  à  l'hôpital  de  la  Cha- 
rité, le  i8  mai  1837,  sans  fièvre,  se  plaignant  de  douleurs 
musculaires  vagues ,  et  dont  l'intensité  paraissait  si  peu  grande, 
qu'il  fut  admis  pour  prendre  quelques  bains  de  vapeur  et  se  re- 
poser. A  la  visite  du  lendemain ,  interrogé  sur  le  siège  de  ses 
douleurs  ,  il  indiqua  les  bras  et  les  jambes  j  l'urine  avait  les 
caractères  physiques  de  l'urine  saine  [bains  de  vapeur ^  demi- 
portion  des  alimens.) 

Du  18  au  a5  mai,  rien  de  particulier;  le  35,  frisson  ;  le  37, 
la  respiration  est  gênée;  toux  sans  expectoration,  sans  point  de 
côté,  fièvre,  râle  crépitant  à  la  partie  inférieure  latérale  du  pou- 
mon droit.  Cependant  la  gène  delà  respiration  paraîtplusgrande 
que  l'étendue  présumée  de  l'inflammation  du  poumon  (sot'^nee). 

Le  28  mai ,  la  fièvre  persiste ,  la  dyspnée  est  plus  grande  et 
elle  est  accompagnée  d'un  état  de  stupeur  et  de  prostration 
dont  la  physionomie  me  rappelle  les  cas  de  résorption  puru- 
lente. A  la  partie  latérale  inférieure  et  un  peu  antérieure  du 
poumon  droit,  on  entend  du  râle  crépitant.  La  vessiè  est 
distendue  par  de  l'urine.  Une  sonde  pénètre  avec  quelque  dif- 
ficulté dans  la  vessie,  et  donne  issue  d'abord  à  une  urine  lac- 
tescente, plus  tard  à  du  pus  homogène,  bien  lié,  tel  que  celai 
qui  s'écoule  lors  de  l'ouverture  des  abcès  phlegmoneux;  au 
même  moment  le  malade  semble  éprouver  une  douleur  assez 
vive,  qu'il  témoigne  par  quelques  mouvemens  des  membres  in- 
férieurs, et  bientôt  les  mouvemens  sont  remplacés  par  un  état 
convulsif  général.  La  respiration  devient  plus  gênée,  et  le  ma- 
I  lade  paraît  n'avoir  que  quelques  ininutes  à  vivre.  L'agonie 
\  commence  en  effet;  mais  la  mort  n'eut  lieu  que  le  lendemain 
i  3o,  à  huit  heures  du  matin;  la  veille,  la  partie  antérieure 
I  du  trono  s'était  couverte  de  sudamina. 

34. 


5^2  KYSTFS  SIMPLES  DFS  REINS. 

Autopsie  du  cadavre ,  le  3i  mai,  vingt-quatre  heures  après 
la  mort. 

Ilafjilude  extérieure.  Médiocre  embonpoint. 

Ahdomen.  Les  reins  paraissent  considérablement  augmen- 
tés de  volume  et  semblent  formes  par  une  masse  de  kys- 
tes réunis,  adhérens  les  uns  aux  autres.  Adhérences  du  rein 
droit  au  diaphragme;  le  rein  gauche  est  libre.  Le  volume  des 
reins  est  triple  du  volume  naturel,  la  forme  en  est  assez  bien 
conservée,  l'extrémité  supérieure  est  plus  volumineuse  que 
l'inférieure,  la  dépression  et  la  scissure  des  vaisseaux  ont  l'as- 
pect ordinaire.  Le  diamètre  longitudinal  est  d'environ  7  pou- 
ces, le  transversal  de  3  pouces  9  lignes,  la  circonférence  de 
9  pouces  et  3  lignes  à  la  partie  supérieure,  qui  est  la  plus  large. 
Par  l'examen  le  plus  attentif  de  la  surface  des  reins,  on  n'y 
reconnaît  qu'une  multitude  de  kystes  de  diverses  grandeurs  , 
séparés  les  uns  des  autres  par  des  sillons  que  remplit  un  peu 
dégraisse  facile  à  enlever.  De  ces  kystes  les  plus  pelils  ont  le 
volume  d'un  pois,  les  plus  gros  ont  celui  d'une  noix.  Vus 
à  travers  la  membrane  extérieure  ,  ils  ont  un  aspect  blanchâ- 
tre. Cette  membrane  enlevée,  ce  qui  se  fait  sans  peine,  on 
distingue  des  kystes  de  trois  couleurs  :  les  uns  d'une  teinte 
citrine,  les  autres  un  peu  brunâtres,  et  les  uns  et  les  autres 
parfaitement  transparens;  d'autres,  et  ce  sont  les  kystes  les  plus 
volumineux,  ont  une  enveloppe  un  peu  plus  épaisse,  d'une 
couleur  jaunâtre  et  opaqvie;  l'intérieur  en  est  d'un  blanc  lai- 
teux ,  rempli  de  pus ,  et  tapissé  par  une  couche  de  pus 
demi-concret,  au-dessous  de  laquelle  il  y  a  quelques  arborisa- 
tions vasculaires.  On  trouve  dans  l'uretère  une  certaine  quan- 
tité de  pus  qui  provient  du  bassinet  dilaté  et  enflammé;  la 
membrane  muqueuse  de  ce  réservoir  est  pâle  dans  la  plus 
grande  partie  de  son  étendue,  et,  en  pressant  le  rein,  on  voit 
le  pus  sourdre  des  calices,  dont  les  orifices  dans  le  bassinet  ont 
aussi  subi  une  légère  dilatation. 

Le  rein,  divisé  suivant  son  épaisseur,  offre  le  même  aspect 
qu'à  l'extérieur;  l'œil  cherche  tn  vain  des  traces  des  deux  sub- 
stances des  reins  ;  on  ne  rencontre  partout  que  des  kystes  sé- 
parés par  quelques  brides  cellulo-fibreuses.  Les  veines  rénales 


KYSTES  SIMPLES  DES  REINS. 


533 


contenaient  du  sang  liquide;  les  artères  rénales  étaient  vides. 
Les  capsules  surrénales,  très  adhérentes  aux  reins ,  avaient 
;  leur  situation  et  leur  forme  naturelle.  Les  uretères  étaient 
:  sains. 

La  vessie  contenait  un  verre  d'urine  très  chargée  de  pus.  La 
)  surface  interne  de  cet  organe  était  pâle.  Les  veines  qui  entou- 
;  rent  la  vessie,  et  qui  vont  se  rendre  aux  veines  hypogastriques, 
t  étaient  saines.  La  prostate  et  l'uretère  n'offraient  également 
i  aucune  altération. 

La  rate,  petite  et  dense,  avait  une  belle  couleur  vineuse  à  l'in- 
térieur. Il  y  avait,  à  la  convexité  du  foie,  plusieurs  taches  blan- 
châtres ,  anémiques  ,  qui  se  prolongeaient  à  une  certaine  pro- 
fondeur dans  l'intérieur  de  l'organe.  Au-dessus  de  la  mem- 
brane péritonéale  du  foie,  il  y  aplusieurs  points  blancs ,  jau- 
I  nâtres ,  qui  paraissent  être  le  résultat  d'anciens  dépôts  de  lym- 
phe plastique.  La  vésicule  biliaire  est  petite,  remplie  par  de 
!  la  bile  visqueuse,  assez  consistante,  et  verdâti'e. 

Aucune  lésion  de  l'intestin;  la  veine  cave  inférieure,  les 
veines  iliaques  et  hypogasti  iques  sont  saines. 

Poitrine.  Les  plèvres  sont  saines  ;  mais  dans  le  poumon 
(  droit  et  dans  le  poumon  gauche,  il  y  a  plusieurs  petits  noyaux 
[  pneumoniques  circonscrits  ,  les  uns  au  premier  degré  et  d'un 
rouge  brun ,  les  autres  contenant  déjà  du  pus  infiltré  et  gri- 
s  sâtres.  Dans  le  lobe  inférieur  du  poumon  droit ,  une  masse 
ipneumonique  plus  étendue,  et  aussi  à  l'état  d'hépatisation 
H  grise. 

Le  cœur  est  sain. 
Téte.  Méninges  et  cerveau  sains. 

§  853.  J'ai  déjà  remarqué  que  certaines  affections  des  reins 
nprédisposaient  à  l'avortement.  Les  observations  précédentes 
Mont  démontré  que  des  symptômes  cérébraux,  et  en  particulier 
Ides  mouvemens  convulsifs,  étaient  souvent  la  conséquence  de 
(l'atrophie  des  reins ,  déterminée  par  la  dégénérescence  enkys- 
Itée  de  ces  organes.  L'observation  suivante  peut  être  citée  à 
(l'appui  de  ces  remarques  ,  en  même  temps  qu'elle  offre  un 
I exemple  rare  de  coïncidence  de  la  dégénérescence  enkystée  des 
«reins  et  de  leur  affection  tuberculeuse  ;  car  en  lisant  attentive- 


534  KYSTES  SIMPLES  DES  REINS. 

ment  cette  observation,  il  m'a  paru  probable  quelesrelns  étaient 
altérés  par  des  kystes  et  non  par  de  véritables  lijdatides. 

Ods.  V.  —  Dyspnée,  palpitations  clicz  une  femme  grosse;  soulagement; 
liémorrbagie  utérine  ;  avortemcnt  ;  plusieurs  mois  après,  développement 
du  ventre  ;  soupçons  de  grossesse  ;  sans  cause  connue,  mouvemens  con- 
vnlsifs,  suivis  de  palpitations  et  d'oppression  ;  soulagement;  nouvelles 
attaques  convnlsives  dans  lesquelles  la  malade  meurt;  rein  droit  énorme 
et  rempli  de  kystes  et  de  tubercules;  altération  analogue  dans  le  rein 
gauche  {MiUheilungen  aus  dem  Gebiete  der  gesammten  Heilkuude,  Leraus- 
gegebon  von  einer  medicinisch-cbirurgischcr  Gesellscbaft ,  in  Hamburg. 
Erster  Band,  $■  363,  und  375). 

Madame  H...,  âgée  de  ag  ans,  presque  toujours  Bouflfrante  et 
sujette  à  des  douleurs  articulaires,  adonnée  à  la  boisson,  eut 
pendant  sa  première  grossesse,  en  février  i8a6,  des  symptômes 
d'hydrolhorax.  La  dyspnée  était  considérable;  la  malade  avait 
des  palpitations  violentes;  le  pouls  s'accéléra,  et  le  visage  et 
les  extrémités  devinrent  légèrement  œdémateux.  L'urine,  rare, 
était  jaune  et  tant  soit  peu  trouble  ;  sous  l'influence  des  diuré- 
tiques rafraîchissans,  l'urine  devint  plus  abondante,  l'œdème 
disparut ,  et  en  même  temps  le  trouble  de  la  respiration  et  de 
la  circulation  cessa.  Les  fonctions  digeslives  étaient  régulières, 
et  il  n'y  avait  nulle  douleur  dans  le  ventre.  Vers  la  fin  de  fé- 
vrier, la  malade  se  rétablit;  et  bientôt  après  (elle  était  grosse) 
elle  sentit  les  premiers  mouvemens  de  l'enfaut.  Le  la  mars 
il  se  déclara  tout-à-coup  une  hémoirhagie  utérine,  et  l'avorte- 
ment  eut  lieu  dans  la  même  soirée.  Depuis  ce  temps,  le  ventre 
demeura  un  peu  gonflé.  Les  menstrues  sont  revenues  deux  fois, 
d'une  manière  régulière,  et  se  sont  ensuite  supprimées.  Alors 
l'abdomen  s'est  développé  de  plus  en  plus ,  et  il  s'est  déclaré 
quelques  troubles  gastriques,  ce  qui  fit  penser  à  celte  femme 
qu'elle  était  enceinte.  Le  ventre  prit  un  développement  de 
plus  en  plus  grand  jusqu'au  mois  de  novembre;  des  mou- 
vemens de  fœlus  qu'elle  croyait  sentir  s'accordaient  avec  la 
pensée  d'une  grossesse.  Peu-à-peu  des  accidens  analogues  à 
ceux  qu'elle  avait  éprouvés  antérieurement  du  côté  de  la  poi- 
trine, se  déclarèrent.  Le  visage  devint  rouge,  la  tète  chaude,  et 


KYSTES  SIMPLES  JQES  REINS.  535 

le  pouls  fréquent  et  dur  {Saignée  du  Iras  de  huit  onces).  Le 
sang  contenait  beaucoup  de  sérum  ,  et  le  caillot  se  recouvrit 
d'une  forte  couenne.  Un  traitement  semblable  à  celui  qui  avait 
réussi  la  première  fois  fut  encore  employé  avec  succès  ;  mais  la 
malade  fut  prise,  le  27  novembre  au  soir,  sans  cause  connue, 
de  mouvemens  convulsifs  des  extrémités ,  avec  serrement  des 
pouces  et  perte  de  connaissance  ;  ces  symptômes  disparurent 
après  quelques  minutes ,  mais  il  resta  une  très  grande  oppres- 
sion et  de  fortes  palpitations.  Cependant,  sous  l'influence  d'un 
traitement  doux,  ces  derniers  symptômes  disparurent,  et  la 
malade  était  passablement  bien  le  3  décembre.  Mais  le  4;  au 
matin,  de  nouveaux  accidens  convulsifs,  analogues  aux  pre- 
miers, se  manifestèrent  subitement;  un  nouvel  accès  eut  lieu 
^  midi ,  et  la  malade  mourut  l'après-midi ,  dans  une  troisième 
attaque ,  ayant  un  râle  très  prononcé. 

D'après  le  désir  desparens,  l'autopsie  fut  faite,  à  cause  de  la 
grossesse  présumée,  deux  heures  et  demie  après  la  mort.  Mais 
l'utérus,  au  contraire,  était  petit  et  à  sa  place  ordinaire,  dans  la 
cavité  du  bassin.  A  la  section  des  parois  du  ventre,  au  lieu  de 
l'utérus  (que  l'on  s'attendait  à  trouver) ,  on  vit  une  grosse  tu- 
jjieur,  durp,  remplie  d'hydatides,  et  poussant  de  côté  le  paquet 
intestinal.  Un  examen  attentif  des  rapports  de  cette  tumeur 
démontra  qu'elle  était  constituée  par  le  rein  droit.  Le  rein 
gauche,  distendu  et  aminci  comme  l'autre,  avait  une  apparence 
analogue  j  quoique  moins  poussé  en  avant.  Les  organes  diges- 
tifs étaient  sains,  excepté  le  foie,  dont  le  volume  était  augmenté. 
Dans  les  ovaires,  surtout  dans  l'ovaire  gauche,  il  y  avait  plu- 
sieurs petites  bydatides.  Les  cavités  des  plèvres  étaient  rem- 
plies d'une  sérosité  jaime  ;  les  poumons  adhéraient  par  places 
^  la  plèvre  costale  et  au  diaphragme  j  le  tissu  en  était  sain.  Il 
n'y  avait  point  d'eau  dans  le  péricarde.  Le  cœur,  normal,  avait 
des  fibres  musculaires  très  fermes.  On  n'eut  pas  la  permission 
d'ouvrir  la  tête. 

Le  docteur  Hupeden  a  donné  aussi  sur  l'état  de  ces  reins 
quelques  détails  que  je  crois  devoir  reproduire. 

Les  deux  reins  sont  augmentés  de  volume  :  le  droit  est  gros 
comme  les  deux  poings  réunis  d'un  homme  ,  et  le  gauche  est 


536  KYSTES  SIMPLES  DES  UKINS. 

un  peu  moins  volumineux;  la  membrane  externe  en  est  épaisse 
et  blanche  ;  la  surface  en  est  inégale.  Cette  apparence  est 
produite  par  des  cniinences  de  diverses  grandeurs,  mais  la 
plupart  de  la  dimension  d'une  noisette.  Quelques-unes  sont 
compactes,  et  d'autres  sontélastiques.  La  scissure  du  rein  droit, 
qui  s'est  agrandie  en  même  proportion  que  les  reins,  reçoit 
comme  à  l'ordinaire  les  vaisseaux  sanguins  ;  l'uretère  en  pro- 
cède également  et  a  ses  dimensions  normales.  L'uretère  gauche 
avait  deux  racines.  Les  bassinets  n'étaient  nullement  agrandis. 
La  substance  du  rein  était  farcie  de  grandes  et  de  petites  hy- 
datides,  mêlées  avec  des  tubercules,  non-seulement  à  la  surface 
du  rein,  mais  aussi  dans  son  épaisseur,  où,  contiguè's  les  unes 
aux  autres,  elles  forment  des  masses  compactes  et  rendent  mé- 
connaissable la  structure  de  l'organe.  Ces  hydatides  sont  pour 
la  plupart  ovoïdes ,  et  contiennent  une  humeur  claire.  La 
membrane  en  est  mince  et  distincte  de  la  substance  rénale.  Des 
tubercules,  les  uns  sont  durs  comme  des  marrons  crus,  d'autres 
comme  du  fromage  de  Liinbourg.  Il  y  avait  aussi  des  excrois- 
sances pédiculées  adhérentes  à  la  surface  des  reins ,  et  égale- 
ment entourées  d'une  membrane  propre.  A  la  section,  elles 
parurent  constituées  par  des  lamelles  concentriques  de  cou- 
leur jaune-brunâtre. 

§  854.  J'ai  rapporté  plusieurs  exemples  d'hydronéphroses 
chez  les  nouveau-nés  ;  chez  eux  aussi  j'ai  observé  ces  dégénéres- 
cences enkystés  des  reins,  en  même  temps  que  la  dilatation  du 
bassinet  et  des  calices.  Ainsi  j'ai  figuré  un  cas  dans  lequel , 
chez  un  enfant,  il  y  avait  coïncidence  d'unhydronéphroseetde 
kystes  séreux  dans  le  même  rein.  L'uretère,  très  distendu,  était 
plus  volumineux  que  l'intestin.  Le  rein  était  très  petit,  mais  le 
bassinet  était  considérablement  dilaté.  L'uretère  coupé,  le 
liquide  contenu  dans  les  vésicules  du  rein  ne  s'écoulait  pas. 
(Atlas.  Pl.  xxvi,  fig.  40 

Hensinger  (i)  a  publié  un  cas  analogue.  Chez  un  enfant  du 
sexe  féminin  mort -né,  les  reins  formaient  deux  tumeurs 
bleuâtres,  couvertes  par  le  péritoine,  et  qui  remplissaient  la 

(i)  ZeiCschri/l  fur  die  orgait,  Physik.  B.     Heft  l. 


CHOLËSTÉRINE. 

plus  grande  partie  de  la  cavité  du  bas-ventre.  Les  calices  étaient 
très  dilatés,  etle  tissu  rénal,  fongueux  et  semblable  à  celui  de  la 
rate,  offrait  un  grand  nombre  de  vésicules  séreuses  qui  avaient 
depuis  le  volume  d'un  grain  de  millet  jusqu'à  celui  d'un  pois. 
Les  uretères  étaient  à  l'état  normal;  la  vessie  était  peu  volumi- 
:  ueuse,  l'urèthre  était  libre.  Les  capsules  surrénales  étaient 
volumineuses. 

§  855.  Indépendamment  d'une  proportion  plus  ou  moins 
c  considérable  d*albumine,  l'humeur  des  kystes  simples  contient 
s  souvent  des  matières  colorantes  et  d'autres  élémens  organiques, 
l  Une  seule  fois,  j'ai  trouvé  de  la  cholestèrine  dans  un  kyste  situé 
c  dans  le  rein  gauche.  Chose  remarquable ,  une  semblable 
1  matière  était  déposée  dans  l'aorte  abdominale  près  de  sa  divi- 
>  sien  en  iliaques  primitives.  Voici  le  fait  : 

'  Obs.  YI.  —  Tumeur  contcnaot  de  la  cholestèrine  dans  le  rein  gauclie  ; 
nue  semblable  matière  développée  dans  la  cavité  de  l'aorte  près  de  sa 
division  eu  iliaques  primitives;  injcctiou,  ramollissement  et  teinte  jaune 
d'une  portion  de  l'hémisphère  gauche  du  cerveau  ;  paralysie  côté  droit 
du  corps. 

Marguerite  Speltz ,  âgée  de  66  ans ,  mariée ,  femme  de 
I  ménage,  entra  le  i5  mai  1817  à  l'hôpital  de  la  Charité,  et  fut 
t  couchée  au  n°  17  de  la  salle  Saint- Joseph. 

Depuis  un  an ,  elle  se  plaignait  d'éprouver  une  douleur 
1  habituelle  dans  l'épaule  droite.  Il  y  a  dix  jours  elle  fit  une 
chute  à  la  suite  de  laquelle  le  bras  droit  diminua  de  sensibilité. 
H  a  cinq  jours  elle  fit  une  deuxième  chute  et  resta  paralysée 
des  muscles  du  membre  thoracique  droit. 

Aujourd'hui  la  commissure  gauche  des  lèvres  est  tirée  et 
abaissée  du  même  côté;  la  langue  est  déviée  dans  le  même 
sens,  et  la  malade  ne  peut  la  tirer  hors  de  la  bouche.  Quel- 
quefois cependant  elle  la  porte  sur  les  lèvres  comme  pour  les 
humecter.  La  peau  des  membres  et  du  tronc  a  conservé  sa 
sensibilité.  Cependant  les  membres  inférieurs  sont  presque 
constamment  immobiles,  surtout  le  droit,  et  présentent  parfois 
une  aorte  de  contracture. 

Le  18  mai,  la  malade  peut  tirer  la  langue  un  peu  au-delà 


03^  KYSTES  SIMPLES  DES  REINS, 

de  la  lèvre  inférieure,  et  dans  ce  mouvement  la  pointe  se  porte 
sensiblement  à  droite  de  la  ligne  médiane ,  tandis  que  la  partie 
moyenne  et  latérale  en  paraît  comme  enflée. La  malade  n'éprouve 
de  douleur  dans  aucun  point  de  la  tête  ,  ni  de  la  colonne  ver- 
tébrale; elle  parle  plus  aisément  qu'hier;  la  vue  et  l'ouïe  sont 
bonnes.  Elle  remue  par  intervalle  le  membre  inférieur  gauche 
tandis  que  le  droit  reste  immobile  ;  elle  témoigne  une  grande 
sensibilité,  lorsqu'on  pince  la  peau  des  membres.  Ventre  plat  et 
sensible  à  la  pression,  decuLitus  supinus,  langue  pâle,  humide, 
légèrement  jaunâtre,  point  de  soif.  Toux  suivie  d'expectoration 
catarrhale.  La  partie  antérieure  et  supérieure  de  la  poitrine 
résonne  très  bien  à  la  percussion.  La  respiration  est  accompa- 
gnée ,  dans  tout  le  côté  gauche  de  la  poitrine  ,  d'un  ronchus 
crépitant  ;  elle  paraît  pure  à  droite  :  pouls  petit  et  irrégulier  ; 
contractions  du  cœur  assez  fortes  et  irrégulières,  plusieurs  im- 
pulsions inégales  suivies  d'un  instant  de  repos  {eau  gommée, 
deux  bouillons  ;  soupe). 

Le  20.  Peau  presque  froide ,  affaissement  de  la  face ,  dévoie- 
tnent  {mime prescription). 

Le  a  1 .  Eschare  au  sacrum;  la  peau  environnante  est  rouge  et  le 
aiègç  d'élevures  ou  de  taches  rouges  qui  paraissent  dues  à  l'in- 
flammation des  follicules. 

Le  23.  Râle  ;  mort  à  trois  heures  après  midi. 

Pendant  la  vie  on  n'a  pas  soupçonné  d'altération  des  reins. 
L^  malade  ne  témoignait  aucune  douleur  dans  ces  parties; 
l'affection  cérébrale  dont  elle  était  atteinte  ne  lui  permettait  pas 
de  donner  des  renseignemens  exacts  sur  son  état.  La  malade 
urinait  souvent  dans  son  lit,  et  l'urine  ne  fut  point  examinée. 
■  Autopsie  du  cadavre  le  lendemain  à  neuf  heures  du  matin, 
dix- huit  heures  après  la  mort. 

Têlc.  La  dure-mère  et  la  pie-mère  légèrement  injectées  à  la 
face  supérieure  du  cerveau.  La  partie  supérieure  de  l'hémis- 
phère gauche  offre  une  teinte  jaunâtre;  cette  altération  de  la 
couleur  de  la  substance  grise  ne  s'en  va  pas  par  le  lavage.  On 
la  retrouve  même  dans  la  substance  cérébrale,  après  en  avoir 
enlevé  une  légère  couche.  Cet  Iiémisphèi-e  est  injecté  au-dessus 
du  ventricule  latéral  gauche. 11  n'y  a  point  de  sérosité  dans  le  veu- 


CHOLESTiRlNE.  689 

I  Uricule  latéral  de  ce  côté,  La  substance  blanche  du  cerveau  est 
i  injectée,  rose  ou  marbréej  la  substance  grise  est  ramollie,  surtout 

à  la  partie  postérieure  du  lobe  postérieur ,  où  l'on  découvre 
.  un  petit  foyer  pui'ulent.  Le  corps  strié  gauche  est  jaunâtre  et 
L  très  ramolli.  La  face  supérieure  de  l'hémisphère  droit  est  saine; 
;  le  ventricule  latéral  du  même  côté  contient  environ  unfi  cuil-r 
i  lerée  de  sérosité.  La  partie  antérieure  du  corps  strié  droit 

offre  aussi  une  couleur  jaunâtre  et  une  diminution  de  con- 
i  sistance  j  à  son  extrémité  antérieure  on  remarque  une  petite 

II  masse,  du  volume  d'un  pois,  plus  jaunâtie  et  plus  solide  que 
u  le  tissu  situé  derrière  elle.  Du  reste,  les  substances  blanche  et 
«grise  de  cet  hémisphère  sont  saines,  et  la  protubérance  annu- 
i  laire  et  le  cervelet  n'offrent  aucune  altération. 

Appareil  digestif  et  appareil  nrinaire,  —  Le  pharynx  et  l'œ- 
3  aophage  sont  sains.  La  membrane  muqueuse  de  l'estomac, 
'  d'une  teinte  grisâtre ,  est  assez  résistante  et  plus  épaisse  que 
i  dans  l'état  sain.  L'estomac  ,  contracté,  présente  une  ancienne 
i  cicatrice,  d'où  irradient  un  grand  nombre  de  rides  de  la  raera- 
1  brane  muqueuse  :  ces  rides  se  dirigent  vers  un  centre  formé 
ipar  une  espèce  de  bride;  ce  qui  donne  à  leur  ensemble  un  as- 
I  pect  assez  .analogue  à  celui  de  quelques  cicatrices  qu'on  ob- 
ï  serve  à  la  peau,  à  la  suite  d'une  brûlure  profonde.  La  mera- 
i  brane  muqueuse  se  détache  facilement  de  la  membrane  cellu- 
.leuse,  excepté  dans  la  petite  surface  qui  correspond  à  cette 
1  cicalrice.  Le  foie  très  injecté  ;  la  rate  est  remarquable  par  sa 
I  couleur  fortement  noirâtre.  La  vésicule  biliaire  distendue  con- 
tient un  verre  de  bile.  Les  canaux  biliaires  n'offrent  rien  de 
I particulier;  les  intestins  sont  sains. 

Le  rein  gauche  est  atrophié  et  réduit  à  un  très  petit  volume. 
A  sa  partie  supérieure  existe  une  masse  enkystée,  du  volume 
d'une  -  grosse  noix ,  remplie  d'une  matière  j?une  et  molle  ,  re- 
couverte d'une  lame  micacée  ou  argentine  ,  et  que  M.  Cheval- 
lier (i)  reconnut  pour  êlre  de  la  cholestérine.  Ecrasée  entre 
les  doigts,  cette  substance  les  enduit  de  petites  lames  ana- 
logues à  celles  qui  forment  son  enveloppe  argentine. 


(1)  Journal  de  Chimie  médicale,  t.  viii,  p.  537. 


en 


e 


KYSTES  SIMPLES  DES  BElNs. 

Cette  tumeur  availenviron  un  pouce  de  long  sur  quatre  lignes 
de  large.  Ouverte,  il  s'en  échappa  un  liquide  clair,  d'une  odeur 
fétide,  mêlé  de  pelilus  paillettes  brillantes  analogues  au  blanc 
d'ablette.  Ce  liquide  fut  jeté  sur  un  filtre  pour  séparer  la 
matière  brillante,  qui  fut  ensuite  lavée  à  l'eau  distillée,  et  sé- 
chée.  Le  liquide  filtré  avait  une  saveur  fade;  il  bleuissait  assez 
fortement  le  papier  de  tournesol  rougi  ;  les  vapeurs  qui 
émanaient  noircissaient  le  papier  recouvert  d'acétate  de  plomb 
Ce  liquide  fut  introduit  dans  une  cornue  tubulée,  à  laquelh 
on  avait  adapté  une  allonge  et  un  ballon,  puis,  soumis  à  la 
distillation.  Au  moment  oii  il  allait  entrer  en  ébullition,  on 
s'aperçut  qu'une  partie  se  concrélait  et  donnait  lieu  à  la  for- 
mation de  flocons  volumineux.  L'opéiation  fut  airêtée  après 
une  demi-heure  d'ébuUilion.  Lorsque  l'appareil  fut  refroidi, 
on  le  démonta;  on  procéda  ensuite  à  l'examen  du  liquide  qui 
s'était  condensé  dans  le  ballon.  Ce  liquide  était  limpide,  in- 
colore; il  avait  une  odeur  hydro-sulfurée,  due  à  la  présence  de 
l'hydrosulfate  d'ammoniaque.  En  effet,  il  fut  divisé  en  deux 
portions  égales.  L'une  de  ces  portions,  traitée  par  la  potasse 
caustique,  donna  lieu  à  un  dégagement  d'ammoniaque  très 
abondant  (0;  l'autre  portion,  traitée  par  le  nitrate  d'argent, 
donna  naissance  à  un  précipité  noir,  de  sulfure  d'argent. 

Le  résidu  qui  était  dans  la  cornue  fut  jeté  sur  un  filtre  et 
séparé  en  deux  parties  ;  l'une,  solide,  resta  sur  le  filtre  ;  l'autre, 
liquide ,  passa  à  travers  les  parois  du  papier.  La  partie  solide 
nous  présenta  tous  les  caractères  de  l'albumine  concrétée  par 
la  chaleur;  elle  retenait  une  petite  quantité  de  matièi'e  grasse, 
que  nous  séparâmes  à  l'aide  de  l'alcool,  à  ^o",  bouillant.  Cette 
matière  grasse  était  en  trop  petite  quantité  pour  que  nous  ayons 
pu  la  soumettre  à  un  examen  chimique. 

La  liqueur  dont  on  avait  séparé  l'albumine,  soumise  à  l'é- 
vaporation  à  une  douce  chaleur,  dans  une  capsule  de  verre, 
laisse  un  extrait  d'un  jaune-rougeâtre,  d'une  odeur  fade,  d'un 


(i)  L'ammoniaque  se  trouvait  en  excès  dans  ce  liquide,  qui  bleuissait  for- 
tement et  promptement  le  papier  de  tournesol  rougi  par  un  acide. 


î 


CHOLESTKRINE.  S/jl 

goût  assez  agréable.  Amenée  à  l'état  sec  et  traitée  par  l'al- 
cool, on  obtint  une  solution  qui  contenait  de  l'osmazome 
mêlé  à  des  traces  de  muriate  de  soude. 

La  partie  du  résidu  qui  n'avait  pas  été  dissoute  par  l'alcool, 
/ut  traitée  par  l'eau  distillée  :  le  liquide  qui  en  provenait  fut 
divisé  en  deux  parties.  L'une  a  été  examinée  par  les  réac- 
tifs, qui  ont  démontré  qu'elle  contenait  de  l'hydrochlorate,  du 
i  phosphate  et  du  sulfate  de  soude,  enfin,  des  traces  d'un  sel 
à  base  de  potasse;  l'autre  a  été  évaporée  àsiccité;  elle  a  brûlé 
;  en  donnant  des  produits  analogues  à  ceux  qui  proviennent 
,  des  matières  animales,  en  laissant  pour  résidu  des  cendres  qui 
(  contenaient,  outre  les  sels  que  nous  avons  indiqués  plus  haut, 
1  une  petite  quantité  de  sous-carbonale  de  soude;  enfin,  des  traces 
(  d'oxide  de  fer. 

La  matière  nacrée,  brillante,  qui  avait  été  recueillie  sur  un 
:  filtre  et  lavée  à  l'eau  distillée,  formait  une  feuille  argentée, 
I  plissée  comme  le  filtre.  Celte  matière,  que  nous  regardions  (à 
>  cause  dé  son  aspect)  comme  étant  de  la  cholestérine ,  fut  di- 
'  visée  en  plusieurs  portions  et  soumise  à  diverses  expériences, 
i  Elle  présentait  les  caractères  suivans:  elle  se  fondait  à  une 
I  température  de  r36<>;  abandonnée  à  elle-même  après  avoir  été 
1  fondue  ,  elle  cristallisait  par  le  refroidissement;  les  cristaux 
I  formaient  des  rayons  qui ,  parlant  du  centre  et  s'élargissant 
'  vers  la  circonférence ,  ne  faisaient  éprouver  aucun  change- 
I  ment  au  papier  de  tournesol  rouge  et  bleu.  Elle  était  inso- 
i  lubie  dans  l'eau,  soluble  dans  l'aicool  et  dans  l'élher,  non 
'  altérée  parles  alcalis  :  traitée  par  l'acide  nitrique,  elle  s'est  con- 
vertie en  acide  cholestérique.  Cet  acide,  combiné  à  la  potasse, 
précipitait  la  chaux  et  la  baryte  en  jaune  orangé. 

La  matière  nacrée  provenant  des  petites  tumeurs  qui  exis- 
taient-dans l'aorte,  traitée  de  la  même  manière,  a  été  aussi  re- 
connue pour  êlre  de  la  choleslérine. 

De  ces  faits  il  résulte  que  la  tumeur  contenait,  i°  de  l'hydro- 
sulfate  d'ammoniaque;  a°  de  l'albumine  ;  3°  une  petite  quan- 
tité de  matière  grasse;  4°  de  l'osmazome;  5°  divers  sels,  des 
hydrochlorate,  phosphate  et  sulfate  de  soude;  6°  du  carbonate 
de  soude,  provenant  sans  doute  de  la  décomposition  de  quel- 


542  KYSTES  SIMPLES  DES  REINS. 

ques  sels  de  soude  formés  avec  un  acide  susceptible  de  se  dé- 
composer par  la  chaleur  5  70  des  traces  d'oxyde  de  fer;  8°  enfin 
de  la  cholestérine. 

A  la  partie  inférieure  du  même  rein ,  existe  un  kyste  rempli 
de  sérosité  et  d'un  volume  presque  égal  au  précédent.  L'uretère 
est  sain.  Le  rein  droit  est  sain.  La  vessie  et  ses  dépendances 
étaient  rouges. 

Appareil  respiratoire.  Le  lobe  inférieur  du  poumon  gauche 
offrait  les  traces  non  équivoques  d'une  pneumonie  caractérisée 
par  de  la  rougeur  et  de  l'hépatisation;  dans  le  reste  de  son 
étendae,  son  tissu  était  grisâtre  et  parsemé  d'un  grand  nombre 
de  tubercules.  Le  poumon  droit  était  crépitant;  incisé  posté- 
rieurement, il  laissait  écouler  une  grande  quantité  de  sérosité 
sanguinolente. 

Appareil  circulatoire.  Le  tissu  du  cœur  était  un  peu  plus 
mou  qu'à  l'ordinaire.  L'aorle,  saine  dans  sa  poi-tion  thoracique, 
présente,  vers  sa  division  en  iliaque,  une  altération  d'autant  plus 
remarquable  qu'elle  cstdemême  nature  que  celle  durein  gauche. 
En  effet,  un  peu  au-dessus  de  sa  division  en  iliaques  primitives, 
l'aorle  offrait  intérieurement  plusieurs  petites  tumeurs  toutes  de 
même  nature,  dont  le  volume  variait  entre  celui  d'un  grain 
de  moutarde  et  celui  d'un  haricot.  Ces  petites  tumeurs,  sail- 
lantes dans  la  cavité  de  l'aorte,  étaient  développées  au-dessous 
de  sa  membrane  interne.  Celle-ci ,  d'un  rouge  uniforme,  avait 
presque  un  tiers  de  ligne  d'épaisseur.  La  matière  qui  était  dé- 
posée au  dessous  de  celte  membrane,  était  formée,  en  grande 
partie,  de  petites  lamelles  blanches,  brillantes,  micacées 
comme  du  borax,  enveloppées  d'une  petite  quantité  de  matière 
jaune,  molle  et  douce  au  toucher.  M.  Chevallier,  à  qui  j'avais 
remis  celte  matière  pour  qu'il  en  fît  l'analyse,  a  reconnu  que 
ces  lamelles  micacées  n'étaient  autre  chose  que  de  la  cholesté- 
rine. La  membrane  moyenne  de  l'aorle  était  imprégnée  de  la 
malièi'e  jaune  qu'on  voit  souvent  déposée  à  sa  surface  ou  entre 
ses  fibres  chez  les  vieillards.  Au-dessous  de  quelques-unes  de 
ces  petites  tumeurs,  existait  aussi  de  petites  plaques  ossi- 
formes  et  lamelleuses. 

%  856.  Aucun  symptôme,  pendant  la  vie  de  la  malade,  n'a 


CHOLÉSTÉRINE.  54'3 

j  annoncé  la  présence  de  la  tumeur  rénale  ;  les  urines  étaient 
t  excrétées  comme  dans  l'état  sain ,  et  le  malade  n'accusait  au- 
c  cùrie  douleur  dans  la  région  des  reins. 

Dans  ce  cas,  pendant  la  vie  et  après  la  mort,  on  n'a  pas 
eu  la  pensée  de  rechercter  la  cliolestérine  dans  l'urine  ;  on 
l'y  rencontrera  très  probablement ,  toutes  les  fois  que  les 
'  kystes  remplis  de  cliolestérine  viendront  à  s'ouvrir  dans  le 
bassinet,  ou  lorsque  la  cliolestérine  sera  accidentellement  dé- 
posée dans  l'infundibulura  ou  dans  les  calices  dilatés. 

5  857.  M.  Christison  (i)  a  publié  un  cas  non  moins  inté- 
ressant ,  qui  lui  a  été  communiqué  par  le  docteur  Home  : 

John  Johnson,  âgé  de  38  ans,  tisserand,  fut  reçu  à  l'hospice, 
le  i6  mars  i8a8.  Il  avait  un  œdème  considérable  aux  membres 
f  èt  au  scrotum  ;  un  peu  d'enflure  ,  de  lourdeur  et  de  fluctuation 
(•  dans  l'abdomen  ;  de  la  sensibilité  à  la  région  épigastrique;  de 
la  toux  et  beaucoup  de  difficulté  à  respirer  dans  la  position 
!  horizontale.  Le  pouls  était  à  96  et  petit  ;  la  chaleur  à  96  Fali- 
!  renheit,  la  peau  sèche,  la  langue  rouge;  constipation  ,  urines 
saines.  La  maladie  de  J.  avait  commencé,  à  la  fin  du  mois  de 
t  décembre  précédent,  oii  il  avait  travaillé  dans  un  endroit  hu- 
;  mide,  par  tin  œdème,  qui,  après  avoir  disparu,  revint  avec 
1  des  frissons  à  la  fin  de  janvier.  Cet  homme  avait  eu  une  sem- 
I  Wablc  attaque  seize  ans  auparavant ,  eu  Espagne ,  après  avoir 
•  été  guéri  de  la  fièvre  intermittente.  Sa  maladie  de  poitrine 
I  datait  aussi  de  quelques  années.  On  le  traita  par  des  purgatifs 
j  répétés  et  par  la  crème  de  tartre  administrée  comme  diuré- 
I  tique.  Depuis  son  entrée  à  l'hôpital  jusqu'au  21  mars,  il  n'y 
t  etit  pas  de  changement.  L'urine  ne  dépassa  jamais  24  onces. 
1  Le  21,  on  s'assura  qu'elle  donnait  un  coagulum  par  la  cha- 
I  i«ur  et  par  l'acide  muriatique.  Le  3o,  l'enflure  avait  un  peu 
<■  augmenté.  Ce  jour-là  il  eut  des  nausées  et  des  vomissemens 
I  qui  se  renouvelèrent  souvent.  Le  pouls  devint  plus  fréquent. 
I  Les  cuisses  s'excorièrent,  et  une  rougeur  érythémateuse  s'é- 
I  tendit  aux  fesses.  L'œdème  continua  à  augmenter  ;  la  faiblesse 
!  fit  des  progrès,  et  le  malade  mourut  le  4  mai-au  matin. 

(i)  Edinb.med.and  siirg, journal,  t.  xxxu,  p.  278. 


544  KYSTUS  SIMPLES  DES  REINS. 

Autopsie  du  cadavre.  Les  intestins  étaient  très  distendus, 
et  la  surfil  ce  en  était  plus  blanche  qu'elle  ne  l'est  ordinairement. 
Entre  leurs  circonvolutions,  il  y  avait  des  collections  de  matière 
purulente.  Dans  la  région  des  reins,  il  y  avait  aussi  du  pus, 
par  places.  On  retira  six  livres  de  matière  séro-purulente  de 
la  cavité  abdominale.  Le  mésentère  et  le  péritoine  qui  recou- 
vrent les  circonvolutions  intestinales  inférieures,  étaient  ex- 
traordinairement  injectés,  dans  leur  portion  déclive.  La  mem- 
brane péritonéale  du  foie  était  enduite,  par  places,  d'une  ma- 
tière purulente.  La  substance  du  foie  était  dure  et  très  mame- 
lonnée. Le  foie  adhéraità  tous  les  organes  adjacens,  àl'estomac, 
au  diaphragme,  à  l'épiploon  ,  au  duodénum  ,  au  colon  descen- 
dant et  particulièrement  h  une  large  tumeur  très  solide  qui  fut 
reconnue  pour  le  rein  droit,  très  altéré.  Celte  glande  était 
convertie  en  un  large  kyste  encrovité  d'une  couche  mince  de 
substance  osseuse,  et  entrecoupé  intérieurement  de  petites 
cloisons  de  même  nature.  Le  contenu  de  ce  kyste  était  un  fluide 
séreux ,  trouble ,  dans  lequel  nageaient  une  grande  qnantité  de 
flocons  argentés.  J'examinai  avec  soin  ces  flocons  après  les 
avoir  lavés  :  ils  étaient  d'un  blanc  pur  et  brillant  comme  du 
blanc  de  baleine;  solubles  dans  l'alcool  bouillant  et  se  cristal- 
lisant par  le  refroidissement  ;  insolubles  dans  une  solution 
bouillanle  de  potasse  caustique,  etfusibies  à  une  tempéra,ture un 
peu  plus  élevée  que  celle  de  l'eau  bouillante.  C'était  donc 
de  la  cholestérine  pure.  L'artère  rénafe  droite  élSit  pres- 
que oblitérée.  Le  rein  gauche  était  très  dilaté,  etfle  tissu  en 
était  plus  mou  et  plus  pâle  qu',à  l'état  sain.  Lç  bassinet  oflrait 
çà  et  là  des  plaques  de  chalestérine.  L'uretère  «tait  plus  large 
qu'à  l'ordinaire. 

Les  poumons  étaient  engoués  à  leur.partie  ^stcrieure,  et  un 
peu  emphysémateux  à  lew  surface  ^nferieui^.  Les  parois  du 
cœur  étaient  épaissies.  Il  y. avait,  dans- le  péricarde  et  dans 
les  plèvres,  une  petite  quantité  de  sérosité.  La  iête  ne  fcit  pas 
examinée. 


KYSTES  ACÉPHALOCYSÏIQOIÎS   DliS  REINS.  5^5 


Kystes  acephalocystiques  des  reins. 

§  858.  Les  kystes  acephalocystiques  des  reins  sont  des 
poches  développées  dans  l'épaisseur  de  ces  organes,  ordinai- 
i  cmeut  tapissées  intérieurement  par  vine  matière  jaunâtre ,  et 
qui  contiennent  une  ou  plusieurs  vessies,  libres  non  adhé- 
rentes ,  à  parois  blanches,  semi- transparentes,  élastiques, 
tremblantes  sous  le  doigt,  et  remplies  d'un  liquide  clair  et 
lénu.  ■ 

Cette  altération  des  reins,  très  rare  chez  l'homme,  est  assez 
commune  chez  d'autres  animaux,  surtout  chez  le  mouton. 

§  SSg.  Chez  l'homme,  ordinairement  un  des  reins  est  seul 
aft'ecté;  dansla  cavité  dukyste,  les  acéphalocystes  sonlpresque 
toujours  multiples  {accphalocystis  socialis  vel  proliféra).  Dans 
les  kystes  des  reins  du  mouton,  les  acéphalocystes  sont  presque 
toujours  solitaires. 

Lorsque  les  kystes  acéphalocystiques  des  reins  ont  acquis , 
chez  l'homme,  un  développement  considérable  (et  c'est  presque 
toujours  dans  cet  état  qu'ils  ont  été  observés) ,  ils  donnent  lieu 
i  un  gonflement  partiel  ou  général  du  rein  ,  qui ,  pendant  la 
vie, peut  être  reconnu  par  le  palper  et  la  percussion  (Atlas.  Pl. 
YXIX  ,  fig.  i). 

La  pirtie  du  rein  occupée  par  un  kyste  acéphalocyslique  vo- 
umineux,  prend'  quelquefois  une  teinte  jaunâtre-chamois. 
Souvent  a^rs  les  ftieraT)ranes  çxtérieures  des  reins  sont  for- 
ement'injoetéesyet  le  bassinet. est  confondu  et  réuni  avec  la 
umeur  par  de  .  fausses  membranes  organisées ,  parcourues 
l'un'^rand  nombre  de  vaisseaux  (A.TLAS.  Pl.  xxix,  fig.  t).  A  la 
',oupe,  on  voit  oftinaicement  dantf^  poche  rénale  les  disposi- 
ions  suivantes,  prodfedant  de  l'extérieur  à  l'intérieur  :  Elle  est 
ormée  par  les  substances  rénales  atrophiées  et  anémiques, 
/isibles  et  distinctes  encore  dans  quçlques  points,  et,  en  quel- 
les autres,  réduites  à  unesimple  trame  celluleuse,  infiltrée  çà 
;l  là  d'une  matière  jaunâtre  accideclelle,  et  formant  une  sorte 
le  membrane  grisâtre  à  l'extérieur,  et  jaunâtre  à  la  coupe; 
par  un  véritable  kyste,  à  parois  fermes  et  fibreuses, 
"I.  35 


546     KYSTES  ACÉPHALOCYSTIQUES  DJES  REINS. 

dont  la  surface  interne,  un  peu  inégale  et  jaunâtre,  offre,  par 
places,  des  brides  celluleuses  plus  denses  que  les  parois,  avec 
des  enfoncemeus  ,  les  uns  larges  et  profonds ,  les  autres  plus 
petits  et  digitiforines. 

En  contact  avec  celte  surface ,  mais  sans  aucune  adhérence 
avec  elle,  on  trouve  (lorsqu'il  ne  s'est  opéré  aucun  travail  dé- 
sorganisateur  dans  l'intérieur  du  kyste),  une  grande  poche 
molle  et  membraneuse,  dont  les  parois  sont  formées  d'une 
substance  particulière,  diaphane,  semblable  à  du  blanc  d'œuf 
médiocrement  cuit,  ou  mieux  à  du  blanc  d'œuf  coagulé  par 
la  potasse  caustique.  Cette  substance  très  élastique  peut  s'al- 
longer jusqu'à  un  certain  point  sans  se  rompre,  et  alors,  aban- 
donnée à  elle-même,  elle  offre  un  tremblotement  remarquable. 
Quelquefois  légèremenljaunâlre,cettemalière  est  ordinairement 
blanchâtre,  avec  une  teinte  bleue  légère;  mais,  quelle  qu'en 
soit  la  couleur  à  la  lumière  réûéchie,  cette  matière  est  constam- 
ment d'une  belle  couleur  jaune  cilron,  à  la  lumière  réfractée. 
Cette  poche  membraneuse  {.acèphalocysle-mère,  de  quelques  au- 
teurs) peut  être  séparée  en  plusieurs  lames,  comme  si  elle  était 
composée  de  couches  superposées. 

Parfois ,  à  la  surface  interne  de  cette  poche,  on  observe  de 
petites  granulations  {gemmules)  d'un  blanc  laiteux ,  opaques , 
plus  résistantes  que  la  membrane  elle-même,  et  qui  ont  été 
considérées  comme  les  germes  de  nouvelles  acéphalocystes. 

Dans  l'intérieur  de  Y hydatide-mère  ,  on  en  trouve  ordinai- 
rement un  grand  nombre  d'autres,  dont  plusieurs  ressemblent 
assez  bien ,  pour  la  forme  et  le  volume ,  à  des  grains  de  raisin 
blanc  (Atlas.  Pl.  xxvni ,  fig.  a) ,  et  qui  nagent  au  milieu  d'un 
liquide  transparent  et  incolore. 

Le  liquide  qui  remplit  les  petites  acéphalocystes,  est  de  même 
nature  que  celui  que  contient  la  grande,  et  n'offre  également 
que  des  traces  d'albumine  et  quelques  sels.  Les  parois  de  ces 
petites  acéphalocystes  sont  formées  d'une  couche,  moins 
épaisse,  de  la  même  substance  dont  est  formée  l'acéphalocyste- 
mère.  Les  petites  hydatides  peuvent  offrir  également,  à  leur 
surface  interne ,  des  espèces  de  granulations  (Atl  as.  Pl.  xxxviii, 
fis-  4). 


KYSTES  ACÉPHALOCYSTIQUES  DES  REINS.  547 

Tout  porte  à  penser  que  la  matière  des  acéphalocystes  est  de 
l'albumine  coagulée  et  dans  un  état  particulier. 

Par  suite  de  leur  progrès  ou  par  des  causes  accidentelles, 
les  kjsles  acéplialocystiques  des  reins  de  l'homme  peuvent  s'en- 
flammer et  éprouver  diverses  altérations  dans  leurs  parois  et 
leur  contenu.  Ainsi,  parfois,  les  acéphalocystes  ne  sont  plus 
resafermées  dans  une  poche  unique ,  on  trouve,  contre  les  pa- 
1  ois  du  kyste,  des  lambeaux  jaunâtres,  des  espèces  de  débris 
de  la  poche  hydaliq^ue-mcre  le  kyste  est  tapissé  par  une  m^-« 
lière  jaune  particulièi-e ,  plusieurs  de  ces  petites  acéphalocys- 
tes sont  comme  flétries,  ridées,  et  généralement  opaques  et  jau- 
nâtres. Le  liquide  dans  lequel  nagent  les  hydatides  ,  au  lieu 
d'être  ténu  et  transparent,  est  le  plus  souvent  trouble,  d'appa- 
rence laiteuse  ou  purulente. 

Les  kystes  acéphalocystiques  des  reins  peuvent  rester  long- 
temps isolés  et  sans  communication  avec  les  conduits  sécré- 
teurs de  l'urine  ou  avec  d'autres  organes  voisins.  Toutefois  ,  le 
plus  ordinairement,  ces  kystes,  au  bout  d'un  certain  temps, 
contractent  adhérence  avec  les  parois  du  bassinet,  et  s'ou- 
vrent dans  sa  cavité  par  une  ou  plusieurs  ouvertures  (Ati.as. 
Pl.  XXXIX,  fig.  i).  Alors  les  plus  petites  hydatides  ou  les  débris 
des  plus  grandes  et  une  certaine  quantité  de  l'humeur  séreuse 
ou  séro-purulente  du  kyste,  sont  rendus  avec  l'urine.  L'ex- 
pulsion des  hydatides  n'a  jamais  lieu  sans  quelque  accident; 
il  survient  de  la  douleur  dans  la  région  rénale,  et  parfois  une 
rétention  d'urine,  occasionée  par  l'obstruction  du  bassinet  de 
l'uretère  ou  de  l'urèthre,  dans  lesquels  un  ou  plusieurs  de  ces 
corps  étrangers  se  sont  arrêtés.  Les  rétentions  d'urine,  passa- 
gères et  répétées,  ou  plus  ou  moins  continues,  finissent  par 
amener  la  dilatation  de  i'uretere  et  du  bassinet,  l'affaissement 
des  mamelons,  etc.  (Atlas.  Pl.  xxix,  fig.  i.) 

Enfin  ou  observe  quelquefois  chez  l'homme  (mais  ce  cas  est 
extrêmement  rare),  une  sorte  de  retrait  ou  d'atrophie  des  kystes 
mêmes ,  la  poche  hydalique  est  alors  très  irrcgnlière  dans  son 
contour,  el  n'a  plus  qu'un  petit  volume.  A  la  section  de  cette 
poche  il  ne  s'échappe  ni  sérosité,  ni  acéphalocyste.  L'inté- 
rieur du  kyste  est  rempli  de  deux  matières  solides ,  mélangées 

35. 


KYSTES   AClîPHALOCYSTIQUKS  UKS  RKINS. 

t-t  confondues  :  l'une  ,  jaunâtre,  analogue  à  celle  qu'on  trouve 
dans  certains  kystes  acéphalocystiques  peu  altérés,-  l'autre, 
formée  de  petits  lambeaux  jaunâtres  ou  verdâtres,  d'appa- 
parence  membraneuse  et  qui  sont  évidemment  des  débris  d'a- 
céphalocystes.  Les  parois  du  kyste  et  la  substance  rénale  voi- 
sine ,  devenue  d'une  teinte  grisâtre,  présentent  quelquefois  de 
petites  incrustations  salines,  dures  et  comme  plâtreuses. 

Les  kystes  acéphalocystiques  sont  très  communs  dans  les 
reins  du  mouton.  Ces  kystes  ne  contiennent  ordinairement 
qu'une  seule  acéphalocyste.  Dans  le  point  affecté,  la  surface  du 
rein  offre  un  gonflement  de  couleur  chamois ,  variable  pour 
la  forme  et  la  dimension,  ordinairement  arrondi,  et  qui  pré- 
sente plus  rarement  une  sorte  d'appendice  en  forme  de  queue 
(Atlas.  Pl.  xxix,  fig.  3);  comme  chez  l'homme,  les  parois  de 
cette  poche  sont  formées  par  la  substance  rénale  plus  ou  moins 
atrophiée  et  par  un  véritable  kyste.  La  surface  interne  du 
kyste,  jaunâtre  et  inégale  (Atlas.  Pl.  xxx ,  fig.  i  et  2),  est  or- 
dinairement sillonnée  par  des  rides  ou  des  brides  assez  mar- 
quées, qui  donnent  à  l'intérieur  de  cette  poche  un  aspect 
multiloculaire ,  quoiqu'elle  ne  contienne  jamais  qu'une  seule 
hydatide.  L'hydatide  offre  elle-même  des  gonflemens  et  des 
rétrécissemens  qui  correspondent  à  ceux  du  kyste.  Cette  hyda- 
tide a  l'apparence  et  tous  les  caractères  physiques  et  chimiques 
des  acéphalocysles,  et  le  liquide  qui  la  remplit  est  limpide 
et  incolore. 

Au  bout  d'un  certain  temps,  ces  kystes  hyda tiques  subissent 
des  changemens  notables  dans  leur  conformation  et  leur  struc- 
ture :  la  plus  simple  de  ces  modifications  est  une  diminution 
sensible  dans  leur  volume ,  reconnaissable  à  l'aspect  ridé  de 
leurs  parois,  et  à  l'absence  d'un  liquide  séreux  dans  leur  ca- 
vité. Ces  kystes  se  présentent  alors  sous  la  forme  d'une  petite 
masse  plus  ou  moins  arrondie,  jaune  et  molle,  pouvant  être 
pétrie  entre  les  doigts,  et  qui  offre  à  la  coupe  des  pellicules 
hyda  tiques  eutorlillées  dans  la  matière  jaunâtre  propre  à  ces 
productions. 

Souvent  aussi,  en  même  temps  que  l'inlérieur  de  ces  poches 
se  dessèc]ie,elles  s'cncrovi  tent  d'une  matièrocrétacée,  blanchâtre 


KYSTES  ACÉPHALOCYSTIQUES  DES  REINS.  549 

qui,  le  plus  souvent,  est  déposée  en  grains  ou  en  petits  ma- 
melons à  leur  surface,  mais  qui  parfois  s'infiltre  clans  toute 
l'épaisseur  de  leurs  parois.  Alors  ces  tumeurs  sont  blanchâtres, 
bosselées ,  fermes  sous  le  doigt ,  et  peuvent  s'énucléer  ou  être 
détachées  du  rein  sans  être  écrasées  (Atlas.  Pl.  xxx,  fig.  5), 
A  la  coupe ,  on  voit  que  la  matière  crétacée  a  aussi  envahi  la 
place  qu'occupaient  les  acéphalocystes ,  qui  sont  flétries  et  re- 
venues sur  elles-mêmes. 

Les  kystes  acéphalocystiques  des  reins  du  mouton  peuvent 
offrir,  au  lieu  de  cette  incrustation  crétacée  (consécutive  à  leur 
atrophie  par  absorption),  de  véritables  points  osseux,  jau- 
nâtres, bien  distincts,  par  leur  couleur  et  leur  aspect,  de  la 
substance  crétacée  avec  laquelle  ils  sont  ordinairement  mé- 
langés. J'ai  fait  représenter  (Atlas.  Pl.  xxx,  fig.  6)  un  exemple 
remarquable  de  ces  dépôts  osseux  et  crétacés  dans  un  kyste 
acéphalocyslique,  hérissé  d'aspérités  piquantes  et  très  dures, 
et  qui  s'était  développé  à  la  partie  supérieure  d'un  rein  de 
mouton. 

Chez  le  mouton,  une  véritable  inflammation  chronique  peut 
s'emparer  de  la  partie  du  rein  occupée  par  un  kyste  acéphalo- 
cystique.  Dans  de  semblables  cas,  j'ai  plusieurs  fois  observé 
une  disposition  que  je  n'ai  jamais  vue  sur  les  reins  d'homme. 
La  poche  acéphalocystique,  plus  ou  moins  altérée,  s'ouvrait 
à  la  surface  du  rein  par  une  ou  plusieurs  ouvertures  ^  le  plus 
ordinairement  d'une  très  petite  dimension.  On  voyait  alors, 
à  la  surface  du  rein ,  et  le  plus  souvent  au-dessous  de  sa  mem- 
brane fibreuse,  des  bosselures  plus  ou  moins  considérables 
formées  par  le  dépôt  d'une  matière  comme  athéromateuse,  ou 
par  un  mélange  de  pus  et  de  détritus  d'acéphalocystes.  La 
poche  acéphalocystique,  revenue  sur  elle-même,  contenait 
une  quantité  plus  ou  moins  considérable  de  la  même  matière. 
Le  lissu  cellulaire  du  rein,  dans  la  partie  correspondante, 
était  notablement  gonflé  et  d'une  consistance  comm«  squir- 
rheuse.  J'ai  fait  représenter  (Atlas.  Pl.  xxx,  fig.  ?)  un  exemple 
très  remarquable  de  cette  dégénérescence  inflammatoire  d'un 
kyste  acéphalocystique  ;  toute  la  partie  supérieure  du  rein 
était  grisâtre  et  d'une  consistance  lardacée;  la  substance  cor- 


55o     KYSTES  AC]3PnAL0CYSTTQUES  DES  IIEINS. 
licale,  perforée  en  plusieurs  points,  laissait  suinter  une  ma- 
tière jaunâtre  dans  laquelle  on  voyait  encore  des  traces  de 
membranes  liydatiques,  et,  dans  quelques  points,  il  y  avait 
de  petits  dépôts  de  matière  crétacée. 

Lorsque  l'altération  est  plus  ancienne,  la  matière  contenue 
dans  la  tumeur  est  plus  jaune  et  a  la  couleur  du  miel,  mais 
elle  est  plus  consistante  ;  quelquefois  alors  on  ne  trouve  plus 
de  traces  de  membrane  hydatique  (Atlas.  PI.  xxix,  fig.  5). 

Je  n'ai  jamais  vu  les  kystes  acéphalocystiques  <ies  reins  de 
mouton  s'ouvrir  dans  la  cavité  du  bassinet,  comme  cela  a  lieu 
assez  fréquemment  chez  l'homme. 

Les  kystes  acéphalocystiques  du  cochon  contiennent,  comme 
ceux  de  l'homme,  plusieurs  hydatides;  ils  en  diffèrent  seule- 
ment en  ce  qu'ils  sont  presque  toujours  bosselés  (Atlas.  Pl.  xxx, 
fig.  8).  Les  bosselures  et  les  dépressions  correspondent  à  des 
dilatations  et  à  des  contractions  du  kyste  qui  embrasse  exac- 
tement les  hydatides  (Atlas.  Pl.  xxx,  fig-  9). 

Les  kystes  acéphalocystiques  du  l'ein  de  bœ7tf  n'offrent  point 
de  particularités  remarquables;  ils  sont  beaucoup  plus  rares 
que  ceux  du  mouton  ou  du  cochon.  J'ai  vu  plusieurs  de  ces 
kystes  acéphalocystiques  qui  avaient,  à  la  surface  du  rein,  la 
forme  d'un  bouton  jaunâtre  et  moU,  dans  l'intérieur  desquels 
on  apercevait  des  lignes  grisâtres  disposées  en  zig-zag,  enche- 
vêtrées les  unes  dans  les  autres,  et  enveloppées  d'une  matière 
jaune;  ces  lignes  n'étaient  autre  chose  que  des  membianes 
d'hydatides,  vidées,  aplaties,  flétries  el  notablement  dimi- 
uuées  d'épaisseur. 

^  860.  Symptômes.  —  Il  faut  distinguer  deux  périodes  dans 
l'histoire  des  kystes  acèphalocystiqties,  lorsqu'on  veut  exposer 
les  accidens  qu'ils  peuvent  occasionei  .  En  eflet,  les  symptômes 
de  cette  maladie  sont  bien  difféi  ens  suivant  que  ces  kystes  sont 
plus  ou  moins  volumineux,  mais  intacts,  ou  bien  ouverts  dans 
le  bassinet  et  les  calices  ou  à  l'extérieur  aux  régions  lombaires. 

Les  kystes  acéphalocystiques  intacts  n'occasionnent  ordinai- 
rement d'autre  accident,  d'autre  gêne  que  celle  qui  résulte  de 
ieur  volume  plus  ou  moins  considérable.  La  tumeur  qu'ils  j 
forment  a  beaucoup  d'analogie  avec  celles  qui  apparaissent 


KYSTES  ACl^PHALOCYSTIQUES  DES  REINS.     55 1 

dans  la  région  rénale  à  la  suite  de  la  pyélite  chronique  ou 
d'une  hydro-néphrose.  Mais  il  est  un  pliénomène  qui,  dans 
certains  cas ,  peut  faire  reconnaître  la  présence  des  liyda- 
tides ,  c'est  le  frémissement  particulier,  l'espèce  d'ondulation 
qu'elles  font  percevoir  au  doigt  appliqué  à  la  surface  de  la 
tumeur  qui  les  contient,  lorsqu'on  la  percute  avec  les  doigts 
de  l'autre  main. 

Lorsque  le  kyste  qui  contient  les  acéphalocystes  s'est  perforé 
sur  un  ou  plusieurs  points  dans  le  hassinet  oti  les  calices  ^  un 
signe  plus  positif  peut  faire  reconnaître  la  présence  de  ces  vers: 
je  veux  parler  de  l'expulsion,  avec  l'urine,  d'une  ou  de  plu- 
sieurs de  ces  hydatides  ou  de  fragmens  plus  ou  moins  considé- 
rable de  ces  vers. 

Lorsqu'une  ou  plusieurs  acéphalocystes  passent  du  bas- 
sinet dans  l'uretère,  elles  peuvent  obstruer  ce  conduit  au 
moins  momentanément ,  déterminer  des  douleurs  rénales  et 
d'autres  symptômes  communs  aux  corps  étrangers  engagés 
dans  les  uretères,  savoir  des  hoqiiets,  des  nausées,  des  vomis- 
semens,  de  l'ischurie,  une  rétention  d'urine,  des  coliques 
néphrétiques ,  et  parfois  des  douleurs  vives  dans  la  vessie 
ou  dans  l'urèthre  lorsqu'elles  sont  rendues  avec  l'urine,  expul- 
sion qui  est  suivie  d'un  grand  soulagement. 

Lorsqu'une  ou  plusieurs  acéphalocystes  ont  été  rendues  avec 
l'urine,  et  qu'il  survient  de  nouvelles  douleurs,  soit  dans  les 
régions  rénales,  soit  dans  le  trajet  des  uretères,  il  est  à  présu- 
mer que  de  nouvelles  acéphaloftyHes  seront  expulsées  au  de- 
hors, ou  bien  que  d'autres  corps  étrangers,  tels  que  des  caillots 
fibrineux  ou  des  calculs  seront  évacués  avec  l'urine. 

On  a  vu,  mais  plus  rarement,  les  kystes  acéphalocystiques 
des  reins  ou  au  moins  des  kystes  acéphalocystiques  développés 
dans  les  régions  rénales  s'enflammer  et  s'ouvrir  par  une  fistule 
aux  lombes. 

§  86 1.  L'origine  des  kystes  acéphalocystiques  des  reins  ckez 
l'homme  est  fort  obscure.  Plusieurs  fois  ils  ont  paru  se  déve- 
lopper à  la  suite  de  chutes  ou  de  contusions  sur  les  lombes. 
Chez  les  animaux,  et  notamment  chez  les  moulons,  les  acépha- 
locystes des  reins  sont  évidemment  liées  à  un  état  particulier 


55-2     KYSTIiS  ACÉPHALOCYSTIQUES  UES  REINS. 

de  la  nutrition  et  sont  plus  fréquentes  après  les  saisons  froides 
et  pluvieuses  qu'à  toute  autre  époque  de  l'année. 

§  862.  Dans  leur  premier  étal,  c'est-à-dire  lorsqu'ils  ne  se 
sont  point  ouverts  dans  les  conduits  excréteurs  de  l'urine,  dans 
l'intestin  ou  aux  lombes,  les  kystes  acéphalocystiques  des  reins, 
parfois  reconnaissables  au  toucher  et  à  la  percussion,  ne  peu- 
vent toujours  être  facilement  distingués  des  kystes  acéphalocys- 
tiques du  foie.  Il  est  à  remarquer  cependant  que  ces  derniers 
sont  le  plus  ordinairement  situés  plus  en  a  vant^et  qu'ils  sont  plus 
évidemment  continus  avec  le  bord  tranchant  du  foie,-  toutefois, 
les  kystes  acéphalocystiques  des  reins  sont  quelquefois  tellement 
soudés  avec  le  foie  par  leur  partie  supérieure,  qu'ils  paraissent 
faire  corps  avec  cet  organe.  Dans  les  cas  obscurs,  quelques 
circonstances  particulières,  l'existence  antérieure  d'un  ictère  ou 
d'un  dérangement  fonctionel  des  reins  pourront  quelquefois 
éclairer  le  diagnostic;  mais  il  faut  convenir  que,  hors  les  cas  oii 
la  tumeur  rénale  forme  une  voussu;  e  aux  lombes  et  se  prolonge 
vers  la  fosse  iliaque,  il  est  difficile  de  préciser  le  siège  de  la 
tumeur. 

Mais  le  foie  ne  peut  plus  être  accusé  d'être  le  siège  de  ces 
sortes  de  tumeurs ,  lorsqu'une  ou  plusieurs  hydalides  ont  été 
expulsées  avec  l'urine  par  Tvirèthrc,  et  lorsque  cette  expulsion 
a  été  précédée  de  douleurs  rénales  se  propageant  suivant  la  di- 
rection de  l'uretère,  ou  de  douleurs  vésicales  provoquées'par 
la  difficulté  qu'éprouve  la  vessie  à  évacuer  les  acéphalocptes 
ou  leurs  débris.  Et  c'est  ici^î^'^eu  de  remarquer  que  des  kystes 
acéphalocystiques  non  développés  dans  les  reins,  mais  dans 
des  parties  conliguès  à  la  vessie,  peuvent  aussi  s'ouvrir  dans 
cet  organe  et  simuler  jusqu'à  un  cerlain  point  un  kyste  hydati- 
fère  du  rein.  Toutefois,  par  une  exploration  attentive  du  bas- 
ventre  et  à  l'aide  de  la  percussion,  on  découvrira  très  proba- 
blement toute  espèce  de  kyste  acéphalocyslique  situé  dans  le 
voisinage  de  la  vessie  (r)  et  s'ouvrant  ou  non  dans  cet  organe. 

(l)  Le  nommé  Knrtb,  âgé  Je  40  nns,  cordonnier,  <lc  Ijonnc  constitution, 
lie  tempcr.iment  s.mgiiin  et  lymplialiquc,  éprouv,t  pour  la  première  fois  en 
1828,  s.ms  cause  eounuc,  de  la  pesanteur  daus  le  bas-vcnlrc,  accompagnée 


KYSTES  ACÉPHALOCYSTIQUES  DES  REINS.  553 

§  863.  A  en  juger  par  la  marche  de  la  maladie  dans  la  plu- 
part des  cas  de  kystes  acéphalocystiques  des  reins^  qui  ont  élc 

parfois  de  quelques  coliques;  l'.nbdomcu  était  uu  peu  voluraineux,  et  il  re- 
connut dans  la  fosse  ili.ique  gauche  l'existence  d'une  tumeur  de  la  grosseur 
du  poing,  indolente  à  la  pression.  Des  bains,  des  douches,  des  frictions  avec 
l'ongueut  mercuriel  furent  inutilement  employés  pour  la  dissoudre ,  elle 
augmenta  même  de  volume.  Le  7  avril  i834,  Kurth  entra  à  l'hôpital  de  la 
Charité  dans  mon  service.  Depuis  six  jours,  il  avait  de  la  lièvre,  le  pouls  était 
développé,  la  peau  chaude;  il  y  avait  de  la  soif,  pas  d'appétit.  Le  ventre  était 
un  peu  tendu  et  douloureux  à  la  pression  ;  mais  la  principale  douleur  se  faisait 
sentir  dans  l'endroit  occupé  par  la  tumeur  ;  il  n'y  avait  ni  nausées,  ni  vomis- 
semens;  le  ventre  était  libre  sans  constipation.  Une  tumeur  existait  dans  la 
fosse  iliaque  gauche,  s'éten'daut  jusqu'à  l'hypogastre.  Elle  était  plus  volumi- 
neuse que  le  poing,  arrondie,  immobile,  fluctuante,  un  peu  douloureuse  à 
la  pression,  fournissant  par  la  percussion  une  sensation  de  frémissement  ou 
de  collision  de  corps  élastiques  mobiles,  comme  si  on  frappait  sur  un  ressort 
élastique.  Le  stéthoscope,  appliqué  sur  la  tumeur  pendant  qu'on  la  percutait, 
faisait  entendre  un  bruit  semblable  a  celui  que  donne  un  tambourin  sur  lequel 
on  frappe.  La  tumeur  était,  du  reste,  fout-à-fait  séparée  du  foie,  dont  le  volume 
ne  paraissait  pas  augmenté,  ni  renfermer  aucune  tumeur.  Le  malade  fut  sai- 
gné, mis  à  la  diète  et  à  l'usage  des  boissons  adoucissantes.  Le  lendemain, 
S  avril,  il  éprouva  beaucoup  de  coliques,  et  uu  besoin  très  pressant  d'aller  à 
la  selle  :  il  -s'y  présenta  et  rendit,  avec  beaucoup  de  pus  et  de  matières  liqui- 
des, une  très  grande  quantité  d'acépbalocytes  déchirées,  sur  la  nature  des- 
quelles on  ne  pouvait  conserver  aucun  doute;  quelques-unes  avaient  di 
avoir  le  volume  d'une  noix.  Les  coliques  cessèrent,  la  fièvre  tomba,  la  dou- 
leur delà  tumeur  diminua;  celle-ci  perdit  beaucoup  de  volume.  Les  jours 
snivans  encore  le  malade  continua  à  rendre  tous  les  jours  quelques  hyda- 
tldes.  Enfin,  il  n'en  rendit  plus,  et,  comme  les  douleurs  avaient  cessé,  il  de- 
manda à  sortir.  Le  kyste  avait  la  moitié  de  son  volume  primitif;  les  pres- 
sions exercées  à  travers  les  parois  abdominales  ne  purent  jamais  le  vider 
entièrement. 

Pendant  un  mois,  le  malade  se  porta  bien,  mais,  au  bout  de  ce  temps, il  rentra 
dans  la  salle  avec  de  la  fièvre,  douleur  et  tension  du  ventre  ;  la  tumeur  était  de 
même  volume  qu'à  la  sortie  du  malade,  douloureuse  à  la  pression,  et  fournis- 
sait les  mêmes  signes  que  lors  de  la  première  entrée  :  il  fut  saigné  de  nou- 
veau et  mis  au  bain.  Il  resta  dans  cet  état  de  souffrance  pendant  deux  ou  trois 
jours.  L'émission  des  urines  était  douloureuse,  il  n'y  avait  pas  de  selles. 
.Vu  bout  de  c6  temps ,  il  rendit  de  nouveau  des  liydatides  par  les  garde- 


S54    KYSTES  ACÉPHAIÔCYSTIQUÏÏS  DKS  ÏIEINS. 
publiés  jusqu'à  ce  jour,  le  pronostic  de  ces  espèces  de  tumeurs 
serait  généralement  moins  grave  que  celui  des  tumeurs  rénales 

robes  et  les  accidens  cessèrent  bientôt.  Il  resta  dans  la  salle  pour  sniTrc  le 
traitement  de  la  gale,  dont  il  était  affecté  depuis  long-temps.  Il  ne  rendait 
plus  d'hydatides,  conservant  toutefois  dans  le  bassin  une  lumear  dure  encore, 
douloureuse  à  la  pression,  mais  no  donnant  pins  lieu  à  la  sensation  de  frémis- 
sement que  nous  avons  notée,  dans  laquelle  U  sentait,  disait-il,  passer  de  l'air, 
lorsque  le  8  juin,  il  éprouva  subitement  une  envie  très  forte  d'uriner;  il 
essaya  de  vider  la  vessie,  et  il  rendit  une  urine  trouble,  purulente,  mclée'de 
gaz,  tandis  qu'auparavant  les  urines  étaient  très  claires.  Les  urines,  laissées 
dans  un  verre,  fournissent  un  dépôt  purulent  très  abondant.  Le  malade,  fort 
effrayé  de  rendre  des  gaz  par  l'nrèthre,  m'en  avertit  aussitôt.  Je  le  fis  uriner 
devant  moi,  et  je  constatai  la  sortie  de  ces  gaz  par  l'ouverture  du  canal 
urétbral. 

Le  kyste  acépbalocystique  devint  plus  douloureux  que  les  jours  précé- 
dens  :  on  le  couvrit  de  i5  sangsues  et  de  cataplasmes.  Les  bains,  les  boissons 
adoucissantes,  £rent  cesser  peu-à-peu  les  douleurs  qui  accompagnaient  l'é- 
mission des  urines;  celles-ci  devinrent  moins  purulentes,  ne  renfermèrent 
pins  de  fluides  élastiques  ;  11  n'y  avait  plus  d'hydatides  dans  les  selles.  Le 
malade  sortit  en  très  bon  état;  le  kyste  formait  une  tumeur  dure  et  indolente 
dans  la  fosse  iliaque  gauche.  —  Ce  cas  a  été  recueilli  par  M.  le  docteur 
Brun  (Louis-Auguste),  alors  mon  élève,  ef  insérée  dans  sa  dissertation 
inaugurable  {Diss.  sur  une  espèce  particulière  de  tumeur  fistideuse  slerco- 
rale  de  l'ombilic,  suivie  de  quelques  observations  sur  différentes  maladies  médi- 
cales et  chirurgicales,  Paris,  i834,  p.  3?). 

Huuter  rapporte  nn  cas  de  kyste  acépbalocystique  situé  dans  le  bassin, 
entre  la  vessie  et  le  rectum.  La  vessie,  dont  le  col  était  comprimé  par  la  tu- 
meur, était  distendue  par  cinq  à  six  pintes  d'urine  {Médical  and  chirurgie, 
transact,,  vol.  i,  p.  H5,  lygS).  Le  docteur  Lesauvage  a  publié  un  cas  analo- 
gue {Bulletin  de  la  faculté  de  médecine,  t.  m,  p.  439)-  Loder  parle  égale- 
ment d'uu  kyste  situé  entre  la  vessie  et  le  rectum  (Transac.  Lond,  1793). 

Enfin,  voici  encore  un  exemple  d'hydatides  évacuées  par  l'urètlire  et  par 
le  rectum:  «Le  sieur  C...,  perruquier ,  d'un  tempérament  phlegmatique  et 
adonné  à  la  boisson,  tomba  malade  le  3  juin  de  l'année  dernière ,  après  nn 
excès  de  débauche  de  trois  à  quatre  jours;  les  symptômes  qui  se  déclarèrent 
d'abord,  furent  un  grand  mal  de  tête,  une  certaine  rigidité  de  toute  l'habi- 
tude du  corps,  la  dureté  et  la  fréquence  du  pouls,  des  douleurs  des  lombes, 
la  tension  du  ventre,  des  évacuations  alviues  écumeuses ,  la  dysurie ,  des 
urines  bLincbcs  et  limpides.  Le  troisième  jour,  gémissement  continuel  sur  son 
état,  délirev  Le  quatrième,  écoulement  involontaire  des  urines. Le  cinquième. 


t 

KYSTES  ACÉPHALOCYSTIQUES  DES  REINS.  555 

formées  à  la  suite  des  pyélites.  Chose  remarquable ,  les  kystes 
acéphalocysliques  des  reins  ont ,  comme  es  jiysles  acéphalo- 

extréiiiités  froides,  surdité,  regard  menaçant,  et  par  intervalles  grands  celats 
de  rire,  an  lieu  de  répondre  aux  questions  qu'on  lui  faisait. 

«  Dès  les  premiers  jours,  j'avais  pratiqué  uhe  saignée  du  braâ,  et  le  soir  du 
même  jour,  une  autre  saignée  du  pied;  j'administrai  aussi  l'émctiqne  le  len- 
demain, pour  débarrasser  les  premières  voies.  Des  lavemens  émolliens,  6ii  je 
faisais  quelquefois  entrer  3o  à  40  grains  de  camphre,  les  pilules  de  camphre 
et  de  nitre,  les  anti-septiques  ont  été  tour-à-tour  employés  ,  suivant  les  cir- 
constances. Les  vésicatoires  lui  furent  appliqués  aux  jambes,  et  sa  boisson  la 
plus  ordinaire  était  la  décoction  de  tamarin  émétisée.  L'état  du  malade  reçut 
peu  de  changement  jusqu'au  treizième  jour.  Je  fus  fort  étdniic,  ce  jour-là,  de 
voir,  nu  moment  qu'on  changeait  le  linge,  qu'il  s'était  évacué  une  grande 
quantité  de  sang,  très  délayé,  par  les  selles,  en  même  temps  que  son  pouls  était 
devenu  meilleur.  Le  i4)  il  y  eut  un  petit  redoublement,  et  les  extrémités  qui 
étaient  froides,  commencèrent  à  se  réchauffer.  Le  i5,méme  évacuation  de  sang 
par  l'anus,  le  pouls  plus  souple  et  plus  libre.  Le  16,  crachats  oonsistans  avec 
toutes  les  marques  de  coction.  Le  17,  sueurs  abondantes  et  cessation  de  l'é- 
coiilement  involontaire  des  selles  et  des  urines ,  et  celles-ci  déposent  un 
sédiment  briqueté.  Le  22,  nouveau  redoublement,  avec  des  signes  de  crudité 
dans  les  urines.  Le  23,  évacuation  de  matières  sanguinolentes  par  l'anus, 
comme  ci-dessus;  mais  ce  qui  fit  connaître  la  nature  de  cet  écouletnent,  ce 
fut  ùtiè  bydatide  de  la  g^osseu^  d'un  œuf  dé  canne  qu'on  ti-ouva  dans  le 
bassin.  J'en  fis  l'ouverture,  et  elle  se  trouva  contenir  iin  fluide  de  même  na- 
ture que  celui  qui  s'était  écoulé  par  les  selles.  La  nuit  suivante  fut  pliis 
tranquille,  et  le  sommeil  se  prolongea  jusqu'au  lendemain  matin. 

«  Le  25,  je  fus  appelé  auprès  du  malade,  pour  une  dureté  d'urine  qui  lui 
causait  les  plus  vives  angoisses;  en  l'examinant,  je  fus  fort  surpris  de  voir 
sortir  par  le  canal  de  Vurètkre  une  tumeur  qui  paraissait  étranglée.  Après 
être  resté  quelque  temps  en  suspens,  j'aperçus  ou  du  moins  j'eus  lieu  de 
présumer  que  c'était  une  bydatide  de  la  même  nature  que  celle  qui  avait  été 
évacuée  par  l'anus;  je  isaisis  le  bout  de  cette  tumeur  avec  les  pinces,  en  tirant 
successivement  en  divers  sens,  et  je  parvins  enfiu  à  dég.iger  cette  hydatide, 
qtii  était  de  là  grosseur  d'un  petit  œuf  de  poûle  ;  j'en  fis  l'ouverture,  et  je  ïè'- 
connus  qu'elle  contenait  le  même  fluide  qui  s'était  écoulé  par  l'anus.  Je  n'ai 
pas  besoin  de  dire  qu'après  l'extraction  de  ce  corps,  le  malade  se  trouva 
soulagé,  et  qu'il  juissa  une  nuit  tranquille;  sa  maladie  s'est  soutenue  avec 
plus  ou  moins  de  fièvre  jusqu'au  vingt-quatrième  jour,  et  ce  n'est  qu'alors 
que  je  lui  ai  permis  de  prendre  un  peu  de  crème  de  riz,  et  j'ai  fait  augmenter 
par  degré  sa  nourriture.  Si^onvalesccnce  a  été  longue,  car  il  n'a  pu  prendre 


556  IvYSTJïS  ACJÎPHALOCYSTIQUES  DES  Rl.lNS, 
cystiques  qui  se  développent  dans  les  autres  organes,  une  grande 
tendance  à  s'enflammer,  à  se  perforer,  et  à  revenir  sur  eux- 
mêmes  lorsqu'ils  se  sont  complètement  vidés.  Aussi,  les  exem- 
pies  de  guérison  de  tumeurs  rénales  après  l'évacultion  d'hy. 
datides  par  les  voies  urinaires  ne  sont-ils  pas  très  rares.  Mais 
dans  un  cas  donné,  on  ne  peut  préjuger  l'époque  à  laquelle 
une  semblable  évacuation  aura  lieu. 

Une  circonstance  rend  cette  affection  moins  grave  chez 
l'homme  que  chez  les  animaux.  Chez  lui  il  n'y  a  ordinairement 
qu'un  des  reins  d'affecté ,  et  les  cas  de  diathèse  acéphalocys- 
tique,  cas  dans  lesquels  ces  vers  vésiculaires  sont  développés  à 
la  fois  dans  plusieurs  organes,  sont  très  rares. 

§  864.  Le  traitement  des  kystes  acéphalocysliques  n'est  pas  le 
même,  suivant  que  la  tumeur  rénale  est  intacte  ou  enflammée, 
ou  bien  déjà  ouverte  dans  le  bassinet,  ou  à  l'extérieur  dans  la 
région  des  lombes. 

Si  la  tumeur  enkystée  est  inlncte ,  et  qu'on  soit  parvenu  à 
bien  constater  qu'elle  est  formée  par  un  kyste  acéphalocys- 
tique,  on  pourrait  Vouvrir  à  l'aide  d'une  incision  et  des  caus- 
tiques, comme  il  a  été  indiqué  à  l'occasion  des  tumeurs  formées 
à  la  suite  de  la  pyélite  ;  mais  il  est  généralement  préférable  d'at- 
tendre que  le  kyste  s'ouvre  spontanément  dans  le  bassinet  et 
les  calices.  Je  n'ai  jamais,  il  est  vrai,  eu  l'occasion  d'ouvrir 
ainsi  un  semblable  kyste  développé  dans  les  reins  ;  cette  pra- 
tique a  été  appliquée  avec  un  succès  incontestable  aux  kystes 
acéplialocystiques  du  foie  ,  et  certaines  objections  faites 
contre  la  néphrotomie,  pratiquée  dans  le  but  d'extraire  un 
Calcul,  ne  sont  pas  applicables  aux  kystes  acéphalocysliques 
des  reins.  Ainsi  le  kyste  est  presque  toujours,  sinon  toujours, 
unique  ;  il  est  voisin  de  la  surface  du  rein  ;  l'inflammation  en 
est  plutôt  salutaire  que  fâcheuse,  etc.,  et  l'opération  offrirait 
par  elle-même  peu  de  danger,  à  moins  que  le  malade  n'eût  un 

l'exercice  de  sa  profession  (jue  vers  la  fin  de  septembre.  Le  maLide  s'est  bien 
porté  depuis  cette  époque.» — {La  Médecine  éclairée  par  les  sciences  physiques 
on  Journal  des  découvertes  relatives  aux  différentes  parties  de  l'art  de  guérir, 
rédigé  par  M.  Fourcroy,  tom.  r,  p.  87,  iu-8,  Paris,  1791). 


KYSTES  ACliPHA.LOCYSTIQUES  DES  REINS.  SSy 

(i-ès  grand  embonpoint.  Mais,  je  le  répèle,  dans  le  plus  grand 
lombre  des  cas  ,  il  est  préférable  de  temporiser;  la  tumeur  est 
jénéraleineut  peu  douloureuse;  sa  présence  apporte  si  peu  de 
rouble  dans  les  fonctions,  que  les  médecins  ne  sont  ordinai- 
ement  consultés  que  pour  les  accidens  que  déterminent  les 
tcéphalocystes  dans  leur  trajet  à  travers  les  voies  urinaires. 
-la  perforation  spontanée  de  ces  kystes  se  fait  presque  constam- 
nent  dans  le  ba&sinet,  rarement  dans  le  tissu  celluleux  périto- 
léal,  et  bien  plus  rarement  encore  dans  la  cavité  du  péritoine  ; 
erminaisons  fâcheuses  beaucoup  plus  à  redouter  dans  les  cas 
le  pyélite  calculeuse. 

:  Le  kyste  acéphalocystique  est-il,  au  contraire,  déjà  ouvert  dans 
e  bassinet;  une  ou  plusieurs  acéphalocystes  ont-elles  été  déjà 
vacuées  avec  l'urine;  si  Fui'elère  est  obstrué  par  des  hydatides 
u  par  un  calcul,  lorsque  les  malades  sont  alités,  il  faut  favo- 
iser  le  passage  de  ces  corps  étrangers  de  l'uretère  dans  la  ves- 
ie^  à  l'aide  de  douces  pressions  de  baut  en  bas,  ou  bien  par 
application  des  ventouses  sèches  sur  l'hypogastre  et  le  péri- 
lée,  ou  à  l'aide  de  douches  dirigées  vers  la  région  lombaire  du 
ôté  affecté.  Si  les  malades  peuvent  marcher  ou  faire  un  peu 
l'exercice  à  cheval,  les  mouvemens  ou  de  légères  commotions 
u  tronc  peuvent  favoriser  la  descente  des  acéphalocystes  ou 
ie  leurs  débris  des  reins  à  la  vessie. 

Lorsqu'un  kyste  acéphalocystique  situé  dans  les  reins  ,  ou 
léveloppédans  le  voisinage  de  ces  organes,  fait  une  saillie  aux 
jrabes ,  on  peut  en  pratiquer  avec  succès  l'ouverture ,  s'il 
ient  à  s'enflammer.  Après  l'évacuation  du  pus  et  des  hyda- 
ides,  on  fait,  dans  l'intérieur  de  la  poche,  des  injections  avec 
lue  décoction  d'orge  miellée;  le  kyste  ne  tarde  pas  à  revenir 
ur  lui-même ,  et  l'ouverture  fistuleuse  se  cicatrise. 

J'ajoute  que  plusieurs  observations  semblent  parler  en  fa- 
c!ur  dë.  la  térébenthine  dans  le  traitement  de  ces  kystes  hyda- 
ifères. 

Si  une  acéphalocysle,  engagée  dans  l'urèlhre,  obstruait  com- 
"lèlement  le  canal,  on  faciliterait  l'expulsion  de  l'hydatide  en 
i  déch  rant  ou  en  la  perçant,  comme  M.  Brachet  l'a  fait  dans 
Il  cas. 


558     KYSTES  ACIÎPHALOCYSTIQUES  DES  REITSfS. 


Historique  et  observations  particulières. 

§  865.  noullier(i)  dit  avoir  vu  un.  homme  qui,  après  plu- 
sieurs jours  de  vives  souffrances,  rendit  avec  les  urines  des 
globules  transparens  en  forme  de  gelée.  Warthon  (2)  a  vu  aussi 
des  hydatides  être  rendues  avec  l'urine.  S.  Bonfigli  {V,  rapporte 
le  cas  d'une  femme  qui  portait  dans  le  flanc  droit  une  tumeur 
rénale  et  qui  rendit  pendant  l'année  qui  précéda  sa  mort  une 
matière  lymphatique,  concrète,  avec  l'urine  {innalans  compa- 
ritt't  membranaceo  ghilini  similis  et  distincia  inpliira  frustida 
foliata,  aliqitando  expansa,nlii]nando  notivoliita),  matière  dont 
les  caractères  sont  les  mêmes  que  ceux  des  parois  des  hydatides. 
Le  Â-yste  acéphalocystique ,  après  s'être  vidé  en  partie  dans  le 
bassinet,  était  revenu  sur  lui-môme  et  en  partie  ossifié. 

Baillie  (4)  cite  le  cas  d'un  soldat  dont  le  rein  converti  en  uu 
sac  capable  de  contenir  au  moins  trois  pintes  de  liquide  était 
rempli  d'hydatides  de  diverses  dimensions,  depuis  celle  d'une 
tête  d'épingle  jusqu'à  celle  d'une  orange;  une  partie  du  rein 
avait  conservé  sa  structure  naturelle. 

Duncan  (5)  a  trouvé  ,  à  l'ouverture  du  cadavre  d'un  homme 
âgé  de  quarante-huit  ans,  qui  était  sujet  à  des  douleurs  néphré- 
tiques età  la  gravelle,  les  reins  très  volumineux  etrcmplis  d'un 
grand  nombre  d'hydatides. 

Laennec(6)  et  MM.  Brachet  (7)  ont  rapporté  des  exemples  d'a- 
céplialocytes  des  reins. 

M.  Parmentier  a  publié  un  cas  d'hydatides  des  reins  ren- 


(1)  Hollerli  Ojiera,  lib.  i,  de  morb.  iateru.cap.  5o,  in-fol.  Paris,  1664. 

(2)  Yfaitlion.  Adenogrtiphia,  in-8,  i656. 

(S)  Ephem.  nat.  ciirios.  cent,  ix,  p.  9,  obs.  4. 

(4)  Baillie.  Anatomie  pathologique,  trad.  franc,  par  Guerbois,  in-8,  Par 
i8i5,  p.  226. 

(5)  T/ie  med. reposilory,  vol.  vu,  juin  1817. 

(6)  Lacunec.  Mémoire  sur  les  nters  'vésiculaires,  in-4,  p-  '48  (Mém.  de 
Faculté  de  médecine  de  Paris,  in-4,  Paris,  1812). 

(7)  Nouvelle  revue  médicale,  i83i,t.  ir,  p.  io5. 


I 


KYSTES  ACÉPHA.LOCYSTIQUES  DES  REINS.     5  69 

dues  par  l'urèthre,  observé  chez  un  jeune  homme  de  vingt  ans, 
et  qui  finit  par  se  rétablir  après  l'évacuation  d'un  grand  nombre 
d'hydatides  (i). 

On  lit  aussi  dans  la  Gazette  des  hôpitaux  (2)  l'observation  d'un 
jeune  homme,  âgé  de  vingt-sept  ans  ,  qui  guérit  complètement 
après  avoir  rendu  un  certain  nombre  d'hydatides  avec  l'urine 
par  le  canal  de  l'urèthre. 

Quelques  remarques  ont  été  faites  sur  les  hydatides  des  ani- 
maux; Cowper  a  trouvé  des  hydatides  renfermées  dans  une 
coque  pierreuse,  située  dans  le  rein  d'une  brebis,  et  j'ai  décrit 
et  figuré  les  diverses  transformations  des  kystes  hydatifères  des 
reins  dans  l'espèce  ovine. 

Le  docteur  Weitenkapf  (de  Barth)  (3)  a  publié  un  cas  d'hy- 
datides évacuées  par  l'urèthre;  ces  vers,  rendus  au  nombre 

(  de  5o  à  60  chaque  fois  ,  avaient  depuis  la  grosseur  du  pois 
jusqu'à  celle  d'une  noix  et  ils  étaient  vivans.  Le  docteur  Gré- 
plin  (de  Greifsyyald)  (auquel  on  doit  un  travail  intéressant  sur 

i  les  cysticerques ) ,  frappé  de  cette  dernière  circonstance,  de- 

!  manda  des  renseignemens  plus  précis  au  docteur  Weiten- 
kapf (4) ,  et  desquels  il  sembla  résulter  que  ces  hydatides 

.  étaient  des  cysticerques.  Le  cas  du  docteur  Parraentier,  cité 
plus  haut ,  paraît  être  un  autre  exemple  de  cysticerques 
rendus  par  les  voies  urinaires  :  «  La  pression  de  ces  vers 
avec  le  doigt,  dit  M.  Parmentier,  en  faisait  saillir  la  tête,  don^ 
il  me  fut  facile  de  distinguer,  au  microscope,  la  forme  et  les 
annexes.  » 

(J  866.  Sous  le  nom  d'hydatides  des  reins  ,  plusieurs  auteurs 
I  ont  confondu  les  acépbalocystes  et  les  kystes  des  reins.  Ainsi, 
1  sous  le  nom  d'hydatides  des  reins ,  Kœnig  cite  un  cas  de  kyste 
•  dans  les  reins  observé  sur  un  individu  moil  hydropique  et 

(1)  Nouvelle  Bibliothèque  médicale,  décembre  1829,  t.  xv,  p.  412. 

(2)  Gazelle  des  Hopilaux,  i834,  p.  6o5. 

(3)  Provinzîal  Sanitàtsherichte  des  Kœnigl.  Med,  CoUeg.'von,  Pommem,  2  se- 
i  mestrc,  i835,  St.  52. 

(4)  Miiller's.  Archiv  fàr  Anal.  Phjrsiol.undwissentcha/tliche  Medicin.  i840j 
Heft  u,  S.  149. 


560      KYSTES  ACIÎPIIALOCYSTIQUES  DES  REINS 

dont  l'urine  était  albumineuse,  et  un  autro  cas,  celui  d'un 
hydropique  avec  urine  albumineuse ,  et  dont  les  reins  plus 
grands  et  plus  mous  que  dans  l'élat  sain  offraient  de  véritables 
kystes  dans  la  substance  corticale  (i).  Un  troisième  cas,  cité 
par  le  même  auteur,  nie  paraît  être  encore  un  exemple  de  kyste 
des  reins  (a).  Enfin  un  autre  fait  (3)  paraît  aussi  appartenir 
plutôt  aux  kystes  qu'aux  hydatides. 

Bremser  (4)  remarque  avec  raison  que  deux  cas  cités  par 
Scheffer  sont  des  exemples  de  kystes  des  reins ,  et  non  de  vers 
vésiculaires. 

Sous  le  nom  à' hydatides,  Morgagni  (5)  a  décrit  une  éruption 
vésiculeuse  des  uretères  que  j'ai  également  observée  et  figurée 
et  qui  est  bien  distincte  des  véritables  acéphalocystes  (Atlas. 
Pl.  m,  fig.  3). 

§  867.  Les  observations  relatives  aux  kystes  acéplialocysti- 
ques  peuvent  être  rangées  en  deux  séries  : 

1"  Série,  —  Kystes  acèyhalocystiqxies  des  reins,  sans  commu- 
nivation  avec  les  conduits  excréteurs  de  l'urine. 

Ces  cas  sont  rares,  les  médecins  n'étant  presque  jamais 
consultés  à  cette  période  de  la  maladie;  le  cas  suivant  est  le 
seul  que  j'aie  observé. 

Obs,  I.  —  Kyste,  contenant  un  grand  nombre  d'acépbnlocystes ,  développé 
dans  la  partie  supérieure  du  rein  gauche,  et  ne  communiquant  ni  avec 
le  bassinet,  ni  avec  l'uretère. 

Dansle  mois  d'avril  1 8  36,  M.  Amussat  m'a  fait  remettre  un  rein 
contenant  un  kyste  acéplialocys  tique  très  remarquable  (Atlas. 


(1)  Ce  cas  est  emprunté  aux  Transactions  of  a  socieLrfor  improv.  oj  med. 
andchir.  knowledge,  vol.  m,  p.  2or. 

(2)  Transactions  of  a  soeiety  for  improv.  0/ med.  and  chir.  hiowledge, 
vol.  III,  p.  220. 

(3)  London  med.  Repository.  vol.  vu. 

(4)  Bremser.  Traité  des  mers  intestinaux, \t.  276,  in-8,  Paris,  \ii!f.~-Joumnl 
de  Hufeland,  vol.  vui,  p.  54  et  86. 

(5)  Morgagui.  De  sed,  et  cnus,  morb.,  xr.it,  art.  11. 


NON  OUVERTS.  56 1 

1  Pl.  LVi,  fig.  5,  6,  7,  8,  9,  lo).  Ce  rein  avait  été  trouvé  par  deux 
j  jeunes  étudiaus  dans  le  cadavre  d'un  homme  d'une  quaran- 
I  taine  d'années.  Ce  rein  (c'était  celui  du  côté  gauche)  avait  envi- 
.'  ron  7  pouces  de  long  et  4  pouces  dans  son  diamètre  transversal, 
i  L'extrémité  supérieure  était  gonflée  par  un  kyste  considérable, 
t  dont  l'intérieur  renfermait  un  grand  nombre  d'acéphalocysles 
t  de  difTérentes  dimensions.  Ces  hydalides  étaient  elles-mêmes 
r  renfermées  dans  une  grande  acéphalocyste  à  parois  plus  épais- 
»  ses,  et  contiguë  dans  toute  son  étendue  à  la  surface  interne  du 
i  kyste.  Cette  grande  acéphalocyste,  formée  par  une  membrane 
d'un  blanc  légèrement  bleuâtre,  fragile,  demi  transparente 
comme  de  l'empois,  extraite  de  la  cavité  du  kyste,  pouvait 
^  se  développer  en  plusieurs  lames  concentriques  (fig.  7).  On 
remarquait  à  sa  surface  plusieurs  points  d'un  blanc  mat , 
de  la  dimension  d'un  petit  pois  ou  d'une  lentille  et  qui  se  dé- 
tachaient fortement  sur  la  teinte  d'un  blanc  bleuâtre  de  cette 
hydatide.  Les  acéphalocystes  renfermées  dans  cette  grande 
acéphalocyste  étaient  au  nombre  de  plus  d'un  cent.  Leurs  pa- 
rois étaient  beaucoup  plus  minces;  les  plus  petites  avaient  à- 
peu-près  le  volume  d'un  grain  de  millet;  d'autres  égalaient 
celui  d'un  grain  de  groseille;  d'autres,  enfin,  avaient  la  dimen- 
;sion  d'une  prune  et  s'écoulèrent  comme  des  globes  lorsqu'on 
vida  ce  kyste  dans  une  cuvette.  Parmi  ces  acéphalocystes  glo- 
buleuses et  transparentes,  il  y  en  avait  qui  étaient  affaissées 
et  dont  la  membrane,  d'une  teinte  jaunâtre,  était  irréguliè 
rement  plissée  ou  contournée.  Presque  toutes  ces  acéphalo- 
cystes globuleuses  ou  affaissées  en  renfermaient  dans  leur  inté- 
rieur une  ou  plusieurs  autres,  la  plupart  affaissées  et  nageant 
dans  le  liquide  qu'elles  contenaient  :  de  sorte  que  l'emboîte- 
ment des  acéphalocystes  était  une  disposition  commune  à  pres- 
que toutes  ces  hydatides.  Les  parois  de  la  plupart  des  acépha- 
locystes globuleuses  étaient  parfaitement  transparentes  dans 
toute  leur  étendue;  d'autres  présentaient  de  petits  points  d'un 
blanc  mat,  laiteux,  formés  par  des  espèces  de  bourgeons 
qui  faisaient  une  légère  saillie  à  la  face  interne  de  l'hydatide 
étalée  sur  un  morceau  de  verre.  Lorsqu'on  comprimait  ces 
acéphalocyste»  entre  deux  lames  de  verre,  elles  se  rompaient, 
III.  36 


56a      KYSTES   ACÉPHàLOCYSTIQDES  DES  REINS, 

et  après  l'évacuation  du  liquide  oix  ne  découvrait  sur  ces  po- 
ches ni  ouverture  régulière,  ni  bouche,  ni  suçoir,  etc. 

Le  kyste  qui  renfermait  les  acéphalocystes  était  recouvert 
inférieurement  par  une  lame  extrêmement  raince  de  la  sub-» 
stauce  corticale  du  rein,  et,  dans  toute  son  étendue,  par  les  mem- 
branes celluleuse  et  fibreuse  de  cet  organe,  qui  lui  étaient  for- 
tement adhérentes. 

Entre  la  face  interne  du  kyste  et  la  grande  acéphalocyste ,  il 
y  avait,  sur  plusieurs  points,  un  dépôt  de  matière  jaunâtre 
et  grasse  au  toucher.  La  surface  interne  du  kyste  éuit  d'uH 
blanc  jaunâtre,  analogue  à  celui  que  présente  l'intérieur  de 
l'aorte  :  sur  plusieurs  points  on  remarquait  des  destructions 
partielles,  qui  pouvaient  aussi  être  comparées  à  celles  que  pré- 
sente l'aorte  dans  quelques  cas  d'ossification  de  ce  vaisseau.  Ces 
petites  destructions  des  parois  dukyste  n'envahissaient  pas  toute 
son  épaisseur;  car  il  n'y  avait  point  de  communication  entre 
la  cavité  de  celte  poche  et  celle  des  calices  et  du  bassinet.  En 
effet,  après  avoir  vidé  complètement  le  kyste,  nous  pûmes  sui- 
vre sur  ses  parois  les  divisions  du  bassinet  et  des  calices  en  les 
insufflant  (  fig.  6  ).  La  partie  inférieure  du  kyste  était  appuyée 
sur  le  bassinet  et  comme  embrassée  par  les  calices,  La  partie 
du  h&ssinet  qui  correspondait  à  la  partie  inférieure  du  reia 
était  fortement  dilatée;  dans  la  cavité  du  bassinet  et  des  cali- 
ces, il  n'existait  point  de  débris  d'acéphalocystes. 

Le  kyste  acéphalocystiquc,  quoique  développé  dans  le  rein, 
ne  communiquait  point  encore  avec  le  bassinet  et  les  calices; 
le  malade  n'avait  par  conséquent  pu  rendre  d'acéphalocystes 
pendant  sa  vie. 

La  substance  corticale  et  la  substance  tubuleuse  dans  la  par- 
tie inférieure  du  rein,  n'offraieut  aucune  altération.  Les  veines 
et  les  artères  étaient  à  l'état  sain. 

Je  n'ai  pu  avoir  de  détails  bien  circonstanciés  sur  l'état  des 
autres  organes.  J'ai  su  seulement  que  le  rein  du  côté  opposé 
était  sain  et  plus  volumineux  que  dans  l'état  normal.  Les  ure' 
lères,  la  vessie,  le  foie  et  les  poumons  n'offraient  point  d'allé- 
ration.  L'état  extérieur  du  corps,  qui  ne  présentait  pas  d'amai- 
grissement notable,  annonçait  cependant  plutôt  une  mort  suite 


OUVERTS  DiNS  LB  BASSINET.  563 

Id'wne  maladie  aiguë  qu'un  dépérissement  progressif  après  de 
ioiigues  souiTrances- 

i"  Série'  —  Kystes  acèphalocystiques  des  reins  communi'- 
guant,  par  une  perforation,  avec  les  conduits  excréteurs 
de  Vtirino. 

§  868.  Les  cas  qui  appartiennent  à  cette  seconde  série  peu- 
f'ent  être  rangés  dans  deux  catégories.  L'une  comprend  les  cas 
jii  la  maladie  s'est  terminée  par  la  mort,  à  la  suite  de  l'in- 
Jammation  des  substances  rénales  ou  pour  toute  autre  cause; 
t.'autre,  les  cas  heureusement  assez  nombreux  de  guérison  de 
eies  tumeurs  liydatiques. 

Yoici  d'abord  quelques  faits  appartenaut  à  la  première  caté- 
jurie. 

Obs.  tl.  —  Kyste  acéphnlocysliqnc  développé  dans  le  rein  ganclie  et  com- 
muniquant, par  des  perforations,  dans  le  bassinet  j  mort  :  tubcrcnles  pulmo- 
naires ;  grains  comme  tuberculeux  dan»  le  cceur  (Atlai.  Pl.xxix,  flg.  i,  a). 

Uu  jeune  interne  des  hôpitaux,  plein  de  zèle  et  d'instruction, 
>«)efrauce  ,  qu'une  morl  prématurée  a  enlevé  à  l'étude  ,  m'a 
pporté,eQ  i833,un  rein  qui  contenait  des  acéphalocysles. 
hélait  le  rein  gauche  d'un  homme  do  56  à      ans,  dont  le  ca- 
avre  avait  été  livré  à  la  dissection  dans  les  pavillons  de  l'École 
I  iratique. 

il  Le  cadavre,  excessivement  amaigri,  présentait  toul-à-fait 
nkabilude  extérieure  d'un  individu  qui  a  succombé  dans  le 
liernier  degré  du  marasme.  La  poitrine  avait  été  ouverte  ainsi 
ue  l'abdomen  ,  dans  l'hôpital  où  cet  homme  était  mort;  mais 
îs  reins  étaient  restés  en  place.  Le  sommet  du  poumon  droit 
tait  le  siège  d'une  vaste  caverne  tuberculeuse,  et  la  plèvre  de 
e  côté  avait  contracté  des  adhérences  très  solides  avec  les  pa- 
ois  thoraciques.  Le  poumon  gauche  était  farci  de  petits  luber- 
ules,  principalement  dans  son  lobe  supérieur.  Le  cœur ,  d'un 
olume  ordinaire,  était  un  peu  dilaté. On  remarquait,  dans  la 
ubslance  même  de  cet  organe,  de  petits  corps  granuleux  comme 
le  petits  tubercules  mlliaires.  Il  y  avait  uu  peu  de  sérosUé  daits 

36. 


564       KYSTES  ACÉPHALOCYSTIQllES  DES  REINS, 

le  péricarde.  Le  larynx  présentait  trois "4  quatre  petites  ulcé- 
rations au-dessous  des  cordes  vocales.  L'estomac  était  sain. 
Dans  le  canal  intestinal  et  dans  l'intestin  grêle  et  le  gros  intes- 
tin, il  y  avait  un  assez  grand  nombre  d'ulcérations.  Le  foie  gras 
et  mou  était  d'un  jaune  pâle.  La  vésicule  du  fiel  était  distendue 
par  une  assez  grande  quantité  de  bile;  la  rate  était  saine. 

Les  reins  n'avaient  point  été  examinés.  L'un  d'eux  était  ma- 
lade; l'autre  n'avait  éprouvé  aucune  modification  dans  sa  con- 
sistance, sa  structure,  sa  forme  et  son  volume.  Le  rein  malade 
(celui  du  côté  gauche)  paraissait  transformé  en  une  poche 
membraneuse  deux  fois  plus  volumineuse  qu'un  rein  sain, 
laquelle  contenait  un  grand  nombre  d'hydatides,  les  unes 
ayant  la  forme  et  le  volume  d'un  œuf  de  poule,  et  les  autres 
plus  petites. 

Toute  la  substance  du  rein,  excepté  son  quart  supérieur, 
avait  presque  entièrement  disparu.  Cette  tumeur  avait  une 
forme  ovoïde,  irrégulière,  à  parois  souples,  jaunâtres,  non 
transparentes,  sur  lesquelles  on  voyait,  par  places,  surtout 
vers  le  bord  convexe  du  rein,  des  rougeurs  presque  écarlaies, 
formées  par  un  réseau  vasculaire  très  fin,  développé  dans  de 
fausses  membranes  celluleuses  qui  allaient  s'attacher  aux  par- 
ties environnantes.  En  outre  sur  difi'érens  points  delà  surface 
de  la  tumeur  et  dans  le  tissu  cellulaire  qui  environne  le  rein,  il 
y  avait  un  très  grand  nombre  de  petites  masses ,  les  unes  gri- 
sâtres, les  autres  assez  rouges  et  friables  entre  les  doigts,  et  la 
plupart  groupées  comme  des  glandes  lymphatiques. 

Le  bassinet  et  le  commencement  de  l'uretère  étaient  très 
dilatés  et  très  injectés.  La  petite  portion  du  rein  qui  restait 
encore  intacte,  était  rouge,  mais  elle  avait  conservé  sa  struc- 
ture naturelle.  Dans  cette  poche  il  y  avait  trois  ou  quatre  acé- 
phalocystes  assez  grosses;  les  unes  à  parois  comme  gélati- 
neuses, assez  épaisses,  jaunâtres,-  les  autres,  incolores  et 
transparentes  comme  un  kysle  séreux  à  parois  extrêmement 
minces,  présentaient  quelques  taches  d'un  blanc  mat,  laiteux, 
opaque.  En  ouH-e,  dans  de  très  petites  anfractuosités  de  la 
poche  hydatique,  il  y  avait  de  petites  acéphalocysles,  disposées 
en  chapelet,  transparentes  et  plus  ou  moins  jaunâtres.  D'autres 


OUVERTS  DANS  LE  BASSINET.  565 

tétaient  opaques  comme  les  yeux  de  poisson  bouilli.  Elles 
étaient  quelquefois  seules  dans  leur  petite  loge,  mais  le  plus 
souvent  enveloppées  d'une  matière  amorphe,  blanche  et  molle, 
fet  qui  était  déposée  en  petite  quantité  dans  la  cavité  du  kyste. 

Les  parois  du  kyste,  assez  épaisses  et  un  peu  inégales  dans 
(quelques  points,  avaient  presque  partout  la  même  apparence  ; 
lia  couleur  en  pouvait  être  comparée  à  celle  delà  membrane 
Ifibreuse  de  l'aorte;  seulement  elle  était  plus  jaune  que  cette 
idernière.  La  surface  interne  du  kyste,  généralement  assez  lisse, 
Ijplissée  en  quelques  endroits  ,  dans  d'autres  comme  érail- 
dée,  offrait,  en  outre,  de  petites  dépressions  irrégulières,  assez 
«généralement  circulaires.  Le  fond  du  kyste,  à  l'endroit  oii  il 
(correspondait  au  bassinet  dilaté ,  présentait  un  assez  grand 
nombre  de  petites  colonnes  bleuâtres  qui  convergeaient  vers 
nn  point  central,  et  notamment  vers  deux  ouvertures  à  bords 
rarrondis  qui  communiquaient  avec  la  cavité  du  bassinet;  de 
t'entrecroisement  des  colonnes  résultaient  les  petites  loges 
dont  j'ai  parlé. 

En  ouvrant  le  bassinet  par  son  côté  interne ,  on  le  trouva 
rempli  d'une  grosse  acéphalocyste  vidée ,  entortillée  sur  elle- 
mème  et  surmontée  d'une  autre  acéphalocyste  très  petite,  glo- 
Duleuse  et  parfaitement  transparente. 

La  vessie  ne  présentait  rien  de  remarquable  ;  seulement  il 
lixislait,  dans  son  bas-fond ,  un  petit  calcul  gros  comme  une 
noisette.  Le  liquide  qu'elle  contenait ,  plus  épais  qu'à  l'ordi- 
aaire,  était  chargé  de  mucus.  Le  canal  de  l'urèthre  et  la  pro- 
itate  étaient  sains. 

•Ibs.  III.  —  Douleur  dans  la  région  lombaire  gauche;  symptômes  de 
'  coliques  néphrétiques,  depuis  vingt  ans  ;  évacuation  d'hydatides  par  l'u- 
>  rèthre,  favorisée  par  des  pressions  sur  le  ventre  ;  nouveaux  accidens  ;  mort. 

—  Rein  transformé  en  une  poche  membraneuse,  contenant  des  hydatides 
i  (Chopart.  Traité  des  mal.  des  nioies  urinaires,  t.  l,  p.  148). 

Une  demoiselle  de  ans  ,  qui  n'avait  jamais  joui  d'une 
Monne  santé,  dont  le  teint  était  d'un  jaune  noirâtre  et  dont  les 
fègles  avaient  cessé  depuis  deux  mois,  sans  accident ,  fit  appe- 
ler M.  Fleuret,  le  ao  janvier  177J,  pour  la  soulager  d'une  vive 


566  KYSTES  AC^PHALOCYSTIQUES  DES  REINS, 
douleur  qu'elle  sentait  dans  la  région  lombaire  du  côté  gauche" 
Tout  annonçait  une  colique  néphrétique;  il  y  avait  difficulté 
d'uriner,  tension  du  ventre,  principalement  ducété  affecté;  la 
douleur  augmentait  par  le  toucher,  depuis  la  région  du  rein  gau 
che,  jusqu'à  celle  de  la  vessie.  Cependant  cette  demoiselle  n'a- 
vait rendu  ni  sable,  ni  graviers .  Deux  saignées  et  des  cataplasmes 
émoUiens  calmèrent  un  peu  les  douleurs  et  le  ventre  devint 
moins  tendu  ;  mais  l'urine  ne  s'écoulait  que  par  un  petit  jet  qui 
s'arrêtait  à  l'instant,  de  sorte  qu'elle  était  toujours  tourmentée 
du  besoin  d'uriner.  La  région  de  la  Vessie  était  élevée,  et  par 
conséquent  pleine  d'urine.  M.  Fleuret  proposa  à  la  malade 
de  la  sonder;  elle  s'y  refusa,  et  annonça  qu'elle  était  sujette 
à  cette  colique  depuis  vingt  ans,  que  cette  fois  les  douleur» 
étaient  plus  vives  et  continuaient  plus  long-temps,  qu'elle  était 
quelquefois  six  mois,  un  an,  deux  et  même  trois  ans  sans  les 
ressentir,  et  que  les  accidens  se  terminaient  lorsqu'elle  avait 
rendu  par  l'urèthre  un  grand  nombre  de  petites  poches  remplies 
d'eau,  ouïes  peaux  de  ces  sacs,  dont  quelques-uns  avaient  la 
grosseur  d'un  œuf  de  pigeon  et  d'autres  étaient  plus  petits  et 
sortaient  toujours  avant  les  plus  gros.  Pendant  la  nuit^  elle 
trouva  une  situation  pour  uriner,  elle  se  coucha  sur  le  dos, 
éleva  les  jambes  et  les  cuisses;  pour  lors  l'urine  sortit  avec  ces 
sacs  ou  hydatides.  Le  lendemain  ,  M.  Fleuret  examina  ces  liy- 
datides,  qui  étaient  en  grand  nombre.  La  plupart  étaient  rom- 
pues et  ne  présentaient  plus  que  leurs  membranes;  quelques- 
unes  étaient  entières  et  remplies  d'une  eau  bourbeuse.  Parmi 
ces  membranes ,  il  en  vit  qui  étaient  formées  de  trois  lames 
adhérentes  entre  elles  par  un  tissu  de  fibres  fines  et  serrées. 

La  malade  se  trouva  soulagée  par  la  sortie  de  ces  petits  corps; 
mais  la  douleur  revint  deux  jours  après,  sans  être  aussi  forte. 
Celte  douleur  commençait  dans  le  rein,  et,  quand  elle  diminuait 
dans  ce  viscère,  elle  augmentait  en  différons  poinsdu  trajet  de 
l'uretère,  et  devenait  plus  vive  à  l'entrée  de  ce  canal  dans  la 
vessie.  Loi'sque  les  hydatides  y  étaient  parvenues,  la  douleur  de 
toutes  ces  parties  n'était  plus  qu'une  sorte  de  lassitude  ;  dans 
d'autres  attaques  de  coliques ,  la  malade,  pressée  par  l'envie 
d'uriner,  ^  présentait  souvent ,  sans  qu'il  sortît  une  gôutté 


ouveut's  dans  le  bassinet.  567 

d'urine.  Enfin,  à  force  d'efforts  et  de  pression  sur  le  ventre, 
les  hydatides  sortaient  avec  une  sorte  de  bruit,  ensuite  l'urine 
coulait  à  plein  canal  et  sans  douleur. 

Cette  demoiselle  est  morte,  lo  8  juin  1776.  M.  Fleuret  a  fait 
l'ouverture  de  son  corps.  Le  rein  droit  était  sainj  le  gauche  avait 
une  forme  extraordinaire.  Il  l'enleva  avec  l'uretère  et  la  vessie, 
;  pont-  en  faire  l'examen  avec  plus  de  soin.  Ayant  ouvert  ce  rein, 
1  il  ne  vit  qu'un  sac  membraneux,  rempli  d'hydatides,  qui  n'c- 
;  taient  point  aussi  grosses  que  celles  que  la  malade  avaient  ren- 
dues. Le  bassinet  et  l'uretère  étaient  extrêmement  élargis.  Il  n'y 
.  arait  l'ien  de  particulier  à  la  vessie-  M.  Fleuret  a  envoyé  ces 
1  parties  à  notre  académie,  qui  a  chargé  M.  Desault  de  les  exa- 
rtàiner.  Cet  académicien  nous  a  démontré  que  le  rein  gauche 
I  itait  transformé  en  une  poche  membraneuse  ovalaire,  dont  les 
parois  épaisses  étaient  celluleuses  dans  plusieurs  endroits ,  et 
qui  était  remplies  d'un  grand  nombre  d'hydatides  libres,  de 
grosseur  et  de  figure  différentes.  Ces  hydatides  avaient  leurs 
tuniques  transparentes  et  quelquefois  doubles,  elles  contenaient 
une  lymphe  trouble.  L'uretère  était  très  dilaté ,  avait  ses  tuni- 
ques épaisses  et  plusieui'S  petites  hydatides  naissantes. 

Om<  IVi  —  Douleurs  daus  la  rcgioa  réualo  gauche  et  à  la  vessie  ;  uriue 
purulente  ;  mort  ;  dépôt  de  pus  dans  les  reins  (Chopart,  Traité  des  ma- 
lad.  des  'voies  urinaires,  t.  i,  p.  i5o). 

Un  notaire  de  la  ville  de  Montereau  ressentit  des  dou- 
leurs à  la  région  du  rein  gauche  et  à  la  vessie.  On  pensa  qu'il 
avait  la  pierre,  et  btt  lui  fit  prendre  des  bains,  des  boissons 
diurétiques  et  des  pilules  savonneuses.  Loin  d'éprouver  du 
aoulageraent,  ses  douleurs  augmentèrent.  Il  vint  à  Paris,  et 
consulta  M.  Desault,  qui  jugea  par  la  sonde  qu'il  n'avait  point 
de  pierres  dans  la  vessie.  Le  malade,  rassuré  sur  les  craintes 
qu'il  avait  de  cette  maladie,  retourna  dans  son  pays,  prit  des 
bains,  des  boissons  adoucissantes,  et  se  trouva  mieux  pendant 
un  mois.  Ensuite  ses  doule\irs  recommencèrent  avec  force.  Son 
urine,  qui  jusqu'alors  avait  été  d'une  bonne  qualité ,  devint 
trouble,  bourbeuse,  et  déposa  beaucoup  d'humeur  blanchâtre 
puriforrae  j  quinze  jours  après  il  rendit  par  l'urèthre,  après  de 


568     KYSTES  ACÉPHALOCYSTIQUES  DES  REINS, 

grands  efforts  pour  uriner,  un  corps  mollasse,  allongé  et  qui 
avait  l'apparence  d'une  membrane  épaisse.  Après  la  sortie  de  ce 
corps  étranger.qu'il  mildans  une  Ifcuteille  d'eau,  et  qu'il  envoya 
à  M.  Desault  pour  en  faire  l'examen  ,  les  douleurs  des  voies  uri- 
naires  diminuèrent  sensiblement.  Le  troisième  jour  suivant,  il 
rendit  un  nouveau  corps  de  même  nature  que  le  premier.  Il 
parut  à  M.  Desault  que  ces  corps  étaient  des  débris  d'hydalides 
lymphatiques,  formées  dans  les  reins  ou  dans  la  vessie,  et  qui 
s'étant  rompues  avaient  eu  plus  de  facilité  à  sortir  par  l'urèthre. 
Car,  de  même  que  dans  le  cas  précédent,  les  hydatides,  pous- 
sées vers  le  col  de  la  vessie  par  l'action  d'uriner,  bouchaient 
l'entrée  de  l'urèthre,  causaient  la  difficulté  d'uriner  et  des  dou- 
leurs aiguës.  Cette  action  diminuant  et  le  malade  changeant  de 
situation,  elles  tombaient,  par  leur  poids,  au  fond  de  la  vessie, 
et  permettaient  le  passage  de  l'urine  ;  ensuite  étant  plus  ma- 
cérées par  l'urine  et  portées  de  nouveau  dans  le  col  de  la  vessie 
oii  elles  étaient  pressées  par  l'action  d'uriner,  elles  se  rom- 
paient, et,  devenant  plus  proportionnées  au  canal  de  l'urèthre, 
elles  le  traversaient.  Ainsi,  ce  malade  devait  être  soulagé  après 
l'issue  de  ces  corps  étrangers.  M.  Desault  le  prévint  qu'il  pour- 
rait encore  rendre  d'autres  portions  d'hydatides  ou  même  des 
hydatides  entières,  parce  que  l'uretère,  plus  dilatée  à  mesure 
qu'il  en  passerait,  pourrait  se  prêter  assez  pour  en  laisser  sortir 
de  la  grosseur  d'un  noyau  d'olive.  Il  l'engagea  à  continuer  le 
régime  délayant,  la  boisson  d'eau  de  lin  et  de  chien-dent. 
Dans  l'espace  de  quinze  jours,  le  malade  rendit  encore  par  l'u- 
rèthre plusieurs  particules  blanchâtres,  comme  membraneuses^ 
et  ne  sentit  plus  de  douleurs  à  la  vessie.  Mais  son  urine  conti- 
nua d'être  trouble,  purulente;  il  eut  de  temps  en  temps  des 
accès  de  fièvre  et  presque  toujours  des  douleurs  dans  les  reins, 
surtout  dans  celui  du  côté  gauche.  Enfin  ,  après  six  semaines 
de  souffrances  continuelles,  il  mourut.  M.  Colleau,  maître  en 
chirurgie  de  Montereau,  fit  l'ouverture  de  son  corps  :  il  trouva 
le  rein  gauche  en  suppuration.  Il  y  avait  du  côté  des  calices, 
des  mamelons,  plusieurs  foyers  d'humeurs  blanchâtres,  granu- 
leuses et  fétides,  et,  dans  la  substance  de  ce  rein,  quelques 
points  purulens  qui  ne  communiquaient  point  avec  ces  foyers. 


OUVERTS  DANS  LE  BASSINET.  SGg 

L'uretère  était  épais,  raoins  flexible  que  dans  l'état  ordinaire, 
et  contenait  un  peu  d'humeur  purulente;  le  rein  droit  avait 
des  marques  de  suppuration.  La  vessie  était  petite,  racornie , 
et  renfermait  une  petite  quantité  d'urine  fétide.  Il  n'y  avait  m 
pierre,  ni  hydatides  ,  ni  concrétions  lymphatiques,  ni  fongus. 
Les  autres  viscères  du  ventre  étaient  sains. 

Quoiqu'il  n'ait  point  paru  d'hydatides  dans  les  voies  urinai- 
res  de  ce  malade,  il  est  probable  que  les  corps  étrangers  qu'il 
a  rendus  par  l'urèlhre  n'étaient  point  de  simples  concrétions 
lymphatiques,  mais  des  vésicules  rompues,  ouvertes.  M.  De- 
sault y  reconnut  des  caractères  de  membrane  et  la  forme  de 
vésicule.  Peut-être  ces  hydatides  se  trouvaient-elles  trop  gros- 
ses pour  enfiler  la  roule  de  l'urèthre  ,  qui  est  plus  longue  et 
moins  dilatable  dans  l'homme  que  dans  la  femme.  Il  est  vrai- 
semblable qu'elles  étaient  parvenues  dans  la  vessie,  lorsque 
M.  Desault  y  apporta  la  sonde  ;  car  les  douleurs  que  le  malade 
ressentait  depuis  deux  mois  dans  ce  viscère,  et  qui  ressem- 
blaient à  celles  que  cause  une  pierre  mobile  et  portée  au  col 
de  la  vessie,  n'ont  cessé  qu'après  l'issue  de  ces  corps  éti'angers. 
Le  défaut  de  résistance  ou  la  mollesse  de  ces  hydalides  empê- 
chait de  les  reconnaître  par  la  sonde. 

Obs.  y.  — Doalenrs  dans  le  c6té  gauche  du  ventre;  sable  rouge  expulsé 
avec  l'nrine;  urine  sanguinolente  et  purulente;  expnhion  d'hydatides, 
précédée  de  vires  douleurs;  guérison. — (Russel. —  Medic.obs.  andinquir, 
pubUshed  by  a  tocietyof  phjrsicians,  in  London,  t.  lir,  p.  146,  1767). 

Un  jeune  homme  ,  âgé  d'environ  a4  ans ,  d'une  constitution 
délicate,  ressentit  une  douleur  au  côté  gauche  du  ventre,  et  eut 
de  la  fièvre.  Ces  symptômes  subsistant  même  après  la  saignée 
et  l'usage  de  quelques  drogues,  il  fit  appeler  M.  Russel.  Il  avait 
alors  une  douleur  violente  dans  la  région  gauche  de  l'hypo- 
gastre,  avec  un  grand  mal  de  tète,  chaleur,  soif  et  sécheresse 
de  la  langue.  Son  pouls  était  vif,  plein  et  dur;  son  urine  sor- 
tait avec  difficulté,  en  quantité  suffisante,  et  d'une  couleur  na- 
turelle. Il  avait  le  ventre  libre.  Dans  la  nuit,  il  se  plaignit 
d'une  douleur  aiguë  dans  la  région  du  rein  gauche,  et  qui  s'é- 
lendait  le  long  de  l'urèthre  jusqu'à  la  vessie.  Il  eut  une  réten-» 


5'ja     KYSTES  ACÉPHALOCY8TIQUE3  DES  REINS, 

tion  d'urine  pendant  quelques  heures ,  des  nausées  et  plusieurs 
vomissemens.  On  réitéra  la  saignée  ;  il  prit  des  demi-bains ,  des 
lavemens  émolliens,  des  boissons  rafraîchissantes  et  des  potions 
huileuses.  En  peu  de  jours,  ces  accidens  graves  se  dissipèrent; 
«n  peu  de  salle  rougeâtre  parut  dans  l'urine  ;  cependant  la  dou- 
leur au  côté  gauche  subsistait  toujours,  sans  être  aussi  violente. 
Le  malade  était  faible  et  avait  toujours  une  chaleur  fébrile. 
On  l'engagea  à  aller  à  la  campagne,  à  boire  du  lait  d'ânesse,  à 
prendre  plus  de  nourriture  et  à  faire  un  peu  d'exercice.  Ses 
forces  revinrent,  sa  chaleur  fut  moindre,  et  il  fut  presque  sans 
douleur  pendant  quinze  jours,  après  lesquels  étant  allé  en  voi- 
ture, il  eut  de  la  peiné  à  uriner,  et  des  envies  plus  fréquentes 
de  rendre  son  urine.  Il  en  sortait  peu  à-la-fois,  et  elle  s'arrêtait 
quelquefois  sans  qu'il  fût  plus  tourmenté  de  douleurs.  Cet  état 
dura  toute  là  nuit.  Le  lendemain  mâtin ,  ayant  commencé  à 
rendre  de  l'urine ,  elle  s'arrêta  tout-à-coup ,  et  le  malade  crut 
qu'il  s'était  crevé  quelque  corps  dans  l'urèthre.  Il  sortit  de  ce 
canal  une  petite  quantité  d'humeur  puriforme,  avec  un  peu  de 
sang,  puis  un  sac  membraneux  vide ,  du  volume  d'un  œuf  de 
pigeon.  Enfin  il  s'écoula  Une  grande  quantité  d'urine,  ce  qui 
soulagea  beaucoup  le  malade.  Pendant  plusieurs  jours ,  son 
urine  déposa  une  humeur  puriforme  et  un  peu  teinte  de  sangj 
et ,  durant  ce  temps ,  il  rendit  par  l'urèthre  plusieurs  petites 
hydatides ,  dont  quelques-unes  étaient  rondes ,  de  la  grosseur 
d'un  pois  ordinaire ,  et  avec  un  petit  pédicule.  Ce  jeune  homme 
se  trouva  dans  un  bon  état  pendant  dix  jours,  puis  il  eut  un 
nouvel  accès  de  douleurs ,  et  rendit  encore  plusieurs  hydatides. 
Ces  accès  récidivèrent  de  temps  en  temps  et  se  terminèrent 
toujours  par  la  sortie  de  petites  hydatides;  dans  les  intervalles 
il  paraissait  jouir  d'une  bonne  santé.  Le  nombre  de  ces  hyda- 
tides a  été  considérable.  M.  Russe!  en  a  vu  quarante  de  diffé- 
rente grosseur ,  depuis  le  volume  d'un  œuf  de  pigeon  jusqu'à 
celui  d'une  tête  d'épingle.  Les  plus  grosses  étaient  crévées  avant 
de  sortir,  mais  les  petites  sortaient  entières.  Elles  contenaient 
une  humeur  qui  n'était  jamais  bien  limpide  ou  transparente, 
et  qui  paraissait  plus  opaque  dans  quelques-unes  quedans  d'au- 
irês.  Aucune  n'avait  d'incrustation  calculeuse,  cllespremières 


OUVERTS  DANS  LE  BASSINET.  57 1 

qui  sont  sorties  étaient  d'une  couleur  plus  claire  que  les  der- 
nières. A  l'âge  de  i4  ans,  ce  jeune  homme  avait  ressenti  des 
douleurs  aiguës  dans  les  voies  urinaires,  et  avait  rendu  des 
urines  noires  ou  d'une  couleur  de  café.  A  22  ans  il  eut  un  vo- 
missement bilieux  et  quelques  douleurs  dans  le  dos.  Voilà  ce 
qui  lui  était  arrivé  de  particulier ,  avant  la  maladie  pour  la- 
quelle M.  Russe!  a  été  appelé.  Deux  ans  après  la  première  sor- 
tie reconnue  des  hydatides,  il  en  rendait  encore  en  différens 
temps.  Quelques-unes  étaient  même  plus  grosses  que  celles 
des  années  précédentes.  Du  reste,  il  jouissait  d'une  bonne 
santé. 

Om.  VL  —  GoDorrLée  et  douleurs  néphrétiques  ;  expulsion  d'bydatides 
avec  l'urine  {ColL  acadèm,,  t.  x,  p.  65). 

Un  homme  'avait  Une  gonorrhée  et  des  douleurs  néphréti- 
ques. Son  urine  n'était  point  chargée  de  graviers  j  elle  était 
sanglante,  et  l'excrétion  s'en  faisait  avec  beaucoup  de  diffi- 
culté. On  s'attendait  à  voir  bientôt  paraître  quelques  petites 
pierres;  mais,  au  lieu  de  calculs,  il  rendit  un  grand  nombre  de 
vésicules  ou  de  corpuscules  blanchâtres,  mous,  creux,  et  qui 
s'enflaient  lorsqu'on  y  introduisait  de  l'air.  Il  y  en  avait  de  la 
grosseur  d'un  pois  :  les  unes  paraissaient  remplies  d'une  hu- 
meur gélatineuse  ,  d'autres  d'une  lymphe  jaunâtre  5  quelques- 
unes  avaient  leur  surface  tachée  de  points  rouges.  Dans  le 
temps  que  ces  vésicules  continuaient  à  sortir,  on  fit  prendre 
au  malade  des  bols  de  térébenthine.  L'etcrétion  de  ces  vési- 
cules fut  aussitôt  supprimée ,  et  ne  se  rétablit  que  par  l'inter- 
ruption du  remède.  La  térébenthihe  ayant  été  donnée  une  se- 
conde fols  ,  les  vésicules  s'arrêtèrent  de  nouveau;  mais  elle» 
reparurent  dès  qu'on  en  eut  suspendu  l'usage.  On  fit  macérer 
ce»  corpuscules  pendant  huit  jours,  ensuite  on  les  soufQa;  ils 
parurent  transparens',  semblables  à  des  toiles  d'araignée, 
l'otl  ne  douta  plus  que  ce  ne  fussent  de  véritables  vésicules. 


KYSTES  ACÉPHA.LOCYSTIQUES  DES  JIEIKS 


Ods.  Vir.  —  Histoire  de  dix-sept  liydatide»  rénales,  rendues  par  le  can.l 
de  l'urèthre,  à  la  suite  d'un  traitcmcut  anti-sypLilitique,  par  M.  Aulagnicr 
correspondant  de  rAcadémic  de  médecine  de  Paris,  etc.,  lue  à  l'Académie 
de  médecine  de  Paris,  en  mars  18 16  {Journ.  gén.  de  méd.,  t.  lvi  n  236 
avriliSie,  p.  j68).  '         •   •  • 

Un  officier-général  gagna,  il  y  a  près  de  lo  ans,  une  gonor- 
rbée.  Un  chirurgien  de  son  corps  d'armée  lui  conseilla  d'em- 
ployer des  injections  astringentes.  Le  rétrécissement  ou  la  coarc- 
tation  de  l'urèthre  avec  dysurie  urélhrale  ne  tarda  pas  à  se 
manifester.  Les  devoirs  de  ce  général  ne  lui  permettant  pas 
de  suivre  un  traitement  méthodique,  il  fit  les  campagnes  de 
l'armée  d'Egypte  et  celles  d'Espagne,  au  milieu  de  souffrances 
presque  continuelles.  La  difficulté  d'uriner  devint  chronique, 
ainsi  que  cela  arrive  ordinairement.  Le  malade  fut  forcé  de 
faire  usage,  à  diverses  reprises,  de  bougies  de  gomme  élas- 
tique, dont  il  abusa.  La  dysurie  s'accompagnait  d'un  écoule- 
ment habituel  de  matière  puriforme,  contre  lequel  le  malade 
employa  pendant  long-temps  et  inutilement  une  très  grande 
quantité  de  baume  de  copahu.  Au  mois  d'avril  dernier,  le  gé- 
néral me  témoigna  le  désir  de  se  soumettre  à  un  traitement.  Je  le 
prévins  qu'il  serait  long,  à  cause  de  l'ancienneté  de  la  maladie; 
il  n'en  fut  pas  découragé.  A  cette  époque ,  le  périnée  et  les 
bourses  étaient  couveris  de  dartres ,  accompagnées  d'une  forte 
démangeaison.  L'écoulement  parle  canal  de  l'urèthre  était  fort 
abondant,  verdâlre;  le  gland  toujours  inondé  de  matière  j  et 
le  malade  urinait  avec  peine,  et  goutte  à  goutte,  jusqu'à  cinq 
fois  par  heure.  Je  prescrivis  des  bains  ,  des  boissons  adoucis- 
santes et  des  injections  avec  la  décoction  de  graine  de  lin  et  de 
tête  de  pavot.  Quinze  jours  après,  le  malade  fut  atteint  d'une 
fièvre  bilieuse,  qui  fit  suspendre  le  traitement  anti-vénérien. 
Dès  qu'elle  eut  cessé,  je  conseillai  des  bains  de  siège  deux  fois 
le  jour,  composés  d'une  décoction  de  son ,  à  laquelle  on  ajou- 
tait le  muriate  de  mercure  sur-oxidé ,  dont  on  augmentait  gra- 
duellement la  dose.  Le  nombre  des  bains  fut  porté  à  soixante- 
dix.  La  tisane  était  faite  avec  de  la  racine  de  bardane  et  l'écorce 
d'orme.  Les  injections  comme  ci-dessus:  on  y  ajouta  une  très 


OUVERTS  DANS  LE  BASSINET. 

petite  dose  de  muriate  mercure  sur-oxidé.  Ces  moyens  produi- 
sirent de  bons  effets;  les  démangeaisons  s'apaisèrent;  l'écoule- 
ment changea  de  nature  et  diminua  considérablement. 

J'avais  ignoré  jusqu'alors  que  le  malade  rendait,  depuis  plus 
de  quatre  mois  et  en  grande  quantité,  avec  les  urines,  une  ma- 
tière puriforme,  ressemblant  au  blanc  d'œuf,  ayant  une  odeur 
insupportable ,  et  s'attachant  au  fond  du  pot.  Cette  matière 
sortait,  tantôt  à  la  fin  de  l'émission  de  l'urine,  tantôt  avec  les 
premières  gouttes  ;  ce  qui  me  faisait  craindre  quelque  affection 
profonde  des  voies  urinaii'es.  Je  prescrivis  les  eaux  de  Gontrexe- 
ville,  et  je  fis  commencer  le  traitement  par  les  bougies  emplas- 
tiques.  La  première  introduction  de  la  bougie  me  fit  recon- 
naître qu'il  y  avait  un  obstacle  un  peu  en  dessous  du  gland. 
Je  m'étais  assuré  que  le  spasme  n'était  pour  rien  dans  l'im- 
possibilité de  la  pousser  plus  avant.  Plusieurs  jours  après, 
je  rencontrai  un  second  obstacle  au  milieu  de  la  verge.  Par 
l'introduction  de  la  bougie,  l'écoulement  augmenta  ainsi  que 
cela  arrive  ordinairement.  La  bougie  retirée  ,  on  y  voyait 
beaucoup  de  matière  attachée  à  l'endroit  oii  se  trouvait  l'ob- 
stacle. Dix  à  douze  jours  après,  la  bougie  pénétra,  non  sans 
peine,  dans  la  vessie.  Le  malade  éprouvait  un  picotement  très 
sensible  et  une  grande  démangeaison  dans  le  canal ,  et  surtout 
vers  la  prostate;  mais,  la  bougie  introduite,  il  pouvait  la  garder 
long-temps  sans  en  être  incommodé.  Contre  mon  avis,  il  la  te- 
nait introduite  vingt-deux  heures  sur  vingt-quatre.  Ce  traite- 
ment fut  continué  pendant  quelque  temps.  Cependant  l'appétit 
était  régulier  :  le  malade  dépérissait  j  il  était  morose,  et  se  plai- 
gnait d'une  douleur  gravative  dans  la  région  lombaire.  On 
apercevait  au  toucher  un  léger  gonflement  à  la  région  du  rein 
gauche  ;  la  douleur  devenait  insupportable.  Deux  ou  trois  jours 
aprè3,le  général  rendit,  par  le  canal  de  l'urèthre  et  presque  sans 
douleur,  une  masse  de  forme  oblongue  el  de  la  grosseur  d'un 
luyau  de  plume  à  écrire.  Ce  corps  excrété,  suivant  le  rapport 
qu'on  m'en  fit,  était  rempli  de  liquide.  Depuis  deux  jours  on  l'a- 
vaii  laissé  sur  du  papier  brouillard,  oii  il  s'était  desséché  :  aussi 
ne  me  fut-il  pas  possible  d'en  reconnaître  la  nature.  Le  surlende- 
main^ le  malade  en  avait  rendu  deux  autre»  un  peuiuoins  gro»  : 


KYSTES  ACÉPHAL0CV8TIQUES  DBS  REINS 

c'étaient  des  hydatides.  Il  se  sentit  soulagé  :  d'abord  il  urina  à 
plein  canal; mais  il  devenait  chaque  jour  plus  triste  j  il  ne  man- 
geait presque  pas  \  il  dépérissait  à  vue  d'œil  ;  et  la  douleur  ré- 
nale se  renouvelait,  Les  urines  contenaient  beaucoup  moins  de 
matière  puriforrae.  Je  fis  substituer  les  eaux  de  Selter  à  celle  de 
Contrexe ville.  Le  malade  rendait  presque  tous  les  deux  ou  trois 
jours  des  hydatides  beaucoup  plus  petites.  Par  la  négligence 
des  personnes  qui  étalent  auprès  du  malade,  je  n'ai  pu  en  con- 
server que  six  de  dix-sept  qu'il  a  rendues.  Quelque  temps  après 
avoir  commencé  l'usage  de  ces  eaux,  la  matière  puriforme  con- 
tenue dans  les  urines  diminua  sensiblement,  et,  au  bout  d'en- 
viron vingt  jours,  elles  n'en  contenaient  plus.  De  rougeâtres 
qu'elles  avaient  été  jusqu'alors,  elles  prirent  une  couleur  natu- 
relle ;  elles  furent  moins  abondantes  :  les  fonctions  des  voies 
urinaires  se  rétablirent  complètement ,  l'appétit  et  la  gaîlé  re- 
vinrent; les  forces  se  relevèrent.  Le  général  a  usé  des  eaux  de 
Selter  jusqu'à  son  départ,  et  a  appliqué  tons  les  jours  la  bou- 
gie deux  heures  le  matin  et  autant  le  soir. 

Au  commencement  de  janvier  il  rendit  encore  une  hydalide; 
le  suintement  par  l'urèthre  diminua  au  point ,  que  je  ne  crus 
pas  nécessaire  d'employer  d'autres  moyens  que  la  bougie  pour 
le  tarir.  Ce  général  partit  pour  aller  ches  lui  le  3  février,  dans 
l'état  de  la  meilleure  santé. 

Ogs.  YIII,  —  Douleurs  dans  le  rein  droit  ;  cxpnhioa  d'hydatides  par  l'u- 
rctUre;  guéfison  par  l'emploi  de  la  térébenthine:  cas  rapporté  par 
M.  Morcau,  médecin  à  Vitry-lc-Français  {Bibliolfi,  méd.,  septembre  1820, 
p.  334,  —  Joum.  gén.  de  Méd,,  t.  LXXV,  p.  ^s'')',. 

Un  homme  de  a6  ans  éprouvait  depjiis  deux  ans  des  dou- 
leurs aiguës  dans  la  région  lombaire  droite ,  accompagnées 
d'un  sentiment  pénible  de  tension  et'  de  gonflement  de  cette 
région,  de  grande  difficulté  d'uriner,  parfois  même  d'une  réten- 
tion d'urine.  Après  quelques  jours,  ces  douleurs  cédaient  à  l'ex- 
pulsion, par  l'urèthre,  de  petites  hydatides,  d'abord  de  la  gros- 
seur d'un  pois ,  puis  du  volume  d'uûe  grosse  noisette.  Lorsque 
ces  petits  corps  hydatiques  eurent  atteint  un  plus  grand  vo- 
lume >  ue  pouvant  plus  sortir  eatiera,  ils  se  rompaient;  et  il 


OUVERTS  PANS  I^ï  BASJÏtfBT.  67$ 

$ie  paraissait  plus  au  dehors  que  des  débri»  membraneux. 

M.  Moreau  crut  recoonaître  l'existence  d'bydatideB  dan»  le 
rein  droit ,  et,  se  rappelant  l'action  de  la  térébenthine  sur  les 
fpies  urinairef),  il  n'hésita  pas  à  prescrire  au  malade  seize 
grains  de  cette  substance  en  quatre  doses  pour  chaque  jour. 
i3oit  simple  coincidence,  ou  par  l'effet  des  raédicamens  en  ques- 
îàon,  le  malade  fut  guéri  sans  retour  en  moins  de  huit  jours. 

§.  869.  Le  doctew  Lettsom(i)  a  aussi  rapporté  deux  cas  fort 
Cttrieux  de  rupture  de  kyste  acéphalocystique  dans  les  conduits 
excréteurs  de  l'urine,  suivis  de  guérison:  Un  gentleman,  âgé  de  3a 
i  ans,  fut  renversé  de  cheval  en  février  1780,1!  en  résulta  un  choc 
I  violent  aux  lombes  suivi  d'une  hématurie  considérable  j  après 
(  quinze  jours  il  ne  ressentit  pas  d'inconvéniens  de  celle  chute  jus- 
I  qu'au  mois  de  juin  suivant.  Alors  il  se  plaignit  de  toux  et  d'un 
(  cirachement  de  sang  qu'il  attribua  à  sa  chute.  Mais,  avec  quelque 
>  soin,  il  se  remit  et  ne  ressentit  plus  aucun  symptôme  de  cette 
maladie  pendant  trois  ans.  En  septembre  1783,  il  fut  pris  de 
(rissons,  d'une  vive  douleur  dans  la  région  du  rein  gauche. 
Peu  de  jours  après  il  s'aperçut  d'une  tumeur  à  l'hypochoudre, 
laquelle  s'accrut  graduellement  jusqu'à  la  fin  de  février  i^H* 
Pendant  neuf  semaines,  la  tumeur  fut  si  peu  douloureuse  que  le 
malade  piU  faire  un  voyage  de  i3o  milles  pour  consulter  le 
docteur  Lettsom.  En  examinant  la  tumeur,  qui  était  aussi 
grosse  que  la  tète  d'un  enfant ,  on  reconnut  qu'elle  contenait 
une  matière  liquide,  qu'elle  s'étendait  des  vertèbres  du  dos  le 
long  de  l'hypochoudre  gauche  à  la  région  ombilicale,  et  qu'elle 
occupait  tout  l'espace  des  côtes  aux  os  innominés.  La  douleur» 
qui  augmentait  aveq  Venûuredu  côté,  était  aggravée  par  l'exer- 
cice ou  le  mouvement,  mais  elle  était  soulagée  par  un  calmant. 
£niin  il  survint  de  la  douleur  pour  uriner  et  une  rétention  d'o- 
:  riue  complète  pendant  «quelques  heures.  Dans  cet  état,  d«s 
chirurgiens  des  plus  habiles  furent  consultés  pour  détermi- 
ner s'il  serait  à  propos  de  faire  une  incision  au  côté  et  de 
;  percer  le  kyste  pour  prévenir  la  fatale  terminaison  que  la  ré- 

(i)  Lettsom.  Two  cases  0/ hyduUUes  rénales  (SHem.     tbe  médical  soci«tjr 
ofLoadon,  vol.  u,  p.  33, 1789). 


KYSTES  ACJÊPHALOCYSTIQUES  DES  BEWS, 
tention  d'urine  présageait.  Le  ao  février,  la  consullation  eut  lieu 
son  résultat  fut  que  l'incertitude  de  la  situation  de  la  tumeur 
par  rapport  aux  intestins,  et  le  risque  d'exposer  les  parties 
affectées  à  l'air  extérieur,  firent  rejeter  l'opération.  On  conti- 
nua l'opiat  ordinaire  du  malade  :  de  la  ciguë  et  des  clystères 
anodins.  Le  malade  passa  une  nuit  douloureuse ,  tourmenté 
par  des  frissons  fréquens  et  violens  ;  mais  il  éprouva  un  très 
grand  soulagement  le  matin  de  bonne  heure,  à  la  suite  de  l'é- 
coulement d'une  grande  quantité  de  pus  épais  mêlé  à  l'urine, 
écoulement  qui  fut  suivi  le  lendemain  d'une  évacuation  de  pus 
et  de  nombreuses  hydatides. 

En  peu  de  jours  la  tumeur  s'affaissa,  et  l'écoulement  purulent 
disparut.  Le  malade  continua  à  reprendre  des  forces  pendant 
une  quinzaine  ;  son  côté  se  gonfla  de  nouveau  après  une  pro- 
menade en  voiture,  une  grosse  hydatide  s'ctant  probablement 
engagée  dans  l'urèlhre.  Il  survint,  comme  précédemment,  des 
frissons,  de  la  strangurie,  et  la  tumeur  devint  aussi  volumi- 
neuse que  la  première  fois.  A  la  fin  de  mars,  il  éprouva  une 
seconde  évacuation  semblable  en  tout  à  la  première,  excepté 
que  les  hydatides  étaient  plus  grosses.  La  santé  et  les  forces 
revinrent  ;  mais  après  une  course  à  cheval.  M.,,  fut  pris  une 
troisième  fois  de  malaise,  et  l'enflure  du  côté  continua  jusqu'au 
a5  avril.  Alors  il  fut  soulagé  par  un  troisième  écoulement 
d'hydatides  qui  furent  considérablement  plus  grosses  que  celles 
des  attaques  précédentes.  Il  rendait  souvent  de  ces  hydatides 
après  une  promenade  à  pied  ou  à  cheval,  n'ayant  plus  d'enflure 
ou  de  douleur  au  côté  ,  et,  lorsqu'il  éprouvait  du  malaise  ou 
une  légère  tuméfaction,  parla  pression  de  la  main  il  pouvait 
diriger  les  hydatides  vers  la  vessie,  oîi  elles  séjournaient  quel- 
que temps  avant  d'être  expulsées  ;  mais  les  hydatides  devin- 
rent à  la  fin  si  volumineuses  qu'elles  avaient  beaucoup  de  peine 
k  traverser  l'urèthre;  la  dernière  qu'il  rendit,  le  i»  de  juillet, 
était  si  volumineuse,  qu'elle  s'arrêta  dans  l'urèthre  et  y  resta 
pendant  un  temps  considérable,  jusqu'à  ce  que  le  poids  de 
l'urine  amoncelée  la  foi  çât  à  passer.  Les  premières  hydatides 
•e  crevèrent  en  sortant,  elles  n'étaient  pas  plus  grosses  qu'un 
pois,  et  les  dernière»  du  volume  d'uuauf  de  poule.  Cepend»nt 


OUVERTS  DANS  LE   BASSTNET.  5'J'J 

i  (a  santé  se  rétablit  graduellement ,  et  le  malade  put  se  livrer 
I  sans  le  moindre  inconvénient  à  la  chasse  et  à  tout  autre  exer- 
i  cice  aussi  bien  qu'il  l'eût  jamais  fait.  Dans  cette  maladie ,  on 
:  employa  peu  de  remèdes,  excepté  la  ciguë,  la  gomme  arabique, 
k  les  lavemens  et  les  anodins.  Pour  la  seconde  fois ,  lorsque  la 
t  tumeur  devint  douloureuse,ilpritunémétique,  qui  parut  hâter 
1  l'expulsion  des  hydatides.  Le  quinquina,  essayé  entre  les  éva- 
c  cuationSj  réussit  mal  et  fut  abandonné  après  la  dernière  expul- 
I  siou.  Ce  remède,  ainsi  que  le  lait  d'ânesse,  paraissaient  utiles. 

Un  homme  sobre  avait  été  pendant  quelques  années  sujet 
à  &  des  paroxysmes  de  douleurs  dans  la  région  du  rein  droit , 
à  douleurs  qui  paraissaient  descendre  dans  la  direction  de  l'uretère 
i  du  même  côté,  et  qui  cessèrent  après  la  sortie,  par  l'urèthre,  de 
q  quelques  sacs  membraneux  (acéphalocystes)  de  différent  volu- 
I  me,  quelques-uns  entiers,  les  autres  rompus  et  vides.  Il  y  avait 
c  des  intervalles  considérables  entre  les  paroxysmes,  pendant 
i  lesquels  le  malade  jouissait  d'une  santé  parfaite.  Ces  paroxys- 
I  mes,  qui  revenaient  tous  les  quatre  à  cinq  mois,  avaient  aug- 
I  menté  de  fréquence,  et  les  hydatides  avaient  un  volume  plus 
(  considérable.  Le  malade  souffrait  de  la  sorte  depuis  dix  ans  au 
I  moment  oii  on  commença  à  l'observer.  D'abord,  l'expulsion 
i  des  hydatides  avait  été  suivie  d'un  sentiment  de  pesanteur, 
I  plutôt  que  de  douleurs  et  de  légers  frissons.  L'expulsion  des 
)  hydatides  avec  une  matière  purulente  finit  par  revenir  jusqu'à 
c  cinq  fois  par  an  ,  accompagnée  chaque  fois  d'augmentation  de 
(  douleur  et  précédée  d'un  sentiment  de  plénitude  dans  la  région 
(  du  rein  droit.  Pendant  trois  mois,  il  y  eut  cessation  des  symp- 
t  tômes  ci-dessus,  qu'on  attribua  aux  remèdes  suivans  prescrits 
I  par  le  docteur  Lettsom  :  —  TP  Ext.  cicutœ  et  pilulœ  sapon.  à  à 
5  i,  fiant  pil.  xxiv.  cap  ii,  omninocte.  —  If  Elec.  lenitiv.  5  i  ; 
(  œthiop.  minerai  §  fs;  syntpi  simpl.  q.  t.  ut  fiât  elect.  de  quo 
<  cap.rhagn.nucismosch, protdventer  poslnlaverit. — %  Uvœ  ursi 
l  ii  eoqtie  ex  aq.  font.  %  ix  ad  \  vi.  stih  finem  coclionis  addetido 
I  rad.  glycyrrh.  3  fs  et  cola. — V  Liq.  colati  l  ifs  ;  tinct.  stomach. 
§  i.  fiât  haustus  lis  per  diem  sumendus. 
Trois  années  s'étant  écoulées,  le  rapport  dit  qu'après  des 
«  douleurs  considérables  dans  le  dos,  il  rendit  encore  plusieurs 
III.  37 


KYSTES  ACIÎPH/VLOCYSTIQIIKS  DES  REINS, 

hydalides  d'un  volume  plus  considérable,  auxquelles  adhérait 
un  peu  de  sable  5  il  en  rendit  plusieurs  à  difFérentes  périodes  ; 
mais  il  avait  éprouvé  un  tel  amendement  de  l'usage  de  la  pres- 
cription ci-dessus,  et  de  la  poudre  d'uva  ursi  substituée  à  la 
décoction,  qu'on  pouvait  espérer  la  guérison. 

On  peut  rapprocher  de  ces  observations  les  deux  suivantes  : 

Une  femme  de  45  ans  but  pendant  cinq  semaines  de  l'eau 
alumineuse  ;  quatre  semaines  plus  tard,  elle  éprouva  des  dou- 
leui  s  néphrétiques  qu'elle  n'avait  jamais  eues  auparavant.  Un 
mois  après,  elles  se  renouvelèrent  et  se  répétèrent  plus  tard  tous 
les  jours.  Ces  douleurs  étaient  accompagnées  d'une  hématurie: 
douze  hydatides  furent  évacuées  avec  l'urine  ;  elles  avaient  nn 
pouce  et  demi  de  long  et  l'épaisseur  d'un  tuyau  déplume  d'oie. 
L'évacuation  dura  trois  heures  (i). 

Un  homme  âgé  de  3o  ans,  éprouvant  des  douleurs  excessives 
dans  les  reins,  après  avoir  pris  de  la  térébenthine,  évacua, 
avec  l'urine ,  quinze  hydalides  i^emplies  d'eau  et  de  la  grosseur 
d'une  balle  à  fusil ,  elles  étaient  formées  d'une  mem])rane 
épaisse  et  transparente,  et  étaient  tellement  résistantes  qu'elles 
ne  pouvaient  être  crevées  entre  les  doigts  (2). 

§  870.  On  a  vu,  dans  quelquescas  rares,  des  kysles  acépha- 
locystiques  s'enflammer,  s'ouvrir  aux  lombes  par  une  ou  plu- 
sieurs ouvertures,  et  ces  fistules  être  suivies  d'une  guérison 
complète. 

Obs.  IX.  —  Hydatides  évacuées  par  la  région  lombaire  droite  (M.  Jannin, 
chirurgien  à  Vallîères.  —  Bibliotit.  médic,  3°  année,  t.  x,  année  i8o5, 
p.  m). 

Au  printemps  de  l'an  xi,  une  fille  de  xg  ans  ,  bien  réglée, 
jouissant  de  la  meilleure  santé  ,  sent  se  former  peu-à-peu  une 
tumeur  dans  la  région  lombaire  droite.  Pendant  un  an,  celte 
tumeur  js'accroît  graduellement,  sans  produire  d'autre  incom- 
modité que  quelques  élanceraens  dans  la  partie  afFeclée.  A  la 
fin,  la  tumeur  étant  devenue  volumineuse  et  les  élancemens 
plus  fréquens  et  plus  douloureux,  elle  se  détermina  à  consulter 

(l)  Davis  m  Pliil.  Trans.,  vol.xxri,  u,  272,  p.  897. 
(a)  Lossi.  Ohs,  mc<f„  Ivb.  iv,  obs.  58,  Lond.  176^. 


OTrVERTS  AUX  tOMBES.  .^79 

M.  Jaunin.  La  tumeur  formait  alors  une  élévation  assez  consi- 
dérable, mais  circonscrite,  avec  fluctuation  sensible,  quoique 
profonde;  douloureuse  sous  la  pression  de  la  main  et  sans 
changement  de  couleur  à  la  peau.  Le  siège  du  dépôt  paraît  à 
M.  Jannin  être  situé  sous  l'aponévrose  du  muscle  transverse, 
et,  l'état  ilorissant  de  la  santé  repoussant  l'idée  d'un  dépôt  par 
congestion,  il  se  décide  à  en  faire  l'ouverture.  Au  îieu  d'un 
amas  de  liquide,  il  y  trouve  une  multitude  d'hydatides  sans 
pédicules,  flottant  isolées  dans  un  fluide  jaunâtre,  et  renfermées 
dans  un  kyste  dont  il  fait  extraction.  Le  lendemain,  à  la  levée 
de  l'appareil,  il  sort  encore  quel-jucs  hydatides  de  la  plaie. 
IMais  M.  Jannin  ,  après  l'avoir  sondée  du  doigt,  ne  croît  pas 
devoir  pousser  ses  recherches  plus  loin,  et  se  borne  à  faire  cha- 
que jour  des  injections  avec  l'eau  d'orge  miellée,  à  panser  avec 
le  digestif  et  à  faire  usage  de  compresses  imbibées  d'eau  et  de 
vin.  La  cicatrisation  avance  rapidement  ,  et  paraît  vouloir 
se  former  avant  que  le  fond  de  la  plaie  soit  entièrement  con- 
solidé, circonstance  qui  inspire  quelques  craintes  à  M.  Jan- 
i;in.  Heureusement  ces  craintes  ont  été  vaines,  et,  malgré  le  dé- 
v^elopperaent  d'an  érysi^pèle  peut-être  métaslatique  qui  est  venu 
i  oubler  la  nature  dans  sa  marche  ,  1»  malade  a  été  complète- 
neol  gaérie  dans  l'espace  d'environ  quinze  jours. 

iObs.  X.  —  Rhumatisme  goutteux  chronique ,  terminé  par  nn  ahcès  à 
région!  lojEDbaiBO  g.iacU»,  q'iL  reafecmait  prèar  ds  six  sents  bjdhtides  , 
pw  J.-IH.  Fari;adcscli^||^bajiias&0,  Q.  ]!tl..à  Âllaneiies  {Bibliotlièqm  médicale, 
onzième  année,  tom.  xmt,  année  iSi4>-P»  m). 

Un  lâiomrae,âgé  de68  aas,  était  sujet  à'  des  douleure  de  rhu- 
nafcisrae  vagues  qui,  depuis  quatre  à  cinq  ans ,  s'étaient  fixées 
ians; la  cuisse  et  la  jambe  gauches.  11  jouissait,  »  cela  près,  d'urne' 
)oniuî  santé,  lorsqu'il  lai  survint  à  l'aine  gauche  un  gontl'e- 
nent  du  volume  d'une  noix,  qaà  disparaissait  -et  reparaissait  al- 
ernalivement.Au  bout  de  quelques  années,  ce  gonflement  avait 

cquis  un  volume  considérable  et  était  accompagnai  de  douleurs 
irofoudes,  qui-  répondaient  dans  k  région  Itimbaire  gauche  , 

lais  ensuite  il  di&parut  en  peu  de  jours  et  fivt  remplacé  par  uui 

tige  abcès  clans  la  région  lombrtiie,  qui  s'ouvrit  spontanément 

37. 


58o      KYSTES  ACÉPHALOCYSTIQUES   DES  REINS 

après  avoir  causé,  pendant  environ  un  mois,  une  grande  gêne 
et  de  vives  douleurs.  Il  en  sortit  une  énorme  quantité  de  pu» 
de  bonne  qualité ,  au  milieu  duquel  on  distingua  petitet 
vesiies  de  forme  arrondie  et  de  diverses  grosseurs,  les  moindres 
avaient  le  volume  d'un  grain  de  raisin,  et  les  plus  grosses  éga- 
laient un  œuf.  Elles  étaient  formées  par  une  membrane  assez 
forte,  lisse  à  l'intérieur,  inégale  et  floconneuse  à  l'extérieur.  On 
les  écrasait  avec  peine  entre  les  doigts,  et  on  en  faisait  sortir 
un  liquide  aqueux,  inodore.  Le  lendemain  et  les  jours  suivans, 
chaque  fois  qu'on  renouvela  l'appareil,  il  sortit  encore  une 
multitude  de  ces  vessies,  avec  une  grande  quantité  d'une  ma- 
tière albumino-gélatineuse,  semblable  à  la  raclure  que  donne 
II!  cuir  des  tanneurs.  Au  bout  de  quelques  jours,  on  observa 
que  le  liquide  qu'elles  renfermaient  avait  perdu  sa  transpa- 
rence, et  qu'il  exhalait  une  odeur  très  forte  d'oeuf  pourri.  On 
fit  quelques  injections  de  miel  rosat,  et  on  appliqua  sur  l'ou- 
verture un  plumasseau  enduit  de  baume  d'Arcœus.  Ce  panse- 
ment fut  continué  jusqu'à  parfaite  guérison,  c'est-à-dire  pendant 
un  mois  et  demi. 

^  871,  La  pjélile  et  la  néphrite  sont  de  toutes  les  lésions 
rénales  celles  qui  accompagnent  le  plus  fréquemment  les  kystes 
acéphalocystiques  ;  viennent  ensuite  les  calculs  rénaux  qu'on 
a  vus  plusieurs  fois  compliquer  la  présence  des  hydatides. 

Om.  XI.  —  Point  de  traces  du  rein  droit  ;  acépbslocystes  et  calculs  daa> 
le  rein  g.iuche.  Blackburne  (Lond.  Mcd.  journ,ffe78i,  vol.  r,  p.  126.  — 
MeckeL  Puthol.  anat.,  toI.  11,  sect.  a,  p.  4a8,  4^9). 

Un  homme  tomba  du.haut  d'une  table,  et  depuis  ce  moment 
éprouva  continuellement  des  douleurs  violentes  dans  le  rein 
gauche.  Quelques  semaines  plus  tard,  il  rendit  avec  l'urine 
plusieurs  petites  hydatides,  et  d'autres  ensuite  de  la  grosseur 
d'un  œuf  de  poule. Quatre  ans  après,  le  malade  mourut,  et  on  ne 
trouva  du  côté  droit  aucune  trace  de  rein,  ni  d'uretère.  Le  rein 
gauche  était  trois  fois  plus  grand  qu'à  l'ordinaire;  le  bassinet, 
très  distendu,  était  rempli  en  partie  par  une  grosse  pierre,  mais 
principalement  par  un  liquide  épais  et  plusieurs  hydatides. 


ET  CALCULS  KÉNADX. 


58l 


Obs.  XU.  —  Acéphalocystes  et  calculs  rénaux  (Chopart.  Traité  des  mal. 
des  voies  urinaires,  t.  i,  p.  i44)' 

Desault  a  trouvé  des  hydalides  avec  des  pierres  dans  le  rein 
gauche  d'un  enfant  de  4  ans.  Ce  rein  était  couvert  de  beaucoup 
de  graisse  ;  sa  substance  charnue  était  dense  et  mince;  les  calices, 
le  bassinet  et  les  uretères  contenaient  un  grand  nombre  d'hyda- 
tides,  qui  en  avaient  excessivement  distendu  les  parois.  Ces  pa- 
rois étaient  blanchâtres  et  avaient  plus  de  fermeté  et  d'épaisseur 
que  dans  l'état  naturel.  Nous  avons  examiné  avec  soin  ces  hyda- 
iides:  il  y  en  avait  de  la  grosseur  d'une  aveline,  d'autres  étaient 
moins  grosses.  Nous  en  avons  vu  de  naissantes  ou  si  petites 
qu'il  y  avait  lieu  de  penser  qu'elles  étaient  formées  depuis  peu  de 
temps,  et  celles-ci  adhéraient  un  peu  à  la  surface  interne  des 
conduits  urinaires,  tandis  que  les  plus  grosses  étaient  libres. 
Quelques-unes  contenaient  une  humeur  muqueuse  et  trouble  ; 
d'autres  renfermaient  un  calcul  blanchâtre,  de  la  grosseur  et  de 
la  forme  d'un  pois,  d'un  haricot.  La  plupart  avaient  leur  kyste 
ou  sac  formé  de  deux  lames  concentriques  unies  par  un  tissu 
fibreux.  Dans  d'autres  hydatides,  le  kyste  était  mince,  se  rom- 
pait facilement  et  ne  paraissait  être  qu'une  simple  concrétion 
lymphatique,  sans  avoir  le  caractère  de  membrane.  Il  y  avait 
dans  la  vessie  plusieurs  pierres  ovalaires  blanchâtres  et  fria- 
bles. Cet  enfant  avait  été  taillé  trois  jours  avant  sa  mort,  et  l'on 
avait  extrait  quelques  pierres  de  la  même  espèce. 

Maladies  des  vaisseaux  des  reins. 

§  872.  On  n'a  encore  recueilli  qu'un  bien  petit  nombre 
dd'observations  sur  les  maladies  des  vaisseaux  des  reins.  Je  me 
bornerai  à  citer,  ici,  quelques  observations  relatives  aux  lésions 
es  artères  et  des  veines.  Les  altérations  des  vaisseaux  et  des 
ganglions  lymphatiques  seront  spécialement  mentionnés  dans 
"histoire  du  cancer  des  reins  et  dans  celle  de  la  dégénération 
tuberculeuse  de  ces  organes. 

Lisions  des  artères  rénales. 

§  873.  Les  artères  rénales  offrent  quelquefois  des  disposition» 


58a  ANÉVUYSMK 

anomales.  Palfin  (i)  rapporte  qu'en  i^oS,  il  disséqua  un  soldat 
dont  le  rein  gauche  recevait  deux  artère»  éraulgentes.  Chez  un 
diabétique ,  j'ai  vu  chacun  des  reins  recevoir  deux  artères 
rénales. 

§  874.  J'ai  vu,  sur  un  rein  de  vieillard,  une  artère  rénale 
d'un  (rès  grand  calibre,  et  dont  la  membrane  interne  présentait 
des  rides  transversales  j  très  prononcées.  Le  rein,  dans  lequel  se 
distribuait  cette  artère  ,  était  d'un  sixième  plus  pesant  que  son 
congénère,  qui  recevait  une  artère  d'un  moindre  calibre.  Ce- 
pendant il  n'existe  point  de  rapport  constant  entre  le  volume 
des  reins  et.  celui  des  artères  qu'ils  reçoivent.  Ainsi,  chez  un 
autre  vieillard,  les  artères  rénales  étaient  très  développées ,  et 
les  deux  reins  ensemble  ne  pesaient  pas  huit  onces. 

§  875.  Chez  un  autre  vieillard,  j'ai  trouvé  les  artères  des 
reins  cartilagineuses,  et  une  des  principales  branches  était 
complètement  ossifiée  et  oblitérée.  Il  y  avait  des  vésicules 
et  de  petits  kystes  dans  la  substance  corticale ,  et  des  corps 
cartilagineux ,  du  volume  d'une  lentille  ,  dans  la  substance 
tubuleuse.  Chez  un  autre  vieillard,  atteint  de  gangrène  séiiile, 
l'artère  rénale  était  ossifiée,- dilatée  sur  un  des  côtés  de  ses 
parois. 

§  876.  On  a  plusieurs  fois  observé  Vanèvrysme  des  artères 
rénales.  Ploucquet  indique  deux  exemples  de  cette  lésion  ;  mais 
l'un ,  celui  qu'il  attribue  à  Julien  (2) ,  est  un  cas  incomplètement 
décrit,  et  dans  lequel  on  crut  que  les  artères  spermatiques ,  et 
non  les  artères  rénales,  étaient  anévrysmatiques.  Le  titre  de 
l'autre  observation  (3)  est  très  positif,  mais  je  n'ai  pu  me  la 
procurer.  Les  observations  suivantes  établissent  suffisam- 
ment l'existence  de  cet  anévrysme. 

M.  Audouard  (4)  rapporte  que,  chez  un  cheval  qui  avait  èu  un 
effort  de  reins,  il  trouva  après  la  mort  le  rein  gauche  induré  et 


(1)  PalUn.  Anal.,  lom.  i,  p.  i53. 

(2)  Journal  de  méd.,  t.  xiii,  p.  SSg. 

(3)  Titins.  Pr.  anevrysinalis  arleria;  renalis  sinistri  exemplum  ,  Wittemb. 
1798. 

(4)  Reeueil  de  méd.  vétèrin,,  i824.p'  358. 


I 

DES   ARTÈRES  RENALES.  583 

ifoïmant  une  masse  carcinomatense  de  la  grosseur  d'une  téte 
ad'homme.  Un  anévrysme  du  volume  de  l'aorte  existait  dans 
,  l'artère  rénale  du  même  côté.  M.  Gendrin  (i)  dit  qu'il  a  observé 
F  une  hématurie  qui  tirait  son  origine  d'un  anévi^sme  rompu  de 

l'arlère  émulgenle,  à  la  surface  duquel  une  adhérence  s'était 
I  établie  avec  la  cavité  du  bassinet  du  rein,  et  avec  l'origine  de 

l'uretère  gauche.  ^ 

B)|Obs.  I.  —  Tumeur  anévrysmale  de  l'arlère  émulgentc  du  côté  gauche 
(Obs.  par  Donrlin.  Journal  de  chirurgie  et  de  médecine ,  vendémiaire 
i       an  XII,  t.  VII,  p.  aSa). 

Claude-Denis  Lamarche,  célibataire,  âgé  de  64  ans,  tempé- 
rament bilieux  sanguin  ;  yexix  noirs,  saillans  et  pleins  de  feu; 
caractère  vif  et  emporté. 

Entré  à  l'hôpital  le  ôo  prairial  dernier,il  se  plaignait  d'éprou- 
ver, depuis  deux  mois  environ,  une  gène  considérable  dans 
l'hypochondre  gauche,  qui  Tempèchait  de  pouvoir  rester  cou- 
ché sur  ce  côté  :  il  rapportait  la  cause  de  son  mal  à  des  obstruc- 
tions qu'il  supposait  être  le  résultat  du  chagrin  que  lui  avait 
occasioné  une  perte  d'argent  qu'imprudemment  il  avait  confié 
à  des  débiteurs  infidèles  et  insolvables.  Il  ne  pouvait  marcher 
sans  éprouver  de  temps  à  autre  des  rétractions  fortes  et  subites 
du  testicule  gauche,  accompagnées  de  douleur  qui  lui  arra- 
chaient des  cris  même  involontaires.  Il  était  habituellement 
t:onstipé,  et  ne  pouvait  évacuer  que  par  lavement.  Au  total,  son 
îppétit  était  bon,  il  digérait  assez  bien.  Il  se  plaignait  aussi  de 
ne  pouvoir  dormir  au-delà  de  trois  ou  quatre  heures  :  toujours 
son  sommeil  était  fatigant  et  interrompu. 

J'examinai  le  ventre,  et  je  trouvai  effectivement  une  éléva- 
tion assez  prononcée  dans  toutel'étendue  de  l'hypochondre  etde 
la  région  lombaire  gauches.  L'abdomen  me  parut  un  peu  tendu 
et  légèrement  œdématié.  Je  le  palpai  en  tous  sens ,  cherchant 
à  découvrir  quel  pouvait  être  l'organe  affecté.  Ne  trouvant  rien 


(i)  Gendrini  Traité  philosophique  de  médecine  pratique^X,  r,  pag.  247< 


584  ANÉVRYSME 

dans  le  nai'ré  du  malade,  ni  dans  l'observation ,  qui  pût  me 
conduire  à  la  vérité,  je  me  bornai  à  lui  prescrire  un  régime 
doux.  Je  le  mis  à  l'usage  des  pruneaux  et  de  la  crème  de 
tartre,  espérant  vaincre  par  ces  moyens  la  constipation  qui 
avait  toujours  lieu;  j'employai  aussi  d'autres  remèdes  ana- 
logues, et  différens  topiques,  mais  en  vain  ;  je  n'apportais 
aucun  soulagement.  Le  volume  du  ventre  prenait  de  l'accrois- 
sement, le  côté  gauche  continuait  à  être  plus  saillant  que  le 
droit  ■•  le  malade  éprouvait  de  temps  à  autre  des  douleurs  in- 
supportables ;  j'ordonnai  d'appliquer  sur  la  partie  un  vésica- 
toire,  que  je  supprimai  au  bout  de  quinze  jours,  ne  voulant 
point  ajouter  aux  souffrances  de  ce  pauvre  malheureux.  Enfin 
ne  voyant  aucun  moyen  de  traitement  réussir,  je  pris  le  parti 
d'abandonner  pendant  quelque  temps  le  malade  aux  soins  de 
la  nature. 

Cependant  les  accidens  augmentaient  chaque  jour.  Lesurines, 
qui  jusque-là  n'avaient  cessé  de  couler  en  proportion  des 
boissons,  devenaient  plus  rares  et  plus  chargées;  le  malade 
souffrait  pour  les  rendre  ;  il  ressentait  une  douleur  con- 
stante à  la  région  des  reins  ;  il  lui  semblait  que  c'était  là  le 
siège  du  mal.  Son  appétit  diminuait.  On  sentait  une  légère  fluc- 
tuation dans  l'abdomen, et  le  malade,  qui  se  croyait  hydropique, 
me  sollicitait  vivement  pour  qu'on  lui  fit  une  ponction  ;  mais, 
rien  n'indiquant  ce  moyen, je  l'éloignai  toujours,  bien  persuadé 
que  la  mort  seiUe  pouvait  mettre  un  terme  à  un  accident  qui 
n'offrait  que  des  signes  obscurs  et  incertains.  Effectivement  ce 
terme  prochain  fut  spécialement  annoncé,  le  26  fructidor  der- 
nier, par  des  syncopes  fréquentes,  des  vomissemens  spontanés, 
un  hoquet  fi-équent...  la  mort. 

Autopsie  cadavérique. — État  extérieur.  Face  terreuse,  légère- 
ment grippée,  d'une  couleur  terne  tirant  sur  le  jaune,  ainsi 
que  toute  l'habitude  du  corps;  les  extrémités  supérieures  et  in- 
férieures très  amaigries  :  bas  ventre  légèrement  œdématié; 
hypochondre  gauche  plus  élevé  que  le  droit. 

État  intérieur,  ^ien  de  remarquable  dans  l'état  du  cerveau  et 
des  organes  de  la  poitrine. 

A  l'ouverture  des  parois  de  l'abdomen,  je  trouvai  un  épan- 


DES  ARTÈRES  RENALES.  565 

cheraent  séreux  dans  la  cavité  péritonéale.  La  masse  intestinale 
correspondante  était  rejetée  en  avant  par  une  tumeur  très 
volumineuse,  qui  occupait  tout  l'hypochondre  et  la  région  lom- 
baire gauche,  adhérente  par  son  extrémité  supérieure  à  la  rate 
qui  se  trouvait  refoulée  en  haut  sous  le  diaphragme,  et  s'éten- 
dait en  bas  par  sa  base  jusque  dans  la  fosse  iliaque  du  même 
côté.  Sa  forme  ressemblait  à  un  ovale  allongé,  d'une  couleur 
bleuâtre  et  d'une  capacité  propre  à  contenir  3  livres  de  liquide 
environ. 

Après  avoir  dégagé  la  tumeur  de  toutes  ses  parties  environ- 
nantes, j'aperçus  qu'elle  avait  son  point  d'union  avec  l'artère 
aorte  ventrale  et  sa  veine  cave  inférieure.  Je  séparai  l'une  et 
l'autre,  et  je  reconnus  de  suite  que  l'artère  émulgente,  par 
l'effet  de  la  dilatation  qui  commençait  immédiatement  au  sor- 
tir de  l'aorte,  avait  formé  la  nature  de  la  tumeur,  qui  était  un 
sac  anévrysmal.  J'incisai  ce  dernier,  et,  lorsqu'il  fut  vidé  du 
sang  qu'il  contenait,  je  fus  étonné  de  voir  qu'il  ne  formait  pas 
une  poche  unique,  du  côté  où  le  rein  existait  autrefois  ;  mais 
bien,  qu'elle  présentait  quatre  ouvertures, ayant  des  espaces  plus 
ou  moins  éloignés  les  uns  des  autres,  et  toutes  d'une  grandeur 
différente,  avec  des  bords  lisses  et  arrondis,  qui  conduisaient 
dans  d'autres  cavités  plus  ou  moins  volumineuses  :  l'une  d'elles 
communiquait  aussi  à  une  autre  arrière-cavité. 

En  poussant  plus  loin  mes  recherches,  je  trouvai,  dans  les  en- 
foncemens  pratiqués  dans  les  parois  de  ces  mêmes  cavités,  une 
infinité  de  petits  grains  noirs,  parfaitement  ronds,  composés 
intérieurement  de  couches  dures,  concentriques ,  blanchâtres 
et  enveloppés  en  dehors  d'une  matière  ressemblant  à  la  partie 
rouge  du  sang  devenue  concrète.  Plusieurs  de  ces  concrétions 
amassées  figuraient  une  espèce  de  végétation  en  manière  de 
coraux,  et  étaient  adossées  à  un  corps  ossifié  en  partie,  ayant 
le  volume  de  la  dernière  des  phalanges  du  petit  doigt,  aussi 
recouvert,  dans  le  point  qui  correspondait  dans  une  des  moi- 
tiés du  sac  anévrysmal ,  de  la  même  concrétion  sanguine.  La 
veine  émulgente,  dont  le  volume  n'était  point  augmenté,  et 
qui  avait  conservé  la  même  direction ,  se  divisait  dans  les 
cloisons  des  différentes  arrière-cavités  :  quelques-unes  de  ces 


586  ANÉVHYSMF. 

division»  se  porlaienl  à  une  espèce  de  corps  glanduleni  qneje 
pris  d'abord  pour  le  rein ,  tant  il  lui  ressemblait  pour  la 
forme;  mais  en  l'examinant  de  plus  près,  je  vis  bientôt  qu'il 
n'était  autre  qu'un  amas  de  glandes  lymphatiques  engorgées. 
Je  cherchai,  mais  en  vain,  quelque  trace  ou  vestige  du  rein:  il 
n'en  existait  plus.  L'artère  était  tellement  retirée  qu'il  me  fut 
impossible  de  découvrir  la  moindre  cavité.  Le  rein  droit  était 
un  peu  plus  volumieux  que  dans  l'état  naturel.  Les  antres  vis- 
cères ne  présentaient  rien  de  remarquable,  sauf  la  portion 
transversale  du  colon  qui  était  singulièrement  ré  trécie. 

Obs,  h,  —  Ancurysma  arteriœ  magnîE  et  ntrinsqne  emulgentis  post  resec- 
tionem  testiculi,  et  aliud  fcrè  consimile  ex  lapsu  ab  cquo  (Obs.  Daniclis 
rfebéliî,  Ephem,  nat.  cur„  cent,  is,  obs.  Sg,  p.  142). 

Vir  triginta  et  aliquot  annoruro,  temperamenti  sanguine!  et 
corporiB  robusti,  in  cœlibatu  vivens ,  contraxit  ex  frequenfi 
«quitalione  testiculi  dextri  scirrhum,  qui  nullis  remediis  tam 
internis,  quara  externis,  à  me  et  aliis  medicis  prœscriptis  ce- 
dens,  sensim  ad  pugni  magnitudinem  excrevit,  et  tandem  ab  her- 
niotomo  lotus  teslis  cnltro  féliciter  resectns,  factaque  deinejus 
incisione  jam  interius  corruptus  visus  fuit.  Ab  eo  tamen  tera- 
pore  dolor  tensivus  in  dextra  lumborum  regionejuxla  duclum 
vasorum  speimaticornm  molestus  fuit,  quiper  duos  ferme  annos 
paulatim  cuin  sensu  ardoris  et  pulsationis  auclus  lolumque 
crus  dextruni  occupavit,  et  utriusque  dein  lumorem  œdema- 
losum,  nec  non  ventriculi  et  intestinorura  flatulentam  ac  dolo- 
rificam  distensionem,  nauseam,  dysorexiam  ,  cris  amaritiemet 
crebros  ractus  murmuraque  venlris  intulit,  somnum  turbavit, 
et  febrem  lentam  ,  respirandique  difficultalem  produxit ,  quaî 
tandem  prœterito  autumno  vilse  finem  imposuit,  postquam  mé- 
dia œstatô  aqua  thermalis  Wisbadensis  sine  levamine  hausla, 
et  dein  plurima  remédia  frustra  in  usum  vocata  fuerunt.  Die  xii, 
sept,  anni  MDCCxviir,  corpus  defuncti  cultro  analomico  subjec- 
ttini  exhibuit  :  1°  Omentum  raaximam  partem  absumtum ,  con- 
tractum  atque  lividum,  a'  Venlriculum  flaccidum  et  sine  labe. 
3°  Renem  dextrum  pulridum,  cui,  ut  et  vicinis  lumborum 
parlibus,  adhEesilanevrysma,proxinise  arterlae  magni-e  ex  tenaci- 


DES  ARTÈRES  RÉNALES.  58^ 

bu3  et  rubicundis  membranis  hic  illic  corruplis  et  coagulato 
serosoque  sanguine  repletis  conslans,  qiiod  decein  circiter  lib- 
raruni  pondus  œquavit  et  ventriculum  sursum  versus  diaphrag- 
ma pressit.  4°  Renem  sinislrum  per  se  quidem  illsesura,  sed  cui 
annexus  fuit  tumor  subrotundus,  raediocris  pomi  magnitudine, 
intus  ex  pluribus  tunicis  constans  et  cruore  radleriaque  tartarea 
lefertus.  5°Pulmonislobumdextrum,  etsubjectum  hepar  inflam- 
raatum  atque  gangraena  infeclura.  Et  hacc  quidem  ila  a  raedico 
ordinario  seclionera  oorporis  instituente  relata  fuerunt,  quae  ta- 
njen  minus  accurataraparliumlaîsarumdescriptionem  exhibent, 
licet  ex  omnibus  circumstantiis  satis,  me  judice,  pateat,  post 
resectum  testera  dextrum  sanguinis  circuitum  primo  per  arle- 
riam  spermaiicam  illius  lateris  et  postea  per  aortam  eo  in  loco, 
ubi  haec  arteria  suum  habet  exortum,  tanderaque  in  utraque 
arteria  emulgente  et  lobo  pnlmonis  dextro  arteriaque  hepatica 
fuisse  retardatum,  cruorem  ilhc  collectum,  atque  itaanevfysma 
arterice  magnae  et  utriilsque  emulgentis  productum. 

Consimile  fere  anevrysma  in  magni  nominismed  icOj  fautorc 
et  a/iiico  quodam  meo  desideratissimo,  die  xxiv,  novembris , 
-\fDccxvii,  defuncto,  per  anatoraiam  detectum  fuit.  Postquam 
enim  ille  antc  IV  annos  cum  eqno,  quo  vehebatur,  praecipite 
cecidit  in  sinistrum  dorsi  latus,  inde  dolorem  illius  partis  con- 
tinuum  sensit,  primo  quidem  mitiorem  ,  sed  sensira  magisauo~ 
tum,  adeo  ut  ab  inilio  nephi'ilidem  ex  calculo,  postea  rheuma- 
lismum  adesse  putarit,  tandemque  iueunte  menae  novembri, 
quo  dolor  accrevit  et  cum  pulsatione  continua  in  loco  afiFecto, 
simul  citra  externas  inflamroationis  notas  intumescente,  ane- 
vrysma  subesse  dixerit,  ac  spem  recuperandœ  sanitatis  amise- 
rit,  suborto  subitaneo  et  vehemenli  dolore  in  loco  tumente,  re- 
pente mortuus.  Aperto  corpore,  deprehensum  in  cavi  abdomi- 
nis  latere  sinistro  anevrysma  caput  triennis  infantis  magnitu- 
dine quodammodo  referens,  cui  incumbebat  intestinum  colon 
huic  tumori  annexura  et  ea  parte  lividum  :  in  dissecto  turaore 
concavo  et  inlernis  membranis  dislinctocoagulaloque  sanguine 
I  epleto  hcesit  rcn  sinister  flaccidus  et  putridus  :  arteria  raagna 
supra  et  infia  anevrysma,  tit  et  vena  cava  cum  rami»  laterali- 
btis  sanguine  fuit  exinanita ,  in  ipso  autem  anevry»mat«  fora- 


co- 


588  ANÉVRYSME 

menduorum  digitorum  latitudine  visum  fuit,  e  quosangnig 
piûsus  imminente  morte  in  cavitatem  abdominis  efïïuxit  su 
bitoque  vitam  extinxit:  reliqua  viscera  tara  raedii,  quam' iu- 
flmi  ventris  sana  ac  illaesa  fuerunt. 

Ods.  III.  —  De  ingenti  anevrismate  spurio,  deitro  in  Utere  abdomini, 
pojt  lapsum  (Dn.  D.  Ludovic!  Rouppe  :  Abf  a  acta  phj'sico.nudica,  t.  iy. 
p.  67,  1770). 

Inportu  Gaditano,  inAndalusia,  die  a8  octobre,  an.  1759 
retrorsum  in  marginem  scaphse  cecidit,  dura  liunc  a  littore  in- 
gredi  volebat,  remex  juvenis  robustissimus ,  nomine  Peter 
Veldhuisen.  Impetum  et  totam  vim  lapsus  sustinifit  lumba- 
ri»  regio  dextri  lateris,  inqua  immanem  experiebatur  dolorem, 
ut  ramum  movere  nequiverit,  licet  ex  alto  non  ceciderit.  Post 
integram  a  perpesso  hoc  lapsu  horam  deferebatur  in  navem^ 
de  Princesse  Caroltna  dictam  ,  ubi  a  chirurgo  examinabatur, 
qui  mihi  retulit,  se  juxta  lumbares  Tertebras,  proxime  supra 
superiorem  marginem  ossis  ilei,  maculam  lividam,  latitudine 
palmse  manus ,  dextro  in  latere ,  invenisse.  Ut  ergo  sauciato 
venam  in  brachio  aperiret,  splenium,  aqua  vulneraria  seu  sclo- 
petaria  Gallorum  madefaclum,  contusioni  imponeret,  fascia- 
que  fîrmaret,  ac  dein  illum  in  lectulumsuum  nauticum  coUo- 
cari  curaret ,  chirurgo  prœcipi.  Post  aliquot  horas  sauciatum 
adivi,quide  immanibus  lumborum  doloribus  conquerebatur  ; 
lumbos  examinavi,  sed  prseter  jam  dicta  nihil  inveni.  Accessit 
intérim  chirurgus,  urinaro,  quam  œger  brevi  post  lecti  inlroi- 
tum  reddidit,  ostendens.  Erat  hœc  carnis  loturae  similis,  mon- 
strabatque  in  fundo  vasis  filamenta  quaedam  sanguinea,  nigra 
fere ,  sed  non  adraodum  copiosa.  Pulsus  et  cutis  calor  natu- 
rali  parum  videbatur  major.  Sanguinem  mitti  iterum  et  ptisa- 
nam  ex  hordeo  et  liquiritiiB  radice  paratam ,  cum  nitri  pau- 
xillo  praescripsi  pro  potu  ordinario  ;  aegro  autem  quantum  fieri 
posset,  ut  quietum  se  teneret,  suasi. 

Sequenti  die,  quum  mane  eum  visitarem,  narravit,  se  parum 
dorraivisse,  dolores  autem  multo  remissiores  esse,  ita,  ut  dum 
tranquillus  jaceret,  levem  tantum  sentiret  dolorem  pulsantem, 
qui  quasi  cum  intestinis  consentiret.  Pulsura  habebat  mollem, 


DES  ARTÈRES  RÉNALES. 

ceterum  naturalem  ;  urinam  bis  reddidit,  sednon  ampliussan- 
guinolentam.  Nihilorainus  venam  internara  aperiri  jussi,  prc- 
scripsique  tenuem  diaelara,  et  îEgro  ulteriorera  tranquillilatem 
accuratam  commendavi,  eo  cum  succesu,  ut  post  aliquot  die- 
rum  intervallum  surrexerit ,  sine  aliis  symptomatibus ,  con- 
silium  de  conservanda  [tranquillitate,  ipsi  impense  comraen- 
data,  negligenset  vilipendens.  Quiuto  demum  die  noverabris, 
vel  nona  post  lapsum,  dum  lectum  ingredi  volebat,  magnum 
dolorem  in  lumbis  sentit.  Erat  id  circa  octavam  vespertinam 
horam  ;  média  nocle  evocatus ,  aegrum  adivi ,  eumque  valde 
anxium,  ac  de  diris  abdominis  et  lumborum  doloribus  conque- 
rentem ,  cum  facie  admodum  pallida  exilique  pulsu,  frigen- 
tibus  membris  ,  iuveni.  Prœter  hœc  oscitavit  frequentissirae , 
potumque  petiit  ardenter,  seque  raoriturum  dixit.  Abdomen 
examinavi  ,  id  tumefactum  valde,  dextrumque  latus  du- 
rum,  sinistrum  molle,  inveni  ;  totum  etiam  ventrem  sine  ulla 
quercla  tangisinebat.  Brevipost  accesseruntanimideliquia,  ar- 
luum  tremores,  convulsiones,  sudore  frigido  perfundebatur, 
respiratio  evadebat  admodum  suspiriosa ,  de  aurium  tinnitu 
atque  visus  hebeludine  conquerebalur.  Tandem  circa  sextam 
matutinam,  deBciente  pulsu  et  loquela,  membra  adhuc  aliquo- 
ties  ercxiti  aniroamque  dein  reddidit. 

Circa  vesperam  ejusdem  diei  abdomen  aperui,  in  quo  tumo- 
rem  ingentem  durum  etnigrum,  intestina  sinistrorsum  pelleu- 
tem,capite  adulti  hominis  majorem,  totum  fere  dextrum  abdo- 
minis latus  occupantem,  a  sanguine  ibi  sub  peritoneo  effuso 
ortum,  inveni.  Tumorem  hune  incisione  longitudinali  aperui, 
et  sanguinis  coagulati  ingentem  copiam  inde  manibus  exemi  ; 
dum  autem  hoc  fiebat,  non  exigua  simul  quantitas  aquse  rubellse 
exindc  efûuxit,  cum  parvis  sanguinis  grumis  permixtae.  Remo* 
lis  codgulis,  quantum  sine  laceratione  iieri  poterat,  allerum 
tumorem, priore  longe  minorein,  in  hoc  ipso  instar  nuclei  con- 
tentum,  peculiari,  et  quidem  sat  firma  membrana  inclusum, 
inveni.  Aperui  et  hune  tumorem ,  ex  eoque  coagula  sanguinea 
quaedam  extraxi ,  prioribus  firmiora,  colorisque  saturations  vel 
nigricantis.  Coagula  autem  haîc  in  uno  non  continebantur  sac- 
culo,  sed  erat  hic  in  varias  cellulas  per  membranulas  divisus. 


5gO  lUFLAMMATIOiy 

Tandem  aperta  ultima  raombrana ,  apparuit  ren  Banguine  ni- 
gerrimo  et  lenacissimo  circumfusus.  Cadaver  dein  in  sinistrnm 
latus  posm  ,  sanguinemque,  quantum  poleram ,  ablui,  perito- 
neum  ,  quod  a  eorporibus  verlebra  rum  lumbaram  jam  erat  se— 
paratum,  ulterius  adhuc  separavi,  donec  vasa  majora  in  conspec- 
tum  prédirent.  Hoc  facto,  flatum  in  renalem  vel  emulgentem 
arteriam  mediante  tubo  incurvato  immisi,unde  arteria  hœc  ad 
renem  usque  iotumescebat;  cum  parum  urgerem  flatum,  in  exi- 
tum  ex  rené  illo  in  loco,  ubi  arteria  hœc  renem  ingreditur,  in- 
venit,  ibique  apparuerunt  buUulae  terex,  ex  reue  iiti  videba- 
tur,  prodeunles.  Tandem  renem  cura  involucria  suis  exemi, 
abluique,  et  arteriam  renalem  iterum  flatu  distend],  slatimque 
in  renis  ingressu  eam  vulneratam  esse  deprebendi.  Sanguis  in- 
super secundum  vasorum  tractum  in  renem  penelravit,  quod 
bine  inde  in  facie  externa  quoque  notabatur,  unde  vulneralus 
ille  videbalur;  post  exactam  autem  cum  aqua  repurgalionem, 
disparuit  iterum  vulnus,  ita  ut  externnm  membranam  renis 
capsulée  ab  interna  omnino  divisi»m  equidem  învenerim,  sed 
vulnus  in  renis  substuntiam  penetrans  rêvera  me  detexisse,  af- 
firmare  non  audeo. 

Quamquam  malum  hoc  arte  videatur  mnjus,  forsitan  tamen 
frequentiori  et  copiosiori  sanguinis  missione  in  ejus  initio,  et 
quiete  accurala  observala,  meliora  fata  sperari  poUùsse,  seclio 
anatomica  docuit. 

Maladies  des  veines  rénales. 

§  877.  Je  me  borne  à  rappeler,  ici,  que  les  veines  ri'malas 
peuvent  offrir  plusieurs  anomalies  (i).  De  Bligny  rapporte  que 
Deslandes,  ayant  ouvert  le  cadavre  d'une  femme,  trouva  d'un 
côté  que  la  veine  el  l'artère  émulgenles  se  bifurquaient,  que 
leurs  bifurcations  se  terminaient  à  un  même  rein  ,  qui  *vait 
deux  bassinets  et  deux  uretères;  l'autre  rein  avait  sa  con- 
formation naturelle.  On  a  plusieurs  fois  trouvé  !a  veine  émul- 


(i)  Journal  de  Médecine,  t,  iv,  p.  i3t. 


DES  TKÎWKS   RéWA-LES.  5^1 

j  génie  double  et  triple  ,  et  cela  plus  souvent  dn  c6té  droit  qne 
<  du  côté  gauche.  J'ai  moi-même  observé  plusieurs  cas  de  ces 
I  anomalies. 

Dans  deux  cas  de  diabètes,  les  veines  rénales  m'ont  ofifert  un 
•t  développement  anomal.  Chez  «n  vieillard,  les  veines  qui  se 
«distribuent  à  la  base  des  pyramides  d'un  des  reins,  étaient  si 
■  larges  qu'elles  simulaient  de  véritables  sinus.  Ce  rein  -n'offrait 
i  d'ailleurs  rien  autre  de  particulier  que  deux  petits  kystes  dans 
lia  eubstance  corticale. 

§  878.  J'ai  figuré  (ATiAS.  Pl.  )  plusieurs  cas  inflam- 
mation des  veines  rénales  (»);  dans  ces  vaisseaux,  l'in- 
flammation se  montre  à  tous  ses  degrés  et  sous  toutes  ses 
formes. 

Chez  ïin  adulte  ,  j'ai  vu  un  petit  caillot  fibrineux  dans  une 
vésicule  de  la  substance  d'un  rein  induré ,  mamelonné ,  à  la 
suite  d'une  néphrite  chronique.  Dans  un  autre  cas  cité  plus 
haut  756,  fistule  rénale  dans  le  duodénum,  Obs.  v),  la  veine 
rénale  avait  aussi  participé  à  l'inflammalion  du  rein,  et  la  cavité 
en  était  obstruée  par  un  caillot  fibrineux.  Dans  plusieurs  cas 
Je  néphrite  albumineuse  (Obs.  xxxili)  j'ai  vu  également  les 
veines  rénales  occupées  par  des  coiicrétions  fibrineuses  et 
eurs  parois  épaissies. 

§  879.  Chez  un  xiouveau  né ,  le  rein  droit  était  sain  ,  les 
■aisseaux  n'offraient  rien  d'anomal.  Le  rein  gauche  (Atlas 
'1.  xxxiiï,  fig.  6)  était  plus  volumineux  ;  la  substance  corticale 
lait  d'un  rouge  très  prononcé  à  l'extérieur,  comme  dans  la 
iremière  période  de  la  néphrite  aiguë  ;  la  substance  tubulense 
taitelie-même  d'un  rouge  violacé.  La  veine  rénale  était  remplie 
>ar  xm  caillot  fibrineux  ,  en  partie  décoloré  comme  s'il  eût  été 
'une  formation  ancienne.  Les  veinules  qui  partaient  de  ce 
ronc,  et  leurs  principales  divisions  apparaissaient  comme  si 

(i)  L'inflammation  des  veines  des  rpins  n'a  été  bien  étudiée  que  dans  ces 
erniers  temps.  Toutefois,  quelques  cas  anciennement  publiés  sous  d'autres 
iims,  paraissent  se  rapporter  à  cette  maladie.  Ainsi  Alexandre  Knips 
ésigne,  sous  le  nom  de  polypes,  des  concrétions  fibrineuses,  observées  dans 
'S  vaisseaux  des  reins  {Ephetn,  nat,  ciir,,  deo,  m,  ann.  r,  app.,  p.  107). 


INFIiAMMA-TION 

elles  eussent  été  distendues  par  une  injection;  les  unes  conte- 
naient des  concrétions  fibrineuses  décolorées  ;  les  autres  des 
concrétions  fibrineuses  rougeâtres. 

^  880.  L'inflammation  des  veines  rénales  peut  coïncider  avec 
une  néphrite  ou  une  autre  altération  des  reins.  D'autres  fois  au 
contraire,  elle  est  consécutive  à  une  inflammation  de  la  veine 
cave  ou  de  la  veine  ovarique. 

Chez  une  jeune  femme  âgée  de  28  ans,  morte  avec  une  ana- 
sarque ,  les  deux  reins  avaient  un  volume  très  considérable. 
Le  poids  de  chacun  d'eux  était  d'environ  douze  onces,-  ils  étaient 
décolorés,  d'une  teinte  jaunâtre.  La  membrane  propre  était 
extrêmement  mince,  comme  si  elle  eût  été  amincie  par  la  dis- 
tension. Les  lobes  des  reins  étaient  fortement  dessinés  et  sé- 
parés par  des  lignes  distinctes  ;  dépouillés  de  leur  membrane 
propre,  ils  paraissaient  très  lisses  et  humides.  Leur  grosse  extré- 
mité, la  supérieure,  oflVait  de  petites  étoiles  vasculaires  dis- 
posées en  groupes.  Il  y  en  avait  aussi  quelques-unes  sur  l'extré- 
mité inférieure  ;  mais  elles  étaient  beaucoup  plus  rares.  Les 
reins  seniblaient  imprégnés  d'un  liquide  séreux;  divisés  de 
leur  grande  courbure;  à  leur  scissure,  une  assez  grande  quan- 
tité de  liquide  aqueux  s'est  écoulée  sur  presque  tous  les  points. 
Les  stries  de  la  substance  corticale  étaient  distinctes.  La  sub- 
stance tubuleuse  était  d'un  beau  rouge.  Les  artères,  les  gan- 
glions et  les  nerfs  n'offraient  rien  de  particulier;  mais  les  deux 
veines  rénales  présentaient  une  altération  très  remarquable. 
Leur  tronc,  leur  première  et  leur  seconde  division  en  arcade 
étaient  remplies  de  concrétions  fibrineuses ,  d'un  blanc  jau- 
nâtre, très  solides.  De  la  veine  rénale  on  pouvait  extraire  des 
concrétions  blanchâtres,  dont  le  centre  oflrait  un  petit  conduit 
que  le  sang  pouvait  traverser.  Ce  caillot  était  rougeâtre  à  l'exté- 
rieur et  blanchâtre  à  l'intérieur,  les  veines  rénales  n'étaient  pas 
sensiblement  épaissies.  Il  est  probable  ^ue  l'augmentation  du 
volume  des  reins  et  l'humidité  de  leur  {i«Bu  étaient  la  suite  de 
cette  affection  des  veines  rénales. 

Les  capsules  surrénales  et  les  uretères  étaieiftd«ns  l'état  sain, 
la  vessie  contenait  peu  d'urine-  L'utérus  était  sain,  il  y  avait 
deux  petits  kystes  dans  un  des  ovaires  ,  l^stômac  et  l'intestin 


DES  VEINES  RÉNA.LES.  OQS 

grêle  n'offraient  pas  de  lésions  notables.  Le  gros  intestin  était 
sain  jusque  vers  le  rectum;  mais  ce  dernier  était  labouré  par 
une  ulcération  inégale ,  à  fond  grisâtre ,  qui  communiquait 
avec  le  vagin  par  deux  ou  trois  fistules.  La  membrane  muqueuse 
et  le  tissu  cellulaire  sous-muqueux  étaient  détruits.  Quelques 
tubercules  de  la  dimension  des  tubercules  syphilitiques  exis- 
taient à  la  marge  de  l'anus.  Le  foie  très  volumineux  offrait 
plusieurs  points  d'anémie  superficielle;  en  outre,  il  était  un  peu 
roou.  La  rate  était  assez  volumineuse.  Il  y  avait  pleuro-pneu- 
monie  du  côté  droit.  Le  cœur  était  sain;  une  certaine  quantité  de 
sérosité  était  épanchée  dans  le  péritoine. 

§  88i.  Dance  a  aussi  rapporté  un  cas  d'inflammation  de  la 
veine  rénale  dans  un  cas*de  néphrite  (r). 

Un  maçon ,  âgé  de  aS  ans,  ayant  fait  une  chute  d'un  second 
étage,  le  ir  août  i8a8  ,  fut  apporté  immédiatement  à  l'hôpital 
Beaujon,  oii  il  succomba  le  7  septembre,  après  avoir  présenté 
des  symptômes  qui  annonçaient  une  fracture  de  la  colonne  ver- 
tébrale et  une  contusion  ou  compression  de  la  moelle  épinière, 
vers  sa  partie  inférieure  ,  savoir  :  une  saillie  insolite  au  niveau 
de  la  première  et  de  la  dernière  vertèbres  lombaires ,  jointe  à 
une  paralysie  des  extrémités  inférieures,  du  rectum  et  de  la 
vessie.  Le  même  malade  avait  en  outre  une  fracture  compliquée 
de  plaie  à  l'avant-bras  droit. 

A  l'ouverture  du  cadavre  on  trouva  les  lésions  suivantes. 
A  V extérieur  :  amaigrissement  considérable  ;  muscles  pâles  et 
flasques;  eschare  au  sacrum;  plaie  profonde  correspondant  à 
la  fracture  de  l'avant-bras  (laquelle  intéressait  le  radius  et  le 
cubitus  à  leur  partie  inférieure  ,  et  ne  présentait  encore  aucun 
travail  de  consolidation)  ;  fracture  du  corps  de  la  première  ver- 
tèbre lombaire,  de  l'apophyse  épineuse,  des  lames  de  la  même 
vertèbre  et  de  son  apophyse  transverse  droite  ;  suppuration 
autour  des  fragmens  de  la  fracture  ;  résorption  d'une  partie  de 
leur  substance,  et  pi*"  suite  écartement  des  fragmens  composant 
le  corps  de  la  vertèbre;  contusion  de  la  moelle  épinière  au  ni- 
veau de  la  fr^icttîre.'  ' 

(i)  Archiv.  gén,  %  méd>,  t.-  xix,  p.  24- 

III.  38 


Tète.  ^J^  peu  de  séro3i|,é  épanché  danai  U  cjivité  des  veutri- 
cules;  substance  cérébrale  molle  et  Irça  pâle;  iqjeçlioa  asw6 
forte  de  la  pie-mère. 

Poiliùie.  Poumon  droit  sain,  mais  partout  adhérent  à  la 
plèvre  çostale.  A  gauche,  épanchepient  de  deux  à  trois  cuil-r 
lerées  de  sérosité  dan^  la  cavité  de  la  plèvre,  dont  la  surface 
était  injectée  en  rouge  brun  vers  les  parties  latérales  inférieures 
de  la  poitrine.  Dans  le  lobe  iqférieur  du  poumon  du  même 
côté  existaient  trois  à  quatre  petites  masses  blanchâtres  qui 
fqrn}aient  autan^  de  foyerg  puruj^qs ,  dont  le  plus  volumineHJç 
aurait  contenu  un  grosse  aveline,  La  substance  pulmonaire  en^ 
vironnante  était  exempte  d'ulcératjop. 

Abdomen.  L'extrémité  supérieure  èu  l'eip  gauche  contenait 
yn  abcès  dp  mpme  nature  et  dç  même  dimension  que  ceux  du 
pqumon  ;  il  était  situé  toiit-à-fait  superficiellement  :  cet  organe 
du  reste  était  sain  partout  ailleurs.  La  veine  rénale  gauche 
passait  çlerrière  l'aQvle,  disposUion  anomale  qui  n'était  point 
la  seule  particularité  qu'elle  présentât  J  sa  cavité  était  en  eQef 
recouverte  d'une  couche  de  pus,  commençant  à  s'organiser  en 
fausse  membrane;  ses  parois  étaient  épaissies,  sa  membrane 
interne  avait  perdu  son  poU  naturel  eÇ  olïrait  une  couleur  rou- 
geâtre;  déplus,  toutes  les  petites  veines  qui  rampent  dans 
l'épaisseur  du  muscle  psoas  gauche,  laissaient  couler  du  pus 
de  leurs  cavités  i  quand  on  les  comprimait  ;  mais  leur  calibre 
é(ait  trop  petit  pour  qH'Pîi  ait  pu  s'assurei'  positivement  9\ 
leurs  parois  présentaient  quelque  altérationr  Le  rein  et  la  veige 
rénale  droite  étaient  dans  l'état  natureli  Le  foie  pt  la  rate  n'on( 
rieP  présenté  de  particulier.  La  membrane  muqueuse  de  l'eslp- 
mac  aflVait plusieurs  plaques  d'un  rouge  vif,  et  çà  et  Jaune  cqu-s 
leur  marbrée  etardoisée^  les  intestins  étaient  entièrement  sains, 

§  882.  J'ai  vu  chez  un  nouveau  né  un  rein  parfaitement 
Sain^  dont  la  veine  çonlenait  du  sang  liquide,  tandis  que 
la  veine  du  rein  du  côté  opposé  et  qui  présentait  inférieures 
ment  une  anémie  remarquable,  contenait  uu  caillot  fihriueux, 
Ce  caillot  se  prolongeait  dans  les  branches  de  la  veine  qui  se 
distribuaient  dans  la  portion  décolorée  de  la  substance  rénale. 

§  883.  Dans  le  cancer  de  l'utérus  et  dans  quelquesi  maladies 


DES  VEINES  RENALESi  595 

des  ovaires, la  veine  ovarique  s'enflamme  et  le  mal  gagne  la 
veine  rénale.  Madame  Rouland,  âgce  de  4»  ans,  veuve,  sans 
étal,  née  à  Rouen  ,  atteinte  d'une  ulcération  cancéreuse  large 
et  profonde  de  l'utérus,  d'une  liydropisie  des  membres  et  d'une 
cachexie  générale,  fut  apportée  mourante  à  l'hôpital  de  la  Cha- 
rité le  7  septembre  i836,  et  y  mourut  le  12  du  même  mois. 
A  l'autopsie  du  cadavre,  je  trouvai  la  veine  rénale  du  côte 
gauche  et  ses  divisions  lemplies  par  un  caillot  fibrineux,  en 
partie  d'un  rouge-noir ,  en  partie  décoloré.  Ce  caillot  ne  se 
continuait  point  dans  la  veine  cave;  mais  il  se  prolongeait  dans 
toute  l'étendue  de  la  veine  ovarîque  du  même  côté  et  jusque 
dans  les  ramifications  de  cette  veine  dans  l'ovaire.  Il  y  avait 
également  des  caillots  dans  les  veines  utérines;  les  parois  de  la 
veine  ovarique  et  de  la  veine  rénale  éluient  épaissies.  Du  reste, 
le  rein  avait  son  apparence  naturelle. 

L'utérus  pesant  et  incliné  en  arrière,  comprimait  le  rectum 
et  occupait  toute  la  cavité  du  petit  bassin.  Le  museau  de 
tanche  présentait  un  large  ulcnre  à  surface  inégale,  fon- 
gueuse,  grisâtre,  parsemée  de  points  rouges.  La  portion  du 
vagin  qui  embrasse  le  col  de  l'utérus  était  fortement  injectée 
et  tachetée  d'ecchymoses  ;  la  membrane  muqueuse  était  épais- 
sie. Les  dimensions  de  la  cavité  de  l'utérus  n'étaient  point 
I  augmentées;  le  volume  de  la  moitié  gauche  de  cet  organe  était 
j  plus  considérable  que  celui  de  l'autre  moitié  ;  ses  parois  avaient 
!  plus  de  dix-huit  lignes  d'épaisseur.  Vu  à  la  loupe,  le  tissu  de 
l'utérus  paraissait  formé  d'une  trame  fibreuse,  dans  les  mailles 
de  laquelle  était  déposée  une  matière  à  demi  liquide  ,  d'utl 
blanc  grisâtre,  qu'on  pouvait  exprimer  par  la  pression  et  sem- 
blable à  certains  fromages  pour  la  couleur  et  Consistance.  Le 
côté  gauche  de  l'utérus  était  plus  ramolli  que  le  côté  droit.  Là 
partie  ulcérée  du  col  était  tellement  ramollie ,  que ,  pressé 
entre  les  doigts,  le  tissu  de  l'ulérils  altéré ,  s'écrasait  et  se 
réduisait  en  pulpe  Ou  en  un  détritus  d'uu  blanc  grisâtre, 
parsemé  de  points  rouges.  Les  veines  du  rein  droit  ne  conte- 
naient point  de  caillots.  La  vessie  était  saine,  le  foie,  la  rate  él 
l'intestin  n'oflVaient  point  d'altérations.  Il  y  avait  un  peu  de 
sérosité  dans  les  plèvres. 

38. 


59(3  INFLAMMATIOIV 

§  884.  Chez  une  femme  âgée,  morte  d'un  cancer  de  l'eslo- 
mac,  la  veine  rénale  du  rein  gauche  était  oblitérée  par  un 
caillot  fibrineux;  ses  parois  étaient  épaissies  j  la  fibrine  en 
partie  décolorée  offrait  des  portions  blanches  et  rouges.  Ce 
caillot  partait  de  la  veine  cave,  qui  contenait  du  sang  liquide 
et  se  prolongeait  dans  plusieurs  arcades  de  la  veine  rénale. 
L'artère  rénale  était  saine;  le  rein,  d'un  petit  volume,  avait 
sa  consistance  naturelle  ;  sa  surface  était  parsemée  d'une  mul- 
lilnde  de  petits  kystes  séreux  et  transparens;  l'uretère  était 
dans  l'état  normal. 

Le  rein  droit,  également  d'un  petit  volume,  parsemé  d'un 
grand  nombre  de  kystes,  était  placé  plus  bas  que  de  coutume, 
et  reposait  par  son  extrémité  inférieure  sur  la  partie  supérieure 
de  la  fosse  iliaque.  La  capsule  surrénale  était  restée  au-dessous 
du  foie,  dans  sa  place  ordinaire. 

§  885.  Dans  le  cas  suivant  il  y  avait  à-la-fois  inflammation 
de  la  veine  ovarique,  de  la  veine  rénale  et  de  la  veine  cave 
inférieure.  Une  jeune  femme  ,  entrée  à  l'hôpital  de  la  Charité, 
au  mois  de  février  i835,  avait  éprouvé,  trois  semaines  après 
un  accouchement  naturel,  du  gonflement  au  membre  infé- 
rieur droit,  avec  douleur  dans  la  région  inguinale  et  dans 
la  direction  des  vaisseaux  de  la  cuisse.  Le  gonflement  et  la  dou- 
leur persistèrent  quelque  temps.  Une  semaine  après,  la  douleur 
se  fit  sentir  à  l'aine  du  côté  opposé ,  et  il  se  manifesta  un  gon- 
flement œdémateux  à  la  partie  supérieure  de  la  cuisse,  et  qui 
s'étendit  à  tout  le  membre.  Pendant  cet  intervalle,  on  avait 
fait  des  applications  de  sangsues  et  de  cataplasmes,  et  la  dou- 
leur avait  disparu  presque  entièrement.  La  douleur  revint 
une  seconde  fois,  et  les  deux  membres  furent  œdénialiés.  Huit 
jours  avant  la  mort,  l'œdème  avait  peu-à-peu  diminué;  ou 
ne  sentait  plus  la  corde  veineuse  qu'on  avait  observée  dans  le 
jour  de  la  maladie.  Celte  femme  succomba  le  7  mars. 

Autopsie  du  cadavre  trente-six  heures  après  la  mort.  — 
titat  extérieur.  Maigreur  extrême,  membre  inférieur  droit 
un  peu  œdamalié.  Tête:  cerveau,  cervelet  et  moelle  allongée 
sains.  Poitrine:  un  peu  de  sérosité  limpide  dans  le  péricarde; 
cœur  sain.  Sommet  des  deux  poumons  adhérent  à  la  poitjiue, 


DES  VEINES   RÉNALES.  5c)'J 
Tubercules  infiltrés  et  quelques  petites  excavations  dans  les 
lobes  supérieurs  des  poumons.  Membrane  muqueuse  de  l'esto- 
mac un  peu  arborisée  à  son  grand  cul-de-sac.  Membrane  mu- 
queuse du  jéjunum  blanchâtre  ;  vers  la  fin  de  l'iléon  huit  à  dix 
ulcérations  arrondies,  ayant  depuis  deux  lignes  jusqu'à  cinq 
lignes  de  diamètre ,  à  bords  saillans  ,  comme  déchiquetées  et 
sans  rougeur.  Dans  le  cœcum  et  le  colon,  jusque  vers  la  partie 
moyenne  de  la  portion  transverse  du  gros  intestin ,  douze  à 
quinze  ulcérations ,  dans  une  longueur  de  dix  pouces.  A  partir 
de  la  valvule  iléo-cœcale  on  voit  des  vaisseaux  injectés  ramper 
sous  la  membrane  muqueuse  et  dans  son  épaisseur.  Les  ulcéra- 
tions dans  le  cœcum  sont  en  voie  de  guérison  ;  les  bords  en 
sont  afifaissés  et  la  membrane  muqueuse  forme,  tout  autour,  de 
petits  plis  comme  si  elle  avait  été  tirée  vers  un  centre.  Le  foie 
volumineux  et  pâle  a  les  apparences  du  foie  gras  des  phthisiques. 
Rate  saine.  La  veine  porte  et  les  veines  du  foie  sont  libres  et  sans 
caillots.  La  veine  cave  inférieure,  depuis  son  origine  jusqu'un 
;  peu  au-dessus  de  l'origine  de  la  veine  rénale  droite,  est  remplie 
par  un  caillot.  Au-dessus  elle  contient  du  sang  noir.  Les  veines 
iliaques  primitives,  les  veines  iliaques  externes  et  internes, 
I  toutes  les  branches  qui  en  parlent ,  les  crurales ,  les  saphènes 
internes  dans  une  partie  de  leur  trajet,  toutes  les  veines  pro- 
fondes des  membres  inférieurs  sont  remplies  de  caillots  qui  les 
1  distendent  comme  si  on  les  avait  injectées.  La  veine  ovarique 
et  la  veine  rénale  du  côté  droit  sont  également  obstruées  par 
des  caillots.  Les  veines  qui  forment  un  plexus  autour  du  vagin 
contiennent  des  caillots  que  l'on  peut  suivre  jusque  dans  la 
matrice.  Dans  la  veine  cave  le  caillot  adhère  peu  à  la  mem- 
brane interne  de  ce  vaisseau  ;  il  est  cylindrique  comme  la 
veiné,  excepté  à  la  partie  supérieure,  au-dessus  de  la  veine 
1  rénale  droite  oii  il  s'amincit  et  n'occupe  qu'une  petite  partie 
(  du  calibre  de  la  veine.  Ce  caillot  se  prolonge  dans  la  veine 
I  rénale  et  dans  la  veine  ovarique  droites.  Dans  la  veiûe  cave  il 
f  est  blanc  et  seulement  recouvert  de  quelques  petites  couches 
I  rougeâtres  de  sang,  plus  récemment  coagulé.  Au  centre  de 
<  ce  caillot  on  voit  de  petites  anfractuositéa  non  disposées  en 
canal  régulier,  mais  qui  communiquent  entre  elles.  D'une  de 


ÔgS  MALADIES 

ces  loges  s'écoule  une  matière  liquide  d'un  jaune  pâle,  mêlée 
de  petits  débris  de  sang  altéré.  Les  parois  d'une  autre  de  ces 
loges  sont  enduites  d'une  matière  liquide,  d'un  blanc  jaunâtre 
semblable  à  du  pus  ou  de  la  fibrine  ramollie.  Dans  la  partie 
de  l'iliaque  primitive  gauche  qui  passe  sous  l'aorte,  le  caillot 
avait  peu  d'épaisseur;  la  veine  et  le  caillot  étaient  aplatis.  Le 
caillot  dur  et  blanchâtre  adhérait  à  la  veine  plus  fortement 
(jue  partout  ailleurs  et  n'offrait  pas  de  loges  ou  de  sinus  à  son 
centre.  L'extrémité  du  caillot  de  la  veine  cave  ue  remplissait 
point  la  veine.  Celui  de  la  veine  iliaque  primitive  droite  et 
des  veines  qui  s'y  rendent  était  d'un  rouge-noir  et  d'autant 
moins  consistant  qu'on  l'examinait  plus  près  de  son  extrémité 
inférieure.  Dans  les  veines  crurales  et  dans  les  branches  de  la 
veine  rénale  du  côté  gauche,  le  caillot  était  plus  dur,  en  partie 
décoloré.  Plusieurs  veines  qu'on  pouvait  suivre  dans  l'utérus 
étaient  remplies  par  un  caillot  fibrineux  dur.  Le  caillot  de  la 
veine  ovariquc  droite  était  moins  décoloré  que  celui  des  veines 
iliaque  et  crurale  gauches.  Les  veines  hypogaslriques  conte- 
naient aussi  un  caillot  ferme  et  décoloré,  Les  parois  des  veines 
n'étaient  sensiblement  altérées  ni  dans  leur  couleui-,  ni  dans 
leur  épaisseur  ;  seulement,  en  quelques  points ,  on  en  détachait 
de  petites  lamelles  très  minces ,  comme  membraneuses.  La 
veine  ovarique  gauche  contenait  un  caillot  très  mince  et  dé- 
coloré. 

L'utérus  était  un  peu  plus  gros  que  d'ordinaire,  de  forme  ré- 
gulière (la  malade  était  accouchée  sept  semaines  avant  la 
mort).  L'intérieur  de  l'utéi'us  était  noirâtre;  celte  coloration 
s'étendait  à  près  d'une  ligne  en  profondeur}  la  consistance  de 
son  lisBU  était  ordinaire;  on  voyait,  entre  les  deux  plans  de 
fibres,  des  vaisseaux  vides  et  d'autres  remplis  de  caillots.  Le 
vagin,  les  ovaires  et  les  trompes  étaient  à  l'état  sain. 

§  886;  M.  Robert  Lee  (i)  a  aussi  noté  la  propagation  de  l'in- 
flammation de  la  veine  ovarique  à  la  vejne  rénale.  Suivant  lui, 
l'iuflamniaiion  se  termine  ordinairement  d'une  manière  brus- 


(i)  Robert  Lec,  [fiesearçlies  on  llie  pat/wlogjr  and  irealment  of  mm  of 
the  most  important  diseuses  of  women,  ' 


DES  NEBi:9  DÉ9  REINS. 
qUe  à  l'oUverlUte  de  la  veine  sperraàlique  du  côté  droit)  OU  dfe 
la  veine  rénale  du  côté  gauche.  Si  elle  gague>  comme  elle  lë  fait 
quelquefois,  la  direction  des  reins,  la  substance  de  ces  organes, 
ainsi  que  leurs  veines  ,  peut  être  engagée  dans  la  maladie. 
Plus  loin  il  ajoute  avoir  vu  la  veine  rénale  gauche  datis  le 
même  état  que  la  spermatique,  et  la  substance  du  rein  gautlie 
t  molle  et  vasculaire. 

M,  Dugès  (i)  rapporte  que,  chez  une  femme  morte  de  suites 
('  de  couche,  il  y  avait,  entre  l'ovaire  gauche  et  la  trompe  uté- 
;  rine,  un  abcès  du  volume  du  pouce,  et  que  cet  abcès  était 
i!  lè  point  de  départ  d'un  cordon  de  veines  épaissies  et  remplies, 
»  au  lieu  de  sang^  d'albumine  en  gi'umeaux  puriformes  et  jau- 
I  tlâtres,'  que  ces  veines  se  rendaient  à  la  rénale,  qui  offrait  elle- 
I  même  des  altérations  scTiblables  jusque  dans  le  rein  d'une 
}  ^art,et  de  l'autre  jusqu'à  la  veine  cavé^  Enfin,  M.  .VelpéàU  (2), 
i  a.  aussi  noté  la  propagation  de  la  phlébite  ovariqUe  aux  veines 
I  émulgentes. 

Maladies  des  nerfs  des  reins. 

§  887.  Le  plexus  rénal  et  les  nerfs  qui  se  distribuent  dans 
les  reins  peuvent  augmenter  de  volume  dans  les  cas  d'hyper- 
trophie de  ces  organes  (Atlas,  Pl.  xKXVii,  fig.  2  et  3  ). 

Je  n'ai  pas  examiné  avec  assez  de  soin  le  plexus  rénal  dans  les 
cas  d'atrophie  des  reins,  pour  pouvoir  dire  si  les  nerfs  partici- 
pent plus  ou  moins  aux  arrêts  de  développement  des  reins  ou  à 
la  diminution  de  leur  nutrition.  J'ignore  également  si  les  nerfs 
des  reins  peuvent  être  le  siège  de  véritables  névralgies  indépen- 

•  dantes  d'autres  affections  ou  de  lésions  des  organes  voisins. 

Dans  la  colique  néphrétique ,  la  douleur,  si  vive ,  si  aiguë  , 
ai  anxieuse  ,  puisqu'elle  va  quelquefois  jusqu'à  la  défaillance  , 
résulte  de  la  distension  de  la  tunique  fibreuse  de  ce  conduit 

(i)  Dugès  (Ant.),  Sur  la  distinction  cntfe  la  névrite  et  la  plilébUe  [Rev^e 

•  rhédicate,  1824,  t.  in,  p.  411). 

(a)  lUvue  médicale,  iSaj,  t.  xui,  p.  a6. 


600  MALADIES 

excorié  par  le  passage  d'un  gravier  et  non  d'une  lésion  des 
nerfs  des  reins.  Dans  la  néphrite  et  dans  la  pyélo-néphrite 
lorsqu'il  n'existe  pas  d'abcès  extra-rénal,  le  plus  souvent  les 
reins  ne  sont  sensibles  que  dans  les  points  qui  peuvent  êlre 
comprimés. 

Les  femmes  hystériques  se  plaignent  quelquefois  d'une  dou- 
leur très  vive  dans  les  régions  lombaires  ou  dans  un  seul  côté 
des  lombes.  Cette  douleur,  que  quelques  auteurs  ont  décrite 
comme  une  véritable  névralgie,  et  qui  simule  quelquefois  une 
colique  néphrétique,  dépend  peut-être  plus  d'une  afleclion  de 
la  moelle  épinière  et  des  nerfs  lombaires  que  d'un  état  de  souf- 
france du  plexus  rénal.  J'ai  vu  deux  femmes  hystériques, 
devenues  paralytiques,  se  plaindre  d'une  douleur  habituelle 
dans  la  région  lombaire  droite,  s'cxaspérant  comme  par  accès, 
sans  que  l'urine  offrît  d'altération  remarquable.  Cette  douleur 
n'était  point  évidemment  limitée  au  rein,  mais  elle  ne  s'éten- 
dait pas,  non  plus,  régulièrement  suivant  le  trajet  des  nerfs 
lombaires  ;  parfois  même  elle  semblait  occuper  tout  l'iiypo- 
chondre.  Enfin  de  véritables  névralgies  des  lombes  peuvent 
jusqu'à  un  certain  point  simuler  une  affection  nerveuse  des 
reins.  On  a  même  vu  des  anévrysmes  de  l'aorte  descendante 
occasioner,  dans  la  région  rénale,  des  douleursassez  vives  pour 
simuler  une  affection  d'un  des  reins.  {Obs.  i.) 

Il  est  peut-être  bon  de  remarquer  que,  sous  le  nom  de 
néphralgie,  on  a  désigné  généralement  non  une  affection  ner- 
veuse essentielle  des  reins,  mais  bien  toutes  les  douleurs  dont 
ces  organes  peuvent  être  le  siège  ,  comme  on  pourra  s'en  con- 
vaincre en  consultant  les  observations  rassemblées  sous  ce 
titre  par  Plouquet  (  Litleratura  mcdica  digesta ,  art.  Renis 
dolor,  nephralgia). 

Sydenham  a  exposé  les  signes  par  lesquels  en  peut  distinguer 
le  paroxysme  hystérique  qui  simule  la  colique  néphrélique(j)> 
de  la  colique  néphrétique  elle-même ,  produite  par  la  présence 


(i)  «  In  ista  liysteric-B  affectionis  spccie  jara  descriptà,  qu.i?  jiaroxysiiuiiii 
nephreticum  imitatur,  etc.  <•  (Sydcnbara.  Opéra,  t.  i,  p.  278,  iu-4 ,  Oeusv.-c, 


DES  NERFS  DES  REINS.  6oi 

de  graviers  dans  les  conduits  de  rurinc.  Des  dix-sept  espèces  de 
névralgies  admises  par  Sauvages  (x)  ,  une  seule  (  la  néphralgie 
hystérique)  peut  être  considérée  comme  une  affection  nerveuse. 
Dans  ces  derniers  temps,  Alibert  (2),  en  réduisant  les  néphral- 

,  gies  à  trois  espèces,  comprit  sous  ce  nom  des  affections  variées 

I  et  douloureuses  des  reins  (  néphralg.  calculeuse ,  néphi  alg. 

s  spasmodique  ,  néphralg.  goutteuse). 

G.  Strambio  (5)  a  cité  un  cas  de  névralgie  lombaire  guérie 

V  par  l'acupuncture ,  et  qui  avait  été  prise  pour  une  douleur 
occasionée  par  un  calcul  rénal.  J.  F.  Barailon  (4)  a  publié 

,  l'histoire  d'une  maladie  singulière  qui  se  termina  parla  mort, 

i  et  dans  le  cours  de  laquelle  le  malade  éprouva  des  attaques^ 
principalement  caractérisées  par  une  douleur  aiguë  dans  le 

t  flanc  gauche  et  dans  la  région  du  rein.  Le  malade  ne  rendait 

j  point  de  gravelle. 

M.  Teale(5)  a  émis  l'opinion  de  la  possibilité  d'une  véritable 

I  névralgie  dans  les  reins. 

l  Obs.  I.  —  Douleurs  atroces  d.Tos  la  partie  inférieure  du  dos  et  surtout 
dans  la  région  du  rein  droit;  anévrysme  de  l'aorte  thoracique  ,  ouvert 
dans  la  plèvre  droite  ;  mort  presque  subite. 

Jeanne  Lamy,  âgée  de  46  ans,  employée  à  la  manufacture 
d  des  tabacs,  entra  à  l'hôpital  de  la  Charité  dans  le  mois  de  juil- 
l  let  1839,  se  plaignant  de  douleurs  vives  dans  le  dos  et  dans  les 
r  reins.  Cœur  volumineux,  dont  les  battemens  soulèvent  la  partie 
correspondante  de  la  poitrine;  deux  larges  bruits  de  souffle 
remplacent  le  tic- tac  du  cœur;  bruits  de  souffle  dans  l'aorte  et 
les  artères  du  cou;  frémissement  de  l'aorte;  pulsations  visi- 
bles des  artères  radiales;  impossibilité  de  marcher  vite  ou  de 
monter  un  escalier;  quelquefois  battemens  avec  un  peu  de 

(1)  Sauvages.  Nosol.  method.,  in-/|,  Amstelodaini,  f.  u,  p.  ira,  1768. 

(2)  Alibert.  Tfosolog.  natur.,  t.  x,  p.  210,  in-4,  Paris,  1817. 

(3)  Joum.  des  progrès,  1829,  t.  i,  p.  253. 

(4)  Sur  une  maladie  singulière,  par  M.J.-F.  Barailon  (Journ,  deméd.  et  de 
chirurg.,  par  M.  A.  Roux.  Juillet  1767,1.  xxvn,  p.  43o). 

(5)  Edinb.  med.  and  surg.  Journal,  vol.  xxxdi.p. 


602  MALADIES 

suffocalipn;  douleurs  dans  la  région  du  foie  et  Buriout  du  rein 
droit;  la  douleur  avait  aussi  un  siège  moins  limité  et  s'étendait 
à  une  grande  partie  du  dos  et  des  lombes.  La  vessie  n'était  pas 
douloureuse;  l'uriùe  blanche  et  peu  acide  sortait  facilement 
et  sans  douleur;  point  d'envies  de  vomir,  d'engourdisse- 
mens,  ni  de  douleur  dans  la  cuisse  du  côté  droit;  ven- 
touses scarifiées  ;  soulagement  assez  marqué  pour  que  la  ma- 
lade en  demande  une  seconde  application.  La  douleur  dans  la 
région  du  rein  droit,  presque  continuelle,  s'aggravait  par  in-^ 
tervalle.  Le  repos,  les  grands  bains,  les  ventouses  scarifiées 
et  l'administration  de  l'opium  amenèrent  du  soulagement,  et  la 
malade  sortit  de  l'hôpital  avec  l'intention  de  retourner  au  tra- 
vail. Mais  elle  fut  bientôt  obligée  de  revenir  soufifrant  de  plus 
en  plus  dans  la  région  du  rein  droit. 

Dans  la  nuit  du  i5  au  i6  septembre  elle  eut  des  douleurs 
très  vives  au  cœur  et  à  la  région  épigastrique  j  les  batteraens 
du  cœur  étaient  irréguliers  ;  sur  le  sternum  et  à  la  région  du 
cœur  on  entend  deux  bruits  de  soufHe  :  le  premier  très  rude; 
le  deuxième  large  comme  un  bruit  de  forge  ou  comme  le  bruit 
d'une  large  aspiration.  On  entend  les  deux  bruits  du  cœur 
presque  naturels ,  mais  irréguliers  et  un  peu  confus  {saignée 
du  bras,  i?8  d^alimens,  Us.  gomme,  julep.). 

Le  17.  La  malade  ne  se  plaint  pas  beaucoup  de  sa  douleur 
dans  le  rein.  L'urine  estblanchâtre,  avec  des  flocons  de  mucus. 
On  entend  très  distinctement  les  deux  souffles  remplaçant  le 
tic-tac  du  cœur. 

Le  18.  Pouls  très  rapide,  le  choc  etl'impulsiou  du  cœur  sont 
violens.  Dans  la  nuit,  plus  de  douleur,  puis  perte  de  connais- 
sance; revenue  à  elle,  la  malade  a  senti  de  l'engourdissement 
pendant  quelques  heures.  Les  jours  suivans  les  douleurs  à  la 
région  du  rein  ont  été  des  plus  vives.  On  a  appliqué  deux  fois 
deux  sangsues  ,  loco  dolcnti. 

Le  20  septembre.  Le  pouls  est  régulier  (70  pulsations)  de- 
puis l'application  des  sangsues,  diminution  marquée  de  la 
douleur  du  rein;  h  la  fourchette  du  sternum  et  sous  les  muscles 
slerno-mastoïdiens ,  on  voit  une  sorte  de  soulèvement,  les 
veines  jugulaires  externes  sont  distendues.  Si  on  appliqucle 


DÉS  NERFS  DES  HÈINS.  6o3 

(  doigt  au-dessus  de  la  fourchetle  du  sternum^  on  sent  tin  fré- 
"  missement  très  marqué ,  qui  peut  être  senti  aussi  sur  les  ar- 
iitères  carotides  et  sous-clavières.  La  malade  mange  peu. 

Le  37  septembre.  La  malade  accuse  beaucoup  de  douleur 
^tdàns  les  reins  en  désignant  plus  particulièrement  le  côté  droitj 
f  elle  croit  se  rappeler  qu'elle  a  rendu  un  peu  de  sable  dans  les 
1  urines  j  il  y  a  dix-huit  mois.  Les  deux  cuisses  sont  engourdies. 

Le  "i  octobre,  sangsues  sur  la  région  du  rein  droit.  La 
i  douleur  du  rein  et  l'engourdissement  des  cuisses  ont  diminué 
\'  depuis  quelque  temps.  L'urine  contient  beaucoup  de  mucus. 

Lé  i"  novembre.  Nouvel  accès  de  douleur  des  reins.  Les 
idouleurs  sont  toujours  accompagnées  d'agitation;  la  malade 
nue  peut  se  coucber  sur  le  côté  droit;  qui  est  très  douloureux  à 
ilâ  pression  {saignée  du  bras),  soulagement. 

Le  3.  Douleurs  vives  aux  reins,  surtout  à  droite;  œdème  des 
;  jambes  ;  si  lé  malade  met  les  pieds  à  tèrre,  elle  éprouve  de  l'en- 
î gourdissement,  elle  ressent  delà  douleur  dans  toute  la  région 
\  du  foie  et  du  rein  droit  {cataplasme;  le  i/4  de  la  portion  d'ali- 
nihtens)  \  urines  acides  peu  abondantes,  il  n'y  a  plus  de  gonfle- 
nliiént  ni  d'œdème  des  extrémités  {tis.  gom.  3o  sangs7ies  sur  la> 
rté^ioit  du  rein  droit  ). 

Lê  9.  Doulèurs  atroces  au  rein  droit,  urines  acides  avec  des 
BfloconS  de  niucus.  Décubitus  impossible  sur  le  dos  et  le  côté 
droit. 

Le  to.  Douleurs  dans  le  dos,  dans  la  région  du  rein  droit  et 
i  dans  la  cuisse  droite  ,  élancement  à  la  région  du  cœur,  douleurs 
I  très  vives  à  la  région  précordiale;  dans  la  soirée,  mort  presque 
f  subite ,  sang  agonie  et  sans  que  la  maladie  eût  paru  faire  des 
i  progrès  depuis  deux  jours, 

Aiitbpsiedu  cadavre ,  36  heures  après  la  mort.  — Etat  exté- 
T Heure,  point  d'infiltration.  Tête,  aucune  altération  du  cerveau 
ret  du  cervelet  ou  de  leurs  membranes.  Poitrine,  le  péricarde 
distendu  occupe  presque  toute  la  partie  antérieure  du  coté 
gauche  de  la  poitrine.  L'estomac  était  complètement  dans  la 
région  ombilicale  au-dessous  du  rebord  des  fausses  côtes 
gauches.  Dans  la  plèvre  droite,  environ  20  onces  de  sérosité,  et 
dans  la  partie  postérieure,  uu  énorme  caillot  rouge  semblable 


6o4  DÉVELOPPEMENT  MORBIDE 

à  celui[d'une  saignée  récente,  pesant  a  5  onces;  ce  qui,  réuni  à  la 
sérosité,  donnerait  un  épanchement  de  sang  de  trois  livres  envi- 
ron. Le  poumon  droit  parfaitement  sain.  Dans  le  médiastin,  un 
épanchement  de  sang  noir.  La  plèvre  du  côté  gauche  ne  con- 
tient pas  de  sérosité  ;  le  poumon  aplati  ne  paraît  presque  pas 
contenir  d'air;  il  est  adhérent  à  la  plèvre  costale  et  repoussé 
vers  les  côtes  par  le  cœur,  qui  occupe  la  plus  grande  partie  de 
ce  côté  de  la  poitrine.  Le  péricarde  contient  deux  onces  de  sé- 
rosité citrine  ;  il  a  plus  de  dix  pouces  de  hauteur  et  sept  de 
largeur.  Le  cœur  est  hypertrophié ,  vide  de  sang  ;  on  sent  qu'il 
est  épais  et  dur.  Les  oreillettes  ne  présentent  rien  de  remar- 
quable. Le  ventricule  droit  est  pâle.  Sa  membrane  interne  et 
ses  valvules  sont  dans  l'état  sain.  Les  parois  des  ventricules 
gauches  sont  très  épaisses  (8  lignes),  la  membrane  interne  est 
un  peu  laiteuse  vers  les  valvules  sigmoïdes.  L'orifice  auriculo- 
ventriculaire  est  à  l'état  normal;  la  valvule  est  un  peu  blanche; 
elle  est  souple,  les  colonnes  charnues  sont  très  grosses,  comme 
toutes  les  parties  charnues  de  ce  ventricule.  Deux  des  valvules 
sigmoïdes  s'abaissent  très  bien.  La  troisième,  l'antérieure,  est 
insuffisante.  L'aorte  immédiatement  au-dessous  des  valvules 
présente  plusieurs  petits  points  ossifiés  ,  proéminens  ;  la  por- 
tion transverse  de  la  crosse  elle-même ,  est  dilatée  de  manière 
à  avoir  deux  fois  son  volume  ordinaire  jusqu'au  niveau  de  la 
partie  inférieure  de  la  poitrine  vers  la  troisième  vertèbre  dor- 
sale ,  c'est-à-dire  au  moment  de  passer  entre  les  piliers  du  dia- 
phragme. 

Dans  toute  cette  étendue,  la  face  interne  de  ce  vaisseau  est 
blanchâtre;  à  partir  de  la  crosse,  elle  présente  des  inégalités, 
des  saillies  et  des  dépressions,  de  petites  plaques  osseuses  et 
cartilagineuses.  Au  niveau  de  la  septième  vertèbre  dorsale  et  un 
peu  à  droite,  on  voit  deux  ouvertures,  une  première  presque 
circulaire  d'une  ligne  et  demie  de  diamètre  conduisant  dans  une 
petite  loge  qui  contiendrait  seulement  un  gros  pois  ,  l'autre  si- 
tuée un  peu  plus  bas,  de  forme  presque  circulaire,  a  neuf  lignes  de 
diamètre.  Le  bord  de  cet  orifice  est  arrondi,  assez  lisse,  et  com- 
munique avec  une  poche  anévrysmale,  qui  se  trouve  dans  le 
médiastin  postérieur  en  rapport  immédiat  avec  l'œsophage- 


DE  TISSUS  HOMOLOGUES.  6o5 

Cette  poche  s'ouvre  par  une  fissure  dans  la  plèvre  du  côté 
droit.  La  poche  anévrysmale  ne  contient  pas  de  caillots  fibri- 
neux.  Abdomen,  un  peu  de  sérosité  dans  le  péritoine;  rate 
,  petite ,  et  consistante  ;  foie  un  peu  plus  volumineux  qu'à  l'or- 
(  dinaire  :  sa  substance  paraît  composée  de  grains  jaunes  et  d'un 

■  tissu  vasculaire  très  injecté  qui  les  entoure.  La  surface  du 
foie  est,  du  reste,  polie,  sans  dépression,  sans  apparence 
de  bandes  cellulaires  ou  d'étoiles  s'enfonçant  dans  l'inté- 

;  rieur.  La  consistance  est  un  peu  plus  ferme  qu'à  l'état  sain, 
l  La  vésicule  biliaire  est  vide,  très  petite  ,  blanche  à  l'intérieur  et 
I  à  l'extérieur,  revenue  sur  elle-même  et  ne  contient  pas  de 
l  bile  ni  de  calculs.  Son  conduit  est  réduit  à  un  cordon  fibreux; 
Me  canal  hépatique  existe  comme  à  l'ordinaire.  L'estomac  et 
(itout  le  canal  intestinal,  sains. 

Les  deux  reins  ont  à-peu-près  leur  volume  ordinaire  ;  leiirs 
ii  merabi'anes  n'offrent  rien  de  particulier  et  se  détachent  facile- 

■  ment.  A  la  surface  du  rein  droit,  vers  le  milieu  du  bord  con- 
rvexe,  existe  une  petite  vésicule  qui  contient  un  liquide  jau- 
anâtre  transparent;  un  peu  plus  bas,  on  voit  deux  dépressions 
dde  couleur  foncée.  Au-dessous  de  ces  dépressions ,  la  substance 
Dcorticale,  moins  épaisse ,  est  très  dure  et  blanchâti^e.  Du  reste, 
de  rein  droit  et  le  rein  gauche  sont  sains. 

Développement  morhide  de  tissus  homologues 
dans  les  reins. 

§  888.  Les  glandules  et  les  conduits  urinifères  de  la  sub- 
stance corticale  peuvent  être  tout-à-fait  désorganisés ,  de  ma- 
iiière  que  la  partie  affectée  de  la  substance  corticale  semble 
Kconstituée  par  un  tissu  fibretix  ou  celluleux,  d'un  blanc  bleuâ- 
ftre,  distinct  de  la  substance  corticale  environnante  (Atlas, 
XXXV,  fig.  5).  Cette  altération  existe  quelquefois  d'une 
énanière  très  remarquable  dans  les  reins  de  diverses  espèces 
^'animaux.  Je  l'ai  représentée  dans  le  bœuf  (Pl.  xxxv,  fig.  6), 
tet  dans  le  cochon  (Pl.  xxxv,  fig.  lo).  Je  l'ai  aussi  observée 
fchea  le  cheval.  Cette  altération  parait  être,  dans  quelques 


6o6  DÉVEI.OPPEMIÎNT  MORniDE 

cas  ,  la  suite  d'une  inflaramalion  chronique,  et,  dans  d'autres 
la  conséquence  d'une  lésion  des  conduits  de  Bellini  ou  de  leur 
obstruction. 

La  substance  lubuleuse  d'un  ou  plusieurs  côues  offre  quel- 
quefois aussi  une  sorte  de  transformation  fibreuse  reconnais- 
sable  à  des  stries  d'un  blanc  jaunâtre ,  dans  la  direction  des 
Uihuli,  et  bien  distinctes  des  stries  formées  par  les  dépôts 
salins. 

Par  suite  d'une  transformation  fibreuse  des  couches  cellu- 
leuses  avec  lesquelles  elle  est  en  rapport,  la  membrane  fibreuse 
des  reins  peut  acquérir  une  épaisseur  très  considérable 
(Pl.  xn,  fig.  8).  On  lit  un  cas  analogue  dans  le  Journal  des 
Savans,  1678. 

§  889.  On  observe,  quelquefois  dans  la  substance  corticale  et 
plus  souvent  dans  la  substance  lubuleuse  des  reins,  des  grains 
ou  de  petits  corps  blanchâtres,  d'apparence  et  de  consistance 
cartilagineuses  il),  Ces  corps,  situés  le  plus  ordinairement  vers 
la  base  des  cônes ,  quelquefois  vers  leur  milieu  et  plus  rare- 
ment près  de  leur  extrémité ,  se  rencontrent  surtout  dans  les 
leins  des  vieillards  (Atlas  ,  Pl.  xxxvi.fig.  5). 

La  membrane  fibreuse  des  reina  présente  quelquefois  des 
plaques  cartilagineuseSi 

§  890.  La  capsule  fibreuse  des  l'eins  peut  a'ossi/îer,  offrir 
des  dépôts  salii)S  partiels ,  ou  prendre  tout-à -fait  l'apparence 
d'une  coque  osseuse,  analogue  à  celle  que  le  péricarde  incrusté 
forme  quelquefois  autour  du  cœur.  Ces  ossifications  de  la  cap- 
sule fibreuse  du  rein ,  et  les  ossifications  des  corps  fibreux 

(i)  Scliroeck,  cité  par  Lieutaud,  rapporte  te  fait  sairAnt  :  «  Vir  qniii- 
q^iagenarius,  crapiilx  deditus,  ischuria  suhito  oorripiCnr.  Frustra  adhibetar 
cathcter  ;  uullus  edIiu  dolor,  nec  tamor  iu  resioa,  Dolor  eral  gmvalivus  in 
sinistro  rené.  Dejn ,  \el  pqst  septem-Jeceni  dies,  accedit  /vpmilus; corpus  ivt- 
tumescit;  lacditu?  memoria,  impeditur  loquela  ;  ac  tandem  suffocatus  obiit. 
Excutcrato  cadavero,  loco  renis  dextri  invcnjtur  corpusculum  induratum  et 
cartllagi'neum,  ovi  gallinacci  minoris  magnitudine.  Quo  dissecto  jntus  appa- 
rnerc  grumi  sanguinis,  cum  hydatidibus,  et  exigna  portiuncnla  substantia: 
rcnis  putrida;.  Sinister  naturali  triplo  major,  semi-cartilagiaosus  in  parte 
conrexn  rcperitnr  (Lieutaud.  Jnat.  praet,,  Ub.  i,  obs,  1075). 


DE  TISSUS  nOMOLOGUPS   (7".  OSSeUx).  ÔQ^ 

développés  dans  la  substance  des  reins,  ont  élé.indiqués  vague- 
ment par  d'anciens  auteurs  sous  les  noms  de  r^ins  irans~ 
formés  en  pierre.  • 

Paps  les  cas  rares  de  transformation  cartilagineuse  et  osseuse 
c  la  capsule  fibreuse ,  les  reins  semblent  très  durs ,  et  la  masse 
jplus  ou  moins  considérable  qu'ils  forment  cède  peu  ou  point  à 
1.1a  pression.  A  l'extérieur,  celte  masse  offre  quelquefois  des 
^aspérités  très  dures,  d'un  blanc  mat  ou  d'un  blanc  jaunâtre, 
i  J'ai  fait  figurer  plusieurs  exemples  de  dépôts  salins  dans  la 
sm^mbrane  fibreuse  et  sur  des  kystes  acéphalocystiques  dans 
reins  de  mouton.  J'ai  vu  plusieurs  mamelons  d'un  rein 
ide  bœuf  dilatés  et  transformés  en  une  membrane  incrustée  de 
mqalière  osseuse. 

M.  EUiolson  m'a  envoyé,  en  i834,  deux  coques  osseuses,  éyi  - 
i^çmment  formées  par  la  membrane  du  bassinet  dilaté  et  par 
lia  membrane  fibreuse,  ossifiées,  d'un  des  leins  d'un  homme  , 
iiQort  avec  des  symptômes  d'apoplexie.  Cet  homme  avait  été 
iifiujetà  la  gravelle  depuis  quelques  années;  le  membre  inférieur 
idu  côté  correspondant  au  rein  ainsi  altéré,  était  beaucoup 
ïamaigri  (Atlas  ,  Pl.  xxxvi,  fig.  2 ,  3). 

§  891.  Il  se  développe  quelquefois  ,  mais  bien  rarement  des 
iostéides,  dans  les  reins  ,  et  dont  la  base  est  un  tissu  fibreux, 
KFaversé  pa:'  des  vaisseaux  sanguins  et  n'offrant  que  par  places 
mm  dépôt  calcaire.  Ces  ostéides ,  tout-à-fait  analogues  aux  corps 
&fibreui(  de  l'utérus,  ne  peuvent  être  divisés  qu'au  moyen  de 
lia  scie. 

Une  autre  espèce  d'ostéide  se  forme  assez  fréquemment  dans 
lies  reins  après  la  destruction  des  acéphalocyslea  des  reins  dei8 
laniraaux  ,  surtout  dans  les  reins  de  mouton  (Atlas,  Pl.  xxx  , 
bfig.  5  et  6  ),  La  matière  osseuse  ou  calcaire ,  rarement  déposée 
►en  masse,  l'est  plus  souvent  en  lamelles  ou  en  grains  isolé», 
j-jaunâtres  et  durs. 

Presque  toujours  ces  ostéide»  sont  entourés  par  une  mem» 
Harane  qui  les  isole  du  tissu  rénal  environnant,  et  ce  tissu 
kparaît  n'avoir  subi  d'autre  altératioii  qu'une  légère  décolora- 
tion ,  déterminée  par  la  compression  qu'exerce  la  tumeur 
acéphalocyslique.  Quelquefois  cas  ostéides  deviennent  très 


6o8  DÉVELOPPEMENT  MORBIDE 

volumineux  et  occupent  presque  tout  le  rein,  qui  paraît  être 
transformé  en  pierre. 

Les  exemples  d'ossification  des  reins  sont  très  rares.  Vincent 
a  publié  (en  1689)  la  description  d'un  rein  qui  pesait  une  livre 
et  demie,  et  qui  avait  une  consistance  cartilagineuse.  Il  était 
situé  sur  la  dernière  vertèbre  des  lombes  et  sur  la  première  et 
la  seconde  vertèbres  sacrées,  (i) 

Fearon  (2)  rapporte  que,  chez  une  femme  de  cinquante  ans, 
souffrant  depuis  plus  de  dix  ans  de  violentes  douleurs  dans  la 
région  des  reins,  il  s'y  joignit  plus  tard  de  fréquentes  envies 
d'uriner,  et  quelquefois  des  rétentions  d'urine  La  malade 
mourut,  après  avoir  été  six  jours  sans  uriner.  Du  côté  des  lom- 
bes oii  cette  femme  avait  eu  tant  de  douleurs  pendant  de  lon- 
gues années,  Fearon  ne  trouva  aucun  vestige  de  rein  ,  mais  à 
sa  place  un  corps  rond  comme  une  boule,  formé  d'une  sub- 
stance osseuse ,  du  poids  de  trois  livres  et  demie  et  de  quinze 
pouces  de  circonférence.  Sciée,  celte  tumeur  présenta  les  ca- 
ractères d'une  masse  irrégulièremeiiL  ossifiée,  qui,  traitée  par 
les  réactifs  chimiques,  se  comportait  comme  la  substance  nor- 
male des  os. 

L'autre  rein  était  rongé  par  le  pus  jusqu'à  la  membrane. 

J'ai  figuré  (Atlas,  Pl.  xxxvi,  fig.  6)  un  exemple  remar- 
quable de  ces  ostéides  des  reins.  Le  rein  droit  d'un  homme, 
sur  la  maladie  duquel  je  n'ai  pu  avoir  de  renseiguemens ,  deux 
fois  plus  volumineux  que  dans  l'état  sain,  avait  à-peu-près  sa 
forme  naturelle.  Cependant  son  extrémité  supérieure  était 
beaucoup  plus  volumineuse  que  son  extrémité*  inferteure ,  et 
de  telle  sorte  que  le  bile  étaij.  placé  au  quart  inférieûr  du  bord 
interne.  Le  poids  de  ce  rein  était  de  dix'olîcjs. 

En  incisant  cet  organe  suivant  sa  grande  circonférence  jus- 
qu'au bassinet,  nous  vîmes  derrière  cette  cavité  ,  et- occupant 
la  place  de  la  moitié  supérieure  du  segment  postérieur  du 
rein ,  une  tumeur  de  consistante  osseuse  du  volume  d'une 

'  • 

(i)  Dict.  des  sciences  médicales,  tom.  XLVli,  p.  438. 
(i)  Med.  communie,  y,  ob,  i,  n.  xx7ii^i^4i6,  tab,  x.—  Meckel's  Handbuch 
der pathol.  Aat„  Band.  a,  sect,  a,  p.  238)^ 


DE  TISSUS  HOMOLOGUES  {T.  OSSeUx).  609 

jrange,  bosselée  et  entourée  d'une  membrane  qui  la  séparait 
des  parties  envii-onnantes.  Détachée  de  celle  enveloppe  exté- 
•ieure,  et  sciée  suivant  son  plus  grand  diamètre,  cette  produc- 
ion  moi-bide  offrait  la  disposition  suivante  :  sa  surface  était 
iincroûtée  d'une  couche  fibro-carlilagineuse  d'une  demi-ligne 
i  deux  lignes  d'épaisseur,  qui  envoyait  vers  le  centre  de  la 
umeur  des  prolongemens  très  irréguliers  ,  dans  les  intervalles 
lesquels  on  voyait  divers  dépôts  ,  des  concrétions  blanches, 
-trayeuses ,  analogues  au  détritus  tuberculeux  des  os  j  des 
ragmens  osseux  jaunâtres  et  demi  transparens;  enfin,  des 
limas  de  fibrine  d'un  rouge  brun  ressemblant  à  ceux  que  l'on 
rouve  dans  les  foyers  sanguins  déjà  anciens. 

Le  bassinet  n'offrait  d'autre  changement  que  celui  qui  ré- 
lultait  de  la  compression  de  sa  moitié  supérieure  par  la  tu- 
itneur.  Le  tissu  du  rein ,  très  dense  et  disposé  en  forme  de 
iDOcbe  autour  de  la  tumeur  et  de  la  cavité  du  bassinet ,  s'a- 
I  aincissait  progressivement  à  mesure  qu'il  s'étalait  au-devant 
.le  l'altération.  La  poche  était  complétée  par  la  membrane 
^enveloppe  de  l'ostéide  et  par  la  continuation  de  la  capsule 
ivu  rein.  Cette  capsule  était  épaissie  et  fortifiée  par  une  masse 
piC  tissu  cellulaire  ^'"^sdense,  qui  lui  était  superposée. 

§  892.  Je  rappellerai  que  Jacques  Sachs  (i)  cite  le  cas  d'une 
lemme  qui,  pendant  plusieurs  années,  avait  éprouvé  des  coli- 
imes  néphréligues  et  rendu  des  urines  épaisses  et  filantes,  et 

*  »  '' 

(i)  «  Im  dlssfect^orpore  inventi  fuere  ambo  renés  obriguisse  tam  dexter 
uain  si'nisrfr*h»  alabaatrintm  duritiem  et  soliditatem  (  Ephem.  cur.  nat. 
oc.  I,  ann.  i,  obs,  iixvn,  p.  82);  de  rçaibus  hamanis  petrefactis).  Sachs 
L'crit  ainsi  le  plus  grgncMek  ces  reins  :  »  Erat  adhuc  post  gorgouxam 
tam  meiamorphosin  re^nsuâ  figarâ  (quasi  fabacea)  ûrdinaria  conspicien- 
us;  cxte'riy  parcuchymatis  'p»rs  et  circumferentia  semicircularis,  seii 
il)ba  renum  pars,  videbatur  ^qnasi  in  aliquot  lobos  corrngata,  et  porosior 
■liquo  lapide  facta,  coloris  ad  grysenm  acccdentls;  reliqua  vero  pars 
srsus  siinam  partem  et  pelvim  ,  eum  resectâ  particulâ  ureteris  prinoipii, 
licea  tota ,  nibil  magis  quam  candicans  alabastrum  et  duritio  et  colore 
Oiibens,  in  superficie  venulœ  aliquatenus  rubescentes ,  quasi  ibi  dcpictoe 
idebantur.  Postquam  hnnc  renem  destrum  diu  digitis  palpassem  et  ad 
hram  pondus  cxaminassem,  nndecim  lotone;  exsuperasse  compertum  est.  » 

m.  39 


6td  DIÎVELOPPEMËNT  MORBIDE 

chèz  laquelle  on  trouva  les  deux  reins  transformés  en  une  ma- 
tiêré  tjui  offrait  la  dureté  de  l'albâtre  ;  que  Ch.-Fr.  Paullini 
cite  aussi  un  cas  non  moins  curieux  de  rein  ossifié  (i);  que 
Lieutaud  (2)  rapporte ,  d'après  Moccius ,  le  cas  d'une  vieille 
femme  qui  mourut  après  avoir  éprouvé  de  violentes  douleurs 
dans  lè  flanc  et  l'hypochondre  gauches,  et  chez  laquelle  ou 
trouva  le  rein  gauche  trauâforjué  eu  une  matière  pierreuse, 
Lieutaud  cite  d'autres  faits  analogues,  extraits  des  Curieux  de 
là  nature  (obs.  1177,  et  l'obs.  de  Sachs,  obs.  1178),  rappelés 
plus  haut.  Enfin ,  G.  Lucas  a  représenté  dans  les  Transactions 
philosophiques  un  exemple  remarquable  de  pétrification  du 
rein. 

Une  semblable  altération  a  été  également  observée  chez  les  ani- 
maux. M.  Lassaigne  (3)  a  soumis  à  l'analyse  chimique  un  rein 
provenant  d'un  cheval,  et  qui  lui  avait  été  remis  par  M.  Rigot. 
Ce  rein  était  blanchâtre  ,  spongieux  et  dur  au  toucher  ;  par  la 
pression  entre  les  doigts,  il  s'en  écoulait  un  liquide  laiteux, 
inûoldrte,  chargé  d'une  très  grande  quantité  d'albumine  :  mis  en 
niacération  dans  l'eaii  froide  pour  le  débarrasser  de  ce  liquide 
albumineux  ,  il  ressemblait  alors  à  un  tissu  cartilagineux  en 
partie  ossifié.  L'apparence  de  ce  rein  ayant  d'abord  fait  sup- 
poser qu'il  était  peut-être  pénétré  dans  toutes  ses  parties  par 
de  la  matière  calculeuse,  une  partie  de  ce  tissu  solidifié  fut  mis 
en  contact  avec  de  l'eau  acidulée  par  l'acide  chlorhydrique  ; 
aussitôt  uue  légère  effervescence  se  manifesta  à  la  surface  par 
suile  d'une  dissolution.  Après  douze  heures  de  contact,  la 
substance  dd  rein  était  toul-à-faît  ramollie  ,  quoique  son 
volume  fût  peu  diminué.  La  liqueur  fut  alors  décantée  et 
sursaturée  par  de  l'ammoniaque,  qui  produisit  un  précipité 

(1)  Servo  milili'enem  perfecte  «Vi'ceuw,  e  cadavcrc  Norwagi'cujnsdam  ei- 
cisum,  aliquot  Oncias  pendcntem  {Êphem.  nat.  cur„  dec.  2,  ann.  4,  append., 
p.  2n).  Ce  cas  a  été  reproduit  par  Th.  Bonct  {Sepulcretam,  lib.  ui,  scct.  2a, 
t.  II.  p.  660). 

(2)  Lieutaud.  Anat.pract.,  liLer  primas,  obs.  1208. 

(3)  Lassaigne.  Obs,  sur  une  ossification  complète  tHun  rein  chez  le  cheval 
(Joura.  de  chimie  médicale,  vol.  vi,  pag.  233). 


DE  TISSUS  HOMOLOGUES  {1\  OSSeUX).      6l  I 

blanc  gélatineux  ,  très  abondant ,  reconnu ,  par  un  examen 
ultérieur,  pour  du  sous-phosphate  de  chaux.  La  dissolution 
d'où  ce  sel  avait  été  séparé,  forma  ensuite  avec  l'oxalate  d'am- 
moniaque un  précipité  blanc  >  indiquant  la  préexistence  du 
carbonate  calcairCé  Ces  deux  sels  se  sont  trouvés,  à  très  peu  dé 
chose  près,  dans  les  proportions  oii  ils  se  rencontrent  dans  la 
substance  osseuse  proprement  dite.  L'analyse  quantitative 
donna  3,5  de  phosphate  contre  i  de  carbonate. 

Ç  893.  Le  cas  suivant  peut  être  rapproché  de  l'observation 
précédente  : 

«  Une  femme  ,  âgée  de  5o  ans ,  d'un  tempérament  bilieux, 
n'ayant  jamais  eu  d'enfant ,  avait  reçu  des  soins  de  moi  dan» 
deux  fièvres  bilieuses  ;  avant  ces  maladies  elle  m'avait  consulté 
pour  une  tumeur  qui  avait  son  siège  dans  l'hypocondre  ganche> 
et  l'avait  fait  souffrir  pendant  plus  de  dix  ans.  Je  lui  avais  con- 
seillé des  bains,  des  cataplasmes  émolliens,  parce  qu'elle  éprotl- 
vait  de  fortes  douleurs  et  des  déchiremens  considérables  à  l'en- 
droit désigné.  Des  médecins  et  chirurgiens  de  notre  ville  lui 
avaient  donné  les  mômes  conseils;  j'ignore  s'ils  avaient  soupçon- 
né le  rein  gauche  malade.  Pour  moi,  j'avouerai  que,  celte  femme 
rapportant  ses  douleurs  à  la  partie  antérieure  du  bas-ventre, 
je  n'avais  pas  eu  l'idée  d'une  néphrétique  jusqu'au  17  août  1807, 
où  je  fus  appelé  pour  la  voir.  Elle  se  plaignit  alors  de  douleurs 
très  vives  du  côté  gauche,  d'itne  grande  difficulté  d'uriner;  les 
urines  donnaient  du  sang.  La  fièvre  était  très  forte,  et  la  fîgurtf 
de  cette  malade  était  très  altérée.  J'ordonnai  une  potion  cal^ 
mante  et  une  tisane  avec  la  pariétaire.  D'après  les  accidens  qué 
je  viens  de  rapporter,  je  soupçonnai  un  calcul  rénal;  je  fis  part 
de  mon  soupçon  aux  parens.  La  malade  mourut  dans  la  nuit. 
Ou  vint  m'annoncer  sa  mort,  et  je  demandai  l'ouverture  dtt 
cadavre,  qui  me  fut  accordée.  Je  la  fis  le  18  à  8  heures  du  soir, 
avec  un  élève  en  chirurgie  de  l'Hôpital  général. 

«  La  section  des  tégumens  et  des  muscles  du  bas-ventre  étant 
faite,  nous  avons  mis  le  rein  gauche  à  découvert  ;  nous  l'avon» 
trouvé  enveloppé  d'un  tissu  cellulaire  gorgé  de  sang;  ce  reiil 
nous  a  paru  déplacé  et  porté  vers  la  partie  antérieure  du  bas- 
ventre.  Après  avoir  détaché  et  examiné  ce  rein ,  nous  avons 

39. 


6ra  DÉVELOPPEMENT  MORBIDE 

observé  que  la  surface  de  la  portion  supérieure  était  de  cou- 
leur et  de  volume  naturels  ,  les  parties  moyenne  et  inférieure 
noires,  présentant  beaucoup  de  volume  et  des  inégalités.  Le 
toucher  m'ayant  fait  apercevoir  un  corps  dur  à  la  partie 
moyenne,  j'ouvris  cette  partie,  dont  j'ai  extrait  un  calcul  très 
dur  d'une  forme  irrégulière  ,  et  recouvert  par  une  couche 
brune  qui,  étant  sèche,  s'est  détachée  de  calcul  et  réduite  en 
poussière.  Ce  calcul  était  contenu  dans  un  des  entonnoirs  du 
rein.  Plus  bas,  j'ai  remarqué  dans  la  substance  interne  du 
rein  une  portion  devenue  cartilagineuse,  dans  laquelle  s'étaient 
développés  des  points  osseux,  dont  j'ai  enlevé  le  plus  volumi- 
neux ,  et  à  la  partie  inférieure  une  matière  molle  et  blanche , 
ressemblant  à  du  lait  caillé.  Tous  les  autres  viscères  du  bas- 
ventre  étaient  dans  un  état  sain(OZi*.  d'un  calcul  rénal  accom- 
pagné de  la  désorganisation  de  la  majeure  partie  du  rein  datis 
lequel  il  s'était  formé,  par  J.-^B.  Tréhet.  —  Bulletin  de  la  Fa- 
culté de  médecitie  de  Paris,  lora.  ii,  p.  gS,  5''  annéej.  » 

§  8g4.  Il  faut  distinguer  des  osléides  des  reins  les  cas  de  dé- 
pôts salins  dans  le  bassinet  et  les  calices  :  tel  est,  en  particulier, 
le  cas  cité  par  Howship  (i)  »  et  dans  lequel  on  trouva  l'intérieur 
des  reins  rempli  de  carbonate  calcaire, 

§  895.  Un  tissu  spongieux  et  vasculaire  analogue  au  corps 
du  pénis,  principalement  formé  d'un  lacis  de  vaisseaux,  se  dé- 
veloppe quelquefois  accidentellement  chez  l'homme,  dans  plu- 
sieurs organes  ;  mais  on  ne  l'observe  que  bien  rarement  dans 
les  reins.  Je  ne  l'y  ait  vu  que  dans  deux  circonstances ,  où  la 
même  altération  existait  à  un  bien  plus  haut  degré  dans  le  foie. 

J'ai  représenté  (Atlas.  Pl.  xu,  fig.  7)  une  tumeur  éreclile 
qui  était  située  sur  la  face  antérieure  du  rein  droit,  plus  près 
de  sa  scissure  que  de  son  bord  externe.  Cette  tumeur,  dont  la 
surface  était  inégale  ,  s'enfonçait  assez  profondément  dans  la 
substance  corticale;  extérieurement  elle  offrait  à  sa  circonfé- 
rence une  sorte  de  bourrelet,  d'oii  partaient  une  quantité  in- 
nombrable de  petites  veinules  qui  s'irradiaient  au  loin  en  se 
BOUS  'divisant  à-peu-près  comme  les  vaisseaux  cutanés  ou  sous- 


(t)  Bowsliip,  oHf,  cité,  p.  34. 


DE  TISSUS  HOMOLOGUES  (2'.  érectUé).     61 3 

cutanés  dans  les  phlébectasies  du  nez  ou  dans  certains  nœvi 
vasculaires  dont  les  limites  ne  sont  pas  bien  circonscrites.  A 
la  coupe  (Pl.  XLi,  fig.  8),  les  limites  de  cette  petite  tumeur  pou- 
vaient être  facilement  reconnues  à  la  différence  d'aspect  du 
tissu  érectile  et  de  la  substance  corticale  qui  l'entourait.  Ce 
tissu  paraissait  composé  de  plusieurs  petites  loges  entre  les- 
quelles se  distribuaient  des  veinules,  et  on  n'y  distinguait  au- 
cune trace  de  tissu  squirrheux  ou  encéphaloïde  ;  d'ailleurs  la 
nature  de  cette  tumeur  était  sulEsaranient  démontrée  par  la 
coïncidence  d'autres  tumeurs  érectiles,  beaucoup  plus  volumi- 
neuses, et  de  même  apparence,  situées  dans  le  foie. 

Dans  un  autre  cas  de  dégénération  érectile  du  foie  chez  un 
vieillard ,  j'ai  vu  une  semblable  tumeur ,  d'une  plus  grande 
dimension,  dans  un  rein  surmonté  de  kystes  séreux  (Pl.  xxvii, 
fig.  5). 

§  896.  Cette  altération  vasculaire  des  reins  a  été  mentionnée 
par  quelques  observateurs.  «  J'ai  vu,  dit  Baillie  (i),  la  substance 
du  rein  convertie  en  une  substance  molle  et  comme  spongieuse  j 
on  apercevait,  à  sa  surface,  des  cavités  arrondies  isolées  et  pla- 
cées à  des  distances  irrégulières.  Son  tissu  incisé  présentait  une 
substance  mollasse.  Les  vaisseaux  sanguins  se  ramifiaient  d'une 
manière  très  évidente  dans  celte  masse  spongieuse.  Le  rein  ne 
contenait  point  de  suppuration  ,  et  cet  état  pathologique  ne 
ressemblait  en  rien  aux  effets  de  la  suppuration.  Cet  état  patho- 
logique particulier  avait  détrait  une  partie  considérable  des 
reins,  sans  doute  par  l'action  des  vaisseaux  absorbans  qui  pa- 
raissaient avoir  ménagé  la  substance  tubuleuse  beaucoup  plus 
que  la  corticale.  Je  n'exagère  point  en  disant  que  le  rein  avait 
la  mollesse  d'une  éponge.  En  agitant  dans  de  l'eau  ces  restes  du 
tissu  des  reins,  ils  se  séparaient  à-peu-près  comme  les  vaisseaux 
sanguins  du  placenta.  J'ai  observé  deux  ou  trois  fois  ces  phéno- 
mènes, mais  à  un  degré  moins  avancé.  » 

Lobstein  (a)  dit  aussi  qu'il  a  rencontré  une  fois  celte  maladie 

(1)  Baillio.  Anat,  paihol.,  trad.  François  de  Guerbcis,  p.  aaS,  ia-8,  Paris, 

(2)  Lobstein.  Anal.  path.  générale,  t.  i,p.  324.  Sert»» bourg,  in-8,  182g. 


6l4  DÉVELOPPEMENT  MORBIDE 

dans  le  parencliyme  du  foie,  et  qu'une  autre  fois  il  a  cru  la  re- 
connaître dans  le  développement  fongueux  du  réseau  capillaire 
de  la  membrane  muqueuse  du  bassinet  du  rein. 

§  897,  Sous  le  nom  de  dégénérescence  graisseuse,  ou  de 
transformation  graisseuse  des  reins ,  on  a  décrit  deux  altéra- 
tions distinctes  ;  l'une,  caractérisée  par  une  véritable  transfor- 
mation graisseuse  de  ces  organes,  est  très  rarej  l'autre,  dans 
laquelle  de  la  graisse  est  abondamment  déposée  autour  du  rein 
plus  ou  moins  atrophié ,  dans  sa  scissure  ou  entre  ses  lobes, 
est  beaucoup  plus  fréquente. 

5  898.  Le  tissu  cellulaire  extra-rénal,  autrement  dit  la  tuni- 
que graisseuse  des  reins,  peut  offrir  une  accumulation  très  con- 
sidérable de  graisse.  Le  plus  souvent  alors  le  tissu  cellulaire  et 
le  tissu  giaisseuK  ont  leurs  caractères  naturels;  mais  dans 
quelques  cas  (Atlas.  Pl.  xxxvi,  fig.  i.  Pl.  xxxiii,  fig.  8),  le 
tissu  cellulaire  graisseux  paraît  condenséjdur  et  d'une  consis- 
tance lardacée.  D'auti'es  fois,  il  estrougeâtre  el  traversé  par  des 
vaisseaux  fortement  injectés  de  sang. 

§  899.  Le  tissu  cellulaire  graisseux  de  la  scissure  et  qui 
pénètre  dans  l'intérieur  des  reins  par  les  arcades  vasculaires, 
peut  se  développer  d'une  manière  anomale  et  de  façon  à  atro- 
phier les  substances  rénales.  Toutefois  ce  phénomène  est  fort 
rare;  mais  ce  qui  l'est  beaucoup  moins,  c'est  de  voir  un  dépôt 
accidentel  de  graisse  avoir  lieu  dans  la  scissure  et  ses  prolon- 
gemens  celluleux  après  des  maladies  chroniques  du  rein,  avec 
atrophie  des  substances  rénales  ;  atrophie  survenue  à  la  suite 
d'une  altération  des  calices,  du  bassinet  et  de  l'uretère.  Alors 
on  trouve,  à  la  place  du  rein  ,  un  mélange  de  tissu  cellulaire 
condensé  et  de  tissu  graisseux  ,  dans  lequel  le  tissu  graisseux 
ordinairement  prédomine.  Dans  l'intérieur  de  cette  masse 
graisseuse  on  voit  quelquefois  des  espèces  de  cordons  cel- 
lulo-fibreux  bleuâtres,  ramifiés,  plus  durs  que  les  parties  en- 
vironnantes, et  qui  indiquent  la  disposition  primitive  du  bas- 
sinet et  des  calices  déformés  et  oblitérés.  Ces  reins,  ainsi  en- 
veloppés de  graisse  et  presque  complètement  atrophiés,  ont  été 
décrits  comme  des  reins  transformés  en  graisse  (Atlas.  Pl.  li, 
fig.  i). 


DE  TISSUS  HOMOLOGUES  (T.  graisscux).  61 5 

Je  suis  disposé  à  penser  que  le  cas  de  transformalioa 
graisseuse  <du  reip,  présenté  à  la  Soçiélé  g.natomi-que  par 
M.  Barth  (i) ,  est  analogue  à  ceux  dont  je  viens  de  parler.  U 
n'existait  plus  de  traces  des  subjstances  corlic.ale  et  roïnielon- 
née.  Le  tissu  graisseux  «lait  divisé  par  des  cloisons  fibreuses, 
ïy'ureière^à  son  origine,  était  oblitéré  par  de  nombreux  calculs. 

.cet  endroit  Jes  tuni^jues  étaient  notablement  hjfperlro- 
jpliiée8>  Oa  n'avait  ob.seryé  aucun  s^mptprae  d'affectioft  djies 
reins. 

^  900.  Le  rein  peut  éprouver  une  altération  graissenae  an^a- 
logue  à  celle  du  foie.  M.  le  docteur  Pascal  (2)  dit  gue,  chez  un 
iUonxme  mxjrl  d'une  fièvre  intermittente  ou  d'une  affection 
jgafilro-intestiinale  très  aiguë,  les  reins  ayant  été  dépouillée  de 
leur  capsule ,  on  vit  avec  étonnement  s'éçhapper  de  leur  g^jr- 
iace  une  multitude  de  petites  gouttelettes  d'huile,  dp.uit  Je 
jiombre  augmentait  par  la  pression  de  .ces  pr^ganea-  Jjavés  jpt 
^^jés,  il$  cpntinuajLenty  par  la  pr.çs^ja^  à  lourçir  Iç  «lème 
ilUiLde  très  refionnaissable  à  so;j  aspect  et  à  sa  pesantei.y:'  ?pépi- 
jSquje ,  qui  le  faisait  surnager  à  la  sw-Jace  de  l'eajgi. 

Laennec  (3)  a  vu  un  rein  entièrement  converti  en  une  njjaijigre 
jaunâtre,  graissant  forJLeeiw.t  le  ^ealp^l  et  le  papie*'.  S^v  le 
4;pjps  d'un  jjEU»Ç  l»çrt|i»e  de  dix-hnit  ans,  nu>rt  d'u»e  inil^- 
raation  générale  des  voies  urinaires,  ayec  deiStj,uçt^9n4;ojnplèJte 
àn  canal  de l'nrètlune^  Dupiiytren  (4)  trouva  un  .engoigenieAittrès 
dense  du  ti^su  cellulaire  adipenx  qui  euvironnaitle  rejn  dr,ç>j^t, 
]^ne  diminution  du  yolmne  de  ce|t  orgajae,  une  disparition  pres- 
que complète  de  son  tissu  pfopr.e^  ,un,e  îf-ansfocniatio^i  adi- 
peuse de  ce  qui  i:eslait,  et  qitielq.n,es  Gal.ç,ul.s petits,  feuilletés, 
4anç  des  ri^i^tes  de  calices^ 

jyi.  1^  .daçtejj^  féjlf équi»  (5)  ,a  piubli^  «fi.ca?  rexçar,qi;ial?lg  4e 
ixm^hfm^^T^  j^-aiseevise  de  -^q  ffltawlw?  Â'^       feijjfs  : 

(1)  Bulletin  de.h  se,  fntU.  fie  P,tirk'X.  f,yp.J^8,  ifi-^^  PfjçiSf 

(2)  Joum.  hebdomadaire,  2"  série,  t.  xii,  pag.  347;  a933. 

(4)  Ibid.,  t.  I,  pag.  192. 

(5)  Gazette  médifi^ie  de  JP^rif,  p^ig. ^in,-^  ,i8^. 


6l6  DÉVELOPPEMENT  MORBIDE 

Un  octogénaire  de  l'hospice  de  la  Charité  de  Lyon  mourut  en 
mars  i836.  A  gauche  se  trouvait,  une  hydronéphrose;  toute 
la  substance  mamelonnée  avait  disparu  ,  sauf  cinq  cônes 
qui  étaient  convertis  en  matière  graisseuse.  La  substance  cor- 
ticale réduite  à  un  tiers  ne  représentait  plus  qu'une  espèce  de 
calotte  peu  épaisse  ,  mais  non  altérée  dans  son  parenchyme  , 
coiffant  le  bassinet  distendu  :  celui-ci  formait  une  large  poche 
oii  aboutissaient  les  restes  des  cinq  calices  sans  profondeur, 
contenant  un  liquide  limpide  qui  n'avait  ni  l'odeur  ni  la  cou- 
leur de  l'urine.  L'uretère,  d'une  capacité  normale,  et  libi'e  dans 
toute  son  étendue  ,  permettait  au  fluide,  quand  on  compri- 
mait le  kyste,  de  descendre  jusque  dans  la  vessie.  L'artère  ré- 
nale correspondante,  aussi  grosse  que  la  congénère  ,  fut  suivie 
avec  soin.  Là  oii  existaient  encore  les  cinq  pyramides  grais- 
seuses ,  les  i-amifications  artérielles  se  répondaient  entre  elles 
et  la  substance  corticale  à  laquelle  elles  se  distribuaient...  A 
droite ,  le  rein  parut  un  peu  plus  volumineux  que  dans 
l'état  normal,  du  reste  à-peu-près  sain,  à  l'exception  de  trois 
mamelons  qui  commençaient  à  subir  la  transformation  grais- 
seuse. 

On  peut  encore  consulter  les  observations  de  Morgagni  (t), 
de  Baader  (a) ,  de  Sœmmering  (3)  et  de  Olhmar  Heer  (4),  rela- 
tives à  des  reins  graisseux. 

§  901.  Mais  de  tous  les  cas  de  dégénérescences  graisseuses 
des  reins  parvenus  à  ma  connaissance  ,  le  plus  intéressant 
sans  contredit  est  le  suivant ,  qui  m'a  été  communiqué  par 
M.  Bricheteau ,  médecin  de  l'hôpital  Necker  : 

Une  femme  âgée  de  45  ans,  d'un  embonpoint  notable  ,  en- 
tra le  a5  août  1 838  à  l'hôpital  Necker  :  face  très  colorée,  lèvres 
bleuâtres,  voix  très  voilée;  respiration  accélérée,  haute;  point 
ie  toux  ni  d'expectoration  ;  pouls  naturel ,  défaut  absolu  d'ap- 

(1)  Morgnagni.  De  sed.  et  caus.  morb.,  epist.  XLvr,  §  29. 

(2)  Baader.  Obs,  med.,  xxxiv. 

(3)  Sœmmering.  Annot.  à  la  trad.  allemande  de  l'Anat.  patli.  de  BiùUie, 
S,  170,  IV. 

(4)  Othmar  Hcer.  Z)e  re/wm  /norAw,  p.  33,  in-4,  Halœ,  1790. 


DE  TISSUS  HOMOLOGUKS  {T.  graisseux).  ôi-; 

1  petit,  selles  très  rares.  —  La  malade  n'a  pas  uriné,  dit-elle, 
depuis  quinze  jours  ;  la  sonde,  introduite  dans  la  vessie,  ne 
donne  pas  issue  à  une  seule  goutte  d'urine.  Les  deux  jours 
suivans,  la  malade  est  sondée  sans  résultat. 
A  la  percussion,  la  poitrine  est  plus  sonore  qu'à  l'état  nor- 
I  mal,  si  l'on  tient  compte  de  l'épaisse  enveloppe  graisseuse  du 
i  thorax.  L'oreille  appliquée  dans  toute  l'étendue  des  parois 
thoraciques  perçoit ,  surtout  en  arrière ,  du  râle  crépitant  à 
j  grosses  bulles  ,  mêlé  de  râle  sibilant.  —  Cœur  sain. 

Une  preraièi'e,  puis  une  seconde  saignée,  pratiquées  les  deux 
:  premiers  jours ,  diminuèrent  sensiblement  la  gène  de  la  respi- 
i  ration.  A  partir  du  troisième  jour,  des  diurétiques,  des  purga- 
t  tifs  ,  administrés  par  la  bouche  et  en  lavemens,  n'amenèrent 
I  aucune  évacuation  d'urine  ni  de  matières  fécales.  Le  troisième 
i  jour,  oppression  des  plus  intenses  ;  la  poitrine  se  dilate  avec 
f  effort;  air  hébété;  point  de  réponses  aux  questions  qu'on 
I  adresse;  le  pouls  est  plutôt  lent  qu'accéléré  (  saignée  de  3  pa- 
ît lettes  ;  sÎTiapismes  aux  jamhes  ;  2  gros  de  kermès).  Mort  quel- 
qques  heures  après  la  visite. 

Autopsie,  du  cadavre  dix- huit  heures  après  la  mort. 
Blat  extérieur.  Raideur  cadavérique  très  prononcée  ;  cou- 
c  che  graisseuse  sous-cutanée  de  plusieurs  pouces  d'épaisseur. 

Thorax.  Adhérences  presque  générales  des  deux  poumons; 
eelles  sont  anciennes ,  "celluleuses  et  résistantes.  Veinules  sous- 
f  pleurales  gorgées  de  sang  noir.  Quatre  cuillerées  au  plus  d'un 
1  liquide  séro-purulent  dans  la  plèvre  gauche.  A  la  surface  des 
1  poumons,  nombreuses  plaques  blanches  sous-pleurales,  sail- 
lantes au  plus  d'une  ligne,  et  qu'il  est  facile  de  reconnaître  pour 
des  lobules  emphysémateux;  léger  engouement  des  poumons 
en  arrière;  bronches  généralement  injectées  ,  sans  épaississe- 
ment  ni  ramollissement  apparens  de  la  membrane  muqueuse  ; 
mucus  purulent  jusque  dans  les  dernières  divisions  bronchi- 
ques.— Vaisseaux  veineux  et  artériels,  à  l'état  normal. —  Cœur 
un  peu  plus  volumineux  que  dans  l'état  sain  et  vide  de  sang. 
Quelques  concrétions  fibrineuses  décolorées  dans  les  oreillettes 
et  dans  les  vaisseaux  pulmonaires. 

Abdomen.  Le  tube  digestif  examiné  avec  soin,  de  la  bouche 


6l8  TISSUS  HÉTÉROLOGUES. 

à  l'anua;  n'a  rien  offert  de  remarquable  ;  si  ce  n'est  une  dimi- 
nution de  volume  du  gros  intestin  dans  sa  moitié  inférieure. 
—  Foie  sain;  vésicule  distendu  par  une  grande  quanUlé  dé 
bile  ;  rate  saine. 

Les  reins  sont  plongés  dans  une  atmosphère  graisseuse  très 
épaisse ,  remarquable  même  au  milieu  des  volumineux  pelo- 
tons graisseux  de  l'épiploon  et  des  intestins.  Les  reing  ont 
conservé  leur  forme  et  leur  volume  naturel;  mais  ils  parais- 
sent transformés  en  deux  masses  d'une  graisse  compacte  dans 
laquelle  restent  quelques  vestiges  de  la  substance  tubuleuse. 
lies  bassinets,  les  uretères  et  la  vessie  sont  sains;  celle-ci 
ne  contient  pas  une  seule  goutt£  d'urine.  Organes  génitaux 
sains. 

Crâne.  Les  sinus  de  la  dure-mère  contiennent  très  peu  de 
sang  ;  la  substance  du  cerveau  a  une  bonne  consistance  ;  point 
d'injection  ni  de  dépôtséreux. 

Les  veines  des  membres,  ouvertes  en  plusicui-s  points,  sont 
presque  rides  de  sang. 

Dègénértècentes  dtd  reins  ^tissus  hétérologues ). 

%  902.  Les  reins  peuvent  éprouver  toutes  les  dégénérescences 
(tubercules,  cancer  (matière  encépbaloïde,  matière  colloïde), 
rtialière  jaune,  mèlanose)  qu'on  observe  dans  les  autres  organes. 
Ces  dégénérescences  des  reins  peuvent  èlre  primitives,  lésions 
principales ,  causes  de  mort  ;  ou  bieUj  secondaires  et  peu  graves 
comme  lésion  locale,  dans  des  cas  très  prononcés  de  diatbèses 
tuberculeuse,  cancéreuse,  etc. 

Le  cancer  des  reins  n'est  pas  rare  et  raflectîon  tuberculeuse 
Test  beaucoup  nloîns  qu'on  ne  le  croît  communément. 

Tubercules  des  r^ins. 

Sj903>  Les  reinSt  leurs  jnembraneBietienu'BJOtMuluits  excrétenrs 
peuvent  offrir  l'altération  tuberculeuse  à -difife^nB  «tats,  sous 
•dififiemes  formes  «l  à  vdifl^rens  degréi!^  La  mAlièi^e  t^ibcvculeuse 


À 


TUBERCIIÏ.ES  DES  REINS.  619 

•  e  reconnaît  à  son  aspect  blanc  mat  ,  le  plus  ordinairement 
..vec  une  légère  teinte  grise  jaunâtre  ,  à  sa  friabilité  et  à  ce 
i{u'elle  paraît  amorphe  au  microscope. 

Les  tubercules  peuvent  être  rares  ou  confluens  ,  déposés  en 
ur^ins  ,  en  masse  ou  eu  nappes  continues. 
Quelquefois ,  et  le  plus  souvent  à  la  suite  d'une  inflammation 
iguë  ou  chronique  du  tissu  ambiant  du  rein,  les  tubercules 
e  ramollissent,  le  foyer  s'ouvre  dans  la  cavité  du  bassinet ,  et 
expulsion  de  la  matière  tuberculeuse  peut  être  suivie  de 
orilables  cavernes  et  de  iistules  rénales. 
Dans  quelques  cas  ,  il  existe  à  peine  quatre  ou  cinq  petits 
rains  tuberculeux;  dans  quelques  autres,  et,  lorsque  la  dégé- 
ération  est  plus  avancée ,  la  matière  tuberculeuse  envahit  les 
aux  substances  rénales ,  les  calices  ,  le  bassinet  et  l'uretère , 
.  quelquefois  même  les  membranes  extérieures  du  rein. 
Dans  la  substance  corticale  des  reins,  la  matière  tubercu- 
use  est  souvent  déposée  en  petits  grains  disséminés,  du  volume 
un  grain  de  millet  et  même  d'un  plus  petit  volume  encore 
.TLAS  ,  Pl.  xLii ,  fig.  a).  Le  plus  souvent  ces  grains  tubercu* 
ux  ne  sont  pas  saillans  à  la  surface  du  rein,  ni  adhérens  à  sa 
("nibrane  externe.  Lorsqu'ils  sont  tout-à-fait  de  niveau  avec 
surface  du  rein,  ils  apparaissent  quelquefois  comme  de 
;tits  points  anémiques;  mais,  à  la  coupe,  ils  représentent 
moitié  d'un  globule  solide,  qu'on  peut  détacher,  avec  la 
)iate  du  scalpel ,  do  la  substance  du  rein.  Ordinairement 
1 1  n'observe  point ,  autour  de  ces  tubercules  en  grains ,  le 
ibtit  cercle  rouge  qu'on  voit  autour  des  points  purulens  dans 
ti  néphrites  qui  ont  une  apparence  pustuleuse.  D'ailleurs  on 
!Ut  toujours  distinguer  un  grain  tuberculeux  d'un  point 
iraient ,  en  ce  que  la  substance  du  premier,  vue  au  micro- 
ope  ,  paraît  composée  d'un  grand  nombre  de  globules 
enus  ,  tandis  que  celle  du  second ,  lorsqu'elle  n'est  pas 
'élangée  de  pus  ou  de  sang  ,  n'offre  point  de  globules. 
Quand  ladégénérescence  tuberculeuse  en  grains  est  confluents 
i  quelques  points  ^  ces  groupes  au  premier  aspect  semblent 
re  une  seule  masse;  mais,  en  faisant  une  coupe,  on  voit  dis- 
uctement  à  U  coupe  que  les  grains  taberculciu  qui  forment 


620  TISSUS  H13TÉR0L0GUES. 

celte  masse  sont  séparés  par  de  petites  lif^neS  de  substance 
corticale. 

On  rencontre  aussi  la  matière  tuberculeuse  dans  la  substance 
corticale,  sous  forme  de  petites  masses  compactes  (  AaXAS, 
Pl.  xLii ,  fig.  5)  du  volume  d'une  noisette  ou  d'une  olive,  non 
grenue  ,  lisse  ,  d'une  teinte  blanche  légèrement  jaune,  et  dont 
l'aspect  a  une  assez  grande  analogie  avec  celui  de  la  coupe  d'un 
marron  d'Inde.  Ces  gros  tubercules  peuvent  se  ramollir.  Quel- 
quefois ces  masses  ramollies  sont  immédiatement  contigués 
à  la  substance  corticale ,  ou  bien  elles  sont  séparées  par  une 
membrane  très  mince,  de  nouvelle  formation,  dont  la  face- 
interne  est  légèrement  aréolaire  (Atlas,  Pl.  xlti  ,  fig.  i).  Cette 
membrane  accidentelle  ressemble  beaucoup  à  celle  que  l'on 
trouve  autour  de  certains  abcès  volumineux  du  foie. 

La  matière  tuberculeuse  peut  être  déposée  dans  les  cônes , 
en  grains  ou  en  masses  ;  mais  elle  s'y  présente  ,  plus  souvent 
que  dans  la  substance  corticale,  en  grains  très  rapprochés  les 
uns  des  autres ,  disposés  en  stries  et  simulant  de  petits  chape- 
lets (Atlas,  Pl.  xi-ii,  fig.  i),  apparence  qui  est  surtout  frap- 
pante lorsqu'on  les  examine  à  la  loupe  (Atlas,  Pl.  xlii» 
fig.  3). 

Quelquefois  les  tubercules  sont  déposés  à  la  surface  et  dans 
l'épaisseur  des  mamelons  ,  comme  une  poudre  plus  ou  moins, 
grossière  ,  infiltrée  à  d'inégales  profondeurs.  Tantôt  les  mame- 
lons paraissent  plus  gros  et  plus  saillans  que  dans  l'état  sain; 
d'autres  fois  ils  sont  très  inégaux  ,  déchiquetés  ;  enfin  ils 
peuvent  être  complètement  efl'acés  par  suite  d'une  rétention 
d'urine  dans  les  calices  consécutive  à  l'obstruction  plus  ou 
moins  complète  de  l'uretère.  Enfin ,  non-seulement  les  mame- 
lons et  la  substance  corticale  peuvent  être  afi'aissés  et  atrophiés 
par  ce  mode  de  compression  j  mais  ils  peuvent  être  déformés 
et  détruits  par  une  véritable  ulcération  tuberculeuse. 

Autour  des  tubercules ,  la  substance  rénale  affaissée  ou  com- 
primée est  quelquefois  tout-à-fait  saine  (Atlas,  Pl.  XLil,fig.  5). 
Elle  est  décolorée  dans  d'autres  cas  f  Atlas  ,  Pl.  xliii  ,  fig.  3  )  ; 
surtout  lorsque  les  reins  sont  farcis  de  tubercules  ,  les  sub- 
stances du  rein  paraissent  injectées,  imbibées  de  sang,  et 


TUBERCULES  DES'  REINS.  6a  I 

offrent  des  nuances  variées  de  rougeur  (Atlas,  Pl.  xliii, 
(ig.  i);  enfin,  dans  les  cas  de  néphrite  tuberculeuse^  on  ren- 
contre quelquefois  de  petits  points  purulens  entre  les  tuber- 
cules crus  ou  ramollis.  (Atlas  ,  Pl.  xlii  ,  fig.  i). 

Dans  un  certain  nombre  de  cas  ,  le  volume  des  reins  n'a 
pas  paru  sensiblement  augmenté  par  le  dépôt  de  la  matière 
tuberculeuse  (Atlas  ,  Pl.  xlii,  fig.  a  et  5  ;  Pl.  xliii,  fig.  i , 
a  ,  3  ).  Une  circonstance  peut  leur  faire  acquérir  des  dimen- 
sions considérables  :  c'est  la  rétention  de  l'urine  mélangée 
de  matière  tuberculeuse ,  dans  les  bassinets  et  les  calices ,  et 
l'infiltration  de  ces  conduits  par  cette  même  matière  (Atlas, 
Pl.  xLiv,  fig.  I  ).  Il  est  rare  que  le  volume  des  reins  soit  di- 
minué. 

L'afi'ection  tuberculeuse  se  présente  aussi  ,  sous  diverses 
formes,  dans  la  membrane  muqueuse  des  calices,  des  bassinets 
et  des  uretères.  Tantôt  de  petits  grains  tuberculeux  ,  arrondis  , 
blanchâtres  ,  du  volume  de  la  tête  d'une  épingle  ,  déposés 
dans  l'épaisseur  de  la  membrane  muqueuse  ou  au  dessous 
d'elle,  la  soulèvent  inégalement  et  la  rendent  rugueuse  (Atlas, 
Pl.  xLiii,  fig.  3).  Ces  points  sont  quelquefois  réunis  en  groupe 
ou  tellement  rapprochés,  qu'ils  forment  des  plaques  saillantes, 
variables  pour  la  forme  et  l'étendue. 

Lorsque  la  totalité  de  la  membrane  muqueuse  des  voies  uri- 
naires  est  envahie,  la  surface  cesse  d'en  être  lisse  et  polie,  comme 
elle  l'est  dans  l'état  sain.  Lorsque  cette  membrane  est  profondé- 
ment infiltrée  de  matière  tuberculeuse ,  elle  devient  inégale , 
chagrinée  et  rugueuse  ;  quelquefois  elle  paraît  foliacée,  comme 
si  elle  était  couverte  de  parcelles  de  son ,  et  l'urine  lui  com- 
munique souvent  une  teinte  jaune  brunâtre  (Atlas  ,  Pl.  xlii  , 
fig.  3J.. 

La  membrane  muqueuse  des  calices,  des  bassinets  et  de 
l'uretère ,  présente  quelquefois  de  petites  ulcérations  (Atlas  , 
Pl.  xlii,  fig.  4)  ovalaires,  déprimées,  blanches  ou  grisâtres, 
entourées  de  matière  tuberculeuse  ,  ou  bien  de  larges  excoria- 
tions d'un  rouge  vif,  entourées  d'un  large  dépôt  de  matière 
tuberculeuse  en  nappe. 

La  dégénérescence  tuberculeuse  se  propage  quelquefois  du 


64!î  TISSUS  HlÎTÉROLOGties. 

bassinet  et  de  l'uretère  à  la  membrane  muqueuse  de  la  vessie 
(Atlas,  Pl.  xliii,  fig.  i  ).  Dans  d'autres  cas,  on  l'a  vue 
s'étendre  sur  la  membrane  muqueuse  du  canal  de  l'urèlhre 
dans  la  prostate  ,  les  vésicules  séminales  ,  lors  même  que  la 
vessie  était  peu  altérée  (Atlas,  Pl.  xliii,  fig.  4). 

Lorsque  l'aflfection  tuberculeuse  a  envahi  les  conduits  excré- 
teurs de  l'urine ,  le  tissu  cellulaire  sous-muqueux  est  lui-même 
souvent  infiltré  de  matière  tuberculeuse,  ou  bien  il  est  induré, 
épaissi.  Les  uretères ,  beaucoup  plus  volumineux  que  dans 
l'état  sain,  prennent  l'apparence  d'une  tige  solide,  et  le  cali- 
bre en  est  plus  ou  moins  rétréci.  Ordinairement,  au  contraire, 
la  cavité  des  calices  aitgmente  au  lieu  de  diminuer,  et  cela , 
par  l'effet  de  la  distension  que  leur  fait  éprouver  l'urine, 
dont  le  cours  dans  l'uretère  est  plus  ou  moins  intercepté. 

Par  suite  de  l'infiltration  tuberculeuse ,  les  calices  acquièrent 
alors  tine  certaine  rigidité  qui  les  empêche  de  s'affaisser  lors- 
qu'on fait  une  coupe  aux  reins,  et  celte  circonstance  ,  jointe 
à  leur  dilatation  ,  leur  donne  l'apparence  d'excavations  tuber^ 
culeuses  ( Ati.as  ,  Pl.  xlit,  fig.  3  ). 

Sur  seize  cas  de  dégénérescence  tuberculeuse  des  reins,  jé 
n'ai  TU  que  deux  fois  les  membranes  extérieures  de  ces  organes 
participer  à  l'altération.  Dans  un  cas ,  les  tubercules  déposés 
dans  les  membranes  extérieures  d'un  des  reins ,  rappelaient 
exactement ,  sauf  la  couleur,  la  disposition  des  croûtes  du 
favus  sur  la  peau  (  Atlas  ,  Pl.  xliii,  fig.  11  ).  Sur  l'autre  rein 
(  Ati^s,  PI.  XLIII,  fig.  i),  les  membrane»  extérieures,  ramol*» 
lies,  déchiquetées,  réduites  en  fdamens,  étaient  baignées  pai* 
une  couche  liquide  ,  formée  de  pits  et  de  matière  tuberculeuse 
en  dissolution  ;  ce  foyer  communiquait  par  un  trajet  fislulent 
avec  le  colon  descendant,  enflamme  et  perforé. 

Je  n'ai  point  observé  d'altérations  des  calices  et  des  veines 
des  reins  dans  l'affection  tuberculeuse  de  cet  organe.  Lesgali- 
glions  lymphatiques  de  la  scissure  participent  ordinairement 
à  l'altération  lorsqu'elle  est  considérable. 

Je  n'ai  vu  que  deux  fois  la  dégénération  tuberculeuse  des 
reins  chez  les  nouveau-nés  et  dans  des  cas  de  dialhèse  tuber- 
culeuse. Un  très  petit  nombre  de  grains  tuberculeux  étaient 


TUBERCULES  DES  REWS.  623 

«disséminés  dans  la  substance  des  reins,  il  n*y  avait  pas  de 
iTbatière  tnberculcnse  dans  les  uretères  ,  le  bassinet  et  les 
ccstliCes. 

Chez  les  enfans  d'un  dge  plus  avancé ,  l'altération  lubèrcu- 
1  lètise  ne  se  rencontre  presque  jamais  à  un  haut  degré  dans  là 
sstibstance  des  reins,  sans  que  la  même  altération  ait  envahi 
pplus  ou  moins  la  substance  tubuleuse  et  la  membrane  mu- 
jqùeuse  des  calices  et  des  uretères.  Sur  seize  cas  de  tubercules 
Idës  reins,  chez  l'adulte,  la  matière  tuberculeuse  a  été  trouvée 
«seize  fois  dans  la  substance  corticale,  quinze  fois  dans  la  sub- 
dstance  tubuleuse  et  treize  fois  dans  la  membrane  muqueuse  des 
.-  calices  et  des  uretères. 

Chez  les  vieillards,  la  dégénérescence  tuberculeuse  des  reins 
■  est  très  rare,  et,  lorsqu'elle  existe,  elle  est  le  plus  souvent  bor- 
née aux  substances  tubuleuse  et  corticale. 

On  a  dit  que  les  deux  reins  étaient  généralement  attaqués. 
Cependant,  sur  seize  cas  d'affections  tuberculeuses  de  ces  or- 
1,'anes,  la  maladie  n'a  atteint  que  six  fois  les  deux  reins,  tandis 
qu'elle  s'est  montrée  dix  fois  sur  un  seul  rein,  dont  sept  fois 
dans  le  rein,  gauche. 

On  a  dit  également  que  les  enfans  sont  plus  exposés  que  les 
individus  d'un  autre  6ge  à  l'affection  tuberculeuse  des  reins  ; 
celte  assertion  a  besoin  d'être  vérifiée  de  nouveau  par  des  cal- 
culs statistiques  faits  sur  une  grande  échelle. 

Lorsqu'il  existe  des  tubercules  dans  les  reins,  non-seule- 
ment on  en  trouve  presque  toujours  dans  les  poumons,  mais  le 
plus  souvent  dans  d'autres  parties  de  l'appareil  génito-Tiri- 
aaire,  dans  la  vessie,  l'urèthre,  les  testicules,  les  conduits  défé- 
rons, les  vésicules  séminales  et  la  prostate  chez  l'homme,  la 
cavité  de  la  matrice  et  de  la  trompe  chez  la  femme,  dans  le  foie, 
les  glandes  mésentériques  et  l'intestin,  etc. 

^  904.  Symptômes.  Pendant  la  vie,  le  plus  souvent  il  est  fort 
difficile  de  reconnaître  le  dépôt  de  la  matière  tuberculeuse  dans 
les  reins  et  dans  leurs  conduits  excréteurs.  Toutefois  la  diffi- 
culté n'est  pas  la  même,  suivant  que  les  tubercules  sont  déposés 
dans  les  substances  rénales,  ou  qu'ils  occupent  en  même 
temps  les  conduits  excréteurs  de  l'urine.  En  effet ,  je  ne  con- 


i 


624  TISSUS  H:]ÉTÉR0L0GU£S. 

nais  aucun  caractère  dans  la  sécrétion  urinaire,  ni  aucun  autre 
moyen,  à  l'aide  duquel  on  puisse  diagnostiquer  le  dépôt  de  la 
matière  tuberculeuse  dans  les  substances  rénales.  Il  est  vrai 
que  ,  dans  quelques  cas  de  tubercules  des  reins ,  on  a  constaté 
dans  l'urine  la  présence  d'une  certaine  quantité  d'albumine: 
mais  la  présence  de  l'albumine  dans  l'urine  est  un  phénomène 
commun  à  plusieurs  maladies.  D'ailleuj-s,  on  a  vu  l'affection 
tuberculeuse  des  reins  coïncider  avec  l'altération  particulière 
que  j'ai  décrite  sous  le  nom  de  néphrite  albumineuse  chro- 
nique. 

D'un  autre  côté,  les  reins  infiltrés  de  tubercules  sont  rare- 
ment augmentés  de  volume,  au  point  de  former  une  véritable 
tumeur,  lorsqu'il  n'y  a  pas  en  même  temps  un  obstacle  au  cours 
de  l'urine,  déterminé  par  une  infiltration  tuberculeuse  de  l'ure- 
tère. L'infiltration  tuberculeuse  des  reins  peut  être  accompa- 
gnée de  l'indammation  des  substances  rénales,  autour  du  dépôt 
tuberculeux;  mais,  en  supposant  que,  dans  un  cas  de  diathèse 
tuberculeuse  ,  on  vînt  à  constater  l'existence  d'une  douleur 
sourde  dans  les  régions  rénales  ,  rendue  plus  vive  par  la  per- 
cussion, celle  douleur  n'autoriserait  pas  à  supposer  l'existence 
d'une  affection  tuberculeuse  des  reins;  car  les  reins,  chez  les 
phlhisiques,  peuvent  devenir  douloureux,  indépendamment 
de  dépôts  tuberculeux. 

Lorsque  la  matièi'e  tuberculeuse  ,  infiltrée  dans  les  ma- 
melons, éprouve  un  ramollissement  analogue  à  celui  qu'elle 
subit  fréquemment  dans  les  poumons,  souvent  elle  se  détache 
et  se  mélange  avec  l'urine;  ou  bien,  lorsqu'un  semblable  détri- 
tus tuberculeux  est  fourni  par  la  surface  des  calices,  du  bassi- 
net ou  de  l'uretère  infiltrés  de  matière  tuberculeuse ,  l'urine 
prend  alors  des  caractères  particuliers  qui  peuvent  déceler  la 
présence  d'un  dépôt  tuberculeux  dans  les  voies  urinaires.  Au 
moment  de  l'émission,  l'urine  est  plus  ou  moins  trouble,  ou  au 
moins  elle  tient  en  suspension  des  grumeaux  de  matière  orga- 
nique, non  fibrineux,  qui  se  déposent  avec  les  sels  de  l'urine; 
et,  si  on  examine  au  microscope  ce  sédiment,  on  voit  qu'il 
est  formé  en  grande  partie  de  globules  muqueux  et  quelquefois 
de  globwles  sanguins,  et  cl'wne  routière  organique  qui  ne  se  dis- 


TDBERCULKS  DES  IIEINS.  6^5 

«but  pas  dans  les  acides  étendus,  comme  le  font  les  phosphates 
«t  les  urates,  sels  qui  forment  ordinairement  le  sédiment  de 
l'urine.  Cette  matière  organique ,  examinée  au  microscope , 
l'offre  que  des  granules  bien  distinctes  des  globules  de  pus  et 
des  globules  de  sang.  Le  mélange  de  la  matière  tuberculeuse 
uvec  l'urine  a  d'ailleurs  cela  de  particulier ,  qu'on  observe 
iMOuvent  de  très  notables  différences  dans  la  proportion  de  cette 
matière  anomale,  non-seulement  dans  les  diverses  émissions 
)pérée3  pendant  plusieurs  jours,  mais  encore  dans  les  émis- 
iious  d'une  même  journée.  Jamais  non  plus  la  proportion 
le  la  matière  tuberculeuse  dans  l'urine  ne  peut  être  comparée 
1  celle  du  pus  dans  les  cas  d'inflammation  du  bassinet  ou  delà 
essie  ;  et,  lorsque  la  matière  tuberculeuse  est  mélangée  avec  le 
)us,  ce  qui  arrive  lorsque  rinflammalion  tuberculeuse  des 
eins,  des  calices,  du  bassinet  et  de  l'uretère,  est  compli- 
[uée  d'inflammation  de  la  membrane  muqueuse  des  voies 
irinaires,  parfois  de  véritables  lamelles  de  la  membrane  mu- 
|ueuse  de  la  vessie,  ainsi  infiltrées  de  matière  tuberculeuse, 
ont  expulsées  avec  l'urine  et  visibles  à  l'œil  nu,  bien  que 
urine  soit  en  même  temps  chargée  d'une  quantité  notable  de 
niucus  ou  de  pus.  Cette  coïncidence  de  l'inflammation  de  la  ves- 
ie  et  notamment  de  la  cystite  tuberculeuse,  avec  la  dégénéres- 
ence  tuberculeuse  des  reins  ei  de  leurs  conduits  excréteurs, 
xplique  pourquoi  on  a  observé  Quelquefois  ,chez  les  malades, 
ne  sensibilité  morbide  dans  l'hypogastre ,  des  douleurs  plus 
u  moins  vives  avant,  pendant  et  après  l'évacuatiou  de  l'urine, 
ont  les  émissions  sont  peu  abondantes  et  très  répétées,  et 
'autres  symptômes  communs  à  toutes  les  espèces  de  cystites, 
outes  les  fois  donc  que,  chez  un  individu  qui  présente  des  ai- 
nes non  équivoques  de  dégénérescence  tuberculeuse  des  pou- 
ions,  on  observe  des  accidens  analogues  à  ceux  que  je  viens 
'énumérer,  on  pourra  presque  aflirmer  qu'il  existe  une  dégé- 
érescence  tuberculeuse  des  reins  et  de  la  vessie,  et  parfois  des 
^ticules ,  si  un  d'eux  est  tuméfié)  dur  et  bosselé  sans  avoir  été 
Iteint  d'orchile  bleunorrhagique.  Une  autre  circonstance  peut 
enir  fortifier  le  diagnostic.  Par  suite  d'une  infiltration  tubei'- 
uleuse  des  uretères,  l'urine  peut  s'accumuler  dans  le  bassinet  et 
ni.  40 


6a6  TISSUS  HÉTÉROLOGUES. 

les  calices,  et  les  dilater,  de  manière  à  transformer  le  rein  en  une 
large  poche  multiloculaire ,  entièrement  incrustée  de  matière 
tuberculeuse,  et  que  l'on  peut  reconnaître  par  le  toucher  et  par 
la  percussion. 

Ij'ohservation  ayant  plusieurs  fois  démontré  la  coexis- 
te;ace  d'une  lésion  tuberculeuse  des  reins  et  de?  yerlèbres 
l'existence  d'une  affection  tuberculeuse  dans  les  reins,  chez 
un  individu  atteint  de  carie  tuberculeuse  des  dernières  ver- 
tèbres dorsales  ou  des  premières  vertèbres  lombaires,  peut 
être  rendue  très  probable  par  un  dérangement  de  la  sécré- 
tion urinaire,  lorsqu'il  n'existe  encore  ni  paralysie,  ni  réten- 
tion d'urine. 

§  QoS.  Causes.  On  ne  peut  assigner  au  dépôt  de  tubercules 
dans  l'appareil  urinaire,  d'autre  cause  que  la  disposition  cou- 
stitutionnelle,  héréditaire  ou  acquise,  que  l'on  désigne,  dans 
l'ignorance  où.  l'on  est  de  sa  tiature,  par  le  nom  de  diathèse  tu- 
berculeuse. Toutefois,  les  tuberculçs  ne  se  développent  dansles 
reit)^  dçs  phlhisiques  que  danâ.  une  très  faible  prôportioni 
Cette  proportion  est  plus  considérable  chez  les  enfans  et  plui 
considérable  encore  chez  certains  animaux. 

t'inflajnmatiojû  n'a  aUcune  influence  sur  le  développement 
de?  tubercules  ehez  les  individus  qui  ne  sont  point  prédisposés 
à  ççtte  dégénéresceacei.  Lft  fréquence  des  inflammations  des 
reins  j  d'une  part ,  et  la  çareté  de  l'aiFeclijon  tuberculeuse  de 
l'çiUlre,  prou Y.eftt  qu'il  est  mêirte  douteuX,  dans  la  plupart  des 
qas  au  moins,  qu'uïke  fe^pitalion  loeftlft  ait  été.  l'occasion  de  1» 
dégén,é.resQenç^  tuberculeuse  dès  reins., 

5.  9.06,  PronosAù}'  Il  est  inutile  d'ajouter  que  le  pi-onosUc  do 
l'affecUon  tuberculeuse  dos  reins  est  toujours  des  plus  graves* 
E;»  effiet,  l'affeotiott  tuberculeuse  des  reins  a  lieu,  le  plus  sou»* 
vent  dans,  des  oas  où  des  tuberéules  infiltrés  ou  déposé* 
oéciipent  soit  présque  toiis  les  organes  j  soit  les  poumons  ; 
ou  eaâa  dans  des  cas.  de  dégéBérescenoe  tuborculeuse  d'oF'*» 
ganes  voisina  des  rein»-.  Dan»  le  preiirier  cas^  la  lésion  tuber^ 
culeuac  des  reins  hâte  la  mort  j  que  devait  inévitablement  en- 
traîner la  lésion  tuberculeuse  des  autres  viscères  et  en  parti" 
cvilier  celle  des  poumons,  L'«ffection  tuberculeuse  des  rein* 


TUBERCULES  DES  REINS  (historique) .  637 

est  aggravée  par  la  rétention  d'urine  qu'amène  presque  tou- 
jours à  sa  suite  la  carie  tuberculeuse  des  vertèbres. 

Lorsque  l'affection  tuberculeuse  des  reins  et  de  leurs  con- 
duits excréteurs  constitue  l'affection  principale,  lorsque  celte 
dégénérescence  n'est  pas  survenue  chez  un  phthisique  ou  chez 
un  individu  atteint  d'une  lésion  tuberculeuse  dans  les  vertè- 
bres, si  on  parvient  à  reconnaître  la  maladie  pendant  la  vie, 
le  pronostic  est  moins  grave.  On  devra  [s'attacher  à  combattre 
la  diathèse  tuberculeuse  par  le  régime  animal  très  fortifiant, 
et  par  l'usage  d'un  vin  généreux,  des  préparations  martiales, 
en  même  temps  que  par  l'emploi  des  bains  gélatineux  on  cal- 
mera les  accidens  inflammatoires  qui  accompagnent  souvent 
le  dépôt  de  matière  tuberculeuse  dans  les  voies  urinaires. 
Dans  un  cas  d'affection  tuberculeuse  du  testicule ,  j'ai  vu  la 
vessie  s'affecter  ,  l'urine  se  charger  d'une  matière  qui  avait 
l'apparence  de  la  matière  tuberculeuse  et  diminuer  de  pesan- 
teur spécifique,  et  la  douleur  qui  accompagnait  l'çmission  très 
fréquente  de  l'urine  diminuer  par  le  repos  et  par  l'usage  d«s 
bains  gélatineux.  J'ajoute  que,  dans  ce  cas,  l'exploration  de  la 
vessie  ,  faite  à  plusieurs  reprises  avec  beaucoup  de  soin,  a  tou- 
jours confirmé  l'absence  de  corps  étrangers. 

Historique  et  observations  particulières. 

•^907.  Jusque  dans  ces  derniers  temps,  on  n'avait  publié  qu'an 
petit  nombre  d'observations  sur  les  tubercules  des  reios  et  de 
leurs  conduits  excréteurs.  Cependant,  dans  plusieurs  auteurs 
mciens,,  il  est  vaguement  question  à'athérômes  et  d'autres  al- 
icralions  peu  déterminées  des  reins  ;  et  ces  affections  étaient 
peul-èti'e  des  affections  tuberculeuses.Pluaieursauteurs(i)  disent 
eu  outre  que  les  indurations  squirrheuses  des  reins  peuvent 
avoir  pour  cause  une  affeclion  scrofuleuse  {maierics  scrofulosa). 

Morgagni  (a)  rapporte  le  cas  d'un  jeune  homme  cle  i5  ans, 

(i)  D,  Hecr.  De  renum  morl>is,  in- 4.  Ualcc,  1790,  p.  aS. 
('2)  Morgagni.  De  sedibus  et  causis  inorèorunt,  iu-4.  LovanPi-  ^5,(Ji3>.  t 
p.  336^  Epist.  liiviii.  §  arU  lai  .  ;   "  i  , 

40. 


628  TISSUS  HlÎTKftOLOGrES. 

chez  lequel  il  sYlait  développé,  en  peu  de  7nois,  des  tumeui's 
glanduleuses  au  col,  dans  l'aisselle,  au  dos,  à  la  poitriue. 
Plusieurs  de  ces  glandes  étaient  grosses  comme  un  œuf  de  pi- 
geon; une  d'elles,  située  sous  le  muscle  pectoral  droit,  avait 
trois  pouces  de  longueur.  Après  la  mort,  on  trouva  les  glandes 
du  col  remplies  d'une  matière  blanchâtre,  dont  la  plus  grande 
partie  était  solide  et  comme  sébacée.  Les  glandes  axillaires, 
qui  formaient  une  masse  continue ,  contenaient  une  matière 
jaunâtre  et  sanieuse.  L'épiploon  offrait  de  petits  corps  durs, 
remplis  d'une  matière  blanchâtre.  Dans  le  voisinage  de  la  rate 
et  du  mésocolou  lombaire  gauche,  se  trouvait  une  masse  com- 
posée de  plusieurs  petites  tumeurs  de  la  grosseur  d'un  œuf  de 
pigeon  et  qui  contenaient  la  même  matière  que  les  glandes. 
Le  pancréas  et  les  ganglions  du  mésentère  en  étaient  également 
remplis.  La  tunique  graisseuse  des  reins,  épaisse  de  deux  tra- 
vers de  doigts  vis-à-vis  des  verlèbres  et  de  cinq  travers  de  doigts 
dans  la  partie  opposée ,  était  remplie  de  celte  même  iiialière. 
Le  rein  gauche  eu  était  pénétré  (  Proiitereaque  ren  sinhlei', 
accedente  clïam  dura  et  strumosa,  quœ  materiam  iUam  iiilc.  • 
tecabai,  linea ,  jiondo  fini  unciarwn  circiter  sex  et  triginta). 

Math.  Baillie([)i>  fîgaré  l'altération  tuberculeuse  des  relus 
et  des  uretères.  Mais  la  manière  dont  il  s'exprime  au  sujet  des 
abcès  scrofuleux  et  des  tubercules  des  reins  exige  une  cxpli- 
cation(»)  :  «  Il  n'est  pas  rare,  dit-il,  de  trouver  des  abcès  scro- 
fuleux dans  le  rein,  mais  rarement  cet  organe  contient  des  lu- 
bercules  scrofuleux.  J'ai  cependant  eu  l'occasion  de  rencontier 
une  fois  ces  tubercules  qui  ressemblaient  parfiiilemenl  aux 
tubercules  ordinaires  des  poumons.  Aucun  de  ces  tubercules 
n'était  en  suppuration.  »  Or,  en  supposant  que  les  tubercules 
suppurés  (abcès  scrofuleux)  soient  plus  fréquens  dans  les  reins 
que  les  tubercules  crus,  Baillie  s'est  trompé;  et  son  erreur  pro- 
vient évidemment  de  ce  qu'il  a  pris  pour  des  exemples  d'abcès 
scrofuleux  de  véritables  cas  de  pyélite  calculeuse. 

(i)  Baillie.  A  séries  rj  engravings  lo  illusirale  the  morbid  anatomy  of  the 
human  Mr>  hoaà.,  1799-1813, 111-4. 

(9)  Baillie.  Anac.patliolog.,  iu-S,  Paris,  i8i5,  trad.  franc.,  parGucrbois. 
.01 


TUBERCULES  DES  REINS  {Iiistorique).  Gag 

G.-L.  Bayle,  dans  son  beau  mémoire  siir  les  tubercules  (i), 
est  le  premier  qui  a\\  donné  une  bonne  description  des  altéra  ' 
tions  qu'on  rencontre  dans  les  reins,  les  uretères,  la  vessie, 
la  prostate ,  les  testicules  et  les  capsules  séminales  dans  les  cas 
d'afTections  tuberculeuses  des  voies  urinaires.  Dans  le  cas  re- 
marquable qu'il  a  publié  comme  un  exemple  de  cette  altéra- 
■  tion ,  le  malade  avait  rendu  du  sang  avec  les  urines.  L'émission 
de  l'urine  était  parfois  empêchée  par  des  caillots  de  sang  dont 
;  l'expulsion  ne  pouvait  être  opérée  qu'avec  beaucoup  de  diffi- 
(  culté.  Plus  tard,  le  malade  éprouva  beaucoup  de  douleur  en 
V  urinant,  et  immédiatement  après  l'émission  de  l'urine  il  res- 
I  sentait  une  douleur  très  vive  aiu  bout  de  la  verge;  il  lui  sem- 
blait qu'on  lui  lardait  le  canal  de  tnrèthre  avec  des  épingles, 
Xjcs  urines  contenaient  beaucoup  de  glaires.  Cet  homme  n'avait 
i  jamais  rendu  de  graviers,  ni  ressenti  aucune  douleur  dans  la 
I  région  des  reins  -,  les  poumons  étaient  remplis  de  tubercules  ; 
1  le  larynx  offrait  des  ulcérations;  il  y  en  avait  également  à  la  (in 
ide  l'intestin  grêle.  Le  rein  gauche  était  sain  ,  de  même  que 
H'urelère  gauche. 

Le  rein  droit  offrait  un  volume  presque  double  de  celui  du 
irein  gauche.  Sa  partie  inférieure  était  saine  ;  mais  sa  partie  su- 
ipérieure  était  très  grosse  et  inégalement  bosselée.  Elle  conte- 
inait  trois  tubercules  qui  égalaient  le  volume  d'une  petite  noix, 
«et  un  quatrième  était  aussi  petit  qu'une  noisette.  Ils  étaient 
Itous  formés  par  une  membrane  molle,  assez  épaisse  intérieure- 
iment,  unie  au  tissu  du  rein,  et  remplie  par  une  matière  blan- 
Ache,  assez  dense,  caséiforme,  et  un  peu  ramollie  dans  le  centre, 
plus  ferme  à  la  circonférence  qui  adhérait  fortement  avec 
l'espeGe  de  couche  membraneuse  qui  formait  les  parois  des 
Itnberculcs.  Les  calices  étaient  sains,  le  bassinet  un  peu  épaissi; 
(l'uretère,  fort  dilaté,  avait  un  diamètre  d'environ  quatre 
«lignes,  depuis  le  bassinet  jusqu'au  détroit  supérieur  du  bas- 
isin,  et  de  près  de  deux  lignes,  depuis  cet  endroit  jusque  près 
de  la  vessie.  La  membrane  interne  de  cet  uretère  était  épaissie 

(i)  Baylc.  Remarques  sur  les  tubercules  [Journal  de  médeci  ne ,  chirurgie^ 
y  pharmacie,  etc.,  par  Corvis.irt,  Leroux  et  Boycr,  t.  vi,  gcrinin.  xi,  p.  a6  et  36)' 


63o  TlâSUS  aiTÈBÔLOGUES. 

èt  d'un  blanc  cendré;  elle  semblait  formée  par  une  couche 

inégale  de  plâtre  gris  et  mou,  étendu  en  forme  de  membrane. 

Les  vésicules  séminales  offraient  intérieurement  le  même 
aspect  que  la  surface  interne  de  cet  uretère;  et  elles  conte- 
naient en  outre  une  matière  épaisse  très  resseniblaiile  à  de  la 
magnésie  un  peu  humectée  d'eau. 

L'épididyme  gauche  égalait  la  moitié  du  yolurtie  du  testicule 
du  même  côté  :  il  était  d'un  blanc  rosé  ,  son  tissu  ressemblait 
à  celui  d'une  matrice  saine.  Il  renfermait  dans  sa  grosse  extré- 
mité un  tubercule  du  volume  d'une  noisette;  dans  sa  petite 
extrémité,  de  même  que  dans  l'épididyme  droit,  il  y  avait  plu- 
sieurs tubercules  moins  gros  que  des  pois.  Tous  avaient  une 
membrane  extérieure  fort  molle,  intimement  unie  avec  le  tissu 
de  l'épididyme.  Le  centre  de  la  matière  intérieure,  qui  était 
caséiforme ,  commençait  4  sè  ramollir  dans  la  plupart  d'entre 
etix.  La  prostate  n'avait  pas  augmenté  de  volume  :  elle  contenait 
un  tubercule,  de  la  grosseur  d'une  noisette ,  foi-mé  par  une 
matière  d'un  blanc  jaunâtre,  dont  le  centre  était  déjà  pultacé 
et  de  consistance  de  bouillie  homogène ,  tandis  que  la  circon- 
férence était  encore  fort  dense.  Le  tissu  propre  de  la  prostate 
semblait  écarté  par  la  matière  du  tubercule.  11  y  avait  encore 
dans  celte  prostate  trois  autres  tubercules  aussi  petits  que  des 
lentilles ,  et  fermes  dans  leur  centre. 

La  vessie  contenait  un  peu  d'urine  trouble,  dans  laquelle  ou 
voyait  quelques  flocons  blanchâ  1res  j  sa  tunique  musculaire  était 
à-peu-près  saine;  sa  tunique  muqueuse,  légèrement  épaissie, 
était  enduite  d'une  matière  muqueuse  blanchâtre.  Elle  ofl'rait 
un  grand  nombre  d'ulcérations  blanches  superficielles,  et  aussi 
larges  que  la  cornée  transparente.  On  voyait  sur  ses  replis 
nombreux  une  grande  quantité  de  taches  d'un  roUge  livide, 
longues  de  cinq  â  six  lignes  et  larges  d'une  à  deux  lignes.  Tout 
l'intérieur  de  la  vessie  était  panaché  de  rouge  livide  et  de  blanc, 
ce  qui  était  dû  aux  taches  et  aux  ulcérations.  Les  replis  colorés 
semblaient  être  des  veines  variqueuses  ;  ils  étaient  entièrement 
imprégnés  de  sang,  et  la  membrane  muqueuse  offrait  un  gonfle- 
inent  sensible  dans  les  endroits  rouges  des  taches  livides.  On  ne 
pouvait  apercevoir  l'er  Irée  des  uretères,  à  cause  des  ulcérations. 


TUBERCULES  Dfes  REINS  {kiètoriqué).      63 f 

Le  conduit  de  la  vésicule  séminale  gauche  S^ouvràit  à  côté 
du  vcru  nionlanum,  pni'  une  ouverture  capable  d'admettre 
l'extrémité  d'une  plume  de  corbeau.  Plusieurs  conduits  pro- 
statiques auraient  pu  recevoir  une  tête  d'épingle  de  moyenne 
grosseur.  Ils  étaient  tous  obstrués  par  linè  matière  pvitttaéée 
jaunâtre,  que  la  compression  faisait  sortir  sous  forme  dë  ver- 
misseaux. Le  veru  montanum  était  fort  saillant.  La  membrane 
muqueuse  de  l'urèlhre  était  saine,  depuis  la  fosse  naviculaire 
jusqu'à  la  profondeur  de  deux  pouces  et  demi,  et,  de  cet  en- 
droit jusqu'à  uii  pouce  du  veru  montanum,  elle  était  forte- 
ment teinte  d'une  couleur  rouge  noirâtre  ;  mais  on  ne  voyait 
ni  ulcération,  ni  épaississement. 

Hovrsbip  (i)  a  publié  le  cas  intéressant  d*une  femme  de 
a6  ans,  qui,  pendant  la  vie,  avait  éprouvé  de  vives  douleurs 
du  côté  de  la  vessie ,  et  dont  le  rein  et  l'uretère  droits  furent 
trouvés  après  la  mort  atteints  d'une  altération  tuberculeuse. 
La  vessie  offrait  à  sa  surface  interne  un  grand  nombre  de  lé- 
gères ulcérations,  si  peu  apparentes,  qu'elles  auraient  pu 
échapper  à  un  exfimen  peu  attentif.  L'affection  de  la  vessie 
était  plus  marquée  dans  le  voisinage  du  col  de  cet  organe. 
Cette  altération  du  rein  a  été  désignée  par  ïiows'hip  Soùs  le 
nom  à'abcès  scrofuleux- 

Howship  parle  aussi  d'une  même  affection  du  rein  dhez  un 
garçon  scrofuleux  (2),  et  il  dit  que,  dans  l'inflammation  simple 
{hcalihy  inflammation),  la  région  jénâle  est  le  siège  de  la  prin- 
cipale souffrance,  tandis  que,  dans  Vinflammation  scrofulcuse, 
l'irritation  sympathique  vers  le  cqI  de  vessie  prédomine  (3), 
Toutefois,  je  crois  pouvoir  aferiper  que  çette  assertion  n'est 
point  exacte.  Les  infiltratioifs  tuberculeuses  des  reins  ou  des 
bassinets  ne  déterminent  point,  par  elles-mêmes,  de  douleurs 
sympathiques  à  la  vessie  :  ces  douleur?  «ppaiiieuineait  rqeljle- 

Jolin  Howship.  .4j;r/w;;>A/.A'^(f<i«^ji,</ie«^y;^<9/>V,  (aii,ses,discrirniiia' 
don  and  treatment  of  sortie  of  the  most  .important  ûtiinplwnts  that  affect  tlie 
sécrétion  and  excrétion  if  the  ufia&,\n-&,  LondQn..i*23,,^.  44. 

(2)  Ibid.,  p.  a6. 

(3)  Ibid.,  p.  24. 


632  TISSUS  HÉTKROLOGUES. 

ment  à  la  cystite  tuberculeuse,  qui,  il  est  vrai,  accompagne 
assez  souvent  les  dégénérescences  tuberculeuses  des  reins  et 
de  leurs  conduits  excréteurs.  Howship,  dans  un  cas  dou- 
teux (i),  guidé  principalement,  à  ce  qu'il  paraît,  par  l'absence 
d'un  calcul  dans  la  vessie ,  coïncidant  avec  des  douleurs  atroces 
pendant  l'émission  de  l'urine  ,  diagnostiqua  une  affection  scro- 
fuleuse  du  rein  chez  ime  jeune  dame  d'une  constitution  scro- 
fuleuse. 

A.  Maréchal  (2)  rapporte  que,  chez  une  jeune  fille,  âgée  de  14 
ans,  paraplégique,  et  chez  laquelle  on  trouva,  après  la  mort, 
des  traces  d'inflammation  du  tube  digestif  et  des  poumons,  il 
y  avait  des  tubercules  dans  les  poumons  et  dans  les  reins. 

Duchapt  (3)  a  vu  le  rein ,  l'uretère  et  la  vessie  envahis  ppr 
des  dépôts  de  matière  tuberculeuse ,  chez  un  sujet  affecté  de 
tumeurs  blanches  et  de  phthisie  piilmonaire. 

Dans  les  recherches  sur  l'affection  tuberculeuse,  chez  les 
singes  ,  le  docteur  Reynaud  (4)  a  noté  que,  dans  les  reins,  les 
tubercules  étaient  en  petit  nombre ,  situés  peu  profondément 
dans  l'épaisseur  de  l'organe  et  beaucoup  plus  petits  que  ceux 
qui  étaient  les  plus  communs  dans  le  foie.  Dans  leur  centre  ou 
dans  d'autres  portions  n'existait  aucun  point  ramolli;  les 
parties  voisines,  ainsi  que  l'organe  partout  ailleurs,  sem- 
blaient être  dans  leur  état  le  plus  régulier. 

M.  Wilson  (5)  parle  des  tubercules  à  l'état  de  crudité  dans 
les  reins  et  d.'ahcès  scrofuleux  dont  les  parois  sont  tapissées 
par  une  matière  pulpeuse.  Dans  celte  description ,  il  est  évi- 
dent que  les  pyélites  tuberculeuses  sont  désignées  sous  le  nom 
d'abcès  scrofuleux  des  reins;  et  que  M.  Wilson,  comme 
Baillie,  a  considéré  de  simples  pyélites,  et  surtout  des  pyélites 

(1)  Howsliip.  Ouv.  cité,  p.  26. 

(2)  Journal  hebdomadaire,  t.  Il,  p.  494.  'PuTis,  182g: 

(3)  Bulletin  de  la  soc.  anatomique. —  Revue  médicale,  i83r,  1. 11,  p.  383. 

(4)  Reynaud  (A.-C).  De  l'a/rection  tuberculeuse  des  singes,  etc.  (Arcb.  gén. 
de  mcd.,  mars  i83i,  vol.xxv,  p.  3oi). 

(5)  James  Wilson.  Lectures  on  the  structure  and  physiology  of  the  maie 
urinary  and  génital  organs,  etc.,  in-8,  London,  1821.  p.  281. 


TUBERCULES  DES  REINS  (kistoriqué).  633 

I  avec  fausses  membranes,  comme  des  abcès  scrofiilcux  des  reins. 
Le  docteur  Craigie(i)  mentionne  un  cas  d'une  double  affec- 

1  tien  tuberculeuse  des  reins. 

M.  Pasquet  (a)  rapporte  un  autre  cas  intéressant  d'affection 
tuberculeuse  des  deux  reins,  des  uretères,  de  la  vessie,  des 

ppouTuons  et  des  membranes  du  cerveau.  Pendant  la  vie ,  on 
avait  senti,  à  travers  les  parois  du  ventre,  du  côté  droit,  et  un 
peu  au-dessus  de  l'ombilic,  une  tumeur  dure,  arrondie,  du  vo- 
lume d'un  petit  œuf  de  poule. 

I     M.  Kœnig  (3)  a  adopté  les  principales  opinions  d'Howship 

psur  les  tubercules  des  reins  ;  mais  il  a  confondu,  et  plus  posi- 
tivement encore  que  Baill'e  et  M.  Wilson,  les  véritables  affec- 
tions tuberculeuses  des  reins  avec  des  suppurations  résultant 
évidemment  de  pyélites  ordinaires.  Du  reste ,  Kœnig  cite  (4) 
un  cas  intéressant  de  tubercules  des  deux  reins,  qui  lui  a  été 
communiqué  par  le  docteur  Rolnff  de  Cologne. 

Enfin,  le  docteur  F.  Ammon  (5),  professeur  à  Dresde,  a  publié 
plusieurs  observations  de  tuberciiles  développés  dans  les  reins. 

La  première  observation  a  pour  objet  une  petite  fille  de  3 
ms  et  demi ,  dont  la  mère  était  morte  phthisique ,  et  quielle- 
nème  présentait  l'état  scrofuleux  d'une  manière  bien  caracté- 
risée. Avant  que  la  tumeur  ,  produite  parle  rein  tuberculeux, 
)e  fut  très  volumineuse,  le  docteur  Ammon  parvint  à  la  diag- 
lostiquer,  en  considérant  l'état  scrofuleux  de  la  malade,  l'ab- 
ience  de  symptômes  du  côté  de  l'estomac ,  de  la  rate  et  des 
lutres  viscères  de  l'abdomen ,  le  trouble  de  la  sécrétion  uri- 
laire,  et  enfin  la  forme  et  la  situation  delà  tumeur.  La  maladie 
)ffrit  quelques  alternatives  d'amélioration  et  de  rechutes.  La 
umeur  acquit  un  développement  considérable  ;  quelque  temps 

(i)  Edinb,  med,  and  surg.joum.,vo\.  xt,T,  p.  79. 

(a)  Bulletins  de  la  société  anatomique  df  Paris,  ju\n  p,  i4g. 

(3)  Kœnig  (Georges).  Praktische  AbhandlungûLerdie  KrankheitenderNieren, 
1-8,  Leipzig,  i8a6,  S.  ao4. 

(4)  Ibidem,  Si.  ili. 

(5)  Rnst's.  Magazin  fur  die  gesammte  Heilkunde,  B.  xi,  part.  3,5.  5oo.  — 
ireh.  génér.  do  métl.,  f.JixxT,  page  462,  r  834. 


634  TISSUS  HÉTIÉROLOGUES. 

avant  la  mort,  elle  dépassait  la  ligne  blanche,  elle  s'élcntlait  de 
haut  en  bas ,  depuis  la  région  cardiaque  au-dessous  des  côtes 
qu'elle  soulevait,  jusqu'au-delà  de  la  crête  iliaque.  L'urine,  qui 
se  sécrétait  assez  régulièrement,  répandait  une  odeur  fétide  et 
déposait  un  sédiment  briquelé,  muqucux  et  jaunâtre.  A  l'ou- 
verture du  corps,  on  trouva  le  rein  gauche  transformé  en  une 
niasse  énorme,  ronde,  présentant  qnelques  traces  de  la  forme 
primitive,  une  sensation  de  fluctuation,  et  composé  par  de  la 
substance  tuberculeuse  qui  avait  fait  disparaître  tout  le  tissu  du 
rein.  Les  calices  étaient  très  dilatés.  La  substance  tuberculeuse 
était  jaunâtre,  ramollie,  mais  sans  vaisseaux  sanguins.  Le  rein 
droit  olTi-ait,  pour  toute  lésion,  une  augmentation  de  volume  et 
un  peu  de  ramollissement.  On  observait  encore  un  peu  de 
matière  tubcVculeuse  sur  le  trajet  des  artères  et  des  vehies 
êmulgentès,  mais  aucun  autre  organe  *\'en  contenait. 

Dans  la  seconde  observation,  une  femme,  âgée  de  49  ans, 
hystérique,  était  atteintfe  de  tubercules  des  reins,  dont  la  pré- 
sence n'était  indiquée  que  par  les  symptômes  suivans  :  ténesme, 
excrétion  urinaîre  douloureuse,  dépôt  muqueux,  blaSc  sale  de 
l'urine,  tiraillemens  dans  les  membres  infériteurs,  alternant 
avec  le  froid  de  ces  parties ,  et  accompagnes  de  quelques  dou- 
leurs dans  le  bas-ventre  ;  la  malade  stofccoinba  à  la  phthisie 
aiguë  dans  l'espace  d'un  mois.  La  maiadfe  fa'a^it  éprouvé  de 
douleur  qu'au  col  de  la  vessie  et  à  l'orifice  de  l'urèlhi^.  Les 
iprincipales  altérations ,  dértiontréiés  par  l'autopsie,  sont  les 
suivantes  :  poumons  remplis  de  tubercules;  sommet  du  cœur 
fèCôuVert  par  une  coUche  gélatiniforme  ;  i-ein  gauche  développé 
âli  double  de  sôù  voIume  ■  feubstance  inamelotiiièe  de  ce  rein 
(îôtisidéf ablement  hypertrophiée  ;  subslaùcë  'du  même  -organe 
transformée  en  une  masse  de  tubercules  de  grosseurs  diverses, 
depuis  un  grain  de  millet  j  usqu'à  une  aveline^  et  séparés  les  uns 
des  autjres  paf  des  brides  irrégulières  de  substance -corticale 
encore  àain«k 

La  troisième  observation  nous  offre  les  Circotastances  sui- 
vantes :  19  ans,  disposition  scrofuleuse,  entérite,  lâissàtit  après 
elle  Une  douleuf  fi*e  â  l'épigastre ,  t[VL\  déterrtïoâit  paiïois  le 
vomissement.  Constipatibn  hahiluelle  ;  jotus  tàrcl,  ^piilieift'  âaïiS 


1 


TUBERCULllS  DAïTS  LES  REINS.  635 

i  l'hypochondre  gauche,  hématurie;  urine  parfois  épaisse  et 
j  jaunâtre;  dans  le  flanc  gauche  ,  tumeur  bosselée,  grosse  comme 
!  une  pomme  ;  accroissement  de  douleurs  ;  fièvre  intense  ;  les 

douleurs  devinrent  périodiques  et  se  propageaient  souvent  en 
s  suivant  le  trajet  de  Turetère  gaûche  jusqu'à  la  vessie  ;  sensation 
(  d'engourdissement  dans  la  cuisse  gauche  ;  les  poumons  conte- 
!  naient  une  grande  quantité  de  tubercules  ;  le  rein  gauche  était 
:  gros  comme  la  têle  d'un  enfant  d'un  an;  tout  son  parenchyme 
i  ^rait  une  dégénérescence  lardacée,  au  seih  de  laquelle  se 
I  trouvaient  plusieurs  tubercules  de  diverses  grosseurs  et  à  diffé- 

rens  degrés. 

Enfin,  dans  la  quatrième  observation  ,  il  s'agit  d'une  femme 
de  5o  ans,  atteinte  à-la-foîs  de  phthisie  et  de  maladie  organique 
du  cœur,  et  dont  le  rein  gauche  renfermait  beaucoup  de  ma- 
tière tuberculeuse. 

§  908.  Depuis  une  douzaine  d'années,  j'ai  observé  Un  assez 
gi-and nombre  d'exemples  de  cas  de  tubercules  deS  reins  et  de 
leurs  conduits  excréteurs,  soit  chez  l'homme,  soit  chez  les  ani- 
maux. Je  rapporterai,  ici,  plusieurs  de  ces  observations  dont  je 
formerai  trois  séries  :  la  première  comprendra  les  caâ  où  la 
matière  tuberculeuse,  simplement  déposée  dans  les  Substances 
rénales,  n'avait  donné  lieu  à  aucun  dérangement  du  côté  des 
voies  urinaires  ;  la  deuxième  comprendra  les  cas  oii  la  matière 
tuberculeuse  était  déposée  non-seulement  dans  les  reins ,  mais 
encore  dans  leurs  conduits  excréteurs;  enfin ,  la  troisième  se 
composera  des  cas  dans  lesquels  la  vessie  et  quelquefois  la 
prostate  et  le  canal  de  l'urèthre  étaient  également  tuberculeux. 

§  909.  Première  série.  —  Les  faits  qui  appartiennent  à  cette 
série  sont  des  cas  de  diatbèse  tuberculeuse,  dans  lesquels  la 
maladie  avait  attaqué  plus  spécialement  d'autres  organes  qiié 
les  reins,  et  était,  pour  ainsi  dire,  seulement  inscHte  dans  ceâ 
organes.  En  de  tels  cas,  les  symptômes  de  la  phthisie  ou  de 
l'entérite  tuberculeuse  constituaient  réellement  l'expression  de 
là  maladie  ,  et  la  lésion  rénale  avait  peu  ou  point  de  valeur. 
est  inutile  d'ajouter  que  tout  ce  qji'on  a  éci'it  jusqu'à  ce  jour 
sur  les  signes  des  tubercules  des  reins  est  entièrement  étrangçr 
't  ce  degré  de  l'altération. 


636  TISSUS  HÉTtîUOLOGUES. 

Chez  un  jeune  homme  de  î6  à  i-j  ans,  mort  de  carie  tubercu- 
leuse de  la  colonne  vertébrale,  dans  le  service  de  M.  Velpeau,  et 
qui  présentait  de  nombreux  tubercules  dans  les  poumons  et  dans 
les  ganglions  lymphatiques  du  bas-ventre,  de  la  poitrine  et  du 
col,  la  substance  corticale  des  deux  reins  offrait  aussi  de  la. 
matière  tuberculeuse  à  l'état  de  crudité.  Il  existait,  dans  lu. 
partie  supérieure  des  reins ,  une  masse  tuberculeuse  du  vo- 
lume d'une  noix  (Atlas,  Pl.  xm,  fig.  3).  La  vessie  et  les  ure- 
tères ne  présentaient  point  d'altération  tuberculeuse.  Pendant 
la  vie,  l'urine  n'était  point  trouble  au  moment  de  l'émission* 
il  eu  était  de  même  dans  les  observations  suivantes  : 


Ods.  I.  —  Phthisic  pulmonaire;  petits  tubercules  dans  la  substance  cor- 
ticilc  et  au  sommet  des  mamelons. 


Roux  (Antoine),  âgé  de  3i  ans,  mourut  de  phthisie,  à  l'hô- 
pital de  la  Charité ,  sans  avoir  présenté  d'altération  remar- 
quable de  l'urine,  étrangère  à  la  phlhisie.  L'autopsie  du  ca- 
davre fat  faite  trente-six  heures  après  la  mort. 

Têle.  Caillots  fibrineux  dans  le  sinus  longitudinal  supérieur; 
surface  supérieure  des  hémisphères  très  injectée;  arborisation 
générale  très  remarquable  dans  la  pie-mère  ;  lorsqu'on  la  dé- 
tache, le  sang  s'écoule  des  anfractuosités  du  cerveau.  La  sub- 
stance blanche  est  injectée  et  rose;  sérosité  dans  les  ventricules 
latéraux.  A  la  face  inférieure  du  cerveau,  la  pie-mère  est  très 
injectée;  en  avant  du  lobe  moyen  du  côté  gauche,  concrétion 
jaunâtre  de  lymphe  coagulable  dans  la  pie-mère;  les  veines  du 
cerveau  sont  très  injectées. 

Rachis.  Dépôt  considérable  de  sérosité  dans  la  cavité  de 
l'arachnoïde  rachidienne.  La  moelle  épinière ,  incisée  dans 
toute  sa  longueur,  présente  à  sa  partie  inférieure,  là  oii  com- 
mence la  queue  de  cheval,  une  injection  et  un  ramollissement 
notables. 

Col  et poilrine.  Ulcérations  sur  les  cordes  vocales  du  larynx. 
Le  cartilage  arythénoïde  droit  est  à  nu  et  en  partie  détruit; 
plusieurs  ulcérations  dans  la  trachée  suivaut  la  direction  des 
fibres  cartilagineuses;  l'épiglotte  est  saine. 


TUBERCOLKS  DANS  LES  REINS.  6^7 

Concrétion  librineuse  jaune  de  fonnalion  déjà  ancienne, 
■dans  l'oreillette  droite  ;  large  caverne  au  sommet  du  poumon 
droit;  tubercules  disséminés  dans  le  reste  du  poumon;  même 
.  disposition  dans   celui  du  côté  opposé  ;  le  foie  sain  ,  la 
rate  petite.  Les  deux  reins  présentent  à  l'extérieur,  1°  des 
I  taches  rouges  de  forme  lenticulaire  ;  a°  des  plaques  noirâtres 
(  tout-à-fait  semblables  à  des  ecchymoses;  3°  des  points  blancs 
«  ou  blanchâtres  durs  et  consistans  comme  les  granulations  des 
i  poumons.  De  semblables  points  blancs  (tubercules  miliaires) 
r  existent  au  sommet  de  plusieurs  mamelons. 

!  §  910.  M.  Campaignac  m'a  montré  un  rein  d'un  individu 
I  mort  de  plithisie  pulmonaire  et  de  pleurésie  chronique ,  et 
dans  lequel  existaient  cinq  à  six  grains  tuberculeux  déposés 
dans  la  substance  corticale.  La  substance  tubuleuse,  les  calices 
et  les  uretères  étaient  sains;  la  raie  contenait  un  plus  grand 
nombie  de  tubercules  disséminés  dans  son  tissu.  L'autre  rein 
était  sain;  les  capsules  surrénales  étaient  dans  l'état  normal. 
On  n'avait  noté  aucune  altération  particulière  de  l'urine. 

Oe&.  IL —  IclitL^ose;  épaississement  du  derme;  hypertrophie  dus  papilles; 
eatcrite  iatercurrcnte ;  diarrhée;  vomisscmens;  mort.  —  Tuberuulus  dans 
les  poumons,  dans  le  foie,  la  rate  et  surtout  dans  les  reins  ;  ulcératious  tu- 
herculeuses  des  intestins. 

N...,  âgé  de  ao  ans,  entra  à  l'hôpital  de  la  Charité,  poui-  s'y 
faire  traiter  d'une  ichthyose  qui  occupait  presque  toute  la  surface 
du  corps,  et  surtout  très  prononcée  dans  le  sens  de  l'extension. 
Cette  affection  avait  résisté  à  tous  les  traiteraens.  Durant  son  sé- 
jour à  l'hôpital,  une  entérite  aiguë  très  intense  se  manifesta.  Le 
malade  ne  pouvait  prendre  d'alimens.  Les  boissons  rafraîchis- 
santes ou  émoUientes ,  l'eau  de  Sellz ,  le  lait ,  tout  était  vomi. 
La  saignée,  les  sangsues,  les  vésicatoires  ne  procurèrent  qu'un 
amendement  passager.  Il  survint  de  la  toux;  les  signes  stéthos- 
copiques  des  tubercules,  d'abord  assez  obscurs,  devinrent  très 
significatifs  ;  une  expectoration  abondante  de  crachats  purulens 
annonça  la  mort,  qui  eut  lieu  après  un  mois  de  souffraaces  aiguës. 

L'uriue  fut  constammeut  trausparente  au  moment  de  l'é- 
mission. 


658  TISSUS  HÉTiROLOGDES. 

Autopsie  du  cadavre.  —  Ahdomen.  Les  deux  reins  sont  un 
peu  augmenléa  de  volume;  leur  tissu  est  ferme  et  résistant;  ils 
ofFrent  l'un  et  l'autre,  dans  une  zone  assez  étendue,  voisine  de 
la  scissure,  une  teinte  jaune  pâle.  Cette  décoloi'ation  est  uni- 
forme ,  et  interrompue  seulement  par  quelques  petites  taches 
brunes  irrégulières  j  ces  petites  taches  sont  déprimées  à  l'ex- 
tréotité  des  reins  et  à  leur  bord  convexe.  Ces  décolorations  ont 
lieu  dans  l'épaisseur  comme  à  la  surface  de  ces  organes.  De 
petits  dépôts  tubci'culeux  d'un  aspect  jaune,  du  volume  d'une 
tête  d'épingle  ou  d'un  petit  pois,  existent  dans  la  substance 
corticale.  Ces  grains  tuberculeux  sont  tout-à-fait  analogues, 
pom*  la  forme,  le  volume,  la  couleur,  à  d'autres  dépôts  de  na- 
ture tuberculeuse  qui  existent  dans  le  foie  et  la  rate.  Dans  la 
aabstance  corticale  du  rein  gauche,  il  y  a,  eu  outre,  une  masse 
tuberculeuse  du  volume  d'une  aveline  )  elle  est  j  aune  et  com- 
pacte dan»  se»  couches  superficielles ,  et  ramollie  dans  son 
centre,  formé  d'un  liquide  mélangé  de  grumeaux  tubercu- 
leux. Autour  de  cette  petite  masse  tuberculeuse ,  on  voit  plu- 
sieurs grains  tuberculeux.  La  membrane  interne  des  calices , 
du  bassinet,  des  uretères  et  de  la  vessie  est  parfaitement 
saine. 

La  membrane  muqueuse  a  une  teinte  pâle  dans  l'eslomac,  et 
une  coloration  noire  très  prononcée  et  uniforme  dans  le  jéju- 
num et  l'iléon  ,  oii  les  follicules  isolés  sont  volumineux  et 
blanchâtre».  Au  «emmen<:ement  de  l'iléon,  quelques  ulcéra- 
tions profondes  occupent  toute  la  circonférence  de  l'intes- 
tin. Dan»  quelques  points,  la  membrane  péritonéale  est  à 
BU  ;  dans  d'autres,  elle  est  recouverte  de  petites  granulations 
tuberculeuses,  isolées,  friables  ou  ramollies,  qui  se  réunissent 
p«ur  former  des  bourrelets  saillans  sur  les  bords  des  ulcéra- 
tions. Ces  ulcérations  sont  beaucoup  plus  nombreuses  et 
pltts  étendues  vers  k  partie  inférieure  de  l'iléon  près  de  la 
valvule  iléo-€cecale ,  oii  elles  tendent  à  se  réunir  et  à  se  con- 
fondre par  kwrs  bords,  de  manière  à  offrir  de  larges  surfaces. 
Da^  le  grew  intestin  ,  k  membrane  muqueuse  a  une  couleur 
■Boirfr  trè*pronoTffcée.  11  y  a  dans  le  ftwe  et  la  rate  im  petit 
nombre  de  tubercules  semblables  à  ceux  des  reins.  Du  reste,  k 


TUBERCULES  DAHS  LES  REINS.  63g 

tissu  de  ces  organes  est  sâin,  même  dans  les  poinls  qui  sont 
1  «nmédiatement  en  contact  avec  la  matière  tuberculeuse. 

Les  ganglions  raésenlériques  sont  gonflés ,  et  plusieurs  sont 
infiltrés  de  matière  tuberculeuse  La  surface  du  péritoine  est 
1  lisse  et  saine ,  sauf  dans  les  pointa  qui  correspondent  aux  ul- 
(  eérations,  et  ovi  elle  est  rouge  ou  ardoisée, 
i  ^Poitrine.  Les  lobes  supérieurs  des  deux  poumons  sont  cri* 
bblés  de  lubei-ctiles  ;  le  tissu  pulmonaire  est  induré  et  grisâtre; 
il  n'y  a  qiie  trois  petites  cavernes  tuberculeuses. 

État  extérieur.  La  peau  de  la  face  antérieure  des  cuisses  et 
de»  avant-bras,  soumise  à  la  macération,  prés^te  à  l'œil  nu 
des  rides  et  dés  mamelons.  On  peut  facilement  constater  l'é- 
paississement  et  la  densité  augmentée  du  derme  et  l'hypertro^ 
pbie  considérable  des  papilles.  Elles  sont  surmontées  d'une 
coucbe  épidermique  deux  ou  trois  fois  plus  épaisse  que  dans 
l'état  saitt. 

i 

Obs.  III.  —  Tubercules  miliairea  dans  les  reins;  tubercules  dans  un  calice  et 
dans  les  capsules  surrénales;  un  seul  petit  tubercule  dans  le  foie;  tuber- 
cules très  nombreux  ét  excavations  dans  les  poumons. 

Rîcbârd,  âgée  dé  45  ,  brôdïùs'é,  èiitrà  à  l'hôpital  de  la 
•  Charité  lé  3o  jûin  tS36. 

Hémoptysies  antérieures ,  dyspnée ,  peu  dé  sonorité  €u 
tho^a}^,  surtout  à  la  partiè  supériéiive  du  poumon  gatithe;  i^s-- 
piraiioh  ftidé,  catertiètisé  aù  sômmet  du  pôumôn  gauche,  avefc 
^argouillèmeat;  maigreûr,  constitutiôti  rtiinéé,  àppareticé  dé  îa 
phthisié  àu  dérhiéif  dégré;  voi*  râUqùé  èt  très  faible  ;  SuCUfIs 
iiôciutnè^ ';  diarrhéé;  mort  le  tg  jttillet  t836. 

'Cette  fenîmé  n'îivait  jartïiiTS  ëtt  dé  ïhtrtfeff,  ni  acéusè  d'acCÎ- 
lens  du  côté  des  voies  urinairesj  l'urinë  était  transparente  au 
inbmënt  dé  l'émissiotl» 

AutopSîé  du  iada'vm.  ^  Î^Yé.  Le  cerVéatl  et  SéS  diSpéirdantés 
lans  l^'étàt sain.  .'  ..Iwt  ;..  ..... 

Poitrine,  té'^burtlôh  dtoit  ëât  fartîi  de  fltberculeS,  pfesqtie 
tôûs  isolés  et  formant  Seulemétit  en  «quelques  J)oints  de  petites 
mâsses.  Le  lobe  Supérieur  est  plus  criblé  de  tubercules  que  hs 
dèûx  auiïts lobes.  La  dégétaéralion  tubemtltuïieçst  encore  ptus 


64o  TUBERCULES. 

marquée  dans  le  poumon  gauche.  On  remarque  ,  dans  le  lobe 
supérieur  de  ce  poumon,  trois  petites  cavernes  pouvant  conte- 
nir chacune  une  noisette.  Le  cœur  et  le  péricarde  dans  l'état 
sain. 

Abdomen.  Le  foie  est  très  volumineux,  et  son  tissu  paraît  gras 
à  la  coupe.  Dans  quelques  points  les  conduits  biliaires  hépati- 
ques semblent  plus  larges  qu'à  l'ordinaire.  A  la  surface  du  foie, 
on  voit  un  tubercule  ,  blanchâtre,  arrondi,  gros  comme  la  tète 
d'une  forte  épingle.  Le  péritoine  est  sain  ;  les  ganglions  abdo- 
minaux ne  sont  pas  tuberculeux. 

Le  rein  droit  est  volumineux.  Dépouillé  de  ses  membranes, 
il  présente  sur  sa  face  antérieure  sept  points  blancs  jaunâtres, 
sans  cercle  rose  à  leur  circonlérence ,  assez  solides  à  la  coupe, 
ayant  les  caractères  des  grains  tuberculeux.  Un  de  ces  tuber- 
cules, plus  volumineux  que  les  autres,  a  la  dimension  d'un 
graiu  de  cassis.  La  face  postérieure  du  rein  présente  aussi 
plusieurs  pelils  tubercules  disséminés.  Trois  ou  quatre  d'entre 
eux  avaient  la  dimension  d'un  grain  de  cassis.  Yers  le  milieu 
de  celte  face  du  rein,  on  remarquait  un  groupe  de  grains  tu- 
berculeux contigus,Ide  la  dimension  d'une  pièce  de  ao  sous. 
£n  incisant  cette  masse  tubei'culeuse  suivant  son  épaisseur, 
ou  voyait  mieux  encore  qu'elle  était  formée  par  une  infiltration 
de  grains  tuberculeux  très  rapprochés  les  uns  des  autres.  Plu- 
sieurs petits  tubercules  ne  faisaient  pas  saillie  à  l'extérieur.  La 
matière  tuberculeuse  était  inliitrée  dans  les  cônes  de  plu- 
sieurs mamelons.  Ou  remarquait ,  en  outre ,  de  petits  kystes 
à  la  surface  du  rein.  Du  reste,  les  deux  substances  du  rein, 
même  dans  le  voisinage  des  tubercules ,  avaient  leur  consis- 
tance et  leur  couleur  naturelles.  Les  bassinets  et  les  calices 
n'étaient  point  altérés. 

La  capsule  surrénale  droite  contenait  plusieurs  petites  masses 
tuberculeuses  du  volume  d'une  noix,  et  d'autres  du  volume  d'une 
noisette.  La  matière  tuberculeuse,  d'un  blanc  jaune  mat  à  la 
coupe,  avait  l'aspect  de  la  pomme  de  terre  crue  ou  mieux  du 
marron,  comme  celle  des  tubercules  du  foie  dont  elle  avait  aussi 
la  consistance.  Par  suite  de  cette  dégénérescence  tuberculeuse  la 
capsule  suirénale  adhérait  au  rein,  dont  la  membrane  fibreuse 


DA.NS  LES  REINS  ET  LE  BASSINET.  64 1 

«élait  devenue  méconnaissable;  et,  dans  ce  point,  la  substance 
(Corticale  avait  éprouvé  une  légère  diminution  de  consistance. 

La  capsule  fibreuse  du  rein  gauche  était  plus  adhérente  que 
dans  l'élat  ordinaire;  plusieurs  tubercules  étaient  disséminés 
dans  le  rein.  En  comparant  le  rein  gauche  au  rein  droit,  la 
seule  différence  que  nous  ayons  remarqué  a  été  l'existence 
d'une  petite  quantité  de  matière  tuberculeuse  à  la  surface  d'un 
mamelon  et  quelques  petites  élevures  tuberculeuses  sur  la  mem- 
brane muqueuse  d'un  calice.  Un  des  cônes  était  fortement  in- 
liltré  de  matière  tuberculeuse;  l'extrémité  du  mamelon,  entiè- 
rement envahie  par  la  matière  tuberculeuse  ,  faisait  saillie 
dans  un  calice  dont  les  membranes  étaient  tellement  encroûtées 
de  matière  tuberculeuse  qu'elles  étaient  méconnaissables. 

La  capsule  surrénale,  plus  volumineuse  que  dans  l'état  sain, 
contenait  plusieurs  masses  tuberculeuses  ayant  la  même  appa- 
rence que  les  précédentes. 

§  911.  Deuxième  sàie.  —  Les  cas  appartenant  à  cette  série 
sont  assez  rares;  ce  sont  ceux  dans  lesquels  l'affection  tuber- 
culeuse a  envahi  à-la-fois  les  substances  rénales»  les  calices 
et  le  bassinet,  sans  s'être  étendue  aux  uretères  et  à  la  vessie. 
Rien  ne  prouve  que  ces  cas  soient  accompagnés,  pendant  la 
vie,  de  douleurs  ou  de  ténesme  vésical.  Cependant,  si  des 
grumeaux  tuberculeux  descendaient  en  abondance  des  bassinets 
dans  la  vessie ,  il  se  pourrait  qu'on  observât  quelques-uns  des 
symptômes  qu'on  rencontre  toujours  ou  presque  toujours  dans 
les  cas  de  complication  de  cystite  tuberculeuse  avec  les  tuber- 
cules des  reins. 

Obs.  IV.  —  PLthisie  laryngée  et  tuberculeuse  ;  tubercules  dans  les  reius. 

François,  âgé  de  40  ans,  succomba  à  la  phthisie  pulmonaire 
le  3  août  i83i,  à  l'hôpital  de  la  Charité.  Les  poumons  offraient 
un  assez  grand  nombre  de  granulations  miliaires;  le  droit 
était  notablement  emphysémateux.  Le  lobe  supérieur  du  pou- 
mon droit  était  infiltré  de  tubercules.  Il  y  avait  une  vaste 
caverne  au  sommet  du  poumon  gauche,  où  la  dégénérescence 
tuberculeuse  était  très  avancée.  Tubercules  en  nombre  consi- 
ni.  4i 


G42  TUBERCULF.S 

dérable  à  différens  états  de  ramollissemenl  ou  de  dureté.  L'é- 
piglolte  était  ramollie ,  iilcérée ,  frangée  à  la  base  comme  un 
col  de  matrice  ulcéré;  la  membrane  muqueuse  du  larynx  était 
ulcérée  dans  plusieurs  points  et  gonflée  dans  toute  sou  éten- 
due. Ulcération  du  cartilage  arythénoide  et  des  ligamens  de  la 
glotte;  quelques  ulcères  dans  la  partie  supérieure  de  la  trachée; 
bronches  pâles  et  roses.  Hypertrophie  concentrique  du  ven- 
tricule gauche  du  cœur,  dont  les  valvules  sont  saines;  un  verre 
-de  sérosité  dans  le  péricarde;  estomac  sain;  traces  de  périto- 
nite hépalo-gastrique,  ancienne.  Le  foie  a  une  bonne  con- 
sistance; plusieurs  glandes  mésentériques  sont  très  volumi- 
neuses; vaisseaux  lymphatiques  correspondans  très  apparensj 
la  rate  d'une  couleur  brun  foncé,  assez  grande  et  de  bonne 
consistance. 

Le  rein  droit  est  beaucoup  plus  volumineux  que  le  gau- 
che; l'artère  émulgente  droite  est  cependant  notablement  plus 
petite  que  la  gauche.  Le  rein  droit  a  quatre  pouces  au  moins  de 
long  d'une  extrémité  à  l'autre  ;  le  bassinet,  très  dilaté,  est  im- 
prégné d'une  matière  blanche,  homogène,  granulée;  cette  im- 
prégnation se  prolonge  dans  les  calices.  La  substance  du  rein, 
refoulée  et  atrophiée  dans  cinq  ou  six  points,  est  rempla- 
cée par  de  larges  cavernes  enduites  d'une  couche  de  matière 
tuberculeuse  d'une  à  deux  ou  trois  lignes  d'épaisseur.  Le  dépôt 
de  celte  substance  se  continue  sans  aucune  interruption  dans 
toute  la  longueur  de  l'uretère  ;  ce  conduit  a  la  grosseur  du 
doigt  annulaire  d'un  adulte. 

Le  rein  gauche,  plus  petit  que  le  droit,  est  très  foncé;  sa 
substance  lubuleuse  est  infiltrée  de  quelques  tubercules. 

Dans  les  deux  reins ,  les  grosses  veines  sont  saines. 

La  vessie  est  un  peu  injectée;  le  canal  de  l'urèlhre  est  sain 
dans  son  tiers  antérieur  et  malade  dans  les  deux  postérieurs. 
Là  commence  un  rétrécissement  qui  va  se  terminer  à  un  cul- 
de-sac  en  avant  de  la  prostate  ;  une  sorte  de  canal  irrégulier 
continu  avec  la  fin  du  rétrécissement  et  situé  au-dessus  du  cul- 
de-sac  communique  directement  avec  la  vessie. 

Le  testiculegauch  e  fait  hernie  à  travers  l'anneau  ;  il  est  atro- 
phié et  contient  un  tubercule  déjà  ramolli. 


DANS  LES  REINS,  LES  URETl'RES  ET  LA  VESSLK.  643 

Ç»  912.  Troisième  série.  —  Les  observations  de  celte  troisième 
série  sont  relatives  à  des  cas  dans  lesquels  la  dégénérescence 
tuberculeuse  des  voies  urinaires  s'est  étendue  à  presque  toute 
leur  surface  et  notamment  à  la  vessie.  Le  plus  souvent  alors 
l'affection  tuberculeuse  des  reins  et  de  leurs  conduits  excré- 
teurs peut  être,  sinon  reconnue  ,  au  moins  soupçonnée ,  pen- 
dant la  vie,  à  des  caractères  déjà  indiqués  (§  go4). 

Obs.  V.  —  Tubercnles  en  grains  et  en  petites  masses ,  infiltres  dans  la 
substance  du  rein,  dans  la  membrane  muqueuse  du  bassinet,  de  l'uretère 
et  de  la  vessie;  altération  jaune  semi-transparente  de  la  substance  cor- 
ticale des  reins  dans  le  voisinage  des  tubercules. 

M-  Vigla  m'a  remis  un  rein  tuberculeux ,  provénânt  d'un 
malade  mort  dans  le  service  dfl  M.  Ricord.  Ce  rein,  plus  volu- 
mineux que  dans  l'état  sain,  pesait  environ  sept  onces.  Il 
offrait  à  la  coupe  les  dispositions  suivantes.  La  membrane  mu- 
queuse du  bassinet  et  des  calices,  extrêmement  épaissie  ,  d'un 
blanc  jaunâtre ,  avait  un  aspect  grenu,  d'une  teinte  café  au 
lait.  Cet  épaississement  du  bassinet  était  évidemment  dû  à 
la  matière  tuberculeuse  qui  était  également  infiltrée  dans 
la  membrane  muqueuse  de  l'uretère.  Ce  conduit  cylindrique 
et  solide  était  au  moins  double  de  son  volume  ordinaire  ; 
mais  son  calibre  n'était  pas  augmenté  dans  la  même  pro- 
portion :  au  contraire  ,  il  paraissait  comme  obstrué  par  l'in- 
filtration tuberculeuse  de  la  membrane  muqueuse.  La  mem- 
brane externe  de  l'uretère  et  la  couche  celluleuse  pouvaient 
être  facilement  détachées  de  la  membrane  fibreuse.  Celle-ci  était 
épaisse  et  avait  assez  de  ressemblance  avec  la  tunique  jaune 
de  l'aorte.  Quant  à  la  membrane  muqueuse,  on  pouvait  la  divi- 
ser artificiellement  en  deux  ou  trois  lames,  mais  on  ne  pouvait 
l'isoler  du  dép6t  qui  l'avait  pénétrée. 

Une  masse  tuberculeuse,  ramollie,  du  volume  d'une  grosse 
noix,  était  logée  dans  la  substance  corticale  ,  à  l'extrémité  in- 
férieure du  rein ,  et  on  remarquait  une  rougeur  vive  autour 
d'elle;  celle  masse  tuberculeuse  paraissait  entourée  d'une  mem- 
brane celluleuse.  Toute  la  substance  corticale  était  infiltrée  de 
matière  tuberculeuse ,  disposée  en  grains  isolés  ou  en  séries 


644  TUBERCULES 

dans  la  direction  des  stries  de  la  substance  corticale.  On  re- 
marquait un  petit  cercle  rouge  autour  de  tous  ces  petits 
dépôts.  La  matière  tuberculeuse  était  infiltrée  en  masses  plus 
considérables  dans  d'autres  points,  voisins  de  la  base  des  cônes. 
Quant  à  la  substance  corticale  elle-même,  dans  les  points  où  elle 
n'était  point  infiltrée  de  tubercules  ,  elle  avait  une  teinte  mor- 
bide, approchant  de  celle  de  l'abricot  et  semi-transparente 
comme  certaines  gelées  de  viandes,  très  foncées;  mais  elle  avait 
sa  consistance  naturelle.  Les  veines  et  les  artères  étaient  saines; 
les  membranes  des  reins  n'offraient  point  d'alléralion. 

La  membrane  muqueuse  de  la  vessie,  surtout  dans  le  point 
correspondant  à  l'orifice  de  l'uretère  malade,  offrait  un  dépôt 
de  matière  tuberculeuse. 

L'autre  rein  était  parfaitement  sain. 

Le  malade  avait  été  traité  pour  une  diathèse  scrofuleuse  et 
pour  des  ulcères  à  la  face,  regardés  comme  scrofuleux  et  véné- 
riens. Il  y  avait  des  tubercules  dans  les  poumons. 

Obs.  VI.  —  Tubercules  des  reins;  allcration  tuberculeuse  du  rein  droit,  du 
bassinet,  de  l'uretère  de  la  vessie  et  de  l'urèthre,  etc. 

Moulin  (Joséphine),  âgée  de  28  ans,  couturière,  mourut,  le  14 
août  i83i,  de  phthisie  pulmonaire,  à  l'hôpital  de  la  Charité. 

Le  rein  droit  avait  le  volume  et  la  forme  d'un  rein  ordinaire, 
mais,  à  l'extérieur  et  à  travers  sa  membrane  propre,  on  distin- 
guait un  assez  grand  nombre  de  petits  points  d'un  blanc  légè- 
rement-jaunâtre. Ces  petits  points  du  volume  de  la  tête  d'une 
grosse  épingle  étaient  formés  par  de  la  matière  tuberculeuse, 
infiltrée  dans  le  tissu  du  rein.  Après  avoir  incisé  cet  organe  en 
deux  parties  égales,  nous  reconnûmes  que  de  la  matière  tu- 
berculeuse était  déposée  :  1°  dans  l'épaisseur  et  à  la  surface  de 
la  membrane  muqueuse  du  bassinet  et  de  l'uretère  ;  2°  dans  la 
substance  tubuleuse  et  notamment  dans  les  mamelons  ;  5°  dans 
la  substance  corticale. 

La  cavité  du  bassinet  paraissait  comme  tapissée  dans  toute 
son  étendue  par  une  pseudo-membrane  jaunâtre^  de  nouvelle 
formation  qui  se  prolongeait  à  l'extrémité  supérieure  du  rein 
dans  une  espèce  de  caverne,  dont  la  surface  était  inégale.  En 


DANS  LES  REINS,  LES  URETÈRES  ET  LA  VESSIK.  645 

grattant  avec  le  scalpel  la  surface  de  la  membrane  interne  du 
bassinet,  on  ne  pouvait  que  très  difficilement  détacher  la  ma- 
tière tuberculeuse  avec  laquelle  elle  était  confondue,  A  l'inté- 
rieur du  baasinet,  on  voyait  aussi  des  points  blanchâtres, 
du  volume  de  la  tête  d'une  petite  épingle,  formés  par  de  la  ma- 
tière tuberculeuse  déposée  dans  l'épaisseur  de  sa  membrane 
interne.  Un  deuxième  degré  de  l'altération  était  constitué  par 
de  petites  ulcérations  de  la  membrane  muqueuse,  tantôt  d'une 
demi-ligne  de  diamètre,  tantôt  plus  larges  et  irrégulières,  et  dont 
les  dimensions  étaient  indiquées  par  un  léger  liseré,  comme  les 
ulcères  tuberculeux  de  la  ti'achée  ou  des  bronches.  La  surface 
de  ces  petites  ulcérations  étaient  enduite  d'une  matière  jaune, 
très  adhérente,  tout-à-fait  semblable  à  celle  qui  tapissait  l'inté- 
rieur du  bassinet. 

Plusieurs  mamelons  étaient  d'un  blanc  jaune  et  tellement 
imprégnés  de  matière  tuberculeuse  qu'on  ne  distinguait  aucune 
^e  leurs  fibres  j  en  avançant  vers  l'extérieur  du  rein  cette  ma- 
lère  élait  déposée  en  petites  traînées  globuleuses  et  plus  rare- 
nent  en  nappes.  Autour  des  tubercules  la  substance  du  rein 
;tait  injectée.  Le  sommet  d'un  des  mamelons  était  détruit,  pro- 
)ablement  par  suite  d'une  fonte  tuberculeuse.  A  l'extrémité 
iipérieure  du  rein,  là  où  un  calice  dilaté  formait  une  espèce  de 
averne  ,  on  ne  distinguait  plus  de  mamelons,  et  l'épaisseur  du 
ein,  y  compris  sa  membrane  externe  et  la  membrane  in- 
erne  du  calice,  n'était  guère  que  d'une  ligne  et  demie.  Le  rein 
tait  parsemé  de  grains  blancs ,  analogues  aux  tubercules  du 
léritoine.  Les  petits  vaisseaux,  examinés  avec  soin,  ne  conte- 
aientpointde  matière  tuberculeuse. 

L'uretère,  double  de  son  volume  ordinaire,  formait  une  corde 
olide,  .disposition  qui  était  due  à  l'imprégnation  de  sa  mem- 
irane  interne  par  la  matière  tuberculeuse;  la  membrane  fibro  - 
elluleuse  était  saine. 

La  vessie  offrait  une  altération  analogue  à  celle  de  l'uretère  : 
"  de  petits  points  blancs  semblables  aux  grains  tuberculeux  de 
intestin  ;  a*  de  petites  ulcérations,  superficielles  comme  de 
etils  aphthes ,  les  unes  uniques  et  d'une  demi-ligne  de  dia- 
lèlre  environ,  les  autres  un  peu  plus  grandes,  d'autres  irrégu-^ 


646  TCBE HOULES 

lières,  évideminenl  formées  par  plusieurs  petites  ulcérations 
réunies.  Ces  ulcérations  n'intéressaient  pas  la  membrane  mus- 
culcuse.  Le  bas-fond  de  la  vessie  etla  portion  qui  correspond  à 
l'orifice  de  l'uretère  droit,  étaient  enduits  d'une  matière  jaune 
qui,  comme  dans  l'uretère  et  dans  le  bassinet,  faisait  corps  avec 
lu  membrane  muqueuse.  La  membrane  muqueuse  du  canal 
de  l'urèthre  offrait  une  semblable  altération.  Le  bas-fond  de  la 
vessie  était,  eu  outre,  plus  injecté  que  dans  l'état  saio.  Le  rein 
et  l'uretère  gauches  étaient  sains. 

La  matrice  et  ses  dépendances  n'offraient  point  d'altération 
tuberculeuse.  Sur  le  col  de  l'utérus,  vers  l'orifice  vaginal,  la 
membrane  interne  était  détruite  sans  que  le  tissu  de  l'utérus 
parût  altéré.  Les  deux  poumons,  parsemés  de  tubercules, 
offraient  des  cavernes  à  leur  sommet.  Le  larynx  était  sain  ;  il 
y  avait  plusieurs  ulcérations  dans  la  trachée  et  des  ulcérations 
tuberculeuses  dans  l'intesliu.  Les  ganglions  lymphatiques  du 
mésentère  étaient  tuberculeux;  le  foie  commençait  à  passer  à 
l'élat  graisseux;  la  rate  était  saine  ;  l'estomac,  le  cœur  et  les 
gros  vaisseaux,  sans  lésions  remarquables.  Le  cerveau  ne  fut 
pas  examiné. 

Obs,  VII.  —  Cystite  et  pyclitc  tuberculeuse  du  rein  droit  à  la  suite  d'une 
érosion  des  trois  dernières  vertèbres  lombaires  et  d'un  abcès  par  con- 
gcstloD. 

Dans  le  mois  d'août  de  l'année  i835 ,  je  fis  avec  M.  Velpeau 
l'autopsie  du  cadavre  d'un  homme  mort  d'un  abcès  par  con- 
gestion 5  cet  abcès ,  ouvert  à  l'aine  droite ,  avait  donné  beaucoup 
de  pus. 

La  colonne  vertébj'ale  n'avait  pas  subi  de  déviation  latérale; 
mais  les  courbures  naturelles  étaient  excessivement  exagérées. 
En  examinant  l'abcès  situé  à  l'ajne  droite,  on  trouva  qu'il  était 
situé  sous  l'aponévrose,  dans  l'intervalle  des  muscles  qui  mar- 
quent le  triangle  inguinal- Très  profondément  et  près  du  petit 
tyochanter,  existait  un  vaste  foyer  oii  les  muscles  étaient 
altérés,  le  tissu  cellulaire  en  suppuration  et  les  vaisseaux 
comme  disséqués;  en  remontant  à  la  source  du  pus,  on  vit 
qu'il  était  venu  de  l'intérieur  du  ventre,  sous  l'aponévrose 


DANS  LES  REINS ,  LES  URETÈRES  ET  LA  VESSIE.  6l^J 

i  fascia  iliaca.  Sous  le  muscle  iliaque,  on  sentait  de  la  fluc- 
j  tuation  ;  le  lissu  cellulaire  de  la  fosse  iliaque  droite  était  épaissi, 
j  induré j  l'urelère  du  même  côté  était  adhérent,  mais  non  per- 
I  foré.  Le  rein  droit,  doublé  de  volume,  bosselé,  faisait  saillie 
j  dans  le  flanc  droit  ;  ses  membranes  pouvaient  être  détachées  faci- 
I  lement;  la  substance  corticale,  saine  en  quelques  points ,  offrait 
une  injection  fine  dans  quelques  autres,  ou  de  petites  taches 
blanches,  des  anémies  partielles  avec  ou  sans  infiltration  de 
j     matières  salines,  grisâtres. 

I  Le  rein  ayant  été  incisé  de  son  bord  externe  à  son  bord  in- 
terne, de  manière  à  être  partagé  en  deux  moitiés,  on  trouva  le 
bassinet  et  les  calices  pleins  de  pus  tuberculeux  et  transformés 
en  loges,  dans  lesquelles  on  pouvait  mettre  une  très  grosse  noi- 
sette. Ces  loges  communiquaient  par  un  trou  assez  étroit  avec 
le  bassinet,  qui  n'était  pas  dilaté,  et  dans  lequel  il  n'existait 
pas  de  calcul.  Les  mamelons  étaient  affaissés,  la  substance 
tubuleuse  et  la  substance  corticale  atrophiées. 

La  membrane  interne  du  bassinet  et  des  calices  est  un  peu 
inégale,  d'un  gris  noirâtre,  enduite  et  imprégnée  d'une  ma^tière 
blanchâtre,  assez  adhérente,  et  se  détachant  sous  forme  de  grains 
ou  de  grumeaux.  L'uretère  est  libre,  mais  ses  parois  sont  épais- 
ses; dans  sa  moitié  supérieure,  la  membrane  muqueuse  est  tu- 
méfiée et  revêtue  d'une  couche  tuberculeuse  enduite  de  pus. 

L'autre  rein  est  sain.  La  vessie  est  remplie  d'une  urine  légè- 
rement blanchâtre  et  purulente.  Le  bas-fond  présente  une  in- 
jection rouge  intense.  On  voit,  à  la  surface  de  la  membrane 
muqueuse,  de  petits  points  blancs,  nombreux  surtout  autour 
du  col  de  la  vessie.  De  plus ,  il  y  a ,  au  niveau  du  col  de  la  ves- 
sie,, une  bride  d'une  ligne  au  moins  d'épaisseur;  au-dessous 
de  laquelle  la  sonde,  pour  entrer  dans  la  vessie,  passe,  avec  la 
plus  grande  facilité. 

L'uretère  du  côté  droit  s'ouvre  largement  dans  la  vessie; 
son  embouchure  est  partagée  en  deux  par  une  petite  bride 
analogue  à  la  précédente. 

L'urèthre  est  tout-à-fait  à  l'élat  naturel  dans  la  partie  mem- 
braneuse et  dans  la  partie  bulbeuse.  La  prostate  a  son  volume 
ordinaire.  Sur  les  côtés  du  veru  montanum,  il  y  a  deux  lacunes 

I 


648  TUBERCULES 

très  larges  dans  lesquelles  le  bec  d'une  sonde  n"  6  pourrait 
s'introduire.  Sur  le  côté  gauche  de  la  portion  membraneuse  de 
l'urèthre  et  dans  le  tissu  cellulaire ,  on  trouve  un  petit  foyer  de 
pus. 

Le  muscle  iliaque  et  le  psoas  incisés,  on  découvre  la  source 
de  l'abcès  :  c'est  une  carie  li-ès  superficielle  de  la  partie  latérale 
droite  des  trois  dernières  vertèbres  lombaires. 

Le  cerveau  est  sain  ;  les  poumons  sont  farcis  de  tubercules 
et  présentent  plusieurs  cavernes. 

Obs.  VIII.  —  Tubercules  dans  le  rein  et  l'uretère  ganclies,  dans  la  vessie  et 
dans  le  poumon,  chez  un  homme  mort  de  pneumonie  (Obs.  communiquée 
par  M.  Philippar). 

Un  ouvrier,  âgé  de  34  ans,  entré  à  l'hôpital  Saint- Antoine 
le  la  juillet  i833  ,  toussait  beaucoup  depuis  deux  ans.  Avantce 
temps  ,  il  s'enrhumait  facilement  et  n'avait  jamais  craché 
de  sang. 

Cinq  jours  avant  son  arrivée,  il  fut  pris,  le  soir,  de  malaise, 
de  lassitude  générale ,  de  frisson  et  de  douleur  dans  le  côté 
gauche  de  la  poitrine;  douleur  qui  augmentait  par  la  toux.  Cet 
homme  but  du  vin  chaud  sucré  et  se  coucha.  Le  lendemain, 
se  sentant  mieux,  il  alla  à  son  travail,  où.  il  ne  put  rester  long- 
temps. Revenu  chez  lui ,  il  y  resta  trois  jours ,  prenant  peu 
d'alimens,  ne  pouvant  plus  se  lever  et  se  sentant  bien  malade. 
Le  12 ,  au  mati-n ,  il  fut  apporté  à  l'hôpital.  Il  offrait  les  symp- 
tômes suivans  :  faiblesse  et  abattement  très  prononcés;  décu- 
bitus dorsal;  gêne  de  la  respiration;  respiration  peu  profonde, 
avec  douleur  dans  le  côté  gauche  de  la  poitrine;  toux  peu 
fréquente;  quelques  crachats  rouillés;  pouls  plein  et  fréquent; 
matilé  très  manifeste  vers  le  tiers  inférieur  de  la  poitrine  du 
côté  gauche;  râle  crépitant  vers  le  lobe  moyen  du  poumon; 
respiration  bronchique  [saignée  de  quatre  palettes  ;  tisane 
pectorale;  potion  diacodée).  Le  lendemain,  insomnie,  prostra- 
tion très  grande;  crachats  visqueux,  jaunes  verdâtres,  respira- 
tion fréquente  ;  point  de  râle  crépitant  ;  respiration  bronchique  ; 
pouls  fréquent  (  saignée  de  trois  palettes  ).  Le  surlendemain  , 
respiration  sterloreuse  ;  toux  moindre  ;  point  de  crachats , 


DANS  LES  REINS,  LES  URETÈRES  ET  LA  VESSIE. 

powls  petit,  fréquent  {Usane  de  polygala;  vésicaioire  sur  la 
poitrine).  Mort  dans  la  nuit  du  i5. 

Autopsie  du  cadavre-  Poumon  gauche  hépatisé  dans  les 
deux  tiers  inférieurs ,  s'écrasant  facilement  par  la  pression , 
laissant  écouler  un  peu  de  sang  très  épais ,  de  couleur  lie-de- 
vin ,  grisâtre  et  mêlé  de  pus  au  centre  du  lobe  inférieur.  Ce 
poumon  est  parsemé  de  tubercules  miliaires  dans  toute  son 
i  étendue.  Poumon  droit  engoué ,  également  infiltré  de  tuber- 
\  cules  miliaires  ,  surtout  à  son  sommet. 

Le  rein  gauche  est  beaucoup  plus  volumineux  que  le  rein 
i  droit;  sou  uretère,  très  dur,  beaucoup  plus  gros  qu'à  l'état 
{  normal ,  conserve  une  forme  cylindi  ique  après  une  section 
1  transversale  ,  et  ressemble  à  un  tuyau  de  matière  solide.  Les 
parois  en  sont  très  épaissies  et  infiltrées  de  matière  tubercu- 
leuse. Le  rein,  fendu  du  bord  convexe  vers  son  bord  concave, 
présente  une  large  excavation ,  qui  se  confond  avec  le  bassinet 
et  contient  un  peu  d'urine  légèrement  jaunâtre  ,  mêlée  de 
matière  tuberculeuse  grisâtre  et  ramollie.  La  substance  tubu- 
leuse  est  presque  totalement  détruite.  La  vessie  offre,  surtout 
vers  son  bas-fond,  des  plaques  de  matière  tuberculeuse  infil- 
trée; sa  membrane  muqueuse  est  excoriée  en  plusieurs  endroits. 
De  la  matière  tuberculeuse  est  mélangée  à  l'urine. 
L'autre  rein  était  sain. 

Obs.  IX,  —  Rein  gauche  couvert!  presque  en  entier  en  matière  tubercu- 
leuse ;  tubercules  dans  le  poiunon. 

Sophie-Marie  Bertrand,  âgée  de  43  ans,  femme  de  ménage, 
arrivée  au  dernier  degré  de  marasme,  entra  vers  la  fin  d'août 
à  l'Hôtel-Dieu.  Cette  femme,  autrefois  réglée  très  abondam- 
ment, mère  de  deux  enfans,  ne  voit  plus  depuis  un  an  :  elle 
n'a  jamais  eu  de  flueurs  blanches.  Elle  donne  peu  de  rensei- 
gnement sur  l'état  antérieur  de  sa  santé,  qui,  du  reste,  paraît 
avoir  été  assez  bonne  pendant  long-temps.  Elle  fait  remonter 
à  dix-huit  mois  le  début  de  sa  maladie.  Au  commencement  elle 
eut,  dit-elle,  des  maux  de  reins,  des  tranchées,  des  coliques 
sans  dévoieraentj  mais  «es  maux  de  reins  disparureot  au  bout 


65o  TUBERCULES 

de  deux  mois,  et  ils  ne  sont  jamais  revenus  depuis;  les  urines 
n'ont  jamais  présenté  de  sang  :  l'émission  n'a  été  ni  plus  rare 
ni  plus  fréquente  qu'en  santé;  il  n'y  eut  point  alors  de  fièvre. 

Durant  les  derniers  six  mois,  augmentation  de  la  faiblesse 
générale,  amaigrissement  notable;  dévoiement  très  abondant 
depuis  deux  mois  ;  depuis  un  mois  ,  toux  ,  sueurs  nocturnes, 
inappétence.  La  malade  était  si  faible ,  qu'il  fallut  deux  séances 
assez  longues  pour  obtenir  d'elle  ces  renseignemens. 

Faiblesse  et  marasme  très  prononcés;  impossibilité  presque 
complète  de  se  mouvoir  dans  le  lit.  Figure  jaune  paille,  amai- 
grie ,  rappelant  la  coloration  des  femmes  affectées  de  cancer 
de  l'utérus;  intelligence  complète;  point  de  phénomènes  mor- 
bides du  côté  des  sens  ;  langue  sèche,  avec  points  blancs  mats, 
exsudation  crémeuse  sur  les  lèvres ,  la  bouche,  le  voile  du  pa- 
lais; déglutition  difficile;  inappétence ,  soif  ;  point  de  nausées 
ni  de  vomissemens  ;  ventre  plat,  rentré,  non  douloureux,  sans 
tumeur  appréciable  à  la  main;  pas  d'écoulement  par  le  vagin; 
col  de  l'utérus  intact,  élevé,  à  lèvres  unies;  chaleur  nulle, 
pouls  filiforme  à  90;  pas  de  lésion  apparente  du  côté  du  cœur; 
légère  diminution  de  la  sonorité  de  la  poitrine  ;  sous  la  cla- 
vicule droite,  respiration  généralement  rude,  avec  expiration 
prolongée;  râle  muqueux  sans  résonnance  de  la  voix;  œdème 
général,  mais  très  léger,  un  peu  plus  marqué  aux  bras  et  à  la 
face  que  partout  ailleurs. 

Le  troisième  jour  seulement,  on  put  obtenir  de  la  malade 
qu'elle  urinât  dans  un  verre,  et  encoi-e  ne  donna- t-elle  guère 
qu'environ  trois  cuillerées  d'urine  trouble,  peu  acide,  remplie 
de  flocons  blanchâtres,  précipitant  en  blanc  par  l'acide  nitri- 
que. Dans  la  soirée  de  ce  troisième  jour ,  la  malade  s'éteignit. 

Autopsie  du  cadavre— lie  crâne  et  les  organes  qu'il  ren- 
ferme ne  présentèrent  aucune  altération. 

Quelques  gouttes  de  sérosité  dans  le  péricarde;  cœur  d'un 
volume  ordinaire. 

Dans  les  poumons,  engouement  hyposlatique ;  au  sommet 
du  poumon  droit,  une  vingtaine  de  tubercules  crus,  dis- 
séminés, réunis  au  nombre  de  cinq  ou  six  en  une  petite 
masse  dure.  Dans  le  reste  du  tissu  pulmonaire,  on  n'aurait 


DANS  LES  REINS,  LES  URETÈRES  ET  LA.  VESSIE.  65 1 

guère  pu  compter  plus  d'une  vingtaine  de  tubercules  crus  , 
disséminés  de  loin  en  loin.  Rougeur  violacée  des  bronches; 
pâleur  du  tube  digestif;  ulcérations  vers  la  fin  de  l'iléon  et 
dans  le  gros  intestin;  quelques  ganglions  mésenlériques  sont 
volumineux,  durs,  convertis  en  matière  crétacée  ou  luber- 

i  culeuse  ;  l'utérus ,  le  foie,  la  rate  semblent  sains. 

Matière  tuberculeuse  dans  le  rein  gauche  ,  dans  l'uretère  et 

>.  dans  la  vessie  chrouiquement  enflammée;  quelques  points  tu- 

)  berculeux  dans  le  rein  droit. 

,  Obs.  X.  —  Tubercules  dans  les  reins,  dans  les  testicules,  dans  la  prostate, 
le  mésentère  et  les  poumons  ;  ulcérations  tuberculeuses  dans  le  canal  de 
l'urèthre  et  dans  le  tube  intestinal. 

Claude  Laloge,  âgé   de  36  ans,  né  dans  le  département 
de  l'Isère,  habitant  Paris  depuis  dix  ans,  entra  à  la  Charité,  le 
I  i8  février  1837. 

Le  scrotum  est  distendu  par  deux  tumeurs  ovoïdes ,  grosses 
chacune  comme  une  orange.  La  partie  inférieure  de  la  bourse 
droite  est  percée  d'une  petite  ouverture  fîstuleuse  à  bords 
réfléchis  en  dedans,  qui  donne  issue  à  un  liquide  séro-puru- 
I  lent,  chargé  de  grumeaux  d'un  blanc  jaunâtre.  Du  reste  ,  la 
peau  des  bourses  est  saine  et  n'adhère  pas  aux  tumeurs.  Celles- 
ci  ne  sont  douloureuses  qu'à  la  pression ,  et  elles  ont  une 
consistance  squirrheuse ,  excepté  derrière  la  fistule ,  où  existe 
une  petite  saillie  plus  molle  que  le  reste  de  l'organe. 

Le  malade  ressent  de  la  cuisson  en  urinant  :  ses  urines  sont 
presque  toujours  chargées  de  petits  grumeaux  blanchâtres, 
semblables  à  des  parcelles  de  riz  boitilli  :  elles  s'écoulent  quel- 
quefpia  involontairement,  et  d'autres  fois  ne  sortent  qu'avec 
une  extrême  difliculté. 

Cet  homme  est  d'une  taille  ordinaire  et  bien  conformé  :  il  a 
la  peau  blanche  et  fine; les  cheveux  châtains;  la  barbe  rousse; 
les  cils  et  les  sourcils  blonds; les  yeux  bleus  ;  les  dents  blanches, 
bien  rangées  et  parfaitement  saines;  les  ongles  crochus.  Quoi- 
qu'il soit  très  maigre  ,  son  système  musculaire  est  encore  assesi 
développé.  Son  intelligence  est  médiocre  :  il  s'affecte  et  pleure 
facilement. 


652  TUBERCULES 

Les  parois  de  la  poitrine  sont  amaigries  au  point  que  la  peau 
paraît  immédiatement  appliquée  sur  les  os.  Le  malade  tousse 
le  matin  et  le  soir.  Il  a  des  sueurs  nocturnes,  de  fréquentes 
insomnies ,  de  la  fièvre  le  soir  et  pendant  une  partie  de  la  nuit. 
Sa  faiblesse  est  telle ,  qu'il  peut  à  peine  faire  quelques  pas.  Le 
ventre  est  un  peu  ballonné.  Inappétence;  de  temps  à  autre 
quelques  coliques;  dévoiement  habituel. 

Cet  homme ,  qui  est  né  de  parens  sains  ,  et  qui  a  six  frères 
ou  sœurs  bien  portans ,  a  joui  jusqu'à  sa  vingt-neuvième  année 
d'une  parfaite  santé.  Aucune  trace  de  maladie  scrofuleuse. 

En  i83o,  il  contracta  une  blennorrhagie ,  qui  fut  bientôt 
accompagnée  de  plusieurs  chancres  au  gland  et  d'un  bubon  à 
l'aine  droite.  Ces  symptômes  syphilitiques  disparurent  au  bout 
dé  trois  mois  d'un  traitement  mercuriel.  Le  bubon  ss  termina 
par  résolution.  Un  herpès  prœputialis  survint  et  disparut 
lorsque  les  testicules  commencèrent  à  devenir  malades. 

Le  testicule  droit  est  affecté  depuis  dix-huit  mois,  le  gauche 
depuis  quatorze  mois.  Dans  les  deux  ,  la  maladie  a  débuté  à 
la  partie  postérieure ,  par  une  pelile  saillie  dure  et  doulou- 
reuse, qui  peu-à-peu  s'est  élargie  et  a  paru  envelopper  le 
testicule  tout  entier.  Ces  expressions  du  malade  porteraient  à 
croire  que  le.mal  a  commencé  par  l'épididyme.  En  même  temps 
Laloge  a  été  pris,  pour  la  première  fois,  d'un  rhume,  qui  ne  l'a 
plus  quitté.  L'engorgement  du  testicule  droit  a  d'abord  été 
traité  pendant  deux  mois  par  des  frictions  avec  une  pommade, 
et  des  pilules ,  dont  il  ne  connaît  pas  la  composition ,  et  par  du 
sirop  concentré  de  salsepareille.  Ce  traitement  n'ayant  point 
amoindri  la  maladie,  et  la  fluctuation  devenant  manifeste  au 
bas  du  testicule  droit,  on  y  pratiqua  une  incision,  d'où  il 
s'écoula  un  peu  de  pus,  mêlé  à  une  plus  grande  quantité  de 
sang.  Bientôt  après,  le  testicule  gauche  devint  douloureux  à 
son  tour.  Ce  fut  alors  que  le  malade  se  confia  aux  soins  d'un 
médecin ,  qui,  pendant  six  semaines,  lui  fit  appliquer  tous  les 
deux  jours  quinze  sangsues  sur  les  bourses  ou  aux  environs. 
Plus  tard ,  séjour  de  quatre  mois  à  l'hôpital  des  Vénériens,  oii 
on  essaya  en  vain,  pour  détruire  l'engoigement  énorme  des 
deux  testicules ,  les  pilules  avec  le  proto-iodure  de  fer,  la 


DANS  LÊS  REINS,  LES  URETÈRES  ET  LA  VESSIE.  653 

corapression ,  les  résolutifs ,  les  émoUiens ,  etc. ,  etc.  A  la 
suite  de  ce  traitement ,  dans  lequel  le  proto-iodure  de  fer  fut 
administré  à  haute  dose  ,  augmentation  de  la  tovix  et  de 
l'expectoration ,  sueurs  nocturnes  ,  affaiblissement  général  , 
inappétence  et  grande  gêne  dans  la  digestion  ,  enfin  anasarque 
qui  a  duré  deux  mois. 

Le  malade  était  venu  à  l'hôpital  dans  l'intention  d'y  subir  la 
castration  ;  mais  cette  opération  fut  jugée  inutile  par  M.  Vel- 
peau ,  qui  rattacha  l'affection  locale  à  une  diathèse  tuber- 
culeuse déjà  fort  ancienne. 

Le  24  février,  afin  de  donner  au  diagnostic  plus  de  certitude , 
on  fil  à  chaque  testicule  ,  avec  l'aiguille  à  cataracte,  une  ponc- 
tion explorative  dans  les  points  les  plus  mous,  et  qui  donnaient 
une  sensation  obscure  de  fluctuation.  Il  ne  sortit  des  piqûres 
que  quelques  gouttes  de  sang,  mais  ni  pus  ni  sérosité.  On  intro- 
duisit une  sonde  dans  le  canal  de  l'urèthre.  A  deux  pouces  du 
méat ,  on  éprouva  une  résistance  ,  qu'on  ne  put  vaincre  sans 
déterminer  de  vives  douleurs.  Arrivée  dans  la  région  prosta- 
tique, la  sonde  pénétra  toul-à-coup  à  une  profondeur  et  dans  une 
direction  qui  n'étaient  pas  celles  du  col  de  la  vessie.  Le  doigt , 
porté  dans  le  rectum  ,  saisit,  à  travers  les  parois  de  l'intestin, 
l'extrémité  de  la  sonde.  Celle-ci  fut  retirée  pleine  de  pus  tuber- 
culeux. Cette  exploration  ne  prouva  que  trop  l'existence  d'une 
ulcération  dans  la  portion  spongieuse  de  l'urèthre  et  la  trans- 
formation de  la  prostate  en  un  kyste  tuberculeux.  Dès-lors  il 
fut  facile  d'expliquer  les  alternatives  d'incontinence  et  de  ré- 
tention d'urine  (  topiques  émolliens  sur  les  hourses  ;  tisanes 
pectorales  ). 

Dans  la  soirée  la  peau  du  scrotum  est  rouge ,  tendue,  d'une 
chaleur  brûlante  ;  la  plus  légère  pression  détermine  de  vives 
douleurs  qui,  s'étendent  dans  le  ventre  et  à  la  région  périnéale; 
la  fièvre  est  plus  intense  que  la  veille. 

Le  25,  augmentation  du  volume  du  scrotum  due  à  l'infiltra- 
tion du  tissu  cellulaire  sous-cutané.  Le  passage  de  l'urine  dans 
le  canal  de  l'urèlhre  est  si  douloureux  qu'il  arrache  des  cris  au 
malade.  L'appétit  est  tout-à-fait  perdu.  Les  sueurs  sont  tou- 
jours abondantes. 


654  TllDEnCriLES 

Le  26,  la  piqûre  faite  à  la  tumeur  du  côté  droit  s'est  élargie, 
de  manière  à  donner  issue  à  de  la  matière  tuberculeuse. 

Le  a8,  douleurs  en  diiFérens  points  de  la  poitrine;  expecto- 
ration abondante  de  crachats  muco--purulens.  Le  ventre  a  con- 
sidérablement augmenté  de  volume  par  le  dépôt  d'une  assez 
grande  quantité  de  liquide. 

I^e  1"='  mars ,  diarrhée  abondante  (dix  selles).  Il  s'est  écoulé 
par  les  piqûres  des  bourses  du  côté  droit,  au  moins  un  verre 
d'un  pus  épais  et  jaunâtre. 

Dans  la  nuit  du  i  a  au  1 3,  léger  délii'e. 

Le  i3  au  matin,  le  malade  s'éteint  dans  le  dernier  degré  de 
marasme. 

Autopsie  du  cadavre,  24  heures  après  la  mort.  La  membrane 
muqueuse  de  l'urèthre  présente,  au  commencement  de  sa  par- 
tie spongieuse,  dans  une  étendue  de  deux  pouces,  un  groupe 
de  cinq  ulcérations,  dont  la  plus  petite  a  la  longueur  d'une 
lentille  et  la  plus  grande  celle  d'une  pièce  de  10  sous.  Ces  ul- 
cérations, qui  sont  formées  aux  dépens  de  la  membrane  mu- 
queuse ,  ont  un  fond  grisâtre  irrégulier,  semé  de  quelques 
débris  de  matière  tuberculeuse.  Leurs  bords  sont  élevés,  den- 
telés et  entourés  d'une  auréole  rose,  formée  par  l'injection  de 
petits  vaisseaux  qui  y  aboutissent.  Dans  le  reste  de  son  étendue 
la  membrane  muqueuse  uréthrale  est  pâle.  La  portion  prosta- 
tique est  perforée  à  sa  paroi  postérieure ,  qui  est  couverte  de 
matière  tuberculeuse.  Le  doigt,  porté  au  fond  de  cette  ouver- 
ture, pénètre  dans  une  cavité  de  près  d'un  pouce  de  diamètre , 
remplie  de  matière  tuberculeuse  demi  concrète.  La  face  interne 
de  cette  poche  est  recouverte  de  bosselures  jaunâtres  qui  ne 
sont  autre  chose  que  des  grains  tuberculeux.  La  face  externe  de 
la  glande  est  entourée  par  un  réseau  vasculaire  très  abondant. 
Les  vésicules  séminales  sont  confondues  avec  elle.  Les  canaux 
déférens  ne  sont  pas  oblitérés.  Le  cordon  sperraatique  n'est  pas 
plus  gros  que  dans  l'état  normal,  mais  il  est  plus  dur  et  d'une 
consistance  fibreuse.  Les  tumeurs  des  bourses ,  incisées  iongi- 
tudinalement,  offrent  les  lésions  suivantes  :  celle  du  côté  droit, 
qui  a  été  débarrassée  pendant  la  vie  d'une  bonne  partie  de  la 
matière  tuberculeuse  qu'elle  contenait,  est  maintenant  conver- 


DANS  LES  REINS ,  LES  TTHETÎmES  ET  LA  VESSIE.  6^5 

tie  en  une  poche  dont  i'intériettr  est  hérissé  de  végétations  : 
celles-ci  forment,  en  se  réunissant  d'une  manière  irrégulière, 
un  réseau,  à  travers  les  mailles  duquel  on  voit  encore  de  petites 
masses  tubei'culeuses  enkystées.  L'épididyme ,  converti  aussi 
eu  substance  tuberculeuse ,  surmonte  la  partie  postérieure  de 
cette  poche.  Une  ligne  l'ougeâtre  établit  entre  ces  deux  parties 
une  ligue  de  démarcation  évidente.  Le  testicule  gauche ,  qui 
u'a  pas  suppuré,  a  conservé  un  volume  considérable;  sa  sur- 
face est  d'un  jaune  grisâtre,  et  striée  de  bandelettes  irrégulières, 
qui  paraissent  êire  des  débris  de  la  tunique  albuginée,  dont  les 
fibres  ont  été  écartées,  déchirées  ou  usées  par  la  distension. 
Le  testicule  gauche  est  converti  en  matière  tuberculeuse. 

La  membrane  muqueuse  et  le  tissu  cellulaire  sous-rauqueux 
du  col  de  la  vessie  sont  infiltrés  de  matière  tuberculeuse.  La 
vessie  est  saine,  ainsi  que  les  uretères.  Il  n'en  est  pas  de  même 
des  reius.En  effet,  ces  organes,  dépouillés  de  leur  membrane 
d'enveloppe,  présentent,  à  leur  surface  et  dans  l'épaisseur  de  la 
substance  corticale,  une  infinité  de  petites  granulations  jaunâ- 
tres, ayant  la  forme  de  grosses  virgules.  Les  cônes  sont  tout-à- 
fait  exempts  de  cette  altération.  Un  seul,  appartenant  au  rein 
gauche ,  est  converti  dans  les  trois  quarts  de  son  étendue  en 
tubercules.  Le  mamelon  tuberculeux  est  entouré  par  un  calice 
encroûté  lui-même  en  dedans  et  en  dehors  de  matière  de  même 
nature.  Sur  la  face  interne  d'un  calice  voisin,  on  Voit  quelques 
petites  granulations  jaunâtres,  demi  transparentes,  et  à  l'extré- 
mité du  mamelon  correspondant  une  légère  infiltration  tu- 
berculeuse. 

Le  péritoine  contient  près  de  deux  pintes  d'une  sérosité 
citrine  sans  mélange  de  fausses  membranes.  Il  est  pâle  et  ne 
présente  pas  la  plus  légère  adhérence.  Le  mésentère  contient 
trois  à  quatre  ganglions  tuberculeux. 

L'intestin  ,  examiné  dans  toute  son  étendue ,  offrit  dans  sa 
portion  cœcale  une  douzaine  d'ulcérations  larges  de  7  à  8  lignes, 
profondes,  à  bords  relevés  et  déchiquetés,  et  dont  le  fond  gri- 
sâtre contient  encore  des  débris  de  tubercules.  On  voit  aussi 
quelques  ulcérations  tuberculeuses  beaucoup  plus  petites  dans 
l'intestin  grêle. 


656  TDBERCULES 

Les  plèvres  sont  libres  d'adhérences.  Au  centre  de  la  moitié 
supérieure  de  chaque  poumon,  on  voit  quelques  petits  groupes 
de  granulations  tuberculeuses,  et  deux  ou  trois  cavernes  capa- 
bles de  contenir  une  petite  noisette.  Les  bronches  sont  rouges, 
injectées  et  remplies  de  mucosités.  ' 

Le  cœur,  le  cerveau,  le  foie,  la  rate  et  le  pancréas  sont  par- 
faitement sains. 


Obs.  XI.  —  Cystite  et  pyélite  tuberculeuses,  consécutives  à  une  carie  verté- 
brale avec  paralysie  des  membres  inférieurs. 

Marie-F  rançoise  Perler,  âgée  de  56  ans ,  sans  état ,  veuve 
depuis  quatre  ans ,  entra  à  l'hôpital  de  la  Charité  ,  le  3 
avril  i836. 

Cette  femme  a  eu  quatorze  enfans  et  lésa  tous  nourris , ainsi 
que  trois  autres  enfans ,  qui  ne  lui  appartenaient  pas.  Trois  de 
ses  enfans  sont  vivans.  Sa  constitution  paraît  avoir  été  robuste  : 
elle  ne  se  souvient  point  d'avoir  été  jamais  malade.  Elle  n'est 
plus  réglée  depuis  quatre  ans.  Depuis  dix-sept  mois,  elle 
éprouve  des  douleurs  dans  le  dos. 

Elle  prétend  qu'elle  a  fait  une  chute  sur  le  dos,  il  y  a  neuf 
mois  ,  et  qu'à  cette  époque  ,  elle  commença  à  avoir  des  douleurs 
dans  les  lombes,  dans  les  jambes  ,  avec  un  peu  de  faiblesse 
des  extrémités  inférieures.  Survinrent  des  vertiges ,  de  la  cé- 
phalalgie ,  avec  rougeur  de  la  face.  ÈUe  fut  saignée  et  se  trouva 
soulagée.  Ces  douleurs  furent  prises  au  commencement  pour  du 
rhumatismes  et  traitées  par  les  sangsues  et  les  vésicatoires. 

Depuis  cinq  mois  ,  cette  faiblesse  des  membres  inférieurs  a 
augmenté  ;  la  constipation ,  qui  existe  depuis  quatre  à  cinq 
ans  (quelquefois  onze  jours  se  passaient  sans  garde-robes), 
continue ,  l'excrétion  de  l'urine  est  également  difficile  ,  quel- 
quefois involontaire.  Les  urines  coulent  goutte  à  goutte.  Par- 
fois ,  au  contraire ,  il  faut  les  évacuer  avec  la  sonde. 

Celte  femme  est  alitée  depuis  trois  mois:  elle  est  couchée 
dans  son  lit ,  en  zigzag.  Elle  soulève  difficilement  les  extrémi- 
tés inférieures.  Douleurs  dans  les  cuisses. 

En  examinant  la  colonne  vertébrale,  on  aperçoit  une  saillie 


DA.NS  LES  REINS,  LES  URETÈRES  ET  LA  VESSIE.  65'J 

lans  la  portion  dorsale ,  vers  la  sixième  vertèbre.  Ce  point  est 
louloureux  à  la  pression  et  paraît  être  le  siège  d'une  carie. 

Douleurs  dans  la  région  du  rein  droit  :  les  urines  sont  alca- 
'nes,  d'une  odeur  fétide  (pesanteur  spécifique  de  1018  à  1024)^ 
.  ûubles ,  et  donnent  un  sédiment  formé  de  mucus  et  de  sang, 
/excrétion  est  fréquente  (dix  à  quinze  émissions  par  jour),  ac- 
ompagnée  d'épreintes  et  de  ténesme  à  la  vessie.  L'abdomen  est 
(  usible,  surtout  vers  la  vessie  et  dans  la  direction  du  colon 
ransverse  (à  l'autopsie  du  cadavre,  cystite,  ulcérations  intes- 
inales).  Peu  d'appétit ,  digestions  lentes.  Bronchite  chronique 
liémoplysie  pendant  trois  mois,  il  y  a  deux  ans).  Matité  et  fai- 
ilesse  de  la  respiration  du  côté  droit. 
Tous  les  symptômes  que  nous  venons  d'énumérer  persistèrent 
usqu'à  la  mort,  en  augmentant  d'intensité. 

Les  douleurs  dans  les  jambes  et  dans  les  lombes  étaient 
resque  intolérables;  l'abdomen  et  surtout  la  région  de  la 
essie  étaient  extrêmement  sensibles  (deux  applications  de 
angsues).  On  était  obligé  d'avoir  recours  au  cathétérisme ,  et 
arfois  les  urines  coulaient  par  regorgement.  L'odeur  en  était 
ifecte  ;  la  couleur  d'un  rouge  sale  :  elles  étaient  épaisses , 
lélangées  de  pus  et  de  sang. 

Une  diarrhée  opiniâtre  se  déclara,  et,  ajoutée  aux  autres 
■sions  ,  dont  les  progrès  étaient  croissans ,  elle  amena  un 
puisement  qui  termina  la  vie  de  la  malade. 

Autopsie  du  cadavre  ^  le  18  mai.  Le  cerveau  ne  présente  rien 
e  particulier,  si  ce  n'est  un  peu  d'engorgement  dans  le  sys- 
.me  veineux  de  la  base  du  crâne. 

On  constate  une  carie  de  la  sixième  et  de  la  septième  vertèbres 
orsales.  Leur  tissu  spongieux  est  ramolli  et  réduit  à  une  raa- 
ère  semblable  à  de  la  lie-de-vin.  Les  membranes  de  la  moelle 
;)inicre,  dans  le  point  correspondant  à  la  désorganisation  des 
ertèbres ,  sont  recouvertes  extérieurement  d'une  couche  tu- 
erculeuse  épaisse.  Les  membranes  elles-mêmes  offrent  peu 
'altération  :  leur  épaisseur,  leur  consistance  sont  normales  ;  à 
eine  y  a-t-il  un  peu  d'injection  à  leur  surface.  La  moelle  épi- 
ière  présente  un  étranglement  très  prononcé.  Cet  étrangla- 
ient est,  non  pas  brusque,  mais  assez  analogue,  par  la  forme,  à 
III.  42 


658  TUBERCULES 

celui  qu'on  produirait  siir  un  tube  de  verre  j  en  l'cflilant  à  la 
lampe.  En  divisant  la  moelle  dans  le  sens  de  sa  longueur ,  on 
reconnaît  qu'au  point  comprimé,  la  substance  blanche  est 
sensiblement  ramollie  sans  changement  appréciable  de  colora- 
tion :  la  substance  grise  n'est  pas  altérée. 

Au  sommet  du  poumon  gauche ,  il  y  a  des  tubercules  crus  et 
quelques  petites  cavernes.  Le  poumon  droit  a  son  sommet  par- 
semé de  granulations  tuberculeuses  non  ramollies.  Tout  le 
reste  du  poumon  est  infiltré  de  sérosité  qu'on  fait  écouler  à 
flots,  en'le  comprimant.  Le  cœur  est  sain  et  un  peu  graisseux. 

L'estomac  est  pâle  ainsi  que  la  presque  totalité  de  l'intestin 
grêle  ;  mais  ,  vers  la  terminaison  de  l'iléon  ,  il  y  a  trois  ulcéra- 
lions  à  fond  grisâtre,  à  bords  d'un  rouge  violacé,  de  la  largeur 
d'une  lentille  et  d'une  à  deux  lignes  de  profondeur.  Une 
grande  quantité  d'ulcérations,  ayant  lesmêmes  caractères,  exis- 
tent dans  le  caecum,  et  dans  le  colon  jusqu'à  la  moitié  environ 
de  rS  iliaque.  Dans  leurs  intervalles  ,  la  membrane  intestinale 
est  semée  d'arborisations  vasculajresj  tout  le  rectum  et  la  fin 
de  l'S  iliaque  sont  d'une  pâleur  qui  contraste  avec  la  teinte 
rouge  des  autres  parties  de  l'intestin. 

Le  foie  est  un  peu  gras  :  sa  couleur  offre  deux  nuances  bien 
tranchées,  représentées  par  des  granulations  d'un  violet  foncé 
sur  un  fond  jaune  acanthe.  La  vésicule  du  fiel  renferme  un 
calcul  de  cholestérine  de  la  grosseur  et  de  la  forme  d'une  noix 
de  muscade  de  la  plus  forte  dimension.  La  rate  est  petite  et 
de  consistance  normale. 

Le  rein  gauche,  généralement  pâle,  a  vyie  forme  et  an  volume 
ordinaires  :  ses  membranes  lui  sont  assez  adhérentes  pour  en- 
traîner avec  elles  quelques  portions  de  la  substance  corticale, 
lorsqu'on  cherche  à  les  détacher,  Sur- sa  face  postérieure  et  vers 
son  bord  concave,  on  trouve  une  plaque  d'un  rouge  très  fonce, 
circulaire  ,  de  deux  à  trois  lignes  de  diamètre,  au  centre  de 
laquelle  on  voit  trois  à  quatre  petits  joints  blancs.  En  prati- 
quant une  incision  sur  cette  plq^que,  on  voit  que  ces  petits 
points  blancs  sont  formés  par  du  pu».  A  la  partie  supérieure 
du  rein  et  sur  son  bord  convexe",  on  voit  aussi  trois  pomts 
blancs  de  la  grosseur  d'une  tète  d'épihgle.  En  exerçant  sur  cette 


DANS  LES  REINS,  LES  URETÈRES  ET  LA  VESSIE.  669 

ffrUe  du  rein  une  pression  un  peiiforle,  onvoitcespoinlsblancs 
ce  transformer  eu  autant  de  gouttelettes  de  pus.  lin  fendant  le 
tein  par  son  bord  convexe,  on  trouve  à  l'intérieur  la  même 
•ule  anémique  qu'à  l'extérieur.  A  l'extrémité  supérieure  du 
m,  existe  un  abcès  de  la  capacité  d'un  noyau  d'abricot  :  il  est 
empli  d'un  pus  crémeux,  blanchâtre.  La  substance  rénale  qui 
environne  est  très  sensiblement  ramollie.  Cet  abcès  commu- 
lue  avec  les  trois  points  blancs  situés  au  bord  convexe  de  l'ex- 
l  émilé  supérieure  du  rein.  Le  bassinet  a  subi  une  dilatation 
|ui  lui  permettrait  de  recevoir  un  œuf  de  poule  ordinaire.  Il 
sL  rempli  par  une  urine  purulente;  ses  parois  sont  épaissies, 
ia  membrane  muqueuse  ramollie  offre  une  arborisation  assez 
,  errée,  parsemée  d'ecchymoses;  elle  est  enduite,  çà  et  là,  d'une 
ci;ère  couche  de  lymphe  plastique  qui,  vers  l'infundibulum 
le  l'uretère,  a  au  moins  vme  ligne  d'épaisseur.  L'uretère,  légè- 
enient  dilaté  dans  toute  sa  longueur  et  plus  dans  sa  moitié 
nférieure  que  dans  la  supérieure,  est  aussi  rempli  d'urine  pu- 
iilente.  Ses  parois  sont  épaisses  ,  et  sa  membrane  muqueuse, 
(ui  est  injectée,  l'est  davantage  dans  sa  partie  inférieure,  oii 
lie  présente  quelques  ecchymoses,  et  une  bride  transversale 
Le  la  forme  d'un  croissant,  analogue  à  certains  rétrécissemens 
ares  de  l'urètbre. 

Le  rein  droit  a  une  grosseur  et  une  forme  naturelles;  ses  mem- 
iranes  se  détachent  facilement;  sa  surface  est  plus  injectée  que 
elle  du  rein  gauche  ;  à  la  partie  moyenne  de  la  face  posté- 
ieure,  existent  plusieurs  points  tuberculeux.  La  substance  cor- 
icale  environnante  est  «cchymosée  et  jaunâtre.  On  fend  le  i-ein, 
t  l'on  trouve  un  peClt*abcès  tuberculeux  dans  sa  partie  supé- 
leui'e.En  général,  le  tissu  dé  ce  rein  n'est  pas  anémique  comme 
;elui  de  son  congénère.  'Le  bassinet  droit  est  plus  dilaté  que 
e  gauche 5  la  membrane  muqueuse,  imprégnée  çà  et  là  de  ma-^ 
ière  tuberculeuse,  est  épaissie,  réticulée  et  très  injectée.  L'ure- 
ère,  considérablement  dilaté,  est  distendu  par  un  liquide  pu- 
•ulent  d'un  blanc  jaunâtre:  son  volume  égale  celui  de  la  veine- 
;ave  inférieure.  La  membrane  muqueuse  de  ce  conduit  est 
njeclée,  mais  moins  que  oelle.de  l'uretère  gauche. 
La  vessie  est  distendue  par  un  liquide  alcalin  de  même  na- 


66o  TUBERCULES 

ture,  mais  plus  purulent ,  cliargé  de  débris  de  tubercules  et  de 
fausses  membranes.  Les  parois  de  cet  organe  ont  acquis  une 
grande  épaisseur,  par  suite  de  l'hypertrophie  de  la  tunique 
musculeuse.  A  la  partie  postérieure  de  ce  réservoir,  ou  trouve 
un  abcès  situé  entre  cette  membrane  et  la  membrane  périto- 
néale.  La  membranemuqueuse,  épaissie,  ramollie  et  plus  ecchy- 
mosée  qu'injectée,  offre  aux  environs  du  col,  une  teinte  ar- 
doisée. Dans  quelques  points,  elle  est  recouverte  de  fausses 
membranes  demi  transparentes,  ressemblant  à  des  détritus 
membraneux  ,  et  qui  sont  chargées  d'incrustations  salines  d'un 
blanc  grisâtre  ,  ce  qui  leur  donne  l'aspect  de  certaines  toiles 
d'araignées  appendues  aux  vieilles  murailles. 

0ns.  XII.  —  Tubercules  des  poumons  et  des  reins  ;  pjélite  et  cystite  lu- 
beiculeuscs  chroniques;  mort. 
Pincat  (François),  d'une  taille  moyenne,  cheveux  blonds, 
d'une  constitution  lymphatique,  entra  à  l'hôpital  de  la  Clia- 
rité  le  aa  avril  i84o.  Ce  malade  avait  été  sondé  par  M.  Vcl- 
peau  ,  qui  n'avait  point  rencontré  de  corps  étranger  dans  la  ves- 
sie. Depuis  six  mois,  P.  est  atteint  d'une  toux  fréquente,  d'a- 
bord sèche,  puis  suivie  d'une  expectoration  abondante.  Il  a  eu 
une  hémoptysie  il  y  a  deux  mois;  il  éprouve  de  la  difficulté 
à  uriner,  depuis  huit  mois;  ses  urines  ont  été  plusieurs  fois 
rouges  et  sanguinolentes  ;  il  ne  peut  attribuer  sa  maladie  à 
aucune  cause  ;  il  n'a  pas  eu  d'affection  vénérienne. 

Ce  malade  est  pâle,  amaigri,  très  faible;  il  a  une  soif  vive, 
pas  d'appétit  et  du  dévoiement;  le  pouls  est  petit  et  fréquent. 
Ses  urines  s'écoulent  constamiHent  goutte  à  goutte,  et  il  en  existe 
toujours  une  assez  grande  quantité  dans  la  vessie  :  elles  sont  fé- 
tides, purulentes  et  quelquefois  légèrement  sanguinolentes,  et 
donnent  un  dépôt  de  pus  et  d'une  matière  animale  amorphe  très 
abondant.  A  la  pression  ,  douleurs  vives  à  l'hypogastre ,  qui  est 
dur,  tendu,  résistant.  Matité  et  gargouillement  au  sommet  des 
deux  poumons.  On  sonde  le  malade,  et  on  retire  une  grande 
quantité  de  pus,  mêlé  à  l'urine.  L'épididyme  du  côté  droit  a  le 
volume  d'une  amande  j  il  est  dur  et  résistant  au  toucher. 

Cet  homme  dépérit  de  jour  en  jour^^t  meurt  le  ^mai,  à 
quatre  heures  d«  soir. 


DANS  LES  REINS  ,  LES  URETÎÎRES  ET  LA.  VESSIE.   66l  - 

Autopsie  du  cadavre,  quarante  heures  après  la  mort.  — 
Cri'rnc.  Le  cerveau  et  le  cervelet  et  leurs  membranes ,  à  l'état 
sain. 

Thorax.  Les  poumons,  adhérens  aux  parois  de  la  poitrine, 
contiennent  une  grande  quantité  de  tubercules  ,  même  à  leur 
partie  inférieure;  cavernes  de  petite  dimension  à  leur  sommet. 
Le  cœur  a  un  volume  médiocre. 

Abdomen.  Le  foie  est  volumineux,  sans  altération  ;  la  rate  est 
petite  ;  le  tube  digestif  ne  présente  aucune  lésion  ;  quelques 
ganglions  mésentériques  sont  engorgés. 

Le  rein  gauche  a  un  volume  considérable  ;  il  est  mamelonné 
et  d'une  couleur  rouge  violacée  ;  sa  capsule  est  opaque  et  très 
adhérente.  Incisé  par  son  bord  convexe,  le  l'ein  laisse  écou- 
ler une  grande  quantité  de  pus  blanc,  légèrement  grumeleux 
et  non  fétide.  Ce  pus  remplit  les  calices  et  le  bassinet,  très  dila- 
tés 3  dans  quelques  points,  il  occupe  la  substance  même  du 
rein,  non  encore  entièrement  atrophiée.  On  ne  dislingue  plus 
que  dans  deux  points  la  substance  tubuleuse;  dans  tout  le 
reste  de  son  étendue,  le  rein  est  réduit  à  une  véritable  coque , 
divisée  en  loges;  il  n'existe  plus  de  traces  de  la  substance  cor- 
ticale; la  cloison  de  plusieurs  calices  est  détruite,  et  ils  commu- 
niquent directement  enlie  eux.  La  surface  interne  de  ces  con- 
duits est  d'un  rouge  vif  dans  quelques  points  et  d'un  rouge 
violacé  dans  le  plus  grand  nombre.  Dans  plusieurs,  elle  pré- 
sente de  la  matière  tuberculeuse  ,  plus  ou  moins  avancée 
vers  l'état  de  ramollissement.  La  membrane  muqueuse  du 
bassinet,  dans  les  points  oii  elle  n'est  point  incrustés  de  ma- 
tière tuberculeuse,  a  une  teinte  blanche,  mêlée  de  brun;  la 
surface  en  est  irrégulière  ,  comme  réticulée  et  semée  de  nom- 
breuses ulcérations  et  de  matière  tuberculeuse  infiltrée.  A  son 
origine  et  dans  la  plus  grande  partie  de  son  étendue,  l'uretère 
est  oblitéré  par  de  la  matière  tuberculeuse,  plus  solide  que 
celle  du  bassinet. 

Le  rein  droit,  légèrement  mamelonné  dans  quelques  points, 
est  au  moins  doublé  de  volume.  La  capsule  fibreuse  s'enlève 
facilement,  La  surface  du  rein  est  d'un  rouge  intense,  parse- 
mée de  nombreux  poiS"ts  tuberculeux,  en  général  d'un  petit  vo- 


66? 


TUBERCULES 


lume ,  les  uns  réunis  en  petites  masses,  les  autres  isolés.  Une 
incision  verticale  sur  le  bord  convexe  du  rein  donne  issue  à 
un  liquide  purulent,  très  fluide,  rendu  grumeleux  par  son  mé- 
lange avec  de  la  matière  tuberculeuse.  Les  deux  substances  , 
notablement  gonflées ,  contiennent  un  grand  nombre  de  tuber- 
cules isoléSj  non  ramollis.  Vers  le  sommet  du  rein  existe  une 
lai'ge  caverne  ulcéreuse,  à  paroi  évidemment  tuberculeuse, 
communiquant  avec  le  bassinet  ;  dans  l'autre  extrémité  existe 
une  masse  tuberculeuse  du  volume  d'une  noix,  commen- 
çant à  se  ramollir.  La"  membrane  muqueuse  du  bassinet 
est  ramollie  et  ulcérée  dans  la  plus  grande  partie  de  sou 
éleudue< 

L'urètère  a  un  calibre  considérable;  ses  parois  sont  nota- 
blement épaissies  dans  toute  son  étendue  ;  Ba  surface  interne 
est  parsemée  d'ulcérations.  Les  orifices  des  uretères  sont 
libres  du  côté  de  la  vessie,  qui  est  remplie  d'urine  et  de 
pus  très  fétide.  Toute  sa  surface  interné  est  ulcérée,  ou  en- 
duite de  matière  tuberculeuse  ;  pas  de  rétrécissement  de  l'urè- 
thre;  point  d'hypertrophie  de  la  prostate. 

Obs.  XIII.  —  Affection  cérébrale;  paralysie  ;  imbécillité;  symptâmcs  d'in- 
flammation  du  rein  gnucbc  ;  tameur  dans  le  flanc  du  même  cûtc;  symp- 
tômes de  cystite;  ouverture  du  cadavre;  dépôt  de  matière  tuberculeuse 
dans  le  bassinet  et  les  calices,  dans  la  substance  corticale  et  dans  le  tissu 
cellulaire  extérieur  des  reins;  abcès  par  congestion  dans  la  g.nine  mem- 
braneuse des  psoAs  et  iliaqlue  du  même  côté  (Atlas.  Pl.  lxiv,  fig.  i,  2,  3). 

Le  i"'  septembre  i833  ,  on  fit  passer  du  service  de  chirurgie 
dans  mon  service  la  nommée  Moccuy,  âgée  de  3i  ans,  ou- 
vrière en  linge  ,  qui  avait  une  paralysie  ,  et  présentait 
des  signes  de  maladie  des  voies  urinaires.  Vaccinée  dans  son 
enfance,  elle  a  eu  la  rougeole  et  la  scarlatine.  Il  y  a  sept  ans  , 
elle  a  eu  mal  â  l'estomac  et  à  la  poitrine.  H  y  a  deux  ans ,  elle 
a  eu  une  maladie  du  genou  droit,  qui  fut  traitée  par  des  sai- 
gnées ,  des  sangsues ,  des  cataplasmes  ,  des  bains  et  ensuite  par 
des  vésicaloires  et  trois  moxas.  Elle  a  toujours  été  bien  réglée, 
excepté  de  l'âge  de  20  à  21  ans.  Elle  est  devenue  enceinte  ily  a 
seize  mois:  l'accouchement  s'est  fait  à  terme  sans  difficulté. 


DANS  LES  REINS ,  LES  tJRETÈlRES  ET  LA  VESSIE.  663 

bien  que  deux  jours  auparavant,  elle  eût  éprouvé  une  attaque  de 
paralysie  du  côte  gauche  ;  elle  sevra  son  enfant.  Depuis  six  mois 
(un  mois  après  l'attaque  de  paralysie),  elle  a  toujours  souffert 
au  bas- ventre. 

Elle  urinait  peu  à-la-fois  ,  souvent  et  avec  douleur.  Elle  dit 
avoir  uriné  du  sang  avec  de  Thumeur  :  elle  a  souffert  dans  la 
région  des  reins  ,  notamment  du  côté  gauche  ;  elle  a  éprouvé 
des  douleurs  dans  la  cuisse  gauche;  jamais  elle  n'a  eu  de 
vomisseraens. 

La  prononciation  de  cette  femme  et  la  construction  de  ses 
phrases  annoncent  qu'elle  a  eu  une  affection  cérébrale.  Depuis 
quelque  temps  elle  peut  marcher:  auparavant  elle  était  obligée 
de  rester  au  lit. 

Elle  urine  vingt  fois  au  moins  en  vingt-quatre  heures  et  rend 
peu  d'urine  à-la-fois.  Elle  souffre  encore  dans  la  région  du 
rein  gauche ,  oii  l'on  sent  une  tumeur  arrondie  et  dure ,  sur 
laquelle  la  main  glisse.  L'urine  est  bourbeuse ,  jaune  et  acide  , 
et;  si  on  la  laisse  reposer,  on  observe  à  la  partie  inférieure  du 
vase  un  dépôt  blanc  et  comme  pulvérulent ,  occupant  le  tiers 
de  la  hauteur  de  la  colonne  du  liquide  (  le  qnart  d'alimens  ; 
tisane  de  chiendent;  èmulsion).  Le  8  septembre,  plus  de 
souffrance  au  bas-ventre  (13  sangsues ,  loco  dolenti).  Le  g  ,  les 
sangsues  ayant  peu  coulé,  on  en  prescrivit  de  nouveau  20  sur 
l'épigastre.  Soulagement. 

Le  17,  urine  trouble  ,  acide  ,  un  peu  coagulable  par  la  cha- 
leur, contenant  beaucoup  de  mucus  et  de  grumeaux.  Envies 
d'uriner  un  peu  moins  fréquentes  ;  les  bains  de  siè^e  et  les 
sangsues  avaient  calmé  la  douleur. 

Quelques  jours  après  ,  cette  femme  quitta  l'hôpital.  Elle  y 
fut  admise  de  nouveau  le  4  février  i836  ,  dans  un  état  complet 
d'imbécillité  :  elle  répond  mal  et  sans  précision  aux  questions 
qui  lui  sont  adressées  :  elle  accuse  une  impossibilité  complète 
de  mouvoir  les  membres  inférieurs ,  et  une  douleur  sourde  à 
la  région  iliaque  gauche  et  s'irradiant  vers  le  pli  de  l'aine  et 
dans  la  cuisse  correspondante. 

OEdème  aux  membres  inférieurs.  La  douleur  de  la  fosse 
iliaque  gauche  augmente  par  la  pression  ,  surtout  à  quelques 


664  TUBERCULES 

lignes  au  dessus  de  l'arcade  crurale.  Cuisson  pendant  l'é- 
mission des  urines,  qui  sont  rougeâlres  ,  sanguinolentes.  Par 
le  repos,  elles  laissent  déposer  une  couche  assez  épaisse  de 
matière  purulente,  grumeleuse,  dans  laquelle  on  distingue  au 
microscope  des  globules  de  pus  ,  et  des  grains  et  des  grumeaux 
d'une  matière  animale  amorphe.  La  chaleur  el  l'acide  ni- 
trique y  indiquent  peu  d'albumine.  Dévoiement,  maigreur, 
laiblesse. 

Les  sept  ou  huit  premiers  jours  ,  point  de  changement  no- 
table ;  puis  la  douleur  au  dessus  du  pli  de  l'aine  augmente, 
la  peau  de  cette  partie  devient  tendue  ,  luisante  (e/noWj'ewjj. 
Bientôt  apparut,  à  quelques  lignes  au  dessus  du  pli  de  l'aine, 
une  tumeur  circonscrite,  ovoïde,  très  douloureuse  au  toucher, 
sans  changement  de  couleur  à  la  peau.  Cette  tumeur,  située 
parallèlement  à  l'arcade  crurale  ,  acquit  en  quelques  jours 
le  volume  d'un  œuf  de  pigeon ,  et  on  put  y  sentir  de  la 
fluctuation. 

L'urine  est  moins  rouge ,  moins  trouble  ;  mais  elle  contient 
toujours  du  pus  et  de  petits  grumeaux  ,  que  l'autopsie  a 
montrés  être  des  fragmens  de  matière  tuberculeuse.  Plus  tard, 
l'urine  redevient  sanguinolente  ,  comme  dans  les  premiers 
jours,  et  conserve  ce  caractère  jusqu'à  la  mort. 

Le  i8  février,  la  tumeur  fut  ouverte  avec  le  bistouri.  Il  en 
jaillit  une  énorme  quantité  de  pus  d'une  odeur  infecte  et 
slercorale.  Le  pus  continua  à  couler  les  jours  suivans  ,  el 
souillait  promptement  l'appareil  el  le  lit  de  la  malade.  Dé- 
pression complète  des  forces,  dévoiement  coUiquatif,  mort 
le  7  mars  i836. 

Aulopsic  du  cadavre.  L'abdomen  ouvert,  il  ne  s'écoule  poinl 
de  sérosité  ;  dans  le  péritoine  poinl  de  pus,'ni  de  fausses  mem- 
bi  anes,  ni  aucune  autre  trace  d'inflammation.  Une  bride  cellu-- 
Icuse  partait  de  l'épiploon  pour  se  porter  dans  la  fosse  iliaque 
gauche;  la  moitié  gauche  du  colon  transverse  et  le  colon  des- 
cendant étaient  adliérens  à  la  tumeur.  La  membrane  muqueuse 
de  celle  portion  de  l'inlestiTi  était  rouge,  enduite  d'une  matière 
purulente.  On  aperçoit  au  niveau  de  la  région  rénale  une  ou- 
verture h  bords  listes  et  arrondis,  à  travers  Iftquejle  un  style(: 


DANS  LES  KEINS,  LES  URETÈRES  ET  LA  VESSIE.  665 

mousse  pénètre  dans  une  poche  pleine  de  liquide  purulent 
qu'on  peut  faire  sourdre  par  la  fistule.  Sur  le  bord  antérieur 
dupsoas,  on  sent  delà  (luctualion,  et  on  y  découvre  un  foyer 
.  énorme  qui  occupe  tout  le  corps  des  muscles  psoas  et  iliaque  : 
.  ce  foyer  purulent  se  prolonge  en  bas  jusqu'au  petit  Irochan- 
;  ter;  en  haut  il  remonte  jusqu'aux  insertions  supérieures  du 
I  psoas.  Ces  deux  muscles  sont  atrophiés  et  ne  sont  plus  repré- 
:  sentés  que  par  leur  gaine. 

Cet  abcès  a  en  haut  deux  embranchemens ,  l'un  ,  qui  passe 
(  derrière  le  rein ,  c'est  le  vaste  foyer  dont  nous  avons  parlé; 
i  l'autre  se  prolonge  en  poche  allongée,  aplatie,  qui  passe  devant 
la  partie  antérieure  du  rein  ;  en  sorte  que  le  rein  se  trouve  logé 
entre  deux  abcès  (l'antérieur  très  peu  considérable  s'ouvre  dans 
le  colon),  et  qu'il  communique  lui-même  avec  ces  abcès  par  des 
listules.  Les  tuniques  externes  du  colon,  le  tissu  cellulaii'e  qui 
l'environne,  sont  indurés,  épaissis;  ces  parties  sur  la  face 
antérieure  du  rein  sont  ramollies  dans  plusieurs  points.  On  y 
rencontre  également  des  masses  tuberculeuses,  blanchâtres, 
semblables  pour  l'aspect  à  une  matière  crétacée.  Le  ramoUisse- 
Tiient  est  très  considérable  vers  la  scissure,  où  l'enveloppe  du 
rein,  en  partie  détruite,  se  déchire  lorsque  l'on  ver^e  de  l'eau 
dessus  et  se  résout  en  un  détritus  blanchâtre. 

Les  masses  tuberculeuses,  déposées  dans  ces  enveloppes, 
varient  depuis  le  volume  d'un  pois  à  celui  d'une  amande.  Lors- 
que nous  eûmes  dépouillé  le  rein  de  l'espèce  de  coque  tuber- 
culeuse qui  l'entourait,  nous  reconnûmes  ,  dans  la  substance 
corticale,  beaucoup  moins  altérée  qu'on  ne  l'avait  d'abord 
supposé,  quelques  petites  masses  tuberculeuses.  En  arrière,  il 
y  en  avait  trois  ou  quatre  qui  ressemblaient  par  leur  teinte 
d'un  blanc  jaunâtre  à  de  grosses  croûtes  de  favus  ;  dans  les  in- 
tervalles la  substance  du  rein  était  peu  injectée  ;  plusieurs  de 
ces  tubercules,  déposés  dans  la  substance  corticale,  n'étaient 
recouverts  que  par  la  membrane  propre  du  rein.  Plusieurs 
points  de  la  substance  corticale  sont  durs  et  denses,  et  ont  une 
teinte  ardoisée.  La  substance  corticale  et  la  substance  tubu- 
leusesont  bien  distinctes  à  la  çoupe  ;  le  volume  du  lein,  dé- 
pouillé de  ses  rneipbranes^  est  mQÏns  considérable  f^ue  d,^nii 


66G 


TUBEnCULES 


l'état  normal  ;  le  bassinet  était  perforé  vers  la  scissure  ;  sa  face 
interne  et  celle  des  calices  et  de  l'uretère  étaient  grenues  et  d'un 
blanc  grisâtre.  Les  mamelons  étaient  affaisses;  la  membrane 
interne  du  bassinet  et  des  calices  était  infiltrée  de  matière  tu- 
berculeuse. 

L'uretère  est  presque  doublé  de  volume  ;  ses  parois  sont 
épaissies  et  solides  ;  sa  cavité  laisse  pénétrer  le  tuyau  d'une 
petite  seringue. 

Dans  ce  cas,  la  matière  tubuleuse  s'était  donc  déposée  en 
grande  partie  dans  les  membranes  extérieures  du  rein.  Ces 
membranes,  infiltrées  de  tubercules,  s'étaient  ramollies  sur  la 
face  antérieure  du  rein,  adhérente  avec  le  colon  trausverse  et  le 
colon  descendant,  dans  lequel  une  ouverture  fistuleuse  s'était 
pratiquée  j  en  arrière,  la  matière  tuberculeuse  s'était  fait  Voie 
par  de  nombreuses  fistules,  au  milieu  des  fibres  musculaires 
du  psoas  ;  et  ce  travail  d'élimination  et  ce  ramollissement  ont 
donné  lieu  à  une  vaste  collection  purulente  qui  a  disséqué  et 
atrophié  les  muscles  psoas  et  iliaque. 

Le  rein  droit ,  augmenté  de  volume ,  surtout  dans  sa  moi- 
tié inférieure ,  est  déformé  et  situé  deux  pouces  plus  bas 
qu'à  l'ordinaire.  Il  n'offre ,  du  reste ,  d'autre  altération 
qu'une  anémie  assez  prononcée  ;  les  calices  et  le  bassinet 
sont  sains. 

L'intestin  présente  des  rougeurs  plus  marquées  à  sa  partie 
inférieure,  qui  donnait  passage  à  la  matière  purulente. 

Le  foie,  de  couleur  bistre,  a  son  volume  ordinaire;  les  veines 
hépatiques  sont  très  gorgées  de  sang;  bile  épaisse  et  noirâtre 
dans  la  vésicule.  La  rate  présente  une  tache  bleuâtre  à  sa  partie 
convexe.  Point  de  tubercules  dans  les  ganglions  abdominaux, 
ni  dans  ceux  du  mésentère.  Estomac  sain. 

La  membrane  muqueuse  de  la  vessie  est  parsemée  de  rou- 
geurs et  de  points  noij'âlres;  elle  est  rugueuse  et  imprégnée, 
dans  la  plus  grande  partie  de  son  étendue,  d'une  matière  tu- 
berculeuse ,  semblable  à  celle  de  l'uretère  ;  vers  la  paroi  pos- 
térieure de  la  vessie  est  une  loge  profonde,  arrondie,  où  la 
membrane  muqueuse  est  parfaitement  saine. 

Poitrine.  Le  péricarde  est  sain;  légère  hypertrophie  du  veu- 


DANS  LES  REINS,  LES  URETÈRES  ET  LA.  VESSIE.  667 

tricule  gauche  ;  la  valvule  auriculo-ventriculaire  du  même  côté 
est  insuffisante. 

Les  poumons  sont  parfaitement  sains,  à  part  deux  pe- 
ites  granulations  miliaires,  situées  au  sommet  du  poumon 
,'auche.  La  membrane  muqueuse  des  bronches  est  d'un  rose 
^làle. 

Téle.  Rien  de  remarquable,  si  ce  n'est  dans  un  point  vers  le 
tiers  postérieur  du  centre  ovale  de  Vieussensdu  côté  gauche, 
oii  la  substance  est  molle  et  d'un  blanc  plus  sale  que  la  sub- 
stance environnante. 

Obs.  XIV.  —  Tubercules  dans  plusieurs  organes  et  notamment  dans  les 
organes  génilo-urinaires  (Atlas.  PI.  lxiv,  fig.  4). 

Claude  Dupuis,  âgé  de  38  ans,  doreur  sur  métaux  ,  marié, 
;ntra  dans  les  salles  de  chirurgie  pour  s'y  faire  traiter  d'un  en- 
;orgement  dans  le  testicule  gauche ,  dont  la  nature  tubercu- 
euse  fut  reconnue,  et  contre  lequel  on  administra  vainement 
les  pilules  de  chlorure  d'or. 

Le  4  mars  i836,  il  passa  dans  mon  service;  sa  constitution 
tarait  avoir  été  forte,  mais  elle  est  dans  ce  moment  complète- 
iient  détériorée.  Il  est  amaigri  au  point  de  présenter  un  com- 
nencenient  de  marasme.  Il  y  a  cinq  ans,  il  resta  quinze  jours  à 
'Hôtel-Dieu  pour  un  rétrécissement  del'urèthre,  que  l'on  traita 
)ar  les  bougiesj  il  sortit  incomplètement  guéri,  pour  se 
.  ouraettre  à  la  cautérisation.  Cependant  l'amélioration  obte- 
lue  persista  pendant  six  ou  huit  mois.  Il  a  eu  trois  gonorrhées  : 
a  première,  à  l'âge  de  20  ans;  la  seconde,  à  a4  ans;  la  troi- 
ième,  à  3a  ans.  La  première  tomba  dans  les  bourses,  sur  le 
esticule  qui  est  maintenant  malade  et  dont  il  fait  remonter 
e  gonflement  au  mois  de  septembre  i8*5. 

Il  eut  aussi,  il  y  a  deux  ans,  une  pleurésie  à  droite,  pour  la- 
juelle  il  est  resté  trente-cinq  jours  à  l'hôpital;  il  n'a  jamais 
épris  sa  santé  depuis  ce  moment;  de  tefnps  en  temps  il 
i  eu  du  dévoiement,  et  du  sang  se  mêle  quelquefois  à  ses 
;arde-robes;  il  tousse  depuis  tin  an,  mais  suiis  expectora- 
iotl. 


C68  TUUEBC.ULES 

Depuis  son  enfance,  il  a  eu  le  côlé  gauche  du  corps  faible  et 
il  est  en  partie  atrophié.  Cette  atrophie  paraîtrait  être  la  suite 
de  convulsions  qu'il  aurait  eues  dans  son  has  âge;  elle  porte 
surtout  sur  la  jambe,  qui  est  beauco  up  moins  grosse  que  celle  du 
côlé  opposé;  le  bras  est  seulement  affaibli,  La  peau  est  sèche, 
comme  rugueuse  ,  pâle,  sans  chaleur;  sueurs  nocturnes  abon- 
dantes; à  la  percussion,  en  arrière  de  la  poitrine,  du  côté 
droit,  malité  ;  respiration  faible,  un  peu  de  gargouillement  loin- 
tain (pleurésie et  cavernes);  en  avant,  exagération  du  son  res- 
piratoire, qui  est  puérile  en  plusieurs  points  ,  plus  faible  eu 
d'autres.  Du  côté  gauche,  peu  de  son  en  arrière,  grande  sono- 
rité en  avant;  extinction  de  %'oix  depuis  quinze  jours;  perte 
d'appétit;  la  langue  présente,  sur  sa  face  supérieure  et  à 
droite,  de  petites  excoriations  rouges,  arrondies,  ovi  l'épi- 
ihélium  est  enlevé  :  digestions  mauvaises;  douleurs  dans  le 
ventre  ;  dévoiement  (six  selles  hier,  avec  un  peu  de  sang 
sur  les  matières)  ;  depuis  le  mois  de  septembre,  vomissemens 
peu  de  temps  après  avoir  mangé.  Pouls  sans  fréquence  le  jour, 
mais  petite  fièvre  le  soir,  avec  grande  sécheresse  de  la  peau. 

Il  se  plaint  d'un  rétrécissement  à  l'urèlhre;  il  a  de  l'ardeur, 
de  la  douleur  en  urinant,  et  il  urine  peu  à-la-fois.  Du  reste,  il 
n'a  jamais,  dit-il,  lien  remarqué  dans  son  urine,  ni  sang,  ni 
graviers;  région  du  rein  indolente  à  la  pression.  Les  urines, 
examinées  le  lo  mars,  sont  légèrement  alcalines  et  chargées  de 
grumeaux. 

Les  jours  suivans  ,  le  marasme  augmente,  et,  après  treize 
jours,  le  malade  meurt,  le  17  mars,  en  présentant  d'une  ma- 
nière intense  les  accidens  d'une  perforation  intestinale,  acci- 
dent inutilement  combattu  par  l'opium. 

Autopsie  du  cadavre, —  Tête.  Lorsqu'on  incisela  dure- mère, 
une  quantité  notable  de  sérosité  s'échappe  de  la  surface  du 
cerveau.  Sous  la  pie-mère  et  dans  les  ventricules,  il  y  a  aussi 
un  dépôt  considérable  de  sérosité.  Toute  la  substance  du  cer- 
veau et  du  cervelet  est  humide  et  un  peu  molle;  point  de  tu- 
bercules. 

Poitrine.  Le  poumoji  droit  est  farci  de  tubercules  à  l'état  cru; 
k  a»  partie  supérieure,  il  y  a  yne  caverne  capable  de  loger 


DANS  LES  REINS,  LES  URETÈRES  ET  LA  VESSIE.  669 

noisette,  des  adhérences  dé  fausses  membranes  et  un  peu  d'em- 
physème à  la  partie  inférieure,  surtout  vers  les  bords.  Engoue- 
ment général  du  tissu  pulmonaire.  Dans  le  poumon:  gauche 
tubercules  crus  en  grand  nombre,  surtout  au  sommet;  point 
de  cavernes  et  beaucoup  moins  d'engouement  que  dans  le  rein 
droit;  bronches  roses  et  remplies  de  mucosités;  ganglions 
broncbiques  tuberculeux. 

Deux  taches  blanches  sur  la  face  antérieure  du  cœur,  de  la 
:  grosseur  d'une  pièce  de  10  sous.  Les  deux  valvules  auriculo- 
ventriculaires,  surtout  la  gauche,  présentent  quelques  points 
carlilaginifiés.  La  membrane  interne  de  l'oreillette  gauche 
est  épaisse  et  opaque. 
Abdomen,  hea  glandes  mésentériques  sontremplies  de  tuber- 
iCules;  presque  tous  les  ganglions  sont  transformés  en  des 
1  masses  tuberculeuses  plus  ou  moins  ramollies,  la  plupart  du 
1  volume  d'une  noisette  ;  même  dégénérescence  des  ganglions 
i  de  l'aine. 

Les  intestins  sont  réunis  en  plusieurs  endroits  par  de  fausses 
membranes.  Les  deux  tiers  inférieurs  de  l'intestin  grêle  présen- 
tent des  traces  de  phlegmasie.  La  membrane  muqueuse  est  d'un 
rouge  brun  en  quelques  points  ,  d'une  teinte  ardoisée  dans  le 
plus  grand  nombre.  Dans  le  tiers  inférieur ,  on  remarque  de 
nombreuses  ulcérations  ;  ces  ulcérations  sont  étendues  dans  le 
sens  de  la  largeur  de  l'intestin,  et  semblent  formées  de  plu- 
sieurs ulcérations  réunies  ;  d'autres  ulcérations  n'ont  que  l'é- 
tendue d'une  pièce  de  so  sous  ;  deux  s'étaient  perforées,  l'une  à 
6  pouces,  l'autre  à  plus  d'un  pied  de  la  valvule  iléo-cœcale  ;  les 
autres  étaient  près  de  se  perforer.  Quelques  follicules  isolés 
sont  ulcérés;  le  cœcum  et  le  colon  sont  remplis  d'ulcérations 
moins  avancées  que  celles  de  l'intestin  grêle. 

Le  foie  a  un  tiers  de  plus  que  son  volume  oïdinaire;  son 
tissu  présente  une  dureté  fort  considérable  dans  le  lobe  moyen. 
iSa  densité  est  telle  qu'on  dirait  d'un  morceau  de  cire  à  frot- 
ter Cavec  une  teinte  plus  verte);  la  vésicule  biliaire  est  dis- 
tendue. 

La  rate  est  assez  volumineuse;  son  tissu  est  gorgé  de  sang, 
fit  dur.  Au-deasous  de  sa  membrane  font  saillie  de  petits  grains, 


670  TUBERCULES 

gros  comme  dos  lêtes  d'épingle,  auxquels  le  tissu  sous-jacont 
de  la  raie  doune  une  teinte  rougealre,  mais  qui ,  incisés,  sont 
Hanclîâtres  comme  des  tubercules.  Dans  l'intérieur  de  la  rate, 
il  y  a  de  nombreux  tubercules  presque  tous  miliaires  ;  un 
seul  égale  le  volume  d'un  petit  pois. 

ïiB  testicule  droit  est  diminué  d'un  tiers  de  sou  volume;  son 
tissu ,  légèrement  jaune,  est  un  peu  plus  mou  qu'à  l'ordinaire. 
Le  gauche,  au  moins  doublé  de  volume,  est  tout-à-fait  con- 
verti en  matière  tuberculeuse;  1  epididyme  a  subi  la  même 
transformation.  Tout  le  bord  postérieur  du  testicule  et  la 
partie  par  oir  sortent  les  conduits  sécréteurs  du  sperme, 
n'offrent  plus  de  traces  de  leur  structure  naturelle;  mais,  dans 
la  partie  antérieure  de  cet  organe,  on  reconnaît  encore  la 
disposition  des  vaisseaux  sémiuifères,  entre  lesquels  ou  aper- 
çoit de  petits  grains  de  matière  tuberculeuse.  On  peut  suivre 
une  sorte  de  gradation  dans  la  maladie  depuis  l'épitlidyme,  oii 
la  désorganisat'on  est  la  plus  complète,  jusqu'à  la  partie  infé- 
rieure, oii  elle  est  la  moindre.  Les  vésicules  séminales,  au  lieu 
de  présenter  leurs  loges  pleines  de  liqueur  spezmatique,  sont 
gonflées,  durcies  et  complètement  remplies  de  matière  tuber- 
culeuse; un  dépôt  de  cette  même  matière  existe  dans  le  canal 
déférent.  Elle  est  blanche,  molle ,  évidemment  de  nature  tu- 
berculeuse ;  le  canal  déférent  est  obstrué  dans  toute  la  moitié 
inférieure  de  son  trajet.  A  un  pouce  environ  de  la  fosse  navi- 
culaire,  sur  le  J'aphé  médian  et  supérieur,  et  dans  l'étendue 
d'upe  dizaine  de  lignes ,  existe  dans  l'urèlhre  une  traînée  dp 
matière  tuberculeuse  d'un  blanc  jaunâtre  qu'on  ne  peut  pas 
enlever  par  le  grattage,  et  dont  la  membrane  muqueuse  est 
irïiprégnée,  Près  de  la  portion  bulbeuse,  on  trouve  encore  de 
la  matière  tuberculeuse  sous  la  forme  de  petites  lentilles  allon- 
gées. Partout  oii  la  membrane  muqueuse  n'est  pas  envahie  par 
la  matière  tuberculeuse,  cette  membrane  est  rouge  et  injectée; 
cette  matièrp  est  en  grande  abondance  au  niveau  de  la  portion 
prostatique;  elle  a  crpusé  inégalement  cette  glande  (qui  res- 
semble à  un  tubercule  du  foie  sur  le  point  de  se  ramollir)  ,  eu 
sorte  que  le  canal  de  l'urèlhre  est  changé  dans  ce  point  en  une 
çoçhe,  dont  les  parois  sont  formées  par  une  sorte  de  détritus 


à 


DANS  LES  REINS,  LES  URETERES  ET  LA.  VESSIE.  67! 

jaunâtre;  le  col  de  la  vessie  est  un  peu  rétréci  et  présente  des 
iraces  d'inflammation. 

La  vessie  n'offre  de  traces  tuberculeuses  qu'à  son  bas-fond 
et  sur  le  trigone,  oii  on  aperçoit  quelques  petits  grains  tuber- 
culeux qui  soulèvent  la  membrane  muqueuse  ou  qui  l'imprè- 
gnent. La  prostate  est  beaucoup  augmentée  de  volume.  L'ure- 
Icre  du  côlé  gaucbe,  correspondant  au  testicule  malade,  est 
sain  ;  celui  du  côté  droit,  au  contraire ,  qui  correspond  à  u» 
testicule  non  tuberculeux^  est  altéré.  Cet  uretère  est  dilaté  au 
l^oint  qu'on  pourrait  y  loger  le  petit  doigt  :  après  trois  pouces 
de  trajet,  à  partir  du  rein,  il  esl,e»  partie  obstrué  par  de  la 
matière  tuberculeuse,  adhérente  à  sa  membrane  interne,  for- 
mant des  plaques  dures,  jaunâtres,  d'une  demi-ligne  d'é- 
paisseur, qui  occupent  tantôt  toute  la  circonférence  du  canal, 
tantôt  une  moitié  ou  un  quart  seulement,  mais  qui  alors  sont 
toujours  disposées  en  plaques  arrondies  assez  semblables  aux 
croûtes  d'un  favus,  semblables  aussi  à  celles  que  j'ai  rencon- 
trées dans  un  autre  cas  sur  la  superficie  d'un  rein  tubei'cu- 
leux  j  ce  dépôt  se  continue  jusque  près  de  la  vessie  ,  et  c'est  lui 
sans  doute  qui,  obstruant  le  passage  de  l'urine,  a  produit  la 
dilatation  de  l'uretère. 

Le  bassinet  et  les  calices  ne  contiennent  pas  de  matière 
tuberculeuse.  Dans  la  substance  corticale  du  rein  droit ,  des 
tubercules  blancs ,  durs ,  sont  infiltrés  en  petit  nombre  et  for- 
ment une  légère  saillie  sous  ses  membranes  extérieures  qu'ils 
soulèvent;  on  pouvait  en  compter  plus  d'une  vingtaine.  Du 
reste,  la  substance  corticale  paraît  fort  peu  obstruée.  La  sub- 
stance tubuleuse  est  injectée  ;  les  extrémités  des  mamelons  sur- 
tout sont  rouges;  le  volume  total  de  l'oi'gane  est  ordinaire. 

Pas  un  seul  tubercule  ,  ni  dans  les  deux  substances  du  rein 
gauche,  ni  dans  son  bassinet,  La  surface  du  rein  présente  à 
peine  quelques  traces  de  différens  lobules;  elle  offre  surtout, 
en  son  milieu,  une  anémie  assez  prononcée,  surmontée  d'ar- 
borisations de  petits  vaisseaux  d'une  jolie  couleur  rouge  bleu. 


67a 


TUBERCULES 


Obs.  XV. —  Tubercules  des  reins,  des  calices ,  du  bassinet  et  de  Vurctère 
gauche  chez  un  enfant;  tubercules  dans  les  poumons  et  dans  les  ganglions 
ubdominaux. 

M.  Jacquart  m'apporta  ,  le  5  octobre  i836  ,  le  reiu  gauche 
d'une  jeune  fille  de  dix  ans,  morte  d'une  affection  tubercu- 
leuse. Les  poumons  et  les  ganglions  abdominaux  étaient  infil- 
trés de  tubercules.  Il  y  avait  aussi  de  petits  tubercules  dans 
le  foie. 

Le  rein  droit  était  parfaitement  sain. 

Le  reiu  gauche  pesait  environ  cinq  onces.  On  enleva  facile- 
ment sa  membrane  propre.*Sur  la  face  antérieure  ,  on  voyait 
un  grand  nombre  de  petits  grains  blanchâtres  ,  un  peu  sail- 
lans.  Autour  de  quelques-uns  de  cespoints  blancs,  la  substance 
corticale  était  injectée  et  paraissait  avoir  moins  de  consistance 
que  dans  l'état  sain.  Ces  points  blancs  étaient  solides  ,  et,  à  la 
loupe,  ne  présentaient  point  de  globules  de  pus.  La  face  pos- 
térieure du  rein  n'offrait  aucune  altération.  Dans  l'épais- 
seur de  la  substance  corticale  ,  on  aperçut  encore  quelques 
tubercules.  Les  calices  et  le  bassinet  n'avaient  plus  leur  aspect 
ordinaire.  Leur  membrane  muqueuse,  considérablement  épais- 
sie ,  offrait  des  saillies  et  des  enfoncemens  ,  comme  si  elle  eût 
été  mamelonnée  et  réticulée  :  elle  était  d'un  blanc  jaunâtre,  et, 
en  la  raclant  avec  le  dos  d'un  scalpel ,  on  en  détachait  une 
matière  d'un  blanc  grisâtre  ,  comme  les  tubercules  écrasés. 
La  cavité  des  calices  était  augmentée,  et  l'extrémité  des  mame- 
lons était  blanchâtre. 

Les  parois  de  l'uretère  avaient  une  épaisseur  trois  fois  plus 
grande  qu'à  l'ordinaire.  Sa  membrane  muqueuse  avait  le  même 
aspect  que  celle  des  calices. 

La  membrane  interne  de  la  vessie  était  encroûtée  de  matière 
tuberculeuse  autour  de  l'orifice  de  l'uretère  gauche. 

Obs.  XVI.  — Tubercules  du  rein  et  de  l'uretère;  cystite;  péritonite  et  enté- 
rite tuberculeuses;  double  pneumonie  mortelle  (Obs.  recueillie  par 
M.  Veruois). 

Jousset,  âgé  de  la  ans,  cheveux  châtains,  yeux  bruns,  peau 
brune,  système  musculaire  grêle,  très  adonné  à  la  mastur- 


DANS  LES  REINS ,  LES  tlREÎÈRES  ET  LA  VESSIE. 

wation,  entre  à  l'hôpital  des  Enfans  malades  le  6  juillet  i836, 
rtour  s'y  faire  traiter  d'une  diarrhée  qui  durait  depuis  plu- 
uieurs  mois,  accompagnée  de  douleurs  de  ventre  très  vives, 
liurtout  à  la  pression.  Cet  enfant  avait  beaucoup  maigri  depuis 
[quelque  temps.  On  diagnostiqua  une  péritonite  tuberculeuse^ 
«vec  ulcérations  de  même  nature  dans  l'inteslin.  Il  n'y  avait 
aas  d'infiltration  des  membres  inférieurs  et  point  de  signes  de 
tubercules  dans  la  poitrine.  î^e  petit  malade  paraissait  uriner 
'  acilement  et  naturellement  :  on  n'examina  pas  les  urines. 
jC  9t  juillet,  il  fut  pris  d'une  pneumonie  du  côté  droit,  et 
jientôt  après  d'une  pneumonie  du  côté  gauche,  et  succomba 
|=e  29  juillet  à  six  heures  du  soir. 

L'ouverture  du  cadavre  fut  faite  par  M.  Vernois,  le  3o,  à 
ix  heures  du  matin,  par  un  temps  sec  et  frais.  On  observa 
m  ramollissement  rouge  des  deux  tiers  postérieurs  et  infé- 
ieurs  des  deux  poumons,  dans  lesquels  on  ne  put  découvrir 
e  tubercules;  il  n'y  en  avait  pas  non  plus  dans  les  ganglions, 
ronchiques.  Le  cœur  était  sain.  Il  n'y  avait  pas  de  liquide 
panché  dans  la  cavité  du  péritoine,  mais  on  distinguait  sur 
;tle  membrane  un  grand  nombre  de  granulations  très  fines, 
lus  nombreuses  à  la  fin  de  l'iléon  et  sur  le  cœcura  { péritonite 
iberculeuse  ).  Les  ganglions  mésentériques  étaient  très  volu- 
lineux  et  tuberculeux;  la  membrane  muqueuse  intestinale, deux 
ieds  au-dessus  et  au-dessous  du  cœcura  était  couverte  d'ul- 
^rations,  à  la  base  desquelles  on  trouvait  de  la  matière  luber- 
ileuse. 

M.  Vernois  détacha  le  rein  gauche  avec  l'uretère  et  la  ves- 
e,  et  nous  en  fîmes  l'examen.  Le  rein  gauche  était  très  volu- 
ineux;  incisé  verticalement,  il  s'échappe  de  sa  partie  infé- 
eure  un  liquide  grisâtre,  épais,  qui  remplissait  une  cavité 
1  communication  avec  le  bassinet.  Ce  rein ,  farci  de  tuber— 
lies,  marbré  de  blanc  et  de  rouge  (mélange  d'anémie  et  d'hy- 
érémie),  avait  la  forme  et  la  dimension  d'un  rein  d'adulte  vil 
îsait  quatre  onces  après  avoir  été  incisé.  Lorsqu'on  en  déta- 
la  les  membranes  extérieures,  une  certaine  quantité  de  matière 
iberculeuse  resta  adhérente  à  leur  face  interne.  La  face  anté- 
ewre  du  rein  était  semée  de  points  blancs,  les  uns  saillans^ 
in,  4^ 


es- 
ens  : 


T<SStIS  HiÉTlÎROLOGDES. 

les  aiitrëà  nôri  yaillanS,  presqud  tous  arrondis,  delà  dimenition 
d'un  grain  de  fnillet,  la  plupart  solides  à  la  coupe,  quelqu 
uns  entoui-és  d'une  pelife  auréole  comme  des  points  purul 
lés  àiitres,  surtout  dèUl  t^ti  étaient  danS  les  points  anémiques] 
sanà  afiréole.  Sur  la  face  postériclire  dii  rèià ,  fortement  iri-i 
jectée,  et  surtout  sur  la  moitié  supérieure  et  vers  le  bord  con- 
vexe, oli  voyait  également  des  points  blancs  saillahs  et  solides. 
A  la  lon^é ,  cette  rougeur  paraissait  due  à  un  piqueté  très  fin  et 
à  des  arborisations  très  déliées.  A  la  partie  inférieure  du  rein, 
oti  voyait  trois  tubercules  plus  voïiimineux  que  lesprécédens  , 
et  c(ùî  correspondaient  à  une  véi  iiable  caverne  tubrrculeu.se  et 
à  trois  cônes  affaissés  ou  détruits. 

La  substance  corticale,  d'apparence  marbrée,  par  l'effet  d'un 
mélange  d'anéiniè  et  d'hypérémie ,  contenait  également  un 
graiid  nombre  de  grains  tuberculeux,  dont  le  centre  était  plus 
m'hii  que  l'extérieur,  inàis  qui  ne  pouvaient  être  énucléés,  et 
qit'oft  iié  pouvait  séparer  de  la  substance  du  rein,  sans  là 
déchirer.  La  subsiauce  corticale ,  vers  le  bord  convèxe  du  rein  , 
élaiten  piusielirs  points  foj-tement  tuméfiée  et  un  peu  ramollie. 
Danà  les  points  anémiques  ,  èllè  était  beaucoup  plus  consi- 
siaùtc.  Les  mamelons  des  cônes  étaient  presque  tous  affaissés 
ou  détruits;  les  calices ,  encroûtés  de  matière  tuberculeuse, 
étaient  dilalés  ;  leur  cavité  et  celle  du  bassinet ,  tout-à-fait  mé- 
conhaissablés  ,  d'un  blan6  jaiitiâtre  ,  inégales  ,  avaient  l'apipa- 
rericë'  d'une  cà'teriie  tubêrcitlëu^e.  La  face  interné  dé  rûretèfé 
également  encroûtée  de  malière  tuberculeuse,  était  jaunâtre , 
inégdle  ,  et  les  parois  de  ce  conduit  étaient  triplées  otl  qiiadra- 
plées  d'épaisseur.  La  veine  rénale  était  saine. 

hè  t-eîfl  droit  n'offrait  point  d'ailtérâtidn  ,  et  l'urètère  n'était 
piià  dilaté. 

Là  vesslè  cbtitendit  Irêâ  peu  d'uMné  ;  sa  fiicë  intetne  présen- 
tait tih  graiid  nombi-ë  de  pelitëà  ligiies  circulaires  ëcchymo- 
tiqueS  ét  nbirâtt-es.  Yei'S  l'orifice  dé  l'uretère  gauche  ,  on 
remarquait  de  légères  traces  de  tuljërcules.  La  membrane  mus- 
ciiléusë  était  très  épaisse. 

§  gtà.  Ghèz  leë  ëilfàns,  la  dialhèsë  tiibéfcUleuse  se  Hiônlre 
eticDi-è  Iilu§  S6iivèn(  t\Hé.  cUi  les  ridulteS  d'iltiC  tnanièl-e  gétiê- 


CA.NCER  DES  REINS. 

ràle.  Cependant,  à  èli  juger  d'après  mes  propres  observations 
et  d'après  celles  qui  m'ont  été  communiquée^,  si  on  rencontre 
^Ius  fréquemment  des  grains  tùhercuteux  dans  les  féins  des 
iifans  que  dans  ceux  des  adultes,  la  dégénérescence  tubercù- 
eusé  des  uretères  èl  delàves'sie  est  plus  rare  danâle  prenlierâge. 

Cûnter  des  feiûé. 

§  913.  Les  altérations  cancéreuses  peuvent  se  môntrer  âdiii 
lifférentes  formes  et  à  difierens  degrés  dans  les  reins. 

On  a  très  rarement  obsei-Vé  le  cancer  des  reins  chez  les  enfâns  • 
>u  le  voit  quelc^uefois  dans  l'âge  adulte,  plus  souVent  dans  l'âgé 
uLir  et  dans  là  viéillessé.  A  en  jUger  par  meS  observations  et 
l'après  celles  dont  j'ai  eu  cohnaissaface,  il  est  pltis  rairé  chez  la 
cmme  que  chez  l'homme. 

Dans  un  certain  nombre  de  cas  ,  j'àt  vu  le  catltër  alteitidrë 
xclusivement  l'es  fëins,  salis  lésion  càncéreùSe  dé  là  vëâsiè,  dèS 
jrganes  thoraciques,  èt  sans  àfFection  cancéreuse  du  foie ,  dè 
estomac  et  dés  intestins,  etc.  ;  seulement  la  dégénérescérice  du 
cin  était  qUel({uefois  accorrtpagnée  d'un  engorgement  squir- 
heux  ou  cancéreux  des  ganglions  lymphatiques,  situés  dans  la 
cissure  du  rein  ou  dans  son  voisinage.  Dans  un  plus"  grand  nom- 
ire  de  cas  ,  l'allération  des  reins  n'était  qu'un  des  phétlotnèneâ 
l'une  affection  cancéreuse  générale  dont  léS  produits  sé  itidù- 
raient  à-la-fois  dans  les  ganglions  lyniphatiqueS ,  mésebléi'î- 
]ues  et  prélombaires,  dans  le  foie,  lés  poumonS,  etc.  Enfltl,  le 
ancéi"  des  reins  m'a  paru  quelquefois  naître  sous  l'influénce  du 
ancer  d'un  organe  voisin  :  c'est  ainsi  qu'on  pëùt,(;eme  semblé,- 
;xpUquër  la  fréquence  de  petits  dépôts  cancéreux  dans  lé  réin 
Iroit,  lorsqu'il  y  a  dégénérescence  eilcéphaloïde  du  foiè,  et  les 
apports  bien  constatés  du  cancêr  du  rein  gauche  avéô  les  dé- 
;énéresceuces  cancéreuses  du  colon  descendant  et  du  bas-fohds 
le  l'estomac. 

§914.  La  dégénérescence  encéphaloïdeest  la  forme  àaatorni- 
lUé  du  cancer  qu'on  rencontre  le  plus  fréquemment  dans  lès 
oins.Lâ  dégénérescence  fibriniforme  et  fongoïde,  qu'on  désigné 
iluis  spécialement  sous  le  nom  de  fongus  hèmatode,  est  beaucôUp" 

43. 


0'j6  TISSUS  HÉTÉRO LOGU  lis. 

plus  rare,  et  l'état  véritablement  squirrheux  du  rein  s'observ«f 
plus  rarement  encore. 

Ces  dégénérescences  se  développent  presque  toujours  primi- 
tivement dans  la  substance  corticale;  mais  elles  peuvent  s'é- 
tendre à  la  substance  tubuleuse.  Les  membranes  du  rein,  les 
parois  du  bassinet  et  le  sang  coagulé  dans  les  veines  rénales, 
peuvent  aussi  participer  à  la  dégénérescence  cancéreuse.  Les 
masses  encéphaloïdes,  souvent  multiples,  se  développent  ordi- 
nairement à  la  surface  des  reins  ou  dans  l'épaisseur  de  la  sub- 
stance corticale  :  elles  sont  d'un  blanc  rosé  ou  bleuâtre  et  lo- 
bulées.  Elles  peuvent  être  à  l'état  de  crudité  ou  ramollies.  Dans 
le  premier  état ,  elles  ont  presque  autant  de  consistance  que 
]e  tissu  rénal,  dans  lequel  elles  se  sont  formées.  Leur  surface 
est  sillonnée  par  de  petits  vaisseaux,  mais  dans  leur  intérieur 
ils  sont  rares  ou  peu  apparens.  Le  tissu  rénal  qui  entoure  ces 
masses  est  sain,  ou  au  moins  il  est  en  général  peu  injecté.  Dans 
un  état  plus  avancé,  ces  masses  encéphaloïdes  se  ramollissent 
parlielletnenl  ou  en  totalité;  leur  consistance  a  été  assez  exac- 
tement comparée  à  celle  du  cerveau  de  l'homme.  Dans  un  de- 
gré de  ramollissement  plus  avancé,  elles  deviennent  tout-à-fait 
pulpeuses,  et  sont  transformées  en  une  sorte  de  bouiUie  rose 
ou  rougeâtre.  Elles  offrent  alors  ,  à  la  coupe,  une  multitude  de 
petits  vaisseaux  sanguins  qui  se  ramifient  dans  leur  substance. 
Lorsque  ce  réseau  vasculaire  est  fortement  injecté,  ces  tumeurs 
paraissent  d'un  rouge  brun,  infiltrées  de  sang,  et  offrent  quel- 
quefois de  petits  caillots  fibrineux  dans  leur  épaisseur. 

Parfois  la  substance  corticale  reste  saine  dans  les  intervalles 
qui  séparent  les  masses  cancéreuses;  d'autres  fois  non-seule- 
ment elle  est  plus  injectée  de  sang  que  dans  l'état  normal,  mais 
elle  ofi're  des  traces  d'inflammation  non  équivoques,  des  dépôts 
ou  des  nappes  de  pus  (7\.tlas,  Pl.  xi.vi ,  fig.  2  et  3),  ou  bien 
encore  de  véritables  foyers  purulens  au-dessous  de  la  mem- 
brane fibreuse  du  rein  (Atlas,  Pl.  xiii,  fig.  10). 

Lorsque  les  petites  masses  cancéreuses  sont  peu  nombreuses 
ou  n'ont  que  le  volume  d'une  noisette  (Atlas,  Pl.  Xlv,  fig.  2), 
le  volume  du  rein  peut  n'être  pas  sensiblement  augmenté. 
D'aulres  fois  il  acquiert  des  dimensions  véritablement  mon- 


CANCER  DES  REINS.  (^77 

slrueuses,  par  suite  du  dépôt  ou  de  l'infiltration  de  la  matière 
cancéreuse  dans  les  substances  corticale  et  tubuleuse  (Atla.s  , 

Pl.  XLV,  fig.  I  ;  Pl.  XLVI,  fig.  I  ;  Pl.  XLVII,  fig.  >  ,  et  Pl.XLVIII, 

fig.  I  ).  Alors  la  surface  du  rein  est  surmontée  d'un  grand 
nombre  de  bosselures,  dont  le  volume  varie  entre  celui  d'un 
grain  de  cassis  et  celui  d'un  gros  œuf  de  poule  :  les  unes  sont 
d'un  blanc  rose  ;  les  autres  d'un  rouge  foncé ,  et  surmontées 
ù'un  réseau  vasculaire  qui  s'étend  vers  leur  base  et  les  parties 
voisines.  La  distribution  des  masses  cancéreuses  est  en  général 
fort  irrégulière.  Je  les  ai  vues  amoncelées  sur  le  bord  convexe 
d'un  des  reins;  dans  deux  autres  cas,  à  son  extrémité  supé- 
rieure, tandis  que  l'extrémité  inférieure  n'ofifrait  pas  de  traces 
d'altération  cancéreuse.  Quelquefois,  mais  ce  cas  est  rare  ,  les 
masses  cancéreuses  font  saillie  au-dedans  du  bassinet ,  soit 
qu'elles  aient  pris  naissance  sur  sa  membrane  interne  ou  dans 
l'épaisseur  des  parois  de  ce  conduit  (Atlas,  Pl.  xlvi,  fig.  3), 
soit  qu'elles  aient  soulevé  devant  elle  les  parois  du  bassinet  ou 
qu'elles  en  aient  déterminé  la  destruction  (Atlas,  Pl.  xiii, 

fig.  10  ). 

Lorsque  les  reins  ont  été  entièrement  envahis  par  la  dégé- 
nérescence cancéreuse,  devenus  informes,  bosselés,  ils  ne  pré- 
sentent plus  aucune  trace  de  leur  organisation  primitive ,  et 
lis  offrent  des  différences  d'aspect  très  remarquables  (  AtlaS, 

PUXMI,  fig.  10;  Pl.  XLV,  fig.  I  ;  Pl.  XLVI,  fig.  I  ;  Pl.  XL  VIII  , 

ig.  I  ;  Pl.  XLix,  fig.  a).  Dans  des  masses  cancéreuses  ramollies, 
m  trouve  quelquefois  de  véritables  cavernes ,  le  plus  ordinai- 
ement  remplies^  en  partie,  par  une  sorte  de  détritus  formé  de 
natière  cancéreuse  et  de  sang  altéré ,  qui  s'écoule  avec  l'urine 
lans  le  bassinet,  par  une  ou  plusieurs  ouvertures  accidentelles 
A.TLA8,  Pl.  XLV,  fig.  6). 

Le  fongiis  hèmalode  des  reins  (Atlas,  Pl.  xlix,  fig.  i  et  a  ) 
•e  rapproche ,  par  ses  caractères  anatomiques ,  d'une  autre  aN 
«ration  plus  rare,  de  l'apoplexie  rénale,  dans  laiiuelle  du  sang 
'u  de  la  fibrine  est  déposée  dans  les  substances  rénales.  La 
lature  cancéreuse  du  fongus  hématode  des  reins  est  démontrée, 
lon-seulement  par  l'existence  d'une  petite  quanlilô  de  malièro 
érébrifonne,  comme  ensevelie  dfin»  des  caillot»  de  !îhnn«  «1- 


^^78  TISSDS  HÉTÉROLOGPES. 

térép ,  et  par  l'exislencfl  siwvfltanée  d'altérations  cancéreuses 
et  fongoïde?,  dans  plusieurs  gutres  viscères,  et  même  d^ins  les 
p^.  P'aijlpurs,  la  dégénérescence  encéph.aloïde  des  reins  est 
gHP'qucfoi^  apçomppgpée  de  dépôts  sanguins  considérables, 
pji  4fe  c.afllpl^  (J,e  fibrine  pjus  pu  njoins  altérés,  toul-à-r3it  a»^- 
Jflg»es,  ?poins  en  ^pp^renpe ,  à  çe^x  qu'on  observe  4?r)? 
fqagm  }Ȏ;patpde  propremept  4it  (Atlas,  P}.  xlv,  fig,  6). 

fQ«gy^  l>émalpc}e  des  rpjps  se  fécondait  k  dps  m3sses 
bpsselée?  d'^n  hvnn  fougeafre,  quelcjuefgis  nji^jiangé  de  teinte? 
jaunis,  qui  parsis^ent  nipHes  ou  pâteuses  s.oijp  pression 
du  4pigt-  A  la  CQ)}.pe,  op  voit  que  Jes  masses  sont  popstituées 
P3r  4e  la  ff?3ripp  ^llérép,  brunâtre  pp  japuàtre  pp  qufijquep 
ppint?,  q\^p  Ip  4oJgt  pppt  diyispr  QU  écraser  facilprpeut,  et  qu^ 
Pfiï  qijelqiwfpis  te)len^e,p,t  piflpUip  qu'ellg  rpgserable  ^  une 
3flr|edpbpUfUie. 

Papp  des  cas  pu  p/ejp  ^yajjt  pté  pqjièr^^ppt  finy^Iji  par  Içi 
dégépéresçepcp  ç^ppprpuse,  en  digs.éqp^pt  ^j,tpn}|yeniept  l'altér 
i  ji^fpn,  çn  a  tr,Quyé,  4an?  de?  n^^sse?  de  jp^tiçrp  çérpjjrifprrpç, 
et  plus  rarement  dans  le  voisinage  de  dépôts  fibrineux,  du  tissu 
squirrheHjc,  ^vpp  l'appafpnce  qu'il  offre  si  souvent  (iann  le 
eancer  des  mamelles,  O.es  bandes  PU  dps  ^Iripç  irréguliéres , 
d'un  tissu  blanc  bleuâtre,  désistant  .con}me  le  J^rd  pp  le  tissu 
csUvikire  ipdjifç,  Jr£iYers9ipnt  les  masses  c^pcéj-euses  en  différ 
feus  sens. 

Dans  le  c^PCer  4ps  rpip^ ,  )es  tissi^is  élémentaires  de  ces  orr 
gppes  et  leurs  conduits  pxcrétpurs  peuvent  offrir  dps  ajjérgtions 
ppn  moins  remarqpfiblps.  On  a  vu  les  veines  répaleSj  et  même 
1^  veine-pave  inférieure ,  distepdues  pjjr  du  si»pg  cpagujé  pi> 
diverpemept  ijltpré  (  Atlas,  ?\,        1  figr  f  ;  Vl-  ^i^,  fig-  î 

et  ?).  En  général,  les  dépôts  fibrineux  trouvés  dans  jes  yeipjef 
ppl  une  apparence  qui  se  rapprocbp  beaucopp  dp  celle  des  dé- 
pôts fibrinepx  purs  pu  piélangés  de  matière  cérébriforme  qu'on 
observe  en  n^êpie  temp^  dans  les  reii^s. 

Les  vaisseaux  et  les  ganglions  Ijfmphaliqups  des  reins  partir 
cippnt  souvepl  aux  dégénérescences  cancéreuses  de  ces  organe? 
(Atlas,  Pl.  xlv,  fig.  5  et  6). 

Les  ganglions  lymphatiques  de  1^  3çi«f»i^fe  transforinés  en 


CANCER  J)ES  REIlSrS.  67g 

matière  squirrlieuse  ou  infiltrés  de  matièi'e  cérébriforme ,  sont 
quelquefois  réunis  en  une  seyle  masse  mamelonnée,  qui  cojîJ- 
prime  plus  ou  moins  le  bassinet  et  l'origine  de  rjareljère  (Ati,a5, 
PI.  XLV,  fig.  5  et  6). 

Les  enveloppes  fibreuse  et  celluleuse  âes  reins,  i^ialgré  la 
distension  que  leur  fait  éprouyer  l'augmentation  dv  yolump 
du  rein,  acquièrent  quelquefois  une  épaisseur  considérable,  et 
souvent  elles  sont  sillonnées  par  des  vaisseaux  fortement  in- 
jectés et  d'une  plus  grande  dimension  que  dans  l'état  normal. 

Les  altérations  cancéreuses  du  bassinet  sont  très  rares.  Je 
n'ai  jamais  vu  ses  membranes  infiltrées  de  matière  çancéi'euse 
en  nappe ,  à  la  manière  des  infiltrations  tuberculeuses  ,des 
mên>es  parties  (Atlas,  PJ.  xlii,  fig.  3  j  Pl.-xuv,  fig.  1).  Mais  , 
deux  fois ,  j'ai  vu  des  masses  cancéreuses  plus  ou  moins  apla- 
ties et  d'une  dimension  assez  considérable ,  implantées  sur  la 
membrane  muqueuse  du  bassinet  ou  des  calices  (  Atlas  , 
Pl.  XLVI,  fig.  3  ). 

Je  n'ai  rencontré  qu'un  très  petit  nombre  de  fois  dans  le^ 
reins  la  dégénérescence  tuberculeuse  associée  au  cancer;  j'ai 
vu  plus  souvent  chez  un  même  individu  des  tubercules  dans 
les  poumons  et  de  la  matière  encéphaloïde  dans  les  reins.  Dans 
un  cas  de  diatlièsp  cancéreuse  et  mélanique  ,  j'ai  trouvé,  dans 
la  substance  corticale  des  reins,  de  petits  dépôts  de  mélanose 
et  des  noyaux  cancéreux. 

Les  animaux,  aussi  bien  que  l'holnme ,  peuvent  offrir  des 
iffeclions  cancéreuses  dans  les  reins  (Atlas,  Pl.  XLVin,  fig.  5 
■X  4).  Je  les  ai  observées  notamment  chez  le  chien  et  le  bœuf. 

§  916.  Symptômes.  —  Le  cancer  des  reins  peut  être  latent. 
Dans  ce  cas,  l'altération  des  reins  n'a  pas  suffisamment  aug- 
menté le  volume  de  ces  organes ,  pour  qu'ils  forment  dans  la 
légion  lombaire  une  tumeur  appréciable  au  loucher  ou  à  la 
pression.  A  cet  état,  la  dégénérescence  cancéreuse  n'est  pas 
issez  avancée  pour  déterminer,  de  temps  à  autre,  une  hématurie 
>lus  ou  moins  considérable  dans  le  bassinet ,  et  l'urine  n'offre 
pas  d'altération  caractéristique.  Quelques  malades  seulement 
plaignent  d'une  douleur  profonde,  persistante,  tantôt 
iourde  ,  tantôt  très  aiguë  et  déchirante  dans  une  des  régions 


É 


f38o  TISSUS  HÉTÉROLOGUES. 

ïombàires.  Ce  symptôme  esl  commun  ,  non-seulement  à  plu- 
sieurs affections  des  reins  j  mais  encore  à  des  lésions  de  la  moelle 
^pinière,  de  l'aorte  ,  etc. 

Le  plus  souvent  au  bout  d'un  certain  temps,  le  rein  ,  devenu 
cancéreux ,  augmente  de  volume , 'de  manière  à  former  une  tu- 
meur dure,  solide,  appréciable  au  toucher.  Quelquefois  cette 
tumeur  dépasse  à  peine  ie  rebord  des  côtes;  d'autres  fois,  elle 
occupe  tout  l'espace  situé  eiiire  la  dernière  côte  et  le  bord  su- 
périeur de  l'os  coxal.  Cette  tunieui-  peut  présenter  des  mame- 
lons appréciables  au  toucher. 

Un  autre  symptôme  du  cancer  des  reins  parvenu  à  un  degré 
Hvancé,  etsurlout  du  cancer  du  bassinet  ou  du  cancer  liématode, 
est  la  présence  d'une  certaine  quantité  de  sang  dans  l'urine. 
Cette  hématurie  rénale,  laniôt  légère,  tantôt  considérable,  a 
rarement  lien  d'une  manière  continue,  soit  que  l'hémorrhagie 
se  suspende,  soit  qu'un  caillot  forme  obstacle  au  passage  de 
l'urine  sanguinolente.  Mais  bientôt  l'urine  devient  de  nouveau 
rougeâlre  comme  de  la  lavure  de  chair  ou  d'un  rouge  de  sang 
plus  foncé.  Souvent  lu  sang  se  coagule  dans  l'ui  etère  et  prend 
une  forme  vermiculaire,  oubien,  si  une  grande  quantité  de  sang 
est  descendue  dans  la  vessie,  ce  fluide  s'y  concrète  et  l'expul- 
sion en  devient  difficile  et  douloureuse.  L'urine  ,  qui  surnage  , 
est  trouble;  la  couleur  en  esl  foncée  et  l'odeur  fétide,  surtout 
dans  les  derniers  temps  de  la  maladie.  En  même  temps  l'appétit 
diminue,  il  survient  des  flaluosités  intestinales,  quelquefois 
des  nausées  et  même  des  vomissemens. 

Dans  le  CHUcer  des  reins,  il  est  rare  d'observer  la  rétraction 
du  testicule  qui  accompagne  si  souvent  la  pyélite  calculeuse, 
lorsqu'il  y  a  rétention  d'urine  à  la  suite  de  l'obstruction  de 
l'uretère  par  un  calcul. 

La  peaujsurtoutdans  les  derniers  temps  de  la  maladie,  prend 
ordinairement  une  teinte  jaune  paille.  L'amaigrissement  fait 
des  progrès  malgré  le  régime  le  plus  analeptique.  L'état  du 
pouls  est  variable;  souvent  il  n'existe  qu'une  fièvre  légère,  les 
»nenibres  inférieurs  s'œdémalieni,  et  parfois  une  hydropisio 
Ijénéi-nlo,  suite  do  la  cachexie  cancéreuse  et  des  hématuries  ré- 
pétées, se  déclare  et  présage  la  mort,  Le  développement  do 


CANCEll   DES  KTilNS.  68 1 

l'œdème  des  parties  inférieures  peut  être  favorisé  ou  délerminé 
par  la  formation  de  caillots  fibrineux  ou  cancéreux  dans  la 
veine-cave  inférieure  et  dans  les  veines  rénales  et  spermati- 
ques. 

A  ces  divers  symptômes,  il  se  joint  souvent  d'autres  phé- 
nomènes morbides  ,  dépendant  soit  de  complications  pure- 
ment accidentelles,  soit,  ce  qui  est  très  ordinaire,  de  lésions 
cancéreuses  du  foie,  de  l'estomac,  de  l'intestin,  ou  d'autres 
organes  atteints  par  la  diathèse  cancéreuse.  On  aura  une  idée 
générale  de  ces  complications  et  de  leur  expression  sympto- 
matique  en  consultant  le  observations  particulières,  indi- 
quées ou  rapportées  plus  loin  (Voyez  :  Hisioriqiie). 

§  916.  Causes.  Le  cancer  des  reins  attaque  de  préférence  le 
sexe  masculin  ,  l'âge  mûr  et  la  vieillesse.  On  l'a  observé  chez 
des  individus  qui  jouissaient  en  apparence  d'une  bonne  consti- 
tution. Quoique  les  jeunes  gens  en  soient  rarement  affectés,  ils 
n'en  sont  point  exempts;  le  cancer  hématode  des  reins  a  même 
été  plusieurs  fois  observé  chez  les  enfans. 

Le  cancer  attaque  plus  fréquemment  le  rein  droit  que  le  rein 
gauche  ,  par  suite  de  la  plus  grande  fréquence  du  cancer  dans 
le  foie  que  dans  la  rate. 

Les  maladies  des  voies  urinaires  et  en  particulier  leurs  in- 
flammations n'ont  point  d'influence  manifeste  sur  la  produc- 
I    lion  du  cancer  dans  les  reins. 

Le  cancer  des  reins  peut  être  consécutif  au  sarcocèle  et  à 
J'abiation  d'un  testicule  cancéreux;  j'ai  vu  cette  relation  chez 
l'homme  et  chez  le  chien. 

§  917.  Diagnostic.  A  l'état  latent,  c'est-à-dire  lorsque  l'alté- 
ration cancéreuse  du  rein  n'a  point  encore  occasioné  d'héma- 
turie ni  donné  lieu  au  développement  d'une  tumeur  dans  une 
des  régions  lombaires  ,  les  douleurs  déterminées  par  un  cancer 
des  reins  peuvent  être  confondues  avec  des  douleurs  rhuma- 
tismales ou  avec  une  névralgie  lombaire.  L'apparition  d'une 
hématurie  chez  un  malade  qui  éprouve  habituellement  de  sem- 
blables douleurs,  sans  avoir  rendu  antérieurement  du  sable  ou 
des  graviers  dans  l'urine,  sans  avoir  été  atteint  de  rétention 
«l'urine  complète  ou  incomplète,  devient  significative  si  les 


63^  TISSUS  niÎTÉRQI^OGUES. 

douleurs  existent  dans  les  intei-valles  des  hématuries  comme 
pendant  leui-  durée ,  et  si  elles  se  renouvellent  sans  causes 
appréciables. 

Quant  aux  tumeurs  rénales  cancéreuses ,  sans  hématurie, 
eljes  ont  été  plus  d'une  fois  l'occasion  ^'erreurs  de  diagnostic. 
On  les  9  prises  pour  des  abcès  profonds  aux  lonihes;  pour  des 
pyélites  palc^ileuses  avec  distension  du  bassinet  et  des  çalicesj 
ppur  une  tumeur  dp  l'oyaire ,  etc.  Des  tumeurs  cancéreuses, 
Sppartpnant  au  rein  droit,  ont  été  considérées  comme  des  alté- 
rations du  foie,  surtoutlorsqu'ellesélaient,pour  ainsi  dire,  sou- 
dées avec  cet  organe ,  et  l'erreur  n'a  cessé  que  lors  de  l'appari- 
tion d'un  nouveau  symptôipe,  une  hématurie  habituelle. 

Parfois  aussi  on  a  confondu  des  tumeurs  cancéreuses  appar- 
tenant au  rein  gauche,  avec  des  intumescences  de  la  rate  consé- 
cutives à  des  fièvres  inlennitteutes  ou  produites  par  une  dégé- 
pérescence  de  cet  organe.  Toutefois  les  tumeurs  de  la  rate  sont 
le  plus  souvent  indolentes  (les  cas  de  coïncidence  de  péritonite 
splénique  exceptés),  et ue sontpointaccompagnées d'hématurie. 

Enfin  il  peut  arriver ,  niais  ce  cas  est  rare ,  que  les  ganglions 
lympljatiques  de  la  scissure  du  rein  et  les  ganglions  lymphati- 
ques prélombaires  deviennent  cancéreux,  se  tuméfient,  se  réu- 
nissent et  s'agglomèrent  de  manière  à  former  une  tumeur 
considérable,  mamelonnée  et  douloureuse  qui  simule  une  dé- 
générescence cancéreuse  du  rein.  J'ai  vu  un  c?is  dans  lequel 
une  semblable  altération  fut  prise  pour  un  cancer  des  reins, 
npn-seulement  pendant  la  vie,  mais  encore  après  la  mort. 
L'erreur  ne  fut  reconnue  que  par  une  dissection  attentive  de  la 
tumeur:  au-deçspus  d'une  couche  de  tissu  cellulaire  ijiduré, 
on  trouva  le  rein  déformé,  aplati,  intimement  uni  à  la  masse 
cancéreusp,  et  complètement  exempt  de  cancer. 

§  918.  Pronostic  et  trailement.  Le  cancer  des  reins,  qu'ii 
soit  simple  ou  compliqué  de  lésions  cancéreuses  d'autres  or- 
ganes, est  un  mal  incurable.  Toutefois  on  prolongera  l'existence 
des  malades  en  les  plaçant  dans  des  conditions  hygiéniques 
f-ivorables,  par  une  nourriture  succulente  et  par  l'usage  d'un 
vin.  généreux.  Le  ralanhia  et  les  prépai;ations  ferrugineuses 
(limaille  de  fer,  laclate  et  sous-carbonale  de  fcr),  employés 

1 


CÂ.NCER  DES  REINS,  683 

sous  diverses  formes  ralentiront  quelcjue  temps  les  pro- 
grès de  la  cachexie  cancéreuse  et  de  l'hydropisie  qu'amè- 
nent inévitablement  les  longues  souffrances  et  les  hématuries 
habituelles,  inséparables  de  cette  dégénérescence  parvenue  à 
son  dernier  terme. 

Ou  s'abstiendra  d'émissions  sanguines  locales  ou  générales , 
même  aux  premiers  indices  de  la  maladie,  hors  les  cas  d  héraa- 
lurip  avec  fièyre,  de  péritonite  partielle  et  doulourevxse  au- 
tour de  la  tumeur  formée  par  le  rein  dégénéré.  On  n'y  aura 
raèine  recours  qu'^iprès  avoir  inutilement  essayé  desbains  et 
des  topiques  émoiliens  et  narcotiques. 

Quant  aux  douleurs  occasionées  par  le  passage  de  caillots 
fibrineux ,  soit  de  l'virelère  dans  la  vessie ,  soit  de  la  vessie  à 
travers  le  canal  de  l'urèthre,  elles  ne  cessent  qu'après  l'expul- 
sion des  caillots  ou  après  le  rétablissement  du  cours  de  l'urine 
qui  peut  être  favorisé  par  une  ingestion  abondante  de  boissons 
rafraîchissantes,  telle  que  l'eau  de  lin,  l'eau  minérale  de  Con- 
trejcpville,  etc.  Il  est  inutile  d'ajouter  que  l'application  de  la 
glace  aux  lombes  peut  être  utile,  si  \e  rein  cancéreux  fournil 
beaucoup  .de  sang.  L'accumulation  des  caillots  dans  la  vessie 
ou  l'occlusion  de  son  col  peut  rendre  le  cathétérisrae  et  des 
injections  nécessaires. 

Les  cautères,  les  moxas,  que  plusieurs  praticiens  font  appli- 
quer à  la  peau  des  lombes  dans  les  cas  de  dégénérescence  cancé- 
reuse des  reins,  sont  des  remèdes  impuis&ans  contre  le  mal  local 
et  contre  la  diathèse  qui  le  produil.Pour  mou  compte,  j'ai  depuis 
long-temps  renoncé  â  ces  remèdes,  plus  nuisibles  qu'utiles,  qui 
fatigupnt  les  malades  ,  en  nuisant  quelquefois  à  leur  sommeil, 
ou  qui,  en  s'opposant  à  certaines  attitudes,  rendent  le  coucher 
ou  les  mouvemens  du  tronc  plus  pénibles  et  plus  douloureux. 

Les  préparations  de  ciguè,  trop  vantées  contre  les  affections 
cancéreuses,  ont  aussi  de  graves  inconvéniens  ;  elles  nuisent,  en 
pure  perte,  aux  fonctions  de  restomaç.  Le  principal  remède  , 
le  seul  vraiment  utile,  c'est  l'opium.  La  longueur  de  la  durée 
de  la  maladie  oblige  souvent  à  employer  successivement  la 
plupart  des  préparations  opiacées  les  plus  usitées,  soit  en  laye- 
ment,  soit  à  l'aide  de  la  méthode  endermiciue. 


684  TISSUS  HIÎTKKOLOGUES. 

Enfin  ,  il  faut  éloigner  du  malade  la  pensée  d'un  mal  incu- 
rable ,  en  lui  faisant  prendre  des  remèdes  iusignifians ,  dont 
l'action  sera  annoncée  comme  devant  être  très  lente. 

Historique  et  observations  particulières. 

§  919.  D'ancieno  auteurs  ont  nienlionué,  sous  le  nom  de 
squirrhe  du  rein,  des  altérations  bien  distinctes  du  véritable 
cancer.  Sennert(i)  caractérise  ainsi  le  squirrhe  des  reins  :  «est 
autem  squirrhus  renum,  malum  plerumque  insanabile,  quod 
hominem  in  cachexiam  aut  hydropem  conjicere  potest.  »  A 
un  premier  aperçu,  il  semblerait  que  Sennert  a  connu  le 
squirrhe  ou  le  cancer  des  reins,  d'après  la  fréquence  bien  con- 
nue de  l'hydropisie,  à  la  suite  de  cette  dégénérescence;  mais 
Sennert  ajoute  :  «  Urina  in  squirrho  renum  redditur  pauca, 
tennis  f  l  nqnosa,  »  ce  qui  indique  clairement,  suivant  moi,  que 
ce  célèbre  médecin  appliquait  la  dénomination  de  squirrhe 
à  l'inilammation  chronique  des  reins  el  non  à  une  dégénéres- 
cence squirrheuse,  telle  qu'on  la  comprend  généralement  au- 
jourd'hui. 

Chopart  (i)  traite  du  cancer  des  reins  ;  mais  les  observations 
qu'il  rapporte  ne  sont  pas  réellement  des  cas  de  cancer.  Dans 
la  première,  empruntée  à  Seger,  il  est  dit  qu'un  des  reins  était 
très  volumineux  et  rempli  de  pus,  et  que  l'autre  contenait  un 
calcul.  Dans  l'autre,  extraite  de  Th.  Bonet,  ils'agitd'un  rein 
li'ansformé  en  une  espèce  de  poche;  les  deux  malades  avaient 
rendu  des  urines  sanguinolentes  et  des  caillots  de  sang. 

Dans  ces  derniers  temps,  un  assez  grand  nombre  de  cas  de 
cette  maladie  ont  été  publiés  dans  les  journaux  de  médecine. 
Le  docteur  C.-G.  Cai-raud(3)a  observé,  à  l'hospice  de  laSal- 
pétrière  ,  chez  une  femme  de  58  ans,  un  cas  de  cancer  du  rein 
droit,  qui  avait  été  pris  pour  une  maladie  du  foie.  Le  rein  était 

(i)  Sennert,  Opéra,  t.  r,  lib.  3,  part.i,  fcct,  i,  cap.  p, 
(a)  CliopBFt,  ouvrage  cité,  1. 1,  page  i32i 

(3)  Carraud  (CG.).  Distert.  sur  la  niphrit»,  in.4,  Pari»,  i8i3,  page  ai. 


CA.NCER  DES  REINS  (histonque).  685 

transformé  en  une  large  tumeur  encéplialoïde  du  volume  de 
la  tête  d'un  homme. 

Béclard(i)  a  trouvé  sur  le  cadavre  d'un  homme  âgé  de  5o 
ans  un  cancer  du  rein  droit.  La  tumeur  égalait  le  volume  de  la 
^ète  d'un  enfant;  elle  était  formée  par  du  tissu  cérébriforme 
d'une  couleur  jaune  ,  parsemé  de  petites  cavités  remplies  de 
sang  et  de  pus.  Le  foie  présentait  aussi  une  grande  quantité  de 
tubercules  cancéreux. 

M.  Chomel  (a)  a  rapporté  un  cas  de  cancer,  observé  chez  un 
vieillard  âgé  de  60  ans,  et  qui  avait  paru  prendre  naissance  à 
l'occasion  d'un  coup  reçu  vers  la  région  de  la  rate  et  de  l'esto- 
mac; un  état  de  langueur  précéda  de  quelques  mois  l'appari- 
ion  d'une  tumeur,  dont  l'accroissement  fut  tel  qu'elle  envahis- 
iait  une  partie  de  l'abdomen.  A  l'ouverture  du  corps,  on  trouva 
:jue  la  tumeur  était  formée  par  une  dégénérescence  cancéreuse 
3t  tuberculeuse  du  rein.  Ce  cas  est  surtout  remarquable,  en  ce 
que  les  autres  viscères  du  thorax  et  de  l'abdomen  n'offraient 
luoune  lésion. 

Le  docteur  Roques  (3)  a  publié  le  cas  d'un  militaire,  opéré 
l'un  sarcooèle  du  testicule  gauche,  et  qui  mourut  plus  tard 
l'un  cancer  du  rein  gauche  et  du  foie.  Le  rein,  transformé  en 
natière  encéphaloide,  pesait  plus  de  quatorze  livres. 

Le  docteur  Miriel  (4)  cite  le  fait  suivant  qui  est  des  plus  curieux  : 
«Françoise  Levelly,  âgée  de  35  ans,  se  présente  à  l'hôpital 
nvil  de  Brest,  le  6  avril  1809,  pour  être  admise  4  faire  ses 
;ouches.  Cette  femme  se  trompait.  On  ne  prit  point  part  à  son 
'rreur,  et  elle  fut  renvoyée  dans  une  salle  ordinaire  ,  oîi  elle 
aourut  le  lendemain-  A  l'ouverture  du  cadavre,  on  trouva  une 
umeur  énorme  qui  avait  déplacé  et  porté  à  gauche  tous  les  in- 
estins  grêles,  le  cœcum  et  les  portions  ascendante  et  traosverse 
lu  colon.  Dirigé  par  l'uretère,  qui  se  perdait  au  centre  de  cette 

(1)  Bulletin  de  ta  Faculté  de  médecine  de  Paris,  t.  v,  1816,  p.  114. 

(2)  Journal  de  méd,  cliir,  et  de  pharmac,  iSiif.  —  Bibl.  méd.,  t.  xi.v,p.  8(. 

(3)  Bulletin  des  sciences  médicales,  l8ag,  t.  xvii,  p.  i33, 

(4)  Miriel  (G.).  Reflexions  sommaires  suri' importance  du  diagnostic,  ia-4 
^aris  i8io,  pagQ  i3. 


6o6  TISSUS  fi^TKROLOGtlES . 

t'umeuï',  dont  le  voluhle  extraordinaire  en  avait  impofeé  à  cette 
fpinme,  de  manière  à  lui  faire  croire  qu'elle  étâil  tencéinle, 
M.  Durel,  cliilurj^ieri  eh  clief  de  la  marine,  au  porl  de  Brest, 
reconnut  que  c'étàit  lé  rein  droit.  Sa  forme  était  ovoïde,  son 
poids  de  six  livi'ës  et  demie,  et  éette  masse  informe  s'étendait 
depuis  le  pilier  dù  diaphragme  jusque  dans  le  bassin.  Divisé 
par  tranches  mitices,  suivant  sa  longueur  et  sa  largeur,  il  fut 
impossible  de  reconnaître  la  substance  qui,  dans  l'état  sairi,  cori- 
tribûe  à  là  fol'ihalion  du  rein.  Cet  organe  était  dénaturé,  désor- 
ganisé ,  et  n'oîTrait  qu'iirie  substance  molle,  blanche ,  et  qui 
avait,  quant  à  la  consistance  et  à  la  couleur,  une  ressemblance 
parfaite  avec  la  pulpe  cérébrale.  Enfin ,  sans  la  présence  de 
l'uretère,  il  eût  été  impossible  de  rencontrer  la  moindre  trace 
dù  réin. 

M.  le  docteur  Ginlrac  (i)  a  publié  deux  observations  de  can- 
cer des  reins,  avec  des  remarques  intéressantes  sur  cette  mala- 
die. L'une  de  ces  observations  est  celle  d'un  homme  de  54  ans, 
mort  d'un  cancer  du  rein  gauche.  Cet  organe  était  transformé 
en  une  masse  de  matière  encépbaloïde;  il  y  avait  des  tubercules 
dans  les  poumons.  L'autre  est  celle  d'un  homme  de  ôg  ans,  mort 
d'un  cancer  du  rein  droit.  Les  mamelons  étaient  ramollis  et  dé- 
générés en  matière  encéplialoïde;  il  y  avait  aussi  dans  le  rein 
gauche  plusieurs  tubei-cules  cancéreux.  La  capsule  surrénale 
était  convertie  en  une  masse  cancéreuse.  La  veine-cave  con- 
tenait infèrieurement  un  caillot  pareil  à  la  dégénérescence 
caucéreusè  ramollie  j  la  veine  azygos  était. remplie  cïe  matière 
enceplialoïcle. 

fiance  (2)  a  vu  un  vieillard  de  78  ans  atteint  d'un  cancer  de 
l'intestin  ,  des  ganglions  mésentériques  et  du  foie.  Les  reins 
contenaient  quatre  ou  cinq  noyaux  de  matière  encéphaloïde,  à 
l'état  de  crudité. 

M.  Renauldin  (3)  dit  que,  chez  une  femme,  âgée  de  65  ans,  le 

(i)  Gintrac.  Mémoires  et  observ.  de  méd,clmiq.  el  d'anal. pathol.,  page  rôg, 
Bordeaux,  i83o.  .. 
•  (a)  Archivés  générales  de  médecine,  t.  xxv,  page  45,  r83l. 

(3)  Archives  générales  de  médecine,  a°  série,  t.  u,  pag,  588,  1833. 


CANCER  DES  REràs  {lustorîque).  687 

rein  gauche,  augmenté  de  volume  par  suite  d'une  dégénéres- 
cence cartt^reuse,  avait  été  pris  pour  line  tunieut-  de  la  ràte. 
Il  y  avait  dans  le  ventricule  gauche  du  cœur  une  tuthèur  can- 
creuse  dti  volume  d'une  noix. 
Le  docteur  INorris  (i)a  vu,  chez  un  homme  de  5g  ans,  ctontleà 
glatides  tnésentériques  étaient  cancéreuses,  le  foie,  le  pancréas^ 
les  reins,  le  sternurri,  etc.,  offrir  des  lésions  cancéreuses.  ' 

Le  docteur  Houssard  (2)  â  observé  titr  câs  de  càhcer  dû  rélli 
ch'oit  et  du  foie  chez  une  femme  âgée  de  izS  ans. 

M.  Cruveilhier  (3)  a  cité  un  cas  de  cancéi"  du  rein  droit,  dti 
foie  et  des  poumon^. 

M.  Bouillaud  (4)  a  observé ,  chez  ùn  homnle  de  6d  rihs ,  ùiie 
légénérescence  tuberculeuse  et  encéphaloïde  dû  rein  droit, 
[Ui  s'étendait  de  la  fosse  iliaque  jusqu'au  fôie. 

M.  le  docteùr  Vallerand  de  Lafossé  (5)  a  rapporté  ttn  cas  dé 
;ancèr  du  rein  droit,  observé  chez  tin  homriie  de  3o  àns'.  Le" 
oin  était  presque  entièrement  converti  en  tubercules  cancé- 
cux,  il  y  avait  des  tubercules  dans  les  poumons. 

M.  Roslan  (6)  a  observé  un  cas  de  cancer  de  l'éstonlac  et  dii 
oin  droit  cliez  une  femme,  âgée  de  64  ans. 

Le  docteur  John  Darwall  (7)  a  rapporté  soUs  lé  nom  dé 
ihysconie  rénale  denx  observations  de  tuineurs  rénales  qui 
)araissent  être  des  cas  de  cancer  du  rein ,  l'un  observé  chez 
me  vieille  feranlë  ëi,  l'autre  chez  un  jeune  homme  de  22  àné. 

tJn  caâ  cité  par  M.  îlécaraièr  (S)  parait  être  àUssi  ilii  câà  )Îé!' 
légénéf'escence  cancéreuse  du  rein  gailchë.  Là  litàlade  était  ùtië 
emme  d'un  âge  avancé;  les  poumons  contenàient  quëlqués  tiï'-' 
^erculés. 

(1)  Edinb.  med.  and surg. journal ,  vol.  xvi,  p.  56a,  1820. 

(2)  Bill,  méd.,  loin,  i.ix,  page  35o,  1818. 

(3)  Nouvelle,  bild.  méd.,  t.  iii,  p;  y^'i,  xiig. 

(4)  Journ.  coinpl.  des  se.  médt,  t.  xxxi,  pbç.  t6,  1848. 

(5)  Nouvelle  Mil.  méd;,  t.  viii,p.  42, Paris,  iSaS: 
(G)  Ndui-eau  j'ourii.  de  inéd.,  t.  yi,  p.  2l5,  1819. 

(7)  (idinb.  mcd.  ànti  sM^.  j6Um.it  iGo,  Ï8ii3. 

(8)  Revue  médicale,  1. 11,  p.  i8,  1824. 


688  TISSUS  HKTiROLOGUIÎS. 

T.-F.  Ilancc-(  I  )  a  rapporté  le  cas  d'une  péù  le  fille  d'un  an  etcinq 
mois,  laquelle  portail  dans  l'hypochondre  gauche  une  tumeur 
qui,  au  toucher,  paraissait  avoir  le  volume  d'un  œuf  de  poule. 
Six  mois  après ,  on  découvrit  une  tumeur  dans  l'hypochondre 
droit.  Puis  il  survint  une  hématurie.  Après  la  mort,  on  trouva 
à  la  place  des  reins  deux  tumeurs  cancéreuses  fongoïdes.  On 
peut  rapprocher  de  ce  cas  celui  d'un  enfant ,  âgé  de  4  ans  et 
mort  d'un  cancer  hématode  du  rein  droit,  et  dont  l'ohservation 
a  été  publiée  par  M.  Bennett  (a);  le  rein  pesait  quatre  livres 
environ,  les  autres  organes  étaient  sains. 

M.  Velpeau  (3)  a  publié  plusieurs  observations  remarquables 
de  dialhèse  cancéreuse,  avec  dépôt  de  matière  encéphaloïde 
dans  les  reins  ou  le  bassinet. 

Le  docteur  Sandwich  (4)  a  observé  un  cas  de  cancer  du  rein 
droit  chez  une  vieille  femme  qui  avait  été  sujette  à  des  coliques 
néphrétiques  et  à  des  pissemens  de  sang.  Le  rein  droit  pesait 
près  de  huit  livres. 

§  gao.  Les  cas  de  cancer  des  reins  qu'on  rencontre  dans  la 
pratique  peuvent  être  classés  dans  trois  catèyories.  La  première 
comprend  les  cas  de  dépôts  de  matière  encéphaloïde  dans  les 
reins,  sans  augmentation  notable  du  volume  de  ces  organes 
et  sans  hématurie  {cajicer  latent)  ;  la  seconde, les  cas  de  cancer 
du  rein  ou  du  bassinet,  principalement  caractérisés  par  des 
douleurs  rénales  et  par  une  hématurie  habituelle,  sans  aug- 
mentation notable  du  volume  du  rein  (ces  cas,  quoique  moins 
obscurs  que  les  premiers,  sont  plus  souvent  soupçonnés 
que  reconnus  pendant  la  vie);  enfin,  une  troisième  catégorie 
se  compose  des  cas  de  cancer,  annoncés  par  une  tumeur  ré- 
nale ,  dure^  facilement  appréciable  au  toucher  et  par  une  héma- 
turie habituelle. 

(1)  Fongns  bématode  des  reins  (Jiibl.  ntéd.,  t.  ir.vrx,  pag.  n4,  i8i5). 

(2)  Londonmed,  Gazelle,  t.  vtii,  p.  183,  l83i. 

(3)  Revue  mid..  \.  iv,  p.  219, 1826, — Ibid..  t.  ui,p.  77,  1826  Jbid.,t.iv, 

p.  217,  1826. 

(4j  Case  of  fungns  )i,Tmalodes  of  tbekidpcy  {^Edinb.med.aridsurg.journ., 
Tol.x7r,pt38i,  tSao, 


CANCER  DES  REINS  [état  latent).  689 

Les  observations  suivantes  m'ont  para  propres  à  remplir 
<  quelques  lacunes  dans  l'histoire  générale  du  cancer  des  reins. 
1  Les  observations  i,  ii,  m  et  iv  montrent  comment  la  périto- 
1  nite,  le  cancer  de  l'estomac  ou  de  l'intestin  peuvent  masquer 
;  l'expression  symptomatique  du  cancer  des  reins.  Les  observa- 
i  lions  I,  II,  m,  etc.,  sont  des  exemples  de  cancer  latent  des 
r  reins  et  de  diathèse  cancéreuse.  L'observation  ix  est  un  exemple 
fort  extraordinaire  de  cancer  du  rein  droit,  s'ouvrant  dans  le 
-  duodénum.  L'observation  xi  est  un  exemple  des  cas  de  cancer 
:  des  reins  qu'il  est  facile  de  reconnaître  pendant  la  vie.  Enfin, 
.  les  observations  m,  iv,  xi,  etc.,  sont  propres  à  donner  une  idée 
^1  générale  àes  hydropisies  consécutives  à  la  dégénérescence  can- 
céreuse des  reins. 

§  931.  Première  série.  —  M.  le  docteur  Aubé  m'a  remis  le 
rein  d'une  femme  morte  d'une  péritonite  à  l'hôpital  iieaujon. 
Cette  femme  était  entrée  à  l'hôpital  quelques  jours  seulement 
avant  sa  mort.  Elle  y  avait  été  admise  pour  y  faire  ses  cour 
ches.  Le  travail  avait  été  très  laborieux  ;  la  version  avait  été 
nécessaire  et  avait  offert  beaucoup  de  difficultés.  Il  en  résulta  une 
métro-péritonite  à  laquelle  cette  femme  succomba  trois  ou  quatre 
jours  après  sa  délivrance.  A  l'autopsie  du  corps  les  recherches 
furent  principalement  dirigées  vers  l'utérus  :  il  existait  une 
)éritonite  générale;  épanchement  de  sérosité  purulente,  accom- 
pagné d'adhérences  récentes  des  diverses  parties  de  l'intestin. 
||LL'utérus,  double  du  volume  de  la  tête  d'un  fœtus  à  terme,  pré- 
sentait intérieurement  une  exsudation  purulente.  Les  veines 
atérines  et  celles  du  bassin  contenaient  du  pus.  Rien  de  re- 
marquable dans  les  autres  organes,  si  ce  n'est  à  la  surface  d'un 
des  reins,  dans  la  substance  corticale  duquel  existait  une  petite 
masse  de  cancer  encéphaloïde  de  la  grossevir  d'une  noix  en- 
viron; ce  rein  de  forme  et  de  volume  ordinaires  ^  généralement 
peu  coloré ,  présentait,  vers  le  milieu  de  son  bord  convexe ,  un' 
tubercule  cancéreux  de  la  grosseur  d'une  petite  noix ,  faisant 
an  peu  saillie  à  l'extérieur  et  s'enfonçant  de  deux  lignes  environ 
dans  la  substance  corticale.  Au-dessus  de  cette  tumeur, 
la  membrane  du  rein  offrait  un  lacis  de  petits  vaisseaux.  A  la 
coupe ,  la  substance  de  la  tumeur  était  uniformément  blan-, 

in.  44 


690        CANCRR  DES  REINS  (état  latent). 

châtre,  peu  consistante  et  pouvait  s'écraser  sous  le  doigt. 

Ecrasée  sous  le  doigt ,  cette  substance  prend  une  teinte  un 
peu  rougeâtre  et  ressemble  à  la  substance  cérébrale  ramollie; 
près  de  cette  tumeur,  on  trouve  un  grain  cancéreux  gros 
comme  la  tête  d'une  épingle.  La  substance  rénale,  voisine  de 
ces  dépôts  ,  ne  paraît  pas  altérée. 

Il  n'y  avait  rien  de  semblable  dans  l'autre  rein  ,  ni  dans  au- 
cun organe.  Ce  rein  offrait  à  sa  surface  une  petite  bosselure, 
mais  le  tissu  n'en  était  nullement  altéré. 

Chez  une  autre  femme  morte  de  péritonite  puerpérale,  l'allé' 
ration  cancéreuse  était  aussi  à  l'état  rudimeutaire.  Un  des  reins, 
pesant  3  onces  3  gros  1/2,  présentait  à  sa  surface  quelques  rou- 
geurs et  un  certain  nombre  de  petits  grains  blancs  solides.  Dans 
un  des  cônes,  très  près  de  son  extrémité,  il  y  avait  une  tumeur 
arrondie,  grosse  comme  une  noisette,  blanchâtre,  un  peu 
molle  et  vasculaire  ,  ressemblant  beaucoup  à  certains  tubercu- 
les cancéreux  du  foie.  Les  calices  et  le  bassinet  étaient  injec- 
tés ;  les  cônes  étaient  d'un  rouge  assez  foncé. 

Ous.  I.  —  Caucer  du  rein  à  l'ét.at  radimcnlaire  ;  cancer  du  foie  et  de 
l'estomac,  —  Péritonite-  — Douleurs  hépatiques  et  douleurs  rénales  ;  hy- 
dropisie. 

Fontaine  (Auguste) ,  né  à  Paris,  orfèvre,  d'une  conslitutiog 
lymphatique,  né  deparens  sains,  n'avait  eu  aucune  maladie  jus- 
qu'à l'âge  d^  i4  ans;  à  cette  époque  il  fut  atteint  de  la  petite- 
vérole,  et  depuis  il  dit  n'avoir  éprouvé  que  des  indisposi- 
tions passagères. 

Depuis  un  an  il  a  senti  des  douleurs  vagues  dans  le  dos,  à  la 
partie  antérieure  de  la  poitrine,  à  la  région  de  l'estomac,  surtout 
après  le  i-epas ,  avec  des  vents  qui  lors  de  leur  sortie  donnaient 
une  secousse  à  la  région  épigaslrique. Depuis  quatre  mois  les  fla- 
tuosilés  sont  devenues  plus  fréquentes,  avec  douleurs  lanci- 
nantes à  la  poitrine,  sans  toux,  ni  crachats.  Douleurs  de  reins 
par  intervalles.  Tous  ces  symptômes  ont  augmenté  depuis  cinq 
semaines  ;  la  face  est  bouffie  ;  les  jambes  sont  tuméfiées. 

Le  i5  septembre,  joues  flasques,  jambes  œdématiées,  surtout 


CANCER  DES  REINS  {état  latent).  691 

le  soir;  depuis  cinq  jours  douleurs  au  mollet  gauche,  dégoût 
pour  le  pain  et  le  vin,  douleurs  à  la  région  épigastrique,  qui  est 
très  sensible  à  la  moindre  pression  ;  douleurs  à  la  poitrine  et  au 
dos  surtout  dans  la  région  du  foie;  la  surface  du  lobe  gau- 
che de  cet  organe  est  comme  brunie.  Les  douleurs  sont  lanci- 
nantes; assoupissement  presque  continuel  ;  douleurs  à  la  région' 
des  reins;  urines  en  apparence  naturelles,  et  peu  acides  {Eau 
de  Seltz  ;  trois  tasses  de  lait ,  deux  bouillons) . 

Les  jours  suivans,  la  douleur  au  foie  est  plus  continue,  le 
ventre  devient  même  généralement  douloureux,  sans  hoquet, 
ui  v^omissemens.  Mort  le  14,  à  quatre  heures  du  matin.' 

Autopsie  du  cadavre.  Le  cerveau  mou;  sérosité  dans  les  ven- 
tricules ;  injection  de  la  pie-mère. 

Poitrine.  Le  larynx  contient  beaucoup  de  mucus;  adhérences 
au  sommet  des  deux  poumons,  qui  sont  froncés,  parsemés 
de  petites  cavernes  et  infiltrés  de  tubercules.  Engouement  de  la 
partie  postérieure  des  deux  poumons;  sérosité  sanguinolente 
dans  le  péricarde. 

Aldomen.  L'estomac  adhère  à  la  face  inférieure  du  lobe 
moyen  du  foie.  Cet  organe,  plus  volumineux  que  dans  l'état 
sain,  est  parsemé  d'un  grand  nombre  de  tumeurs  cancéi'euses, 
encéphaloïdes,  irrégulièrement  arrondies,  à  divers  degrés  de 
volume  et  de  consistance.  Le  tissu  contigu  à  ces  tumeurs  est  d'un 
I  ouge  foncé  ;  la  rate  est  molle  ;  dans  le  petit  bassin  il  y  a  beau- 
coup de  flocons  pseudo-membraneux,  résultant  d'une  périto- 
nite récente.  Le  péritoine  contenait  environ  un  litre  de  liquide 
rougeâtre ,  d'odeur  fétide  ;  le  pylore  et  une  partie  du  bas.-fond 
del'eislomac  étaient  cancéreux.  Depuis  le  duodénum  jusqu'au 
cœcura  teinte  verte  foncée,  uniforme,  de  l'intestin.  Amas  de  ma- 
tière fécale  dans  un  grand  tiers  du  gros  intestin. 

Les  reins ,  légèrement  augmentés  de  volume ,  sont  infiltrés 
de  petits  noyaux  de  matière  encéphaloïde.  Les  uretères  et  la 
vessie  étaient  sains. 


44. 


692         CANCËR  T)T.s  niîiNS  (état  latent). 


Obs.  II.  —  Cancer  de  l'estomac,  et  du  foie;  petits  dépôts  cancéreux  dam 
la  substance  corticale  des  deux  reins  ,  non  sensiblement  augmentés  de 
volnme  ;  urines  acides  sans  altération  notable. 

J.-B.  Giroux,  portier,  entra,  le  i"  avril  i836,  à  l'hôpital  de 
la  Charité.  Cet  homme,  âgé  de  4»  ans,  d'une  haute  stature 
et  d'un  tempérament  nerveux  ,  s'était  toujours  assez  bien 
porté,  lorsqu'il  y  a  trois  à  quatre  mois  il  éprouva,  à  la  suite 
de  chagrins,  quelques  douleurs  du  côté  de  l'estomac  et  qui  se 
faisaient  sentir  pendant  la  digestion  ;  il  n'en  continua  pas  moins 
à  travailler.  A  ces  douleurs  se  joignirent  des  vomissemens  quel- 
quefois verdâtres,  quelquefois  noirâtres,  et  une  perte  de  force, 
avec  amaigrissement  notable. 

Teinte  jaune-paille  légère,  décubitus  sur  le  dos,  faiblesse 
générale  prononcée  ;  le  malade  se  plaint  quand  il  lui  faut  exé- 
cuter quelques  mouvemens  dans  son  lit;  la  voix  est  éteinte. 
Au  bas  de  l'épigastre  on  sent  une  tumeur  du  volume  du  poing, 
inégale,  résistante,  un  peu  douloureuse  à  la  pression,  qui 
fait  corps  avec  l'estomac  et  surtout  avec  la  région  pylorique, 
et  se  termine  vers  le  foie  sans  lui  adhérer.  Douleur  à  l'épi- 
gastre, principalement  dans  la  tumeur;  douleur  obtuse  et 
continue  avec  quelques  exacerbations  ;  perte  complète  d'ap- 
pétit; vomissemens  souvent  répétés  de  matière  noirâtre,  sem- 
blable parfois  à  de  la  suie  ou  à  des  morceaux  de  charbon  tenus 
en  suspension  dans  l'eau.  Ces  vomissemens  ne  se  répètent  pas 
plus  de  trois  à  quatre  fois  par  jour,  quand  G...  ne  boit  pas;  mais 
comme  il  est  tourmenté  d'une  soif  vive,  il  ne  peut  résister  à 
ce  besoin  ;  alors ,  il  survient  des  vomissemens  une  demi-heure 
environ  après  l'ingestion  du  liquide.  Tantôt  il  y  a  constipa- 
tion, d'autres  fois  dévoiement,  c'est-à-dire  trois  ou  quatre  selles 
liquides  etnoirâtres  dans  les  vingt-quaire  heures.  Langue  recou- 
verte d'un  enduit  jaunâtre ,  épais  à  la  base,  rosée  à  la  pointe  et 
sur  les  côtés;  inappétence  complète  ;  quelquefois  des  hoquets; 
urines  très  foncées  en  couleur,  d'une  odeur  nauséabonde ,  et 
acides  (on  les  avaient  trouvées  alcalines  un  matin,  mais  elles 
avaient  été  rendues  dans  une  urinoire  sale);  pouls  faible,déprimé, 
(60  pulsations  par  minute)  ;  assoupissement  (applications  émoi' 


CANCER  DES  REINS  {état  latent).  693 

1  mentes;  eau  de  Seltz)^  uu  peu  de  soulagement ^  mort  le  10 
i  lonai. 

I  Autopsie  du  cadavre.  L'estomac  a  éprouvé  une  si  forte  dis- 
Lcnsion  qu'il  descend  jusqu'au  niveau  des  crêtes  iliaques  ;  les 
parois  en  semblent  saines  et  de  même  épaisseur  dans  les  deux 
l^iers  supérieurs.  A  partir  de  ce  point  jusqu'à  trois  pouces  au- 
dessus  de  la  valvule  pylorique ,  la  membrane  muqueuse  de  ee 
j^àscère  est  d'un  rouge-brun  et  se  déchire  assez  facilement  ; 
Bloute  la  sui'face  de  cette  membrane  est  salie  par  des  mucosités 
brunâtres. 

Dans  la  région  pylorique,  l'estomac  présente  jusqu'à  sa  ter- 
minaison la  désorganisation  cancéreuse  à  un  degré  très 
ivancé.  A  la  coupe,  on  aperçoit  un  tissu  blanc-grisâtre,  lar- 
iacé ,  dont  l'épaisseur  est  depuis  une  jusqu'à  trois  et  quatre 
ignés.  Des  couches  d'aspects  divers  correspondent  aux  mem- 
branes de  l'estomac  ;  on  distingue  surtout  la  couche  rausculeuse 
lypertrophiée. 

La  membrane  muqueuse  brunâtre ,  mamelonnée,  ulcérée 
ians  quelques  points ,  présente  çà  et  là  des  fongosités  et  des 
excroissances  considérables.  Dans  certains  points ,  elle  est  en- 
lurcie;  dans  d'autres,  elle  a  l'aspect  d'une  bouillie  lie  de  vin. 

La  dégénérescence  cancéreuse  est  d'autant  plus  avancée, 
{u'on  se  rapproche  davantage  de  l'orifice  pylorique;  la  valvule 
lylorique  est  en  partie  détruite. 

La  péritoine  et  surtout  l'épiploon  gastro-colique ,  offrent 
)lusieurs  masses  ou  tumeurs  encéphaloïdes  à  un  état  plus  ou 
noins  avancé.  Le  reste  du  tube  digestif  est  notablement  injecté 
;t  rem:pli  de  la  matière  noirâtre  que  vomissait  le  malade. 

Le  foie  contient  dans  son  épaisseur  plusieurs  masses  cancé- 
euses  du  volume  d'une  lentille  jusqu'à  celui  d'une  noix,  dures, 
l'un  tissu  blanchâtre,  composées  de  petits  lobes,  comme  ma- 
nelonnées,  et  qu'on  peut  éaucléer  facilement. 

Yers  la  face  supérieure  du  rein  droit  et  sur  son  bord  con- 
/exe,  on  observe  une  petite  masse  cancéi'euse  du  volume  d'un 
)ois;  cette  petite  masse  cancéreuse  est  plus  dense  et  moins 
grenue  que  celles  du  foie  ;  le  cœur  est  sain.  Grains  cancéreux 
lans  le  rein  gauche. 


CANCER  DES  REINS  {état  latent). 


Quelques  adhérences  anciennes  dans  la  poitrine  j  un  peu 
d'engouement  à  la  base  des  poumons. 
Téte.  Cerveau  sain. 

Obs.  m.  —  Cancer  ulcéré  du  cœcnm;  cancer  des  reins;  bydropbie  géné- 
rale; tubercules  pulmonaires. 

Un  vieillard  qui  portait  une  tumeur  dans  la  région  du  cœ- 
cura ,  fut  admis  dans  mon  service  à  l'hôpital  de  la  Charité. 
Il  offrait  une  apparence  cachectique  avec  œdème  et  diarrhée 
coUiquative  ,  et  mourut  peu  de  temps  après  son  admission  à 
l'hôpital.  L'autopsie  du  cadavre  fut  pratiquée  24  heures  après 
la  mort. 

Etat  extérieur.  Face  et  membres  extrêmement  maigres  ;  peau 
d'un  jaune  paille;  membres  inférieurs  infiltrés  de  sérosité; 
ventre  un  peu  ballonné. 

Tête.  Les  enveloppes  du  cerveau  sont  infiltrées  de  beaucoup 
de  sérosité  ;  la  substance  cérébrale  a  peu  de  consistance. 

Poitrine.  Point  d'épanchement  dans  les  plèvres.  Le  poumon 
droit  est  un  peu  œdémateux  à  sa  partie  postérieure  ;  dans  le 
lobe  supérieur  du  poumon  gauche  existe  une  masse  dure  ,  du 
volume  d'un  œuf  de  poule ,  qui ,  incisée,  est  constituée  par  un 
amas  de  tubercules;  le  tissu  pulmonaire  intermédiaire  à  ces 
masses  est  dur,  gris,  et  crie  sous  le  scalpel. 

Le  cœur  ne  présente  aucune  altération.  Le  péritoine  contient 
environ  un  litre  de  sérosité  roussâtre.  L'estomac  ne  présente 
rien  à  noter.  Dans  la  moitié  inférieure  de  l'intestin  grêle,  on 
voit,  de  distance  en  distance,  à  travers  le  péritoine,  des  taches 
blanchâtres.  L'intestin  ouvert  présente  une  teinte  ardoisée  et 
de  petites  places  rouges.  Sous  la  membrane  muqueuse  de 
l'iléon,  on  remarque  de  petits  dépôts  de  tissu  encéphaloïde 
blanchâtres,  assez  durs,  du  volume  d'une  lentille  ;  dans  l'inté- 
rieur du  cœcum ,  il  y  a  plusieurs  ulcérations  ;  la  valvule  cœcale 
est  presque  détruite.  Les  tuniques  du  cœcum  ont  beaucoup 
augmenté  d'épaisseur  j  en  quelques  points ,  elles  ont  cinq  à  six 
lignes. 

Le  colon  offre  plusieurs  ulcérationa  irrégulières,  et,  enqucl- 


à 


CANCER  DES  REINS  {état  latent). 


ques  points,  de  la  rougeur,  avec  un  peu  de  boursouflement  de 
la  membrane  muqueuse.  La  rate  et  le  foie  ont  leur  volume  et 
leur  consistance  ordinaires,  mais  il  y  a  dans  le  foie  quelques 
points  durs,  blancliâtres ,  du  volume  d'une  petite  noix  (tissu 
cncéphaloïde).  Ces  masses ,  au  nombre  de  sept  à  huit ,  ne  sont 
pas  enkystées ,  et  autour  d'elles  la  substance  corticale  est  un 
peu  injectée. 

Les  reins,  de  volume  ét  dé  consistance  ordinaires,  présen- 
tent ,  comme  le  foie,  dé  petites  masses  de  matière  encépba- 
loïde  du  volume  d'une  noisette,  au  nombre  de  cinq  ou  six 
dans  cbaque  rein  ;  elles  sont  situées  dans  la  substance  corticale 
et  font  un  peu  de  saillie  à  l'extérieur  du  rein.  Une  injection 
fine,  poussée  par  la  veine  rénale,  a  très  bien  pénétré  dans  la 
substance  du  rein  et  même  au  centre  cles  noyaux  de  sub- 
stance cncéphaloïde. 

Les  uretères,  la  vessie  et  l'urèthre,  sains. 

Obs.  IV.  —  Noyau  cancéreux  dans  lé  rein  droit;  anémie  et  atrophie  du 
rein  gauche;  altération  cancéreuse  des  ganglions  du  col  et  de  l'abdomen^ 
cancer  de  l'estomac,  du  foie,  etc.,  avec  hydropisie  ascite,  œdème  du 
tronc  et  des  membres  inférieurs. 

Joséphine  Legrand  entra  à  l'hôpital  de  la  Charité,  pour  s'y 
faire  soigner  d'unè  cachexie  cancéreuse  à  laquelle  elle  suc- 
comba le  6  avril  i83i.  On  fit  l'autopsie  du  corps  vingt-sept 
heures  après  la  mort. 

Etat  extérieur.  Ventre  distendu  par  des  gaz;  infiltration  des 
muscles  et  du  tissu  cellulaire  des  membres  inférieurs  et  du  dos. 

Abdomen.  La  cavité  péritonéale  contient  deux  pintes  environ 
de  sérosité  verdâti-e.  En  écartant  les  circonvolutions  intesti- 
nales, on  sent  au-dessous  du  mésentère  une  masse  volumineuse, 
dure,  située  de  chaque  côté  de  la  ligue  médiane.  Cetté  masse 
est  formée  par  des  glandes  cancéreuses  énoi'mes.  L'eslomae 
adhère  en  avant  au  bord  tranchant  du  lobe  moyen  du  foie  ; 
en  arrière,  à  la  masse  cancéi-euse  dont  il  vient  d'être  parlé.  Le 
canal  hépatique,  de  la  grosseur  d'une  très  grosse  plume  d'oie, 
et  le  canal  cholédoque  sont  placés  au-devant  de  celte  masse 


696        CANCER  DES  REINS  {état  latent). 

cancéreuse;  la  veine-porte  est  aplatie  et  vide  de  sang;  la  pe- 
tite courbure  de  l'estomac  et  la  fin  de  l'œsophage  sont  occupées 
parune  masse  cancéreuse,  bosselée,  inégale,  ramollie  en  plu- 
sieurs points,  assez  consistante  en  d'autres  ;  la  membrane  raus- 
culeuse  est  d'un  blanc  bleuâtre  et  hypertrophiée. 

A  la  surface  du  foie  et  dans  son  épaisseur  existent  de  nom- 
breux noyaux  de  matière  cérébriforme,  à  l'état  de  crudité.  Plu- 
sieurs de  ces  noyaux  sont  comme  renfermés  dans  une  mem- 
brane, et  on  en  fait  aisément  l'énucléation.  Dans  d'autres  points, 
cette  matière  est  infiltrée  dans  le  tissu  de  l'organe.  Pancréas 
sain  ,  quoiqu'en  contact  avec  une  masse  cancéreuse. 

Le  duodénum  est  placé  au-dessous  de  la  tumeur,  qu'il  en- 
toure en  quelque  sorte  de  manière  à  n'être  point  comprimé. 
L'uretère  gauche  est  accolé  à  cette  masse. 

Les  veines  rénales  contiennent  du  sang  liquide;  les  reins 
sont  petits;  la  substance  corticale  est  pâle.  11  y  a  de  la  graisse 
en  assez  grande  abondance  autour  du  bassinet  du  rein  gauche  ; 
le  rein  droit,  moins  pâle  que  le  gauche,  présente  un  noyau  de 
matière  encéphaloïde.La  masse  cancéreuse  prélombaire,  blan- 
che et  dure,  comprend  dans  son  épaisseur  l'aorte  et  les  bran- 
ches qu'elle  fournit  jusqu'à  sa  bifurcation.  A  partir  de  la 
mésentérique  supérieure  ,  le  calibre  de  Partère  est  diminué. 

La  veine-cave  inférieure,  située  en  dehors  de  la  masse,  n'a 
point  diminué  de  calibre,  bien  qu'elle  soit  entourée  de  prolon- 
gemens  de  matière  cancéreuse. 

Poitrine.  Un  peu  de  sérosité  dans  le  péricarde;  hypertrophie 
concentrique  du  ventricule  gauche.  La  partie  postérieure  des 
poumons  est  engouée  ;  un  peu  d'injection  dans  l'iléon,  et  plus 
bas  quelques  ulcérations  ou  érosions  superficielles  de  la  mem- 
brane muqueuse;  plusieurs  ulcérations  dans  le  colon. 

A  la  partie  latérale  gauche  du  cou  existe,  au-dessousde  la  peau, 
du  peaucier ,  des  muscles  slerno-masloïdien  et  thyroïdien  et 
omoplato-hyoïdien  ,  une  tumeur  du  volume  du  poing  du  sujet. 
Cette  tumeur  s'enfonce  en  arrière  de  la  clavicule  et  refoule  un 
peu  le  sommet  du  poumon  en  faisant  une  légère  saillie  dans 
la  cavité  thoracique.  Cette  tumeur,  formée  de  tissu  squirrheux 
lardacé,  criant  sous  le  scalpel,  est  étrangère  au  corps  thyroïde, 


CANCER  DES  REINS  {état  latent).  697 

^atrophié  par  la  compression  qu'elle  exerce  sur  lui.  L'œsophage 
dans  le  point  correspondant  présente  une  arborisation  vascu- 
laire  des  plus  considérables. 

Têle.  Un  peu  de  sang  liquide  dans  le  sinus  longitudinal  supé- 
rieur ;  les  ventricules  latéraux  contiennent  une  cuillerée  à  bou- 
che de  sérosité  transparente  ;  le  cerveau  et  le  cervelet  sont  un 

^peu  mous  j  la  moelle  épinière  est  saine  dans  toute  son  étendue. 

''Obs.  V.  —  Dégénérescence  cancéreuse  et  tuberculeuse  des  reins  chez  une 
femme  âgée ,  dont  le  cerveau  et  les  poumons  offraient  des  altérations 
de  même  nature. 

Durand,  marchande  des  quatre  saisons,  âgée  de  Sg  ans, 
tteinte  d'hémiplégie  depuis  quelques  mois,  entra  à  l'hôpital 
le  la  Charité,  le  5  septembre  i838. 

Regardée  comme  infirme  et  incurable,  elle  fut  peu  observée  ; 
'n  ne  s'occupait  d'elle  que  pour  la  faire  passer  à  la  Salpétrière, 
orsqu'elle  fut  prise  de  tous  les  sytnptôines  d'une  attaque 
l'apoplexie,  et  mourut  au  bout  de  quelques  heures,  le  26  sep- 

mbre  i838. 

Autopsie  du  cadavre.  —  Tête.  La  dure-mère  présente  à  sa 
arface  interne,  un  peu  en  arrière  du  point  correspondant  à 
ï  fontanelle  postérieure,  une  petite  masse  irrégulière  de  tissu 
lanchâtre,  granuleux,  assez  dure,  et  du  volume  d'une  noi- 
ette.  Cette  tumeur  a  l'aspect  et  la  consistance  du  tissu  squir- 
lieux;  elle  adhère  intimement  à  la  dui'e-mère. 
Les  circonvolutions  de  l'hémisphère  gauche  du  cerveau  et 
•s  anfractuosités  qui  les  séparent  sont  peu  apparentes.  En  in- 
isant  la  partie  postérieure  de  cet  hémisphère,  à  trois  lignes 
e  profondeur,  on  découvre  une  cavité  accidentelle  de  deux 
ouces  de  diamètre  d'avant  en  arrière  et  de  quinze  lignes  de 
iamètre  transverse,  cavité  remplie  d'un  liquide  jaunâtre, 
pais ,  dans  lequel  nagent  des  flocons  et  des  détritus  de  matière 
ncéphaloïde,  de  petits  grains  blancs  ou  jaunâtres  d'une  con- 
istance  cancéreuse.  Les  parois  de  cette  cavité,  tapissées  par 
ne  couche  de  cette  même  matière,  ne  ressemblent  pas  aux 
arois  jaunâtres  des  cavités   consécutives   aux  hémorrha- 
ies  cérébrales.  Dans  l'épaisseur  du  lobe  postérieur  de  l'hé- 


i 


698        CANCER  DES  REINS  {état  latent). 

inisphère  droit,  il  y  a  une  cavité  semblable ,  mais  un  peu  plus 
petite- 

Poitrine.  Les  deux  poumons  sont  farcis ,  surtout  à  leur  par- 
tie postérieure  et  au  niveau  des  grosses  bronches  d'une 
innombrable  quantité  de  petites  masses  d'une  matière  blanche 
jaunâtre,  traversée  de  stries  noirâtres. Le  volume  de  ces  petites 
masses  varie  depuis  celui  d'une  noisette  jusqu'à  celui  d'un  œuf 
de  pigeon.  A  la  coupe,  ou  voit  qu'elles  sont  formées  de  gru- 
meaux de  matière  tuberculeuse  à  l'état  de  crudité  et  de  ma- 
tière encéphaloïde;  dans  les  intervalles  de  ces  masses  y  le  tissu 
pulmonaire  contient  quelques  granulations  grises.  Outre  ces 
diverses  lésions,  on  rencontre  dans  le  poumon  droit  plusieurs 
foyers*  circonscrits ,  pleins  d'un  pus  crémeux.  L'un  de  ces 
abcès ,  du  volume  d'un  œuf,  est  situé  à  la  partie  postéi-ieure 
du  lobe  supérieur  du  poumon  droit  j  la  base  de  ce  poumon  of- 
fre une  hépatisation  grise. 

Aldotnen.  Le  parenchyme  du  foie  ne  contient  que  trois'ou 
qùati'e  petites  masses  de  tissu  encéphaloïde;  une  tumeur  de 
même  nature  fait  saillie  à  l'extrémité  supérieure  de  la  rate, 
au-dessous  de  sa  membrane  propre.  Le  tube  digestif  et  le  pan- 
créas sont  sains. 

Le  rein  droit,  d'un  volume  normal,  a  une  densité  considé- 
i-able;  la  substance  corticale  est  infiltrée  dans  toute  son  éten- 
due, etjusque  dans  les  intervalles  des  tubes,  d'une  matière  jaune 
d'une  dureté  squirrheuse.  La  substance  tubuleuse  ne  présente 
d'autre  altération  qu'une  diminution  notable  de  volume  et  une 
augmentation  de  densité. 

Le  rein  gauche ,  du  volume  du  précédent ,  et  d'une  moindre 
consistance,  offre  la  même  altération  que  le  droit  dans  l'é- 
tendue d'un  pouce  carré  seulement,  oli  la  substance  corticale 
et  deux  cônes  sont  envahis  par  de  la  matière  tuberculeuse 
et  de  la  matière  cancéreuse.  Ces  matières  infiltrées  forment 
plusieurs  petites  saillies  d'un  blanc  rose  au-dessous  de  la  cap- 
sule propre  du  rein. 

Les  bassinets ,  les  uretères  et  la  vessie  sont  sains.  L'urine  ne 
contenait  point  de  sang. 
La  matrice  et  les  ovaires  sont  sains. 


CANCER  DES  REINS  {état  latent).  699 

§  923.  L'observation  suivante  est  remarquable  en  ce  qu'ellfe 
offre  un  exemple  peut-être  unique  de  cancer  de  la  membrane 
muqueuse  de  la  vessie,  des  uretères  et  du  bassinet  sans  lésion 
cancéreuse  des  reins. 

Obs.  VI.  —  Cancer  de  la  vessie ,  des  uretères ,  des  bassinets ,  du  foie  ; 
vice  de  situation  très  remarquable  du  colon. 

Scbouard  (Marie)  âgée  de  58  ans,  mourut  dans  le  service  de 
Lerrainier,  après  avoir  été  attaquée  de  douleurs  abdominales 
et  de  plusieurs  hématuries.  L'autopsie  du  cadavre  fut  fîiite 
trente  heures  après  la  mort. 

Tête  et  rachis.  Sinus  longitudinal  supérieur  contenant  des 
concrétions  fibrineusesjaunâlres. 

Le  tissu  cellulaire  sous-ara chnoïdien  était  infiltré  de  sérosité. 
Teinte  jaune  de  la  face  interne  de  la  dure-mère  ;  adhérence  de^ 
l'arachnoïde  cérébrale  des  hémisphères  avec  celle  qui  couvre 
la  face  interne  de  la  dure-mère  j  veines  cérébrales  supérieures 
contenantdes  caillots  fibrineux  jaunâtres;  ventricules  latéraux 
pleins  de  sérosité  ;  bonne  consistance  des  substances  cérébrales. 
A  la  face  interne  de  l'arachnoïde  crânienne,  petites  granula- 
tions blanches,  de  la  grosseur  d'une  tète  d'épingle.  Moelle  épi- 
nière  ferme  et  saine. 

Poitrine.  Poumons  engoués  et  infiltrés  de  sang.  Teinte  viola- 
cée de  la  trachée  et  des  bronches. 

74fic?07wen.  Deux  pintes  et  demie  de  sérosité  jaunâtre  et  trouble 
dans  la  cavité  du  péritoine.  Foie  très  volumineux,  s'étendant 
transversalement  d'un  hypochondre  à  l'autre,  et  de  haut  en  bas, 
à  droite  jusqu'à  la  fosse  iliaque,  sur  la  ligne  médiane  jusqu'au 
nombril,  et  à  gauche  jusqu'au  bord  latéral  des  fausses  côtes.  Le 
colon  était  logé  dans  une  dépression  de  la  face  supérieure  du 
grand  lobe  du  foie.  Le  foie  pesait  huit  livres  et  demie. 

Des  noyaux  cancéreux,  variant  depuis  le  volume  d'une  noi- 
sette j  usqu'à  celui  d'un  gros  œuf  de  perdrix,  tellement  nombreux 
qu'il  était  impossible  de  les  compter,  étaient  déposés  dans  le 
foie.  Plusieurs  présentaient  à  leur  centre  une  disposition  vas- 
culaire  très  marquée  ou  semblaient  pénétrés  de  sang,  tandis  que 
leur  circonférence  avait  une  blancheur  laiteuse.  Sous  la  raem- 


-yoo  CANCER  DES  REINS  {tuiueut'  rénolé). 
brane  propre  du  foie  et  au  pourtour  de  plusieurs  noyaux  caiv- 
céreux,  il  y  avait  une  injection  vasculaire  très  marquée.  La 
rate,  l'eslomac  et  l'intestin  étaient  sains;  il  y  avait  dans  le  mé- 
sentère quelques  ganglions  lymphatiques  cancéreux,  d'un  vo- 
lume considérable. 

La  substance  des  reins  était  saine  ;  mais  à  la  face  interne  de 
la  membrane  du  bassinet  on  voyait  de  petites  tumeurs  pédicu- 
lées  évidemment  formées  d'un  tissu  fibreux,  infiltré  de  matière 
encéphaloïde.  Semblable  altération  existait  dans  les  uretèi-es. 
Une  masse  cancéreuse,  formée  par  l'agglomération  de  petites 
tumeurs  analogues  aux  précédentes,  arrondies,  incrustées  de 
concrétions  calculeuses,  occupait  le  bas-fond  de  la  vessie. 

§  gaS.  Deuxième  série-  J'ai  rapproché  les  uns  des  autres  , 
dans  cette  seconde  série,  des  cas  de  cancer  des  reins,  avec 
tumeur  rénale ,  sans  manifestation  d'hématurie  ;  cas  dans  les- 
quels le  diagnostic  était  rendu  plus  difficile  encore  par  d'autres 
alFections ,  soit  du  cerveau ,  soit  du  foie  ou  des  poumons ,  ou 
du  péritoine,  etc. 

Ob8.  vu.       Paralysie  de  la  sensibilité  et  de  la  motilité  dans  le  bras  et 

la  jambe  du  côté  droit  ;  déviation  de  la  langue ,  droite  ;  écoulement 
involontaire  des  uriues  et  des  matières  fécales;  tumeur  du  foie  ;  tumeur 
formée  par  le  rein  droit;  douleurs  abdominales.  —  Ramollissement  non 
inflammatoire  de  l'bcmispUère  gaucbe  du  cerveau;  cancer  du  foie; 
des  reins,  d'une  capsule  surrénale,  du  tissu  cellulaire  et  des  ganglions 

du  mésentère. 

\ 

Auturbon,  Louise,  infirmière,  âgée  de  5o  ans,  d'un  tempé- 
rament sec  et  nerveux,  ayant  eu  une  maladie  grave  du  bas- 
ventre  il  y  a  deux  ans,  habituellement  triste  et  mélancolique, 
sans  que  des  dérangemens  de  santé  l'eussent  forcée  d  inter- 
rompre souvent  ses  occupations,  était  assez  mal  réglée  depuis 
deux  ans  (âge  critique).  Cette  femme  a  eu  la  gnppe,  et  depuis 
ce  temps  elle  a  toujours  conservé  du  malaise.  Une  recrudes- 
cence de  ses  douleurs  abdominales ,  survenue  il  y  a  onze  jours , 
a  paru  nécessiter  une  saignée. 

Le  29  mars  i837, malaise,  frisson,  anxiété  générale.  Dans  a 
journée,  A...  a  de  la  peine  à  parler  et  à  remuer  le  bras  et  la 


CANCER  DES  ftÈiNS  {tiimeur  rénale).  701 

j jambe  (nouvelle  saignée)  ;  le  3o  et  le  3i ,  aggravation  du  mal. 
Le  i'"'  avril  ,  déviation  de  la  commissure  gauche,  écoule- 
I  oonent  de  la  salive  ;  langue  fortement  déviée  à  droite  ;  paralysie 
^  incomplète  du  bras  et  de  la  jambe  droite;  douleur  vive  dans 
toute  la  partie  antérieure  de  la  tète;  diminution  de  la  sen- 
sibilité dans  le  bras  et  la  jambe  paralysée;  la  vue,  le  goût, 
l'ouïe,  l'odorat  ne  paraissent  pas  atteints;  les  pupilles  sont 
Ljales,  mais  un  peu  dilatées. 
Depuis  long-temps  il  existe  dans  l'épigastre  et  l'hypochondre 
droit  des  douleurs  vives.  A  droite  on  sent,  au  niveau  de  l'om- 
bilic, une  tumeur  arrondie,  marronnée,  dure,  qui  paraît 
continue  au  foie  et  qui  l'accompagne  dans  les  mouvemens 
l'inspiration.  Cette  partie  est  un  peu  douloureuse  à  la  pres- 
lion  ;  il  n'y  a  jamais  eu  d'ictère;  le  ventre  est  libre,  sans  con- 
itipation  ni  diarrhée  j  le  pouls  donne  76  pulsations  par  minute; 
a  respiration  est  libre;  les  urines  paraissent  naturelles  et 
i  -ougissent  le  papier  de  tournesol  (8  onces  de  sang  par  des 
ventouses  appliquées  aux  apophyses  masto'cdes  ;  6  grains  de 
loudre  d^  arnica  ;  eau  de  Sedlitz). 

Le  2  avril,  persistance  des  symptômes  sans  augmentation 
li  diminution  notables. 

Le  3,  paralysie  complète  de  la  niotilité  et  de  la  sensibilité 
lu  côté  gauche,  sans  contracture;  la  malade  ne  peut  parler  ni 
nème  ouvrir  la  bouche;  60  pulsations  par  minute  (vésïca- 
oires  aux  Jambes  ;  eau  de  Sedlitz). 

Le  4 ,  écoulement  involontaire  des  urines  qui  ne  contien- 
lent  point  dé  sang  {deux  houlcilles  d^cau  de  Sedlitz). 

Le  5,  persistance  de  la  constipation  {huile  de  croton  tiglium, 
une  goitilc). 

Le  6 ,  plusieurs  selles  et  urines  involontaires  ;  mort  le  7  au 
matin.  La  respiration  n'avait  commencé  à  s'embarrasser  que 
lans  la  soirée. 

Autopsie  du  cadavre  le  8  avril ,  vingt-quatre  heures  après  la 
nort.  — Etat  extérieur.  Embonpoint  médiocre,  cicatrices  à  la 
partie  antérieure  et  moyenne  des  deux  jambes. 

Tête.  La  dure-mère  n'est  pas  injectée;  le  feuillet  viscéral  de 
l'arachnoïde  est  soulevé  par  une  assez  grande  quantité  de  aé- 


7oa     CAiycÉR  des  reins  {lumeur  7'énaîe). 

rosité  à  la  partie  supérieure  du  lobe  postérieur  de  chaque  hé- 
inisphèie;  cette  membrane  elle-même  olFre  un  aspect  laiteux 
et  quelques  granulations  sur  la  partie  latérale  des  lobes  moyen 
et  postérieur  de  l'hémisphère  gauche  ;  la  substance  du  cer- 
veau est  notablement  ramollie  et  jaunâtre.  Le  ramollissement 
est  tel,  qu'un  léger  filet  d'eau  détache  avec  la  plus  grande  facilité 
la  substance  cérébrale,  qui  est  presque  diflluente.Ce  ramollisse- 
ment pénètre  à  la  profondeur  d'environ  un  pouce.  Dans  les  au- 
tres points,  la  consistance  du  cerveau  est  assez  ferme j  le  cer- 
velet, la  moelle  allongée,  la  protubérance  annulaire  n'ont 
présenté  aucune  altération. 

Poitrine.  Splénisation  du  lobe  inférieur  du  poumon  droit  ; 
bronches  saines  ;  poumon  gauche  un  peu  engoué;  cœur  sain. 

Ahdomai.  Tumeur  squirrheuse  de  la  grosseur  d'une  noix  à  la 
surface  convexe  du  foie  près  de  son  boi'd  antérieur.  Une  sem- 
blable tumeur  près  de  la  vésicule. 

Quelques  petits  noyaux  cancéreux  à  la  surface  de  la  rate. 
Une  masse  squirrheuse  de  la  grosseur  de  celle  du  foie,  fait  sail- 
lie à  la  face  postérieure  et  près  de  l'extrémité  supérieure  du 
rein  gauche.  Plusieurs  autres  masses,  plus  petites,  existent  aussi 
sur  la  face  antérieure  des  reins.  La  substance  corticale  est  gra- 
nulée ;  la  portion  de  substance  corticale  qui  sépare  les  cônes 
tubuleuxj  a  1*  même  apparence;  la  partie  supérieure  des  côues 
est  peu  distincte  de  la  subtance  corticale. 

Augmentation  considérable  du  volume  du  rein  droit,  dont  la 
surface  est  bosselée.  Ces  bosselures  sont  formées  par  des  tu- 
meurs dures,  blanches,  squirrheuses  qui  envahissent  les  deux 
substances,  mais  surtout  la  substance  corticale.  La  surface 
interne  du  bassinet  est  pâle  ;  elle  offre,  près  de  la  partie  infé- 
i-ieure,  un  grand  nombre  de  granulations  squirrheuses,  de  la 
grosseur  d'une  tête  d'épingle ,  isolées  ou  confluentes ,  et  qui 
sont  placées  près  de  l'origine  de  l'uretère. 

La  capsule  siu-rénale  correspondante  est  tuméfiée,  cancé- 
reuse. Les  uretères  et  les  vaisseaux  rénaux  sont  sains  ;  la  vessie 
est  petite. 

Le  tissu  cellulaire  du  mésentère,  celui  de  la  face  antérietu'e 
de  la  colonne  vertébrale,  les  ganglions  lymphatiques  de  la 


CATsrcER  DES  REiKs  {tumeuv  rénale).  703 

même  région  sont  convertis  en  une  masse  cancéreuse  ,  homo- 
gène. L'estomac  et  l'intestin,  sains. 

Obs.  Vin.  —  Cancer  des  reins,  du  poumon ,  du  cœur,  da  foie  et  des  gaa- 
glions  mésentériqnes  abdominaux;  tumeur  formée  par  le  rein  droit; 
inflammation  chronique  du  péritoine  et  de  ses  dépendances.  ' 

J'ai  fait  avec  M.  le  docteur  Danyau  fils ,  l'ouverture  du  ca- 
davre d'un  homme  mort  après  avoir  présenté  des  symptômes 
de  péritonite,  et  chez  lequel  nous  trouvâmes  le  rein  droi|; 
converti  en  une  énorme  tumeur  cancéreuse ,  qui  n'avait  point 
été  soupçonnée  pendant  la  vie. 

Le  cerveau  ne  présentait  rien  de  remarquable. 

Thorax,  Dans  les  cavités  du  cœur,  il  y  avait  une  quantité 
considérable  de  fibrine  décolorée  qui  s'étendait  dans  l'aorte  sous 
la  forme  d'un  cordon  long  de  plus  d'un  piedj  la  fibrine  avait 
sa  fermeté  et  son  élasticité  naturelles  et  ne  contenait  aucune  ma- 
tière hétérogène.  Dans  la  cloison  inter-ventriculaire  et  dans  la 
partie  qui  se  continue  avec  la  face  antérieure  du  cœur,  il  y  avait 
une  petite  masse  grisâtre  et  dure  ,  comme  lardacée,  de  la  gros- 
seur d'une  noisette.  L'aorte  et  la  veine-cave  étaient  saines.  Le 
poumon  droit  présentait  extérieurement  des  plaques  blanches, 
arrondies,  recouvertes  par  la  plèvre  et  qui  correspondaient  à 
des  masses  de  matière  cancéreuse.  Le  tissu  pulmonaire  qui  en- 
tourait ces  masses,  était  parfaitement  sain.  Le  poumon  gauche 
n'en  contenait  pas. 

Ahdomen.  A  l'ouverture  du  bas-ventre  il  s'écoula  un  li- 
qui  de  trouble ,  et  l'intestin,  réuni  en  une  seule  masse  par  de 
fausses  membranes  ,  anciennes  ,  grisâtres  ,  épaisses  et  fermes  , 
ne  pouvait  pas  être  déplissé.  Le  grand  épiploon,  très  épais,  ra- 
massé en  forme  d'une  bride  transversale  de  trois  doigts  à-peu- 
près  de  largeur ,  placée  immédiatement  au-dessous  la  grande 
courbure  de  l'estomac,  de  couleur  grisâtre  avec  quelques 
marbrures  sanguines,  présentait  à  la  section  une  matière 
d'aspect  et  de  consistance  lardacée  ,  au  milieu  de  laquelle  on 
voyait,  par  places,  une  autre  matière  d'un  jaune  mat  qui 
était  évidemment  de  la  graisse.  Le  péritoine  des  parois  du 


704      CANCER  DES  REINS  {tumeur  rénale). 

ventre  présentait  un  très  grand  nombre  de  petites  tumeurs 
arrondies,  très  dures,  formées  de  la  même  matière  que  celles  de 
l'épipioon.  Dans  le  gros  intestin,  il  n'y  avait  de  rougeurs 
que  dans  le  cœcura.  La  masse  intestinale  coupée  en  travers, 
présentait  un  aspect  extraordinaire  (même  dans  les  périto- 
nites) :  les  parois  intestinales  étaient,  comme  des  tuyaux  soudés 
ensemble.  On  voyait  quelques  rougeurs  dans  le  grand  cul-de- 
sac  de  l'estomac.  Les  ganglions  lymphatiques  étaient  volumi- 
neux et  cancéreux. 

Dans  le  côté  droit  du  ventre,  il  y  avait  une  énorme  tumeur, 
bosselée,  qui,  inférieurement,  s'étendait  jusqu'à  la  crête  de  l'os 
des  îles,  et  en  haut  jusqu'à  la  face  inférieure  du  grand  lobe  du 
foie,  auquel  elle  était  adhérente. Quoiqu'elle  présentât  un  grand 
nombre  de  bosselures  irrégulières  ,  sa  forme  générale  était 
celle  d'un  rein.  La  partie  supérieure  de  cette  tumeur,  plus  vo- 
lumineuse que  la  partie  inférieure,  se  cachait  sous  le  foie,  et  la 
partie  moyenne  était  comparativement  comprimée.  Toutes 
les  bosselures  de  la  face  postérieure  aussi  bien  que  celles  de  la 
face  antérieure  étaient  revêtues  d'une  membrane  très  vascu- 
laire,  d'un  quart  de  ligne  d'épaisseur,  et  qui  formait  ainsi  une 
sorte  de  capsule  pour  la  tumeur.  La  surface  du  rein  était  lisse, 
marbrée  de  brun,  de  jaune  et  de  rouge.  Les  rougeurs  étaient 
formées  de  petits  vaisseaux  sanguins  extrêmement  fins.  Les 
parties  jaunes  ou  blanchâtres  étaient  proéminentes.  On  re- 
marquait aussi  une  nuance  verdâtre  vers  la  partie  inférieure 
de  la  tumeur.  A  la  coupe,  la  substance  du  rein,  de  couleur 
livide,  très  molle  et  comme  fongueuse,  offrait,  d'espace  en 
espace,  de  petits  épanchemens  sanguins.  Dans  quelques  en- 
droits il  y  avait  une  autre  matière  d'un  blanc  jaune  tout-à- 
fait  mat.  Dans  quelques  points,  ces  deux  matières  étaient  en- 
tremêlées, et  tranchaient  fortement  l'une  sur  l'autre.  On  n'a 
pu  suivre  les  divisions  du  bassinet  dans  celte  tumeur;  elles 
se  perdaient  au  centre  de  la  masse  ,  où  se  trouvait  une  ma- 
tière comme  fibrineuse  à  mailles  infiltrées  de  sérosité  jau- 
nâtre. 

A  la  partie  interne,  moyenne  et  antérieure  de  la  tumeur,  la 
substance  du  rein  était  encore  reconnaiçsable.  Le  bassinet, 


CANCER  DES  REINS  {lumeur  rénale).  705 

lavant  de  s'enfoncer  tout-à-fait  dans  le  rein ,  présentait  un  ou 
lideux  mamelons  boursouflés  et  fongueux. 

Le  rein  gauche,  de  volume  naturel,  ofifrait  à  l'extérieur 
qquelques  petites  tumeurs  encéphaloïdes ,  molles  ou  dures. 

La  vessie  était  saine.  Le  foie,  à  l'endroit  attenant  à  la  tumeui', 
^présentait  quelques  petites  masses  cancéreuses  qui  pénétraient 
'^fortement  dans  son  intérieur  et  le  long  du  trâjet  du  conduit 
cystique.  Près  de  là,  il  y  avait  un  chapelet  de  ganglions  lympha- 
tiques volumineux  et  endurcis.  La  rate  était  saine. 

Obs.  IX.  —  Cancer  du  rein  droit,  qui  s'est  fait  jour  dans  la  cavité  du 
duodénum  ;  cancer  du  foie,  du  poumon,  etc.  (Observ.ilion  communiquée 
par  M.  Giraldès). 

1     Vervine,  âgé  de  76  ans,  entra  à  l'infirmerie  de  Bicêlre,  le  7 
i  iaoût  i83i.  Depuis  deux  mois  il  vomissait  des  matières  ver- 
1  dâtres,  et  il  avait  retardé  le  plus  possible  son  entrée  à  l'infir- 
liraerie.  Les  voraisseraens  étaient   continuels;  il  y  avait  du 
t hoquet;  le  ventre  était  ballonné.  Les  vomissemens  très  abon- 
rdans  et  continuels  fournissaient  un  liquide  verdâlre  porracé; 
le  pouls  était  petit,  fréquent,  la  peau  sèche;  traits  de  la  face 
lirés  {eau  de  Sellz  et  deux  lavemens  purgatifs).  Le  9,  les  vomis- 
semens sont  plus  fréquens,  le  hoquet  continuel;  les  matières 
vomies  sont  verdâtres  {potion  anti-èmèlique  de  Rivière)  :  mort 
le  II  à  six  heures  du  matin. 

Autopsie  du  cadavre. — Poitrine.  Les  poumons  engoués  pos- 
térieurement adhèrent  au  sommet  de  la  poitrine.  Au  sommet 
iu  poumon  gauche,  de  petites  masses  de  matière  encéphaloïde, 
les  unes  ramollies,  les  autres  à  l'état  cru,  présentent  à  la  coupe 
une  surface  blanche,  compacte  comme  la  section  d'un  navet; 
à  la  base  du  poumon ,  il  existe  aussi  de  semblables  noyaux 
cancéreux  j  le  cœur  a  un  petit  volume. 

Abdomen.  L'estomac,  énormément  distendu,  occupe  tout 
l'hypochondre  gauche  et  la  région  ombilicale.  Il  contenait  une 
grande  quantité  de  liquide  verdâtre  semblable  à  celui  que  le 
malade  avait  rendu  pendant  la  vie. 

Le  foie,  peu  volumineux ,  présentait  une  grande  quantité  de 
dépôts  de  matière  encéphaloïde  à  différens  états,  A  droite  de 
III.  4^ 


jo6      CÀîTCÈïi  Dfts  ftÈtNs  {mneUr  rénale.) 

la  cdlonnè  Vèl'tébralè  ëxistait  une  tUrtietil-  asàei  volumineusej 
entourée  par  le  colon  tiansverse,  le  colon  ctescendant  et  le 
cœciim.  Cette  tiimeur,  formée  ptir  le  rein,  s'étendait  en  bas 
jusqu'à  la  syrtlphyse  sacro-iliaque ,  en  dedans  jusqu'au  milietl 
de  la  colonne  vertébrale  ;  de  manière  à  repousser  la  pôrtlon 
verticale  du  duodénum  et  â  rapprocher  les  parois  de  cet  intei- 
tin.  Dans  l'intérieur  du  duodénum  existait  une  tumeur,  etc'étdit 
une  portion  du  rein  malade  qui  avait  ulcéi'é  et  perforé  l'in- 
testin. Dans  là  portion  ibférieure  dû  leiri  cômplètetnènt  dé- 
sorganisée, la  substance  corticale  avait  disparu.  A  l'aide 
de  différentes  coupes  faites  dans  l'épaisseur  de  la  tumeur, 
on  y  distingua  de  petits  épancliemens  de  sang ,  des  caillots 
dans  des  débris  de  la  substance  corticale,  un  tissu  jaunâtre 
toùt-à-fait  aréolaire,  et  dont  les  cellules  étaiéiit  remplies  de 
sang.  La  portion  de  la  tumeur  qui  ^^roéminait  dan*  la  cavité  dli 
duodénum  était  jaunâtre  et  ramollie  ;  l'uretère  était  sain. 
Le  rein  du  côté  bt)poié  était  iin  peu  gorgé  de  sang. 

Obs.  X.  —  Caiifier  du  rtib  droil  )  traces  d'une  double  néphrite  olironigue; 
cyrrbose  du  foie  ;  bydropisie. 

Deinarillac  (Florenlîti),  âgé  dfe  àilâ ,  homme  dé  peine  ,  esl 
entré  à  l'hôpital  de  la  Charité  le  i«  octobre  1837,  pour  y  être 
traité  d'tine  cyrrhoSe  du  foie ,  et  y  est  mort  le  9  janvier  i838,  à 
onze  heures  et  demie  du  soir,  présentant  tous  les  phénomènes 
d'ë  rasjohyxie  j)àr  àcciimiilaliôn  'd.'écume  bronchique  dans  les 
Voies  i'éspirat'oii'es. 

Ânlopsic  àu  cadavre,  'iriRntc-sîx  keii^ès  àprcs  la  morl.  k(at 
iaslérîeur. — La  face  el  le  cou  sont  considérablement  amaigris  ; 
iapoîbme  est  affaissée,  tandis  que  l'abdomen,  distendu  pai: 
dîi  gaz  et  unie  grande  quantité  de  liquidé,  est  très  joroéminent." 
Les  extrémités  thoraciques  et  abdominales  sont  infiltrées  de 
sérosité. 

Àhàomen.  k  Touverture  de  celle  cavité,  il  s'est  écoulé  huit  ou 
dix  litres  de  sérosité  limpide  ,  de  couleur  citrine.  Le  péritoino 
est  pâle  dans  toute  l'étendue  de  sa  portion  pariétale.  Sa  portion 
viscérale  offre,  sur  l'intestin  grêle,  une  coloration  grisâu-e  et 
quelques  fausses  membranes.  Au  point  de  réunion  du  colon 


CA.NCER  DES  REINS  (tiimeUf  rénale).  707 

i  lombaire  droit,  et  du  colon  transverse,  il  y  a  des  adhérences  très 
I  flolides  qui  unissent  cet  intestin ,  d'une  part ,  à  la  paroi  abdo- 
I  minale  correspondante,  de  l'autre  avec  le  foie,  le  duodénum 
<  et  les  canaux  biliaires.  Ces  adhérences  circonscrivent  une  vé- 
1  ritable  poche ,  située  dans  l'hypochondre  droit ,  et  qui  est  rem- 
plie de  sérosité.  Les  intestins  forment  uûe  masse  volumineuse, 
due  surtout  au  développement  considérable  du  colott  tratlSverse, 
du  colon  lombaire  droit  et  du  coecum.  Ces  portions  de  l'in- 
testin distendues  par  les  gaz  paraissent  àussi  grosses  qtle  les 
avant-bras  du  cadavre.  Le  rectum,  âii  contraire,  est  res^ 
serré  au  point  de  permettre  à  peine  l'introduction  du  doigt 
indicateur.  Toute  la  masse  intestinale  a  une  couleur  gris- 
noirâtre  ,  et  offre  des  marbrures  résultant  de  plaques  rougeâ.' 
L'estomac  est  refoulé  par  le  colon  dans  l'hypochondre  gauche. 
La  membrane  muqueuse  de  l'estomac  est  saine  ;  celle  de  l'in- 
testin, ramollie  dans  toùte  son  étendue,  de  manière  à  être  fa- 
cilement entamée  et  enlevée  avec  l'ongle,  est  recouverte,  dans 
le  duodénum,  le  jéjunum  et  l'iléon,  d'une  couche  de  matière 
j aune- ver dâtre,  et^  dans  le  colon, d'une  couche  épaisse  de 
mucosités  blanches -grisâtres  très  adhérentes.  Les  tractions 
exercées  sur  l'intestin  pour  le  séparer  du  mésentère  en, ont 
deui  fois  déterminé  la  rupture  complète. 

Il  n'existe  dans  le  mésentère  aucun  ganglion  engorgé. 
Le  foie ,  plus  petit  d'un  tiers  que  dans  l'état  sain ,  offre  une 
densité  beaucoup  plus  considérable.  En  effet ,  il  crie  sous  l'in- 
strument tranchant.  Son  poids  est  de  laSo  grammes.  La  capsule 
de  Glisson,  épaissie,  d'une  teinte  opaline,  se  sépare  difficile- 
ment de  l'organe.  Celui-ci  est  jaune-brunâtre,  grenu  et  bos- 
selé à  sa  surface ,  et  très  inégal  à  sa  circonférence.  La  vésicule 
et  les  canaux  biliaires  ne  présentent  aucune  altération. 

La  rate  est  volumineuse  et  ferme;  son  enveloppe  fibreuse 
est  épaissie  et  d'un  blanc  de  lait 

Le  rein  droit ,  recouvert  de  son  enveloppe  cellulo-graisseuse , 
paraît  lobé  et  plus  volumineux  que  de  Coutume.  La  membrane 
fibreuse  en  est  moins  transparente  que  dans  l'état  normal. 
La  membrane  celluieuse  ,  sous-jaceute ,  épaissie  et  blant; 
châtre,  reste  adhérente  àla  substance  corticale ,  qui  est  rouge 


708       oANCF.R  DF.s  KEiNS  {jumeuv  réfiak.) 

etbninâlre.  A  la  partie  moyenne  du  bord  convexe  du  rein , 
existe  unelumeur  de  la  forme  et  du  volume  d'un  œuf  de  poule, 
et  qui  est  enchâssée  dans  le  tissu  de  cet  organe.  La  surface  de  la 
substance  corticale  offre  des  bosselures  et  un  aspect  chagriné, 
analogue  à  celui  du  foie.  Les  tuhuli,  le  bassinet  et  l'uretère  ne 
présentent  aucune  altération.  Cette  tumeur,  formée  de  tissu 
encéphaloïde,  est  ramollie  à  son  centre;  à  l'extérieur,  elle  est  re- 
couverte parla  membrane  celluleuse  et  par  un  réseau  vasculaire 
très  prononcé.  Dans  le  point  correspondant  à  cette  tumeur,  les 
fibres  de  la  substance  tubuleuse  sont  écartées» 

La  substance  corticale  du  rein  gauche  a  l'aspect  chagriné 
du  rein  droit,  sans  altération  cancéreuse.  La  vessie  et  le 
canal  de  l'urèlhre  sont  sains.  La  tunique  vaginale  du  testisule 
droit  est  adhérente  ;  le  parenchyme  du  testicule  est  converti  en 
un  tissu  fibreux  mollasse,  dont  il  est  impossible  de  tirer  un 
seul  filament  séminifère  (i).  Le  testicule  gauche  est  sain. 

Poitrine.  Aucun  engorgement  des  ganglions  bronchiques.  Les 
portions  pulmonaires  des  plèvres  étaient  adhérentes  aux  por- 
tions costales.  Les  bronches  étaient  rouges etfortement  injectées 
depuis  leur  bifurcation  jusqu'à'  leurs  dernières  ramifications, 
qui  étaient  remplies  de  mucosités.  Le  poumon  droit  était  splé- 
nisé  dans  son  tiers  inférieur,  infiltré  de  sang  et  de  sérosité  dans 
son  tiers  moyen,  et  de  sérosité  seulement  dans  son  tiers  supérieur. 
Le  poumon  gauche  était  engoué  d'écume  bronchique  dans  les 
deux  tiers  supérieurs  et  splénisé  dans  son  bord  inférieur  et 
postérieur. 

Il  n'y  avait  point  d'épancliement  de  sérosité  dans  le  péri- 
carde. Sur  la  portion  de  cette  membrane  qui  recouvre  ;la 
face  antérieure  du  cœur,  on  voyait  une  plaque  cartilagineuse, 
et  une  altération  analogue  dans  tout  le  trajet  de  l'artère  coro- 
naire antérieure- 

Tête.  Infiltration  considérable  de  sérosité  dans  le  tissu  cel- 

(t)  J'ai  TU  une  semblable  transformation  des  deux  testicules  chez  nn 
homme  d'environ  5o  ans,  qui  avait  peu  de  b»rbe,  la  voix  faible  et  cassée, 
chez  lequel  enfin  }es  caractères  physique^  la  viri|itq  étaient  tri"»  peu 
développes, 


CAJ^CER  DES  REINS  {tum.  l'én.  et  hématurie).  709 

lulaire  sous-arachnoïdien  de  la  convexité  du  cerveau;  les  vcn- 
Iricules  ne  contiennent  qu'une  très  petite  quantité  de  sérosité. 
Le  cerveau  était  sain. 

§  924»  Troisième  série.  Pour  les  cas  qui  composent  cette 
dernière  série,  le  diagnostic  derafFeclion  rénale,  quelles  qu'en 
soient  les  complicationsj  est  presque  toujours  possible.  L'exis- 
tence d'une  tume\ir  solide  dans  la  région  d'un  des  reins  ou  des 
deux  reins  ,  coïncidant  avec  une  hématurie  habituelle,  et  le 
plus  souvent  avec  d'autres  signes  de  la  diathèse  cancéreuse,  ne 
laisse  aucune  incertitude  sur  la  nature  du  mal  et  malheureu- 
sement sur  son  incurabilité. 

'jBi.  XI.  —  Cancer  des  reins  ;  caillot  encépbaloïde  dans  la  veine-cave  et 
dans  les  veines  rénales  ;  cancer  du  poumon  et  du  cœur,  des  ganglions 
méscntériques  du  ventre,  etc. 

Un  homme  âgé,  placé  dans  le  service  de  Lerminier,  mourut 
3n  i83i,  après  avoir  eu  plusieurs  hématuries.  A  l'autopsie  du 
cadavre,  qui  fut  pratiquée  24  heures  après  la  mort,  nous  trou- 
vâmes, dans  les  poumons,  des  masses  encéplialoïdes  de  difFé- 
1  entes  grandeurs,  d'une  teinte  bleuâtre  et  vasculaire  à  leur 
circonférence.  Le  tissu  pulmonaire  environnant  était  sain.  Dans 
!e  tissu  du  cœur,  il  y  avait  une  petite  masse  blanchâtre,  du 
volume  d'un  petit  pois,  et  analogue  aux  corps  cartilagineux 
:|ue  l'on  trouve  quelquefois  dans  la  substance  tubuleuse  des 
reins. 

Le  rein  droit,  très  volumineux  et  bosselé ,  présentait  à  sa 
iiartie  interne  un  amas  de  ganglions  cancéreux  qui  envelop- 
paient la  veine-cave  et  l'aorte.  Un  caillot  fibrineux  bouchait 
parfaitement  le  calibre  de  cette  veine  dans  toute  sa  longueur, 
et  s'étendait  jusque  dans  les  veines  fémorales.  En  haut  et  en 
bas,  ce  caillot  était  d'une  couleur  rouge  foncé  et  plus  con- 
sistant que  du  sang  récemment  coagulé;  puis  il  prenait  une 
teinte  jaune  ,  devenait  fermé  et  élastique  vers  l'origine  de  la 
veine  rénale;  dans  l'étendue  de  deux  pouces  environ,  la 
coloration  jaune  était  remplacée  par  une  teinte  laiteuse,  nuan- 
cée de  rouge.  Cette  substance  fibrineuse  se  prolongeait  dans  la 
veitiç  rénnle  gawcUe,  qui  était  distçnduç  j  de  là,  elk  s'éiend^ii 


7 10  CANCER  DES  REINS  {tuiu.  vén,  et  hématufiè), 

dans  la  veine  spermalique,  qui,  en  haut,  avait  un  volume  consi- 
dérable. L'arlère  rénale  ne  contenait  pas  de  caillots.  La  masse 
ganglionaire ,  cancéreuse ,  adhérait  à  la  partie  latérale  gauche 
des  dernières  vertèbres.  La  première  vertèbre  loinbairq  était 
cariée  dan?  une  étendue  considérable,  et  contenait  unq  petltç 
quantité  de  matière  encéphalo'jide, 

Le  rein  gauche,  long  de  sept  pouces  et  demi,  large  de  quatre 
pouces  et  demi,  présentait  un  grand  nombre  de  bosselures  can" 
céreuses.  A  la  coupe,  ce  rein  était  presque  entièrement  désorga- 
nisé; cependant,  on  distinguait  encore  dans  quelques  endroits 
les  stries  de  la  substance  tubuleusej  les  bouts  des  mamelons 
étaient  mous,  blancs  et  fongueux.  Plusieurs  calices  étaient 
remplis  par  une  matière  fibrineuse ,  friable ,  d'un  rouge  foncé , 
adhérente  aux  parois  de  ces  conduits.  De  la  surface  de  la  coupe, 
suintait  une  matière  blanche  ,  comme  crémeuse.  Dans  le 
bassinet,  il  y  avait  une  petite  tumeur  molle  et  fongueuse; 
l'autre  rein  et  les  deux  uretères  étaient  sains.  La  vessie  ne  pré- 
sentait rien  de  remarquable. 

Obs.  XII.  Cancer  Lématode  da  rein  droit,  du  foie  et  d'une  côte  ;  tumeur 
formée  par  le  rein  droit,  hématurie;  petites  ulcération  dans  le  gros 
intestin;  bydropisie. 

Pothier  (Charles),  âgé  de  G4  ans,  ex-militaire,  né  à  Aussone, 
département  de  l'Yonne ,  entra  à  l'hôpital  de  la  Charité ,  le  5 
mai  i83r  ;  il  en  sortit  le  lo,  et  il  y  rentra  le  3o;  il  en  sortit  le  ao 
juin,  et  il  y  rentra  pour  le  troisième  fois  le  27  juillet;  cette  fois 
le  malade  revint  dans  un  état  très  empiré. 

Pothier  s'est  toujours  bien  porté  dans  sa  jeunesse.  Il  déclare 
n'avoir  jamais  eu  de  maladies  vénériennes  qu'une  blennorrha- 
gie,  qui  tomba  dans  les  bourses.  Il  a  fai  t  plusieurs  campagnes  sans 
avoir  jamais  reçu  de  blessures  graves.  Depuis  long-temps  retiré 
du  service  ,  il  avait  obtenu  une  place  dans  l'octroi ,  et  vivait 
tranquillement,  sans  chagrin,  sans  inquiétude  d'aucune  espèce 
et  sans  trop  de  fatigue.  En  1818,  le  testicule  droit  s'engorgea  et 
augmenta  peu-à-peu  de  volume,  sans  occasioner  beaucoup  de 
douleur.  Cependant  la  maladie  s'accrut,  et  le  malade  entra  à 


CAiJCER  DES  jREiNS  {tum.  Hn.  et  hématurie),  71 1 

J'Jiôpital  Cochin ,  où  l'existence  d'un  sarcocèle  fut  reconnue. 
La  castration  fut  pratiquée  ;  aucun  accident  nç  compliqua 
l'opération  j  le  malade  guérit  facilement  et  reprit  ses  occupa- 
tion?. Depuis  ce  temps,  jusqu'en  i83i,  cet  homme  pi'éprouva 
aucune  altération  dans  sa  santé.  Ses  forces  diminuèrent  seu- 
lement en  raison  des  progrès  d§  l'âge,  foutes  ses  fonctions 
s'exerçaient  régulièrementt  Tpl  était  son  état,  lorsque,  le 
10  avril  i83j,  voulant  monter  dans  une  charrette  qui  n'avait 
pas  de  m.arche-pipd ^  il  sentit j  dit-il,  en  faisant  effort,  ufi 
craquement  vers  la  partie  supérieure  de  la  région  lorpi- 
baire  gauche.  Il  si^rvint  de  la  douleur  qui  persista;  elle  fut 
suivie  d'hématurie  et  contraignit  le  malade  à  garder  la  chambre, 
et  peu  de  temps  après  il  entra  à  l'hôpital  de  la  Charité.  Il  pis- 
sait du  sang  depuis  six  jours,  et  ne  pouvait  se  courber  ni  en 
avant  ni  en  arrière. 

Nous  pûmes  constater  qu'il  n'existait  pas  de  fracture  des 
côtes;  qu'il  n'ejcistait  non  plus  d'ecchymose  dans  le  point  de 
la  douleur.  Le  malade  était  sans  fièvre.  La  pression ,  exercée 
dans  la  région  lombaire  gauche ,  surtout  sur  le  trajet  des  deux 
dernières  fausses  côtes,  était  douloureuse.  La  persistance  d'une 
hématurie  après  une  simple  contraction  musculaire  un  peu 
forte  ;  l'extirpation  d'un  testicule  cancéreux,  ^  une  époque,  il  est 
vrai,  déjà  un  peu  ancienne,  conduisirent  nécessairement  à 
soupçonner  la  dégénérescence  cancéreuse  du  rein  gauche.  Le 
foie  dépassait  un  peu  le  bord  des  fausses  côtes  ;  une  légère  teinte 
jaune  était  répandue  sur  la  face.  L'appétit  était  bon,  les  diges- 
tions assez  faciles  ;  la  constipation  presque  habituelle  :  absence 
de  mouvement  fébrile  j  sommeil  ;  pouls  assez  plein  sans  être 
dur  ;  urine  chargée  de  sang.  Le  4  mai  [saignée  de  deux  palettes; 
lavement  simple  ;  houillan;  lait),  la  saignée  était  légèrement 
couenueuse  j  le  malade  se  trouvait  mieux. 

Le  5  mai  (gi5  sangsues  ;  lac.  dol.) ,  la  douleur  a  diminué , 
mais  le  malade  se  sent  faible  j  l'urine  est  sanguinolente. 

Le  6,  l'urine  est  toujours  chargée  de  sjing,  mais  un  peu 
moins  que  les  premiers  jours. 

Le  7,  le  malade  est  mis  à  l'usage  de  lai  décoction  cl  de  l'ex- 
trait de  ratanhiat 


7  1 2  CANCER  DES  KEINS  {tum.  jéti.  et  hématurie). 

Le  8,  1rs  urines  sont  moins  chargées  de  sang,  mais  la  douleur 
à  la  face  postérieure  des  onzième  et  douzième  côtes  gauches 
persiste.  La  pression  exercée  tant  sur  les  côtes  que  dans  l'es- 
pace intercostal,  exaspère  la  douleur.  Le  malade  est  constipé 
et  assoupi. 

Le  la,  emplâtre  d'opium  sur  les  piqûres  encore  récentes  des 
sangsues.  Sommeil  plus  calme  et  plus  long. 

Le  i3,  les  douleurs  persistent,  et  les  urines  contiennent  tou- 
jours du  sang.  L'appétit  se  soutient;  le  malade  mange  la  derai- 
portion.  La  quantité  d'urine  rendue  dans  les  vingt-quatre 
heures  est  peu  considérable  ;  elle  équivaut ,  terme  moyeu,  à 
un  grand  verre  à  bière. 

Le  i4,  la  constipation  est  toujours  opiniâtre;  un  lavement 
purgatif  occasionne  une  évacuation  alvine  abondante. 

Le  i6  (/rains  de  ciguë;  le  soir  ,  changement  notable  dans 
les  urines,  qui  sont  claires  et  transparentes.  La  douleur  a  été 
vive  cette  nuit  [ciguë  4  grains  ;  ijiv  de  lavement  ^  tisane  de 
chiendent,  réglisse). 

Le  jg,  les  urines  sont  chargées  de  sang.  On  continue  les 
mêmes  remèdes.  Enfin,  l'aspect  des  urines  change  encore;  elles 
deviennent  de  moins  en  moins  chargées.  La  douleur  persiste, 
la  constipation  est  habituelle  et  réclame  fréquemment  l'emploi 
des  lavemens.  Le  malade  maigrit,  et  il  quitte  l'hôpital ,  le  20 
mai,  pour  retourner  chez  lui. 

Le  3o  mai,  Pothier  se  présenta  de  nouveau  à  l'hôpital.  Dans 
ce  court  espace  de  temps,  une  tumeur  s'était  développée  dans 
la  région  oîi  le  malade  rapportait  habituellement  le  siège  des 
douleurs.  Cette  tumeur,  irrégulièrement  circonscrite  ,  sans 
changement  de  couleur  à  la  peau,  douloureuse  à  la  pression  , 
était  le  siège  d'élancemens  passagers  et  paraissait  adhérente 
aux  côtes,  surtout  à  la  onzième.  Les  urines  n'étaient  plus  char- 
gées de  sang.  Le  malade  avait  maigri.  Le  sommeil  était  sou- 
vent interrompu;  la  station  et  la  marche  devenaient,  de  jour 
en  jour,  plus  pénibles.  A  peine  avait-on  essayé  quelques 
moyens  pour  calmer  les  douleurs  de  cet  homme  qu'il  quitta  de 
nouveau  l'hôpital.  Le  volume  du  foie  avait  un  peu  augmenté. 
Pour  nous,  il  n'exista  plus  de  doutes  sur  l'existence  d'une  dia- 


CANCER  DES  REiNS  {tiim.  vén.  et  hématurie).  7 1 3 

hèse  ciincéreuse,  attaquant  le  rein  gauche  et  le  foie.  Le  malade 
iorlit  le  9  juin.  Un  chirurgien  appliqua  sur  la  turneur  de  la 
ierre  à  cautère  ,  et  à  la  chute  de  l'eschare  succéda  un  chara- 
lignon  cancéreux.  Le  malade  s'affaiblit  et  maigrit  de  plus  en 
jlus;  il  regretta  d'avoir  quitté  l'hôpital  de  la  Charité,  et  il  y 
-entra  pour  la  troisième  fois  le  27  juillet  i83i. 

Le  a8,  affaissement  général,  teinte  jaune  de  la  face  plus  mar- 
quée. Urines  plus  rares  et  plus  chargées  de  sang,  quelquefois 
laissant  déposer  un  sédiment,  formé  de  caillots  de  sang  alté- 
rés, se  putréfiant  avec  promptitude.  Dégoût  pour  presque  tous 
es  alimensj  constipation. 

Du  28  juillet  au  10  août,  Je  malade  put  encore  se  lever, 
aire  quelques  pas  ou  rester  assis.  11  dormait  peu  et  souffrait 
constamment  de  ce  qu'il  appelait  sa  hosse.  On  lui  donna 
les  pilules  d'opium  le  soir,  et,  dans  la  journée^  des  pilules 
le  gomme  pour  occuper  son  esprit.  De  temps  à  autre,  on  sol- 
icitait les  selles.  On  cherchait  à  nourrir  le  malade  le  mieux  pos- 
ible  :  ce  pauvre  homme  ne  trouvait  bon  que  le  vin.  Enfin,  les 
irines  devinrent  très  rares  et  tellement  épaisses  qu'elles  res- 
emblaieut  à  du  jus  de  pruneaux;  examinées  après  l'émission, 
lies  étaient  acides  ;  mais  en  peu  de  temps  elles  devenaient  al- 
alines.  Vers  les  derniers  jours  d'août ,  Pothier  n'urinait  plus 
|u'eu  allant  à  la  selle  ;  son  ventre  était  tuméfié  et  contenait  de  la 
érosité;  ses  pieds  s'œdématiaient  ;  la  tumeur  du  foie  aug- 
nentait;  le  pouls  était  très  faible  et  fréquent.  Il  survint,  dans 
'js  derniers  jours,  de  la  diarrhée,  des  envies  de  vomir  et  quel- 
[ues  voraisseraens. 

Le  3i  août  au  soir,  Pothier  touchait  évidemment  à  sa  fin.  Il 
onservait  l'intégrité  de  son  intelligence  et  sentait  la  mort  s'ap- 
)rocher.  Il  expira  après  une  agonie  douloureuse,  le  i*^'  sep- 
embre,  à  quatre  heures  du  matin. 

Autopsie  du  cadavre  vingt  heures  après  la  mort.  —  Habitude 
xtèrienre.  Cadavre  maigre  ;  abdomen  médiocrement  distendu  ; 
nembres  inférieurs  infiltrés. 

Tête.  Lame  osseuse  développée  dans  l'épaisseur  de  la  face 
onvexe  du  cerveau,  entre  les  feuillets  de  l'arachnoïde  et  de  la 


7i4  C4NCPft  DÈS  ^-Em^iim,  rén,  çt  hépia(urïe). 

dure-mère,  et  se  détacliant  ayec  facilité,  de  la  membrane  fi- 
breuse. Cerveau  sain. 

Çol  et  poitrine.  —  Larynx  et  trachée  saine;  adhérences  an- 
ciennes au  sommet  des  deux  poumons;  demi-litre  au  moins  de 
sérosité  épanchée  dans  chacune  des  plèvres.  Poumons  en- 
gorgés et  œdémateux  ;  une  humeur  a(jueuse  en  ruisselle 
abondamment  lorsqu'on  les  incise  ;  pas  de  grains  cancéreux  ni 
de  tubercules  ;  glan  des  bronchiques  noires. 

Cœur  mou  et  pâle ,  un  peu  dilaté  à  gauche  ;  ossifications 
nombreuses  dans  tout  le  trajet  de  l'aorte;  veine  cave  inférieure 
saine.  Yers  la  onzième  vertèbre,  derrière  la  veine  cave,  une 
petite  masse  cancéreuse,  soulève  la  paroi  postérieure  de  ce  vais- 
seau, sans  qu'il  participe  à  l'altération. 

L'abdomen  ouvert,  on  en  tire  deux  ou  trois  litres  de  sérosité 
jaune-rougeâtre.  Le  péritoine  de  la  région  hypogastrique,  sur  les 
côtés  de  la  vessie,  offre  deux  plaques  d'une  teinte  inégale  et 
d'un  gris  jaunâtre;  le  foie  adhère  aux  côtes;  l'épiploon 
adhère  aussi  par  quelques  points  à  la  paroi  abdominale.  Dans 
ces  points  le  tissu  cellulaire  sous-péritonéal  est  injecté.  L'in- 
testin grêle  est  petit  et  contracté.  Le  grand  lobe  du  foie  occupe 
tout  l'épigastre  et  une  partie  de  l'hypocondre  gauche.  L'esto- 
mac, l'épiploon  et  le  colon  transverse  sont  unis  par  des  adhé- 
rences. 

La  onzième  côte  gauche  offre  une  altération  remarquable: 
c'est  une  ostéo-sarcome ,  au  centre  duquel  existe  de  la  manière 
encéphaloïde  et  une  grande  quantité  de  vaisseaux  sanguins. 
La  substance  de  l'os  se  trouve,  pour  ainsi  dire,  disséminée  au 
milieu  de  la  masse  cancéreuse. 

L'estomac  contient  un  peu  de  liquide  jaunâtre.  La  membrane 
muqueuse  a  une  bonne  consistance,  excepté  sur  la  face  infé^ 
rieure  de  ce  viscère ,  oii  elle  est  ramollie.  Les  ganglions  du 
mésentère,  voisins  de  la  colonne  vertébrale,  sont  tuméfiés  et 
cancéreux,  et  quelques-uns  sont  ramollis;  par  leur  agglo- 
mération ,  ils  forment  une  couche  épaisse  au  devant  de  l'aorte 
et  de  la  veine  cave.  Ecchymoses  et  petites  ulcérations  dans  le 
cœcum  et  le  gros  intestin. 

Le  foie  offre  à  un  haut  degré  l'alléralion  connue  sous  U 


CANCER  DES  REINS  (tum.  réu.  et  hématurie).  71 5 

nom  de  fongus  héraatode.  De  nombreux  noyaux  cancéreux  ont, 
i)ar  leur  réunion ,  tellement  atrophié  le  parenchyme  du.  fpie , 
(u'ils  le  remplacent  presque  en  entier.  Les  vaisseaux  hépatiqiiçs 
sont  très  développés  ;  bile  verte  dans  la  vésicule ,  sang  liquide 
dans  la  veine-porte ,  la  veine-cave  et  les  veine?  crurales-  L)» 
rate,  d'un  volurne  ordinaire,  est  ipolle  ;  sa  membrfine  offre 
plaques  blanches,  dues  à  d'aucieps  dépôts  dp  lympl}^  CQ%j[ 
gulable. 

I     Le  rein  gauche  egt  gaiij ,  à  pî^rt  trois  petits  kystes  séreux-  lift 

ji^ap^ule  surrénale  est  saine. 

Le  rein  droit  a  le  même  yolunie  que  le  gauche  ;  }fi  merobrai^^ 
propre  en  est  épaissie,  et  les  veines  superficiellei^  SQpt  très  dévf  :r 
loppées.  A  l'extrémité  supérieure  de  ce  rein,  vpituup  légère 
saillie  d'jine  teinte  afdoisée.  Ouvert  svjivaiît  sa  lorigpeur,  le  rej^ 
offre,  vers  son  extrémité  supérieure,  upe  sorte  de  fifiyerne, 
remplie  de  substance  capqérejjse ,  ramollie  et  mêlée  4p  sang 
coagulé.  Daus  deux  autres  points,  la  substance  encéphpilqïde 
offre  différens  degrés  de  ^amoUisseirient.  Le  bassinet  est  reippîj 
d'un  liquide  épais,  sanguinolent,  towt-à-fait  analogue  à  celui 
qu'on  trouve  dans  le  rein-  h-  deux  pouces  de  distance  du  rein, 
l'uretère  est  obstrué  par  des  débrjs  de  fibrine  ou  de  m^tièrç 
cérébriforrae. 

Les  veines  et  les  artères  rénales  ne  contenaient  pas  de  ^épn^ 
;  fibrineux.  La  capsule  surrénale  droite  était  infiltrée  de  ma,f 
tière  cérébriforme. 

L'uretère  droit  était  épaissi  et  dilaté,  surtout  près  de  1» 
vessie.  L'orifice  vésical  de  ce  conduit  offrait  un  épaississement 
remarquable. 

Intérieurement  la  vessie  présente  trois  élevures  blanches , 
grosses  comme  un  petit  grain  dechenevis,  dures  ,  placées  prèf 
de  l'insertion  de  l'uretère.  L'urèthre  est  sain  ;  quelques  petits 
calculs  noirs  dans  la  prostate. 

Les  vésicules  séminales  ont  un  égal  volume ,  bien  qu'un  des 
testicules  ait  été  extirpé.  Liqueur  d'un  jaune  gris,  aqueuse,  dans 
les  loges  des  vésicules  séminales.  La  substance  du  testicule  gau- 
che est  pâle,  mais  saine. 

De  l'urine  de  ce  malade  ayant  été  soumiseà  l'açtion  de  la  çjja- 


716       CANCER  DES  HEiNs  [chez  l'cnjatit). 

leur,  le  volume  en  a  augmenté  considérablement  long-lemps 
avant  d'entrer  en  ébullition.  Elle  a  laissé  dégager  une  odeur 
ammoniacale  très  intense  ,  en  jetant  à  sa  surface  une  écume 
blanchâtre,  coagulée,  reconnaissable  à  tons  ces  caractères  pour 
de  l'albumine;  l'évaporation  poussée  plus  loin,  et  la  liqueur 
étant  refroidie,  il  s'en  est  séparé  une  grande  quantité  de  cris- 
taux qui,  recueillis ,  ont  été  reconnus  pour  être  des  phosphates 
de  soude  et  d'ammoniaque,  des  muriates  de  soude  et  d'ammo- 
niaque, des  sulfates  de  potasse  et  de  soude.  Concentrée  davan- 
tage et  par  un  nouveau  refroidissement ,  la  liqueur  a  donné 
lieu  à  une  nouvelle  cristallisation  5  ces  cristaux  étaient  de  même 
nature  que  les  précéden  s. 

L'urée,  que  l'on  a  obtenue  par  les  procédés  ordinaires,  s'y 
trouvait  en  beaucoup  plus  grande  proportion  que  dans  l'urine 
d'un  homme  bien  portant. 

D'après  les  résultats  obtenus,  cette  urine  était  formée  d'eau,  de 
sulfates  de  potasse  et  de  soude,  de  phosphates  de  soude,  de  chaux 
et  d'ammoniaque,  de  muriate  de  soude,  d'acide  urique,  d'urée, 
de  matière  animale,  de  mucus  et  d'albumine.  Sa  composition, 
du  reste,  assez  identique,  quant  aux  matières  qu'elle  présentait, 
à  celle  d'un  homme  en  parfaite  santé,  en  différait  essentiellement 
parla  quantité  plus  considérable  qu'elle  a  fournie  d'urée,  d'acide 
urique  et  surtout  de  mucus  animal ,  et  par  la  pi'ésence  des  au- 
tres élémens  organiques  du  sang. 

§  926.  Le  cancer  des  reins  est  extrêmement  rare  chez  les 
enfans;  M.  Gorham  (i)  a  rapporté  le  cas  très  intéressant  d'un 
garçon  de  sept  mois,  chez  lequel  une  tumeur  volumineuse,  dé- 
veloppée rapidement,  remplissait  la  plus  grande  partie  de  la 
cavité  du  ventre.  Après  la  mort  ou  reconnut  que  la  tumeur, 
grosse  comme  la  tête  d'une  femme,  et  marbrée  k  l'extérieur  de 
taches  bleuâtres,  pâles  ou  jaunâtres,  offrait  à  sa  surface  une 
belle  vascularité.  A  la  partie  supérieure  de  la  tumeur  formée 
par  le  rein  droit  existait  une  masse  semblable  à  un  placenta 
de  six  mois  ;  le  tissu  rénal,  presque  complètement  mécon-> 


(i)  JoLn  Gorham.  Case  of  fungoide  disease  of  the  kidney  (  Lou^on  Mcd. 
Oazette,  »ol.  xxi ,  p.  764O 


CANCER  j)F.9  REINS  {cfiez  Veufant).  «717 

naissable,  offrait   une  dégénérescence   fongoïde  complète.  I 

Il  faut  rapprocher  de  ce  fait  l'observation  suivante,  recueillie 
par  T.  F.  Rance.  j 

(       Obs.  XIII.  —  FoDgus  hématude  des  reins  chez  un  enfant  (  Bill,  médic, 

t.  XLVii ,  p.  124  ). 

Une  petite  fille  d'un  an  et  cinq  mois  portait  dans  l'hypo- 
i      chondre  gauche  une  tumeur  à  peine  visible  à  l'œil,  mais  qui ,  1 
;      au  toucher,  paraissait  être  de  la  grosseur  d'un  œuf  de  poule. 
?      Cette  tumeur  fit  des  progrès  rapides  ;  il  s'y  joignit  de  la  fièvre , 
.      de  la  constipation  ;  six  mois  après,  on  en  découvrit  une  autre  | 
1;      dans  l'hypochondre  droit,  située  si  près  de  foie  qu'elle  semblait 
Il     être  continue  au  bord  de  ce  viscère.  Il  survint  une  hématurie 
^     abondante,  qui  dura  pendant  quelque  temps,  et  reparut  au 
t>     bout  de  deux  ou  trois  mois.  Les  tumeurs  continuèrent  à  faire  | 
«     des  progrès  et  devinrent  excessivement  douloureuses  ;  le  pouls 
»'     s'affaiblissait  à  mesure  que  son  accélération  augmentait,  les 
tr     extrémités  supérieures  et  inférieures  s'infiltrèrent,  et,  au  bout 
8)     de  treize  mois,  la  mort  vint  terminer  la  maladie.  Les  remèdes  \ 
t,     auxquels  on  eut  recours  furent  très  vaf iés  ;  on  employa  le  ca-  j 
va    lorael ,  des  frictions  mercurielles  sur  les  tumeurs  ,  les  dras- 
ptf     tiques ,  comme  la  scammonée ,  le  jalap,  la  ciguë,  l'opium  ,  etc. 
Ouverture  du  cadavre.  L'abdomen  était  rempli,  en  partie,  par 
une  tumeur  considérable,  qui  s'étendait  du  diaphragme,  qu'elle  I 
.refoulait  en  haut,  dans  la  cavité  du  bassin.  II  s'élevait  dans  le 
V     côté  gauche  une  tumeur,  qui  était  recouverte  par  la  première  j 
dans  une  grande  étendue.  Le  foie,  ainsi  que  son  bord  inférieur,  ] 
paraissait  soulevé  très  sensiblement,  la  vésicule  s'offrait  à  ^ 
la  vue ,  elle  était  pleine  de  bile.  La  tumeur  du  côté  droit  ' 
adhérait  fortement  au  cœcum  ;  on  l'incisa,  il  s'en  échappa 
une  substance  d'apparence  et  de  consistance  de  moelle ,  elle 
était  si  molle  qu'il  fut  impossible  d'en  poursuivre  la  disseciion.  i 
La  tumeur  gauche,  qui  était  la  plus  volumineuse  des  deux,  | 
tenait  à  celle  du  côté  droit,  et  en  même  temps  au  mésentère,  j 
au  mésocolon  et  aux  glandes  rénales  j  elle  pesait  deux  livres  j 
douze  onces.  Après  l'avoir  injectée,  on  la  fendit  longiludina-i-  j 


7î8  MA-i-IÈRÉS  HÉtÉROtOGUES. 

mais  on  y  distinguait  trois  états  différens  et  bien  marqués  du 
fongus.  La  facfe  pofetériëUrfe,  quoique  plus  lal-ge  que  dans  l'état 
sain ,  conservait  sa  forme  naturelle  et  sa  couleur  livide  ;  la 
face  antérieure  ne  ressemblait  que  fort  peu  à  celle  du  rein. 
Les  vaisseaux  émulgens  étaient  dilatés.  L'urèlbre,  très  dis- 
tendu. Les  autres  viscères  de  l'abdomen  et  du  bassin  étaient 
sains,  mais  ils  avaient perdii  leurs  râpports  ordinaires. 

Mélanose  des  reins. 

§  926,  Sbus  le  nom  commun  de  mélanose,  on  comprend  gé- 
néralement toutes  les  matières  animales,  morbides,  d'une 
couleur  noire  ou  noirâtre ,  qu'on  trouve  déposées  en  masses 
plus  ou  moins  considérables,  ou  infiltrées  dans  nos  organes  ou 
dans  les  tissus  qui  les  composent. 

Je  n'ai  rencontré  qtiè  trèâ  rarement  la  mélanose  proprement 
dite  dans  les  reins. 

Je  ne  l'y  ai  observée  que  danë  des  cas  de  diatlièse  mélàfaiqué , 
et  lorsque  des  tumeurs  plUs  volumineuses  de  même  nature 
existaient  en  nombre  considérable,  soit  à  la  peau,  soit  dans  le 
tissu  cellulaire  Sous-cutané,  soit  dans  les  poumons  ou  dans 
d'autres  organes,  et,  dans  ce  cas  même,  il  n'existait  que  de 
légères  traces  méldniques  dans  les  reins. 

3\i  lié  sabhe  pas  qu'on  ait  jamais  vu,  chez  l'homme  ou  chez  le 
che^^àl ,  une  altération  mélaniqUe  afTeclef  Uniquement  ou  spé- 
cialement les  feins,  et  constituer  Un  véritable  état  morbide, 
fcomme  certaines  affectiobs  tuberculeuses  et  cabcéreuses  de  ces 
orgâtiéS. 

Quoi  qu'il  eh  soit,  dans  lé  cas  de  diathèse  mélanique,  où 
observe  quelquefois  de  petits  dépôts  de  mélânose  dans  la  sub- 
àlancë  cbrlicalë  des  relhs.  Pour  là  forme  et  la  coiileur,  ces  dé- 
J)ôls  ressemblent  assez  bien  à  de  petits  grains  de  cassis  ou  de 
hiOUtarde  noire.  Autour  d'eux,  là  substance  corticale  lé  pliis 
ordinairement  n'est  pas  altérée.  Lé  nombre  de  ces  grains  mé- 
lahiques  est  très  variable  ;  mais  il  est  rarement  considérable. 
Je  n'ai  jamais  vu,  dans  les  réihs,  de  tumeurs  mélaniques  du 


volume  d'un  marron  où  d'un  oéùf  de  pîg^On,  tàildls  qùè  j'at 
rencontré  de  semblables  tumeurs  au-deSsoUs  de  la  pëaU,  dans 
le  foie  et  dans  les  poumons. 

Les  membranes  extérieures  des  reins  et  leurs  conduits  excré- 
teurs m'ont  semblé  complètement  étrangers  à  cette  espèce 
dégénérescence.  D'un  autre  côté,  Ces  membranes  et  ces  friênies 
conduits^  et  les  substances  rénales  elles-mêriies ,  offrent  très 
fréqueranieut  des  teintes  morbicles,  noirâtres,  bu  ardoisées 
bleuâtres,  qiiî  doivent  être  distinguées  des  vraies  mélanôsèÉ, 
quoiqu*on  les  confoiide  ordinairement  dans  une  raêhiê  déiio- 
inination.  Ces  teintes  morbides,  noirâtres  ou  ardoisées,  parais- 
sent, dans  le  plus  grand  nombre  des  cas,  sinon  dans  tous, 
consécutives  à  des  infiltrations  de  sang. 

J'ai  fait  représenter  uil  exemple  de  ces  colorations  noirés 
ardoisées  de  la  substance  corticale  (Atlas,  Pl.  xn,  fig.  2). 
Plus  claire  sur  quelques  points,  plus  foncée  siii:  quelques 
autres,  cette  teinte  noire  ardoisée  ne  pouvait  être  enlevée  par 
le  lavage.  A.  la  loupe,  elle  paraissait  légèrement  piquetée,  et  à  la 
coupe  on  Voyait  que  cette  coloration  morbide  se  prolongeait 
d'autant  plus  dans  l'épaisseur  des  substances  rénales,  qu'exté- 
rieurement elle  était  plus  foncée. 

La  membrane  fibreuse  du  rein,  partout  où  elle  était  cbntiguë 
à  l'altération,  offrait  la  même  coloration  noire-ardoisée.  Il  n'y 
avait  pas  de  trace  de  dégénération  mélanique,  ni  même  de  co- 
loration noire  ou  ardoisée  dans  les  autres  organes  ;  ce  qùi 
prouvait  que  cette  altération  était  bien  distincte  de  la  vraie  raè- 
lanose. 

J'ai- fait  représenter  un  autre  cas  qùi  ïenà.  à  prouver  que  ces 
colorations  noires  ardoisées  sont  réellement  le  résultat  d'une 
altération  de  la  matière  colorante  du  sang.  Sur  la  coupe  d'un 
rein,  on  voit  une  partie  de  la  substaùce  corticale  occupée  par 
une  lésion  organique  dont  le  centre  est  formé  par  de  la  fibrine 
décolorée;  les  fibres  du  rein  ont  pris  unè  teinte  grise  noirâtre 
autour  de  cette  lésion  résultant  évidemment  d'une  hémor- 
rhagie  interstitielle  très  ancienne.  La  membrane  muqueuse  du 
b.issinet  du  même  rein  offrait  une  teinte  grise  ardoisée  tout-i- 
fait  analogue,  pour  l'aspect  et  probablement  par  sa  naturé, 


720  MATlènES  HÉTIÎROLOGUES. 

à  certaines  colorations  grises  ou  noirâtres  des  membranes  mu- 
queuses de  l'intestin  grêle,  du  gros  intestin  ou  de  la  vessie 
qu'on  observe  à  la  suite  de  leur  inflammation  chronique.  La 
surface  du  rein  était  légèrement  mamelonnée  (Atlas  PI  xl,i 

fig.  o.  '  ■  ' 

§927.  Il  faut  encore  rapprocher  de  ces  colorations  grises 
noirâtres,  d'autres  cas  de  coloration  de  la  substance  corticale 
et  de  la  membrane  muqueuse  du  bassinet  (Atlas,  Pl.  xLi , 
fig.  5  et  6)  que  j'ai  observés  chez  des  individus  dont  les 
autres  organes  n'offraient  pas  la  plus  légère  trace  de  dégéné- 
rescence mélanique. 

De  semblables  colorations  grises  ardoisées  ou  d'un  gris  noi- 
râtre ont  été  observées  dans  les  membranes  fibreuse  et  cellu- 
leuse  du  rein  considérablement  épaissies  (Atlas,  PI.  xli, 
fig.  i),  et  lorsque  la  substance  rénale  n'offrait  point  elle-même 
d'altération  de  couleur.  Cette  teinte  grise  ardoisée  peut  s'éten- 
dre au  péritoine  sus-rénal ,  dont  l'altération  rappelle  parfaite- 
ment celle  qu'il  présente  quelquefois  à  la  suite  de  certaines 
péritonites  chroniques  de  l'excavation  du  bassin  chez  les 
femmes  atteintes  de  cancer  de  la  vessie,  du  rectum  ou  de 
l'utérus. 

Les  colorations  noires  ardoisées  sont  bien  distinctes  de  la 
vraie  mélanose  qu'on  observe  dans  le  tissu  cellulaire  sous- 
fiutané  et  plus  rarement  dans  d'autres  organes.  J'ai  déjà  dit 
qu'elles  paraissaient  avoir  leur  origine  dans  des  infiltrations  de 
sang  survenues  à  la  suite  d'inflammations  ou  d'hémorrhagies 
interstitielles;  je  n'ai  pas  besoin  d'ajouter  qu'elles  ne  peuvent 
être  confondues  avec  les  ecchymoses  récentes  en  voie  de  ré- 
sorption. 

Dans  quelque  cas,  l'intensité  et  la  matité  de  la  couleur  noire 
de  ces  colorations  les  rapprochent  réellement  des  vraies  taches 
mélaniques. 

La  surface  des  fongus  cancéreux  des  membranes  muqueuses 
(Atlas,  Pl.  xli,  fig.  4)  peut  aussi  présenter  une  teinte  noire 
ou  ardoisée,  sans  que  ces  tumeurs  soient  de  véritables  cancers 
mêlants,  analogues  à  ceux  que  l'on  rencontre  quelquefois  à  la 
peau. 


MÉLilNGSE  DANS  LEè  BEINS  {/listonçuc).      72 1 

En  résumé,  ces  colorations  grises,  noirâtres  ou  ardoisées , 
I  des  substances  corticale  ou  tubuleuse,  ou  des  membranes  des 
reins  et  de  leurs  conduits  excréteurs,  sont  aussi  fréquentes  dans 
ces  organes,  que  la  vraie  mélanose  y  est  rare.  Ce  sont  des  lésions 
tout-à-fait  locales,  consécutives  à  des  inflammations  chroniques 
ou  à  des  hémorrhagies  interstitielles;  colorations  bien  distinctes 
de  la  vraie  mélanose  qui  est  l'expression  anatomique  d'une 
diathèse. 

Historique  et  observations. 

§  ga8.  M.  Fawdington  (i)  a  publié  un  cas  très  intéressant  de 
liathèse  mélanique  dans  lequel  l'œil,  les  poumons,  le  cœur^  le 
oie,  le  pancréas,  les  intestins,  le  péritoine,  les  reins,  la  peau 
;t  le  tissu  cellulaire  étaient  le  siège  de  tumeurs  mélaniques. 
jes  reins  étaient  pâles,  et  leurs  deux  substances  étaient  peu 
Ustincles  l'une  de  l'autre.  On  y  voyait  une  foule  de  petites 
nasses  mélaniques,  depuis  levolume  d'un  grain  de  millet  jusqu'à 
elui  d'un  grain  de  chenevis;  plusieurs  petites  masses  se  trou- 
aient dans  le  tissu  graisseux  de  la  scissure.  L'urine  avait  offert 
■endant  la  vie  une  couleur  pourpre ,  et  après  un  repos  de  quel- 
ues  heures  elle  déposait  un  sédiment  couleur  de  chocolat.  Le 
iquide  qui  surnageait  avait  une  teinte  ambrée  foncée.  Ni  la 
haleur,  ni  l'acide  nitrique  n'y  produisaient  d'altération  appré- 
iable. 

Déjà  MM.  Cullen  et  Carswell  (2)  avaient  publié  deux  cas  dans 
îsquels  les  reins,  aussi  bien  qu'un  grand  nombre  d'autres  or- 
anes,  avaient  été  envahis  par  la  matière  mélanique. 

M.  Petit  (5),  interne  dans  le  service  de  MM.  Marjolin  et  Blan- 
in,  a  aussi  publié  un  cas  de  mélanose,  dans  lequel  presque 

(i)  Fawdiogton.  A  case  of  melanosis  with  gênerai  observations  on  the 
^thotogj  of  this  inleresling  disease ,  in-8,  LoDdon,  1829,  plate  v,  p.  ai. 

(3)  William  Cullen  and  Robert  Carswell.  On  melanosis  (Transactions  of 
le  médico-chirurgical  Society  of  EdinLurgh,  toK  i,Edinb.,  1834,  p.  364)» 

(3)  Journal  hebdomadaire  do  médecine,  t.  11,  Paris,  1829,  p.  122. ^ 

m.  4^' 


MÉLAWOSE   DANS  LES  REINS. 

tous  les  organes  offraient  celte  altéralion.  Le  rein  droit  conte- 
nait dans  son  épaisseur  une  masse  noire ,  arrondie,  du  volume 
d'une  grosse  aveline,  et  entourée  d'un  kysle. 

J'ai  publié  (i)  le  cas  d'une  femme  de  49  ans  qui  avait  à  la 
peau  plusieurs  petites  tumeurs  noirâtres.  Les  poumons,  le 
cœur,  le  foie  etles  reins  contenaientdes  masses  mélaniques  etdes 
masses  encéphaloïdes,  tantôt  pures,  tantôt  mélangées  ;  celles  de 
la  peau  contenaient  seulement  de  la  matière  mélaniquè.  En  ou- 
tre, il  y  avait  de  la  matière  tuberculeuse  déposée  au  sommet  des 
deux  poumons,  et  celui  du  poumon  droit  présentait  plusieurs 
petites  cavernes. 

Antérieurement ,  Lobslein  (a)  avait  publié  le  cas  très  inté- 
ressant d'une  femme  chez  laquelle  se  déclara  une  foule  d'é- 
minences  rougeâtres  et  bleuâtres  sur  diverses  régions  de  la 
peau,  et  dont  une,  fongueuse  et  ulcérée,  était  plus  grosse  qu'un 
œuf  de  poule.  Après  la  mort,  la  peau,  les  poumons,  le  foie  et  la 
rate  offraient  des  altérations  mélaniques.  Le  rein  droit  était 
sain,  mais  il  présentait  à  son  extrémité  supérieure  une  tumeur 
longue  de  trois  pouces ,  demi  et  large  de  huit  pouces,  et  de 
trois  quart  de  pouce  d'épaisseur.  Cette  tumeur ,  semi-trans- 
parente ,  avait  l'aspect  d'une  hydatide  ;  mais  à  la  coupe  on 
s'assura  que  c'était  un  kyste  divisé  en  plusieurs  cellules  rem- 
plies d'une  matièi'e  noire  et  pulpeuse,  et  qui  communiquait 
avec  la  veine  rénale.  A  la  partie  supérieure  et  interne  de  la 
cuisse  gauche,  il  y  avait  une  masse  composée  de  six  tumeurs 
encéphaloïdes,  ramollies  j  la  plus  volumineuse  avait  deux 
pouces  et  demi  de  long  sur  onze  lignes  de  largeur.  Ces  tumeurs 
renfermaient  aussi  de  la  matière  mélaniquè. 

M.  Chomel  (3)  a  soigné  une  femme  dont  le  foie,  d'un  volume 
énorme  (il  pesait  douze  livres  quatre  onces),  offrait  à  sa  surface 
de  nombreuses  saillies,  les  unes  d'une  couleur  noire  très  foncée, 

,  (i)  Rayer.  Traité  théorique  et  pratique  des  maladies  de  la  peau,  seconde 
édit,  Paris,  i835,  t.  m,  p.  693. 

(2)  Répertoire  général  d'anatomie  et  de  physiologie  pathologiques,  premier 
trimestre,  1829. 

(3)  Gazette  médicale  de  Paris,  i832,  p.  874. 


MATIÈRE  COLLOÏDE  DANS  LES  REINS.  7^3 

entièrement  formées  de  matière  mélanique  ,  les  autres  blan- 
châtres, formées  de  tissu  encéphaloïde  ;  d'autres  enfin  compo- 
sées de  ces  d^ux  substances,  tantôt  séparées,  tantôt  intimement 
mêlées.  Les  poumons,  la  matrice,  les  ganglions  mésentériques, 
les  mamelles,  le  nerf  optique  et  les  reins  contenaient  de  la  ma- 
tière mélanique. 

Des  observation^  analogues  ont  été  faites  sur  les  animaux(i). 
Un  vieux  mulet,  sacrifié  à  l'école  vétérinaire  de  Toulouse, 
pour  le  cours  d'anatomie,  le  17  mars  i83o  ,  offrit  les  lésions 
suivantes.  Le  rein  gauche  est  d'un  tiers  plus  volumineux 
que  de  coutume.  A  l'extérieur,  il  est  noir.  Toute  sa  moitié 
inférieure  païaît  remplacée  par  un  liquide  maintenu  par  la 
capsule  rénale  restée  intacte.  Le  liqtiide  que  renferme  la 
moitié  inférieure  du  rein ,  offre  tous  les  caractères  de  la  mé- 
lanose  ramollie  :  il  est  poisseux,  homogène;  étendu  en  couche 
mince ,  il  réfléchit  une  teinte  semblable  à  celle  de  l'encre  de 
la  Chine,  mais  un  peuroussâtre;  à  la  pai'tie  supérieure  de  celte 
collection  liquide,  se  trouve  une  matière  molle,  noire,  du 
volume  d'ùn  œuf,  aplatie,  lamelleuse,  et  qui  paraît  encore  être 
de  la  mélanose.  Tout  l'espace  où  l'on  devrait  rencontrer  la 
substance  corticale  du  rein  est  occupé  par  cette  matière  ;  le 
reste  de  l'organe  n'est  pas  altéré.  Toute  la  surface  du  foie, 
la  face  postérieure  du  lobe  moyen  exceptée,  est  d'une  cou- 
leur noir-jais.  Cette  couleur  est  due  à  une  couche  solide  d'une 
demi-ligne  d'épaisseur,  déposée  sous  l'enveloppe  hépatique, 
et  qui  offrait  les  caractères  de  la  mélanose. 

Matière  colloïde  ou  g élatiniforme. 

§  939.  J'ai  trouvée  dans  un  rein  de  bœuf,  tin  amas  de  kystes 
d'une  espèce  particulière.  Le  rein  avait  un  aspect  extraordi- 
naire (Atlas,  Pl.  XLii ,  fig.  i.  2):  plusieurs  lobules  étaient 


(i)  Journal  des  progrès  des  sciences  zooialriques  et  dà  médfi'ie  com- 
parée, vil''  année,  i836,  p.  207. 

46. 


MATifeRE  COLLOÏDE  DANS  LKS  IIKINS. 

Cf)minft  rongés,  ou  plutôt  présentaient  des  dépressions  nom- 
breuses, à  bords  irréguliers  et  saillans,  à  fond  grisâtre.  Celle 
affection  semblait  s'être  propagée  par  continuité  en  passant 
d'un  lobule  à  un  autre,  en  s'arrêtant  brusquement  après 
avoir  franchi  le  lobule  voisin.  Vu  du  côté  du  bassinet,  le  rein 
présentait  un  aspect  non  moins  extraordinaire.  Le  mamelon  du 
lobule  le  plus  gravement  affecté  était  d'une  grosseur  remar- 
quable. On  voyait,  tout  autour  de  lui ,  et  sur  son  sommet,  qui 
était  aplati ,  des  tumeurs  gélatiniformes ,  tremblotantes  ,  que 
je  pris  d'abord  pour  des  hydatides.  La  coupe  d'un  de  ces  lo- 
bules ulcérés  présentait  un  tissu  filamenteux,  infiltré  par  une 
matière  semblable  à  de  la  colle  dissoute  dans  une  assez  grande 
quantité  d'eau,  et  qui  contenait  aussi  dans  ses  mailles  des 
masses  gélatiniformes  plus  ovi  moins  solides,  dont  un  cerlain 
nombre  se  trouvaient  très  près  de  la  dépression  mentionnée 
plus  haut.  Une  coupe  du  mamelon,  dans  le  lobule  le  plus  ma- 
lade ,  pénétra  dans  une  cavité  remplie  d'un  liquide  sem- 
blable à  celui  qui  infiltrait  l'autre  lobule,  et  dont  les  parois 
étaient  également  filamenteuses.  Ailleurs,  ces  loges  présen- 
taient les  caractères  des  kystes  réticulés  des  mamelons  du  rein 
de  bœuf.  Des  coupes  faites  dans  le  voisinage  de  l'altération, 
pénétraient  dans  des  cavités  remplies  d'une  matière  gélatini- 
forme,  plus  ou  moins  solide  et  transparente.  Dans  la  substance 
corticale  ,  il  y  avait  aussi  les  mêmes  vacuoles,  remplies  de  la 
même  matière.  Cette  matière  était  soluble  dans  l'eau  froide. 
La  solution  chauffée  jusqu'à  l'ébuUition  se  troublait,  et  il  se 
formait  à  sa  surface  vme  crème  blanchâtre,  assez  abondante, 
qui  n'était  plus  soluble  dans  l'eau,  mais  qui  se  dissolvait 
dans  l'acide  nitrique  à  chaud,  en  prenant  une  teinte  jaime- 
citrine. 

La  liqueur,  débarrassée  de  l'écume,  évaporée,  laissait  une 
matière  brunâtre,  légèrement  transparente,  qui  ne  se  dissolvait 
plus  sensiblement  dans  l'eau. 

J'ai  rencontré  la  même  altération  chez  l'homme  dans  un  cas 
de  pyélite;  le  bassinet  offrait  de  petites  ulcérations,  arrondies, 
dans  le  voisinage  de  la  substance  mamelonnée,  altérée;  à 
l'intérieur  des  mamelons  affectés  cette  matière  était  transparente 


MATlÈUli  JAUNE  DANS  LES  KEINS.  'J'iS 

A-TLAS ,  Pl.  XI,  fîg.  7) ,  mais  à  leur  extrémité  elle  était  opaque  et 
)lanchâtre  ;  un  des  mamelons  était  entièrement  détiuit  ou  ré- 
luit en  bouillie  par  cette  allératiou.  Dans  un  autre  cas,  j'ai 
vu,  à  l'extrémité  des  mamelons  du  rein,  une  altération  qui, 
iu  premier  coup  -  d'œil ,  semblait  être  un  développement 
anomal  de  vésicules ,  mais  qui ,  à  un  examen  plus  attentif,  fut 
reconnue  pour  une  foule  de  petits  grains  d'une  matière  géla- 
tiniforme. 

Matière  jaune. 

§  980.  En  examinant  les  deux  reins  d'un  vieillard  ,* j'ai  vu, 
i  la  surface  de  l'un  d'eux,  sous  la  membrane  fibreuse ,  un 
petit  corps  jaune  que  j'ai  d'abord  pris  pour  un  dépôt  de  sels 
le  l'urine  dans  les  conduits  de  Ferrein.  Mais,  après  avoir  dé- 
laché  la  membrane  fibreuse  du  rein  ,  j'ai  reconnu  que  ce  petit 
corps  était  mou  et  non  salin.  Pour  la  couleur)  il  pouvait  être 
issez  exactement  comparé  au  tissu  jaune  des  capsules  surré- 
lales.  J'ai  trouvé,  chez  d'autres  sujets,  une  semblable  matière 

!  ians  les  ovaires. 

Un  autre  rein  ,  provenant  également  d'un  vieillard ,  présen- 
alt,  entre  la  membrane  celluleuse  et  la  substance  corticale, 
l  dans  cette  substance  elle-même,  une  matière  jaune ,  qui 

|[ia'élait  ni  de  la  graisse,  ni  une  matière  saline.  Enfin,  j'ai  vu 
ine  matière  d'un  jaune  d'ocre,  à  la  surface  d'uti!  rein  atteint 
l'inflammation  chronique. 

§  931.  Certaines  matières  jaunes  paraissent  être  de  la 
ibrine- décolorée.  Sur  un  rein  de  nouveau-né,  dont  la  sur- 
ace  était  d'un  rouge  assez  foncé  et  semée  d'étoiles  vas- 
ulaires  ,  il  y  avait  une  dépression  dans  laquelle  était  logé 

hiun  petit  corps  noir,  entouré  d'une  matière  jaune.  La  sub- 
slance  corticale  contiguë  avait  une  couleur  rouge-noirâtre. 
Dans  un  autre  point  de  la  substance  tubuleuse ,  il  y  avait  un 
caillot  comme  apoplectique,  et  le  bout  du  mamelon  voisin  avait 
une  coloration  jaune-noirâtre. 

Je  puis  encore  citer  d'autres  faits  analogues  :  Chez  une 
femme  morte  d'apoplexie,  et  qui  avait  des  corps  fibreux  dans 


VERS  DANS  LES  REINS, 

la  matrice,  le  rein  droit,  près  de  la  scissure ,  présentait  une 
tumeur  du  volume  d'une  noisette ,  et  d'une  consistance  très 
molle,  d'un  jaune  rougeâtre.  Près  de  cette  tumeur,  il  y  en  avait 
une  autre  plus  petite,  d'un  jaune  mat. 

Sur  la  face  antérieure  d'un  rein,  provenant  d'une  femme 
très  âgée,  il  y  avait  une  tumeur  grosse  comme  une  noisette, 
et  d'un  rouge  foncé.  A  la  coupe  ,  la  substance  de  la  tumeur 
était  rouge,  molle,  fongueuse,  et  contenait  de  petits  grains 
jaunes,  disposés  comme  les  pépins  dans  l'intérieur  d'un  grain 
de  raisin. 

Sur  un  rein  atrophié  de  vieillard,  j'ai  vu  une  petite  plaque 
d'un  jaune  d'ocre,  et  d'une  ligne  environ  d'épaisseur.  Enfin  , 
dans  un  rein  de  bœuf,  qui  contenait  plusieurs  kystes  urinai- 
rcs,  j'ai  trouvé  entre  deux  lobules  une  petite  tumeur  dure, 
et  hérissée  de  petites  saillies  jaunâtres  qui,  par  leur  consistance 
et  leur  couleur ,  avaient  beaucoup  d'analogie  avec  de  la  cire 
jaune.  Après  avoir  fait  macérer  cette  tumeur,  j'y  aperçus  des 
pellicules  bleuâtres  qui  étaient  peut-être  des  débris  d'acépha- 
locystes. 

Granulations  transparentes. 

§  gSa.  J'ai  vu,  mais  très  rarement, à  la  surface  des  reins, 
une  foule  de  petites  éminences  pellucides,  un  peu  inégales, 
brillantes  comme  des  vésicules,  et  qui  étaient  entremêlées  d'un 
grand  nombre  de  petits  points  blancs ,  opaques.  Presque  tous 
ces  reins  avaient  une  teinte  jaune,  un  aspect  granulé,  des 
dépressions  ou  d'autres  altérations  amenées  par  la  néphrite 
chronique. 

P^ers  dans  les  reins. 


§  933.  On  a  trouvé  dans  les  reins  de  l'homme  le  strongle 
géant  [strongyhis  gigas)  et  deux  autres  vers,  le  spiroiitcra 
hominis  et  le  dactylius  acnleatits,  sur  lesquels  il  reste  beau- 
coup d'incertitudes  ;  j'ai  déjà  dit  qu'on  y  rencontrait  plus  sou- 
vent des  acéphalocysles  (,<^85S.  Kystes  acépàalocysliqucs). 


VERS  DANS  LES  REINS.  727 

§  934.  On  peut  voir^dans  d'anciens  auteurs^  de  mauvaises 
figures  de  prétendus  vers  rendus  avec  l'urine,  et  qui  ne  sont 
autre  chose  que  des  concrétions  fibrineuses  (i),  du  mucus  coa- 
gulé ou  de  fausses  membranes ,  ou  même  des  larves  d'in- 
sectes (2),  ou  des  cloportes  (3)  qui  s'étaient  trouvées  par  ha- 
sard ou  par  supercherie  dans  le  vase  de  nuit  des  malades. 
M.  LavïTence  a  vu  deux  fois  des  larves  d'insectes  envoyées 
comme  des  vers  rendus  par  la  vessie. 

Un  cas  rapporté  par  J.  Aug.  Christ.  Kiihn  (4)  me  paraît  aiissi 
très  douteux.  II  s'agit  d'un  enfant  qui  renditplusieurs  ascarides, 
sans  en  rejeter  par  l'intestin.  L'auteur  suppose  que  ces  vers  s'é- 
taient développés  dans  les  reins. 

Des  vers  intestinaux,  en  pénétrant  dans  les  reins  ou  le  canal 
de  l'urèthre  à  travers  des  fistules,  ont  pu  être  rendus  par  l'u- 
rine (5).  Enfin  chez  les  femmes,  les  ascarides  vermiculaires 
quittent  quelquefois  le  rectum,  gagnent  les  parties  génitales, 
entrent  et  peuvent  être  balayés  par  l'urine,  et  tomber  avec  elle 
dans  le  vasç  de  nuit. 

(1)  Decerf  {Joum.  demèd.  continué,  t.  xvïi,  p.  92)  rnpporte  l'observation 
d'un  homme  âgé  de  cinquante  ans  qui,  après  avoir  eu  des  Lémorrbagieg  , 
rendit  un  corps  vermiforme  ou  un  ver ,  et  plus  tard  de  petits  corps  verini- 
formes,  dont  plusieurs ,  examinés  par  MM.  Bremser  et  Duméril,  furent  re- 
connus pour  des  concrétions  fibrineuses. 

(2)  Tulpii  Obs.  medic,  lib.  2,  cap.5o,  tab.  T,  fig.  a.  —  Cap.Si,  tab.  7, 
Cg.  3.  —  Werlhof  Commerc,  Litler.  Norimb,  ijSS,  p.  282  {^'vermis  cum 
urina  excretus). 

(3)  Veau  de  Lannay.  Observât,  sur  des  vers  rendus  avec  l'urine  (Rozier. 
Obs.  de  physique,  1792,  p.  i5o,  pl.  i,.fig.  4,  a.  c.  —  Voyez  aussi  :  Gazette 
médic.  de  Paris,  i838.  p.  24)- 

(4)  Kûbn  (J.  Ang.  Christ.).  Diss.  innug.  De  ascaridibus  per  urinant  emissis, 
etc.,  Jenae  ,  1798,  in-iS,  p.  4> 

(5)  Bardin.  Rapport  sur  une  obs.  de  M.  Delaporte  (Bibl.  méd.,  t.  Lxvi,  pag. 
86).  Voyez  aussi,  au  sujet  de  tœnia  rendus  avec  l'uriuc,  Gazette  médic.  de 
Paris,  1835,  p.  lo3. 


7*8 


STRONGLli  GliANT. 


Slrongîe  géant  {slroncjylus  gigas). 

%  935.  Oa  reconnaît  le  sU-ongle  géant  aux  caractères  sui- 
vais :  Corps  cylindrique  ,  élastique  ,  atténué  aux  deux  extré- 
mités; queue  du  mâle  terminée  par  une  bourse,  du  milieu  de 
laquelle  sort  une  verge  unique. 

Chez  les  animaux,  la  longueur  des  strongles  varie  de  cinq 
pouces  à  trois  pieds.  Ces  vers  sont  d'un  rouge  de  sang  ;  ils  per- 
dent cette  couleur  dans  l'eau  etl'alcool.  Le  mâle,  plus  petit  que  la 
femelle,  est  aminci  vers  ses  deux  extrémités;  la  bouche  est 
circulaire  et  pourvue  de  deux  petites  papilles;  son  corps,  com- 
posé pour  ainsi  dire  d'anneaux,  offre  plusieurs  dépressions  lon- 
gitudinales; sa  queue  forme,  à  son  extrémité,  une  bourse  par 
laquelle  sort  un  pénis  extrêmement  fin  (Atlas.  Pl.  xxix,  fig. 
6  et  8).  La  femelle  est  plus  grande;  la  fin  de  sa  queue  est 
droite  et  obtuse;  on  remarque,  à  cet  endroit,  un  anus  lon- 
gitudinal. Suivant  la  différente  longueur  du  ver,  l'entrée  du 
vagin  est  éloignée  d'un  ou  plusieurs  pouces  de  l'extrémité  de 
la  queue. 

Les  individus  observés  chez  l'homme  avaient  plusieurs  pouces 
de  longueur. 

Quelques  observateurs  paraissent  avoir  confondu  ces  vers 
avec  les  lombrics  (i)  dont  ils  se  rapprochent  par  leur  forme 
et  leur  dimension. 

§  936.  Cette  espèce  de  vers  a  été  quelquefois  trouvée  dans 
des  reins  du  chien,  de  la  fouine,  du  loup,  du  cheval  et  du 
phoque.  Elle  est  très  rare.  J'ai  examiné  plus  de  trois  mille 
reins  d'homme  et  plus  de  cinq  cents  reins  de  chien ,  sans 
rencontrer  un  seul  exemple  de  ces  vers. 

S  937.  Quant  aux  accidens  déterminés  par  la  présence  des 
strongles  dans  les  reins,  ils  ont  la  plus  grande  analogie  avec 
ceux  qu'occasionnent  les  calculs  rénaux  (§  644*  645).  Ce  sont 
principalement  des  douleurs  rénales,  souvent  des  hématuries, 

(i)  Guillaiime  Remcr  (Hufclaud's  Med.  Journal ,  vol.xvii,  pl.  ii,p.  116- 
120)  rapporte  à  l'ascaride  louibricoïde  des  vers  qu'une  femme  épileptique 
rendait  avec  l'urine ,  et  qui  paraissent  être  de  véritables  strongles. 


STRONGLE  GEANT  {Jiisloriqué).  729 

parfois  des  rétentions  d'urine  dans  le  bassinet  et  les  calices,  et 
par  suite  le  développement  d\ine  tumeur  à  la  région  lombaire. 
:  De  semblables  tumeurs  peuvent  s'ouvrir  spontanément  à  l'ex- 
.  lérieur  ou  être  vidées  par  l'instrument  du  chirurgien. 

§  938.  Pendant  la  vie,  l'existence  des  strongles  dans  les  reins 
ne  peut  être  démontrée  que  par  l'expulsion  d'un  ou  de  plu- 
sieurs de  ces  vers  ;  car  les  accidens  qu'ils  déterminent  sont 
communs  à  toutes  les  pyélites  produites  par  des  corps  étran- 
gers, animés  ou  inanimés. 

La  rareté  de  ces  vers  dans  les  reins  de  l'homme  n'a  pas  per- 
mis de  faire  des  observations  rigoureuses  sur  les  remèdes  pro- 
pres à  en  favoriser  l'expulsion. 

Historique  et  observations. 

§  gSg,  Il  faut  se  garder  de  compter,  comme  des  exemples  de 
slrongles,  des  observations  dans  lesquelles  on  a  pris  évidem- 
ment, pour  cette  espèce  de  vers,  des  concrétions  fihrinett ses 
vermiformès,  et  de  véritables  lombrics  passés  de  l'intestin  dans 
la  vessie. 

Rudolphi  et  Bremser  regardent  comme  authentiques  les 
observations  suivantes  ,  quoique  la  plupart  laissent  une  foule 
de  détails  à  désirer  : 

1°  Ruysch  (i),  qui  a  souvent  observé  des  strongles  chez  les 
chiens ,  trouva  un  jour  un  ver  de  cette  espèce  dans  les  reins 
d'un  homme. 

2°  Blaes  (a)  a  trouvé  dans  les  reins  d'un  vieillard  deux  vers 
rougejs  de  la  longueur  d'une  aune,  et  il  ajoute  qu'on  renconti'e 
souvent  ces  vers  chez  les  chiens. 

(i)  Ruysch.  Opéra  omnia  :  Observât,  anatomico-chirurgica!.  Obs.  i,xiv  : 
«  In  renibns  hamanis  semel  cos  me  vidisse  memini,  qaales  iu  canum  reui- 
l)us  longe  frequentiùs  occurrant.  » 

(»)  Blasius.  Obs.  lUedic.  rarioies,^.  80  in-12  (Amstelodam.  1677.  «In 
viro  cmaciato  ,  ulnas  et  quod  excedit  loogitudinem  babcntes  duos  (vermes) 
iiliqnaudo  reperi;  coloris  erant  rubicundi ,  nquoso  Lumorc  turgidi,  quasi  ex 
annulis  plurimis  affabre  junctis  coustare  videbantur  (Cg.6  et  7,  tab.  viri).  » 
■.Les  deux  figures  de  Blaes  sont  mauvaises,  et  la  description  elle-même  laisse 
^biea  de»  incertitodes  sur  la  nature  de  ces  corps. 


•730  VERS  DANS  LES  REINS.. 

3°  J.  Rhode  (1)  a  connu  un  homme  atteint  d'une  fièvre  mali- 
gne, qui  avait  rendu  en  urinant,  le  cinquantième  jour  de  sa 
maladie,  un  ver  vivant,  de  forme  ronde  et  d'un  pied  de  lon- 
gueur. Cet  homme  n'a  jamais  eu  de  difficulté  pour  uriner,  ni 
avant,  ni  après  la  sortie  du  ver. 

4°  Albrecht  (2)  fait  mention  d'un  soldat  qui,  depuis  sept  ans, 
éprouvait  une  difficulté  d'uriner,  et  qui  en  fut  entièrement  dé- 
barrassé après  avoir  rendu,  par  Turèthre,  un  ver  de  la  lon- 
gueur de  trois  doigts  et  de  la  grosseur  d'un  tuyau  de  plume. 

5°  Raisin  (3)  rapporte  qu'un  homme  de  5o  ans  était  attaqué, 
depuis  deux  ans  environ  ,  d'une  colique  néphrétique  très  vio- 
lente ;  ses  urines  étaient  teintes  de  sang ,  presque  noirâtres. 
Quelques  remèdes  calmèrent  les  douleurs;  elles. reprirent  en- 
suite avec  plus  de  violence  que  jamais,  et  persistèrent  malgré 
tous  les  secours  qu'on  put  lui  donner,  jusqu'à  ce  qu'il  rendît 
par  les  urines  un  ver  qui  avait  plus  de  trois  pouces  de  long; 
depuis  ce  moment  il  fut  parfaitement  rétabli,  et  les  urines  re- 
prirent leur  couleur  naturelle. 

Duchaleau  cite  (4)  un  cas  analogue  à  celui  de  Raisin. 

Enfin  Gentilis  da  Foligno  (5) ,  Fernel  (6) ,  Guidi  Guide  (7), 
llouUier  (8),  Zacutus  Lusitanus  (9),  Schenk  (ro),  Th.  Bar- 
tholin(ii),  Bonet(ii2),  Pechlin  (i3),  Chapelain  {i4),  Ger- 


(1)  Rliodius.  Ohs.  anatom.  medic.  Centuriœ  1res.  Padone,  1687,  in-8  obs. 

(2)  Albreclit  (I.-P  ).  Ephem.  nat.  cur.,  Dec.  11,  an.  i,  p.  i83,  obs.  Lixvir. 

(3)  Kaisin.  Journal  de  médecine,  t.  xix,  p.  458. 

(4)  Bihlioth.  médic,  t,  Lir,  p.  371. 

(5)  Gentilis  Fulginus,  cité  par  Gorcy.  Jouni.  gén.  méd.,  t.  six,  p.  38g. 

(6)  Fernel.  Pathologia,  lib.  vr,  cap.  10. 

(7)  Guidi  (Guido).  (/^rWHj  Fidius).  De  curalione generatim.Uh.  x,  c.  H. 

(8)  Hollerii.  Commcntar.,  cap.  de  odore  urina;. 

(9)  Zacutus  Lusitanus.  Prax.  hist.,  lib.  «,  cap.  xti,  obs.  6. 

(10)  Scbcnk.  Obs.  med,,  lib.  m,  seot.  11,  obs.  cxcvi,  p.  33o. 
(n)  Th.  Bartbolin.  Acla  Harniens.,-io\.  r,  obs.  21,  70,  106. 

(12)  Bonct.  Sepidcreium,  t.  11,  p.  579. 

(13)  Pechlin  (J.-N.).  Obs.  phys.  meMc.,\\h.  i,  obs.  4- 

(14)  Cbapotain,  Topographie  méd.  de  l'Ile-de-France,  in-4,  P«rls,  18:2. 


STRONGLÉ  GÉANT  (Jiistoriqué) .  ySi 

cy  (i),  etc.,  ont  fait  des  observations  ou  des  remarques  sur  les 
vers  des  reins;  mais  plusiei^rs  cas  paraissent  appartenir  aux 
caillots  fibrineux  et  non  à  de  véritables  vers,  ainsi  que  Mor- 
gagni  (2)  l'a  judicieusement  remarqué. 

Auvity  (3)  a  rapporté  l'obsorvation  de  deux  vers  rendus  avec 
l'urine  et  qui  me  paraissent  être  des  strongles. 

5  940.  Le  strongle  ^éant  a  été  observé  dans  les  reins  des 
chiens  par  Ruysch  (4)-  Sim.  Schultz  (5),  Ch.  Rayger(6),  Ph.-Jac. 
Hartraam  (7),  Polycarpe  Gottl.  Schacher  (8),  G.-F,-H.  Collet- 
Meygret  (9),  Van  Swieten  (10),  Godine  (n),  Duverney  et 
Méry  (12),  Wolf  (lo)^  et  dans  la  vessie  d'un  chien,  par  F. 
Frank  (14). 

(t)  Gorcy.  Lettre  au  sujet  d'une  observation  de  ver  tivuvé  dans  le  rein 
d'un  chien  (Journ.  général  de  médecine,  t.  xix,  p.  387). 

(2)  Morgngai.  De  sed.  et  caus.  morl/or.,  epist.  il. 

(3)  Rozier.  Observ.  de  physique,  vol.  xiil,  p.  379-382. 

(4)  Ruyschii.  Opéra,  in-4,  Anistelodami,  1787  :  Tit.  Diluridatio  valvula- 
rum,  cap.  4-  OLserv.  anatom.  Obs,  xi  (Verœis  in  rené  rcpertus). 

(5)  Scbultz.  Obs.  de  vermibus  in  renibus  (canis.)  (Ephem.  nat.  cur.,  Doc.  1, 
ann.  3,  p.  4o5-4o8  (rcnis  caro  exesa  :  verrais  dodranteni  supra  duas  ulnas 
aequavit. 

(6)  Ilayger  (C).  Ephem,  nat.  cur.,  Dec.  1,  ann.  7,  p.  3i5. 

(7)  Hartmann  (Pb.-Jac).  De  lumhrico  in  rené  canis  sanguineo  (Ephem. 
nat.  cnr.,  Dec.  u,  ann.  4>  P»  i49)'  Strongylus  (femina)  in  canis  rené  re- 
pertùs  cum  hoc,  fig.  18,  21.  Depingitur  :  fig.  22/24.  Anatomes  tentamen. 
Sanguine  rubebat.  Ultrà  diem  vivus  conservatus. 

(8)  Scbacber  (Polycarpi  Gottl.).  Panegrris  medica,  i.  plag.  in-4,  Ijips., 
1719.  - 

(9)  CoUct-Meygret.  Mém.  sur  un  ver  trouvé  dans  le  rein  d'un  chien  (Journ. 
de  physique,  t.  xi,  (1802),  p.  458-464,  fig.  i'4'  Ce  médecin  donna  le 
nom  de  dioclnphyme  à  ce  ver,  qui  plus  tard  fut  reconnu  être  le  strongle  géant. 

(10)  Van  Swieten.  Comm.  in  Aphor,  Boerhaavii,  n34. 

(11)  Godine.  Obs.  sur  un  strongle  trouvé  dans  le  rein  gauche  d'un  chien 
(Journ.  génér.  de  médecine,  t.  xix,  p.  160). 

(12)  Mém.  de  l'Acad.  des  sciences,  vol.  u. 

(13)  Wolff.  Obs.  chirurg,  medic,  lib.  2,  obs.  4. 

(14)  Pierre  Frank.  Traité  de  médecine  pratique,  trad.  française  de  Gonda- 
reau,  t.  III,  p.  365. 


'j'i-l  VERS  DANS  LES  UEINS, 

J.  Bauhin  (i),  Théod.  Klein  (2)  l'ont  vu  dans  les  reins  des 
loups,  d'autres  (3),  dans  les  reins  du  cheval  (4) ,  de  la  fouine  (5) 
et  du  bœuf. 

§941.  Les  cas  de  strongles  géans  observés  dans  les  reins  de 
l'homme  étant  disséminés  dans  des  recueils  périodiques  que  les 
médecins  praticiens  ne  peuvent  pas  toujours  facilement  con- 
sulter, je  me  suis  décidé  à  reproduire  ici  les  observations  rela- 
tives à  ces  vers  ,  et  qui  m'ont  paru  offrir  le  plus  d'intérêt  par 
leur  authenticité  et  par  les  circonstances  de  la  maladie. 

Obs.  I. —  Plusieurs  strongles  géans  dans  le  rein  droit;  rétention  d'urine 
dans  le  rein  ;  tumeur  à  la  région  rénale  droite;  coliques  néphrétiques; 
incision  et  ponction  de  la  tumeur;  guérisonde  la  fistule  ;  nouveaux  acci- 
dens,  nouvelle  incision,  guérison;  mêmes  accidens,  nouvelle  incision; 
issue  de  vers  vivans  par  la  fistule^  puis  par  l'urètbre;  guérison  (6). 

«  Je  fis  l'opération  de  la  taille  par  le  grand  appareil,  le  19  avril 
1748,  à  l'enfant  d'un  nommé  Bouturin,  âgé  de  5  ans,  avec  le 
plus  heureux  succès.  Cet  enfant,  depuis  sa  naissance,  se  plai- 
gnait d'une  dilEculté  d'uriner  et  souffrait  de  fréquentes  dou- 
leurs de  vessie,  ce  qui  me  fit  penser  qu'il  était  atteint  de  la 
pierre  dès  le  ventre  de  sa  mère,  attendu  qu'elle  était  d'un 
volume  considérable,  aussi  grosse  qu'un  petit  œuf  de  poule; 
après  m'être  assuré  de  son  existence,  jel'opérai  en  pi-ésence  de 
deux  chirurgiens  de  celte  ville,  et  il  fut  parfaitement  guéri 
dans  l'espace  de  quinze  jours. 

(1)  Bauhin  (Joan.).  Memorahilis  hisloria  lapomm  aliquot  rabidoritm ,  etc. 
Montbelliard ,  iSgi,  in-8. 

(2)  Klein.  An  anatomical  description,  of  worms  foiind  in  the  kidnies  of 
wolves  (Philosoph.  Transact.,  p.  269-273,  Cg.     ),  (strongle  mâle  et  femelle). 

(3)  Redi.  Anim.'viv.,  p.  2;,  vers.  p.  38,  tab.  9,  fig.  {ex  rené  martis). 

(4)  Voyez:  Rodolphi.  Entoozorum,  etc.  hist.  naturalis,  in-8,  Amstelodami, 

1809,  vol.  II,  Pl.  I,  p.  211. 

(5)  Hufel.ind'»  Med.  Joum.,  vol.  xviu,  part,  i,  p.  112. 

(6)  Sur  des  vers  sortis  des  reins  et  de  i'urèthre  d'un  enfant,  avec  des  re- 
rtexions  sur  la  néphrotomie.  par  M.  Moublet,  lieutenant  de  M.  le  premier 
chirurgien  du  roi,  et  chirurgien-major  de  l'hôpital  de  Tarascon,  en  Provence 
{Joum.  de  méd.  et  de  chirur,  juillet  ijSS,  t.  ix,  p.  244). 


STRONGLiî  GÉA,NT  {tumeui-  rénale).  ^33 

«Je  fus  appelé,  le  8  février  1752,  pour  cemême  enfant,  que  je 
trouvai  avec  beaucoup  de  fièvre,  un  pouls  plein,  fort  et  fré- 
quent. 11  n'avait  point  ui-iné  depuis  vingt-quatre  heures,  avait 
eu  le  hoquet,  des  voinissemens  le  jour  précédent,  qui  avaient 
duré  toute  la  nuit,  pendant  laquelle  il  avait  été  cruellement 
tourmenté.  Il  se  plaignait  d'une  douleur  vive  à  la  région  lom- 
baire du  côté  droit,  d'une  intlexibilité  des  reins,  et  d'un  en- 
gourdissement de  la  cuisse. 

«  La  constitution  du  malade,  le  siège  de  la  maladie  ,  les  acci- 
dens  dont  il  était  affligé,  et  les  coliques  néphrétiques  qu'il 
avait  autrefois  essuyées,  déclaraient  assez  combien  l'action  des 
reins  était  lésée,  d'autant  mieux  qu'il  n'y  avait  presque  point  de 
tension  dans  la  région  de  la  vessie.  La  douleur  fixe  et  persévé- 
rante,  les  élancemens  qu'il  souffrait,  me  firent  recourir  tout 
de  suite  aux  remèdes  les  plus  capables  de  relâcher  et  de  calmer 
l'état  phlogislique  de  la  partie.  Je  le  saignai,  je  lui  fis  prendre 
un  lavement  anodin,  je  lui  ordonnai  des  fomentations  émol- 
liens  sur  le  bas-ventre ,  je  le  sondai ,  et  il  sortit  de  la  vessie 
environ  un  verre  d'une  urine  ardente ,  ti'ouble,  avec  sédiment 
épais. 

«  La  région  lombaire  n'était  pas  fort  tendue  ;  la  couleur  de  la 
peau  paraissait  un  peu  rouge  ,  et  il  lui  restait  seulement  un 
sentiment  vif  de  pulsation ,  et  une  douleur  profonde  lorsque 
j'y  appuyais  mes  doigts.  Ce  qui  m'obligea  de  lui  appliquer  un 
cataplasme  anodin.  Je  le  saignai  une  seconde  fois,  trois  heures 
après,  et,  comme  les  symptômes  subsistaient  le  soir  avec  vio- 
lence, je  proposai,  pour  procurer  une  grande  détente  et  une 
nuit  moins  tumultueuse,  une  troisième  saignée,  à  laquelle  le 
père  s'opposa. 

«Le  lendemain  matin,  l'inflammation  avait  augmenté;  le  ma- 
lade était  inquiet,  brûlant,  altéré,  les  coliques  avaient  redoublé 
et  ne  lui  avaient  donné  aucun  calme  ;  il  rendit  des  urines  ex- 
trêmement rouges,  briquetées  et  en  très  petite  quantité;  l'in- 
somnie qu'il  avait  eue  la  nuit  l'avait  beaucoup  agité,  le  pouls 
était  concentré,  il  sentait  une  pesanteur,  et  une  pression  véhé- 
mente dans  la  région  lombaire,  ce  qui  me  persuada  que  l'in- 
flammation attaquait  les  contours  même  du  rein  extérieure- 


704  VERS  DANS  LES  HEINS. 

ment,  la  rougeur  était  plus  vive,  la  chaleur  forte^  la  peau  plus 
élevée  et  plus  rénitente  ;  je  sentis  même  au  milieu  de  la  tumeur 
une  petite  dureté. 

a  II  fut  saigué,pritunlavement,jecontinuai,  afin  d'assoupir 
les  solides  et  d'apaiser  les  douleurs  par  l'usage  des  relâchans, 
des  anodins  et  des  émoUiens.  Je  ne  négligeai  point ,  selon  les 
indications,  les  potions  huileuses,  acides  et  narcotiques,  et  je 
fis  voir  si  fort  aux  parens  les  mauvais  effets  de  leur  négligence, 
qu'ils  appliquèrent  sur  la  région  lombaire  le  cataplasme  que 
j'avais  prescrit  la  veille.  Je  le  sondai  de  nouveau  pour  faire 
couler  le  peu  d'urine  qui  se  trouvait  dans  la  vessie ,  qui  était 
extrêmement  rouge  et  enflammée. 

«  Cependant  les  parens  ennuyés  de  voir  que  ces  remèdes  n'o- 
péraient pas  un  soulagement  prorapt,  se  lassèrent  de  les  conti- 
nuer, ils  abandonnèrent  cet  enfant  à  sa  triste  situation,  et  je 
perdis  cette  maladie  de  vue- 
ce  Dix  jours  s'écoulèrent  dans  cette  inaction;  mais,  voyant  que 
le  mal  empirait,  ils  vinrent  un  jour  me  revoir,  m'assurèrent 
qu'ils  le  confiaient  entièrement  à  mes  soins,  et  m'avouèrent 
qu'ils  en  avaient  été  détournés  par  les  discouis  enchan- 
teurs d'une  femme  qui  les  avait  ûattés  de  le  guérir  radica- 
lement. 

«  L'enfant  était  assez  tranquille,  la  fièvre  s'était  calmée,  il 
urinait  sans  peine,  l'urine  était  claire  et  naturelle;  la  dou- 
leur de  la  région  lombaire  était  moindre  ,  le  ventre  s'était 
amolli,  la  tumeur  n'était  plus  si  saillante  ,  mais  aplatie  et  cir- 
conscrite, sans  rénitence  et  sans  tension.  Je  reconnus  par  la 
rémission  de  la  douleur,  par  les  frissons  vagues  et  irréguliers 
qu'il  me  dit  avoir  ressentis,  par  le  relâchement  et  la  mollesse 
de  la  peau,  et  plus  encore  par  la  dépression  qui  restait  au 
centre  de  la  tumeur  après  l'impulsion  des  doigts,  par  le  flot  et 
l'ondosilé  du  pus  qu'elle  renfermait,  qui  se  faisait  sentir  à  la 
circonférence,  je  compris  que  la  suppuration  était  formée  et 
que  l'abcès  pénétrait  fort  avant,  parce  que  la  fluctuation,  qui 
était  lente,  paraissait  profonde. 

a  Je  communiquai  au  père  le  jugement  que  j'en  portai.  Je  lui 
dis,  selon  ce  que  me  laissaient  présumer  les  accidens  qui 


STROTVGLE  GÉAJNT  {tumeur  rénale).  735 

avaient  pi'écédés ,  que  l'abcès  occupait  peut-être  jusqu'au  rein 
même  ;  que  le  pus  serait  abondant,  parce  qu'il  y  avait  beaucoup 
de  graisse  dans  cette  partie,  et  qu'il  fallait  au  plus  tôt  lui  don- 
ner issue  pour  éviter  les  ravages  qu'il  pourrait  faire.  Je  fis  ap- 
pliquer sur  la  tumeur  un  cataplasme  maturalif. 

a  La  suppuration  est  toujours  prompte  dans  des  parties  si 
.  délicates  et  d'un  sentiment  si  exquis,  et  la  saine  pratique  de- 
j  mande  de  ne  pas  trop  temporiser.  L'après-dîner  la  fluctuation 
1  m'ayantparu  encore  plus  sensible,  je  fis  préparer  mon  appa- 
I  reil,  el  j'en  fis  l'ouverture  comme  je  l'avais  proposé. 

«  Le  malade  étant  situé  sur  le  bord  du  lit ,  le  côté  penché  en 
(  dehors;  je  plongeai  mon  bistouri  dans  la  partie  la  plus  déclive 
de  la  tumeur,  environ  la  profondeur  de  deux  travers  de  doigt. 
Je  fus  fort  étonné,  l'incision  faite,  de  ne  point  voir  sortir  du 
pus  ;  et  cela  me  fit  d'autant  plus  de  peine,  que  les  parens  étaient 
présens.  Je  ne  me  déconcertai  point;  j'introduisis  mon  doigt 
tout  de  suite  dans  l'incision  que  j'avais  pratiquée;  je  sentis 
l'ondulation  du  pus,  à  ne  pouvoir  en  douter;  en  étant  assuré, 
j'enfonçai  mon  bistouri  plus  profondément  dans  la  même  in- 
cision ;  il  sortit  un  jet  d'un  pus  mêlé  de  filamens  sanguins  ,  de 
la  grandeur  de  l'ouverture,  que  je  ne  balançai  point  d'étendre 
de  trois  pouces ,  le  long  des  apophyses  transverses  des  vertè- 
bres des  lombes. 

«  Cette  grandeévacuation purulente soulagealemalade,  parce 
que,  laissant  un  grand  vide,  les  viscères  du  bas-ventre  n'étant 
pas  si  à  l'étroit,  les  sécrétions  se  rétablirent  avec  facilité.  Jepres- 
crivis  au  malade  un  régime  sévère;  le  soir  je  le  saignai,  et  je 
levai. le  premier  appareil ,  à  cause  de  la  grande  quantité  de  pus 
dont  le  lit  était  inondé.  Je  remplis  l'ouvei'ture  de  gros  bour- 
donnets  de  charpie  enduits  d'un  digestif  ordinaire,  attachésavec 
un  gros  fil  double^  dont  je  laissai  pendre  le  bout  au  dehors. 
J'appliquai  le  plumasseau  chargé  du  même  digestif,  et  je  le 
couvris  d'un  bandage  double  d'une  longueur  et  d'une  largeur 
convenables  pour  contenir  l'appareil  en  état. 

«  La  suppuration  ne  pouvait  être  qu'abondante,  attendu  que 
l'engorgement  était  considérable,  que  la  substance  des  reins 
est  ferme  et  charnue,  qu'ils  suppurent  beaucoup.  Aussi  j'eus 


7^6  VERS  DANS  LES  REINS. 

une  attention  extrême  de  faciliter  l'écoulement  du  pus.  Je  lui 
recommandai  de  se  coucher  de  ce  côté. 

«  Le  pansement  fut  toujours  fort  simple  et  d'une  grande  pro- 
preté. Le  pus  devint  blanc ,  épais  et  visqueux ,  d'une  assez 
bonne  qualité,  quelques  jours  après,  ce  qui  leva  tout  doute 
et  vérifia  mes  conjectures  et  le  pronostic  que  j'avais  porté  sur 
le  siège  et  la  profondeur  de  l'abcès.  Je  remarquai,  malgré  la 
grande  quantité  de  matières  qui  sortaient  par  la  voie  de  l'inci- 
sion, que  les  urines  étaient  blanches,  et  qu'après  avoir  reposé, 
elles  s'éclaircissaient  et  laissaient  au  fond  du  pot  un  sédiment 
purulent.  Je  le  pansai  au  commencement  deux  fois  par  jour, 
pendant  douze  jours,  et,  comme  cette  abondance  se  ralentit 
peu-à-peu,  je  le  continuai  une  seule  fois,  pendant  environ  un 
mois  et  demi. 

«  Il  ne  survint  durant  tout  cet  intervalle  aucun  fâcheux  acci- 
dent, i\  quelques  rétentions  d'urine  près  dont  il  fut  attaqué. 
J'attendais  que  la  régénération  des  chairs  se  ferait  sans  peine. 
L'abcès  semblait  se  moudifier.  Il  paraissait  même  dans  le  fond 
quelques  grains  charnus  qui  bourgeonnaient  lentement,  mais 
les  lèvres  de  la  plaie  devinrent  pâles,  se  flétrirent;  elles  res- 
tèrent long-temps  d'une  couleur  livide  et  plombée  ;  la  supura- 
tion  prit  une  mauvaise  tournure;  le  pus  fat  mal  conditionné, 
l'abcès  dégénéra  peu-à-peu  en  ulcère  sanieux;  il  en  suintait  un 
liquide  fétide  de  diverses  couleurs ,  tantôt  jaunâtre,  tantôt  ver- 
dâtre;  et  la  chair  qui  s'engendrait  sur  les  bords  était  molle  et 
spongieuse,  présage  d'une  suppuration  d'un  mauvais  ca- 
ractère. 

«  Je  me  servis  avec  choix  et  précaution  de  différentes  injec- 
tions les  plus  propres  à  déterger  l'ulcère  et  à  en  ranimer  les 
chairs  décolorées  et  spongieuses.  Toutes  mes  tentatives  furent 
infructueuses  ,  et,  comme  mes  soins  et  les  remèdes  que  j'em- 
ployais étaient  sans  succès,  j'en  laissai  la  conduite  à  la  mère  qui 
la  pansa. 

«  Quelques  mois  après,  l'enfant  vint  me  trouver,  et  je  fus 
étonné  de  voir  que  cet  ulcère  si  rebelle  et  si  opiniâtre,  qui 
avait  résisté  à  tant  de  remèdes,  fût  entièrement  fermé,  et  que 
la  cicatrice  était  faite.  Lemalade  ne  sentait  point  de  douleur.  Je 


STRONGLE  GÉANT  {tUTTieur  rénale).  737 

remarquai  seulement  une  petite  tension  dans  la  région  lombaire  : 
l'endroit  delà  cicatrice  était  un  peu  boursouflé  ;  la  consolida- 
tion n'avait  point  acquis  cette  fermeté  qu'elle  a  naturellement 
dans  son  état  parfait;  la  couleur  de  son  visage  était  pâle,  son 
ventre  paresseux ,  ses  urines  troubles  coulaient  avec  quelque 
.  difficulté  ;  l'appétit  lui  manquait,  son  sommeil  était  interrompu 
par  des  insomnies  fréquentes;  il  éprouvait  un  malaise  dans 
tout  le  coi"ps ,  et  il  ne  reprenait  point  ses  forces  épuisées. 
«  Ce  changement  en  mieux  pouvait  être  regardé  comme  un 
I  acheminement  à  sa  guérison  ;  mais  sa  durée  fut  courte.  Sa 
I  mère,  trois  jours  après,  vint  me  chercher  à  la  hâte  ;  l'enfant 
poussait  les  hauts  cris,  il  s'agitait  dans  son  lit,  faisait  des  ef- 
forts violens  et  extraordinaires  ;  il  souffrait,  depuis  la  nuit,  des 
douleurs  excessives  qui  lui  causaient  des  convulsions  considé- 
rables; il  n'avait  point  uriné  depuis  la  veille;  ses  extrémités 
étaient  froides,  le  pouls  faible,  petit  et  déprimé  ;  il  se  plaignait 
d'une  pesanteur  aux  lornbes,  insupportable,  et  comme  des  ti- 
raillemens  et  des  déchiremens  dans  le  bas-ventre. 

«  J'examinai  l'ulcère,  il  était  fermé;  j'attribuai  tous  ces  fu- 
nestes effets  à  sa  clôture.  Sa  circonférence  était  extrêmement 
gonflée;  je  sentis  en  le  poussant  un  mouvement  de  fluctuation  ; 
je  fis  tout  de  suite  une  ouverture  avec  une  lancette  ;  le  pus 
s'écoula,  et  les  accidens  fâcheux  cessèrent. 

«  Quelque  temps  après,  l'ulcère  se  referma,  et  les  douleurs  qui 
en  étaient  ou  les  suites  ou  les  causes ,  recommencèrent ,  sévi- 
rent avec  autant  de  véhémence,  et  s'apaisèrent  par  les  mêmes 
moyens. 

«  Cet  ulcère  a  eu  long-temps  le  même  revers  et  la  même  issue  ; 
il  se  refermait  après  desintervalles  périodiques.  Quand  l'écou- 
lement de  ces  filamens  purulens  était  fini ,  les  bords  se  recol- 
laient, et,  lorsque  leur  collection  était  considérable,  je  l'ouvrais 
avec  la  lancette.  Il  n'y  avait  que  cette  voie  pour  apaiser  les 
douleurs  qui  tourmentaient  l'enfant.  J'aurais  même  souhaité 
qu'on  m'avertît  toutes  les  fois  qu'il  était  dans  cette  situation 
déplorable.  On  en  laissait  souvent  la  conduite  à  la  nature,  et 
on  attendait  que  le  pus  ramassé,  distendant  par  sa  quantité, 
dilacérât  la  dernière  cicatrice ,  et  se  fît  jour  lui-même ,  ce  qui 
m,  47 


738  VERS  HkNS  LES  REINS. 

ne  devait  pas  arriver  sans  inconvéniens  et  sans  causer  de 
grands  maux  au  malade. 

«  Tout  ulcère  cicatrisé  qui  se  renouvelle  est  en  danger  de 
tomber  en  une  fistule  incurable.  En  effet,  les  bords  durcirent  et 
devinrent  calleux  ;  il  en  coulait  de  temps  en  temps  une  humi- 
dité fétide,  d'une  odeur  insupportable;  les  urines,  dont  le 
cours  était  souvent  interrompu,  quelquefois  purulentes,  étaient 
toujours  filandreuses.  Afin  de  pouvoir  réunir  tous  les  secours 
ensemble,  je  lui  fis  prendre  des  délayans,  de  légers  diuréti- 
ques. Les  injections  balsamiques  et  vulnéraires  ,  tous  les  re- 
mèdes indiqués,  prescrits  avec  soin  et  employés  à  propos, 
ayant  été  épuisés,  le  malade,  en  proie  à  des  douleurs  extrêmes, 
auxquelles  il  ne  pouvait  plus  résister,  menait  une  vie  languis- 
sante ,  dans  un  abattement  affreux ,  et  dépérissait  chaque  jour. 
La  fistule  d'un  émoncloire  aussi  profond  est  de  difficile  guéri- 
son.  Pénétré  de  compassion ,  et  rempli  du  désir  de  délivrer  cet 
enfant  de  cette  situation  malheureuse,  je  me  décidai  pour  l'o- 
pération ;  et  malgré  toutes  les  difficultés  que  je  comprenais 
qu'il  y  avait  de  réussir,  je  pensai  que  le  plus  sûr  parti  était 
d'ouvrir  entièrement  cet  ulcère  fistuleux,  qui  durait  depuis 
trois  ans:  j'insistai  sur  la  nécessité  devant  les  parens,  qui,  ir- 
résolus ,  me  demandèrent  du  temps  pour  s'y  déterminer. 

«  On  voyait  toujours  continuer  le  même  assemblage  de  phéno- 
mènes. L'enfant  se  plaignait  encore  par  intervalles  de  piqûres 
vives,  et  d'une  douleur  lancinante.  Ces  symptômes  réunis  me 
portant  à  soupçonner  la  présence  d'une  pierre  d'une  certaine 
grosseur,  inégale,  dui-e  et  raboteuse,  qui  par  son  poids  et  sa 
masse  produisait  un  sentiment  de  pesanteur ,  bouchait  les  ure- 
tères et  empêchait  l'excrétion  des  urines  ,  et  qui ,  par  ses  as- 
pérités et  ses  points  tranchans,  pouvait  froisser,  blesser, 
meurU'ir  des  chairs  infirmes  et  affaiblies ,  déchirer  de  petits 
tuyaux  d'un  tissu  tendi  e  et  d'une  sensibilité  extrême ,  et  occa- 
sioner  ces.  irritations,  ces  compressions,  ces  douleurs  sui- 
vant les  divers  raouvemens  et  les  différentes  situations  du 
corps  ;  ce  qui  aurait  suffi  pour  procurer  un  suintement  conti- 
nuel ,  et  pour  s'opposer  à  la  parfaite  réunion  de  l'ulcère- 
Je  le  sondai  plusieurs  fois  avec  précaution  ;  je  ne  trouvai  au- 


STRONGLE  GÉANT  (tumeur  rénale).  789 

cune  résistance,  et  je  me  convainquis  qu'il  n'y  en  avait  point. 

«  La  natui'e  ménage  quelquefois  aux  maladies  extraordinaires 
des  issues  surprenantes.  Celle-ci  était  d'une  trop  grande  con- 
séquence pour  ne  pas  ra'intéresser  au  point  d'en  suivre  les  pro- 
grès et  la  marche.  La  mère  de  cet  enfant  vint  me  dire,  le  ii 
mars  i755,  que  dans  la  nuit  elle  avait  vu  remuer  dans  la  fistule 

a  ver  vivant,  qu'elle  avait  tiré  avec  les  doigts.  Elle  avait  eu  la 
précaution  de  le  conserver.  Il  était  de  la  longueur  de  cinq  pou- 
ces, et  de  la  grosseur  d'une  plume  ordinaire,  et  d'une  couleur 
grisâtre. 

a  L'après-dmée  du  même  jour,  je  me  rendis  chez  le  malade,  et 
je  tirai  moi-même  de  la  fistule  un  second  ver,  en  vie,  avec  mes 
pinces ,  à  la  vérité  plus  petit  que  le  premier.  Il  avait  quatre 
pouces  de  long,  et  était  d'une  grosseur  approchante.  Comme 
je  compris  de  quelle  importance  et  de  quelle  nécessité  il  était 
de  tenir  la  fistule  ouverte  pour  faciliter  la  sortie  des  vers,  je 
voulus  la  dilater.  Les  parens  ne  voulant  pas  le  permettre,  j'in- 
troduisis une  gi'osse  tente  qui  en  empêcha  la  réunion.  Je  l'exa- 
minai avec  attention ,  il  ne  découla  pas  beaucoup  de  pus  ,  et  je 
ne  vis  plus  paraître  de  vers.  Mais  comme  j'avais  toujours  droit 
de  soupçonner  qu'il  y  en  avait  d'autres,  afin  de  les  chasser,  et 
de  les  faire  périr  plus  sûrement,  j'injectai  par  le  trou  extérieur 
de  la  fistule ,  des  décoctions  amères  et  une  dissolution  mercu- 
|i  rielle. 

«  Deux  jours  après,  cet  enfant  fut  atteint  d'une  suppression 
subite  d'urine;  j'observai  cette  fois,  ce  que  je  n'avais  point  re- 
marqué dans  les  rétentions  qu'il  avait  déjà  essuyées,  que  la 
région  de  la  vessie  était  tendue  et  gonflée,  et  qu'elle  devait  par 
conséquent  contenir  de  l'urine.  Je  voulus  le  sonder,  mais  l'al- 
galie,  parvenue  au  sphincter  de  la  vessie,  trouva  une  difficulté 
insurmontable  à  pouvoir  être  introduite  dans  sa  cavité. 
J'injectai  dans  le  canal  de  l'arèthre,  à  diS'érentes  reprises,  de 
l'huile  tiède  pour  le  relâcher,  et  faciliter  la  sortie  du  gravier 
qui  pouvait  intercepter  le  passage.  Les  douleurs  alors  redou- 
blèrent. Je  fis  une  seconde  tentative  avec  la  sonde,  qui  ne  fut 
pas  plus  heureuse  que  la  première.  Ne  pouvant  absolument  en 
venir  à  bout,  je  fis  mettre  l'enfant  dans  le  bain. 

47. 


■y/jO  VERS  DANS  LKS  REINS. 

<c  Apeine  y  fut-il,  qu'il  entra  dans  des  mouvemens  convulsifs 
étonnans  ;  il  tordait  ses  bras  avec  des  contorsions  affreuses. 
Les  douleurs  étaient  si  aiguës,  qu'il  fallut  le  retirer  du  bain. 
L'ayant  mis  en  situation  pour  tâcher  encore  de  le  sonder,  j'a- 
perçus au  bout  du  canal  de  l'urèthre  un  corps  étranger,  que  je 
pris  avec  mes  pinces,  et  je  tirai  un  troisième  ver  envie  de  la 
même  figure  et  de  la  même  longueur  que  le  premier  qui  était 
sorti  de  la  fistule ,  qui  la  nuit  d'après  fut  suivi  d'un  autre  par 
Je  canal  de  l'urèthre  à-peu-près  semblable. 

a  Ces  quatre  vers  sortis,  il  n'en  parut  plus  ni  par  le  canal  de 
l'urèthre,  ni  à  l'entrée  de  la  fistule,  que  je  continuai  de  panser 
pendant  un  mois.  Il  en  coula  une  petite  qaantité  d'un  pus 
louable,  dont  la  source  se  tarit  peu-à-pçu;  la  cicatrisation  fut 
parfaite,  tous  les  symmptômes  ont  disparu.  Il  rendit  avec  des 
urines  naturelles,  qui  ont  ensuite  coiilé  sans  douleur  et  sans 
peine,  des  filamens^  des  lambeaux  membraneux,  qui  pouvaient 
être  le  kyste  qui  renfermait  la  tumeur.  Les  insomnies  cessèrent, 
l'appétit  revint  insensiblement.  11  a  repris  toutes  ses  forces, 
recouvré  son  embonpoint  et  il  jouit,  depuis  cinq  ans,  d'une 
santé  parfaite  sans  aucune  altération.  » 

Obs.  II. — :  Tumeur  dans  la  région  lombaire  droite;  onverture  spontanée  de 
l'abcès;  adbérence  du  rein  droit  avec  le  foie;  calculs  et  vers  (strongles) 
dans  le  bassinet;  carie  des  vertèbres  (i). 

a  Une  fille  de  4o  ans,  dont  la  conduite  avait  été  autrefois  sus- 
pecte, se  présenta  à  l'hôpital  vers  la  mi-décembre  1779.  Elle  se 
plaignait  de  douleurs  dans  les  membres,  qui  devenaient  sou- 
vent plus  aiguës  pendant  la  nuit,  et  particulièrement  d'une 
douleur  plus  forte  et  plus  continue  à  la  région  lombaire  du  côte 
droit.  Celte  particularité  fixa  mon  attention  ;  j'examinai  le 
siège  de  celte  douleur  plus  vive,  et  j'y  trouvai  un  engorgement 
œdémateux  qui  semblait  cacher  une  inflammation,  par  la  sen- 
sibilité douloureuse  que  causait  une  pression  un  peu  forte  sur 
cette  partie.  La  fièvre  était  modérée,  les  urines  avaient  leur 

(i)  L.npeyrc.  Alicès  delà  région  lombaire  (Joiirn.  de  méd,,  t.  txv,  p.  375}. 


I 


STRONGLE  GÉANT  {tUTueur  rénale).  741 

ours  ordinaire,  il  n'y  avait  ni  nausées,  ni  vomissemens.  Je  ne 
is  donc  aucun  signe  de  la  lésion  du  rein,  et  je  crus  que  tout 
>  passait  à  l'extérieur.  Les  antiphlogistiques,  les  émolliens, 
s  maturalifs  externes,  furent  les  remèdes  que  je  prescrivis  ; 
[s  apportèrent  un  soulagement  très  sensible.  Le  quatrième 
Dur  la  fièvre  et  la  douleur  étalent  très  peu  de  chose,  je  confiai 
ette  malade  aux  soins  du  chirurgien  ordinaire  de  l'hôpital,  et 
e  la  perdis  de  vue  pendant  trois  semaines. 
«  Dans  cet  intervalle,  la  tumeur  prit  de  l'accroissement;  l'abcès 
ouvrit  sur  les  muscles  transverses  du  bas-ventre  ,  il  en  sortit 
u  moins  une  livre  et  demie  de  pus,  mêlé  de  beaucoup  de  sang. 
, 'ouverture  de  l'abcès  ayant  encore  amélioré  l'état  de  la  ma- 
ide,  ses  soufiTrances  étant  presque  nulles,  je  crus  devoir 
résumer  qu'un  pansement  méthodique  et  quelques  autres 
Dins  auxiliaires  la  rétabliraient  parfaitement  avec  les  grada- 
ions  convenables. 
«  Les  choses  ne  tournèrent  pas  comme  je  l'avais  espéré;  api'ès 
uinze  jours  et  plus  d'état  assez  consolant,  cette  femme  fut 
lisie  d'une  fièvre  aigué,  et,  cette  fièvre  faisant  des  progrès  rapi- 
l's,  je  la  trouvai  le  6  février  avec  une  langue  sèche,  une  soif 
dente  et  des  douleurs  universelles,  le  ventre  un  peu  météo- 
sé  ;  il  y  avait  une  insomnie  absolue  et  une  agitation  conti- 
uelle  ;  de  plus  les  extrémités  inférieures  étaient  œdématiées, 
iirticulièrement  la  droite  ;  il  y  avait  à  la  malléole  interne  du 
lème  côté  deux  phlyctènes  avec  une  tache  livide  ,  et  toute  la 
imbe  était  tendue  et  si  douloureuse  qu'il  n'était  pas  possible 
e  la  toucher,  au  moins  dans  sa  partie  inférieure.  Je  crus  la 
lalade-  sans  ressource,  et  avec  d'autant  plus  de  raison  que  j'a- 
ais  lieu  de  craindre  une  résorption  de  pus  et  un  épanchement 
e  la  même  matière  dans  le  bas-ventre  et  sur  toute  la  cuisse  , 
otamment  vers  l'articulation  de  la  tête  du  fémur,  soit  parce 
ue  la  malade  soufirait  excessivement  dans  cette  partie,  soit 
ar  la  suppression  de  deux  fusées  qui  aboutissaient  à  l'ulcère, 
:  dont  l'une  venait  de  l'aine  droite  et  l'autre  avait  sa  direction 
ers  le  grand  trochanler.  Cependant  j'employai  les  remèdes 
itéricurs  propres  à  diminuer  le  foyer  de  suppuration  ,  et  les 
3mèdcs  extérieurs  propres  à  prévenir  la  putréfaction.  Le  lo, 


VERS  DANS  LES  REIiNS. 

la  malade  fut  purgée  et  rendit  une  douzaine  de  vers;  le  ii,  les 
douleurs  devinrent  des  plus  vives,  et  la  malade  tomba  dans 
l'agonie  jusqu'au  matin  du  12  qu'elle  mourut. 

«  Lesdouleurs  quela  malade  avait  éprouvées  avant  de  s'aliter, 
leur  intensité  pendant  la  nuit,  l'inconduite  dans  laquelle  cette 
femme  avait  vécu,  m'avaient  fait  "présumer  un  virus  caché  de- 
puis long-temps.  Pour  éclaircir  mes  doutes  et  voir  par  quelle 
espèce  de  vice  et  de  désorganisation  la  mort  était  arrivée,  j'ai 
fait  faire  l'ouverture  du  cadavre,  dont  voici  le  détail  : 

«  Afin  de  ne  point  changer  l'étatdes  parties,  je  fis  introduire  la 
sonde  dans  les  traînées  qu'avait  faites  le  pus.  En  commençant 
par  l'ouverture  qui  était  à  l'aine  droite ,  on  ne  peut  pas  faire 
parvenir  la  sonde  dans  la  capacité  du  bas-ventre,  mais  il  s'en 
fallut  peu,  puisqu'elle  traversa  sans  peine  jusqu'au  tissu  cellu- 
laire qui  couvre  les  muscles  psoas.  La  seconde  ouverture  con- 
duisit jusqu'auprès  du  grand  trochanter,  où  nous  trouvâmes 
un  endroit  rempli  de  pus  sous  le  muscle  fascia  lata.  Ayant  ou- 
vert la  cuisse  dans  toute  sa  longueur,  tout  le  tissu  cellulaire 
parut  imbibé  d'une  sanie  ichoreuse  ;  îe  tissu  cellulaire  du 
reste  du  corps  était  presque  généralement  imbibé  de  cette 
humeur  qui  était  plus  abondante  au  bas -ventre  que  par- 
tout ailleurs.  Il  n'y  avait  pas  le  moindre  épanchement  dans 
la  capacité  abdominale,  les  intestins  étaient  en  bon  état;  mais 
ayant  enlevé  le  foie  pour  découvrir  le  rein  ,  nous  vîmes 
ce  dernier  viscère  adhérent  au  rein  dans  toute  sa  surface 
et  faisant  corps ,  pour  ainsi  dire,  avec  lui  ;  le  rein ,  détaché 
et  coupé  en  long,  formait  un  corps  ferme  entièrement  grais- 
seux et  sans  vaisseaux  apparens.  Parvenus  au  bassinet ,  nous 
y  trouvâmes  une  pierre  grosse  comme  une  fève  de  marais, 
dure  et  raboteuse.  Il  y  avait,  dans  l'intervalle  des  aspérités, 
une  matière  purulente,  et  cette  pierre  avait  un  prolongement 
en  forme  de  piédestal,  par  lequel  elle  s'adaptait  à  l'entrée  de 
l'uretère;  mais  ce  qui  est  plus  étonnant,  c'est  que  nous  trou- 
vâmes de  plus,  dans  la  substance  du  rein,  trois  vers  en  vie,  qui 
avaient  trois  pouces  et  demi  de  long.  Eu  poussant  nos  recher- 
ches plus  loin,  vers  l'épine  lombaire ,  notre  étonnement  aug- 
menta encore  en  découvrant  ti"ois  autres  vers,  longs  de  deux 


STRONGLE  GÉANT?  743 

à  sept  pouces,  qui  étaient  fixés  et  comme  lardés  dans  la  sub- 
stance des  muscles ,  et  en  trouant  l'épine  cariée  vers  l'attache 
des  piliers  du  diaphragme,  à  la  première  vertèbre  des  lombes. 
Du  reste  ,  les  viscères  du  bas-ventre  ne  présentaient  aucune 
particularité ,  si  ce  n'est  que  le  rein  gauche  était  très  volumi- 
neux ;  le  foie  très  gros  et  très  dur,  et  que  la  rate,  devenue  aussi 
très  volumineuse,  était  à  moitié  putréfiée.  » 

§  94a.  Quelques  personnes  ont  rapporté  aux  strongles  ou  à 
d'autres  vers,  les  corps  vermiformes  ou  les  vers  que  disent  avoir 
constatés  dans  l'urine  les  auteurs  des  observations  suivantes. 
Pour  moi,  ces  cas  me  paraissent  très  douteux,  les  caractères 
de  ces  prétendus  vers  étant  très  incomplètement  expri- 
més. Toutefois,  j'ai  cru  que  rappeler  ces  faits  incomplets  ne 
serait  pas  inutile  à  des  études  ultérieures. 

Obs.  m.  >—  Vers  on  corps  vcrmineux  rendus  avec  l'urine  par  un  nègre 
(Chapotaln.  Topographie  de  l'Ile-de-France,  in-4°,  Paris ,  p.  Sg). 

«M.  Hervé,  propriétaire  au  quartier  desPampelmousses,avail 
chez  lui  un  nègre  qui  rendait  depuis  quelque  temps  du  sang 
et  des  vers  avec  les  urines  :  c'était  un  Malgache  âgé  de  20  ans, 
assez  maigre,  d'un  appétit  vorace,  et  ne  désirant  que  des  sub- 
stances animales  presque  désorganisées  par  la  putréfaction.  Il 
fut  conduit  à  la  ville,  afin  de  pouVoir  suivre  plus  assidûment 
son  état  et  mieux  constater  la  réalité  de  la  maladie. 

«  Quoique  l'on  n'espérât  pas  beaucoup  des  anthelmintiques 
administrés  intérieurement  et  sous  forme  de  lavement,  ils 
furent  cependant  employés ,  mais  sans  effet.  Les  injections  de 
vermifuges  dans  la  vessie,  telles  que  l'eau  éthérée,  les  décoc- 
tions avec  la  racine  du  lilas  de  Chine  (mellia),  celle  des  diffé- 
rentes parties  du  papayer,  le  lait  de  la  peau  de  son  fruit  i-endu 
miscible  à  l'eau,  ne  firent  qu'occasioner  des  douleurs  insup- 
portables qui  obligeaient  le  patient  à  rejeter  sur-le-champ  l'in- 
jection, et,  si  les  vers  étaient  expulsés  en  même  temps,  ils 
étaient  toujours  vivans.  L'eau  froide  n'excitant  pas  de  dou- 
leurs aussi  vives,  le  màlade  put  la  conserver  dans  l'intérieur 


744  VERS  DANS  LES  REINS 

de  la  vessie  ;  les  vers  qui  furent  ensuite  rendus  ne  sortirent 
que  morts,  ils  étaient  longs  de  trois  à  quatre  centimètres  et 
avaient  une  parfaite  analogie  avec  les  lombrics.  Le  malade  en 
rendit  quinze  dans  l'espace  de  cinquante  jours  que  dura  ce 
traitement,  qui  suffit  à  sa  guérison.  Six  mois  après  il  en  sortit 
encore  quelques-uns ,  et  on  parvint  à  le  guérir  en  renouvelant 
pendant  quelques  jours  les  injections  d'eau  froide  dans  la 
vessie.  Deux  ans  et  demi  après  cette  indisposition,  ce  noir 
existait,  mais  dans  le  dernier  degré  de  marasme  :  cet  état  pa- 
raissait être  le  résultat  de  la  nourriture  de  substances  animales 
en  fermentation  putride  dont  on  n'avait  pu  le  déshabituer,  et 
non  celui  de  la  maladie  vermineuse  qui  n'avait  pas  reparu. 

«  §  943.  M.  Manche  rapporte  qu'un  petit  garçon  de  six  à  sept 
ans,  qui  appartient  à  un  bourgeois  de  son  quartier,  a  vidé  par 
la  verge  un  ver  velu,  long  de  sept  à  huit  travers  de  doigt  et 
gros  à  proportion,  et  cela  après  avoir  souffert,  de  temps  en 
temps,  près  d'une  année,  de  fort  grandes  douleurs  à  la  région 
des  reins.  A  la  fin  elles  devinrent  assez  continuelles  et  assez 
violentes ,  pour  lui  causer  quelques  mouvemens  convulsifs  qui 
durèrent  jusqu'à  ce  que  le  ver  eût  été  rendu  avec  quelque 
peu  de  sang  caillé  qui  sortit  peu  après. 

§  944-  -A^iix  cas  douteux,  il  faut  encore  rapporter  le  fait  sui- 
vant :  «M.  Landouillette,  en  faisant  des  expériences  sur  une 
chienne  vivante,  trouva,  dans  le  rein  gauche,  un  ver  de  la 
grosseur  des  plus  grosses  plumes  de  cigne,  et  long  d'environ 
trois  quarts  d'aune.  La  tête  de  ce  ver  n'était  distinguée  de  la 
queue  que  par  sa  grosseur,  et  il  occupait  si  peu  de  place  dans 
ce  rein ,  qu'à  peine  l'avait-il  rendu  un  peu  plus  gros  que  l'au- 
tre, quoiqu'il  en  eût  rongé  la  substance,  de  sorte  qu'il  n'en 
était  demeuré,  pour  ainsi  dire,  que  ses  membranes,  sans  que 
néanmoins  la  conformation  ni  la  situation  des  vaisseaux  émul- 
gens  ni  de  l'uretère  fussent  en  rien  changés ,  et  sans  que  celui 
à  qui  cette  chienne  appartenait  se  fût  aperçu  qu'elle  eût  jeté 
du  sang  en  urinant.  » 

§  945.  Il  est  difficile  de  dire  aussi  si  le  corps  vermiforme 
rendu  par  les  voies  ui'inaires  dans  le  cas  suivant  était  uu 
strongle ,  un  véritable  ver,  ou  une  concrétion  fibriueuse.  La 


STRONGLE  GÉANT?  745 

gure  ajoutée  à  cette  observation  ne  ressemble  à  aucun  animal 
ounu(i). 

.  «  Le  R.  P.  Camerier ,  prédicateur  capucin,  fut  surpris  dans 
4  ville  de  Fare,  d'une  perte  de  sang  considérable,  qui  sortit 
urant  treize  mois  par  les  voies  urinaires,  quelquefois  liquide 
l  d'autres  fois  en  grumeaux.  Un  des  plus  habiles  médecins  de 
ette  ville  lui  donna  les  remèdes  ordinaires  à  cette  bémorrha- 
ie  ;  mais  comme  ils  n'avaient  pas  tout  le  succès  qu'on  sou- 
aitait,  on  transporta  ce  malade  à  Pezare ,  pour  estre  traité  par 
^  premier  médecin  de  son  A.  S.  de  Florence.  Ce  savant  mé- 
acin  jugea  par  la  douleur  qui  était  fixe  à  la  région  des  reins, 
t  par  les  autres  accidens  dont  cette  perte  de  sang  était  accom- 
agnée,  qu'elle  était  dépendante  d'un  ulcère  dans  ces  parties; 
:  dans  cette  pensée  il  crust  que ,  bien  loin  d'employer  les  as- 
ingens  pour  l'arrester,  les  destersifs  estaient  nécessaires  pour 
londifier  l'ulcère,  et  pour  le  disposer  à  la  consolidation.  L'effet 
e  ces  destersifs  parut  dès  le  premier  jour,  car  les  urines  devin- 
;ut  troubles,  sanguinolentes  et  pleines  de  filamens.  On  en 
)ntinua  l'usage  dans  les  jours  suivans,  et  dans  le  troisième 
3  poussèrent  dehors ,  du  moins  une  livre  et  demie  de  sang  en 
umeaux ,  parmi  lesquels  il  y  avait  une  fort  grande  quantité 
à  flocons  de  vers  ronds ,  bruns  et  longs  de  deux  ou  trois  tra- 
\sîrs  de  doigts.  Le  malade  sentait  de  temps  en  temps  comme 
n  détachement  de  matière  qui  semblait  se  séparer  du  rein 
t  oit ,  et  descendre  dans  la  vessie  par  l'uretère.  Il  commença , 
éanmoins,  dès-lors  à  rendre  des  urines  assez  claires  ,  etpeu- 
ant  tout  le  quatrième  jour,  il  ne  ressentit  que  de  légères  dou- 
;urs  ;  mais  le  cinquième ,  il  commença  à  perdre  du  sang  avec 
bondance;  il  jela  de  nouveaux  flocons  de  vers,  et  il  ressentit 
es  douleurs  qui  lui  semblaient  être  causées  par  l'extension  de 
uretère,  et  qui  étaient  si  violentes,  qu'elles  firent  désespérer 

'  (l)  Extrait  d'une  relation  imprimée  h  Pesaro,  au.  duché  de  Florence, 
intenant  l'histoire  d'un  prodige  arrivé  en  la  personne  d'un  père  capucin ,  le  4 
vril  1677.  —  Les  nouvelles  découvertes  sur  toutes  les  parties  de  la  médecine 
'.cueillies  en  l'année  167g,  par  N.  D.  B.,  cliirurgicn  du  roi,  inaistrc  et  juré  à 
aris  (à  Paris,  chezLaurcut  d'Houdy,  167g,  p.  j35). 


VERS  DANS  l'urine. 

de  sa  vie.  Cependant  ses  forces  était  un  peu  revenues  J  elles 
lui  donnèrent  lieu  de  résister  à  un  bien  plus  cruel  redou- 
blement, cai  ,  le  jour  suivant ,  la  perte  du  sang  s'augmenta, 
et  il  souffrit  pendant  trois  heures  des  douleurs  et  des  envies 
d'uriner  si  rudes  et  si  continuelles ,  qu'elles  le  réduisirent  à 
la  dernière  extrémité.  Enfin,  après  y  avoir  trouvé  quelque 
peu  de  relâche ,  elles  se  redoublèrent  de  nouveau ,  et  on  vit 
sortir  dans  ce  moment,  par  l'urèthre,  l'extrémité  d'un  corps 
dont  on  ne  put  pas  bien  déterminer  la  forme.,  et  qui  causa  la 
suppression  des  urines  en  bouchant  ce  canal.  Le  malade  s'étant 
efforcé  de  le  tirer  dehors  avec  la  main ,  il  demeura  pendant 
une  heure  dans  un  accablement  qui  lui  fit  regarder  la  mort 
comme  un  terme  inévitable  de  son  mal.  Cependant  la  nature 
fit  un  deraier  effort  contre  son  attente ,  qui  le  délivra  de  tous 
ses  maux ,  en  expulsant  au-dehors  une  grande  abondance  de 
sang,  avec  le  reste  du  corps  qui  s'était  présenté,  qu'on  trouva 
long  d'une  palme  de  main ,  et  pesant  deux  onces  romaines. 
D'abord  on  eut  peine  à  reconnaistre  ce  que  c'estait,  parce  qu'il 
estait  tout  couvert  de  sang  et  d'autres  immondices;  mais  après 
l'avoir  bien  lavé  dans  l'eau  claire  j  on  vit  que  c'était  un  animal 
ayant  la  teste ,  la  couleur  et  généralement  la  forme  extérieure 
d'une  petite  vipère ,  comme  on  peut  le  voir  dans  la  figure  sui- 
vante, oii  il  est  représenté  avec  toutes  ses  dimensions.  Pour 
ce  qui  est  des  parties  internes ,  il  ne  fut  pas  possible  de  les  con- 
noistre ,  parce  qu'avant  qu'on  se  fût  avisé  d'en  faire  la  dissec- 
tion, on  l'avait  laissé  dans  l'eau  durant  quelques  jours  ,  d'oîi 
on  le  tira  à  moitié  pourri.  On  assure  néanmoins  qu'à  l'aide  du 
microscope  ,  on  reconnut  que  ses  intestins  étaient  semblables 
à  de  petits  filamens.  5) 

Spiroptère  de  l'homme. 

%  946.  On  trouve  quelquefois  entre  les  tuniques  de  l'eslo- 
màc  desmammifères  etsurtoutdes  oiseaux  des  vers,  très  voisins 
des  strongles  (les  spiroptères  (r)  ),  et  auxquels,  suivant  Bremser 


(i)  Spiiootère,s.  Corps  cylindrique,  finement  annelé,  cl.nstiquc,  altémic 


SPIROPTÈRE  DE  l'HOMME. 

et  Rudolphi,  on  pourrait  rapporter  les  vers  observés  par 
MM.  Barnett  et  Lawrence  chez  une  femme  qui  les  rendait 
avec  ses  urines  (s'il  était  bien  démontré  toutefois,  que  ces  corps 
étaient  de  véritables  vers). 

M.  le  docteur  Negri  m'a  fait  voir  plusieurs  de  ces  versj 
conservés  dans  l'alcool.  Tous  avaient  une  même  forme,  le  corps 
cylindrique,  annelé,  décoloré,  d'une  ligne  de  diamètre,  dé 
deux  pouces  de  long,  atténué  aux  deux  extrémités  et  étranglé 
vers  le  milieu  de  sa  longueur.  Je  n'ai  pu  y  découvrir  ni  bouche, 
ni  organes  sexuels;  parties  qu'on  distingue  facilement  dans  les 
strongles  elles  véritables  spiroptères.Mais  d'un  autre  côté,  plus 
je  les  examinais  avec  soin,  plus  j'étais  frappé  de  leur  forme  con- 
stamment la  même.  La  fibrine  en  se  coagulant  dans  les  ure- 
tères, dans  des  cas  d'hémorrhagies  rénales,  prend  souvent  la 
forme  d'un  ver,  mais  il  est  rare  que  ces  concrétions  se  mon- 
trent avec  une  forme  si  constante,  et  il  est  plus  rare  encore 
de  voir  un  aussi  grand  nombre  de  concrétions  être  rejetées  au 
dehors,  sans  hémorrhagie  rénale  abondante;  en  outre  M.  Bar- 
nett a  vu  plusieurs  de  ces  petits  vers  vivre  pendant  quarante- 
huit  heures  dans  de  l'eau  tiède.  Bremser,  qui  ne  doute  pas  que 
ce  ne  fussent  de  véritables  animaux,  mais  incertain  sur  leur 
caractère,  pense  qu'il  se  pourrait  que  ce  fussent  de  jeuneâ 
strongles. 

Rudolphi  ayant  fait  mention  de  ces  petits  vers  sous  le  nom 
de  spir optera  hominîs,  je  me  suis  cru  autorisé  à  reproduire 
ici  l'observation  de  MM.  Barnett  et  Lawrence  (i)- 

Marie  Pearson,  âgée  de  24  ans,  fille  d'une  bonne  et  forte 
constitution,  fut  saisie,  dans  l'hiver  de  1806,  d'une  rétention 

anx  deDx  extrémités;  boncbe  orbiculaire;  qnene  du  mâle  roulée  en  spirale, 
garnie  d'ailes  latérales  entre  lesquelles  sort  un  organe  génital  unique.  Les 
pins  grands  atteignent  à  peine  trois  pouces,  et  la  plupart  sont  beaucoup 
plus  petits. 

(l)  Cas  d'une  Jemme  qui  a  rendu  un  grand  nombre  de  /vers  par  l'urèthre, 
par  W.  Lawrence,  chirurgien  assistant  et  démonstrateur  d'anatomie  à 
l'bôpital  Saint-Bartholoméc,  lu  le  12  novembre  i8ta  {Medic.  chirurg.trahs., 
t.  n,  yéà\i.,  p.  385). 


V£RS  DANS  l'ouINE. 

d'urine  qui  nécessita  l'emploi  journalier  du  cathéter.  Sa  po-î 
sition  l'obligea  d'entrer  dans  un  hôpital,  elle  se  jjlaignait  d'un 
grand  poids  à  la  vessie,  de  douleurs  dans  les  aines,  d'engour- 
dissement dans  les  cuisses;  elle  urinait  rarement,  et  chaque 
fois,  elle  rendait  seulement  quelques  gouttes  d'urine  mêlées  de 
sang.  On  pensa  qu'il  existait  un  calcul  dans  la  vessie.  Mais 
l'exploration  par  la  soude  n'en  fournit  aucun  indice.  Après 
être  restée  à  l'hôpital  un  temps  considérable  sans  aucun  soula- 
gement, elle  en  sortit  et  se  plaça  sous  la  direction  d'un  méde- 
cin qui  pratiqua  le  cathétérisme  deux  fois  par  jour.  Elle  entra 
ensuite  dans  un  autre  hôpital,  où  l'on  eut  la  même  opinion  sur 
la  nature  de  sa  maladie.  Dans  l'été  de  1809,  elle  se  confia  aux 
soins  de  M.  Barnelt,  et  lui  apprit  ce  qui  précède.  Alors  sa  con- 
stitution était  épuisée  ,  elle  était  très  maigre  ;  sa  langue  était 
chargée  ,  et  offrait  souvent  un  aspect  typhoïde,  l'appétit  était 
entièrement  perdu,  elle  se  plaignait  de  douleurs  dans  les  aines 
et  la  vessie,  et  n'avait  urinée  depuis  six  mois  qu'à  l'aide  du 
cathéter.  Elle  était  saisie  de  violentes  douleurs  si  l'emploi  du 
cathéter  était  suspendu.  Alors  la  douleur  et  la  chaleur  brû- 
lante de  la  vessie,  étaient  très  intenses.  On  employa  des  sang- 
sues ,  des  fomentations  sur  la  région  de  la  vessie,  le  bas-ventre 
fut  réglé  par  l'huile  de  ricin  et  de  l'oreille  d'ours  prises  jour- 
nellement; par  ces  moyens  on  obtint  de  l'urine  donnant  un 
sédiment  furfuracé. 

Les  symptômes  qui  indiquaient  l'existence  d'une  irritation 
de  la  vessie  existaient  encore.  M.  Barnett  introduisit  la  sonde, 
mais  sans  trouver  aucun  signe  de  pierre. Cet  examen  causa  beau- 
coup de  douleur,  et  donna  à  la  malade  la  même  sensation,  que 
si  l'instrument  avait  frappé  contre  une  balle  au  sommet  de  la 
vessie.  De  ce  moment  le  sentiment  de  pesanteur  devint  plus 
considérable.  Cette  femme  sentit  une  fluctuation  au  dedans 
d'elle-même,  comme  si  quelque  chose  s'y  mouvait.  Cet  état 
était  si  douloureux  ,  qu'elle  fut  obligée  de  rester  constamment 
au  lit ,  et  elle  y  est  restée  depuis  presque  constamment.  La 
quantité  de  l'urine  avait  considérablement  diminué.  Il  avait  été 
nécessaire  d'abord  d'employer  le  cathéter  deux  fois  par  jour, 
puis  une  fois ,  puis  tous  les  deux  jours ,  et  enfin  tous  les  trois 


SPIROPTÈRE  DK  LHOMME. 

jours  seulement.  La  malade  alla  jusqu'au  commencement 
.l'août,  employant  les  moyens  qui  sont  généralement  conseillés 
dans  les  afifeclions  de  la  vessie,  sans  éprouver  le  plus  léger  sou- 
lagement. Sa  constitution  s'altérait  de  plus  en  plus  ;  elle  était 
incapable  de  se  lever,  et  elle  avait  une  douleur  de  tête  conti- 
nuelle, qu'elle  n'avait  jamais  ressentie  auparavant.  Le  moin- 
dre bruit  l'agitait  ;  l'appétit  avait  entièrement  disparu  ;  elle  ne 
prenait  que  des  alimens  liquides,  et  en  très  petite  quantité; 
elle  ne  pouvait  dormir  sans  de  fortes  doses  d'opium.  La  fluc- 
tuation dans  la  vessie  était  plus  prononcée,  et,  d'après  la  ma- 
lade, assez  forte  pour  être  sentie  avec  la  main.  La  vessie  restait 
distendue,  même  après  qu'on  en  avait  extrait  l'urine,  et  si 
sensible,  que  le  poids  des  couvertures  ne  pouvait  être  supporté. 
Un  nouvel  examen  fut  encore  fait,  très  attentivement  avec  la 
sonde  ,  et  produisit  comme  auparavant  la  sensation  qu'eût  pro- 
duite la  percussion  contre  une  balle  dans  la  vessie.  Cet  examen 
fut  suivi  d'un  violent  accès  de  convulsions,  dans  lequel  la  ma- 
lade était  si  agitép ,  que  cinq  à  six  personnes  étaient  néces- 
saires pour  la  tenir. 

Elle  était  dans  xine  grande  angoisse,  comme  une  personne  at- 
einte  de  tétanos.  Elle  resta  près  d'une  demi-heure  totalement 
insensible  à  ce  qui  se  passait  autour  d'elle,  et,  en  revenant  à 
elle  ,  elle  dit  que  le  corps  qu'elle  sentait  dans  la  vessie  avait  été 
entièrement  détaché,  par  l'instrument,  du  sommet  delà  vessie, 
3t  qu'il  pressait  très  pesamment  sur  son  col.  Depuis  cette  épo- 
que ,  de  semblables  accès  ont  eu  lieu  fréquemment.  Pour  pré- 
venir tes  accidens  de  la  distension  de  la  vessie  pendant  la  nuit, 
deux  onces  d'urine  seulement  ayant  été  extraites  pendantl'exa- 
men,  une  sonde  fut  laissée  dans  la  vessie;  la  malade  passa  la 
nuit  sans  repos.  Les  contractions  de  la  vessie  furent  très  dou- 
loureuses, et,  quoique  l'urine  fût  rendue  aussitôt  qu'elle  était 
sécrétée,  cet  organe  paraissait  très  volumineux.  M.  Barnett  fut 
surpris,  eu  retirant  la  sonde,  de  trouver  un  corps  qui  lui  parut 
un  ver  rond ,  engagé  dans  son  ouverture.  11  était  du  volume 
d'un  fuseau  à  dentelle ,  d'un  pouce  et  demi  de  long,  et  de  cou- 
leur blanche.  M.  Barnett  me  fit  voir  ce  cas.  Le  calhélérisme, 
pratiqué  avec  soin,  noua  fournil  les  mêmes  résultats  qu'aupa- 


75o  VERS  DANS  LUniNE. 

ravant ,  et  nous  convînmes  qu'une  sonde  serait  laissée  dans  la 
vessie ,  afin  d'obtenir  de  nouvelles  lumières  sur  la  cause  des 
soufFrances  de  la  malade.  Trois  vers  furent  expulsés;  deux 
étaient  engagés  dans  l'orifice  de  l'instrument,  et  le  troisième 
roulé  en  peloton  ,  à  son.exti-émité. 

Ayant  alors  quelques  données  sur  la  cause  des  symptômes , 
je  suggérai  à  M.  Barneit  d'essayer  de  l'enlever,  en  dilatant 
l'urèthre  d'après  [le  procédé  recommandé  par  M.  Thomas 
dans  le  premier  volume  des  Transactions  médico-cliirurgicales; 
mais  les  soufirances  de  la  malade  furent  si  vives,  qu'on  ne 
put  pas  le  continuer  aussi  long-temps  qu'il  l'aurait  fallu.  Les 
heureux  effets  de  l'huile  de  térébenthine  dans  des  cas  de  taenia, 
nous  engagèrent  à  essayer  de  ce  médicament  ;  on  en  donna 
deux  dragraes  le  soir,  dans  un  peu  de  bière  tiède.  L'huile  ne 
produisit  pas  d'autre  sensation  qu'une  chaleur  désagréable  à 
l'estomac.  L'influence  de  ce  médicament  sur  la  sécrétion  uri- 
naire  fut  très  remarquable.  La  vessie  était  péniblement  dis- 
tendue le  lendemain  matin,  quoiqu'on  l'eût  vidée  la  veille  au 
soir.  Tandis  qu'à  cette  époque  le  cathétérisme  était  employé 
seulement  tous  les  trois  jours,  une  pinte  et  demie  d'urine  fut 
évacuée;  une  quantité  double  de  ce  médicament  fut  employé  dans 
la  soirée,  et  ne  produisit  pas  d'autre  eflfet  qu'une  transpiration 
abondante  pendant  la  nuit,  et  un  besoin  d'uriner.  Le  lende- 
main la  malade  ne  fit  pas  d'efibrt  pour  aider  à  cette  dispo- 
sition ,  car  le  peu  de  temps  qui  s'était  écoulé  depuis  l'emploi 
du  cathétérisme,  lui  fit  supposer  que  cette  tentative  était  inu- 
tile. Le  besoin  devint  à  la  fin  si  urgent ,  qu'elle  y  céda ,  et  rendit 
une  pinte  et  demie  d'urine,  contenant  quatre  vers.  C'était  la 
seule  évacuation  naturelle  d'urine  qu'elle  eût  eu  depuis  que 
M.  Barnettla  soignait.  La  suite  de  ce  traitement  ne  répondit  pas 
à  ces  flatteuses  apparences.  Le  médicament,  la  quatrième  fois 
qu'il  fut  employé,  produisit  une  violente  douleur  de  tête  ,  qui 
fut  suivie  d'érysipèle  de  tout  le  corps,  mais  en  particulier 
de  la  face.  Toutes  les  tentatives  subséquentes  pour  l'em- 
ployer, même  à  doses  moins  fortes,  furent  suivies  d'un  retour 
des  mêmes  accidens.  Depuis  le  premier  emploi  de  l'huile  de 
térébenthine,  la  santé  générale  était  devenue  meilleure.  La 


SPIROPrtlRE  DE  l'homme. 

malade  avait  recouvré  l'appétit,  reposé  la  nuit  sans  opium.  Les 
sensations  de  la  vessie  étaient  moins  douloureuses ,  et  elle  pou- 
vait se  lever  quatre  à  cinq  heures  par  jour.  M.  Barnett  injecta 
alors  dans  la  vessie  une  liqueur  composée  de  parties  égales 
d'Luile  de  térébenthine  et  d'eau,  qui  produisit  seulement, 
d'après  l'expression  de  la  malade ,  un  accroissement  d'agitation 
des  vers.  En  retirant  la  sonde,  il  en  sortit  quatre.  La  répétition 
de  celte  injection  produisit  la  même  irritation  constitution- 
nelle, et  l'inflammation  érysipélateuse  que  l'emploi  de  ce  mé- 
dicament avait  déterminée,  et  l'accès  qui  avait  auparavant  oc- 
casioné  tant  de  souffrances  se  renouvela. 

Ces  moyens  ayant  échoué,  M.  Barnett  introduisit,  le  22  fé- 
vrier, une  large  sonde  ouverte  à  son  extrémité ,  mais  garnie 
d'un  stylet  qui  en  remplissait  l'orifice  pendant  son  introduc- 
tion ;  en  retirant  le  stylet ,  un  libre  passage  était  ouvert  aux 
matières  contenues  dans  la  vessie.  En  moins  d'une  demi-heure, 
neuf  vers  sortirent  avec  une  cuillerée  à  café  de  matière  sablon- 
neuse. Quatre  de  ces  vers  avaient  cinq  pouces  et  demi  de  long. 
Cinq  vers  soi'lirent  le  24,  un  le  a5.  La  nuit  suivante,  la  malade 
n'eut  pas  de  repos ,  et  les  contractions  de  la  vessie  furent  assez 
douloureuses  pour  occasioner  un  accès.  Le  28  ,  trois  vers 
furent  rendus.  Le  2  mars,  il  en  sortit  neuf  grands;  le  6, 
quatre  ;  le  9 ,  cinq ,  le  17,  quatre  ;  le  23  ^  deux  ;  le  5  avril ,  sept  ; 
le 6,  sept.  Le  12  avril,  une  liqueur  composée  de  parties  égales 
d'huile  de  térébenthine  et  d'eau  ayant  été  injectée,  douze  vers 
sortirent.  Le  17  ,  on  injecta  trois  parties  d'huile  de  térében- 
thine et  une  d'eau,  et  treize  vers  lurent  expulsés.  Le  20,  on 
injecta  de  l'huile  de  térébenthine  pure,  et  dix  vers  sorti- 
rent. De  légers  mouveraens  d'ondulation  furent  observés  dans 
ceux-ci;  mais  ces  vers  étaient  ordinairement  morts.  Quelque- 
fois les  vers  qui  sortaient  par  le  cathéter  cheminaient  dans 
le  lit  de  la  malade  jusqu'à  ses  pieds.  Elle  continua  à  rendre 
des  vers  de  la  même  manière,  et  M.  Barnett  suppose  qu'il  y  en 
eut  plus  de  six  cents  de  rendus.  Une  fois  il  sortit  une  portion 
de  mucus  qui  enveloppait  plusieurs  petits  vers  d'un  demi- 
pouce  à  un  pouce  de  long ,  qui  vécurent  trois  jours  dans  l'u- 
rine et  s'y  mouvaient  vivement. 


7 Sa  VERS  DANS  l'urine. 

En  avril  1811 ,  cette  femme  était  dans  le  même  état.  Le  ca- 
ihétérisme  est  pratiqué  tous  les  trois  jours;  l'urine  est  en  petite 
quantité;  des  vers  sortent  toujours  en  plus  ou  moins  grand 
nombre  :  vingt-deux  est  le  plus  grand  nombre  qui  en  ait  été 
expulsé  à-la-fois,  excepté  lorsque  les  petits  vers  sortaient. 
M.  Barnett  a  fait  dernièrement  des  injections  d'huile  d'olive  :  ^ 
l'irritation  et  les  accès  semblent  moins  grands  après  son  em- 
ploi et  moins  violens.  Les  vers  sont  toujours  expulsés,  que  l'on 
fasse  ou  non  des  injections;  mais  ils  sortent  en  plus  grand 
nombre  lorsqu'on  en  pratique. 

Octobre  1811.  Un  large  abcès  s'est  formé  près  du  vagin  en 
juin.  Il  fut  accompagné  de  symptômes  constitutionnels;  la 
malade  s'affaiblissait  lorsqu'il  s'ouvrit  dans  cette  cavité;  cette 
ouverture  fut  suivie  d'un  très  grand  soulagement.  Une  grande 
quantité  de  pus  de  mauvaise  nature  fut  jetée  en  dehors,  et 
huit  ou  dix  vers  l'ont  été  depuis  chaque  jour.  Une  fois  on  re- 
marqua l'issue  d'un  ver.  Cette  femme  est  passablement  bien 
à  présent;  elle  a  bon  appétit,  mais  ne  peut  pas  se  mouvoir. 
Elle  rend  des  vers  avec  l'uriue,  et  a  parfois  des  accès  comme 
autrefois.  Le  nombre  des  vers  rendus  passe  800  à  1000. 

On  a  représenté  les  grands  et  les  petits  vers  de  grandeur 
naturelle;  les  derniers  furent  rendus  seulement  une  fois.  Les 
grands  vers  ont  ordinairement  de  quatre  à  six  pouces  de  long; 
le  plus  long  avait  huit  pouces.  Ils  sont  minces  au  milieu,  oii 
ils  paraissaient  ordinairement  étranglés  et  comme  près  de  se 
rompre.  Ils  s'accroissent  graduellement  de  ce  point  dans  deux 
directions,  et  décroissent  encore  aux  extrémités  quand  on  les 
place  dans  l'eau  après  une  immersion  dans  l'alcool;  ils  sont 
ployés  à  ce  point  du  milieu.  Leur  surface  offre  un  double  rang 
de  petites  protubérances,  et  leur  corps  dégénère  en  une  ex- 
trémité pointue  et  amincie.  Le  côté  opposé  du  corps  est  creusé 
et  a  deux  bords  élévés  quand  il  est  coupé  Iraversalement; 
sa  forme  est  entièrement  carrée.  Ils  sont  mous  au  moment 
de  leur  sortie  et  de  couleur  jaunâtre.  Je  n'ai  pu  découvrir 
aucun  arrangement  d'organe  élémentaire  à  la  dissection;  le 
corps  semble  partout  homogène,  et  des  observations  micros- 
copiques soigneuses  n'ont  rien  fait  découvrir  de  plus. 


DACTYLICS  ACULEATUS.  -ySS 

•  Les  plus  petits  vers ,  semi-lransparens  lors  de  leur  sortie , 
devenaient  parfaitement  opaques  par  leur  immersion  dans  l'al- 
cool. Leur  forme  est  arrondie  et  les  deux  extrémités  pointues, 
et  leur  examen  à  l'aide  du  microscope  n'a  rien  appris,  (i) 

Dactylius  aculeatus. 

§  947.  M.  J.-B.  Curling,  chirurgien  en  second  à  l'hôpital  de 
Londres,  a  décrit  une  nouvelle  espèce  de  vers  (a)  rendus  avec 
l'urine.  Voici  le  fait  : 

«Une  jeune  fille  de  cinq  ans,  jusqu'alors  bien  portante, 
éprouva,  en  1887,  une  pneumonie  sub-aiguë;  à  plusieurs  re- 
prises elle  avait  rendu,  par  les  selles,  de  petits  ascarides.  Au 
commencement  de  mai,  elle  maigrit,  et  fut  prise  de  toux.  La 
fièvre  avait  le  caractère  rémittent;  les  urines  élaienl  fort  trou- 
bles. Un  traitement  bien  dirigé  fit  disparaître  ces  accidens  ,  et 
l'urine  reprit  sa  couleur  normale.  Le  26  mai ,  on  trouva  dans 
les  urines  quelques  petits  vers;  il  en  fut  de  même  les  jours  sui- 
vans.  Le  i""  de  juin,  elle  rendit  parles  selles  quelques  asca- 
rides, mais  ce  jour  et  le  suivant  les  urines  n'oflVirent  plus 
rien.  On  constata  de  nouveau  la  présence  d'enlozoaires  dans 
les  urines,  le  3  juin  ;  et  quelques-uns  s'étaient  présentés  seuls 
à  l'orifice  de  l'urètbre  ,  pendant  le  courant  de  la  journée.  Cet 
enfant  se  rétablit  rapidement,  et  n'eut  aucune  afTectiou  des 
voies  urinaires.  L'urine  qui  contenait  ces  vers  était  très  colorée 
et  légèrement  acide;  lorsqu'ils  s'échappaient  les  premiers,  ils 
flottaient  séparément  dans  l'urine  ;  mais  bientôt  ils  se  réunis- 
saient et  se  formaient  en  peloton.  Ils  étaient  transparens,  et 
l'on  pouvait  facilement  distinguer,  à  l'œil ,  à  travers  leurs  en- 


(1)  M.  Lawrence  reuToie  ici  aux  figures  qu'il  a  données  de  ces  Ters. 
M.  le  docteur  Negri  m'en  ayant  remis  un ,  je  l'ai  fait  dessiner  (Att.as, 
Pl.  xxviir,  fig,  7). 

(2)  Case  of  a  girl  who  njoided  fiom  the  urethfa  a  numher  oj  enlozootic 
worms  not  hitherto  descnbed  with  an  account  of  the  animais,  by  T.  B.  Curling, 
iSSg,  fig.  (Mcd.  chir.  Transact.  London,  t.  xxu,  iiig).'^Arc/nves  générales 
de  médecine,  1840,  4'  série  ,  vol,  vii>  p«  497- 

m.  48 


ij^^  VERS  DANS  LtJRlNÉ. 

veloppes,  le  canal  digestif  et  les  autres  organes;  plongés  dans 
l'alcool ,  ils  devinrent  blancs  et  opaques.  Il  y  en  avait  de  deux 
espèces,  des  grands  et  des  petits:  les  premiers  étaient  plus 
nombreux. 

«  Convaincu  qu'ils  n'avaient  pas  encore  été  décrits ,  et  pen- 
sant qu'ils  pouvaient  constituer  les  larves  de  quelque  insecte 
introduit  par  hasard  dans  l'économie ,  l'auteur  les  examina  au 
microscope,  et  reconnut  qu'il  avait  affaire  à  de  véritables  ento- 
zoaires,  d'une  belle  organisation  j  et  de  la  classe  des  nématoï- 
des  de  Rodolphi.  Plus  tard ,  il  les  étudia  avec  le  professeur 
Owen  et  M.  Quekett. 

«  Cet  entozoaire  est  d'une  couleur  claire  ;  sa  forme  est  cylin- 
droïde,  annelée,  et  légèrement  conoïde  à  ses  extrémités.  La  fe- 
melle a  environ  quatre  cinquièmes  de  pouce  de  longueur  ;  le 
mâle,  comme  cela  se  voit  dans  beaucoup  d'espèces  de  la  classe 
des  nématoïdes,  est  plus  petit,  et  n'offre  que  deux  cinquièmes 
de  pouce  environ  de  longueur.  La  tête  est  obtuse  et  tronquée , 
la  bouche  orbiculaire;  le  cou  est  distinctement  annelé.  Leur 
enveloppe  est  line  et  transparente;  elle  offre  deux  couches  de 
fibres  que  je  crois  de  nature  mtisculaire,  l'une  circulaire, 
l'autre  longitudinale;  elle  est  de  plus  recouverte  d'un  grand 
nombre  d'épines  pointues,  disposées  par  faisceaux  de  trois  ou 
quatre  à-Ia-fois,  et  placées  à  des  distances  égales.  Au  micro- 
mètre, je  trouvai  d'un  cinquantième  à  un  soixante-dixième  de 
pouce  d'écartement,  environ ,  entre  les  faisceaux  d'aiguillons. 
Ils  manquaient  seulement  dans  un  petit  espace  ;  leurs  pointes 
étaient  dirigées  en  bas  dans  la  partie  antérieure,  en  haut  dans 
la  partie  postérieure  du  corps,  et  l'on  pouvait  facilement  dis- 
tinguer les  mouvemefas  qu'ils  ofiraient.  Le  tube  alimentaire, 
examiné  sur  une  femelle,  me  parut  commencer  à  la  bouche, 
par  trois  petits  conduits  sinueux  ,  se  réunissant  ensuite  pour 
former  un  canal  unique ,  qui  s'élargissait  en  avançant ,  et  se 
terminait  par  une  ouverture  trilobée....  Aux  environs  du  tube 
digestif,  j'ai  remarqué,  surtout  chez  la  femelle,  un  canal  mar- 
qué de  bandes  transversales,  et  qui  me  parut  animé  de  mou- 
vemens  particuliers,  comme  pulsatoires.  M.  Owen  compta  que 
ces  pulsations  arrivaient  au  nombre  de  huit  en  douze  secon- 


CORPS  ÉTRANGERS.  7 5 5 

<des.  Il  pense  que  ce  tube  est  analogue  à  l'artère  dorsale  des 
sannélides....  La  structure  delà  feraellè  est  plus  compliquée  ;  la 
^  vulve  est  située  vers  l'exti'émité  antérieure,  à  un  cinquième  de 
(pouce  environ  de  la  tète....  Entre  ces  deux  points ,  nous  avons 
cconstarament  remarqué  deux  corps  ou  glandes  renfermant  des 
^granulations  ovalaired,  Les  oviductes  sont  formés  par  deux 
titubes  tortueux.  Nous  n'ayons  pu  distinguer  sur  les  sujets  mâles 
1  aucun  organe  pouvant  être  attribué  à  l'appareil  génital. 

«  Ces  vers  sont  évidemment  de  la  classe  dès  nématoïdes,  deRu- 
kdolphi,  mais  ils  diffèrent  de  tous  les  genres  connus  dans  cette 
classe  ;  nous  proposons  donc  un  nouveau  genre  pour  ces  ani- 
maux, sous  le  nom  de  Dactylius,  avec  les  caractères  suivans  : 
«  Corpus  teres,  elasiicrcm,  annulatuni  et  utrinfue  atténua^ 
tiim,  caput  obtusum ,  os  orbiculare ,  anus  trilahiatus, 

Dactylius  acUleatus.  Capite  ohtuso  ^  toto  cdrpore  aculeorum 
tserie  mulliplici  armato ,  cauda  ohtusd,  et  amiulata-  Habitat 
mn  vesica  urinaria.  » 

Corps  étrangers  dans  les  reins. 

§  948.  Il  est  rare  de  rencontrer  dans  les  reins  ou  dans  le 
jassinel,  dèS  corpà  étrangers  autres  què  dés  fcàlcUlSj  déS  Yérs, 
lu  sang  épanché,  dè  l'ùriné  ou  tiilè  ttiméttr  âqiiëvlëè  (  Fb^èi 
i'-rÉi.iTE,  Vers  dans  Iès  rews,  HiJtôftRtiAdiÈ  RÉMtfey  Ht- 
fjRONÉpnRO^).  Cependant  on  à  trôiïvé,  defns  lés  réinsi  du  leùt 
/oisinage,  des  corps  étrànger^  provenant  dû  dehors.  Airiài  on  à 
u  ttn  instrtttneni  très  aigu  sè  bHser  daûs  ûne  plaie  deS  Idffi- 
)e3;  oti  a  extrait,  surlevivaùt  ou  après  la  mort,  dés  bâlleà  Idgèèi^ 
)Tès  des  reitis,  après  un  coùp  de  feu  reçu  âux  lombes;  on  à  ^it, 
juelquès  semaines  après,  une  pfetite  hiasse  irrégulièré  fôrnïéê 
)ar  du  drap,  sortir  par  l'urèthre.  D'un  autre  côté,  on  a  vu  un 
•pi  de  blé  introduit  par  l'urèthre  dans  les  voies  urinaires  sor- 
ir  par  les  lombes ,  sans  qu'on  puisse  dire  quel  trajet  il  avait 
suivi.  Enfin,  on  a  rapporté  plusieurs  cas  dans  lesquels  des  in- 
Uvidus,  après  avoir  avalé  des  aiguilles,  les  ont  rendues  par 
'urètUre,  mais  il  est  probable  que  ces  corps  étrangers  avaient 
^éaélré  directement  dans  la  yessie» 

48. 


756 


REINS  SURNUMÉRAIRES. 


Gangrène  des  reins. 

§  949.  Déjà  en  traitant  de  la  néphrite  simple,  de  la  néphrite 
par  poisons  morbides  et  de  la  pyélite,  j'ai  fait  mention  de  la 
gangrène  des  reins ,  comme  terminaison  de  ces  maladies.  A 
celte  occasion  les  symptômes  de  cette  altération  des  reins  ont 
été  également  indiqués.  La  gangrène  des  reins  est  extrêmement 
rare  chez  l'homme.  Je  ne  T  ai  jamais  observée  comme  affection 
primitive,  essentielle;  toujours  elle  était  symptomatique , 
soit  d'une  affection  générale  de  nature  charbonneuse ,  soit 
de  l'état  puerpéral,  soit  d'un  épanchement  urineux  dans  le 
rein,  en  des  cas  de  pyélite  calculeuse,  soit  enfin  d'une  affec- 
tion gangréneuse  du  bassinet  produite  par  une  rétention  d'u- 
rine insurmontable.  Chez  les  ruminans  la  gangrène  des  reins 
est  peut-être  moins  rare.  Dans  le  charbon  du  bœuf  (voyez 
tome  II,  page  3  en  note),  le  rein  est  quelquefois  frappé  de  gan- 
grène sans  offrir  de  gonflement,  de  dépôt  de  pus,  ni  aucun 
autre  caractère  d'un  état  inflammatoire. 

Reins  surnuméraires. 

§  950.  Chez  l'homme,  on  a  quelquefois  trouvé  plus  de  deux  reins. 
Eustachi  (i)  a  trouvé  trois  reins ,  dont  un  était  à  sa  place  ordi- 
naire, avait  sa  forme  normale  et  ses  vaisseaux  ;  le  second  était 
petit,  triangulaire  etsansuretère  j  le  troisièmerein,  placé  du  côté 
gauche  sur  les  vertèbres  des  lombes,  était  presque  quadran- 
gulaire  et  avait  ses  vaisseaux  et  son  uretère.  Blaes  (2)  a  vu 
deux  reins  placés  du  côté  gauche,  dont  chacun  avait  ses  vais- 
seaux et  son  uretère  séparés.  Botal  (3)  a  vu  quatre  reins  qui 
étaient  liés  ensemble,  mais  dont  chacun  avait  son  bassinet 

(1)  Eustachi,  De  renum  slruciurâ,  cap.  x. 

(2)  Blasii,  Ois.  analom.,  p.  i3o,  tab.  xv,  fig.  16. —  Ohs.  med'ic.  rarior., 
P.irt.  IV,  obs.  XVI,  p.  5i.— Tab.  vi,  fig.  9. 

(3)  Botal.  De  monstrnso  rené,  p.  137.  ■ —  Ce  fait  est  reproduit  p.ir  Bl.ies 
(Bellini,  De  structura  renum).  Sur  la  figure  on  ne  rcconuaît  pas  les  quatre 
reins  indiqués,  mais  seulement  deux  reins  réunis,  et  un  troisième  dans  le 
point  de  leur  fusion. 


lŒINS  SURlVUMÉRAlRliS. 

séparé  et  ses  vaisseaux  particuliers.  Gemma  (1)  et  Deles- 
tang  (2)  rapportent  des  exemples  de  quatre  reins. 

Haller  (3)  a  cité  plusieurs  cas  de  reins  surnuméraires.  Ce- 
pendant il  remarque  qu'on  peut  avoir  pris  un  ganglion  scarifié 
ou  deux  parties  d'un  rein  jointes  faiblement  ensemble  pour  un 
véritable  rein  surnuméraire.  Tel  était  peut-être  le  cas  cité  par 
Eustachi,  et  dans  lequel  le  rein  surnuméraire  n'avait  ni  vais- 
seaux ni  ui'etère  propre. 

Corahaire  rapporte  que  Dupuytren  avait  trouvé,  sur  un  sujet, 
une  masse  composée  de  trois  reins,  deux  latéraux  et  un  mé- 
dian avec  trois  uretères.  Bauchêne  (4)  a  donné  une  description 
liés  détaillée  d'un  semblable  cas ,  et  notamment  de  la  dispo- 
sition des  vaisseaux  et  des  uretères. 

J'ai  observé  deux  cas  bien  trancbés  de  trois  reins  :  dans  l'un, 
les  trois  reins  étaient  réunis  et  disposés  en  fer  à-cheval  sur  la 
colonne  vertébrale  (Atlas.  Pl.  xxxix,  fig.  a). 

L'autre  cas  était  encore  plus  remarquable  :  deux  reins  exis- 
taient du  côté  droit,  et  le  troisième,  distendu  par  du  pus, 
était  transformé  en  une  énorme  poche ,  qui  du  flanc  s'étendait 
jusqu'à  l'aine,  de  manière  à  simuler  un  vaste  abcès  par  con- 
gestion (Atlas.  Pl.  xix). 

§951.  Gavard  a  vu,  sur  le  cadavre  d'un  sujet  âgé  d'environ 
40  ans,  trois  reins,  dont  les  deux  latéraux  occupaient  leur 
place  ordinaire,  tandis  que  le  troisième,  couché  en  travers 
au-devant  de  la  colonne  vertébrale ,  se  confondait  un  peu,  par 
ses  extrémités ,  avec  les  deux  autres.  Chacun  de  ces  reins  avait 
son  conduit  excréteur  et  ses  vaisseaux  sanguins  particuliers; 
mais  l'uretère  du  rein  du  milieu,  au  lieu  d'aboutir  à  la  vessie, 
s'ouvrait  dans  l^uretère  droit,  qui,  au-dessous  de  cette  em- 
bouchure, c'esl-à-dire  dans  son  tiers  inférieur,  était  d'un  ca- 
libi-e  plus  grand  que  dans  les  deux  tiers  supérieurs. 

(t)  Gemma.  Lîb.  11,  p.  ']5 ,  artis.  Cyclognom.  — Ibid.  Lib.  i.  Cap.  vi.  Ces- 
mocrit.  —  Schenck.  Ohs.  medic.  i.  obs.  r^S,  p.  3oo. 

(2)  Bartholin.  ^c/a  med.  el  philos,  llafniensis,  ann.  1674  et  1675,  t.  m, 

obs.  VII,  p.  12. 

la)  Haller.  Elément,  plijsiul.,  t.  vu,  p.  243. 

(4)  Bulletin  de  la  Faculté  de  médecine  de  Parii,  iu-8",  t.  11,  1810,  [>.  iJtJ. 


758  ABSENCE  DES  REIÎÎS, 

Aucune  observation  ne  prouve  que  la  sécrétion  urinaire  ait 
été  exagérée  dans  les  cas  de  reins  surnuméraires. 

Enfin,  M.  César  Hawkins  (i)  a  publié  une  observation  de 
tumeur  aqueuse  enkystée  du  rein  avpc  un  rein  suniuméraire. 

Absence  des  reins. 

§  Qsa.  jL'ah^çnce  ^es  deux  reins  q  été  plusieurs  fois  consta- 
tée cl)pz  ]es  fœtus^  chez  l'enfant  à  terme,  et  une  fois  (obs.  de 
Mffulpn)  cliez  une  jeune  fille  adulte,  si  ce  fait  a  été  réelle- 
n^(3jit  Yifn  obsprY^. 

§  953.  Béclard  (2)  dit  que  les  reins  manciuent  souvent  chez 
lep.  foetjiai  acéphales,  mais  qu'ils  existent,  ou  au  moins  l'un 
4'eijx,  quand  il  y  a  une  partie  d'une  certaine  longueur  de  la 
colonne  vertébrale. 

^yerhard,  Gilibert,  Bracq,  Heuermann,  Buttper,  Deleurye, 
sont  les  seuls  ^uteurs  qui  disent  positivement  n'avoir  point 
ti'QUvé  de  reins  chez  les  acéphales.  On  a  cité  aussi,  comme 
expniple  de  l'absence  des  reins,  les  acéphales  d'Odhelius,  de 
Cooper,  de  Clarke  et  de  Prochaska  ;  mais,  suivant  la  remarque 
de  M.  Isidore  Geoffroy  Saint-Hilaire  (3),  Odhelius  et  Clarke  ne 
cjisent  rien  des  reins^  Prochaska  décrit  comme  poumons  des 
org^pes  qui  paraissent  n'être  autre  chose  que  des  reins  j  enfin , 
Çpopçr  mentionne  positivement  l'existence  de  ces  organes. 

§  ^54,  M.  le  docteur  Mayer,  de  Bonn,  a  publié  dans  le  Zeïi- 
sc^r^ftfiir  Physiologie,  de  François  Tiedraann  (t.  11,  premier 
c^lxier)  (4),  une  ol^servation  remarquable  d'absence  àa.  système 
ufinaire. 

On  apporta  à  ce  professeur  un  enfant  mor^é ,  qui  parais- 

^i)  Me4ico'çhirurgical  transactions,  vol.  xviii,  i833,  part.  i. 

(2)  Béclard.  Mém,  sur;  les  acéphales  (Bullet.  dç  la  Faculçé  de  méd.  de 
Çaris,  t.  yi,  p.  497). 

(3)  Geoffroy  Saint-Hilaire  (Isidore).  Histoire  des  anomalies  de  l'organisa- 
o»,i  n-8,  Paris,  t.  u,  p.  5i2. 

4)  Joifri^ql  des  j>rogrçf,  t.  ly,  ï8a7>  P- 


ABSENCE  DES  REINS.  769 

^  sait  à  terme  et  présentait  plusieurs  vices  de  conformation.  Le 
cordon  ombilical  ne  renfermait  qu'une  artère;  le  sommet  de 

Ila  tête  était  aplati;  l'œil  droit  était  cataracté,  et  les  extrémités 
.  inférieures  ofiraient  quelques  anomalies  de  forme,  entre  autres 
l'absence  de  deux  orteils  au  pied  droit.  A  la  place  des  parties 
génitales  externes  ,  on  ne  trouvait  qu'un  petit  sac  pédiculé 
de  tissu  cellulaire ,  et  qui  ressemblait  assez  bien  à  une  figue. 
I  II  n'existait  pas  de  trace  de  l'anus.  La  vésicule  biliaire  man- 
i  quait.  Le  canal  intestinal  se  terminait  tout-à-coup  au  colon 
.  descendant,  et  en  conséquence  il  n'y  avait  ni  S  iliaque  ni  rec- 
tum. Le  colon  présentait  un  diverticule  terminé  en  cul-de- 
sac,  et  en  outre  un  cordon  assez  analogue  à  l'ouraque  qui  se 
dirigeait  vers  l'ombilic,  mais  s'oblitérait  après  un  trajet  de 
quatre  lignes.  Les  reins ,  les  uretères  et  la  vessie  manquaient 
complètement}  en  échange,  les  capsules  surrénales  étaient  deux 
fois  aussi  grosses  que  de  coutume,  et  dans  leur  état  normal. 
Les  testicules,  moitié  plus  petits  qu'à  l'ordinaire,  se  trouvaient 
dans  le  voisinage  des  capsules  surrénales.  Les  épididymes 
existaient  aussi ,  mais  les  canaux  déférens  se  terminaient  dans 
le  tissu  cellulaire,  et  dans  la  tunique  séreuse.  Nul  vestige  des 
vésicules  séminales  et  de  la  prostate ,  non  plus  que  des  parties 
génitales  externes,  que  remplaçait  l'espèce  de  sac  dont  nous 
avons  parlé.  L'aorte  abdominale  donnait  des  artères  cœlia- 
ques  et  mésentériques  supérieures,  point  d'artères  rénales, 
deux  très  petites  artères  capsulaires.  La  mésentérique  infé- 
rieure existait  aussi.  L'aorte  elle-même  se  divisait  au  devant 
de  la  première  vertèbre  des  lombes.  Les  artères  iliaques,  dont  la 
droite,  plus  forte  que  la  gauche,  fournissait  seule  l'artère  om- 
bilicale unique,  se  divisaient,  comme  de  coutume,  enhypogas- 
trique  et  en  crurale. 

Le  cerveau  était  encore  plus  déprimé  que  le  crâne,  et  en 
était  séparé  par  un  intervalle  de  deux  lignes.  Plusieurs  de  ses 
:jj    circonvolutions  avaient  une  consistance  cartilagineuse,  qu'elles 
perdirent  cependant  après  quelque  séjour  dans  l'alcool. 

L'encéphale  ne  présentait  pas  d'autre  anomalie,  si  ce  n  est 
que  la  glande  pinéale  était  très  petite.  M.  Mayer,  ne  trouvant 
rien  dan»  les  désordres  de  ce  viscère  qui  rendît  raison  del'afc- 


ABSENCE  DES  REINS. 


sence  presque  totale  de  deux  systèmes  organiques,  espéra  que 
l'état  de  la  moelle  épinière  lui  en  fournirait  l'explication  j  son 
altente  ne  fut  pas  trompée. 

En  effet,  il  trouva  qu'à  la  hauteur  de  la  deuxième  vertèbre 
dorsale,  la  moelle  se  terminait  tout-à-coup  par  une  extrémité 
arrondie  en  forme  de  massue.  Les  nerfs  ischiatiques ,  obtu- 
rateurs et  cruraux ,  étaient  presque  dans  leur  état  normal.  La 
colonne  vertébrale  se  terminait  à  la  quatrième  fausse  vertèbre 
du  sacrum  ;  on  voyait  à  peine  un  rudiment  cartilagineux  de 
la  dernière  et  du  coccix.  Quant  au  nerf  grand  sympathique  du 
bas-ventre,  l'auteur  observa  qu'il  était  moins  développé  que  de 
coutume  à  l'origine  des  artères  intestinales. 

M.  Mayer,  après  avoir  rappelé  une  observation  de  Wolfslrie- 
gel,  analogue  à  celle  dont  il  vient  de  rendre  compte ,  ajoute 
que  celte  absence  du  système  urinaire  est  bien  digne  de  re- 
marque chez  un  sujet  dont  les  poumons,  le  cœur,  le  foie,  la 
rate  et  la  majeure  partie  du  tube  digestif  olTraient  leurs  con- 
tlitions  normales.  Il  semble  en  résulter  que  les  fondions  les 
plus  importantes  des  vies  animale  et  organique  peuvent  avoir 
lieu,  du  moins  pendant  la  vie  utérine,  sans  le  concours  des 
organes  de  la  dépuration  urinaire.  Quant  à  l'absence  partielle 
de  l'appareil  génital ,  je  n'en  tire  aucune  conclusion ,  car  ses 
fonctions  ne  sont  pas  nécessaires  à  la  vie  ;  cependant  je  ferai 
observer  que,  parmi  les  organes  de  cet  appareil,  c'étaient  les 
externes  ou  ceux  de  la  périphérie  qui  manquaient,  tandis  que 
les  organes  internes,  les  testicules  et  les  épididymes  existaient. 

M.  Mayer  ajoute  que  ,  s'il  ne  se  trompe ,  son  observation  est 
la  première  qui  constate  l'absence  concomitante  d'organes 
glanduleux  du  bas-ventre  et  d'une  portion  de  la  moelle  ra- 
chidienne;  et  il  se  demande  si  la  formation  de  cette  dernière  ne 
serait  pas  ia  condition  de  celle  des  organes  thoraciques  et  ab- 
dominaux ,  et  rappelle  à  ce  sujet  le  Mémoire  de  M.  Tiedmann, 
oii  cette  théorie  se  trouve  développée. 

D'autres  cas  analogues ,  mais  rapportés  d'une  manière  moins 
détaillée,  ont  été  publiés  par  d'autres  observateurs,  (i) 

(t)  Murriguo»  (1757).  Métn.  invsanté  h  l' Acudémie  i-nyale  des  sciences, 


4 


ABSENCE  DES  REINS.  76 1 

Daus  la  duplicité  monstrueuse  par  inclusion,  les  reins  du 
!  fœtus  contenu  manquent  quelquefois.  Le  docteur  Young  (i) 
[  publia,  en  1807,  un  cas  remarquable  de  celte  espèce;  Dupuy- 
:  treu  fit  un  rapport  à  la  sociéié  de  médecine  de  Paris,  sur  un 
i  cas  analogue  (2);  et  Higmore  (3)  a  rapporté,  en  181 5,  un  autre 
i  cas  semblable;  on  en  trouvera  d'autres  encore  dans  l'excel- 

I  lente  thèse  du  docteur  Lachaise  sur  ces  espèces  de  monstxes. 

Chaussier  (4)  a  présenté  à  la  société  de  l'Ecole  de  Médecine, 

II  le  torse  d'un  foetus  dans  lequel  il  n'y  avait  ni  utérus,  ni  reins, 
;  ni  vessie  urinaire. 

§  9.55.  M.  Moulon,  médecin  en  second  de  l'hôpital  de  Triesle, 
a  publié  un  cas  des  plus  extraordinaires ,  et  que  je  ne  rapporte 
qu'avec  une  extrême  défiance  (5).  Marie  Barbe,  jeune  fille  âgée 
>  de  i4  ans,  ayant  succombé  à  une  gaslro  -  entérite  chronique, 
1  on  procéda  à  l'ouverture  du  cadavre,  qui  présenta  les  parti- 
1  cularités  suivantes  :  l'ombilic  se  trouvait  au  lieu  qu'occupe 
1  ordinairement  le  mont  de  Vénus;  l'anus  était  dans  le  lieu  oii 
1  doit  exister  l'orifice  du  vagin,  et  offrait  une  dimension  telle 
que  la  main  pouvait  facilement  y  être  introduite.  Aucune  com- 
munication ne  se  faisait  remarquer  entre  le  rectum  et  les  oi'- 
.  ganes  de  la  génération ,  dont  oii  ne  rencontrait  d'autres  traces 
r  extérieures  qu'un  renflement  qui ,  pour  la  structure ,  avait 
quelque  analogie  avec  le  clitoris,  et  deux  petites  excroissances 
I  couvertes  de  quelques  poils  et  semblables  à  celles  qui  ont  reçu 
le  nom  de  poireaux.  La  symphyse  du  pubis  était  remplacée  par 
un  vide  assez  étendu,  que  la  peau  seule  recouvrait.  La  vessie 


t.  IV,  p.  ia3.  —  Fabert.  Duoram  monslrorum  humanorum  descriptio  anato- 
mica,  in-4»  Berlin,  1827  (Bulletin  des  sciences  méd.  de  Férussac,  t.  xvr, 
p.  14. —  Peschier  de  Genève  (^BuUetin  des  sciences  méd.  de  Férussac,  t.  xi, 
p.  4). 

(1)  Cité  par  LacLaise.  De  la  duplicité  monstrueuse  par  inclusion,  in-4, 
Paris,  1828,  p.  3a. 

(2)  Bulletin  de  la  Société  de  médecine,  première  année,  p.  4. 

(3)  Cité  par  Lachaise.  Lieu  cité,  p.  3l. 

(4)  Bull,  de  la  Faculté  de  méd,  de  Paris,  iu-S ,  i8xo,  p.  35. 

(5)  Archives  générales  de  médecine,  t.  xvii,  p.  424. 


762  ABSENCE  d'un  DES  REINS. 

manquait;  l'ouraque,  très  gros  et  très  long,  allait  se  perdre  in- 
sensiblement clans  les  tégumens.  L'utérus ,  de  grandeur  natu- 
relle, présentait  une  conformation  parfaite,  ainsi  que  les  tégu- 
mens, les  ovaires  et  les  trompes.  Les  uretères  et  les  reins 
n'existaient  point;  mais  la  veine  ombilicale  surpassait  de  beau- 
coup en  largeur  celle  d'un  adulte.  Cette  jeune  fille  avait  été, 
depuis  sa  naissance,  sujette  à  une  incommodité  qui  la  tour- 
mentait considérablement  :  il  s'écoulait  continuellement  de 
l'ombilic  un  liquide  qui  ressemblait  beaucoup  à  l'urine,  et 
dont  l'odeur  était  si  pénétrante,  qu'on  ne  pouvait  assez  sou- 
vent changer  les  linges  dont  cette  partie  était  recouverte. 

P'après  l'absence  des  reins ,  des  uretères  et  de  la  vessie,  le 
docteur  Moulon  pense  qu'on  peut  conclure  que  le  sang  se 
débarrassait  dans  le  foie  des  principes  qui  servent  à  former  l'u- 
rine, et  que  ceux-ci  étaient  ensuite  transportés  par  la  veine 
ombilicale  jusqu'à  l'ombilic,  par  lequel  ils  étaient  enfin  ex- 
crétés- Le  canal  intestinal  était  parsemé  de  tacbes  noires  dans 
toute  son  étendue;  le  foie  était  à  l'état  de  gangrène;  le  pan- 
créas ne  présentait  plus  qu'un  sac  rempli  de  pus,  et  le  grand 
épiploon  était  détruit  en  partie. 

§  956.  Si  le  fait  rapporté  par  M.  Moulon  était  exact,  il 
rendrait  moins  incompréhensible  certains  cas  d'anuries  de 
plusieurs  mois,  attestés  par  quelques  observateurs.  Ainsi, 
Vieusseux  de  Genève  (i)  parle  d'une  suppression  d'urine  qui  a 
subsisté  pendant  dix-sept  mois  chez  une  jeune  fille  de  onze 
ans;  après  ce  temps,  l'écoulement  de  l'urine  se  rétablit  sans 
que  la  malade  eût  couru  des  dangers  bien  inquiétans.  Mais 
tout  porte  à  penser  que  le  fait  rapporté  par  M.  Moulon  était  un 
cas  d'extrophie  de  la  vessie  dans  lequel  les  reins,  peut-être  dé- 
placés, n'ont  point  été  cherchés  avec  assez  de  soin. 

§  957.  M.  Comhaire  a  extirpé  les  deux  reins  à  des  chiens, 
et  plusieurs  de  ces  animaux  ont  vécu,  sans  reins,  pendant  trois 
jours. 

§  958.  Absence  tïtin  des  reins.  Il  existe  une  foule  d'exemples 


(i)  Journ.  méd,  Comsart,  Leroux  «l  Bojfer,  t.  7^  vendémiaire  an  xn. 


ABSENCE  d'un  DES  REINS,  763 

l^iutlien tiques  d'absence  d'un  des  reins.  Ordinairement  le  rein 
;xistant  est  plus  grand  que  de  coutume,  et  a  quelquefois  le 
louble  de  son  poids  ordinaire.  On  le  trouve  à  sa  place,  ou  un 

l'oeu  plus  hautj  ou  un  peu  plus  bas.  Dans  les  cas  indiqués  comme 
les  reins  uniques  situés  en  travers  sur  la  colonne  vertébrale  ? 
.1  y  avait  en  réalité  deux  reins  reconnaissables  malgré  leur 
fusion. 

tBlaes  (i)  cite  deux  cas  d'absence  d'un  des  reins  :  dans  l'un  le 
irein  gauche,  dans  l'autre  le  rein  droit,  étaient  absens;  leurs 
vaisseaux  et  leurs  uretères  manquaient  entièrement.  Botal  (aj 
dit  n'avoir  trouvé,  dans  un  cas,  qu'un  seul  rein,  mais  qui  était 
;  aussi  volumineux  que  quatre  reins  ordinaires.  Littre  (3)  rap- 
|f porte  le  cas  d'un  enfant  de  quatre  ans,  dont  l'un  des  reins,  le 
h  rein  gauche,  manquait;  l'enfant  avait  peuuriné^  et  était  hydrp- 
ii  pique.  Valsalva  (4)  £^  yu  le  rein  gauche  manquer  entièrement 
:hezune  femme;  le  rein  droit  avait  un  volume  double  de  l'état 
ordinaire,  èt  deux  conduits  urinaires  qui  s'ouvraient  du  côté 
Iroit  dans  la  vessie.  Dans  un  autre  cas  (5),  le  rein  du  même 
:ôté  manquait  également;  mais  celui  qui  existait  n'avait  pasf 
plus  que  le  volume  ordinaire. 
Sabatier  rapporte  que  Gabrole,  en  ouvrant  le  cadavre  d'u^ 
..  des  professeurs  de  l'université  de  Moptpellier,  ne  trouva  qu'u^ 
rein  dont  l'uretère  était  plus  gros  qu'à  l'ordinaire;  il  n'y  avait 
nulle  trace  du  rein  du  côté  opposé.  Un  des  domestiques  dij 
même  professeur,  n'avait  également  qu'un  rein ,  mais  très  gros 
et  situé  transversalement  sur  la  colonne  vertébrale  (C'était  pro- 
bablement un  cfis  dç  fusion  des  reins). 
k|     Albrecht  (fi)  a  trouvé,  chez  un  enfant  nouveau-né,  un  seul 
rein,  d'un  assez  grand  volume,  placé  du  côté  gauche ,  et  qui 
n'avait  qu'un  bassinet  et  un  uretère. 

I       (r)  Blasii.  Observât,  medic.  rar.,  part,  iv,  obs.  3  et  p.  49  fi^5i. 
'      (2)  Botal.  Obs.  anat.,  1, 

(3)  Mém.  de  l'Acad.  des  science^  4c  Pctrif,  1707,  p.  a5. 
»  I     (4)  Morgagni.  fie  se(lil>.  et,  c(ius.  oiorb,,  epiut.  x?:^ i ,  §  aff. 
U'     (5)  Ibid.,  epist.  XXV,  §  4. 
■      (6)  Miscell.  nai.  cur.,  Dec.  11,  an.  i,  obs,  83. 


764  ABSENCE  b'un  DRS  lUîlNS. 

Guigneux  (1)  n'a  rencontré  chez  un  homme  que  le  rein 
gauche,  qui,  à  la  vérité,  était  plus  grand  d'un  tiers  que  dans 
l'état  normal,  et  n'avait  qu'un  bassinet  et  un  uretère. 

Perrin  (2)  a  vu  inanciuer  le  rein  droit;  le  reiu  gauche  avait 
une  dimension  extraordinaire. 

Mohrenheim  (3)  n'a  trouvé  qu'un  rein  qui,  placé  du  côté 
droit,  était  une  fois  plus  volumineux  qu'à  l'ordinaire,  et  avait 
un  uretère  d'une  longueur  surprenante. 

StoU  (4)  a  vu  le  rein  droit  manquer  entièrement  avec  la  cap- 
sule surrénale,  l'uretère  et  tous  les  vaisseaux  sanguins.  Le 
gauche  n'était  pas  plus  grand  qu'à  l'ordinaire.  Dans  un  autre 
cas  (5)  où  le  rein  gauche  avec  son  uretère  et  ses  vaisseaux 
manquait,  le  rein  droit  avait  sa  dimension  naturelle  ;  la  ves- 
sie était  petite. 

Veirac  (6)  n'a  pas  trouvé,  du  côté  gauche ,  la  moindre  trace 
du  rein  ;  mais  le  droit  était  un  peu  plus  grand  ,  et  l'uretère 
un  peu  plus  large  qu'à  l'ordinaire. 

Pôle  (7)  a  ouvert  un  enfant  nouveau  né,  chez  lequel  il  n'exis- 
tait que  le  rein  droit. 

Wrisberg  (8)  a  vu,  chez  une  femme,  le  rein  droit  avec  ses 
vaisseaux  et  son  uretère  manquer.  Le  rein  gauche  et  la  vessie 
étaient  extraordinairement  petits. 

Sandifort  (9)  n'a  trouvé  chez  une  femme,  que  le  rein  droit  ; 
la  capsule  surrénale  du  côté  gauche  existait. 

(î)  Journ.  de  méd,,  1760,  t.  xii,  avril.  —  Nouvelle  collect,  d'obs.  choisies, 
t.  m,  §  223. 

(2)  Journ.  de  méd„  1760,  t.  xii,  nov. — Nouv.  collect.  Sobs.  choisies,  t.  iv, 
§245. 

(3)  Dissert,  de  fienne,  t.  11,  §  297. 

(4)  Ralio  medendi,  vol,  ir,  tit.  11,  §  139. 

(5)  Ibid.,  vol.  VII,  §  £22. 

,(6)  Collect.  pour  les  /néd,  pratic.  (en  allemand),  vol.  Vlli,  §  5çf}. 

(7)  Memoirs  of  the  Lond.  medic.  Society,  vol.  li,  n°  xxxix,  p.  3ig. 

(8)  Dans  l'esquisse  de  la  physiologie  de  Haller,  par  Sœmmcring  et  Mcckcl 
(en  allemand),  Berlin,  1788,  p.  160,  note  73,  et  j).  579,  note  169. 

(vj) ^3fuseu-n  anatomic,  vol.  i,p.25o. 


ABSENCE  d'un  DES  REINS.  ^65 

Charles  Etienne  (i),  Colombo  (2),  Eustachi  (3),  Vesale  (4), 
^'crnel  (5),  Lopez  (6),  Duret  (7),  Panaroli  (8),  Solenander  (9), 
larder  (10),  Schenck  (11),  Rhodius  (12) ,  Bonet  (i3),  Tulp  (i4), 
jaube  (i5) ,  Hilscher  (16),  Haller(i7),  Sue  (18),  Lieulaud  (19), 
îœmmering  (20),  Titius  (21),  citent  aussi  des  exemples  de  l'ab- 
;pnce  d'un  des  reins. 

Des  observations  analogues  ont  été  faites  sur  les  animaux, 
aellini  n'a  trouvé  qu'un  rein  chez  un  chien.  Dupuytren, 
kl iVI.  Comhaire  n'ont  recoutré  sur  un  chien,  qu'un  seul  rein 
r^ui  était  plus  volumineux  que  s'il  s'en  fût  trouvé  deux,  eîi 
■gard  à  la  grosseur  du  chien. 

M.  le  docteur  Désir  ra'a  montré  un  cas  d'absence  du  rein 
Iroitjchez  une  petite  fille  âgée  de  cinquante-quatre  jours,  et  qui 

(1)  De  dissecdnne  partium  corpoiis  humani,  11b.  11,  cap.  i5,  Paris,  i545, 
DD*fol. 

(2)  De  re  ahatomica,,  lib.  xv,  p.  487. 

(3)  De  renum  structura,  cap.  x. 

(4)  De  corporis  humani  Jabricâ,  lib.  v,  cap.  \o, 

(5)  Physiolog,,  lib.  i,  cap.  7. 

(6)  F'ar.  lect.  med.,  cap.  8. 

(7)  Hollerii  Opéra  praclica  cum  enarrationibus  Lud.  Dureti.  Paris, 
i;ib.  I,  cap.  47. 

(8)  Med.  observ,  peniecost.,  l,  obs.  3. 

(9)  Comilium,  xvi,  sect.  v. 

(10)  Apiarium,  obs.  77.  —  Pœnis  et  Pythagorse  cxercltat,  p.  i8g. 

(11)  Schenck,  Obs.  medic,  lib.  m,  sect.  2,  obs.  172,  p.  298,  et  seq. 

(12)  Mantissa  anatom.,  obs.  xxxir,  p.  21. 
(i3j  Medic.  septentrion.,  Collect.  t.  i,  p.  741. 

(14)  Obs.  medic,  lib.  iv,  cap.  38,  p.  337. 

(15)  Ephem.  nat.  cur,,  cent,  ix,  obs.  16  (Sain). 

(16)  Prolus  de  unico  in  homine  reperto  rené,  prœgrandem  continente  calcu- 
lium.  Jenx,  1733,  p.  5.  —  In  Hallerii,  Disput.  analoinic,  vol.  m,  p.  355. 

(17)  Opéra  minora,  p.  23o.  —  Opusc. patholog,,  obs.  XLlx.p.  146. — Elem, 
fphysiol.,  t.  VII,  p.  242. 

(1  S)  Mém.  Acad.  des  sciences. 

(19)  Lieufaiid.  Hist.  anal.  med.  Obs.  iar3,  t.  i,  p.  356. 
{20)  Dans  l'esquisse  de  la  physiologie  do  Haller. 

(21)  Program,  de  rvitiis  renum,  Commeat.  i.  Rçnis  unius  in  j'uveni  reperd 
$fixempluin.  Vitemberg,  1798. 


^d6  AfiSENCÉ  D'u*r  ÙES  tlÉtÏTS. 

était  morte  à  l'hospice  deâ  Ènfans-Trôuvés ,  d'une  pneùrhonie 
dû  cété  droit,  le  Si  juillet  1836.  La  capSule  surrénale  droitè  j 
danà  le  flanc  droit ,  était  aplatie ,  allongée  comnje  à  l'or- 
dinaire. Le  reiii  droit  n'existait ,  ni  sur  la  colonne ,  ni  dans 
le  petit  bassiii.  D'ailleurs  la  vessie,  pourvue  d'un  seul  ure- 
tère ,  n'offrait  intérieurement  qu'une  seule  ouverture  ureté- 
f-ale ,  correspondant  à  l'ùretère  gauche.  Le  rein  du  même  côté 
pesait  i66  grains,  pas  plus  qu'un  rein  de  cet  âge  5  le  nombre 
^es  mamelons  èlàit  de  douze  pour  douze  lobes  ;  dans  ce  cas  il 
n'y  avait  pas  eu,  par  iin  plus  grand  développertient  dti  reiiï 
gauche,  une  compensation  à  l'absencè  du  rein  dtbit.  Dans  lèà 
deux  cas  suivans  (Obs.  xi,  Obs.  iii,  §  9^9),  au  contraire,  le 
rein  unique  était  évidemment  hypertrophié. 

En  résumé ,  dans  les  cas  d'absence  d'un  des  reins ,  le  plus 
souvent  le  rein  unique  avait  un  volume  beaucoup  plus  consi- 
dérable, et  quelquefois  double  d'un  rein  ordinaire;  de  sorte 
qu'il  exécutait  à  lui  seul  les  fonctions  des  deux  reins,  et  qu'il  ne 
résultait  aucun  inconvénient  de  ce  vice  de  conformation. 

Si  le  rein  unique  vient  à  s'enflammer,  les  aiccidéns  les  plus 
graves  et  la  mort  peuvent  en  résulter  {§  383), 

Obs.  I. —  Absence  du  relu  et  de  l'uretère  du  c6té  gauche;  altération  du 
rein  droit  chez  une  fille  de  vingt-six  ans ,  sujette  à  des  convulsions  hys- 
tériques, (i) 

«  Virgo  ad  vigesimum  sextum  aetatis  annum  vixit,  diu  œgra, 
orthostadia  tamen,  mensibus  modo  nimiis  ,  modo  omniuo 
deficientibus,  urina  limpida,  cœtertira  hystericis  convulsioni- 
bus  obnoxia,  quae  vitte,  fere  absque  ullo  decnbitu,  finerti  impo- 
suerunt.  Chirurgus  e  visceribus  uterum ,  atque,  ut  is  integrior 
esset,  vasa  una  renesque  evulsit,  memorabili  certe  exertiplo  a 
consueta  fabrica  abludeutes. 

Ren  unicus  fuit,  dextri  lateris  ,  cum  viscera  reliqùa  et  în- 
testina  imprimis  ,  siuistrum  latus  tenerent.  Figura  ejus  subro- 
tunda  erat,  ut  renem  non  agnosceres,  sed  aliquam  cysticitumo- 

(t)  tfalleri.  Opuscula  pàtholdgica ,  iù-8,  dbi.  66,'pâg.  i53.  Lausanii», 
1755. 


ABSENCE  d'un  DES  REINS.  767 

ris  gpeciera  expectares,  suo  âacco  fconclusi.  Yalida  enim,  peri- 
tonœo  similis,  toembrana  partem  mediam  efficiebat  masste, 
quœ  ren  fuerat.  In  membrana  urinae  haud  minus  quam  duae  li- 
brae  fuerunt.  Hœc  pelvis  erat,  supra  omnem  modura  distenta. 
Reliqua  pars  sacci  ren  ipse  fuit,  scirrhi,  quam  vèri  viscéris  si~ 
milior,  pallida  carne,  in  qua  neqtie  corticem,  nequè  p&pillà* 
separares,  neque  papillarum  numerum  inire  posses.  Cum  pel- 
vis aperiretar,  in  eam  apparuit  continuari,  quasi  inrecessum, 
hanc  carnem  difformem  et  monstrosani  renis.  Causa,  qûse  uri- 
nam  retimlerat,  nuUa  adparuit,  ipàa  vero  stagnaûs  aquà  sen-* 
ilm  itavidetûr  papillas  distendisse,  ut  cortex  renis  coraprefel- 
sus  evanuerit.  Glandulas  étiam  haec  tnaxima  dilatatio  hullàà 
ostendit;  adeo  nos  minus,  quam  Litlrius  ,  felices  fuimus.  w 

Obs.  II.  —  Abstnce  du  rein  gauche  ;  développement  considérable  du  rein 
droit  ;  pneamonie  double  j  mort. 

Decleriita,  facteur,  âgé  de  64  ans,  afifecté  de  catarrhe  dépuis 
le  commencement  de  l'hiver,  ressentit,  lé  29  mars  1840,  sans 
cause  connue,  un  frisson  Suivi  de  fièvre,  une  djâpnéè  consi- 
dérable et  un  point  douloureux  àu-dessous  du  sein  gauche, 
qui  augmentait  par  les  efforts  de  la  tdùt. 

Le  3  avril,  matité  et  absence  du  bruit  respiratoiré  à  la  base 
des  deux  poumons.  Râle  crépitant  dans  une  petite  étendue.  Râle 
muqueux  et  ronchus  dans  tout  le  reste.  Leâ  inspiratiods  étàïit 
très  faibles,  ces  signes  sont  difficiles  à  saisir.  Lé  pouls  est  ra- 
pide., petit  et  presque  insensible  ;  les  etlrértlités  Sont  froideè. 
Le  malade  exécute  avec  peine  déS  motivèrtlenâ  très  bornés.  La 
face  est  pâle ,  cadavéreuse.  Tout  en  lui  annonce  qu'il  né  résis- 
tera pas  long-temps  à  la  maladie  aiguë  pour  laquelle  il  est  venu 
tardivement  réclamer  nos  soins. 

Saignée  de  huit  onces  ;  le  soir,  applicatfôn  de  quatre  Vén- 
touses  searifiées  à  la  face  postérieure  dU  thorax  ;  potion  gom- 
meùse  ;  gomme  édulcorée. 

Les  jours  suivans  le  mal  s'aggtavé  ;  mort  dans  la  matinée 
du  5  avril. 

Autopsie  du  cadavre.  De  fausses  membranes  font  adhérér 
entre  elles  le  tiers  inférieur  des  portions  costale  et  pulmonaire 


768  ABSENCE  d'un  DES  REINS. 

des  plèvres.  Hépatisation  grise  au  tiers  inférieur  du  poumon 
droit;  hépatisation  rouge  au  tiers  supérieur.  Engorgement 
sanguin  du  poumon  gauche.  Les  bronches  sont  gorgées  de 
mucosités.  La  membrane  muqueuse  qui  la  tapisse  est  rouge , 
injectée.  Le  cœur,  le  foie,  les  intestins  sont  sains.  La  rate  est 
au  moins  deux  fois  plus  petite  que  dans  l'état  normal.  Son 
tissu  n'est  point  altéré. 

Le  rein  gauche  n'existe  pas. 

Le  rein  droit ,  situé  à  sa  place  ordinaire,  est  une  fois  plus  gros 
qu'il  ne  devrait  l'être  ;  il  pèse  265  g.  (8  onces  et  demie).  Il  est 
gorgé  de  sang.  Sa  substance  corticale  est  semée  d'un  grand 
nombre  de  kystes  j  renfermant  un  liquide  transparent,  et  dont 
le  volume  varie  depuis  celui  d'une  lentille  à  celui  d'une  petite 
aveline.  Le  bassinet,  l'uretère  etla  vessie  sont  sains.  A  l'angle 
postérieur  et  gauche  du  trigonevésical ,  l'orifice  de  l'uretèreab- 
sent  est  remplacé  par  un  petit  cul-de-sac. 

L'artère  spermatique  gauche  naît  de  l'aorte. 

Les  deux  testicules  ont  leur  volume  normal. 

ÇgSg.  Sur  le  cadavre  d'un  homme  de  5S  ans,  bien  constitué, 
mort  d'une  hypertrophie  du  cœur ,  M.  le  docteur  Barth  a 
constaté  l'anomalie  suivante  : 

Le  rein  droit  manquait  ;  on  n'en  découvrait  aucun  rudiment 
à  sa  place  habituelle.  Il  n'existait  aucun  vestige  d'artère  ni  de 
veine  rénale,  de  ce  côté  ;  aucun  orifice  même  ne  s'apercevait  à 
leur  place  dans  l'aorte  et  dans  la  veine  cave  inférieure.  On  ne 
découvrit  aucune  trace  d'uretère  du  côté  droit,  et  la  surface 
interne  de  la  vessie  n'offrit  aucun  vestige  d'orifice  uretéral  de 
ce  côté. 

Le  rein  gauche  était  situé  sur  les  parties  latérales  de  la  co- 
lonne vertébrale,  à  sa  place  ordinaire  et  dans  sa  direction  ha- 
bituelle. Son  volume  était  considérable  (5  pouces  et  demi  de  lon- 
gueur, sur  2  pouces  5  lignes  de  largeur,  à  sa  partie  moyenne ,  et 
j  ,5  lignes  d'épaisseur).  Il  avait,  durcste,  sa  couleur  rougeâtre,  une 
fermeté  moyenne  et  sa  structure  normale.  Il  recevait  de  l'aorte 
trois  artères ,  les  deux  supérieures,  du  volume  d'une  plume 
d'oie,  l'inférieure  un  peu  plus  petite,  et  qui  se  divisaient  cha- 
cunç  eo  deux  brancbes  avant  de  pénétrer  dans  la  scissure. 


VICES  DE  SITUATION  DES  REINS.  769 

La  veine  rénale  naissait  de  quatre  rameaux  qui  se  réunis- 
saient à  un  pouce  de  leur  origine,  et  formaient  un  gros  tronc, 
qui  avait  jusqu'à  seize  lignes  de  développement,  passait  au- 
devant  de  l'aorte  et  se  jetait  dans  la  veine  cave. 

Le  bassinet  résultait  de  la  réunion  de  huit  calices  et  formait 
un  entonnoir  très  évasé,  très  légèrement  injecté  à  sa  surface  in- 
terne. Il  se  continuait  avec  un  uretère  très  large  ,  ayant  huit 
lignes  de  développement  à  son  origine,  neuf  lignes  à  sa  partie 

I  moyenne,  et  qui  s'élargissait  encore  à  sa  terminaison,  oii  il 
offrait  jusqu'à  vingt-quatre  lignes  de  développement.  Puis  il  se 

I  rétrécissait  brusquement  et  pénétrait  obliquement  à  travers  les 
parois  de  la  vessie  ,  à  la  surface  interne  de  laquelle  il  s'ouvrait 
par  un  orifice  de  grandeur  habituelle.  Les  parois  de  ce  canal 
avaient  au  moins  le  double  de  leur  épaisseur  ordinaire. 
La  vessie,  de  grandeur  moyenne,  n'offrait  rien  de  remar- 

(  quable. 

Les  deux  capsules  surrénales  existaient,  et  occupaient  cha- 
I  cune  sa  position  habituelle. 

Vices  de  situation  des  reins. 

§  960.  L'étude  des  vices  de  situation  des  reins  doit  occuper 
autant  le  médecin  que  l'anatomiste,  s'il  ne  veut  s'exposer  à 
commettre  des  erreurs  graves  de  diagnostic."  Ces  vices  de  si- 
tuation peuvent  résulter,  1°  d'un  vice  de  situation  ,  fixe,  con- 
génital ou  accidentel;  2°  d'un  vice  de  situation  now /jcrmanenf, 
ou  de  la  mobilité  des  reins. 

Vices  de  situation  fixes  des  reins. 


§  961.  Aux  vices  de  situation  fixes  des  reins  il  faut  rappor- 
ter :  i"  les  reins  réunis  et  placés  en  fer-à-cheval  sur  la  colonne 
vertébrale  (  fusion  des  reins  )  ;  a°  les  reins  situés  plus  bas  que 
dans  l'état  sain ,  et  notamment  dans  l'excavation  du  bassin  ; 
3°  les  reins  déviés  ou  abaissés. 

III,  49 


I 


770  VICÎÎS  DE  SITUATION  PEnMANKKS. 

Ruysch  (i)  a  figuré  un  rein  droit  dont  la  scissure  était  tour- 
née en  liaut  et  le  bord  convexe  en  bas;  l'uretèt-c  passait  der- 
rière le  rein.  Cette  direction  vicieuse  du  rein  était  probable- 
ment congénitale-  Ce  cas  fut  observé  chez  une  femme  âgée 
de  4<>  ails»  6t  nlorle  à  la  suite  d'une  hydropisie  ascite,  avec 
hypërlt-ophie  du  cœur  et  emphysème  pulmonaire  ;  et  qui  pré- 
senta en  outre  des  traces  de  plfeurésie  et  de  péritonite  chro- 
niques. 

Laennec  (a)  A  VU  Ife  rein  droit  refoulé  pat  le  foie  jusque  vis- 
à-vis  la  ci-ête  de  l'os  des  îles. 

Fusion  des  reins,  ou  reins  réunis  en  fer  à  cheval 
nu  devant  de  la  colonne  vertébrale. 

§  962,  On  a  publié  un  grand  nombre  d'exemples  de  ce  vice 
de  situation  des  reins.  Panthot(3)  a  trouvé  un  rein  placé  sur  les 
vertèbres  des  lombes,  qui  avait  deux  bassinets  et  deux  uretères. 

Bartholin  (4)  décrit  deux  reins  qui  étaient  réunis  par  leur 
extrémité  inférieure. 

Kaltschmidt  (5)  a  vu  un  rein  qui  excédait  beaucoup  sa 
grandeur  naturelle,  s'étendait  d'une  lombe  à  l'autre,  et  avait 
deux  uretères. 

Monginot  (6)  a  trouvé  un  rein  long  de  sept  à  huit  pouces, 
placé  transversalement  sur  les  vertèbres  des  lombes;  il  avait 
quatrebassinets,  quatre  ui-etères  et  autant  d'artères  et  de  veines. 

Wrisberg  (7)  a  également  observé  deux  reins  joints  en- 
semble en  croissant,  et  dont  la  concavité  était  dirigée  en  haut. 

(1)  Ruysch.  Obs.  anat.  chirurg.  centuria ,  obs,  ig ,  fig,  in^4t  Amstelodnmi, 
1737,  p.  19. 

(2)  Laennec.  Traité  de  l'aiiscull.  médiate,  2"  édit.,  1. 1,  p.  SSg,  1826. 

(3)  Journal  des  sa^UtiS,  1B81,  tiiafè. 

(4)  Bartholin.  Hist.  anat.  rar,,  cent,  ii,  List.  77,  1. 1,  p.  3o6.  —  Ejusdcm 
Anatom,  reformata,  lÀh.  1,  cap.  xvn ,  p.  Ii3,  fig.  —  Reproduit  par  Blaes 
daus  ses  additions  à  Bellini. 

(5)  Kaltschmidt.  Diss.  de  imo  rené  in  cadavere  inventa,  Jcnae,  1755. 

(6)  Journ.  des  savans,  1678,  mai.  16.      CoÙect.  acàdém.  étrangère,  t.  i, 

(7)  Dans  VEsquisse  de  la  physiol  de  ^ttlUr,  §  579.  —  Obs.  179.  —  Des- 


FUSÏON  DES  REINS.  771 

Grebliard  (i)  a  vu  les  reins  réunis  en  un  seul,  placé  sur  la 
t  dernière  vertèbre  dorsale.  Ils  recevaient  deux  artères  provenant 
tde  l'aorte,  et  une  de  l'artère  iliaque  gauche.  Il  y  avait  aussi 
c  deux  uretères ,  dont  l'un  était  simple  ;  l'autre  avait  cinq 
ibranches. 

Sandifort  (a)  décrit  deux  reins  joints  ensemble  et  formant  un 
c  croissant.  Le  gauche  était  plus  grand  que  le  droit;  tous  les 
lideux  avaient  plus  d'artères  qu'à  l'ordinaiie. 

Dans  un  autre  cas,  il  n'a  pas  trouvé ,  cheg  un  individu  du 
sisexe  masculin,  le  rein  dans  le  côté  gauche  ;  il  était  placé  du 
ccôté  droit  au-dessous  du  rein  de  ce  côté ,  était  lié  en  croissant 
avec  celui-ci ,  et  formait  avec  lui  une  figure  extraordinaire. 

Bérenger  (3),  Bauhin  (4),  Frank  von  Frankenau (5),  Tyson  (6), 
Salzmann  (7),Petsche(8),  Stalpart  van  der  Wiel  (9),  Morand(io), 
Withof  (II),  Meckel(ia),  Banck(i3),  Greding(i4),DeHaen(i6), 

llfcri/)^.  anat.  embrjronis  obs.  4,  in  Sandifort,  thes.  diss.  anat,,  vol.  m,  p.  234. — 
Diss.  de  prœternaturali  et  raro  intestiai  recti  cum  vesica  urinaria  coalitu 
et  inde  pendante  ani  defectu.  Gotling.   1779,  p.  6. 

(1)  Gebhard.  Adversar,  medica,  Basil.  1777,  p.  Sg. 

(2)  Sandifort.  Ohs.  anatom.  pathol.  làb.  lit.  cap.  vir,  p.  96.  Tab.  vm , 
llg.  6.  —  Ejnsdem  Muséum  anatom.  Acad.  Lugd.  vol.  t.  sect.  V.  n*  Xxsiii, 
p.  25l. 

(3)  Bérenger.  Isagoge  in  aiiatomiam.  corpor.  humani.  Argent.  i53o. 

(4)  Banbin.  Theatr.  anat.  Lib.  cap.  22.  —  Reproduit  par  Blaes  dans  ses 
:  additions  à  Bellini,  1765. 

j  (5)  Miscel.  nat.  cur.  Dec.  m,  ann.  v  et  vi,  obs.  176  (rein  sain» — Pblébite 
du  bras). 

(6)  Philosophie,  transact.  n,  142. 

(7)  In  Halieri  Disputât,  anatom..,  vol.  n ,  p.  525. 

(8)  Sjrlloge  obs,  anatom.,  §  79,  in  Halieri  Collect.  disp.  anal,,  vol.  vi, 
p.  762. 

(9)  Stalpart  van  der  Wiel.  Obt.rar.  Cent.  I.  obs.  l,  p.  214. 

(10)  Mém.  de  VAcad.  des  sciences,  l73o,  p.  53. 

(11)  Witbof.  Comment,  ad  systema  Leuwenkoekianum  oui  acced,  brevis 
monslrosorum  renum  historia,  p.  62. 

(12)  Mcckel.  Epist,  ab  erudit.  ad  HalUrum script.yol.  in,  p, 

(13)  Ibid.,  vol.  II ,  p.  200. 

(14)  In  Ludwigii  Adversar.  med.  pract.,  vol.  m,  p.  4i5. 

(15)  De  Haen,  Ratio  med.,  cent,,  t.  rr ,  part.  11 ,  p.  25  ;  tab.  iv,  llg.  2. 


"772  VICES  DE  SITUATION  PERMANENS. 

Morgagni  (O-  Haller  {2),  Loder  (3),  Bang  (4),  rapportent  des  cas 
analogues.  Home  (5)  a  vu  les  deux  reins  de  chaque  côté  placés 
sur  l'épine  dorsale  et  l'aorte ,  de  façon  que  leurs  vaisseaux 
étaient  très  courts. 

Sur  le  même  sujet,  on  pourra  encore  consulter  les  cas 
rapportés  par  MM.  Smith  (6),  Godefroi  (7) ,  Ruthardt  (8),  Fin- 
gerhulh  (9),  Audemar(io),  Renaud  (ii),  MaisonneuYe(ia),  Bec- 
querel (i3) ,  etc. 

Enfin ,  j'ai  observé  moi-même  plusieurs  exemples  de  cette 
fusion  des  reins.  Dans  un  de  ces  cas ,  les  deux  reins  étaient 
réunis  inférieurement  par  une  bande  aplatie  de  substance 
rénale  (Atlas  ,  Pl.  xxxix,  fig.  2)  ;  dans  un  second ,  celle  bande 
plus  volumineuse  approchait  un  peu  plus  de  la  forme  d'un 
rein  ;  dans  un  troisième  cas ,  c'était  un  véritable  rein ,  uni 
avec  deux  autres  qui  étaient  également  très  distincts.  Dans  tous 
ces  cas,  l'espèce  de  fer  à  cheval  formé  par  la  fusion  des  reins, 
était  placé  en  travers  sur  la  colonne  vertébrale.  Cette  disposi- 
tion anomale  des  reins,  doit  être  connue  des  médecins  prati- 
ciens ;  car  il  pourrait  arriver  que  ces  organes,  reconnus  au  tou- 
cher, fussent  pris  pour  une  tumeur  morbide  et  traités  comme 
telle,  surtout  si  elle  était  rencontrée  chez  an  malade  qui  res- 
sentît, par  une  cause  tout  autre,  des  douleurs  dans  l'ab- 
domen. 

(1)  Morgagni.  De  sed.  et  caus,  morb.,  epist.  XLviii,  §  16. 

(2)  Ealler.  Oper,  minor.,  1. 1,  p.  4°»  tab»  vir.  —  Elément,  physiol.,  t.  ni , 
p.  t24a. 

(3)  Loder.  Progr.  de  renum  coalitione,  lenœ,  1786. 

(4)  Diarium  nosocom.  Holmiensis,  1786,  juin. 

(5)  Home.  Clinical  experiments. 

(6)  Edinh.  med.  and  surg.  journal,  vol.  xv,  p.  3o. 

(7)  Mém.  de  méd.  et  de  chir,  milit.,  vol.  zxii. 

(8)  Aich.  génér.  de  médec,  t.  xvii ,  p.  4^5. 

(9)  Bulletin  de  Férussac,  t.  x,  p.  102. 

(10)  Bibl.  médic,  1822,  t.  txivi,  p.  104. 

(11)  Bull.de  la  soc.  anatom.,  bull.  i,  i835,  p.  2. 

(12)  BuU.dela  soc.  anatom.,  mars  iS38,  p.  1. 

(13)  Bull.de  la  soc.  annto/n.,  juillet  1837,  p,  i32. 


REINS  DANS  LE  BASSIN.  778 

II  peut  arriver  aussi  que  des  reins  ainsi  réunis  s'enflamment, 
que  le  bassinet  suppure  j  or,  le  siège  de  la  douleur  et  l'exis- 
tence d'une  tumeur  vers  le  milieu  de  l'abdomen  éloigneraient 
complètement  l'idée  d'une  pyélo-néphrite  ;  affection  que  des 
urines  purulentes  et  d'autres  phénomènes  propres  aux  pyélites 
pourraient  d'ailleurs  indiquer. 

Reins  situés  dans  le  bassin. 

%  963,  Je  dois  rappeler  aussi,  quelque  rare  que  soit  ce  fait,  que 
des  reins  isolés  ou  réunis  sont  quelquefois  placés  dans  le  bassin, 
où  ils  peuvent  simuler  des  tumeurs  des  ovaires,  de  la  matrice 
ou  du  rectum.  Les  reins  ainsi  situés  peuvent  s'enflammer, 
contracter  des  adhérences  avec  le  rectum,  etle  pus  sécrété  dans 
la  cavité  du  rein  enflammé  peut  se  frayer  une  route  par  le 
rectum . 

Bauhin  a  figuré  un  rein  gauche  dans  le  petit  bassin.  Ce  fait 
a  été  reproduitparBlaes  (i),  dans  les  additions  au  traité  de  Bel- 
lini,  sur  la  structure  des  reins.  Sandifort(2)  a  donné  une  belle 
figure  représentant  un  rein  gauche  dans  le  bassin  ;  Drouin  (3) 
a  trouvé,  chez  une  jeune  fille  de  17  ans,  qui  était  morte  après 
une  suppression  de  la  menstruation,  après  un  flux  de  sang  par 
les  parties  génitales  continuel  pendant  trois  mois ,  après  un 
violent  vomissement  de  sang,  le  rein  droit,  d'une  dureté 
squiçrheuse  et  cartilagineuse ,  pesant  une  livre  et  demie.  Il 
était  placé  sur  l'os  sacrum ,  et  comprimait  fortement  l'aorte  et  la 
veine  cave.  Dans  son  intérieur  étaient  renfermées  huit  pierres 
dont  les  plus  grosses  étaient  comme  des  œufs  de  pigeon.  Gham- 
baud  de  Montaux  a  vu  le  rein  droit  beaucoup  plus  petit 
qu'à  l'ordinaire,  resserré  derrière  la  matrice. 

(1)  Belliai  (Laur).  De  structura  rmtim  ,  in-iS,  1765,  Amstelodami, 
p.  107. 

(2)  Sandifurt.  JVufeum  anatomicum,  in-fol.,  1743,  pl.  ii3. 

(3)  LLeutaud.  AnaL^racl.,  p.  i ,  obs.  I2ia,  t.  ),  p.  355. 


774  VICES  DE  SITUATION  PERMANENS. 

Heusinger  (i),  Guignon  (2),  Euslachi  (3),  Bauhin (4),  Trew  (5), 
Horamel  (6) ,  Bousquet  (7),  Varnier  (8),  Loeseke  (9),  Hebens- 
treit  (10),  Stœrck  (11).  Yidal  (12),  Lejeune  (i3),  Chambon  de 
Monlaux  (i4),  Pinel  (Scipion)  (i5),  ont  vu  un  des  reins  dans  le 
bassin.  M.  le  docteur  Boinet  (i6)  a  vu  un  rein  placé  transver- 
salement entre  le  rectum  et  la  vessie,  et  tenant  la  place  de  la  ma- 
trice, qui  était  déviée  avec  ses  annexes.  Le  docteur  A.  Hohl  (17) 
rapporte  que  chez  une  femme  on  trouva  le  rein  gauche  situé 
profondément  au  côté  interne  du  muscle  paoas.  Dans  deux  ac- 
coucheraens  que  celte  femme  avait  faits,  il  s'était  formé ,  cha- 
que fois,  dans  le  côté  gauche  du  bassin,  une  tumeur  dans 
laquelle  chaque  contraction  de  l'utérus  excitait  une  douleur 
fixe  et  croissante  ;  le  passage  de  la  tête  en  était  retaidé;  toute- 
fois les  deux  accouchemens  furent  heureux  (18). 


(i)  HcusiDgcr.  Tie/c  Loge  des  linken  Nieiens  iin  khinen  Becken  einer 
erwac/isenen  ff' eibsperson  {Zeilsch.  liiv  die  organ.  Physik,  H.  4.  Octob.  1827. 
S.  456. —  Bulletin  de  Férussac,  t.  xiv,  p.  i3i). 

(a)  Mém,  de  la  Soc.  royale  de  médec,,  t.  x ,  p.  62. 

(3)  Eustaclii.  Tkeatr.  anaU,  tab.  xxii. 

(4)  Bauliin.  De  retium  structura,  tab.  iv. 

(5)  Commer.noric,  1737,  p.  186. 

(6)  Ibid.,  1743,  p.  281. 

(7)  Samntl.  auserl,  JVahm,  Bd.  6,  S.  i3i. 

(8)  Wim.  de  VAcad.  des  sciences,  1774.  Hist.  p.  29. 

(9)  Obs.  medic,  p.  88, 

(10)  De  med.  cadavera  sec.  relig.  Lips.  1741»  p.  vij- 

(11)  Stœrck.  ^nn.  med.,  t.  t,  p.  11 5. 

(12)  Reme  médicale,  2"  série,  t.  u,  p.  38». 

(13)  SuUelin  de  Férussac,  t.  svii,  p.  3. 
(r4)  Observ,  clinic.  Paris,  in-4'',  1789. 

(i5)  Pinel  (Scipion).  Recherches  sur  quelques  points  de  l'aliénation  mentait; 
p.  i3,  in-4.  Paris ,  1819. 

(r6)  Arch,  gén.  de  médec,  2*^  série,  t.  vn,  i835,  p. 348. 

(17)  Meckeh  Archiv.  fier  AnaComie  und  Physiologie,  1828,  n°  2,  p.  177.— 
Bulletin  de  Férussac,  t.  xvir ,  p.  3. 

(18)  Je  viens  de  lire  dans  les  Arch.  gén.  de  médec,  1841,  an  cas  dans 
lequel  un  accouchement  fut  rendu  très  laborieux  par  un  développement 
morbide  des  reins  d'un  fœtus. 


REINS  DANS  LE  BASSIN.  ']<^5 

M.  Portai  (i)  a  vu  le  rein  droit  un  peu  moins  volumineux  que 
le  gauche,  situé  au-devant  de  l'articulation  sacjro-iliaque  droite 
au-dessus  de  l'artère  et  de  la  veine  iliaque  primitives.  Le  foie 
était  d'un  volume  ordinaire. 

Le  docteur  Seymour  (a)  a  vu,  chez  un  jeune  homme  raoyt  de 
phthisie  pulmonaire,  le  rein  gauche  sur  le  bord  du  bassin, 

M.  Martin  Saint- Ange  (3)  cite  plusieurs  cas  de  reins  ^ituéq 
dans  l'excavation  du  bassin  ;  un  des  plus  curieux  est  emprunté 
à  M,  Pacoud. 

Dans  une  auti-e  partie  de  cet  ouvrage ,  j'en  ai  cité  un  exem- 
ple remarquable  (§  387). 

Obs.  I.  —  Exemple  d'nn  rein  situé  profondément  dans  l'excaTation  du 
bassin  chez  une  femme  adulte ,  avec  figures ,  par  le  professeur  Heusinger 
(Zeitsch  Jîir  die  organ,  Phjrsîk,  tome  r4*,  cahier  d'octobre  1827,  p.  456.— 
Bulletin  de  Férussac,  t,  xv,  p.  i3i.) 

Le  sujet  qui  offrait  cette  abnormité  était  une  femme  âgée 
de  23  ans,  morte  d'un  coup  d'apoplexie.  Le  rein  du  côté  droit 
était  dans  sa  situation  normale ,  ainsi  que  la  capsule  surré- 
nale du  côté  gauche.  Le  rein  gauche,  au  contraire^  se  trouvait 
situé  dans  le  petit  bassin ,  au-devant  de  la  moitié  gauche  du 
sacrum  ,  derrière  l'utérus ,  à  gauche  du  rectum ,  qui  étaj^ 
dévié  vers  la  droite  et  se  trouvait  en  partie  au-deyant  de  la 
symphyse  sacro-iliaque  du  côté  droit. 

La  figure  du  rein  gauche  est  presque  circulaire,  son  gran4 
diamètre  de  trois  pouces  six  lignes,  et  le  petit  de  trois  pouces. 
Le  bile  est  une  fosse  ronde ,  située  non  pas  au  bord  interne 
du  rein,  mais  au  milien  de  sa  face  antérieure.  Cette  fosse 
loge  le  bassinet  ;  un  sillon  en  part  pour  s'étendre  vers  le  bord 
supérieur. 

L'artère  rénale  gauche  naît  de  la  bifurcation  de  l'aorte,  à 
l'endroit  où  la  sacrée  moyenne  a  ordinairement  son  origine. 
A  un  pouce  de  distance  de  cette  oiigine,  l'aflère  rénale  se 


(1)  Journal  heldom,,  t.  r,  p.  a55,  i8a8. 

(2)  Lond.  mr.d.  Gazelle,  vol.  m,  p.  89./I. 

(3)  Méni.  lur  les  vices  de  conformation  des  reins  (Journal  dos  difformités). 


77»  VICES  DE  SITUATION  PEEMÀNENS. 

bifurque.  L'une  de  ses  branches ,  longue  d'environ  un  pouce 
et  demi,  pénètre  dans  le  rein  par  son  bord  supérieur;  l'autre, 
plus  forte,  s'insère  dans  lehile  et  s'y  sous-divise  en  plusieurs 
rameaux  qui  se  perdent  dans  le  rein.  Un  troisième  rameau 
artériel,  qui  est  coupé,  y  pénètre  par  la  partie  inférieure  de 
la  face  postérieure  ;  il  tirait  probablement  son  origine  de  l'ar- 
tère hypogastrique ,  car  la  veine  qui  l'accompagne  s'abouche 
dans  la  veine  du  même  nom.  La  distribution  des  veines  rénales 
est,  en  tout,  conforme  à  celle  des  artères. 

L'uretère,  long  de  six  pouces  et  replié  sur  lui-même,  se 
termine  comme  à  l'ordinaire ,  dans  la  vessie.  L'uretère  du  côté 
droit  a  sept  pouces  un  quart  de  long. 

Les  détails  de  cette  observation  confirment  ce  que  Mec- 
kel  avait  dit  du  déplacement  du  rein,  dans  son  Manueld'ana- 
iomie  pathologique ,  dont  M.  Heusinger  rapporte  le  passage  en 
entier. 

Obs.  II.  —  Description  d'un  rein  trouvé  dans  le  bassin  d'un  homme  de  5o 
ans,  par  M.  Guigou,  chirurgien  des  vaisseaux  du  roi,  à  Toulon.  {Histoire 
de  la  société  de  médecine,  année  178g ,  t.  x ,  p.  68.) 

Ce  rein ,  placé  dans  le  bassin ,  présentait  le  même  volume 
et  la  même  figure  que  celui  du  côté  opposé ,  à  cela  près  que 
ses  lobules  primitifs  ne  s'étaient  que  très  imparfaitement  réu- 
nis, de  sorte  que  la  surface  extérieure  était  inégalement  bos- 
selée, ce  qui  produisait  aussi  divers  sillons  dans  lesquels  ram- 
paient plusieurs  artères. 

La  bifurcation  de  l'aorte  commençant  sur  le  corps  de  la 
quatrième  vertèbre  des  lombes ,  le  rein  était  placé  dans  l'in- 
tervalle de  cette  bifurcation,  depuis  le  corps  de  la  dernière 
vertèbre  de  celle  région  jusqu'à  la  quatrième  pièce  de  l'os  sa- 
crum et  le  niveau  de  l'échancrure  sciatique.  Sa  convexité 
naturelle  était  tournée  du  côté  de  la  symphyse  sacro-iliaque 
gauche,  et  sa  convexité  s'avançait  jusqu'aux  trois  quarts  de  la 
face  antérieure  de  l'os  sacrum. 

Ce  rein  affectait  une  direction  légèrement  oblique,  de  ma- 
nière que  son  extrémité  supérieure  répondait  au  milieu  du 
corps  de  la  dernière  vertèbre  des  lombes ,  tandis  que  son  ex- 


REINS  DANS  LE  BASSIN.  777 

trémité  inférieure  descendait  jusqu'au  bas  de  la  symphyse 
sacro-iliaque  gauche. 

A  l'égard  de  sa  conformation  externe,  sa  face  antérieure 
était  inégalement  bosselée  ;  trois  petits  sillons  paraissaient  vers 
la  partie  supérieure  de  cette  face;  chacun  d'eux  recevait  un 
rameau  de  l'artère ,  et  un  sillon  plus  considérable  se  remar- 
quait à  la  partie  moyenne  de  la  même  face;  celui-ci  recevait 
une  artère  considérable  et  était  rempli  de  graisse. 

La  face  postérieure  était  concave  pour  s'accommoder  avec 
la  saillie  de  l'os  sacrum.  A  l'extrémité  supérieure  de  la  même 
face,  on  voyait  un  sillon  qui  recevait  deux  grosses  artères. 

Les  deux  extrémités  étaient  presque  égales.  La  convexité  de 
ce  rein  ne  présentait  rien  de  particulier,  et  sa  concavité  mon- 
trait la  sinuosité  des  reins  ordinaires,  à  cela  près  qu'elle  était 
plus  manifeste  sur  la  face  antérieure  qu'elle  ne  l'est  commu- 
nément. Cette  sinuosité  était  le  point  de  réunion  des  trois 
grands  sillons,  c'est-à-dire  celui  que  j'ai  décrit  à  la  partie  su- 
périeure de  la  face  postérieure ,  celui  de  la  partie  moyenne  de 
la  face  antérieure,  et  celui  qui  revenait  de  son  extrémité  infé- 
rieure le  long  de  son  bord  concave. 

Les  artères  de  ce  viscère  étaient  en  grand  nombre. 

La  première,  qui  était  la  plus  petite,  naissait  de  la  bifur- 
cation de  l'aorte.  Lorsqu'elle  était  parvenue  à  l'extrémité  su- 
périeure du  rein,  elle  se  divisait  en  trois  branches  qui  allaient 
chacune  gagner  un  sillon  de  la  partie  supérieure  de  cette  face, 
pour  se  plonger  dans  la  substance  du  rein.  La  seconde,  moyenne 
relativement  à  son  calibre,  naissait  de  l'iliaque  gauche,  à  un 
demi-pouce  de  la  bifurcation  de  l'aorte,  descendait  le  long  du 
bord  convexe  du  rein,  allait  gagner  le  sillon  qui  se  trouve 
à  la  partie  moyenne  de  la  face  antérieure  de  ce  corps,  pour  se 
plonger  également  dans  la  substance  du  rein.  La  troisième 
artère  était  plus  grosse  et  naissait  de  l'iliaque  droite,  à  un 
pouce  de  l'origine  de  cette  iliaque;  elle  gagnait  l'extrémité 
supérieure  du  rein  pour  se  plonger  dans  le  sillon  de  cette 
partie  qui  appartient  à  la  face  postérieure,  et  entrait  enfin 
dans  la  substance  de  ce  viscère.  La  quatrième  artère  était  plus 
grosse  et  naissait  de  l'iliaque  droite,  à  un  pouce  de  l'origine 


VICES  DE  SITUATION  PERMANENS. 

de  celte  iliaque;  elle  gagnait  l'extrémité  supérieure  du  rein 
pour  se  plonger  dans  le  sillon  de  cette  partie,  qui  appartient 
à  la  face  postérieure,  et  entrait  enfin  dans  la  substance  de  ce 
viscère.  La  quatrième  artère  était  également  grosse  et  naissait 
de  la  partie  postérieure  de  la  bifurcation  de  l'aorle.  Elle  des- 
cendait couchée  sur  le  corps  de  la  quatrième  et  de  la  cinquième 
vertèbres  lombaires ,  arrivait  au  sillon  de  la  partie  supérieure 
de  la  face  postérieure  du  rein ,  et  se  perdait  dans  sa  substance 
vers  le  bas  du  même  sillon,  au  commencement  de  la  sinuosité. 
Enfin,  la  cinquième  artère  naissait  de  l'hypogastrique,  après 
qu'elle  a  donné  l'iléo-lorabaire.  Cette  artère  très  grosse  se  por- 
tait de  gauche  à  droite  pour  passer  par  dessous  le  rein,  et 
venait  se  contourner  dans  le  sillon  de  l'extrémité  inférieure 
de  la  sinuosité  de  ce  viscère  pour  s'y  plonger. 

Les  veines  étaieut  également  nombreuses.  La  première  était 
petite ,  et  naissait  de  l'iliaque  gauche ,  à  un  pouce  de  la  bifux- 
cation  de  la  veine  cave  ;  elle  descendait  le  long  de  la  face  an- 
térieure du  rein,  pour  aller  dans  la  sinuosité.  La  deuxième 
veine,  très  considérable  et  du  calibre  des  émulgentes  ordi- 
naires, naissait  de  l'iliaque  droite,  à  deux  pouces  de  l'ori- 
gine de  cette  iliaque;  elle  se  portait  ensuite  à  gauche,  pour 
aller  vers  la  sinuosité  du  rein.  Dans  le  trajet,  elle  fournissait 
une  branche  considérable  qui  communiquait  avec  la  première 
veine,  et  qui  se  plongeait  avec  elle  dans  le  sillon  transversal, 
tandis  que  le  tronc  principal  entrait  dans  la  sinuosité  de  ce 
viscère.  Enfin,  la  troisième  veine  naissait  du  bas  de  l'iliaque 
gauche,  et  allait  gagner  la  partie  inférieure  de  la  face  postérieure 
du  rein ,  pour  s'y  perdre.  Toutes  ces  veines  communiquaient 
ensemble, 

Ce  rein  avait  un  uretère  qui  prenait  naissance  à  la  sinuosité 
de  ce  viscère.  Sa  partie  supérieure  était  divisée  en  trois  bran- 
ches, comme  on  l'a  déjà  observé  sur  les  autres  reins,  et  le  ca- 
nal, d'une  grosseur  moyenne,  descendait  derrière  la  vessie,  pour 
s'insérer  au  bas  et  au  côté  gauche  de  celte  poche ,  comme  celui 
du  côté  opposé  s'insérait  au  bas  et  à  son  côté  droit,  mais  il 
était  infiniment  plus  court  qu'il  ne  l'est  communément. 

Il  est  intéressant  d'observer  que  la  capsule  atrabilaire  de  ce 


REITÎS  DANS  LE  BASSIN.  779 

côté  n'avait  pas  suivi  le  rein  dans  son  déplacement,  ce  qui 
prouve  qu'elle  est  indépendante  de  ce  viscère.  Elle  était  placée 
au  côté  gauche  du  corps  de  la  quatrième  vertèbre  lombaire, 
mais  isolée  et  ne  tenant  absolument  à  la  veine  cave  que  par  une 
veine  considérable,  et  àl'aorte,  que  par  quelques  petites  artères. 
Cette  capsule  était  arrondie  dans  sa  circonférence,  de  sorte  que 
le  bord  concave,  qui  appuie  ordinairement  sur  le  rein,  n'avait 
pas  lieu  j  ce  qui  donne  lieu  de  croire  que  cette  concavité  n'est 
produite  que  par  la  présence  du  rein.  La  circonférence  de  cette 
capsule  était  interrompue  du  côté  interne  par  un  léger  renfon- 
cement oii  aboutissaient  les  vaisseaux  ;  sa  cavité  intérieure 
contenait  une  humeui*  jaunâtre,  et  une  crête  qui  prenait  nais- 
sance en  bas  et  en  dedans.  Je  n'ai  rencontré  aucun  canal  ex- 
créteur. Le  rein  et  la  capsule  atrabilaire  du  côté  droit  n'a- 
yaient  rien  de  remarquable,  et  se  trouvaient  dans  leur  posi- 
tion naturelle. 

Cette  aberration  de  la  nature ,  en  nous  montrant  une  sépa- 
ration totale  de  la  capsule  atrabilaire  et  du  rein ,  du  même 
côté  ,  détruit  l'idée  d'une  correspondance  intime  entre  ces 
deux  viscères. 

Obs.  III.  —  Sur  un  vice  de  position  du  rein  gauche ,  par  le  citoyen  Pacond , 
chirurgien  en  chef  de  l'hospice  civil  de  Bourg  ,  lue  à  la  société  de  méde- 
cine, le  23  germinal  an  x  (Recueil périodique  de  la  société  de  méd.  de  Paris, 
rédigé  par  le  docteur  Sédillot  jeune,  t.  xiv,  p.  65). 

Le  citoyen  Pacoud ,  en  faisant  l'ouverture  du  cadavre  d'An- 
dré Chapallier,  âgé  de  cinquante  ans,  trouva  le  rein  gauche 
placé  dans  l'excavation  pelvienne  ou  du  petit  bassin ,  derrière 
la  vessie  ,  à  côté  de  l'intestin  rectum ,  qui  s'était  porté  un  peu 
à  droite  et  devant  la  partie  antérieure  ou  concave  du  sacrum. 
Recouvert  par  le  péritoine  ,  ce  rein  était  plongé  dans  une  masse 
de  tissu  cellulaire,  dontles  lames  ,  assez  compactes,  formaient 
là  comme  deux  bandes  ligamenteuses  qui  l'attachaient  au  sa- 
crum. Celte  position  avait  singulièrement  influé  sur  la  forme 
de  l'organe,  aussi  bien  que  sur  la  dislribulion  de  ses  vaisseaux. 
Il  était  à-peu-près  triangulaire  ,  ce  qui  permettait  de  lui  dis- 
tinguer trois  faces.  L'une,  antérieure ,  offrait  dans  son  milieu 


780  VICES  DE  SITUATION  PEUMANENS. 

la  scissure  remplie  d'inégalités,  à  laquelle  aboutissaient  les 
artères  rénales ,  et  d'oii  partaient  une  veine  et  l'uretère  gauche. 
Cette  face  antérieure  correspondait  à  la  vessie.  La  face  posté- 
rieure était  convexe  ,  pour  s'accommoder  à  la  concavité  du  sa- 
crum et  de  l'iléura  réunis.  Enfin ,  la  face  interne  était  bornée  à 
droite  par  le  rectum  et  n'avait  rien  de  remarquable. 

Les  artères  étaient  au  nombre  de  trois ,  ce  qui  n'est  pas  rare, 
même  dans  l'état  naturel.  Mais,  au  lieu  de  partir  de  l'aorte  ab- 
dominale et  vers  le  milieu  de  sa  longueur,  elles  naissaient, 
l'une  plus  longue  que  l'angle  de  la  division  de  l'aorte,  au  des- 
sus du  bassin  et  de  la  cuisse,  que  l'on  nomme  tronc  pelvi- 
crural  ou  iliaque  primitive;  les  deux  autres,  plus  courtes, 
partaient  du  tronc  pelvien ,  communément  artère  hypogas- 
trique,  un  pouce  environ  après  sa  séparation  du  tronc  crural 
ou  artère  iliaque  externe.  Ces  trois  artères  entraient  dans  la 
substance  du  rein  par  le  milieu  de  sa  scissure.  Cependant  la 
première  branche,  c'est-à-dire  la  plus  longue,  avait  ceci  de 
remarquable ,  qu'après  un  pouce  et  demi  de  chemin  ,  elle  se 
divisait  en  deux  branches.  L'une,  antérieure,  plus  grosse,  après 
avoir  gagné  l'extrémité  supérieure  du  rein,  se  poursuivait  en  un 
rameau  qui  allait  ramper  et  se  perdre  sur  la  surface  réticulaire 
de  cet  organe  ;  le  reste  de  cette  première  branche  se  portait 
avec  les  autres  troncs  dans  la  scissure  donc  nous  avons  parlé; 
enfin ,  la  branche  postérieui'e  allait  pénétrer  dans  le  rein  à  la 
partie  supérieure  de  sa  face  postérieure. 

Il  n'y  avait  qu'une  seule  veine,  mais  elle  naissait  delà  scis- 
sure par  deux  branches  qui  ne  tardaient  pas ,  il  est  vrai,  à  se 
réunir  en  un  seul  tronc,  lequel,  au  lieu  d'aboutir  à  la  veine 
cave ,  allait  se  porter  dans  la  veine  iliaque  primitive  gauche. 

L'uretère ,  deux  pouces  et  demi  environ  après  sa  sortie  de  la 
scissure  rénale ,  était ,  dans  un  espace  à-peu-près  égal ,  fixé 
par  le  péritoine  contre  la  partie  postérieui-e  de  la  vessie ,  et 
allait  pénétrer  dans  cet  organe  un  pouce  au  moins  plus  bas 
que  l'uretère  du  côté  opposé.  ' 

L'auteur,  malgré  les  recherches  les  mieux  dirigées  ,  n'a  pu 
trouver  de  capsule  surrénale  du  côté  gauche  ;  il  a  négligé  de 
noter  l'origine  des  nerfs  qui  se  portaient  à  l'organe  déplacé. 


DÉPLACEMENT  FIXE,  ACCIDENTEL,  DES  REINS.  78 1 

Tous  les  soins  et  toutes  les  précautions  que  l'auteur  a  em- 
ployés pour  découvrir  la  vésicule  séminale  du  côté  gauche 
<  ont  été  inutiles;  elle  manquait,  aussi  bien  que  le  canal  dé- 
J  férent  du  même  côlé.  Seulement,  à  la  place  de  celui-ci,  se 
I  trouvait  un  ligament  long  environ  d'un  pouce,  et  qui ,  parlant 
i  de  l'épididyrae,  allait  se  perdre  dans  le  tissu  cellulaire  qui  en- 
1  vironne  le  cordon  des  vaisseaux  spermatiques. 

Le  volume  de  la  glande  prostate  était  singulièrement  di- 
I  miuué. 

Le  tronc  crural  et  les  artères  iliaques  externes  offraient  aussi 
i  une  singulière  direction.  Dès  leur  naissance  du  tronc  pelvi- 
i  crural  ou  iliaque  primitive ,  au  lieu  de  suivre  dans  une  ligne 
(droite  le  bord  interne  du  psoas,  elles  décrivaient  une  cour- 
Ibure  en  forme  de  demi-cercle,  disposée  différemment  de 
(chaque  côté.  A  gauche,  la  courbure  était  couchée  dans  la  fosse 
î iliaque  interne  ,  appuyée  sur  la  face  antérieure  du  psoas,  dont 
(elle  dépassait  le  bord  externe;  elle  décrivait  ensuite  une  se- 
(conde  courbure  beaucoup  moins  prononcée,  disposée  en  sens 
'  inverse,  et  qui  se  terminait  sous  l'arcade  inguinale.  A  droite, 
l'artère  plongeait  dans  l'excation  pelvienne,  en  décrivant  là 
une  courbure  aussi  grande  que  celle  du  côté  opposé,  mais  tour- 
née en  sens  contraire  ;  elle  se  relevait  ensuite  pour  gagner  l'ar- 
cade inguinale. 
Le  rein  du  côté  droit  se  trouvait  dans  l'étal  ordinaire. 

Déplacement  fixe,  accidentel,  des  reins. 

^  964-  Les  reins  peuvent  être  déplacés  par  des  tumeurs  dé- 
veloppées dans  leur  voisinage.  Th.  Bonet  parle  d'un  dépla- 
cement du  rein  occasioné  par  le  pancréas  tuméfié.  Portai  (i) 
dit  aussi  que  les  reins  peuvent  être  abaissés  par  la  rate  ou  le 
foie  malades ,  ayant  acquis  un  surcroît  de  volume  plus  ou 
moins  considérable.  Toutefois,  dans  plusieurs  cas  de  déve- 
loppement morbide  de  la  rate,  j'ai  trouvé  le  rein  correspon- 
dant déformé,  et  non  abaissé.  J'ai  rapporté  ailleurs  un  cas 

(i)  Portnl,  Analomie  médicale,  t.  v,  p.  3go, 


782  VICES  DE  SITUATION  NON  PERMANENS. 
d'abaissement  et  de  déformation  du  rein  droit,  produit  par 
une  capsule  surrénale  devenue  véritablement  monstrueuse. 
Chez  un  pbthisique,  j'ai  vu  également  le  foie  tellement  volu- 
mineux, que  l'estomac  était  abaissé  au  dessous  du  nombril,  le 
colon  transverse  et  les  intestins  grêles  dans  le  petit  bassin, 
et  le  rein  droit,  d'un  volume  considérable,  descendu  jusque 
près  de  la  crête  de  l'os  des  îles.  Il  était  dévié  de  sa  direction 
naturelle;  son  extrémité  inférieure  était  dirigée  en  avant  et 
vers  l'ombilic. 

Vices  de  situation  non  permanens  des  reins. 

S  965,  A  ces  vices  de  situation,  on  peut  rattacher  deux  séries 
de  faits  :  1°  les  cas  de  hernie  des  reins  à  travers  les  parois  de 
l'abdomen  ;  2°  les  cas  de  reins  moTnles  occasionant  des  dou- 
leurs dans  l'abdomen,  ou  dans  les  régions  lombaires  et  cru- 
rales. 

Reins  formant  hernie. 

S  966.  Dans  des  cas  d'éventration  congénitale,  on  a  vu  le  rein 
sorti  hors  de  l'abdomen.  Lacroix  (i)  rapporte  que  la  paroi  ab- 
dominale d'unfœ  tus  présentait  du  côté  gauche  à  sa  partie  su- 
périeure, une  vaste  solution  de  continuité ,  à  travers  laquelle 
étaient  sortis  le  foie,  la  rate,  le  rein  gauche,  l'estomac  et  les 
intestins. 

Il  paraît  que  les  reins  peuvent  même  s'engager  à  travers  des 
écartemens  des  fibres  musculaires  des  parois  de  l'abdomen, 
faire  hernie,  et  former  tumeur  sous  la  peau.  A  ce  sujet,  je  rap- 
pellerai que  Monro  Junior  (a)  rapporte  que  son  père  et  le  docteur 
Farquharson  avaient  été  consultés  pour  un  enfant  de  six  mois 
qui  portait  deux  tumeurs  de  chaque  côté  du  dos,  recouvertes 
seulement  par  la  peau.  Par  un  examen  attentif,  on  reconnut 
que  ces  tumeurs  étaient  formées  par  les  reins  qui  pouvaient 
facilement  êli'e  réduits  au  travers  d'un  anneau  ovale,  d'un  dia- 
mètre considérable. 


(1)  Journal  hebdomadaire i  i835,  aoiil,  p.  ijS. 

(2)  Monro  (Alex.)  Junior.  Ol/s,  an  entrai hemia,  5°,  Edinlurgh,  i8o3,  p.  8. 


MOBILITE  DES  REINS. 

Plouquet  cite  (i)  en  outre,  comme  un  exemple  de  hernie  du 
rein,  un  cas  d'hydro-néphrose  du  moins  le  passage  qu'il  in- 
dique {Acta  enidit.  Lips.  1671,  p.  71)  est-il  relatif  à  une 
énorme  distension  des  deux  reins  d'un  mouton,  observée  par 
Ruysch  ét  décrite  dans  son  Muteum  Ânatomicttm  Amstelod. 
in-C,  p.  146. 

De  la  mobilité  des  reins. 

§  967.  La  mobilité  des  reins,  ou  l'état  qui  leur  permet  de 

s'abaisser,  de  se  porter  en  avant,  et  d'être  refoulés  en  arrière, 
.  ou  supérieurement  sous  le  foie,  est  la  source  d'accidens  variés, 
I  notamment  de  douleurs  habituelles  dans  l'abdomen  et  dans  le 
I  membre  correspondant;  douleurs  qui  ont  été  prises  pour  des 
i  coliques  nerveuses,  pour  des  phénomènes  d'hypochondrie ,  et 
,  parfois  même  pour  des  névralgies  lorabaires-sciatiques.  Il  y  a 
1  déjà  long-temps  que  j'ai  signalé  cette  affection  à  l'attention  des 
i  médecins ,  en  leur  en  montrant  des  exemples.  M.  Velpeau  et 
<  Gerdy,  mes  collègues  à  l'hôpital  de  la  Charité,  MM.  les  doc- 
I  leurs  Bell,  Donné,  Thirial,  de  Bouy,  en  ont  vu  plusieurs  cas 

dans  mon  service.  J'ai  fait  reconnaître  cette  affection  des 
:  reins  à  deux  médecins  assez  inquiets  sur  la  nature  de  douleu^'s 
f  habituelles  qu'ils  éprouvaient  dans  le  flanc  droit,  oii  ils  avaient 

reconnu  une  tumeur  mobile ,  sur  la  nature  de  laquelle  les  avis 
'  les  plus  divers  avaieut  été  émis. 

Déjà,  et  très  anciennement,  quelques  remarques  avaient  été 
I  faites  sur  la  mobilité  des  reins  et  sur  les  dépiacemciis  qu'ils 

pfeuvent  éprouver;  mais  ces  remarques,  d'ailleurs  fort  in- 
(  complètes,  dues  la  plupart  à  des  anatomistes,  n'avaient  nuUe- 

hienV  fixé  l'attention  des  médecins.  Mesué  (a)  avait  parlé  va- 

(1)  Plouquet  {  Litte ratura  meclica  digesta  ,  art.  hernia). 

(2)  <-  Dislocatio  accidit  quandoquc  in  renibns  et  Tcsica  plurimum  et  est  ut 
a  proprio  removcatur  loco  et  declinet  ad  dcxtrum  vel  sinistrum,  inferius 

I  tendit  niagis  etc.  (Mesae,  Opéra  omnia.  Veneliis  r56i ,  in^Xol.  p,  a88j  de 
dislocatione  renum  et  vesicas,  cap.  3). 


704        VICES  DE  SITUATION  NON  PERMANENS. 

guement  de  déplacemens  (dislocations  des  traducteurs)  que 
les  reins  et  la  vessie  pouvaient  éprouver  par  suite  d'une  vio- 
lence externe  ou  d'une  cause  interne;  et  la  plupart  des 
auteurs  qui  l'avaient  suivi  avaient  particulièrement  insisté 
sur  les  déplacemens  que  peuvent  éprouver  les  reins  par 
le  fait  de  tumeur  du  foie,  de  la  rate,  etc.  ;  toutefois,  le  passage 
suivant,  extrait  de  Riolan(i),  mérite  d'être  rappelé.  «En- 
cor  que  les  reins  semblent  fortement  collés  aux  lombes ,  ils 
ne  laissent  pourtant  pas  de  pouvoir  quitter  leur  place  , 
d'être  demis,  et  de  tomber  en  devant,  quelquefois  mêmes  ils 
tombent  jusqu'au  bas-ventre,  ce  qui  ne  se  peut  faire  sans 
qu'on  soit  en  danger  de  la  vie,-  ce  qui  est  véritable,  qu'il 
n'en  faut  douter  aucunement.  La  cause  en  vient  non-seulement 
de  ce  que  la  graisse  dont  ils  sont  enveloppés  se  fond ,  mais 
aussi  de  ce  qu'étans  devenus  trop  grands  et  lourds ,  soit  par 
une  tumeur  qui  y  soit  engendrée,  soit  par  une  pierre  qui  est 
enfermée  dedans  leur  bassinet,  ils  sont  portéz  en  bas  par  leur 
poids ,  leurs  attaches  n'étant  assez  fortes  pour  les  retenir  en 
leur  place ,  d'oii  il  arrive  qu'après  avoir  demeuré  quelque 
temps  dans  le  lieu  oii  ils  sont  tombés,  ils  se  pourrissent  et  de- 
viennent pleins  d'abcès.  » 

Obs.  I.  —  Rein  droit  mobile  ;  symptômes  gastro-intestinaux  passagers  ; 
hypocondrie  habituelle. 

Pourille  (Reine),  âgée  de  43  ans,  journalière, entrée  le  l'i  dé- 
cembre i836,  k  l'hôpital  de  la  Charité. 

Cette  femme,  d'une  constitution  sèche,  d'apparence  assez 
grêle,  mais  prétendant  n'avoir  jamais  été  alitée,  se  plaint  de 
coliques  avec  dévoiement ,  qui  la  tiennent  depuis  huit  jours. 

La  langue  est  sale ,  un  peu  rouge  à  la  pointe ,  blanche  au  mi- 
lieu. Il  y  a  de  l'inappétence  et  de  la  soif.  L'abdomen  est  légè- 
rement douloureux  à  la  pression  (la  malade  a  eu  hier  deux 
garderobes  liquides) ,  point  de  nausées  ni  de  vomissemens. 


(i)  Riolan  (Jean).  Manuel  anatomique  el pathohgig'ie.lo'in ,  Lyon  i68a, 
p.  aa8. 


MOBILITÉ  DES  REINS.  786 

On  exerce  le  palper  sur  les  parois  abdominales,  et  du  côté 
droit,  au-dessous  du  foie, on  sent  une  tumeur  dure,  lisse,  ayant 
la  forme  du  rein,  tumeur  dont  on  peut  apprécier  les  contours. 
Cette  tumeur  est  mobile  :  on  peut  la  pousser  jusque  près  de 
l'ombilic ,  et  pour  ainsi  dire  la  prendre  dans  la  main  ;  puis  on 
peut  la  repousser  jusque  sous  le  foie.  La  tumeur  est  tellement 
isolée  du  foie,  qu'on  ne  pourrait  la  confondre,  ni  avec  cet  or- 
gane,  ni  arec  la  vésicule  bilaire.  Dans  la  région  lombaire 
correspondante ,  on  sent  un  vide.  La  position  du  rein  gau- 
che ne  peut  être  exactement  déterminée.  La  malade  prétend 
qu'elle  éprouve  des  tiraillemens  dans  le  ventre ,  vers  le 
nombril  3  mais  elle  ajoute  que  cette  douleur  lui  ceint  les  lom- 
bes; ses  réponses  prouvent  qu'au  dérangement  momentané 
des  voies  digestives  ,  il  faut  ajouter  un  état  de  souffrance  habi- 
tuelle qui  ressemble  à  de  l'hypochondrie. 

Ces  troubles  des  fonctions  digestives  sont  accidentels,  de 
sorte  qu'on  ne  peut  songer  à  une  tumeur  intestinale.  Il  est  im<- 
possible  de  supposer  uue  tumeur  flottante  dans  le  péritoine , 
tant  il  est  facile  de  juger  de  la  forme  du  rein,  de  sa  consis- 
tance, tant  le  diagnostic  est  évident. 

Point  de  douleur  dans  la  cuisse  correspondante  ;  jamais  les 
urines  n'ont  rien  présenté  de  morbide  ;  jamais  elles  ne  se  sont 
arrêtées. 

La  malade  a  eu  uue  seule  grossesse  et  deux  fausses  couches. 
La  diète  et  le  repos  firent  disparaître  rapidement  la  légère  af- 
fection gastro-intestinale  :  restèrent  les  douleurs  vraies  ou 
exagérées  dans  le  ventre ,  le  dos,  etc.,  et  la  tumeur  qui  ne 
changeait  pas  et  ne  pouvait  changer. 

Un  large  emplâtre  de  diachylum  gommé  fut  appliquée  sur 
la  partie  antérieure  du  ventre  ;  et,  sous  le  prétexte  de  mainte- 
nir en  place  cet  emplâtre ,  on  exerça  une  assez  forte  pression 
autour  du  ventre,  à  l'aide  d'un  bandage  de  corps.  La  malade, 
qui  avait  affirmé  la  veille,  que  le  lever  et  la  marche  aggravaient 
les  douleurs  abdominales ,  se  sentit  soulagée  après  l'application 
du  bandage. 

Elle  sortit  de  l'hôpital,  le  aa  décembre  i836,  éprouvant  peu 
ou  point  de  douleur  dans  le  ventre.  Mais  on  remarquait,  dans 
III.  5o 


786      VICES  DE  SITUATION  NON  PERMANENS. 

les  réponses  et  dans  la  conversation,  l'exagération ,  le  défaut 
de  précision  et  le  décousu,  su  communs  chez  les  hypochron- 
driaques. 

Obs.  V.  —  Déplacement  et  mobilité  des  deux  reins. 

Madame  Bigot,  âgée  de  44  ans,  brodeuse,  entra  à  la  Cha- 
rité, le  i3  novembre  i836. 

Cette  femme , petite,  grêle,  et  de  constitution  délabrée,  est 
boiteuse  depuis  l'âge  de  18  mois,  à  la  suite  d'une  fracture  ;  elle 
est  de  plus  un  peu  contrefaite ,  et  la  poitrine  est  très  longue 
relativement  au  reste  du  tronc.  Les  côtes  sont  très  rappro- 
chées des  os  des  îles.  Elle  dit  être  le  vingt-septième  enfant  de 
sa  mère. 

Elle  prétend  n'avoir  jamais  fait  de  maladies  sérieuses;  elle 
était  assez  habituellement  enrhumée,  surtout  l'hiver.  Depuis 
onze  mois  elle  vomit,  à  pleine  bouche  ,  du  sang  très  rouge  ,  en 
abondance  et  tous  les  mois.  Cette  hémoptysie  n'est  d'ailleurs 
pas  supplémentaire ,  puisque  les  règles  n'en  persistent  pas 
moins  aussi  bien  qu'autrefois. 

Elle  se  plaint  de  douleurs  vagues  dans  la  poitrine;  elle 
tousse,  et  elle  a  des  sueurs  nocturnes.  Elle  a  un  peu  maigri  dans 
ces  derniers  temps.  A  la  percussion,  le  sommet  du  poumon  droit 
est  légèrement  mat,  et  li  une  auscultation  attentive  on  recon- 
naît qu'en  ce  point  il  existe  du  râle  caverneux,  de  la  toux  ca- 
verneuse et  une  légère  pectoriloquie.  L'autre  côté  ne  donne  pas 
de  signes  évidens  de  tubercules. 

Il  y  a  un  an ,  la  malade  ressentit  quelques  douleurs  dans  le 
ventre;  elle  entra  dans  un  hôpital,  et  on  y  reconnut  l'existence 
d'une  tumeur  au-dessous  du  foie,  vers  le  milieu  du  bord  anté- 
rieur de  cet  organe.  Après  avoir  vainement  essayé  des  fondans 
pour  obtenir  la  dissolution  de  la  tumeur,  on  appliqua  un  moxa, 
qui  n'eut  pas  plus  de  succès  (c'était  le  rein  droit). 

Les  parois  abdominales  ont  une  grande  laxité  (  la  femme  a 
eu  quatre  enfans.  Tenus  heureusement  à  terme  ).  En  palpant 
avec  soin  l'abdomen,  on  découvre  deux  tumeurs  non  doulou- 
reuses à  la  pression.  L'une,  la  droite,  située  au  point  que 


MOBILITÉ  DES  REINS.  787 

j'ai  déjà  indiqué,  tumeUr  mobile,  sans  adhérences  ni  aux 
parois,  ni  aux  organes  intérieurs  ,  dure,  lisse,  laissant  appré- 
cier sa  forme,  qui  est  celle  du  rein,  tumeur  que,  par  une  im- 
pulsion forte  d'avant  én  arrière  ,  on  pèut  repousser  vers  les 
lombes  et  sous  le  foie.  Cette  tumeur  dëscend  jusqu'au  niveall 
de  l'ombilic  ,  à  deux  pouces  en  dehors  de  ce  point. 

Du  côté  gauche,  même  tumeur,  mais  descendant  un  peuplufe 
bas,  et  se  rapprochant  davantagè  de  la  ligne  médiane.  Du  reste 
même  mobilité,  même  consistance.  On  circonscrit  parfaitement 
bien  avec  Le  doigt  l'extrémité  inférieure  du  rein,  et  l'on  sent  ma- 
nifestement la  scissure.  Dans  les  régions  lombaires,  dépression 
correspondante  aux  points  où  sont  d'ordinaire  logés  les  reins.  A 
part  quelques  coliques  et  quelques  tiraillemens  dans  le  ventre 
et  dans  les  reins ,  ces  deux  tumeurs  n'apportent  aiicun  trouble 
à  l'état  de  l'abdomen;  la  langue  est  nette,  l'appétit  assez  bon  ; 
il  n'y  a  ni  nausées  ni  voraissemens;  le  ventre  est  tout-à-fait  in- 
dolent à  la  pression;  les  selles  naturelles  ;  les  urines  sont  clai- 
res, acides;  jamais,  dit  la  malade,  elles  n'ont  présenté  d'altéra- 
tion, et  jamais  non  plus  il  n'y  a  eu  de  suppressioû. 

Cette  femme  n'a  jamais  été  atteinte,  ni  d'ictère,  ni  de  dou- 
leurs au  foie,  ni  de  fièvre  intermittente;  et  d'ailleurs  par  la  per- 
cussion on  circonscrit  très  bien  le  foie  et  la  rate,  en  leur  lieu  et 
place  normales  (seuls  organes  avec  lesquels  on  pourrait  confon- 
dre les  tumeurs  rénales).  Cette  malade,  à  laquelle  nous  recom- 
mandâmes de  soutenir  le  ventre  avec  un  corset ,  sortit  de  l'hô- 
pital au  bout  d'une  quinzaine  de  jours. 

Obs.  VI.  —  Ababsement  et  mobilité  da  rein  droit  «  chez  une  Tieille  femme 
atteinte  d'ane  hernie  crurale  du  ccecum. 

Une  femme  très  âgée  fut  reçue  dans  le  mois  de  mai  i836,  à 
l'hôpital  de  la  Charité,  pour  y  être  traitée  d'une  hernie  crurale 
droite,  étranglée.  La  tumeur,  formée  par  une  portion  d'intes- 
tin ,  rendait  un  son  clair  à  la  percussion  ;  en  examinant  la  ré- 
gion iliaque  du  même  côté,  M.  Velpeau  rencontra,  près  de  la 
colonne  vertébrale,  une  tumeur  qui  se  prolongeait  dans  la  fosse 
iliaque  droite  ;  cette  tumeur,  lisse ,  polie,  avait  la  forme  et  la 
consistance  d'un  rein.  D'un  autre  côté,  si,  après  avoir  appliqué 

5o. 


788       VICES  DE  SITUATION  NON  PERMANENS. 

fortement  la  main  droite  sur  le  colon  ascendant,  on  compri- 
mait fortement  la  région  rénale postéiieure  avec  l'autre  main, 
l'espace  compris  entre  les  deux  mains  était  évidemment 
beaucoup  moins  considérable  que  dans  les  cas  ordinaires,  oii 
le  rein  se  trouve  ainsi  naturellement  interposé  entre  elles. 
Je  crus  pouvoir  affirmer  que  cette  tumeur  était  un  rein  dé- 
placé. Cèlte  femme  étant  morte,  à  la  suite  de  l'opération  et  de 
l'étranglement  qui  l'avait  nécessitée,  d'une  péritonite  hypogas- 
trique  et  d'une  pleurésie,  cette  opinion  sur  le  siège  du  rein  fut 
confirmée  à  l'autopsie  du  cadavre.  La  hernie  était  formée  par  le 
cœcum  :  le  rein  droit  était  abaissé  de  telle  sorte,  que  son  extré- 
mité supérieure  correspondait  à  la  dernière  vertèbre  lombaire, 
tandis  que  l'inférieure  reposait  sur  la  face  interne  de  l'ilium. 
Les  vaisseaux  rénaux  se  dirigeaient  de  la  veine-cave  et  de  l'aor- 
te, de  haut  en  bas,  vers  la  scissure  du  rein. 

Jo  n'ai  pu  savoir  si  ce  déplacement  du  rein  était  consécutif 
à  la  hernie,  si  le  rein  avait  été  entraîné  par  l'abaissement  du 
cœcum,  ou  si  cette  disposition  du  rein  était  congénilale.  Je 
n'ai  pu  déterminer  non  plus  si  les  douleurs  que  celte  femme 
éprouvait  à  la  partie  inférieure  du  ventre,  devaient  être  entiè- 
rement rattachées  h  la  hernie,  ou  si  le  ballottement  et  la  mobi- 
lité du  rein  entraient  pour  quelque  chose  dans  leur  produc- 
tion. 

Obs.  VII.  —  Rein  droit,  mobile,  situé  plus  bas  que  dans  l'état  normal;  don- 
leur  dans  la  région  où  cet  organe  était  situé,  irradiant  dans  le  bas-ventre; 
douleurs  et  faiblesse  dans  les  membres  inférieurs. 

N...,  âgée  de  3a  ans,  née  de  parens  sains,  i-églée  à  11  ans, 
mariée  à  17,  avait  eu  six  enfans.  Cette  femme,  qui  s'est  livrée 
dans  sa  jeunesse  à  de  nombreux  exercices  de  corps,  depuis 
dix  ans  mène  une  vie  très  sédentaire.  Au  mois  d'avril  i83o, 
elle  fut  prise  de  douleurs  dans  l'hypochondre  droit,  et  de 
douleurs  et  de  faiblesse  dans  les  membres  inférieurs,  qui  furent 
combattues  par  plusieurs  saignées,  et  par  les  opiacés  et  les 
bains.  Au  mois  d'août  i83o,  elle  quitta  l'hôpital  de  la  Pitié, 
l'essentant  de  la  douleur  dans  l'hypochondre  droit;  elle  partit 
pour  son  pays.  Deux  mois  3prc3  elle  revint,  ayant  éprouvé  de 


I  MOBILITÉ  DES  REINS.  ']StJ 

nouveau  les  accidens  pour  lesquels  elle  était  entrée  à  l'hôpital. 
La  malade  retourna  une  seconde  fois  dans  son  pays.  Elle  revint 
-  ensuite  à  Paris,  et ,  au  mois  de  juin  i83i ,  elle  éprouva,  pour  la 
;  I  troisième  fois,  les  mêmes  accidens,  et  entra  à  l'hôpital  de  la 
i  <  Charité,  oii  elle  fut  admise,  dans  mon  service,  le  20  août  i83i. 
[       Le  ventre  a  sa  forme  naturelle  j  le  foie  a  son  volume  ordi- 
'  naire;  mais  si,  immédiatement  au-dessous  du  bord  tranchant 
de  cet  organe ,  on  enfonce  un  peu  la  main  vers  la  partie  pos- 
térieure de  l'abdomen,  on  sent  une  tumeur  dont  l'extrémité 
inférieure  dépasse  le  foie  de  deux  pouces  environ.  L'extrémité 
supérieure  de  cette  tumeur  se  dérobe  aux  doigts  qui  cherchent 
à  l'atteindre  et  qui  se  trouvent  arrêtés  par  le  foie.  Si  on  presse 
de  bas  en  haut ,  cette  tumeur,  mobile,  remonte  et  échappe  aux 
doigts  qui  la  poussent,  et  redescend  ensuite  à  la  place  qu'elle  oc- 
cupait auparavant.  Si  l'on  presse  un  peu  fortement  sur  elle 
directement  d'avant  en  arrière,  la  pression  détermine  une  dou- 
leur locale  qui  s'irradie  ensuite  dans  le  bas-ventre. 

Cette  tumeur,  située  un  peu  obliquement  de  dehors  en 
dedans,  dans  la  région  lombaire  droite,  avait  tout-à-fait  la 
forme  et  le  poli  de  la  surface  d'un  rein  Lorsque  la  malade 
faisait  une  prompte  et  forte  inspiration,  la  tumeur  venait  se 
présenter  à  la  main  placée  sur  la  partie  antérieure  du  flanc 
droit,  et  on  sentait  cette  tumeur  s'échapper  des  doigts  dans 
l'inspiration;  cette  tumeur  n'avait  aucun  rapport  avec  l'ovaire  ; 
elle  différait  aussi  beaucoup  des  matières  solides  qu'on  ren- 
contre quelquefois  dans  le  colon.  La  fosse  iliaque  rendait  un 
son  clair  à  la  percussion. 

Les  urines,  examinées  avec  soin,  sont  d'un  jaune  clair ,  et 
ont  la  couleur  de  cette  boisson  que  l'on  appelle  coco.  Elles 
laissent  apercevoir  ,  à  travers  et  à  la  partie  inférieure  du 
vase  qui  les  contient ,  un  nuage  blanc  floconneux,  et  un  sédi- 
ment assez  abondant  de  matière  jaunâtre  qui  n'est  ni  muqueux 
ni  filant,  comme  dans  le  catanhe  de  vessie.  La  malade  n'a 
jamais  eu  d'hématurie  ni  rendu  de  graviers.  Les  urines  sont 
acides  et  rougissent  assez  fortement  le  papier  de  tournesol. 
L'émission  n'en  est  point  accompagnée  de  douleur. 

La  malade  éprouvait,  eu  outre,  dans  le  bas-veutre,  dis  dou- 


790       VICES  DE  SITUATION  WOTN  PERMANENS. 

leurs  qui  se  propageaient  dans  les  membres  inférieurs  {lains, 
topiques  et  boissons  rafraîchissantes).  Pensant,  lorsqu'elles 
furent  apaisées ,  que  ces  douleurs  pouvaient  dépendre  de  la 
mobilité  du  rein,  je  conseillai  à  cette  femme  de  soutenir,  par 
un  corset  approprié,  les  parois  de  l'abdomea  relâchées  par 
plusieurs  grossesses- 

J'ai  revu  celle  femme  plusieurs  mois  après;  la  tumeur  avait 
toujours  la  même  forme  et  les  mêmes  dimensions,  et  la  malade, 
quoique  moins  souffrante,  ressentait  encore  des  douleurs  de 
temps  à  autre, 

Obs.  VIII.  • —  Roin  droit  très  mobile  situé  près  de  la  région  ombilicale  et  qui 
donna  lieu  à  plusieurs  erreurs  du  diagnostic  (i). 

A.  S...,  négociant,  âgé  de  36  ans,  homme  vif  et  actif,  se 
plaignait ,  depuis  nombre  d'années,  de  dérangement  dans  les 
organes  et  les  fonctions  de  la  digestion.  Il  avait  fait  usage  de 
beaucoup  de  moyens,  entre  autres  des  eaux  thermales  de  Carls- 
bad,  de  Gaslein  et  d'Ischl.  Il  se  trouvait  mieux  depuis  trois 
ans;  mais  ce  qui  l'inquiétait  encore,  c'était  une  tumeur  qu'il 
avait  découverte  au  côté  droit  de  la  région  épigastrique  et 
ombilicale.  On  pouvait  la  sentir  facilement  quand  le  malade 
était  à  jeun  et  couché  dans  son  lit,  et  qu'il  la  poussait  en  avant 
en  se  pressant  les  flancs;  on  trouvait  sous  la  main  un  corps 
ferme,  lisse  et  indolent,  de  la  forme  et  de  la  grosseur  d'uu 
œuf  de  poule,  mais  fuyant  sous  le  doigt  qui  le  pressait,  lors- 
qu'on ne  le  fixait  pas  par  une  pression  opérée  de  haut  en  bas 
avec  la  main,  et  allant  alors  se  cacher  en  quelque  sorte  sous 
le  foie.  Peu-à-peu  cette  tumeur  augmenta,  et  on  ne  put  la 
ramener  jusqu'au-devant  des  vertèbres  lombaires.  Le  diag- 
nostic restant  ainsi  très  obscur,  on  évita  une  médication  active. 
Mais  le  malade,  impatienté  et  hypochondriaque,  se  mit  à  l'usage 
de  différens  moyens,  qui  ne  sont  pas  venus  à  la  connaissance 
du  docteur  Aberle.  Il  employa  en  abondance  des  bains  salins 


(l)  Observation  d'une  tumeur  abdominale ,  dont  le  diagnostic  était  très  diffi- 
cile ;  par  le  docteur  Aberle,  professeur  .i  Salzbonrg.  (Med.  chir.  Zcituog, 
1826.  t.  iT  ,  p.  a53.  —  Bulletin  des  sciences  médicales,  t.  xi,  p.  gSS.) 


MOBILITÉ  DES  REINS.  79I 

■t  ensuite  les  eaux  de  Gastein.  Là ,  il  fut  attaqué  d'une  fièvre 
'.ontinue  qui  prit  le  caractère  hectique,  et  le  conduisit  à  la  mort 
quelques  mois  après ,  à  la  suite  de  trois  accès  d'apoplexie ,  avec 
hémiplégie  ducôté  gauche. 

A  l'autopsie  du  cadavre,  on,  trouva  plusieurs  suffusions 
sanguines  sous  la  pie-mère  de  l'hémisphère  droit  du  cerveau, 
et  un  ramollissement  avec  destruction  partielle  du  corps  strié 
du  même  côté. 

Les  viscères  thoraciques  ,  le  foie  et  le  canal  intestinal 
étaient  sains;  la  rate,  très  volumineuse,  offrait  de  nom- 
breux tubercules  du  volume  d'une  noisette  et  d'un  aspect 
blanc,  caséeux,  ou  jaune  rougeâtre,  tant  à  la  surface  que  dans 
il'intérieiu-.  Le  pancréas  était  aussi  un  peu  plus  volumi- 
neux que  de  coutume ,  et  avait  un  aspect  charnu^  sale,  mais  ce 
n'était  pas  lui  qui  formait  la  tumeur^  celle-ci  était  produite 
par  le  rein  droit,  qui  se  trouvait  très  mobile,  dans  sa  situation 
normale,  et  que  la  pression  sur  les  flancs  pouvait  déplacer  et 
pousser  en  avant  dans  la  région  ombilicale.  Cet  organe  était 
assez  petit;  l'appareil  urinaire  n'offrait  d'ailleurs  rien  d'ano- 
mal, et  sa  fonction  s'était  toujours  exécutée  naturellement.  La 
mobilité  du  rein  paraissait  avoir  été  congénitale,  car  les  vais- 
seaux offraient  une  longueur  disproportionnée-  Les  tentatives 
répétées  du  malade,  pour  le  déplacer,  n'avaient  fait  qu'augmen- 
ter cette  disposition  primitive.  Le  rein  n'avait  pas  son  enveloppe 
graisseuse  ordinaire ,  et  cette  circonstance  pouvait  faciliter  son 
déplacement. 

Obs.  IX.  —  OEdème  dn  membre  abdominnl  droit  causé  par  un  rein  mobile 
(Girard.  Joum,  hebdom. ,  n.  53,  p.  445). 

Le  3  mai  i83i,  une  fileuse  âgée  de  4?  aus,  entra  à  l'hôpital 
de  la  Pitié  ,  dans  le  service  de  M.  Louis, 

Cette  femme,  d'une  taille  moyenne,  d'une  constitution  molle, 
d'une  maigreur  assez  considérable,  paraissait  plus  âgée  qu'elle 
ne  l'était  en  effet.  D'une  intelligence  peu  développée  ,  il  fallut 
plusieurs  interrogatoires  pour  obtenir  le  résultat  suivant  :  il  y 
a  ao  ans,  elle  éprouva  une  maladie  assez  longue  avec  fièvre , 
soif  et  douleurs  à  la  poitrine.  Il  y  a  cinq  ans,  angine  qui  se  se- 


792      VICES  DE  SITUA.TION  NON  PJÎRMA.NENS. 

rait  terminée  par  abcès.  Sujette  aux  rhumes  toute  sa  vie,  elle 
toussait  tous  les  hivers,  mais  sa  toux  ne  durait  qu'une  partie 
de  la  saison  ;  cette  année,  la  toux,  qui  a  débuté  à  la  fin  d'oc- 
tobre i83o  ,  n'a  pas  cessé.  Depuis  cinq  ans,  sujette  à  la  dyspnée, 
à  des  palpitations  qui  ne  revenaient  qu'à  des  intervalles  éloignés, 
elle  a  beaucoup  maigri  depuis  peu  de  temps,  elle  n'a  jamais  eu 
d'hémoptysie  ni  de  dévoiement.  A  la  fin  d'octobre,  accès  vio- 
Icns  de  dyspnée  et  de  la  douleur;  des  sangsues  diminuèrent  la 
douleur,  mais,  la  suffocation  persistant,  elle  est  obligée  de  se 
mettre  au  lit,  qu'elle  a  toujours  gardé  depuis.  Il  y  a  un  mois  en- 
viron, la  jambe  et  la  cuisse  droites  se  sont  un  peu  tuméfiées;  ce 
gonflement  était  stationnaire,  quand  le  i8  avril,  sans  cause 
connue,  il  s'est  étendu  rapidement.  A  la  visite  du  4  mai,  elle 
présente  l'état  suivant  :  faciès  pâle,  jaunâtre,  langue  naturelle, 
estomac  légèrement  raétéorisé,  respiration  haletante,  toux  fré- 
■  quente,  crachats 'nombreux,  ronds,  isolés,  visqueux,  d'une 
couleur  rosée.  L'auscultation  et  la  percussion  n'indiquaient  rien 
du  côté  du  cœur.  Sous  la  clavicule  droite,  râle  crépitant  dans 
cette  région,  mais  dans  une  petite  étendue;  pouls  à  io8.  Ces 
divers  symptômes  firent  diagnostiquer  une  légère  pneumonie 
au  sommet  du  poumon  droit;  ce  seul  fait  rendit  très  probable 
sinon  certain,  l'existence  des  tubercules.  La  jambe  et  la  cuisse 
du  côté  droit  étaient  œdematiées  et  gardaient  profondément 
l'impression  du  doigt  {Saignée,  huit  onces  ,  viol.  édul.  ni- 
trèc  (bis),  ■potion  gommeuse ,  oxymel  scillilique,  deux  onces  et 
demie,  trois  bouillons). 

Le  lendemain,  le  râle  crépitant  avait  dispam  en  très  grande 
partie,  mais  il  restait  du  gargouillement  et  de  la  matité;  la 
couleur  rosée  et  la  viscosité  des  crachats  étaient  moins  consi- 
dérables. 

Le  10,  pouls  à  96.  Dyspnée  moins  considérable;  la  tuméfac- 
tion s'étendait  jusqu'au  pli  de  l'aine  (Deux  soupes,  un  œuf 
et  u?ie  mouillette  de  pain). 

13  mai(i  grain  de  digitale,  eM.^i7»<ie),  faiblesse  considérable. 

Cet  état  persista  jusqu'au  16;  elle  éprouva  ce  jour-là,  une 
légère  douleur  au  côté  droit  de  la  poitrine  ;  la  faiblesse  était  si 
grande,  qu'on  ne  put  pratiquer  l'auscultation;  cette  faiblesse 


MOBILITÉ  DES  REINS.  793 

empêcha  d'employer  aucune  médication  antiphlogistique.  L'œ- 
dème était  considérablement  augmenté,  il  s'élendait  jusqu'à  la 
base  de  la  poitrine,  où  les  légumens  formaient  une  tumeur  vo- 
lumineuse qui  pendait  vers  la  partie  postérieure  du  corps  à 
cause  de  la  position  horizontale;  la  dyspnée  alla  en  augmentant 
jusqu'au  vingl-et-unième  jour  que  survint  la  mort. 

Autopsie  faite  vingt-six  heures  après  la  mort. 

Aspect  extérieur.  Couleur  jaunâtre  répandue  sur  tous  les  lé- 
gumens, jambes  et  cuisse  droites  très  volumineuses,  près  du 
double  de  l'autre  membre ,  la  tuméfaction  s'étend  jusqu'au 
milieu  de  la  poitrine  à  droite,  ne  dépassant  pas  la  ligne  blanche. 

Tête-  Un  peu  de  sérosité  dans  l'arachnoïde  et  les  ventricules; 
encéphale  sain. 

Poitrine.  La  cavité  droite  laisse  échapper  une  quantité  con- 
sidérable de  sérosité  parfaitement  citrine.  Cette  cavité  se  trouve 
partagée  en  deux  par  une  fausse  membrane  qui  prend  nais- 
sance à-peu-près,  à  la  base  du  lobe  supérieur,  et  s'étend  hori- 
zontalement vers  la  paroi  de  la  poitrine,  oii.elle  se  fixe.  La  ca- 
vité supérieure  est  plus  petite  à  caiise  de  filamens  dè  fausses 
membranes,  qui  vont  du  poumon  aux  parois  de  la  poitrine,  et 
qui  sont  de  récente  formation.  La  cavité  inférieure  est  remplie 
par  la  sérosité  qui  refoule  le  lobe  inférieur  vers  la  colonne 
vertébrale.  Le  poumon  contient  un  grand  nombre  de  tuber- 
cules la  plupart  ramollis;  il  y  a  aussi  cinq  à  six  cavernes 
du  volume  d'une  aveline;  le  poumon  gauche  contient  éga- 
lement des  tubercules,  mais  en  moins  grand  nombre.  Le  cœur 
est  sain  ;  il  n'y  a  dans  le  péricarde  que  quelques  cuillerées  de 
sérosité. 

Abdomen.  Estomac  un  peu  plus  volumineux  que  de  coutume, 
d'ailleurs  sain  ;  il  en  était  de  même  des  intestins ,  qui  étaient 
seulement  distendus  par  une  quantité  considérable  de  gaz. 
Quelques  glandes  méseutériques  tuberculeuses,  mais  non  ra- 
mollies. Le  rein  gauche  était  situé  à  sa  place  accoutumée  ;  mais 
le  rein  droit  présentait  une  anomalie  remarquable  :  le  péri- 
toine, au  lieu  de  passer  seulement  sur  la  face  antérieure,  l'en- 
veloppait de  toute  part  excepté  à  la  scissure,  et  lui  formait  ainsi 
un  véritable  mésentère  qui  avait  près  de  deux  pouces  de 


794  VICES  DE  SITUATION  WON  PE  MANENS. 
longueur.  Le  rein  se  trouvait  ainsi  flottant  dans  l'abdomen  au 
niveau  de  la  troisième  vertèbre  lombaire ,  et  à  la  partie  in- 
terne du  colon  ascendant,  qui,  rempli  de  gaz,  l'appliquait 
fortement  contre  la  veine  cave  inférieure.  Celle-ci  présentait 
dans  cette  partie  un  sillon  considérable,  et  au-dessous  un 
renflement  qui  doublait  presque  son  volume.  Saine  depuis  le 
cœur  jusqu'à  ce  renflement,  elle  ofi'rait  au-dessous  un  véritable 
tissu  aréolaire  ou  caverneux,  semblable  à  celui  delà  verge, 
qui  remplissait  toute  la  cavité  du  vaisseau,  et  s'étendait  à  deux 
ou  trois  pouces  du  pli  de  l'aine.  La  veine  crurale  et  la  saphène 
avaient  leur  diamètre  naturel.  Ce  rein  mobile  ne  présentait 
rien  de  morbide;  tous  les  autres  organes,  foie,  rate,  organes 
génitaux  et  urinaires,  étaient  sains. 

Obs.  X. —  Rein  âroit  mobile;  douleurs  abdominales  se  propageant  dans 
le  ventre  et  dans  la  direction  des  nerfs  cruraux. 

Une  ouvrière  en  bonnets,  âgée  de  aa  ans,  d'un  teint  pâle, 
d'une  constitution  faible,  entra  à  l'hôpital  de  la  Charité  le  17 
avril  18  36  (elle  s'y  ennuya  et  en  sortit  dès  le  lendemain).  D'une 
santé  assez  délicate,  irréglièrement  menstruée,  elle  se  souvient 
d'avoir  été  malade ,  il  y  a  sept  ans ,  pendant  deux  mois ,  mais 
sans  pouvoir  préciser  l'affection  dont  elle  fut  atteinte.  Elle 
n'a  jamais  eu  de  dartres,  ni  rien  présenté  d'anomal  du  côté 
des  urines.  Depuis  trois  ans  environ,  elle  est  toujours  malade  : 
elle  a  des  douleurs  vives  dans  le  ventre,  et  sent,  en  mar- 
chant ,  un  poids  dans  l'abdomen  du  côté  droit.  Au  début  de 
cette  affiection ,  elle  était  dans  le  service  de  M.  Bouillaud  ;  elle 
se  rappelle  qu'elle  souffrait  beaucoup  dans  le  ventre  et  qu'elle 
avait  de  la  diarrhée  sans  vomissemens.  Elle  guérit  de  l'acuité 
de  son  mal  (par  des  bains,  des  cataplasmes  et  des  sangsues), 
mais  une  douleur  sourde  persista. 

Cette  douleur  s'exaspérait  à  certaines  époques.  Depuis  trois 
semaines  surtout ,  elle  a  pris  une  nouvelle  intensité  ;  elle  est 
vive,  surtout  au  côté  droit,  et  elle  s'étend  dans  la  cuisse  gau- 
che, en  avant,  suivant  le  trajet  du  nerf  crural,  jusqu'au  genou, 
de  manière  à  simuler  une  névralgie  crurale.  Elle  est  accompa- 
gnée de  vomissemens  depuis  plusieiu's  jours. 


MOBILITÉ  DES  REINS. 

L'abdomen  est  couvert  de  traces  de  sangsues ,  principale- 
ment dans  le  flanc  droit  ;  en  le  comprimant,  on  détermine 
une  légère  douleur.  Si  on  presse  la  région  du  rein  droit ,  on 
j  encontre  en  avant  une  tumeur  qui  semble  au  toucher  avoir 
la  forme  de  l'extrémité  inférieure  du  rein.  Cette  tumeur  est 
tout-à-fait  lisse  et  dense  comme  cet  organe.  En  imprimant  un 
choc  à  l'abdomen,  dans  le  point  oii  on  la  sent,  on  la  rend 
mobile ,  on  la  fait  se  porter  en  arrière  sous  le  foie ,  puis  reve- 
nir sous  la  main  (j'ai  supposé  la  malade  sur  le  dos).  Si  main- 
tenant on  le  fait  changer  de  position  et  se  mettre  sur  le  flanc 
gauche ,  on  retrouve  encore  la  tumeur  y  elle  s'est  rapprochée 
de  la  paroi  antérieure  de  l'abdomen  ;  elle  s'est  rapprochée  aussi 
de  la  ligne  médiane.  Cette  tumeur,  étant  située  moins  profon- 
dément, est  encore  plus  sensible  à  la  main ,  qui  reconnaît  par- 
faitement qu'elle  a  une  densité  et  un  poli  exactement  sembla- 
bles à  ceux  du  rein.  Lorsque  la  malade  est  ainsi  placée ,  ou 
cherche  vainement  en  arrière,  sur  le  côté  droit  de  la  colonne 
vertébrale,  la  partie  inférieure  du  rein,  qui,  chez  les  sujets^ 
dont  l'embonpoint  n'est  pas  considérable,  est  ordinairement 
appréciable  à  l'état  normal.  Respiration  naturelle,  léger  mou- 
vement de  fièvre  (70  pulsations  par  minute). 

On  fut  donc  porté  à  croire  qu'il  existait  un  déplacement  du 
rein  droit,  par  l'absence  du  rein  de  sa  place  ordinaire,  par  la 
présence  d'une  tumeur  du  côté  droit,  laquelle  était  mobile, 
dense,  à  surface  unie,  et  présentait,  autant  qu'il  était  possible 
d'en  juger  à  travers  la  paroi  abdominale,  la  configuration  du 
rein  ,  enfin  par  les  accidens  qui  reviennent  à  certains  intervalles 
(pesanteur  dans  l'abdomen  ,  douleur  vive  qui  se  prolonge  jus- 
qu'au nerf  crural),  et  qui  peuvent  être  produits  par  les  tiraille- 
mens  qu'occasionnent  le  déplacement  et  la  mobilité  du  rein. 

En  percutant  sur  le  foie,  on  limite  cet  organe,  et  l'on  s'ai- 
sure  qu'il  n'a  point  de  connexion  avec  la  tumeur. 

L'utérus,  exploré  à  travers  l'abdomen  et  par  le  vagin ,  ne 
présente  aucune  altération. 

Obs.  XI. — Déplacement  et  mobilité  dn  rein  droit,  porté  ou  avant  et  eabas. — 
Péritonite  et  eutcro-colite. 

Marie-Anne  Blot,  femme  Fadiaux,  âgée  de  5  r  ans,  journa- 


79^       VICES  DE  SITUATION  NON  PURMANENS. 

lièrc,  entrée  le  27  janvier  1841  ,  au  n°  4  de  la  salle  Saint-Vin- 
cent ,  n'est  plus  réglée  depuis  dix  ans  ;  elle  n'a  jamais  eu  d'en- 
fant, et  n'a  jamais  eu  de  Ilueurs  blanches,  que  pendant  cinq 
ou  six  mois  après  la  cessation  des  menstrues.  Domestique 
durant  vingt-cinq  années,  elle  est  depuis  treize  ans  employée 
à  travailler  le  tabac  à  la  manufacture  royale.  Outre  cet  état 
sédentaire,  qui  est  déjà  fatigant  par  la  position  qu'il  exige, 
elle  portait  des  fardeaux  considérables.  Quoiqu'elle  n'ait  ja- 
mais fait  de  grandes  maladies,  et  qu'elle  ait  toujours  été 
bien  réglée,  elle  a  considérablement  maigri,  surtout  depuis 
qu'elle  est  employée  aux  tabacs,  sans  qu'elle  souffre  pourtant 
de  son  ouvrage. 

Il  y  a  cinq  mois  qu'étant  allée  laver ,  elle  se  sentit  très  fati- 
guée d'une  douleur  dans  le  flanc  droit ,  dans  les  reins  et  dans 
la  hanche.  Cette  douleur  se  passa.  Mais  au  bout  de  quelque 
temps,  voulant  soulever  une  manne,  elle  ressentit  la  même 
chose.  Et  environ  un  mois  après,  elle  fit  une  chute  sur  le  côté 
gauche,  et  à  ce  moment  elle  éprouva  un  tiraillement  assez  fort 
et  beaucoup  plus  pénible  dans  le  côté  droit.  Bientôt  la  douleur 
s'étendit  dans  la  jambe ,  le  long  de  la  partie  postérieure  de  la 
cuisse ,  dans  le  jarret,  et  jusqu'à  la  cheville  droite.  La  marche, 
la  fatigue  ,  la  position  assise,  la  provoquaient  également.  Elle 
augmente  peu-à-peu;  et  prenant  son  point  de  départ  dans  le 
flanc  droit ,  elle  s'irradie  jusque  dans  les  grandes  lèvres.  La 
malade  la  compare  à  un  pincement  qui  lui  tord  le  ventre,  mais 
qui  est  invariablement  fixé  au  côté  droit.  Couchée  sur  le  dos , 
elle  ne  souffre  pas.  Quand  elle  veut  se  tourner  dans  le  lit, 
c'est  surtout  dans  les  reins,  vers  le  muscle  carré  des  lombes 
qu'elle  ressent  une  vive  douleur.  La  pression  à  l'hypogastre 
n'est  pas  douloureuse;  en  arrière,  au  point  où  le  nerf  scia- 
tique  sort  du  bassin ,  elle  détermine  une  douleur  qui  reten- 
tit jusqu'au  pied.  Au  niveau  du  muscle  carré  des  lombes, 
si  on  presse  la  paroi  antérieure  de  l'abdomen ,  on  ne  fait 
pas  souffrir  la  malade  ;  mais  ,  lorsqu'on  place  les  mains 
l'une  en  arrière  et  l'autre  en  avant ,  au-dessous  des  fausses- 
côtes,  à  quatre  travers  de  doigts  de  l'épine  iliaque,  on  sent 
une  tumeur  arrondie ,  parfaitement  lisse  et  polie  ,  qu'il  est 


MOBILITÉ  DES  REINS.  797 

facile  de  reconnaître  pour  l'extrémité  inférieure  du  rein. 
Il  est  à  remarquer  qu'en  pressant  un  peu  fortement  on 
I  fait  fuir  ce  viscère ,  qui  est  mobile  sous  le  doigt.  Cette  ma- 
1  nœuvre  ne  s'opère  pas  sans  de  vives  souffrances  pour  la 
I  malade,  souffrances  qu'elle  dit  s'étendre  jusqu'au  jarret.  Elle 
iva  habituellement  bien  à  la  garde-robe;  à  l'hôpital  elle  est 
(  constipée.  Le  seul  trouble  notable  qui  se  montre  dans  ses 
t  fonctions,  est  une  sueur  qui  arrive  par  bouffées  de  chaleur, 
àà  des  intervalles  irréguliers.  L'urine  couleur  jaune-clair  ne 
c  donne  pas  de  précipité  par  l'acide  nitrique  ni  par  la  chaleur. 
iPas  d'acide  urique  libre,  ni  de  graviers;  réaction  acide  (F«i- 
ttouses  scarifiées).  Le  soulagement  apporté  par  les  ventouses 
m'est  pas  durable. 

Le  6  février,  dix  jours  après  son  entrée  à  l'hôpital,  en  reve- 
mant  du  bain,  cette  femme,  qui  ne  s'était  plainte  que  de  sa  dou- 
Ueur  habituelle ,  limitée  au  flanc  droit  et  au  trajet  du  nerf  scia- 
ttique,  et  qui  n'avait  pas  mangé,  ni  commis  aucune  imprudence 
lavant  d'entrer  dans  l'eau  ,  fut  prise  de  vomissemens  et  d'éva- 
ccuations  alvines  considérables.  Les  traits  sont  renversés ,  les 
lièvres  bleues,  la  peau  froide,  la  langue  blanche,  le  pouls  pe- 
iltit;  la  malade  vomit  continuellement  des  matières  glaireuses, 
lanches ,  après  avoir  rendu  un  liquide  verdâtre  porracé.  Les 
elles  sont  noires,  sanguinolentes,  très  fétides;  plus  tard  elles 
sont  devenues  plus  liquides  et  moins  colorées.  Le  ventre  n'est 
as  tendu;  il  est  rétracté,  et  la  paroi  antérieure  en  est  facile- 
ent  appliquée  sur  la  postérieure.  Le  volume  des  intestins 
mble  diminué  ;  et  l'on  sent  plus  facilement  que  de  coutume 
le  rein  droit  déplacé  et  mobile.  La  pression  n'est  pas  plus 
douloureuse  qu'à  l'ordinaire  ;  mais  la  malade  accuse  un  acca- 
iblement  général  et  une  souffrance  extrême  (8  ventouses  sur 
le  ventre  y  a   pilules  de  o6f,o5  <S(ypium  ;  cataplasme  aux 
,  jambes). 

Le  7,  même  état,  quoiqu'avec  un  peu  moins  de  violence. 
Vomissemens  bilieux,  diarrhée  persistante  {Lavemetit  laudan.; 
eau  de  Seltz). 

Le  8,  abattement  général,  nausées  continuelles;  plus  de  vo- 
missemens; l'estomac  est  fatigué,  el  il  est  le  siège  de  tiraillemen» 


VICES  DE  SITUATION  NON  PERMANENS. 

douloureux.  Le  pouls  est  petit,  la  peau  sans  réaction ,  la  face 
anxieuse.  Le  dévoiement  est  considérable  ;  le  ventre  commence 
à  devenir  sensible  {Même prescription). 

Le  10,  la  malade  a  repris  un  peu  de  calme.  La  peau  se 
couvre  de  sueur,  mais  la  diarrhée  ne  disparaît  pas. 

Le  i5,  cette  amélioration  ne  se  soutient  pas.  La  malade  est 
abattue.  La  face  est  jaune;  la  bouche  est  mauvaise ,  la  diar- 
rhée continuelle.  La  peau  sèche  {Laudanum;  cachou  ). 

Le  i8,  affaiblissement,  douleurs  de  ventre,  sueurs  et  diar- 
rhée [Vésicatoire  sur  le  ventre). 

Le  aSj  les  vomissemens  reviennent;  anxiété ,  fièvre  continue. 

Cette  femme  va  en  s'affaiblissant  de  plus  en  plus.  Les  vo- 
missemens ne  cessent  pas  ;  elle  tombe  dans  le  marasme  ;  en- 
fin après  deux  mois  de  séjour  à  l'hôpital,  elle  sucombe,  le  3 
avril,  i  4  heures  du  matin. 

Autopsie  du  cadavre,  \e  4  avril  à  9  heures.  L'amaigrissement 
est  extrême ,  et,  en  cherchant  de  nouveau  la  tumeur  consta- 
tée pendant  la  vie  dans  le  liane  droit ,  on  sent  encore  très  bien 
l'extrémité  arrondie  et  lisse  du  rein  que  l'on  refoule  aisément 
en  haut  et  en  arrière. 

En  ouvrant  l'abdomen,  on  trouve  la  masse  intestinale  réunie 
par  des  adhérences  nombreuses  et  intimes.  Toute  la  surface 
péritonéale  des  intestins  est  injectée,  épaisse,  et  l'épiploon 
forme  un  paquet  d'un  rouge  vif,  comme  enveloppé  d'une 
membrane  tomenteuse.  H  n'y  a  pas  d'épanchement  séreux  ni 
purulent,  mais,  dans  quelques  points,  des  pseudo-membranes 
plus  ou  moins  bien  formées  ;  l'utérus ,  le  foie  et  la  membrane 
muqueuse  intestinale  présentent  les  traces  de  la  plus  vive  in- 
flammation. Dans  toute  l'étendue  du  gros  intestin,  mais  sur- 
tout dans  la  dernière  portion  ,  la  membrane  muqueuse  est 
épaissie,  chagrinée,  boursouflée,  et  d'un  rouge  de  framboise. 
Cette  altération  va  en  diminuant  jusqu'au  cœcum.  Elle  reparah 
au-dessus  de  la  valvule,  dans  l'iléon,  qui  est  aussi  le  siège  d'une 
phlegmasie  des  plus  aiguës.  Elle  ne  se  prolonge  pas  dans  le 
jéjunum  ni  dans  la  partie  supérieure  du  tube  digestif.  Çà  et  là 
on  voit  quelques  petites  ulcérations  superficielles.  Les  plaques 
de  Peyer  ne  sont  pas  malades. 


MOBILItÉ  DES  RKINS.  799 

Le  foîe,  d'un  volume  considérable,  à  aspect  granuleux ,  et 
fortement  hypérémié,  descend  très  bas;  il  atteint  la  crête 
iliaque  par  une  languette  étroite  et  peu  épaisse,  qui  est  aussi  di- 
rectement en  rapport  avec  la  paroi  abdominale,  latérale,  droite. 
Le  développement  de  cet  organe  a  chassé  le  rein  correspondant 
et  l'a  déplacé,  de  telle  sorte  que  ce  dernier  a  pris  des  rapports 
nouveaux.  Poussé  de  haut  en  bas,  mais  surtout  d'arrière  en 
avant,  il  est  venu  se  placer  superficiellement  sur  les  côtés, 
mais  presqu'au  devant  de  la  colonne  vertébrale,  dans  l'angle 
obtus  formé  par  la  veine  iliaque  et  la  veine  cave,  qui  lui  confi- 
nent toutes  deux  exactement;  en  dehors,  il  est  embrassé  par 
le  prolongement  du  foie,  qui  ne  recouvre  que  son  bord  externe, 
mais  nullement  sa  face  antérieure,laquelle  est  libre  dans  sa  moitié 
inférieure,  et  cachée  par  le  foie  en  haut  seulement;  en  arrière, 
il  repose  sur  l'espèce  d'angle  saillant  en  avant  que  forment  les 
muscles  qui  occupent  la  fin  de  l'abdomen  et  le  commencement 
du  bassin,  et  s'insèrent  les  uns  inférieurement,  les  autres  su- 
périeurement à  la  crête  iliaque;  enfin,  son  extrémité  inférieure 
s'étend  jusqu'au  milieu  du  cartilage  qui  sépare  la  quatrième 
vertèbre  lombaire  de  la  cinquième.  Il  résulte  de  cette  dispo- 
sition que  l'extrémité  inférieure  du  rein  droit  est  en  rapport 
immédiat  avec  la  paroi  abdominale  antérieure,  et  placée  sur  uu 
plan  incliné  d'avant  en  arrière,  ce  qui  explique  la  facilité  avec 
laquelle  on  sentait  sous  la  main  et  on  refoulait  cet  organe  en 
arrière.  Ce  n'est  pas  que  sa  mobilité  fût  augmentée  d'une  ma- 
nière-insolite par  une  laxité  plus  grande  de  ses  attaches  vascu- 
laires  ou  de  son  enveloppe  péritonéale  ;  la  disposition  des  vais- 
seaux était  la  même  ;  seulement  le  trajet  en  était  plus  direct  et 
plus  court.  On  conçoit  aisément  comment  le  seul  fait  de  l'a- 
baissement du  rein  permettait  de  lui  faire  exécuter,  par  la 
pression  ou  la  percussion,  des  mouveraens  qui  ne  sont  pas  or- 
dinairement possibles. 

Le  rein  du  côté  gauche  a  conservé  sa  place  et  ses  rapports 
habituels.  Il  est  beaucoup  plus  profondément  caché  sur  les 
côtés  et  en  arrière  de  la  colonne  vertébrale;  il  descend  jusqu'au 
cartilage  de  la  troisième  à  la  quatrième  vertèbre  lombaire.  Il 
n'est  pas  par  conséquent  beaucoup  plus  élevé  que  le  droit,  et 


8oO      VICES  DE  SITUATION  NON  PERMANENS. 

l'on  voit  que  ce  qu'il  y  a  de  notable  dans  celui-ci,  c'est  moins 
encore  l'abaissement  que  le  déplacement  en  avant. 

Le  poids ,  la  forme  et  la  longueur  relatives  des  deux  reins 
présentent  aussi  quelques  particularités.  Le  rein  droit  pèse 
seulement  80  grammes,  l'autre  i5o  grammes;  il  est  beaucoup 
plus  court  que  le  gauche,  qui  préseule  o"*,o4  de  plus  en  hau- 
teur. Sa  forme  est  aussi  légèrement  changée.  Son  extrémité 
supérieure  est  moulée  sur  le  foie,  et  véritablement  aplatie  par 
ce  contact  qui  lui  a  donné  une  coloration  verdâtre  ,  et  limi- 
tée à  la  partie  de  l'organe  qui  est  recouverte  par  le  foie. 
Il  présente  encore  une  convexité  antérieure  et  une  con- 
cavité postérieure,  qui  répondent  à  sa  position  sur  un  plan  dou- 
blement incliné  et  saillant  en  avant.  —  Enfin,  si  on  compare 
sa  structure  intime  à  celle  de  son  congénère,  celui-ci  semble 
présenter  un  développement  plus  considérable  de  la  substance 
tubuleuse,  qui  est  manifestement  hypérémiée.  La  capsule  sur- 
rénale du  côté  droit  n'a  pas  suivi  tout-à-fait  le  rein  dans  son 
déplacement,  et,  détachée  de  son  extrémité  supérieure, 
elle  est  restée  appliquée  contre  les  attaches  supérieures  et  in- 
ternes des  muscles  carrés  des  lombes.  Celle  du  côté  gauche  n'a 
pas  quitté  le  rein  avec  lequel  elle  est  en  rapport. 

§  968.  En  résumé,  la  mobilité  des  reins  constitue  un  état 
morbide  qui  a  été  peu  étudié  et  qui  est  beaucoup  plus  fréquent 
qu'on  ne  le  pense  communément.  Le  rein  droit  est  presque  ex- 
clusivement le  siège  de  cette  anomalie;  elle  est  plus  fréquente 
chez  la  femme  que  chez  l'homme.  Le  plus  souvent,  elle  coïncide 
avec  une  augmentation  de  volume  du  foie ,  avec  un  déplace- 
ment de  l'intestin  ou  avec  un  déplacement  de  l'utérus  ;  elle 
peut  aussi  être  la  conséquence  d'une  disposition  particulière 
du  péritoine,  d'une  déviation  du  rein,  d'une  flexuosité  de  ses 
vaisseaux,  etc.  Des  grossesses  multipliées,  des  efforts  pour 
porter  ou  soulever  des  fardeaux,  ont  paru,  dans  quelques  cas, 
être  la  cause  de  ce  déplacement  du  rein  droit,  qui,  dans  d'au- 
tres cas,  n'a  pu  être  expliqué. 

Une  douleur  dans  la  région  lombaire  droite,  se  propageant 
quelquefois  dans  la  direction  des  nerfs  lombaires  et  cruraux, 
douUur  qu'on  peut  réveiller,  lorsquelleest  assoupie,  encompri* 


MOBILITÉ  DES  REINS.  8oi 

mant  le  rein  avec  les  doigts  de  la  main  droite,  la  main  gauche 
soutenant  les  lombes  en  arrière,  et  un  sentiment  habituel  de 
faiblesse  et  de  malaise  dans  le  bas-ventre,  sont  les  symptômes 
les  plus  ordinaires  de  cette  maladie.  Parfois  il  s'y  joint  les  phé- 
nomènes d'une  péritonite  déterminée  probablement  par  les  ti- 
raillemens  qu'entraîne  la  mobilité  du  rein.  D'autres  fois  ce  sont 
comme  des  coliques  nerveuses  et  d'autres  accidens  analogues  à 
ceux  dont  se  plaignent  les  hypochondriaques, surtout  lorsque 
les  malades,  en  s'explorant  le  ventre,  y  ont  rencontré  une 
tumeur  sur  la  nature   de  laquelle  ils  sont  d'autant  plus 
inquiets  que  le  plus  grand  nombre  des  médecins  ne  la  con- 
naissent pas.  J'ai  déjà  dit  que  deux  médecins  atteints  d'une 
semblable  mobilité  du  rein  droit,  étaient  tombés  dans  un 
grand  découragement,   et   que  l'un  d'eux,  effrayé  de  ce 
qu'il  portait  une  tumeur  dans  le  ventre,  tumeur  qu'il  croyait 
être  une  lésion  organique  ,  avait  quitté  momentanément 
sa  profession.  Il  est  inutile  de  rappeler  que  les  traitemens 
les  plus  bizarres  et  quelquefois  les  plus  douloureux ,  ont 
été  appliqués  à  ces  prétendues  tumeurs.  L'expérience  m'a 
démontré   qu'il  suffisait  le  plus  souvent  de  maintenir  le 
ventre  par  une  ceinture  convenablement  appliquée  pour  faire 
cesser  ou  rendre  supportable  la  douleur  occasionée  par  un 
rein  mobile.  Dans  deux  cas  oii  cette  mobilité  coïncidait  avec 
un  abaissement  de  l'ulérus,  le  repos  sur  un  lit  horizontal  et 
l'emploi  de  douches  sulfureuses  en  arrosoir  ont  été  très  salu- 
taires. 

Lorsque  les  douleurs  lombaires  sont  très  aiguës ,  et  lorsqu'il 
existe  des  symptômes  de  péritonite  ou  d'entérite  concomitantes, 
l'application  d'un  certain  nombre  de  sangsues  ou  de  ventouses 
scarifiées," des  topiques  émolliens  et  narcotiques  et  les  bains 
tièdes  peuvent  être  momentanément  utiles. 

Les  exercices  du  corps,  la  course,  la  danse,  le  saut,  l'cqui- 
talion  sont  nuisibles;  la  constipation  ,  lorsqu'elle  existe ,  doit 
être  combattue  par  des  laxatifs  pour  prévenir  les  douleurs 
qu'amènent  souvent  les  efforts  de  garde-robes.  > 


III. 


5i 


802 


VICKS  DE  CONFIGURATION. 


Vices  de  configuration  des  reins. 

§  970.  La  forme  des  reins  peut  être  plus  ou  moins  différente 
de  l'état  normal,  par  le  fait  d'un  vice  primitif  ou  congénital 
de  conformation;  elle  peut  être  aussi  diversement  altérée  à  la 
suite  de  plusieurs  affections  du  rein  ou  des  organes  voisins. 

On  a  vu,  chez  le  fœtus,  les  reins  non  composés  de  lobules. 
D'un  autre  côlé,  le  rein  conserve  quelquefois  sa  forme  lobu- 
lalre  chez  l'adulte  et  dans  un  âge  plus  avancé  :  au  moins  pré- 
sente-l-il,  sans  altération  de  texture,  deux, ou  trois  lobes  sé- 
parés par  des  sillons.  J'ai  figuré  (Atlas.  Pl.  xli,  fig.  4),  un 
rein  aplati  d'avant  en  arrière,  par  suite  d'une  compression 
que  la  capsule  surrénale, énormément  distendue,  avait  exercée 
sur  cet  organe.  On  a  représenté  (  Atlas.  Pl.  xxxix,  fig.  4), 
un  rein  gauche  dont  les  deux  tiers  inférieurs  avaient  été  sin- 
gulièrement aplatis  par  la  rate  tuméfiée. 

L'atrophie  et  l'iiypertrophio  non  consécutives  à  des  cas  pa- 
thologiques appartienneul  seules,  à  proprement  parler,  aux 
vices  de  conforiiiatiou  des  reins.  J'ai  i-eprésenté  (Atlas. 
Pl.  XXX.V,  lig.  i)  un  cas  dans  lequel  le  rein  et  Tarière  rénale 
du  côlé  gauche  étaient  beaucoup  plus  volumineux  que  l'artère 
rénale  et  le  rein  du  côlé  droit;  le  poids  de  ces  deux  reins, inéga- 
lement développés,  égalait  celui  de  deux  reins  bien  conformés 
et  du  même  âge.  L'hypertrophie  d'un  des  reins  parut,  dans 
ce  cas,  cire  la  conséquence  du  peu  de  développement  de  celui 
du  côlé  opposé.  Quant  aux  atrophies  et  aux  hypertrophies 
accidentelles  et  consécutives  à  diverses  maladies,  j'ai  fait 
connaître  ailleurs  les  causes  et  les  apparences  de  ces  défor- 
mations (§  iii6,  822). 

L'étude  des  vices  de  configuration  des  reins  intéressant  peu 
le  palhologiste,  je  ne  m'y  ai'rêterai  pas  davantage. 


FIN  DU  TROISIÈME  VOLUME  ET  DES  MALADIES  DES  REINS. 


TABLE 


DO  TROISIEME  VOLUME. 


yÛLiTE  i;  caractères  généraux  de  la 
[jy élite  aiguù  r;  caractères  géacraux 
lie  la  pyélite  chronique  3  ;  caractères 
spéciaux  de  la  pyélite  lo;  pyélites 
p.ir  corps  étrangers  lo;  pyélite  cal- 
culeuse  lo;  calculs  rénaux  12;  causes 
de  la  pyélite  calculcuse  l6;  symptô- 
lues  de  la  pyélite  calculeuse  18  ;  ano- 
malies de  la  pyélite  calculeuse  28  ; 

nagnostic  de  la  pyélite  calculeuse 
pronostic  delà  pyélite  calculeuse 
i  j;  traitement  de  la  pyélite  calcu- 
l:;use  47;  népùrotomie  dans  la  pyé- 

l'  e  calculeuse  5i;  pyélite  vermincuse 
j  ;  pyélite  acéphulocystique  60  ; 
pvclite  par  rétention  d'urine  6t; 
pyélite  par  dépôts  organiques  61  ; 

ivélites    indépendantes    de  corps 

L  rangers  62;  pyélite  gangrénense  63; 
l)y élite  pseudo  -  membraneuse  65; 
pyélite  hémorrhagique  65;  obs.  pyé- 
lite chronique,  simple  67  ;  obs.  pyé- 
lite double  calculeuse  70:  obs.  pyé- 
lite chronique,  incision  du  rein  72. 

M'PORTS  DE  LA  PYÉLITE  AVEC  d'aU- 

rr.ES  MALADIES  DES  REINS  74;  pyélite 
calculeuse  double  74;  pyélite  d'un 
des  reius  et  hypertrophie  de  l'autre 
7G;  pyélite  et  diabète  77. 

APPORTS  DE  LA  PYÉUTB  AVEC  LES 
MALADIES  DES  URETÈRES  77. 

U' PORTS  DE  LA  rVÉLlTE  AVEC  LES 
MALADIES   DE    l'ubÈTURE  ET  DE  LA 

PROSTATE  79;  obs.  blcnuorrhagic , 
rétrécissement,  cystite  et  pyélite  cal- 
I  ulcuse  chronique  7g;  obs.  blenuor- 
rliagie ,  rétrécissement ,  cystite  et 
pyi'-lite  chroniques,  pertes  séminales, 
luphrodisic  85  ;  obs,  gonflemcut  de 


la  prostate,  urine  sanguinolente  et 
purulente ,  pyélo-néphrite  87. 

RAPrORTS  DE  LA  PYELITE  AVEC  L  ES  MA- 
LADIES DE  LA  VESSIE  go  ;  pyélites 
consécutives  aux  maladies  de  la 
vessie  go;  maladies  de  la  vessie, 
consécutives  aux  pyélites  gi;  pyélites 
avec  douleurs  sympathiques  à  la  ves- 
sie ga;  obs.  cancer  de  l'utérus  et 
cystite ,  suivis  de  pyélo-néphrite  g5; 
obs.  huit  grossesses  ,  cystite  chroni- 
que, pyélite  calculeuse  chronique 
infiltration  générale  gg. 

Rapports  de  la  pyélite  avec  les 
affections  des  oruanes  de  la  gé- 
NÉRATION loi  ;  rapports  de  la  pyélite 
avec  la  grossesse  102;  obs.  grossesse 
de  six  mois,  cystite  et  pyélo-né- 
phrite, guérison  106  ;  obs.  pyélite 
calculeuse  chez  une  femme  grosse, 
accouchement  laborieux,  perforation 
du  rein  gauche  dans  le  duodénum 
107;  obs.  pyélite  chronique  chez  une 
femme  grosse ,  accouchement  natu- 
rel ,  affaissement  d'une  tumeur  ab- 
dominale avec  écoulement  abondant 
d'urine  purulente,  mort  log;  obs. 
double  néphrite  purulente  à  la  suite 
des  couches  112  ;  obs.  accouchement 
laborieux  terminé  par  le  forceps , 
métro-péritonite  puerpérale,  incon- 
tinence d'urine ,  eschare  au  col  de 
la  vessie,  cystite,  pyélo-néphrite  Ii3; 
obs.  accouchement,  résorption  pu- 
rulente ,  pus  dans  le  rein ,  les  calices 
et  d'autres  organes  116;  obs.  pyélite 
calculeuss  chez  une  nourrice,  périto- 
nite 118  ;  obs.  pyélites  compli- 
quées de  maladies  de  l'utérus  122, 
cancer  de  l'utérus,  fistules  vésico- 

5i. 


8o4 


TABLÏÏ  btJ  TROISIÈME  VOLOME. 


vaginales,  tumeur  lombaire  fluc- 
tuante ,  distension  et  affaisse- 
ment alternatifs  de  cette  tnmeur, 
avec  émissions  d'urines  purulentes, 
infiltration,  mort  neuf  ans  après  les 
premiers  symptômes  de  la  maladie; 
rein  droit  se  présentant  sous  l'appa- 
rence d'une  masse  fibreuse  et  grais- 
seuse, oblitération  du  bassinet,  cal- 
cul dans  un  des  calices  lao  ;  obs. 
cancer  de  l'utérus  et  du  vagin,  cys- 
tite et  pyélo  -  néphrite  i3i  ;  obs. 
cancer  de  l'iléum  et  du  rectum, 
cystite  et  pyélo-néphrito  i3a  ;  pyé- 
lite  et  affections  du  testicule  i34. 

Rapports  de  ti  pyéi.itk  et  des  ma- 
ladies DE  1,'ArrAREiL  digestif; 
obs.  symptômes  gastro-intestinaux, 
pyéllte  calculeuso  latente  i35  ;  obs. 
pyélite  calculeuse  ,  diarrhée  chro- 
nique 137;  pyélitcs  et  maladies  du 
foie  i38  ;  obs.  pyélite  chronique 
prise  pour  une  maladie  du  foie  i3g; 
pyélite  et  maladies  de  la  rate  140; 
pycUtc  et  maladies  du  péritoine  i4i; 
obs.  pyélite  calculeuse,  perforation 
du  péritoine  142  ;  obs.  pyélite  cal- 
culeuse ,  cautérisation  ,  péritonite 
146. 

Rapports  de  i.a  pyiLiTE  avec  les 

AFFECTIOWS   DU    SYSTEME  KEKVEDX 

id3  ;  obs.  engorgement  de  la  pro- 
state ,  pyélite  ,  accidens  apoplecti- 
ques ,  mort;  cerveau  sain  en  appa- 
rence i55;  obs.  pycHte  calculeuse 
latente,  hémorrhagie  dans  la  cavité 
de  l'arachnoïde  i56  ;  obs.  cystite  et 
pyélite  pseudo-membraneuses ,  mort 
subite,  infiltration  séreuse  des  mé- 
ninges et  du  cerveau  i58;  obs.  pyé- 
lite chronique,  paralyse ,  ramollis- 
sement partiel  du  méso-céphale  iSg; 
obs.  pyélite  et  cystite  chroniques , 
céphalalgie  ,  puis  abolition  de  l'in- 
telligence et  paralysie  des  membres 
inférieurs  ,  kystes  dans  le  cervelet 
161  ;  obs.  douleurs  violentes  de  la 
tète,  somuolencc  et  stupeur,  mort, 
injection  et  snpi)iiralion  de  la  mem- 
brane interne ,  de  la  vessie,  du  bas- 
sinet et  des  c.nliccs  164. 

Rapports  de  i.a  pyémte  avec  i.es  ma- 
ladies DE  LA  MOELLE  KPlIf  1ÈRE  1  G7  ; 

obs.  rystito  chronique  ,  pyélo  -  né- 


phrite double ,  douleur  très  aiguê 
dans  la  région  de  la  moelle  cpinière, 
paraplégie,  point  de  lésion  appré- 
ciable ni  dans  les  méninges  céré- 
brales et  rachidiennes  ,  ni  dans  la 
moelle  épinière  et  le  cerveau  i68; 
obs.  blennorrhagie ,  rétrécissement, 
hématurie  ,  paralysie  incomplète  des 
membres  inférieurs,  douleurs  au  ni- 
veau des  premières  vertèbres  dor- 
sales et  dans  la  région  du  rcin  droit, 
urines  alternativement  alcalines  et 
acides,  guérison  174  ;  obs.  uriues 
sanguinolentes  et  alcalines ,  douleurs 
à  la  région  rénale  droite,  engour- 
dissement et  faiblesse  des  membres 
inférieurs,  guérison  178;  obs.  urine 
trouble,  neutre  ou  alraline  ,  para- 
plégie incomplète  179;  obs.  cystite 
calculeuse  suivie  de  paraplégie  181. 

Rapports  de  la  pyélite  avec  les 

MALADIES  des  ORGANES  DE  LA  CIH- 

CCLATION  182;  obs.  pyélite  caloii- 
Icuse,  anévrysmede  l'aorte,  et  kyste 
dans  le  cerveau  182. 

Rapports  de  la  pyélite  avec  les 
maladies  des  organes  de  la  res- 
piration 18s. 

Rapports  de  la  pyélite  avec  l'by- 
dropisib  190, 

Rapports  de  la  pyélite  avec  les 
fièvres  191. 

Rapport-s  de  la  pyélite  avec  la 
goutte  192. 

Rapports  de  la  pyélite  avec  les 
maladies  de  la  peau.  194. 

Historique  delà  pyélite  igS;  his- 
torique de  la  néphrotomie  ao6. 

PïÉLO- néphrite  240. 

PÉRiNÉPHRiTE  244;  Périnéphritcs  in- 
dépendantes d'une  inlLimmatiou  des 
reins,  d'une  fistule  rénale,  ear.ic- 
tères  anatomiqiics  2.44:  symptômes 
2',6  ;  diaguostic  a-lq;  traitement  2M. 
Première  série  d.s/aits.Obs.  abcès  au- 
tour du  rcin,  perforation  du  péritoine 
252;  obs.  impression  dii  froid  et  de 
l'humidité,  abcès  lombaires,  rom 


TABLE  DU  TR0IS1È3IE  VOLUME. 


8o5 


i  Ouvcrti  en  une  espèce  de  putrilage 
a35  ;  obs.  inflammation  gangréneuse 
du  tissu  adipeux  qui  entoure  les 
deux  reins  257  ;  abcès  lombaires 
dont  le  pus  était  évacué  par  les 
lironches  aSg.  Seconde  série  des  faits. 
Abcès  extra-rcnaui ,  consécutifs  aux 
inflammations  des  rcins,mais  sans  per- 
foration 262  ;  obs.  plusieurs  attaques 
de  gravelle ,  attaque  de  pyélite,  abcès 
lombaires ,  non  calculeux  262;  obs. 
tumeur  du  rein  et  abcès  extra-rénal, 
«  ontenant  un  pus  très  fétide,  mais  sans 
;  alculs,  ouvertures  de  l'abcès,  pneu- 
monie, guérison  de  In  pneumonie  et 
de  l'abcès ,  persistance  de  la  tumeur 
rénale  264;  obs.  inflammation  chro- 
nique du  rein,  abcès  autour  de  cet 
organe  atrophié  266;  obs,  cancer 
longueux  de  la  vessie,  pyélile  ,  uré- 
téritc  et  cystite  pseudo-membrancu- 
acs,  abcès  au-dessous  de  la  mem- 
brane fibreuse  du  rein  gauche  268. 
Troisième  série  des  faits.  Abcès  con- 
sécutifs aux  fistules  rénales  borgnes, 
iutcrnes  270  ;  obs.  abcès  à  la  région 
lombaire  droite,  et  plus  tard,  k  la 
partie  supérieure  delà  fosse  iliaque, 
extraction  d'une  pierre ,  persistance 
de  la  fistule  270;  obs.  tumeur  in- 
flammatoire aux  lombes,  incision  , 
suppuration,  sortie  d'un  calcul ,  per- 
sistance de  la  fistule  171  ;  obs.  abcès 
dans  la  région  lombaire  gauche,  in- 
cision ,  fistule  entretenue  par  la  pré- 
sence de  deux  calculs,  extraction, 
guérison  27 1  ;  obs.  abcès  à  la  région 
iliaque,  dont  le  foyer  était  dans  le 
rein  27'!, 

IISTULES  RÉHALES  275. 

VlSTULES  RÉ2fAI,ES-LOMBAlBES  277;  obs. 

fistules  lombaires  dépendant  proba- 
blement d'une  fistule  vésicale  ou  uré- 
tliralc  281. 

'.'iSTDtES    RÉKALES-ttASTRIQUES  287; 

obs.  douleurs  dans  la  région  du  rein 
gauche,  graviers  rendus  par  le  vo- 
miiiscment,  guérison  2S9;  obs.  tu- 
meur du  rein  droit,  simulation  de 
suppression  d'urine  et  de  vomisse- 
ment urineux  vjo. 

'?"l8TULE»  RÉHALES-IHTESTIWAI.ES  2y3  ; 

fistules  rcnulcs  duodénalcs  293  ;  obs. 


tumeur  du  rein  droit  s'ouvrant  dans 
le  duodénum  294;  obs.  fistules  rénales 
s'ouvrant  dans  le  colon  3oi  ;  obs.  fis- 
tule du  rein  gauche  communiquant 
dans  le  colon  descendant  3o4;  fistules 
rénales-rectales  807  ;  fistules  rénales- 
pcritonéalcs  309. 

Fistules  réhales-pclmohaire.s  3i2; 
obs.  calculs  vésicaux  ,  opération  de 
la  taille,  onze  ans  après,  pyélite  cal- 
culeuse,  plus  tard  expectoration  pu- 
rulente subite  et  abondante,  mort, 
communication  entre  les  bronches  et 
le  bassinet  rempli  par  un  calcul  et 
par  du  pus  3i3;  obs.  tumeur  dans  la 
région  du  rein  gauche,  dyspnée  ex- 
trême et  expectoration  ichoreuse, 
mort,  le  bassinet  distendu  par  du 
pus  communiquait  avec  le  poumon 
gauche,  par  une  perforation  du  dia- 
phragme 3ai;  obs.  chute  de  cheval 
sur  le  c6té  gauche  suivie  de  douleur 
fixe,  aiguë,  douze  ans  après,  douleurs 
atroces  au  côté  gauche,  expectora- 
tion de  pus  sanguinolent  et  grumu- 
leux ,  fièvre  hectique,  mort,  rein 
gauche  transformé  en  poche  purn- 
lentc  communiquant  par  une  perfo- 
ration du  diaphragme,  avec  une  ca- 
■nté  située  à  la  base  du  poumon 
gauche  ioiii  ;  obs.  douleur  dans  la 
région  lombaire  droite,  gargouille- 
ment à  la  base  du  poumon,  du  même 
côté,  expectoration  purulente,  mort, 
rciu  droit  transformé  en  poche  pu- 
rulente .perforation  du  diaphragme 
3a4; 

HÉMORRHAGiES  réhales  326;  carac- 
tères anatomiqucs  827  ;  symptômes 
33 1  ;  premier  groupe,  hémorrhagies 
rénales  symptomatiques  de  lésions 
des  reins  339  >  deuxième  groupe,  hé- 
morrhagies rénales  symptomatiques 
d'affections  générales  343  ;  troisième 
groupe,  hémorrhagies  rénales  essen- 
tielles 35o  ;  hémorrhagies  rénales  es- 
sentielles continues  35 1  ;obs.  bémor» 
rhagie  rénale,  légère,  essentielle,  gué- 
rison prompte  352  ;  obs.  hémorrha- 
gies rénales  très  abondantes,  mort, 
légères  traces  d'inflammation  chro- 
nique dans  le  rein  gauche  354;  bé- 
morrhagies  rénales  c-sentielles,  sup- 
plémentaires et  périodiques  36o;  obs, 
liémviurie  mensuelle  chc7.  l'homme 


8o6 


TABLE  DIT  TROISIEME  VOLUME. 


36r;obs.  Lémorrliagie  rénale  par  dé- 
viatiou  (les  règles  3()2  ct363;obs,  lié- 
maturie  succédautà  desépistaxis3G5; 
obs.  liématnrics  supplémentaires  des 
IluK  bémorrboïdanx  368  ;  hématuries 
intermittentes  370  ;  obs.  liéinaturics 
critiques  S^o.  Hématurie  endémique 
des  régions  tropicales  373.  Première 
série  des J'ails.  Cas  simples  d'bématu- 
rie  endémique  377  ;  obs.  hématurie 
continue  chez  un  enfant  de  l'Ilc-dc- 
Francc,  voyage  en  France,  continua- 
tion des  accidcns  377;  obs.  hématu- 
rie continue  depuis  l'enfance,  chez 
un  natif  de  l'Ile-de  Fiance  sans  al- 
tération notable  de  la  santé  378  ; 
obs.  hématurie  continue  chez  un  natif 
de  l'Ile-de-France,  voyage  et  séjour 
en  Franco,  cessation  des  accidens 
379  ;  obs.  hématurie  continue  con- 
tractée par  un  Européen  pendant  son 
séjour  à  l'Ile-de-Frauce,  retour  en 
France,  guérison  379;  obs.  hématu- 
rie chez  un  natif  do  l'île  Maurice, 
voyage  et  séjour  en  France,  guérison 
37g;  obs.  hématurie  continue  chez 
un  natif  de  l'Ile-de-France,  gonor- 
rhée,  usage  du  baume  de  copahu, 
guérison  de  la  gonorrhée  et  de  l'hé- 
matnric38o  ;  obs.  hématurie  conti- 
nue devenue  périodique,  cboa  uu 
natif  de  l'Ile-de-France  iSo.Deuxièine 
série  îles  Jaits.  Hématurie  continue 
avec  gravelle  nriquc  33o  ;  obs.  hé- 
maturie continue  chez  un  enfant 
de  l'Ile-de-France,  graviers  et  coli- 
ques néphrétiques  38i;  obs.  héma- 
turie continue  et  gravelle  urique 
chez  un  enfant  de  neuf  ans,  né  à 
l'Ile-de-France  et  dont  le  père  offrait 
une  urine  albumincuse  et  graisseuse 
38a  ;  obs.  hématurie  avec  gravelle 
d'acide  urique  suivie  de  pétéchies 
chez  un  colon  de  l'Ile-de-France 
'6%5,2'roisicme  série  défaits.  Hématurie 
endémique,  urine  chylcuse387  ;  obs. 
»^  hématurie  continue  chez  un  jeune 
créole  (Ile-de-France),  suivie  d'u- 
rine d'apparence  laiteuse,  guérison 
par  la  teinture  de  cnntharides  387  ; 
obs.  hématurie  à  l'Ile-de-France  et  à 
Paris,  urine  sanguinolente  et  lai- 
teuse, influence  du  repos  sur  la  con- 
stitution de  l'urine  389;  obs.  héma- 
turie continue  dans  l'enfance,  urine 
albumino-grnisscusc  et  graviers  uri- 
ques  dans  l'àgc  mùr,  chez  uu  colon 


de  l'Ile-de-France  394;  obs.  ntine 
tour-à-tour  sanguinolente  et  d'appa- 
rence laiteuse,  chez  un  Brésilien, 
voyage  en  France,  persistance  des 
accidens,  altération  du  sang  eu  rap- 
port avec  celle  de  l'uriue  397  ;  ré- 
sumé 41.^;;  analyse  quantitative  de 
l'urine  chylcuse,  par  M.  QuévcLnc 
427. 

Apoplexie  rénale  425. 

Historique  des  hémorrhagies  ré- 
'hales  434. 

Hypérémie  des  reins  444  ;obs.hypé-" 
rcmie  rénale  chez  un  homme  dans  la 
marasme  446. 

Anémie  des  reins  447  ;  chez  les  phthi- 
siques  452  ;  obs.  clioz  des  individus 
atteints  de  cancer  453;  chez  des 
individus  atteints  de  résorption  pu- 
rulente 4  50,  dans  des  individus  morts 
de  pneumonie  457  ;  d'une  gangrène 
du  poumon  457  ;  et  avec  ictère  457. 

Hypertrofbib  des  reins  457  ;  congé- 
nitale 460,  dans  le  diabète  46 

Atrophie  DES  reins  462;  par  inégalité 
des  artères  rénales  4  6G;  par  compres- 
sion de. dedans  en  dehors  467;  obs. 
cancer  de  l'utérus,  obturation  de  l'u- 
retère, atropliie  du  rein  correspon- 
dant 467  ;  obs.  dilatation  de  l'ure- 
tère, et  atrophie  du  rein  droit,  sans 
obstacle  actuellement  existant  au 
cours  de  l'urine  47 1  ;  obs.  atrophie 
du  rein,  consécutive  à  des  calculs 
rénaux,  graisse  autour  du  bassinet 
473;  atrophie  des  reins  par  une 
compression  extérieure  474;  atro- 
phie des  reins  sans  cause  apprécia- 
ble 475  ;  obs.  atrophie  du  rein 
droit,  masses  cancéreuses  dans  le 
foie,  dégénérescence  squirrheusc  du 
pancréas  475. 

Hydronéphrose  476;  simple  4S1  ; 
double  482;  traitement  484;  histo- 
rique 485;  par  cancer  de  l'utérus 
486;  congénitale  487;  obs.  hydro- 
néphrose  du  rein  gauche  chez  un 
nouveau-né,  oblitération  de  l'ure- 
tère correspondant  488;  obs.  liy- 
dronéphrose  énorme  489;  obs.  hy- 


TABLE  DU  TROISIÈME  VOLUME,  807 


Jroncpbrose  très  considérable  du 
rein  droit,  à  la  suite  de  l'obstruction 
de  l'uretère  par  uu  calcul,  annrie 
complète  il  la  suite  de  l'obstruction 
de  l'uretère  gauche,  mort  490;obs. 
hydronépbrose  du  rein  gauche,  ob- 
struction de  l'uretère  correspondant 
par  un  calcul ,  dilatation  de  ce  con- 
duit, tumeurs  fongueuses,  dévelop- 
pées sur  la  membrane  interne  de 
l'uretère  et  dans  la  vessie  4925  obs. 
hydronéphrose  double  suite ,  d'un 
vice  de  conformation  des  uretères 
495  ;  obs.  hydronéphrose  double  chez 
le  fœtus  5o4.  Kystes  nrinaires  5o6. 

1  Kystes  des  reins  507. 

1  Kystes  simples  des  reins  5o7;  de 
la  substance  corticale  5o8  ;  du  tissu 
cellulaire    des    vaisseaux  rénaux 
5io;  delà  substance  tubuleuse 5i2; 
historique  5i3;  dégénérescence  en- 
kystée des  deux  reins  5i4  ;  chez  le 
nouveau-né  5l5;  obs.  dégénérescen- 
ce enkystée  des  deux  reins ,  chez 
une  femme  atteinte  d'un  cancer  uté- 
rin, symptômes  cérébraux,  mort  5i6; 
obs.  reins  farcis  d'un  si  grand  nom- 
bre de  kystes,  que  leur  substance 
corticale  était  presque  entièrement 
détruite,    symptômes     cérébraux  , 
mort   Sig;  obs.  tumeurs  des  i-eins 
produites  par  des  kystes,  accidens 
cérébraux,  mort  5io;  obs.  atrophie 
presque  complète  des  reins,  envahis 
par  des  kystes,  convulsions,  mort 
53 1  ;  obs.  reins  remplis  de  kystes  et 
de  tubercules  ,  mouvemens  convnl- 
sifs,  -mort  534  ;  kystes  contenant  de 
la  cholestérine.  obs.  tumeur  conte- 
nant de  la  cholestérine  dans  le  rein 
gauche,  une  semblable  matière  déve- 
loppée  dans   la    cavité  de  l'aorte, 
ramollissement  partiel  du  cerveau  et 
paralysie  537;  obs.  exposition  ha- 
bituelle à  l'humidité,  œdème,  urine 
albuminense,  rongeur    et  exécra- 
tions aux  cuisses,  mort,  péritonite  ; 
tumeur  à  parois  osseuses  dans  le 
rein  droit,  contenant  des  flocons  de 
cholestérine, rein  gauche  plus  mou  et 
plus  pàlc  qu'à  l'état  sain,  543. 

Kystes  acepualocystiques  des  iieins 
545-,  (le  l'homme  545;  du  mouton 
548;  du  cochon  55o;  du  bauf  5.')o; 


symptômes  55o;  causes  55i;  diagnos- 
tic  552;  obs.  kystes  acéphalocystiqucs 
étrangers  aux  reins,  s'ouvrant  dans  la 
vessie  et  danslerectum,guérison  552; 
pronostic  553  ;  traitement  556  ;  his- 
torique 55S.  Première  série  défaits. 
Kystes  acéphalocystiqucs  sans  com- 
munication avec  le  bassinet  56o; 
obs.  kyste  contenant  un  grand  nom- 
dre  d'acéphalocystes ,  développées 
dans  la  partie  supérieure  du  rein 
gauche,  et  ne  communiquant  ni  avec 
le  bassinet,  ni  avec  l'uretère  56o. 
Deuxième  série  de  kystes  acé- 

phalocystiqucs. communiquant  avec 
les  conduits  excréteurs  de  l'urine 
563;  obs.  kyste  acéphaloeystique 
dans   le  rein  gauche ,  communi- 
quant dans  le  bassinet,  tubercules 
dans  les  poumons  et  dans  le  cœur 
563;  obs.  douleur  dans  la  région 
lombaire    gauche  ,    coliques  né- 
phrétiques, évacuation  d'hydatides 
p.ir  l'nrèthre,  mort,  rein  transformé 
en  une  poche  membraneuse,  conte- 
nant des  hydatides  565;  obs.  douleurs 
dans  la  région  rénale  gauche,  et  à 
la  vessie,  urine  purulente  et  contenant 
des  débris  d'hydatides,  mort,  dépôt 
de  pus  dans  le  rein  gauche  067  ; 
obs.  douleurs  dans  le  c6ié  gauche 
du  ventre,    sable   rouge,  expulsé 
avec  l'urine,  urine  sanguinolente  et 
purulente,  expulsion  d'hydatides, 
précédée  de  vives  douleurs,  gnéri- 
son  569;  obs.  gonorrhée  et  douleurs 
néphrétiques,  expulsion  d'hydatides 
avec  l*urine  571  ;  obs.  dix-sept  hyda- 
tides rendues  par  l'urèthre,  à  la 
suite  d'un  traitement  antisy[)hiliti- 
que  572;  obs.  douleurs  dans  le  rein 
droit,  expulsion   d'hydatides  par 
l'urèthre,  guérison  après  l'emploi  de 
la  térébenthine  074;  obs.  chute  de 
cheval,  hématurie  ,  plus  tard  tumeur 
à  l'hypochondre  ,  dysuric,  excrc,- 
tion  du  pus  et  d'hydatides  avec  l'ti- 
rine  575;   obs.  douleurs  dans  la 
région  du  rein  droit  et  le  long  de 
l'uretère  du  même  côté,  sortie  d'a- 
céphalocystes avec  l'urine  à  diverses 
reprises  577;  obs.  injection  d'eau 
aluminense,  coliques  néi>hrétiqucs  et 
hématurie,  excrétion  de  douze  hyda- 
tides avec  l'urine  578;  obs.  douleurs 
excessives   aux  reins    après  avoir 
pris  de  la  térébeuthinc ,  suivies  de 


8o8 


TABLE  DU  TROISIÈME  VOLUME. 


l'évacuation  de  quinze  bydatides,  par 
le  canal  de  l'urètlire  578.  Troisième 
série  de  Jaits.  Acéplialocystes  des 
reins  s'ouvrantaux  lombes  578;  obs. 
lijdatides  évacuées  par  la  région 
lombaire  droite  578;  obs.  rhuma- 
tisme goutteux  chronique,  termioé 
par  un  abcès  à  la  région  lombaire 
gauche,  qui  renfermait  près  de  sir 
cents  bydatides  579.  Acéplialocystes 
rénales  compliqués  d'autres  mala- 
dies des  reins  58o;  obs.  poiut  de 
traces  du  rein  droit,  acéphalocystes 
et  calculs  dans  le  rein  gauche  58o; 
obs.  acéphalocystes  et  calculs  dans 
le  rein  gauche  d'un  enfant  de  quatre 
ans  58i. 

Maladies  des  vaisseaux  des  reiks  58  i. 

lésions  des  artères  rkpiat.es  58  f; 
obs.  tumeur  anévrysmale  de  l'artère 
rénale  du  cûté  gauche  ;  pendant  la 
vie ,  rétraction  forte  et  subite  du 
testicule  gauche,  avec  douleurs  ai- 
guës 583;  obs.  extirpation  du  testi- 
cule droit  squirrheux,  anévrysme  de 
l'aorte  et  de  deux  artères  rénales 
586;  obs.  anévrysme  faux  primitif 
de  l'artère  rénale  droite,  hémorrlia- 
gie  l'éualc  588. 

Maladies  des  veines  risnales  590; 
inflammation  des  veines  rénales  691; 
obs.  phlébite  rénale  chez  un  nouveau- 
né  5gi;  obs.  phlébite  rénale  chez  une 
femme  hydropique  592;  obs.  phlé-  , 
bite  rénale  et  néphrite  593  ;  obs. 
phlébite  rénale  consécutive  à  un 
cancer  de  l'utérus  59/1  ;  obs.  cancer 
de  l'estomac  et  pbléliite  de  la  veine 
rénale  SgC;  obs. phlébites  de  la  veine 
rénale  et  dç  la  veine  ovarique  chez 
des  nouvelles  accouchées  596. 

Maladies  des  nerfs  des  reins  Sgg; 
néphralgie  600;  obs.  douleurs  atro- 
ces dans  la  région  du  rein  droit , 
anévrysme  de  l'aorte  tboraciqne  ou- 
vert dans  la  plèvre  droite ,  mort 
presque  subite  601. 

DÉVELOrPEMEKT  MORBiDE  DE  TISSUS  HO- 

iuologues  dans  les  reins  6o5;  trans- 
formation fibreuse  6o5;  tr.  cartila- 
gineuse 606;  transformation  osseuse 
des  membranes  rénales  606;  trans- 


formation osseuse  du  tissu  des 
reins  607;  ossification  des  kystes  acé- 
phalocystiques  des  reins  607;  ossifi- 
cation du  rein  du  cheval  610; 
obs.  tumeur  dans  l'hypocboudrè 
gauche  ,  rein  gauche  contenant 
un  calcul  et  partiellement  ossifié 
611;  tissu  érectile  dans  les  reins 
6i2;  dégénérescence  graisseuse  des 
reius  6i4;  atrophie  de  la  substance 
rénale  avec  développement  de  la 
graisse  de  la  scissure  6x4;  véritable 
transformation  graisseuse  des  reins 
6i5;  obs.  diminution  de  la  sécrétion 
urinaire,  dégénérescence  graisseuse 
des  reins  616. 

DÉVELOPPEIMEKT  DE  TISSUS  HjÉTÉROLO- 
GUES  DANS  LES  REINS  6l8. 

Tubercules  des  reins  6r 8;  caractères 
anatomiques  619:  symptômes  623; 
causes  626  ;  pronostic  626  ;  histori- 
que 627.  Première  série  des  faits. 
Petits  tubercules  des  reins  dépen- 
daus    d'une   diatbèse  tuberculeuse 
635  :  obs.  plithisie  pulmonaire  ,  pe- 
tits tubercules  dans  les  reins  636; 
obs.  ichthyose  ,  entérite  tubercn- 
lcu<n,  tubercules  dans  les  poumons, 
dans  le  foie,  dans  la  rate,  dans  les 
intestins  et  dans  les  reins  637;  obs. 
pbthisie  pulmonaire,  tubercules  dans 
les  reius,  dans  un  calice,  dans  les 
capsules  surrénales  et  dans  le  foie 
639.  Deuxième  série  des Jaits,  Tuber- 
cules des  reins  et  des  calices,  sans 
tubercules  dans  les  uretères  ni  dans 
la  vessie  641;  obs.  pbthisie  laryngée 
et  tuberculeuse,  tubercules  dans  les 
reins  641-  Troisième  série  des  faits. 
Dégénérescence  tuberculeuse  du  rein, 
de  l'uretère  et  de  la  vessie  643;  obs. 
infiltration  tuberculeuse  du  rein,  de 
l'uretère  et  de  la  vessie  643;  obs. 
dégénérescence  tuberculeuse  du  rein, 
de  l'uretère,  de  la  vessie  etdel'urè-  - 
thre  644  ;  obs.  abcès  par  congestion, 
cystite  et  pyélite  tuberculeuse  646; 
obs.  tubercules  dans  le  rein  et  l'ure- 
tère gauches,  dans  la  vessie  et  dans 
le  poumon  648;  obs.  rein  gauche 
converti  presque  en  entier  en  matière 
tuberculeuse  ,  tubercules  dans  l'ure- 
tère, dans  la  vessie  et  dans  le  poumon 
649  ;  obs.  tubercules  dans  les  reins; 
dans  les  testicules,  dans  la  prost.ite, 


TABLE  DU  TROISIÈME  VOLUME.  809 


le  mésentère  et  les  poumons,  ulcé» 
rntioos  tuberculeuses  dans  le  cinal 
de  l'urèthre  et  dans  le  canal  iutesti- 
iial  65i  ;  obs.  paralysie  des  membres 
inférieurs,  cystite  et  pyclite  tuber- 
culeuses consécutives  à  une  carie 
vertébrale  656 ,  ol)s.  tubercules  des 
poumons  et  des  reins,  pyélite  et  cys- 
tite tuberculeuses  cbroniques  660  ; 
obs.  affection  cérébrale,  paralysie, 
imbécillité,  dépôt  de  matière  tuber- 
culeuse dans  le  rein,  le  bassinet  et 
les  calices,  abcès  par  congestion 
662;  obs.  tubercules  et  cavernes 
dans  les  poumons,  ulcérations  et 
perforations  de  l'intestin  grêle,  tu- 
bercules dans  la  rate ,  le  rein  et 
l'uretère  droits,  dans  la  vessie,  l'u- 
rèthre, les  testicules  et  les  vésicules 
séminales  667  ;  obs.  tubercules  dans 
le  rein  et  l'uretère  gancbe  cbez  un 
enfant,  tubercules  dans  les  poumons 
et  dans  les  ganglions  abdominaux 
672;  obs.  tubercules  des  reins  et  de 
l'uretère  ,  cj-stite ,  péritonite  et  en- 
térite tuberculeuses ,  double  pneu- 
monie 67a. 

Cancer  des  reins  675;  caractères 
anatomiques  675  j  symptômes  67g; 
causes  681  ;  diagnostic  68 1  ;  pio- 
nostic  et  traitement  682;  historique 
684.  Première  série  des  faits.  Cas  de 
dépôts  de  matière  cancéreuse  dans 
les  reins,  sans  augmentation  notable 
du  volume  de  ces  organes  et  sans 
hématurie  689  ;  obs.  cancer  du  foie 
et  de  l'estomac,  péritonite,  petits 
dépôts  encéphaloîdes  dans  les  reins 
6go;-obs.  cancer  de  l'estomac,  du 
foie  et  du  péritoine,  petits  dépôts 
cancéreux  dans  les  deux  reins  692  ; 
obs.  cancer  ulcéré  du  cœcum,  hy- 
dropisie  générale,  cancer  de  deux 
reins,  tubercules  pulmonaires  694; 
obs.  Lydropisie  générale,  cancer  des 
ganglions,  du  col  et  de  l'abdomen  , 
de  l'estomac,  du  foie  et  du  reiu  droit 
695 ;  obs.  cancer  du  cerveau,  des 
poumons  et  des  deux  reins  cbez  une 
femme  âgée  697;  obs.  cancer  de  la 
vessie  ,  des  uretères  et  des  bassinets, 
cancer  du  foie  Ggg.  Deuxième  série 
des  faits.  Cas  de  cancer  des  reins 
aveo  tumeur  rénale  et  sans  hématurie 
700;  obs.  hémiplégie,  tumeur  dans 
la  région  du  rein  droit,  ramollisse- 


ment du  cerveau,  cancer  du  rein,  de 
la  capsule  surrénale  ,  du  foie  et  des 
ganglions  mésentériques  700  ;  obs. 
tumeur  formée  par  le  rein  droit , 
inflammation  chronique  du  péritoine, 
cancer  des  reins ,  du  poumon  ,  du 
cœur,  du  foie  et  des  ganglions  mé- 
sentériques 703  ;  obs.  cancer  du  rein 
droit,  qui  s'est  fait  jour  dans  la 
cavité  du  duodénum,  cancer  du  foie 
et  du  poumon  7o5;  obs.  hydropisie 
cirrhose  du  foie ,  cancer  du  rein 
droit  706.  Troisième  série  des  faits. 
Cas  de  cancer  des  reins,  avec  tumeur 
rénale  et  hématurie  70g  ;  obs.  cancer 
des  reins ,  caillot  encéphaloïde  dans 
la  veine-cave  et  dans  les  veines  ré- 
nales ,  cancer  du  poumon  et  du 
cœur,  des  ganglions  mésentériques 
70g;  obs.  cancer  bématode  du  rein 
droit,  du  foie  et  d'une  côte,  tumeur 
formée  par  le  rein,  hématurie,  hy- 
dropisie 710;  cancer  des  reins  chez 
les  enfans  716;  obs.  fongus  bématode 
des  reins  cbez  un  enfant  de  dix-sept 
mois  717, 

MÉLANOSE  DES  REINS  718;  Caractères 
anatomiques  718;  fausse  mélanose 
719;  historique  721. 

Matière  cui.l.uïi>b  dans  i.es  reins  723. 

Matière  JArNE  dans  i.es  reins  725. 

Granulations  transparentes  dans 
les  reins  726. 

Vers  dans  les  rkins  726. 

Strongle  géant  dans  les  reins  727  ; 
nccidens  produits  par  la  présence  de 
ce  ver  728  ;  historique  72g  ;  obs. 
tumeur  dans  le  rein  droit ,  coliques 
néphrétiques ,  incision  de  la  tumeur, 
nouveaux  accideus,  sortie  de  vers 
vivans  par  la  fistule  et  par  l'urèthre  , 
guérison  782  ;  obs.  tumeur  dans  la 
région  lombaire  droite,  ouverture 
spontanée  de  l'abcès ,  carie  des  ver- 
tèbres ,  vers  dans  le  bassinet  et  dans 
les  muscles  des  lombes  740;  obs. 
accidens  du  côté  des  voies  uriuaires 
chez  un  nègre,  vers  ou  corps  ver- 
miformes  rendus  avec  l'urine  743  ; 
obs,  douleurs  à  la  région  des  reins, 
excrétion  par  l'urèthre  d'un  ver»  velu 


TABLI-:   DU  TIlOISIlîME  VOLUME. 


744;  obs.  cas  de  strongle  chez  ua 
chien  744;  obs.  hématurie  et  dou- 
leurs à  la  région  rénale,  sortie  d'un 
vers  avec  l'urine  745. 

SPIROPTÊRE  DANS  l'cRIWE  DE  l'hoMME 

746;  L'aractère  du  spiroptère  747; 
obs.  rétention  d'urine,  douleur  à  la 
vessie,  emploi  de  la  térébenthine  en 
potion  et  en  injection ,  sortie  de 
plusieurs  corps  vermiformes  par 
î'urèthre  747- 

DaCTYLIUS   ACUtEATUS   DAWS  l'uRINE 

753;  obs.  jeune  fille  do  cinq  ans  en 
;  bonne  santé  en  apparence,  qui  ren- 
dait des  urines  dans  lesquelles  flot- 
taient'de  petits  vers  différant  de  tous 
les  vers  connus  jusqa'.i  présent  753  ; 
caractère  du  daciyiius  actdeatus  755. 

Corps  étrangers  dans  les  reins  755. 

Gangrène  des  reins  756. 

Reins  surnuméraires  756. 

Absence  des  reins  75S;  absence  de 
deux  reins  758;  obs.  enfant  mort-né 
chez  lequel  l'appareil  urinaire  man- 
quait cnti'Trmout  75(j  ;  obs-  fîllc  Je 
quatorze  ans,  dont  les  reius  (à  ce 
qu'on  A  cru  )  n'existaient  point 
(cas  d'extropbie  de  la  vessie?)  761; 
absence  d'un  des  reius  762  ;  exemples 
de  l'absence  d'un  des  reins  763  ;  obs. 
absence  du  rein  et  de  l'uretère  gau- 
che, altération  du  rein  droit  chez 
une  fille  de  vingt-six  ans,  sujette  à 
des  convulsious  hystériques  7(16  ; 
obs.  absence  du  reiu  gauche,  déve- 
loppement considérable  du  reiu  droit 
chez  un  vieillard  767. 

Vices  de  situation  des  reins  769. 

Vices  de  situation  permanens  des 
reins  769. 

Vices  de  situation  fixes  des  reins 
769. 


Fusion  des  reins  770. 

Reins  situés  dans  tE  iiassin  773  ;  obs. 
rein  déformé  et  occupant  le  petit 
bassin  chez  une  femme  morte  d'a- 
poplexie 775;  obs.  rein  lobulé,  placé 
sur  la  partie  supérieure  du  sacrum 
776  ;  obs.  reiu  triangulaire  situé  dans 
l'excavation  pelvienne  et  recouvert 
parle  péritoine  779. 

DÉPLACEMENT  FIXE,  ACCIDENTEL,  DES 
REINS  781. 

Vices  de  situation  non  permanens 

DES  reins  782. 

Reins  formant  hernie  782. 

De  la  MoniLiTÉ  des  reins  783  ;  obs. 
_  rein  droit  mobile,  symptômes  gas- 
tro-intestinaux passagers,  liypoclio  •- 
dric  liabituelle  784»  obs.  douleurs 
dSus  le  ventre,  tumeur  abdominale 
dont  la  nature  avait  été  méconnue, 
soulagement  par  l'emploi  d'un  corset 
786;  obs.  reiu  mol)ile  reposant  sur 
la  concavité  de  l'ilium ,  chez  uue 
femme  atteinte  de  liernic  crurale 
787  ;  oto.  douleurs  et  tumeurs  ven- 
trales, faiblesse  dans  les  membres 
inférieures  produites  par  un  reiu 
mobile  788  ;  rein  droit  très  mobile  , 
situé  près  de  la  région  ombilicale  et 
qui  donna  lieu  à  plusieurs  erreurs  de 
diagnostic  790;  œdème  du  membre 
abdominal  droit,  causé  par  un  rein 
mobile,  enveloppé  par  une  espèce 
de  mésentère  794;  obs.  douleurs 
abdominales  se  propageant  dans  la 
direction  de  nerfs  cruraux,  déter- 
minées par  un  rein  mobile  794;  obs. 
déplacement  et  mobilité  du  rein 
droit,  porté  en  avant  et  en  bas,  péri- 
tonite et  entcro-colite  795;  résnmé, 
canse,  diagnostic  et  traitement  delà 
mobilité  des  reins  800. 

Vices  de  configuration  des  reins 
802. 


FIN   DE  LA   TABLE  DU  TROISiÈSIB  VOLUME. 


GLASC-'  W 
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